
Le pouvoir Marcheburgeois est encore aujourd’hui détenu en grande partie par l’aristocratie ; ces derniers, représentants d’un lignage parfois immémorial, dominant de jure des fiefs qui appartiennent à leurs familles depuis Mathusalem forment la classe politique de par leur influence et leur prestige. À la fois héritiers d’une tradition chevaleresque et continuateurs d’une politique supervisés par la Monarchie ; des clans se distinguent, s’opposent, s’affrontent et s’unissent en fonction des besoins, des pressions ou des opportunités. Dynasties respectables et respectées, Clans puissants et influents rythment la vie politique. L’écosystème politique marcheburgeois est en perpétuelle recomposition, des tribus tombent tandis que d’autres triomphent. Une bien étrange loi y règne ; non celle du plus fort, mais celle du plus retors. Les fiefs et les terres ne sont rien en comparaison du nombre d’alliés, d’obligés ou d’amis. Classe s’étant formée sur le cadavre calciné de la Monarchie centralisée et absolue, l’aristocratie est devenue la seule détentrice du pouvoir ; la bourgeoisie n’aspire qu’à une chose ; rejoindre ses rangs. Seulement, ces dix milles familles forment dorénavant une caste à part entière extrêmement sélective ; ces Ducs, ces Comtes et ces Chevaliers ne sont pas prêts à concéder ne serait-ce qu’une parcelle de leur influence.
Cette élite forme l’aristocratie, les Dix milles. Mais en vérité, parmi ces Dix milles, seule une dizaine possédait le pouvoir. Une dizaine de familles influentes, riches à millions et monopolisant les ministères, les grades et les hautes fonctions. Ces ducs, étaient l’armature du pouvoir ; leurs rejetons en étaient l’avenir. « Les Dix », comme on les appelle dans cette masse de hobereaux désargentés, cristallisent les ressentiments, les haines et les vindictes. Elles détiennent le pouvoir et elles sont déterminés à le conserver. Pour ce faire, elles ont crées des dynasties politiques et monopolisent les hautes fonctions ; ainsi naquirent des lignées de juges, de députés, de premiers ministres et de gouverneurs. Ces Dix étaient l’aboutissement le plus ingénieux et le plus ingénieux du népotisme. Abattant la concurrence, réduisant l’opposition, écrasant les soulèvements ; les Dix étaient tout à la fois ; les juges, les procureurs, les jurés et les bourreaux. À la fois collecteurs d’impôts et administrateurs ; les Dix étendent leur influence à tout les domaines. Une fois la justice reconquise, ils s’emparèrent de la fiscalité, bientôt l’économie tomba sous leur emprise tandis qu’ils gardaient un œil sur la loi. Leurs soldats et leurs pions se battaient pour leurs exclusifs intérêts et les Dix réussirent à faire tomber le Marcheburg sous leur tutelle. Il règnent sur le Marcheburg-Pfalz comme sur leurs domaines personnels ; indirectement. Seulement, nulle loi, nulle décret, nulle décision ne se fait sans que les Dix aient donné leur accord.
Seulement, n’imaginez pas que ces Grandes familles, égales en dignités et en honneurs soient issues des mêmes strates de la noblesse, ni même qu’elles entretiennent les mêmes relations avec les autres classes. Dans cet écosystème complexe où la loi du plus fort n’est qu’une illusion et où l’influence fait bien plus que le nombre de fidèles ; dans ce monde particulier où la vertu médiévale compte plus que l’or, il est bien difficile d’essayer de brosser un portrait exact de ce qu’est la Macht der Familie, le pouvoir d’une Famille. Malgré tout, nous pouvons essayer de diviser les Dix familles en trois catégories bien distinctes ; à la fois profondément rivales et pourtant nécessairement partenaires. Chaque caste reflète à la fois une manière de pensée et d’agir propre à cette dernière, mais aussi une proximité avec les autres ordres qui peuvent surprendre. Le Marcheburg, reste malgré le triomphe du capitalisme, une nation profondément féodale dans ses réflexes ; chaque ordre agit selon une logique et cohérence qui lui est inhérente. Aussi surprenant que cela puisse paraître ; la révolution n’a pas renversé un État d’esprit, elle n’a même pas bouleversé une manière d’agir ; elle a simplement redessinner les contours de la politique sans pour autant les perturber ; certaines familles ont profiter de cette dernière pour s’établir comme dynastie régnante, mais elle n’a pas fondamentalement altérer le monde politique. Seulement, elle n’a fait que rappeler un point essentiel ; la Bourgeoisie est devenue une force d’influence qu’il s’agit de ménager. En revanche, là où le libéralisme bourgeois et le prestige aristocratique se sont mêlés pour former l’oligarchie des démocraties parlementaires du XIXe siècle, les nobles du Marcheburg et les parvenus sont restés deux groupes distincts, coopérant sur certains sujets, mais refusant de se mélanger.
Cette particularité, propre à la Wardonie, ou du moins aux États conservateurs de Wardonie, comme le Hochmark ou le Marcheburg, est bien entendu due à la puissance qu’avait déjà la noblesse avant l’émergence de la Bourgeoisie industrielle, financière ou technique. À la fois car elle n’était pas la seule à s’engager dans des activités nouvelles pourtant lucratives, mais aussi car la noblesse représentait un véritable pouvoir qu’il était nécessaire de ménager pour qu’un souverain puisse conserver son titre et sa Couronne. Alors qu’à Teyla la noblesse était une force d’apparat ; elle avait été humiliée et réduite au silence par la Monarchie ; les Ducs teylais n’étaient rien d’autres que les lions domestiquées du pouvoir royal. Ces canidés coquets couraient derrière les rubans et les dignités au lieu de chercher à gouverner à la place du Roi. En parallèle, la Bourgeoisie émergeait comme une force politique majeur qu’il était devenu impossible d’ignorer au XVIIIe siècle. État des choses qui était très différent du monde Wardon. L’autorité centrale des Empereurs n’avait fait que s’effriter au cours de siècles ; les princes devenaient des sujets immédiats qui s’affranchissaient progressivement de la tutelle impériale ; les Electeurs du Marcheburg, les Ducs du Pfalz, les Princes du Falkenberg et les Ducs du Hochmark étaient devenus des princes souverains ; l’empereur n’était plus que suzerain théorique de terres qui avaient cessées de lui appartenir. Cette aristocratie formait le haut du panier ; c’étaient des Princes souverains ; des Hochadel qui bénéficiaient d’une égalité de traitement dans leurs relations ; ils étaient tous les vassaux directs de l’Empereur et ce malgré une titulature légèrement différente ; au fond que les Antranias-Marcheburg soient Ducs-Électeurs tandis que les von Falkenberg soient Princes. Dans les faits la différence est nulle et ces derniers formant des nations indépendantes dans les faits se dotèrent aussi d’une aristocratie directe ; la Standesherren ; médiatisée (c’est à dire ayant perdus leurs terres et étant devenus des maisons vassales de Maisons ducales plus puissantes).
Et ces Illustrissimes altesses forment la première catégorie, la première caste des Dix familles. Ces dynasties, souvent comtales, régnant de jure sur des domaines appartenant dans les faits au Duché et à l’État. Néanmoins, même s’ils avaient perdus leurs terres, ce qui faisait de ces Illustrissimes altesses des nobles sans raison d’être. Heureusement, le statut de Standesherren était accordé avec plusieurs privilèges ; à la fois militaires ; un Standesherren entrait dans l’armée et recevait automatiquement le grade de lieutenant. Au niveau dynastique, ces derniers pouvaient aussi se marier avec des représentants de maisons princières ; c’est dans cette mesure là que l’on peut considérer ces derniers comme juste en dessous des Maisons régnantes, des Hochadel. Cette caste par ailleurs, cultivait une proximité avec le pouvoir politique ; et ce pour plusieurs raisons évidentes ; des alliances matrimoniales existaient avant la médiatisation générale qui suivit la progressive unification de la Wardonie en différents pôles politiques (Marcheburg, Falkenberg…) permettant à ces dynasties anciennement régnantes de compter sur de solides appuis dans les ministères, les cours et les casernes. C’est grâce à ce réseau d’alliance et d’obligés que les Standesherren réussirent à conserver une certaine importance politique non pas au travers d’une puissance économique démesurée, comme c’est le cas de la Bourgeoisie, mais grâce à un prestige intact et un réseau d’amis et de clients ayant l’oreille des plus puissants. Ce seront par ailleurs les Standerhessen qui régneront d’une main de fer sur leur fief législatif et le premier outil de domination qu’ils possèdent ; la Kammer der Adligen qui sert de relai aux Grandes familles et qui leur permets de contrecarrer les projets trop ambitieux qui pourraient nuire à leurs privilèges fiscaux, militaires et dynastiques ; cette dernière étant à 50 % dominée par des membres de l’élite aristocratique ; n’oublions pas par ailleurs que les familles de Standerhessen sont membres de droit des assemblées locales leur permettant de donner leur avis et surtout de continuer à perpétuer une tradition aristocratique qu’ils représentent.
D’autre part, les Standerhessen ne sont pas les seules dynasties aristocratiques influentes ; nous pourrions à ce titre citer les Junkers ; titre exclusivement à la petite noblesse Marcheburgeoise (en y excluant le Pfalz et les enclaves). Ces derniers, formant initialement une caste de soldats annoblis mais sans titres ayant pour vocation de défendre les possessions fortifiées de leurs maîtres (comme des petits bourgs ou des fortifications) se spécialisèrent dans la formation d’empires agraires et monopolisèrent petit à petit l’intégralité du haut commandement militaire. Les Junkers forment la noblesse la plus courante, la plus nombreuse et nous imaginons régulièrement les aristocrates comme des Junkers ; c’est à dire comme des combattants à cheval ; des chevaliers. Ces combattants là ont très vite formés les bases de la caste guerrière, tandis qu’ils étaient rejetés des grandes dynasties aristocratiques exerçant la réalité du pouvoir. Les Junkers devinrent donc une classe à part ; incapable de pouvoir exercer des métiers dits « non-nobles » comme le commerce ou le travail de la terre, vus comme vulgaires (du latin vulgus ; commun, populaire) indigne de leur qualité de gentilshommes. C’est forcé ainsi par la conjecture et le devoir de se comporter comme des nobles qu’ils durent exclusivement se concentrer sur la guerre, art noble par excellence. Paradoxalement, le renforcement de la puissance des princes d’empire, des Hochadel permit de mieux récompenser ces fidèles serviteurs, qui par ailleurs avaient une grande réputation de guerriers en formant des compagnies mercenaires indépendantes capables de mettre en déroute des troupes régulières si la solde est généreuse ; ainsi le Junker n’est pas uniquement un noble sans titre, c’est aussi un chef de guerre réputé au Marcheburg. Par ailleurs, aujourd’hui encore les commandants et les hauts-gradés restent souvent des Junkers. Ces hommes là que l’on dit fiers et braves ont très vite étés reconnus comme les fondements même de la noblesse ; ces derniers seraient l’équivalent des Chevaliers teylais ou des Reichsritter du Sud de l’Empire ; notamment dans le Pfalz. Une certaine confusion existe toujours entre les Junkers et les Reichsritter, et par abus de langage, beaucoup considèrent que les Chevalier du Pfalz sont des Junkers. Ainsi, une distinction est généralement faite entre les Jukers et les Südlicher Junker (Junkers du sud).
Seulement, si ces prestigieux chevaliers réputés pour leur bravoure ont réussi à voir certains de leurs membres devenir des figures extrêmement influente dans le jeu politique marcheburgeois, et plus généralement en Wardonie, c’est avant tout grâce à leur richesses terriennes. Certaines dynasties réussirent à la suite d’heureux mariages et d’accords relativement bénéfiques avec la bourgeoisie à créer des empires terriens aussi grands que certaines provinces ; cette richesse agraire en faisait ainsi une force politique majeure proche des masses paysannes. Et surtout, une force qui exerçait une influence non négligeable sur la paysannerie. Et c’est ce point là qui leur permit de former une élite politique protectionniste attachée à la sauvegarde des intérêts agricoles et au renforcement des politiques illibérales qui pourraient mettre en péril le monopole exercer sur la distribution agricole. D’autre part, dans une société où l’armée joue un rôle prépondérant et dans laquelle les principales figures politiques sont obligées de faire un service militaire plus ou moins long, leur permettant ainsi de tisser des liens avec des Junkers, noblesse par excellence guerrière qui monopolise les grades au sein des forces armées ducales. D’autre part, même au niveau politique l’armée entretient une certaine proximité avec le pouvoir politique ; à la fois car c’est un outil de répression implacable mais c’est aussi la garantie d’un État stable avec des forces de sécurité capable d’abattre les menaces à l’intégrité nationale. Ainsi, c’est pour cette raison que de nombreux Premiers ministres, qu’ils soient conservateurs ou chrétiens-démocrates, ont appartenu à l’Armée ; et certains y exerçaient même avant d’entrer en politique ; de ce fait beaucoup de Junkers furent aussi des Premiers Ministres en plus d’être des officiers de haut rang.
Et enfin, dernière caste aristocratique ayant certain de se membres exerçant une influence nous pourrions noter l’existence d’une élite anoblie ayant fait ses armes non dans l’armée ni dans les grands domaines terriens mais au service direct de la Monarchie. Ainsi ; alors que la bourgeoisie reste traditionnellement rejetée par l’aristocratie qui tends à s’ériger en caste à part entière de plus en plus exclusive. Cette bradfadel entrant en rivalité plus ou moins ouverte avec l’aristocratie dite « immémoriale » ; les Udradels. Un contraste existant aussi dans le monde francophone entre la noblesse d’épée, existant depuis le Moyen-Âge et la Noblesse de robe, apparaissant progressivement au XIIIe siècle et qui verra son influence s’accroître considérablement ; à ce titre nous pourrions ainsi noter qu’en Gallouèse cette dernière sera si puissante et si importante qu’elle précipitera au XVIIIe siècle la Monarchie des de Draune dans une guerre civile et une période d’instabilité qui marqua la fin de l’âge d’or gallouèsien. Au Marcheburg, cette noblesse se fit d’abord proche de l’Empereur ; c’était bien souvent de hauts fonctionnaires bourgeois qui s’étaient distingués par leurs zèle à servir avec efficacité la Couronne du Saint-Empire et qui obtinrent en récompense de leurs bons et loyaux services des hôtels et des terres ainsi qu’une lettre patente leur donnant le droit de prétendre à un titre. Seulement, avec le progressif renforcement de la puissance souveraine des grandes principautés temporelles au détriment du pouvoir impérial ce droit d’anoblissement devenait de plus en plus vain ; car peu pouvait se distinguer auprès de lui. Au final, ces lettres patentes devinrent des outils de pression sur les gouvernements des différents princes pour l’engager à respecter le pouvoir impérial sous peine de refuser l’anoblissement de son conseiller qui espérait occuper une fonction officielle et prestigieuse au sein du gouvernement princier. Cet outil de menace se révélera vain avec le renforcement des principautés au niveau législatif qui permettait à ces dernières de nommer des ministres même si ces derniers appartenait au Tiers État.
En revanche, les bradfadels jouissaient d’une certaine influence économique ; ces derniers en effet appartenaient à des familles bourgeoises richissimes ; grands industriels du Pfalz, dynasties financières de Gavière et autres élites ayant reçus des titres d’anoblissement de la part de l’Empereur pour avoir financer certains de ses projets ou pour l’avoir directement aidé… Bien entendu, parmi ces dernières nous pouvions aussi trouver d’anciens ministres bien en vue ainsi que leurs descendants. En vérité, cette aristocratie là est celle de l’argent ; c’est bien souvent ce que les petits hobereaux nomment les Emporkömmlinge (arrivistes). Peu nombreux mais extrêmement riches, ces derniers multiplient souvent les extravagances. Par ailleurs, leur immense fortune et leurs connaissances dans de nombreux domaines pratiques, comme l’économie, leurs permettent de mieux servir l’État et d’obtenir de lui un certain crédit ; une influence par ailleurs non négligeable sur la prise de décision ; en étant les fonctionnaires utiles et éduqués capables de faire tourner la machine étatique, ces derniers monopolisent très vites les fonctions techniques ; la justice notamment, mais aussi certains postes clefs dans l’administration ducale ; comme Chancelier aux Finances ; et comme tout le monde le sait, l’argent est le nerf de la guerre. D’autre part, cette caste est assez isolée des autres ; vue comme une paria ou une secte de parvenus par le reste de l’aristocratie.
D’autre part, en plus de jouir d’une influence indirecte sur le monde politique, et parfois même en contracarrant certaines de ses ambitions au travers d’une Cour suprême majoritairement composée de Brafadels, la Verfassungsrat étant capable d’amender si nécessaire des lois du Parlement de la Kammer, l’outil des Standershessen. Seulement en plus de tout cela, la noblesse arriviste, loin de s’enorgueillir de son titre continue à conserver le soutien de la Bourgeoisie, et au travers d’elle son influence sur le monde urbain. En faisant ainsi non seulement une force politique non négligeable capable d’influencer les résultats électoraux, mais en plus de s’opposer frontalement à ses rivaux agraires et élitistes. Car ce qui différencie les Bradfadels, nobles sans gloire, du reste de l’aristocratie reste bien évidemment sa relation quasi-fusionnelle avec la bourgeoisie. Alors que cette dernière est devenue une force économique non négligeable, avant tout grâce à la rapide industrialisation de l’Empire et l’établissement d’une nouvelle élite financière capable de devenir le moteur économique du Duché et jouissant d’une grande influence sur la masse prolétaire grâce à une administration paternaliste des usines. Faisant ainsi des Brafadels les portes-voix des intérêts bourgeois.
Néanmoins, même ces groupes peuvent avoir des intérêts contradictoires ; les Grandes familles conservent une certaine vision politique commune et ce malgré des intérêts divergents voire même des antagonisme datant de plusieurs décennies ; en revanche elles restent pour la plupart pragmatiques ; elles tiennent à leurs intérêts et peuvent dépasser leurs inimitiés pour conserver leurs positions hégémoniques. Prolétaires de tout les pays, unissez-vous disait Marx, et bien les Grandes familles du Marcheburg diront ; Aristocrates, unissez-vous.