Posté le : 30 mars 2026 à 19:01:19
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Ernest fit de son mieux pour sourire aux objectifs des photographes, essayant de produire une tête “potable”, comme disait son filleul. Il sentait certes une certaine fierté que son pays soit considéré comme un acteur de marque dans ce sommet, malgré la relative faiblesse de son économie et de ses moyens, mais ne pouvait pas se départir de son désamour des objectifs photos et caméras. Puis, une fois les journalistes enfin évacués, il se concentra sur l’introduction du jeune Lermandien.Trois axes principaux furent énoncés par le président Duval : la sécurité maritime, la coopération économique et la défense de l’influence des pays représentés dans la mer intérieure. Ernest, qui faisait machinalement rouler le pommeau de sa canne entre ses doigts, écouta avec attention la suite de la prise de parole de Duval. Il haussa les sourcils cependant, à la mention du projet de canal dans son pays, pour relier le Golfe Cardinal et la mer Intérieure. Certes, ils en avaient parlé deux ans auparavant, mais les études géologiques venaient juste de débuter. Comment le jeune Lermandien savait-il ? Ernest se remémora alors ce que lui avait dit le Capitaine Montferrand, le représentant de son service de renseignement, le SNIF, avant son départ : “ N’oubliez pas qu’ils seront sans doute au fait de nombre de projets, même secrets. Les ambassades sont souvent des éléments clés de la chaîne de renseignement. Nous espionnent-ils ? Pas tous. En ont-ils les capacités ? Absolument.” C’était donc vrai… Il se rappela intérieurement de consulter plus fréquemment le Capitaine Montferrand à l’avenir. Mais pour l’heure, il se devait de prendre la parole.
- Mr le Président Duval, je me permets de prendre la parole avant les autres invités pour exprimer mon ressenti concernant les sujets abordés, ainsi que la position Nebrownienne. Dans l’idée, nous sommes en accord avec toutes vos propositions. Dans la pratique, certaines sont peut-être au-dessus de nos moyens actuels. Par exemple, vous proposez un commandement quadripartite pour la défense de nos eaux… Nebrownia n’est clairement pas en mesure de se montrer à la hauteur d’une telle tâche. Comme vous le savez, notre Marine a été cruellement impactée par la dictature de Kellem, pendant des décennies, nos marins ont servi de matelots sur des navires de pêche pour ne pas qu’ils oublient ce qu’être marin voulait dire. Nous regagnons lentement de la puissance - notre première frégate est sortie de nos chantiers ces derniers mois - mais je crains que, pour le moment, cette tâche de Police/Protection des eaux n’incombe aux Marines plus puissantes telles que la Marine Lermandienne ou celle de Westalia. De plus, en termes de compétence, bien que cela me peine à l'admettre, nos officiers sont bien en deçà du niveau des vôtres… ainsi, en amont de ce commandement quadricéphale, peut-être songer à des programmes d’entraînement et/ou d’équipement pour accélérer la montée en puissance et compétence, de Nebrownia notamment. Je sais que vous mettez à disposition vos chantiers navals, ainsi que quelques navires que vous déclassez, nous en avons acheté deux à la Marine Lermandienne l’année dernière, et nous envisageons de réitérer l’affaire, sans doute pas au même prix ceci-dit. Mais comprenez que notre objectif personnel, à l’échelle de Nebrownia, est bien de conserver une indépendance stratégique en termes de matériel. L’achat à l’étranger ne durera que le temps de notre propre montée en puissance et en compétences.
Ernest songea, quelques secondes, au regard suppliant de l’Amiral Demartin qui espérait le voir revenir de ce sommet avec un ou deux navires en poche… Il ne savait pas vraiment ce que ce sommet donnerait, mais qui sait, peut-être sa délégation et lui pourraient revenir avec quelques promesses de livraison de navires… voire peut-être même un sous-marin ? Le leur était en cours de construction, la confrontation avec du matériel produit par leur voisins pourrait être une bonne chose pour situer la qualité du matériel national. Mais l’heure n’était pas encore à ce sujet, il devait poursuivre.
- Vous évoquez ensuite le projet de canal Nebrownien. Oui, nous avons ce projet, mais pas encore de trajet clairement défini. Nous avons plusieurs possibilités, qui nécessitent des analyses géologiques poussées et des études de faisabilité, tant matérielle qu’économique. Nous sommes profondément reconnaissant de votre volonté de nous aider dans cette tâche, et votre proposition nous fait chaud au cœur sachant que nous ne serons pas seuls dans ce monumental projet. Mais nous ne voulons pas nous présenter à vous avec une moitié d’études préparatoires. Les études géologiques ont été lancées, nous devrions en avoir les résultats d’ici six mois au mieux, un an serait plus réaliste. Pour le reste, études de faisabilité, études économiques, etc, dépendront principalement de ces études géologiques.
Ernest, l’espace d’une seconde, se prit à penser à ce que ce projet pouvait représenter, tant d’un point de vue économique que technologique et administratif. Des migraines en perspective.
- Il va sans dire que les nations pouvant voir ce projet de canal comme une menace pour leurs intérêts pourraient tenter de le faire échouer, ainsi, votre proposition de coopération en matière de renseignements va sans dire de notre point de vue. Cependant, les nations en questions, ou que nous suspectons d’être, n’ont encore rien fait à notre encontre pour justifier que nous nous montrions, sinon hostiles, au moins suspicieux à leur encontre… Cela ne nous empêchera bien évidemment pas de montrer que nous sommes parés à toute éventualité, notre montée en puissance a pour but de nous rendre capable d’opérer à l’échelle régionale.