

Militaire de carrière, ancien artilleur, il avait toujours détesté ces généraux corrompus et incompétents qui avaient longtemps dirigés cette institution qu'était l'armée. Lorsque le Président de la République lui avait proposé de faire le ménage et de remettre sur pied ce qu'il considérait comme sa "deuxième famille", il ne s'était pas fait prier. En neuf ans à la tête des armées, il avait relancé la production d'armées et de matériel, ouvert la conscription aux femmes, réorganisé la chaîne de commandement, redonné confiance en l'armée, permis la reprise des exercices militaires, et ce de manière annuelle. Aujourd'hui était donc un grand jour pour lui. Il attendait de pied ferme les représentants kartiens pour que débute les manœuvres.
La proximité des lieux des exercices avec la frontière restvinienne avait été cachée à la presse et au monde jusqu'à la dernière minute. Il ne fallait surtout pas affoler la population. Le but de ces exercices n'était pas de menacer la junte militaire, mais de l'avertir. L'avertir quand cas d'attaque, le Latrua serait prêt à riposter avec ses alliés. Il fallait montrer la puissance nouvelle de l'armée latruante réformée et modernisée. La présence des kartiens aux côtés des forces latruantes seraient aussi un gage du sérieux de ces exercices et le parfait exemple de la force des liens qui unissaient à présent les deux nations eurysiennes.
Au loin, sur l'eau, les deux patrouilleurs de l'armée latruante, seuls bâtiments de la marine à ce jour, tournaient autour du croiseur kartien. Les deux navires faisaient la fierté de l’État Major, car ils posaient les bases de la construction d'une marine nouvelle. Au sol, les soldats latruants attendaient le signal du Maréchal pour débuter les opérations. Ils étaient cachés, dissimulés dans les fourrés, sous les arbres enneigés. Les canons de l’artillerie étaient quant à eux pointés en direction des positions kartiennes, prêt à faire feu, à tonner, à faire trembler la terre sur laquelle ils étaient si soigneusement disposés. Enfin, à l'arrière, les blindés latruants faisaient ronronner leur moteur, les protégeant ainsi du froid mordant qui régnait sur le littoral et se tenant prêt à intervenir en soutien à l'infanterie. Tous, soldats comme marins, retenaient leur souffle, se concentrant et se préparant à l'affrontement à venir.
Le Maréchal fut averti de l'arrivé de la délégation kartienne sur les lieux de l'exercice. Il remit sa chapka en place et partit à leur rencontre.
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