Vasiliy eut un mouvement de recul. La voix de son interlocutrice était soudainement devenue plus véhémente, porteuse d'une colère froide. Une colère qui lui était inhabituelle, Angèle étant connue pour son calme à toute épreuve et son ton posé, toujours mesuré. Cette incartade, cette soudaine fureur, le Président de la République ne l'avaient pas anticipé. Il se doutait bien que la dirigeante kartienne n'accepterait pas aussi facilement l'idée d'un asile, cependant, il ne s'attendait pas à cette réaction vive, épidermique.
Passé le choc, il écouta avec attention la contre-proposition kartienne. Si elle réduisait grandement les demandes latruantes, omettant ce qui comptait le plus pour Vasiliy, à savoir le porte-avions et le sous-marin, elle restait pour autant. Les Kartiens avaient en effet procéder à des remontées technologiques, principalement pour les missiles balistiques et pour les armes d'infanterie. C'était donc une proposition qu'il ne pouvait refuser. Lorsque Angèle eut fini de s'exprimer, sur un ton plus posé qu'au début de son intervention, il répondit :
"Chère Angèle, permettez-moi de vous tutoyer quelques secondes. Avant toute réaction de ta part, permets-moi de dire que je me doute que ce changement de pronom soit une incartade aux règles diplomatiques. Excuse-moi pour ce qui est peut-être, pour toi, une forme d'irrespect. Sache au contraire que ce choix est pour moi un moyen de te montrer mon respect. Mon respect pour ta personne, pour ton pays et pour ton peuple.
C'est ce respect, et le profond attachement du Latrua à tous les Kartiens, qui m'a poussé à te proposer l'asile politique en cas d’atteinte claire à ta personne. Je comprends bien évidemment ta réaction et je tiens à m'excuser pour ma proposition, qui était certainement déplacée. C'est tout à ton honneur de vouloir de battre, de vouloir défendre ta patrie jusqu'au dernier moment. De la protéger des menaces et des attaques d'une autre nation. Je respect cette décision, cet engagement, et je ne peux qu'être admiratif face à une telle abnégation, face à un tel amour pour son pays. Cet amour pour notre nation respective, nous le partageons, et je pense que, si les mêmes menaces venaient à toucher le Latrua, je prendrais la même décision.
En ce qui concerne ta contre-proposition relative à l'achat d'armes par ma nation, je l'accepte et je te suis gré d'avoir formulé une proposition aussi avantageuse pour ma nation. Je suis conscient que votre industrie militaire doit, en ces temps d'incertitude, produire avant tout pour votre défense. c'est donc un geste fort que vous faite à l'égard du Latrua en acceptant de partager vos lignes de production. Ta proposition t'honore et ne peut décemment pas être refusée.
Sache Angèle, que mon pays soutiendra toujours Karty et qu'il ne pourra jamais en être. Sache aussi, que je te soutiendrais toujours et qu'il ne pourra jamais en être autrement." Vasiliy s'affala dans son fauteuil en attendant la réaction de la Gouverneure Fédérale.