30/04/2019
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Hôtel Obéron

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La Féerie
La voiture blindée file au milieu des ruines des quartiers ravagés de la féerie. Les rues sont désertes, les fenêtres brisées et les portes défoncées. Pillages. Tout ce que la noblesse avait cherché à éviter en s’éloignant de la vieille ville. Les compagnies de sécurité n’ont, pour la plupart, par survécu au suicide de leurs patrons. Les gardiens se sont retournés contre les propriétés et, comme un petit Chaos, l’ordre s’est effondré une fois de plus.

Loin, très loin du centre-ville pollué et surchargé d’activité se trouve cet écrin de verdure et de beauté abandonné. Ce qui fut autrefois les terres de la plus grande famille de Carnavale : le domaine Obéron.

- C’est étonnant…

A travers les vitres, le paysage est de moins en moins désordonné, comme si la ruine s’arrêtait aux portes du domaine.

- On dirait que les lieux ont été épargnés par les pillages.

- C’est probable. Même suicidée, les gens hésitent encore à s’attaquer à une Grande Famille.

- Deux ans après l’Armageddon’t ? S’il y avait un danger, on s’en serait rendu compte, non ?

- J’imagine que personne ne veut être le premier à vérifier.

Les grilles automatiques de l’allée s’ouvrent grâce au détecteur de mouvement installé en amont. L'hôtel abandonné réagit encore à leur présence. Tandis que la nuit tombe, l’éclairage s’allume, les jets d’eau se mettent en marche, arrosent les champs d’herbes folles qui furent autrefois des pelouses.

- Je ne pensais pas que ce serait aussi simple…

- Avec le badge, le manoir pense qu’on est de la maison.

Hermine de Rien revoit distinctement le moment où elle est tombée dessus chez un brocanteur du quartier des bouquinistes. Un simple morceau de plastique, gravé du sceau Obéron, l’oiseau à la clef. Le vendeur pensait qu’il ne s’agissait que d’une babiole mais elle avait rapidement compris la véritable nature de l’objet. Un passe pour le domaine, l’un des lieux les plus sécurisés du monde. A savoir comment il s’était retrouvé entre les mains de ce pauvre type… le vendeur assurait l’avoir acquis d’un gars qui voulait se débarrasser de ses affaires pour payer ses dettes de jeu, médecin à Grand Hôpital, il avait tout vendu en lot, le badge avec. Le bouquiniste n’avait pas posé davantage de question et Hermine en avait fait l’acquisition pour rien.

Au détour du chemin, les bâtiments se révèlent. Hautes et élancés, signe de richesse et de modernité, ici nul carreaux brisés, pas de portes défoncées. L'hôtel est splendide, et semble immaculé, comme ses propriétaires l’ont laissé.

- Je vous sens nerveux, Pierre.

- Un peu. Un peu.

Pierre Legrand. C’est un Slave, comme son nom l’indique. Du genre gros bras qui manie le pied-de-biche. Exactement ce dont Hermine a besoin pour son exploration du manoir.
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Ici, le temps semble suspendu. Pas de poussière sur les meubles, pas de crasse sur les vivres, l'herbe rase du jardin a été récemment tondue. Le Manoir semble vivant et pourtant désespérément vide depuis deux ans. Hermine de Rien avance dans le grand hall. Des portraits à taille humaine, accrochés de part et d'autre des murs, semblent la suivre du regard. Elle est une intruse ici et seul son badge vient troubler les défenses du bâtiment qui ne savent si elle est une ennemie, ou une amie. Dernière de sa lignée, Pervenche Obéron trône au centre de la pièce au dessus du grand escalier.

Comme dans une cathédrale, la lumière entre dans le hall à travers des vitraux colorés. Des scènes glorieuses de l'histoire de la Principauté témoignent de l'ancienneté de la grande famille Obéron, qui en tentant de s'élever plus haut que ses concurrentes fut sauvagement suicidée. Encore aujourd'hui peu nombreux à Carnavale sont ceux qui réalisent la perte que représente le clan Obéron pour la Principauté. Ses brevets industriels disséminés au vent, rachetés par une bourgeoisie aux dents longues qui disséqua ce qui fut sans doute le plus grand complexe militaro-industriel du monde, entre les mains d'une seule famille.

Les pas d'Hermine et de Pierre résonnent sur le sol dallé. Il y a un silence de cimetière.

- Bonjour. Comment puis-je vous aider ?

Un homme. En est-ce vraiment un. Son regard est étrangement vide et une petite LED brille sur sa tempe. Est-ce lui le gardien des lieux, celui qui entretient encore loyalement l'hôtel, des années après la disparition de ses propriétaires ?


Androïde Obéron
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