Sujet pour répertorier les personnalités les plus connues du Commonwealth, en fournissant des éléments de leur biographie, de leur parcours et de leur place dans la société.
JEBEDIAH « JED » CULLERTON The Patriarch - The Lion of the Old Guard
INFORMATIONS PERSONNELLES :
Nom : Cullerton Prénom : Jebediah Diminutif : Jed Naissance : 12 mars 1957 à Coalhaven, district de Calvada Âge : 61 ans Religion : Athée Fonction : : Président du Consolidated Mineworkers Syndicate (CMS) Autre fonction : Membre du comité directeur de la Chambre des syndicats Formation : Institut technique du CMS en ingénierie des mines ; Ecole centrale de formation politique de l'UMMFS Lieu de résidence : Maison à Coalhaven ; Appartement à New Harmony Enfants : Wallace Cullerton (décédé) ; Dudley Cullerton (35 ans) Statut marital : Veuf (épouse morte en 2014)
BIOGRAPHIE :
Il ne donne pas d'interviews. Il n'apparaît pas non plus à la télévision. Il ne participe pas aux débats de l'Assemblée nationale et ne s'adresse pas à des foules en liesse. Jebediah « Jed » Cullerton, président du Consolidated Mineworkers Syndicate, est sans conteste l'un des hommes les plus puissants du Commonwealth, alors que la plupart de ses citoyens ne l'ont jamais vu. Il est le patriarche d'un empire syndical en déclin, le gardien inébranlable d'une foi qui semble s'éteindre, le dernier d'une longue lignée de dirigeants syndicaux qui ont bâti leur pouvoir dans les puits de mine avant de l'exercer à travers une république syndicaliste aujourd'hui disparue. Jebediah Cullerton est né dans ce que l'on pourrait appeler les « familles princières » du syndicalisme reernien. Son grand-oncle, Leonard Cullerton, a été un commandant décoré lors de la guerre de la Mountain. Son grand-père, Hannibal Cullerton, a été président du Conseil central de l'UMMFS de 1957 à 1975, une période charnière marquée par le renforcement de la domination de la garde orthodoxe sur les réformateurs. Son père, Amos Cullerton, qui était promis à une brillante carrière au sein de l'UMMFS, est mort dans une explosion minière en 1969, alors que Jebediah n'avait que douze ans. Cette mort prématurée a été un déchirement, comme l'a raconté un témoin de l'incident : « Les Cullerton menaient une vie personnelle à part, mais cela ne les empêchait pas de se rendre en ville ou d'envoyer leurs enfants dans les mêmes écoles que les mineurs. Lorsque le fils d'Hannibal est mort, le vieux s'est lui-même rendu à la mine. Il a passé trois jours dans les décombres à le chercher. Il l'a finalement retrouvé et l'a sorti de là. Il n'a rien montré devant nous, il était impassible. C'était sa façon d'être, et je pense que cela a beaucoup influencé la personnalité de Jed. » La famille Cullerton a toujours eu un poids important à Coalhaven, bien avant la naissance de Jebediah. Le complexe familial, sorte d'enclave fortifiée au sein de la cité minière, disposait de tout le nécessaire en matière d'approvisionnement en eau, en électricité et en nourriture, ainsi que d'une force de sécurité propre. C'est dans cette atmosphère que s'est construite la jeunesse de Jed, entouré des attributs du pouvoir et des hommes qui l'exerçaient alors. Son grand-père lui avait alors annoncé la couleur : « Tu vas apprendre ce que signifie être un dirigeant. Tu iras dans les mines, tu travailleras aux côtés des autres. Tu comprendras leur vie, leurs luttes, leurs sacrifices. Ce n'est qu'alors que tu seras prêt à diriger. » Fidèle à la parole de son grand-père, il commence à travailler à la mine à l'âge de seize ans. Il y travaille comme simple mineur pendant plusieurs années, puis est nommé à un poste de direction. Cette expérience l'a profondément marqué et lui a donné une légitimité qu'il conserve aujourd'hui et qui ne pouvait lui être fournie par sa seule position « dynastique ». Il l'avouera lui-même par ailleurs : « Je sais ce que c'est que de descendre dans le puits et d'être recouvert de charbon à la fin de la journée. Je sais également ce que c'est que de s'inquiéter pour un éboulement, un effondrement de toiture ou une fuite de gaz. Je ne suis pas un bureaucrate, et je ne l'ai jamais été. J'ai étudié l'exploitation minière sur le terrain, et pas uniquement dans des livres. Je suis un mineur comme vous, qui a pris la direction par nécessité et par fidélité à sa classe. »
ASCENSION AU SEIN DU CMS :
1973-1978 : Mineur au sein du puit CMS#7 ; « Apprentissage » imposé par sa grand-père 1979-1984 : Chef d'équipe au sein du puit CMS#7 ; Occupe son premier poste de direction 1985-1990 : Directeur régional adjoint, région sud de Calvada ; Supervision de plusieurs mines stratégiques 1991-1998 : Directeur régional, genre l'ensemble des opérations minières de Calvada ; Devient responsable du territoire central du CMS 1999-2005 : Vice-président du CMS, directeur des opérations ; Va devenir conseiller du président Russell Kirkpatrick
Les années 1980 et 1990 ont marqué un important déclin de la RWSR, mais elles ont également été le théâtre d'un renouveau du pouvoir de la famille Cullerton, avec Jed au centre de l'action. Il s'est révélé être un administrateur très compétent, connu pour son souci du détail, sa mémoire des noms et des visages des mineurs, ainsi que pour sa volonté personnelle de descendre dans les mines au moindre problème. Ses camarades du syndicat se souviennent de ces traits de caractère, expliquant qu'il était toujours disponible, présent, et qu'il était capable de se souvenir des noms de toute la famille, y compris du petit dernier. Il était possible de détester le système, mais pas lui. Il avait un don naturel pour écouter et se faire écouter. Lors du terrible soulèvement de Coalhaven en 1994, Jed a franchi un cap dans sa vie politique. Lorsque les travailleurs et leurs familles affamés ont voulu prendre d'assaut des dépôts alimentaires du CMS, il faisait partie des responsables locaux qui ont supplié les services de sécurité et la police politique syndicale de ne pas ouvrir le feu. Il avait réussi à organiser en urgence des convois alimentaires pour venir en aide aux familles en danger, sauvant probablement la vie de milliers de personnes de la famine durant ce rude hiver. Malgré sa pugnacité, il n'est cependant pas parvenu à empêcher le massacre, qui a fait quarante-sept morts, quatre-vingt-trois blessés et conduit à l'arrestation de cent douze personnes. Ce jour-là, ce fut la première fois qu'il s'était mis à douter, comme il l'a noté dans son carnet intime : « Je les ai vus mourir aujourd'hui, des hommes et des femmes que je connaissais. Des hommes avec qui j'ai pu travailler par le passé. Je n'ai rien pu faire. Les gardes recevaient leurs ordres de New Harmony et ne voulaient rien entendre de notre part. Je ne pourrai jamais oublier. Je ne pardonnerai jamais ce qui s'est passé. Je me battrai pour que notre peuple et ma classe ne soient plus jamais brimés. J'en fais le serment. »
En 2005, Jed Cullerton est élu président du Consolidated Mineworkers Syndicate, succédant à Russell Kirkpatrick, alors en fin de carrière, qui est nommé à la tête de l'UMMFS. Âgé de quarante-huit ans, Jed est encore relativement jeune pour le poste qu'il occupe, mais toute sa vie avait été une longue et méticuleuse préparation pour ce poste. Sa vision est alors simple. Le CMS défendra ses membres ; il ne cédera pas aux réformateurs qui veulent démanteler les industries nationales, pas plus qu'aux idéologues qui veulent préserver le passé à tout prix. Il rassure en expliquant qu'il faut que le tissu minier continue de fonctionner, que les communautés minières restent vivantes et que chacun ait de quoi manger. Les quinze années qui suivent sont marquées par une lutte constante et quasi sans trêve. La montée en puissance de la faction technocratique au sein de l'UMMFS faisait pression en faveur de réformes « contrôlées » en matière d'ouverture économique. Le mouvement écologiste commençait à prendre de l'ampleur. L'économie continuait son lent et pénible effondrement. Pourtant, Jed a maintenu autant que possible la cohésion interne du CMS, préservant et maintenant une discipline de fer. Il a combattu pour préserver l'ensemble des avantages et droits sociaux, et s'est opposé à toute tentative de restructuration du pouvoir syndical dans le pays. Pour les historiens et analystes de cette période, Jed Cullerton n'était ni un crétin ni une personne stupide. Il avait compris que l'ancien système s'effondrait sous le poids de ses propres contradictions internes. Il était suffisamment intelligent pour comprendre qu'une réforme détruirait non seulement le pouvoir des syndicats, mais aussi celui du CMS. Son choix a donc été de privilégier la préservation plutôt que l'adaptation, une décision mûrement réfléchie qui, à l'époque, pouvait être considérée comme correcte ou totalement catastrophique.
La chute du régime syndicaliste a été une épreuve de force pour Jed Cullerton. Celui qui avait consacré toute sa vie au CMS, qui défendait toujours l'héritage de son grand-père, des mineurs et de leurs communautés, voyait tout s'effondrer. Zaccheus Morgan, chef d'état-major général de la People's Army of the Commonwealth, se remémore l'atmosphère qui prévalait lors de la ratification des accords de New Harmony : « J'étais présent dans la salle lors de la signature des accords. Je me souviens qu'il était assis dans un coin, pensif et renfermé, alors que tout le monde semblait faire la fête. Il ne parlait pas, ne bougeait pas, il était comme prostré. Une fois les accords signés, il s'est levé sans dire un mot et est sorti de la salle. Je l'ai suivi et je lui ai demandé ce qui allait se passer maintenant. Il m'a regardé et je n'oublierai jamais ce regard. Il m'a simplement dit : « Maintenant, il en va de notre survie. » Puis il a tourné les talons et a disparu. ». Lors de la dissolution de l'UMMFS en 2015, Jed Cullerton a été confronté au plus grand défi de sa carrière politique et syndicale. Le régime syndicaliste venait de disparaître et la période de transition qui s'ouvrait paraissait incertaine. Le CMS, fruit d'un héritage à la fois politique et familial, se trouvait soudainement dans une position vulnérable. Sa stratégie était simple : 1/ Protéger la structure même du CMS, en s'assurant que l'ensemble des actifs principaux du syndicat (mines, logements, fonds de pension, etc.) resteraient sous son contrôle pendant la transition ; 2/ Négocier en position de force, en utilisant le pouvoir économique du CMS dans le secteur minier pour obtenir une position privilégiée au sein du nouveau système en place, de la reconnaissance de la Chambre des syndicats aux cinq ministres sans portefeuille au Conseil d'État ; 3/ Parvenir à contenir les éléments radicaux, en empêchant la scission de membres du CMS à destination de la Scarlet Guard puis du DLF, en ayant recours à la cooptation, au clientélisme et, dans certains cas, à l'intimidation. Devant le comité central du CMS, il déclarait en 2016 : « La République syndicaliste a disparu et prétendre le contraire serait absurde. Mais nous, camarades, nous sommes toujours là, et nous n'avons pas disparu. Nous possédons toujours un grand pouvoir et nos membres nous demandent d'agir. Nous utiliserons ces deux facteurs à notre avantage pour nous protéger, protéger notre héritage et nos membres, quel que soit le gouvernement en place à New Harmony. » Le début de l'insurrection de la Scarlet Guard, quelques mois plus tard, lui a permis de mettre sa stratégie à l'épreuve. Des éléments radicaux du CMS ont rejoint le mouvement, et Cullerton les a publiquement condamnés, tout en veillant discrètement à ce que les services de sécurité syndicale du CMS ne participent pas aux opérations de contre-insurrection menées par la PAC. La PAC n'est pas dupe et, dans un rapport du G-2, notait que « Cullerton marche sur des œufs : il ne peut pas être perçu comme collaborant pleinement avec la Scarlet Guard, mais il doit également faire en sorte de ne pas être perçu comme s'opposant trop radicalement à elle. Dans sa base, de nombreux membres sympathisent ouvertement avec l'insurrection. Il doit trouver un juste équilibre entre la condamnation sans ménagement et l'inaction. »
PRISES DE POSITIONS CLÉS :
Restructuration des WOT : Opposition totale ; Projet de loi adopté par l'Assemblée nationale, véto de la Chambre des syndicats Ouverture des pensions et retraites à la capitalisation : Opposition totale ; Projet de loi adopté par l'Assemblée nationale, véto de la Chambre des syndicats Abolition de la Chambre des syndicats : Opposition totale ; Projet de loi proposé par la New Federalist Union et rejeté par l'Assemblée nationale Taxes environnementales et écologiques : Opposition : Projet de loi proposé par le Green Bloc et rejeté par l'Assemblée nationale Plan de sauvetage financier du NDF : Soutien total ; Adopté par l'Assemblée nationale ainsi que la Chambre des syndicats Extension des opérations de la PAC dans les districts : Opposition ; Projet de loi discuté prochainement à l'Assemblée nationale
Jed Cullerton n'est pas un intellectuel engagé. Il n'a d'ailleurs jamais écrit de livres ni prononcé de longues tirades politico-philosophiques. Son idéologie est avant tout pratique, défensive et ancrée dans son expérience au sein de son syndicat. Cullerton n'est pas marxiste, il ne l'a jamais été. Il est vaguement influencé par des théories socialistes, mais sans rien de solide sur le plan théorique. C'est un syndicaliste dans l'âme, au plus profond de lui-même. Selon lui, les syndicats doivent être l'institution principale régissant la société dans son ensemble. Tout le reste, qu'il s'agisse de la politique politicienne, de la culture ou des marchés économiques, n'est pour lui qu'accessoire. Il a une vision cohérente du monde, qui est toutefois totalement en décalage avec l'air du temps pour ses adversaires. Son instinct le pousse à considérer que sa loyauté doit aller avant tout aux travailleurs, ceux qui effectuent un travail pénible et harassant, car ce sont eux qui constituent le fondement de la société. La loyauté envers le syndicat est primordiale, car le syndicat est « plus que le syndicat » : c'est une famille, une communauté, une façon de vivre ensemble. Ses membres lui doivent tout, une loyauté sans bornes, et en retour, le syndicat leur doit protection. Cette vision s'accompagne d'une méfiance envers les autorités centrales, qu'elles se trouvent à New Harmony ou à Port-Liberty. Ces autorités ne sont pour lui que des menaces extérieures, alors que seul le syndicat est digne de confiance pour protéger les siens. Le pragmatisme de Cullerton est avant tout conservateur, dans le sens où il considère que le changement est nécessaire, mais qu'il doit surtout être contrôlé. Il vaut mieux préserver un système imparfait que de risquer d'en avoir un autre qui serait bien pire. Enfin, son mépris des grandes idéologies et des penseurs politiques s'explique par le même pragmatisme : dans le monde réel, il faut savoir s'adapter suffisamment pour survivre, et les défenseurs du libre marché comme les puristes syndicalistes révolutionnaires sont un danger, l'un comme l'autre.
Il est reconnu pour sa loyauté envers sa classe, sa famille et son syndicat, et n'oublie jamais ceux qui le soutiennent. Son pragmatisme lui permet de savoir quand se battre, quand faire des compromis et quand battre en retraite pour attendre un moment plus propice. Sans patience, il ne serait pas là où il se trouve aujourd'hui. Sa grande mémoire des noms, des visages, des faveurs comme des trahisons peut toutefois se révéler à double tranchant. Sa force de caractère se mesure à son courage, puisqu'il a dû affronter des grévistes, les services politiques du régime syndicaliste, les représentants du gouvernement actuel et même la PAC. Il ne se laisse jamais intimider facilement, ce qui explique sa constance dans ses prises de position. Ses adversaires savent ce qu'il représente et défend ; chercher à le faire changer de position s'avère compliqué, et il ne le fera jamais pour plaire à son contradicteur. D'un autre côté, il éprouve un mépris profond pour les personnes étrangères à son entourage et n'accorde sa confiance qu'à celles qu'il connaît depuis plus d'une décennie. Son pragmatisme a ses limites, notamment quand les questions fondamentales de la période de transition entrent en contradiction avec ses positions : il refuse de céder. Malgré sa grande patience, il est très rancunier et ne pardonne pas : ceux qui ont eu le malheur de le contredire au sein du syndicat ont vu leurs opportunités se réduire à peau de chagrin, voire disparaître complètement. D'un point de vue générationnel, Cullerton est incapable de comprendre une partie de la jeunesse actuelle, qu'il s'agisse de leurs idées, de leurs aspirations ou des griefs qu'ils peuvent lui porter. Enfin, il est profondément préoccupé par le jugement que l'histoire portera sur lui et ses actions, ce qui peut parfois brouiller ses jugements.
HABITUDES PERSONNELLES :
Routine : Se lève tous les jours entre 5 à 6 heures du matin Terrain : Va visiter au minimum un puit de mine une fois par semaine Mode de vie : Ne profite pas des biens de consommations du secteur du marché, préfère les produits locaux et nationaux Lecteur : Aime énormément lire plusieurs heures par jours, des romans, des biographies ainsi que les rapports du CMS Image : Très discret dans la sphère publique, ne sort jamais sans son insigne du CMS sur sa poitrine
D'anciens collaborateurs du syndicat ont plusieurs fois souligné qu'il pouvait être charmant et terrifiant à la fois. Il peut alterner les deux dans la même conversation et il est difficile d'oublier cet interlocuteur. Sa mémoire lui permet de se souvenir de chaque conversation, de chaque promesse et de chaque affront. Même vingt ans plus tard, il en parle encore. Mais surtout, il aime profondément et sincèrement les mineurs du Commonwealth : ce n'est pas un rôle qu'il endosse, mais une certitude. Il les aime d'une manière parfois brutale, à la manière d'un père qui se montre parfois bien trop autoritaire. Ses détracteurs ne se privent pas de le critiquer. Des accusations de corruption de fonds du CMS sont actuellement menées, bien qu'aucune accusation n'ait été formulée pour le moment. Ces fonds auraient été détournés au profit exclusif de la famille Cullerton. La discipline de fer et stricte qui règne au sein du CMS fait taire toute dissidence ; cette dernière est tout simplement dissuadée et les critiques sont le plus souvent marginalisées. Il fait preuve de cécité à propos des désastres environnementaux. Lorsqu'il est attaqué par les écologistes pour sa responsabilité dans la destruction de l'environnement dans plusieurs districts, dont celui de Calvada, il se défend en affirmant qu'il a mené cette politique pour défendre les mineurs et leurs communautés. Il est souvent accusé d'entretenir des liens avec la Scarlet Guard et d'apporter un soutien secret à l'insurrection pour faire avancer son agenda politique. Il réfute ces accusations, allant même jusqu'à mener des purges et des exclusions contre les éléments qui lui semblent trop agités, ce qui lui permet de faire taire ces allégations. Face à la stagnation de l'intérieur du pays, qui compromet l'avenir d'une partie importante de la jeunesse, il préfère mettre en avant le réseau d'écoles, d'institutions sociales et médicales du CMS. Enfin, on l'accuse de préparer sa succession en mettant potentiellement son neveu Zachariah, qui dirige actuellement les opérations régionales du CMS à Calvada, à sa place d'ici quelques années, perpétuant ainsi la tradition du népotisme familial. Pour Ian Lowry, le leader du groupe parlementaire de la New Federalist Union, « Jed Cullerton n'est pas une mauvaise personne. Il est bien pire que cela. C'est un homme au fond gentil, mais qui a passé sa vie à défendre un système profondément mauvais. Je ne lui retirerai jamais l'amour qu'il porte aux siens, mais cet amour a justifié des atrocités en tout genre, emportant de nombreuses vies dans le passé comme actuellement. Il n'est pas dans une posture de défense ; cet homme est tout simplement complice de l'impasse dans laquelle nous nous trouvons. »
Au-delà de l'image publique de Jed Cullerton, représenté tantôt comme un dur, un inflexible ou un indomptable, une série de deuils privés l'ont profondément marqué au cours de sa vie. La perte de son père, survenue alors qu'il était très jeune, reste très douloureuse pour lui. Son grand-père, Hannibal Cullerton, est mort d'une longue maladie et Jed a passé de longs moments à son chevet. En 2010, son fils aîné, Wallace, est décédé dans un accident minier alors qu'il suivait les traces de son père. Officiellement, une défaillance de l'équipement est en cause. Certains murmurent qu'il s'agirait plutôt d'un suicide. Son épouse, Fanny, avec qui il était marié depuis 1979, est morte en 2014 d'un cancer que les médecins du syndicat ont attribué à des facteurs familiaux et génétiques. Son dernier fils, Dudley, a quitté les terres familiales pour tenter sa chance à Port-Liberty, ce qui a attristé son père. Ils ne se parlent plus depuis trois ans. L'ensemble de ces pertes récentes l'ont profondément marqué. Ses proches le décrivent comme un homme qui ne montre presque plus aucune émotion en public, accablé par le poids de deux deuils et d'une séparation avec son fils. Il consacre donc toute sa vie et toute son énergie au syndicat. Dudley, son fils, dira à ce propos : « Après la mort de notre mère, quelque chose s'est brisé en lui. Il s'est de plus en plus renfermé, il est devenu plus dur qu'auparavant, moins chaleureux. Il a concentré toute son énergie pour le CMS, qui est devenu sa seule et unique famille, sa raison d'être, un tout qui lui assure un équilibre. Il ne lui reste plus rien d'autre, et c'est pour ça qu'il s'y attache. »
Avec l'âge, la question de sa succession à la tête du CMS se pose. Son neveu, Zachariah, semble être l'héritier tout désigné, mais il n'a malheureusement pas le charisme de son oncle. Le pouvoir du CMS s'affaiblit irrémédiablement à mesure que la production et l'extraction de charbon déclinent. La perspective de l'abolition de la Chambre des syndicats lors de la convocation de la Convention constitutionnelle est une possibilité. L'héritage de Cullerton fait débat et fera encore probablement débat dans le futur. Pour ses défenseurs, il s'agit d'un homme qui tient bon, qui a protégé les travailleurs des ravages du libéralisme sauvage et qui a réussi à maintenir le pouvoir des syndicats et des communautés minières intact. Pour ses détracteurs, c'est un homme qui s'obstine à bloquer toutes les réformes, condamnant les siens à survivre dans des régions dévastées par une industrie moribonde. Il préfère la préservation sous couvert de pragmatisme, ce qui conduit à sa propre disparition. Mais Cullerton lui-même, lorsqu'on lui demande, est très clair sur la façon dont il veut que l'on se souvienne de lui : « Je m'en fiche de la façon dont on se souviendra de moi. Ce qui m'importe, c'est la vie de mes proches, de mon syndicat et de ma classe. Si le CMS survit, si les mines continuent d'extraire du charbon et si les communautés dans lesquelles j'ai grandi existent toujours dans un demi-siècle, alors cela me suffira amplement. C'est plus que suffisant, et c'est pour cela que je me suis battu. » Jed Cullerton se lèvera toujours avant l'aube. Il conduira son vieux camion jusqu'aux mines comme il l'a toujours fait. Il s'assiéra comme toujours dans les bureaux ou les lieux de sociabilité syndicaux pour écouter les hommes qui ont passé leur vie sous terre. Jusqu'à la fin, il se battra pour la dignité, pour sa classe, pour un monde qu'il refuse de voir disparaître. Le dernier patriarche est toujours là, debout et prêt à se battre.
KENELM SUITOR The Oligarch - The Master of the New Economy
INFORMATIONS PERSONNELLES :
Nom : Suitor Prénom : Kenelm Naissance : 24 juin 1955 à New Harmony, district de Novaqua Âge : 63 ans Religion : Catholique Fonction : : Fondateur et PDG de Suitor Incorporated Autre fonctions : Actionnaire majoritaire du Commonwealth Herald ; Président du Port-Liberty Business Council Formation : Institut de formation sur le commerce extérieur de l'UMMFS ; Cours par correspondance en économie libérale introduits clandestinement Lieu de résidence : Penthouse dans la Suitor Tower à Port Liberty ; Domaine forestier dans le district de Marneth ; divers résidences secondaires hors du Commonwealth Fortune : Estimée à 2,1 milliards de staling HCU Enfants : Gertie Suitor (37 ans) ; Kate Suitor (34 ans) ; Benjamin Suitor (31 ans) Statut marital : Divorcé (depuis 2016)
BIOGRAPHIE :
Kenelm Suitor est issu de l'establishment de l'ancienne République syndicaliste, sans pour autant provenir de ses échelons les plus élevés. Son père, Ernst Suitor, était un cadre moyen de l'UMMFS, chargé de gérer les relations idéologiques et politiques complexes, limitées et contrôlées avec les régimes alliés ou sympathisants à l'époque de la RWSR. Sa mère, Anne Suitor (née Metcalfe), était enseignante dans une école polytechnique du CMS à New Harmony. La famille Suitor vivait confortablement selon les normes de l'époque : logement spacieux dans un environnement agréable, accès à des magasins réservés aux fonctionnaires et payables en devises fortes, ainsi qu'une maison de campagne à l'extérieur de la ville. Néanmoins, elle ne faisait pas partie des grandes castes dirigeantes du régime. Jeune, Kenelm a grandi en observant le fossé se creuser de plus en plus entre le discours officiel de la RWSR sur l'égalité de tous les travailleurs et la réalité des privilèges dont jouissaient certains bien placés, avec leurs familles. L'un de ses anciens collègues, avec qui il travaillait à l'époque, expliquait que « Kenelm avait très rapidement ouvert les yeux et observé comment les choses fonctionnaient réellement, qui obtenait quoi, comment obtenir des faveurs et conclure des accords, et surtout où se trouvait le pouvoir. Il ne croyait pas un seul instant à la propagande qu'il distillait lui-même, mais il était suffisamment intelligent pour ne jamais le dire ou le faire remarquer. » En tant que fils de fonctionnaires et de cadres moyens, Suitor fut rapidement orienté vers une institution de « second rang », par rapport à l'École de formation politique de l'UMMFS ou même à l'éducation militaire. C'est là qu'il décida de s'intéresser à l'économie et se dirigea vers l'Institut de formation sur le commerce extérieur de l'UMMFS, qui lui ouvrit un espace où le régime syndicaliste tolérait à contrecœur des contacts réguliers avec le monde extérieur et capitaliste. Il y montra rapidement une grande aisance, excellant notamment dans les langues (anglais, espagnol, ainsi que quelques connaissances en mandarin), mais aussi dans les arts obscurs du troc international souterrain et de l'échange de devises.
Dans une interview accordée il y a quelques années, il expliquait la chose suivante : « Le régime syndicaliste m'a appris une chose : comment le monde fonctionne réellement, en dehors de la propagande. Il m'a aussi appris que l'idéologie n'est qu'un masque qui sert à cacher des intérêts matériels concrets. J'ai appris à ses dépens que chaque fonctionnaire avait un prix, même si ce prix s'exprimait rarement en argent, mais plutôt en loyauté. Mais plus que tout, il m'a appris que ceux qui fixent les règles ne sont jamais ceux qui les suivent. » Après avoir obtenu son diplôme en 1977, il a été affecté au Bureau du commerce extérieur de l'UMMFS, un département dans lequel son père avait brièvement travaillé et où il avait pu le faire embaucher. Mais alors que son père n'était qu'un employé de bureau, Suitor est très rapidement devenu un fixeur : son travail consistait à faciliter des accords économiques et souterrains pour permettre à l'économie de la RWSR de respirer. Les relations commerciales de la RWSR étaient assez minimes : l'ensemble des échanges se résumait à un troc bilatéral de ressources, la RWSR fournissant du charbon et de l'acier en échange de machines, et parfois de blé. Le véritable commerce, profond et souterrain, qui empêchait le système de s'effondrer totalement, se déroulait dans l'ombre. En l'espace de quelques années, Suitor était devenu un expert de cette économie parallèle et s'y était entièrement initié. Ses supérieurs disaient de lui qu'il pouvait tout obtenir. Une pièce de rechange pour une machine en panne ? En quelques heures, il la trouvait. Il fallait des devises fortes pour payer un fournisseur étranger ? Il s'en occupait et le lendemain, le paiement était effectué. Vous deviez faire passer quelque chose discrètement à la frontière sans avoir à remplir des tonnes de paperasse ? Il était votre homme. Vous ne posiez jamais de questions, et il n'en posait pas non plus. Il se contentait de résoudre les problèmes. Au début des années 90, Suitor avait réussi à construire un réseau de contacts aux ramifications gigantesques, qui dépassaient les relations internationales officielles de la RWSR, allant de l'Eurysie jusqu'à certaines régions d'Afarée, et qui permettait de réaliser de nombreuses transactions secrètes et confidentielles avec des entreprises occidentales prêtes à ignorer les restrictions autour de la RWSR pour réaliser quelques profits supplémentaires. Il était devenu indispensable pour le régime, et il le savait.
PRINCIPALES ACTIVITÉS DANS LES ANNÉES 90 :
1992 : Organisation d'achats secrets d'équipements miniers eurysiens par divers intermédiaires 1995 : Négociation d'accords sur l'achat de blé avec des négociants paltoterrens pendant la crise alimentaire 1997 : Création de comptes en banque privée en devises fortes pour divers dirigeants de l'UMMFS 1999 : Facilitation en matière de transfert de technologies depuis diverses entreprises eurysiennes
Les années 1990 ont été extrêmement difficiles pour Suitor, tout comme pour le reste du pays. Les difficultés alimentaires ne faisaient qu'empirer et il fallait redoubler d'efforts pour maintenir à flot les relations commerciales du régime, tant officielles qu'officieuses. La multiplication des réseaux d'approvisionnement clandestins explosait et la survie face aux disettes était devenue une nécessité pour des communautés ouvrières entières. De son côté, il travaillait des journées entières sans interruption pour organiser des livraisons de blé ou de céréales partout où il pouvait en trouver. Les intermédiaires étaient nombreux, notamment chez les proches voisins du continent. Il fallait redoubler d'efforts, graisser des pattes, soudoyer les gardes-frontières et les douaniers, contourner le labyrinthe des restrictions commerciales. Grâce à ces efforts, il est parvenu, avec d'autres de ses collègues, à sauver des milliers de vies. Il a néanmoins assisté, impuissant, à l'insensibilité profonde du régime lors du massacre de Coalhaven en 1994. Il se trouvait alors à New Harmony, où il négociait avec les autorités centrales pour obtenir des livraisons supplémentaires de denrées alimentaires d'urgence. Face à lui, les autorités centrales tergiversaient, faisaient des promesses vagues et privilégiaient souvent leur propre confort à la vie des mineurs et de leurs familles. Dans une interview accordée début 2016, après la chute du régime, il se confiait sur cet épisode : « Je me suis assis dans la même pièce que des hommes qui savaient pertinemment qu'il y avait des entrepôts stratégiques remplis de blé et de céréales, alors que la population criait famine. Ils m'ont longuement parlé de « réserves stratégiques » et de « considérations politiques » qu'il fallait prendre en compte. Je comprenais alors que la RWSR ne pouvait être une solution à quoi que ce soit. Le problème fondamental était là. » Ces années difficiles ont permis de renforcer davantage la position de Suitor au sein de l'appareil bureaucratique.
Il n'était plus un simple intermédiaire, il était devenu une institution au sein de l'institution. Alors que le nouveau millénaire commençait, Suitor contrôlait désormais un vaste réseau souterrain et informel de contrebande, des canaux de distribution alternatifs sur le marché noir, ainsi que des comptes cachés dans diverses banques, qui permettaient de réaliser chaque année des transactions estimées à plusieurs millions de HCU actuels. Cette activité était tolérée par les plus hautes instances parce qu'elle était vitale et nécessaire. Sans lui, la RWSR se serait probablement effondrée un quart de siècle auparavant, incapable de nourrir sa population et de lui fournir des biens de première nécessité. Les syndicats n'auraient pas eu de pièces détachées ni de machines flambant neuves, et les forces armées n'auraient pas eu accès à de nouveaux équipements ni à l'entretien nécessaire. Il était devenu purement et simplement indispensable. Des rapports déclassifiés de l'ancienne RPG (Reernian People's Guard) notaient en 2005 : « Le réseau mis en place par Suitor depuis près de deux décennies représente environ 40 % des marchandises qui entrent sur le territoire national en dehors des circuits officiels. Il entretient des relations cordiales avec des fournisseurs dans au moins douze pays. Il est estimé qu'il contrôle des comptes bancaires en devises fortes totalisant plusieurs dizaines de millions de satling. Il n'est pas actif sur le plan politique, mais il s'est taillé une réputation qui rend sa coopération essentielle pour maintenir le pays en état. » Au cours de cette période, Suitor a décidé de diversifier ses activités. Profitant des faiblesses croissantes du régime, il a commencé à utiliser ses connexions pour acheter, par des montages financiers, des entreprises publiques (notamment dans les secteurs du transport et de l'entreposage), qu'il a ensuite utilisées comme couverture pour ses opérations sur le marché noir. Il était suffisamment intelligent pour voir les limites structurelles du régime et entretenait des relations cordiales avec la Vieille Garde comme avec des personnalités montantes de la faction technocratique de l'UMMFS. En agissant ainsi, il se parait de toute éventualité et pouvait faire face à tout ce qui pourrait arriver.
Alors que le régime vacillait de plus en plus, Suitor passa à l'action. Face à une situation qui se détériorait, il a pu jouer sur deux tableaux : d'une part, il a pu se placer du côté des réformateurs en leur fournissant de l'argent, des contacts ainsi qu'une infrastructure nécessaire au développement d'une économie de marché à construire entièrement ; d'autre part, il a pu se placer du côté de la Vieille Garde en leur promettant de la discrétion et de ne pas révéler de nombreux cadavres dans le placard (au sens propre comme figuré), en échange de quelques faveurs économiques. En 2013, il a profité des changements dans l'économie pour convertir l'ensemble de ses avoirs privés en actifs, ce qui lui a permis d'acheter de nouvelles entreprises et d'en fonder d'autres. Il a également acquis de nombreux biens immobiliers. Il a ouvert de nouveaux comptes bancaires légaux dans de nouveaux pays. Lorsque les accords de New Harmony ont été signés à la fin de l'année 2015, Suitor était plus que jamais prêt. « J'ai passé la majeure partie de ma vie à voir le régime prétendument syndicaliste voler son propre peuple. Lorsque j'ai vu l'occasion de construire quelque chose de radicalement différent, j'ai saisi cette chance. Je n'en ai pas honte, j'en tire même une profonde fierté. » C'est ainsi qu'il résumait la naissance de son futur empire oligarchique, le premier au sein du Commonwealth. Lorsque les privatisations ont commencé et que le Bureau des biens de l'État a lancé les premières ventes aux enchères, Suitor a atteint le summum de sa carrière financière et de sa gloire personnelle. Disposant d'informations privilégiées, de personnes travaillant au bon endroit, de connexions politiques et de devises fortes pour assurer le succès de ses achats, il passa à l'offensive. Alors que d'autres n'osaient pas, il enchérissait pour acquérir des pans entiers de l'économie. Ses détracteurs et adversaires politiques parlèrent de vol et de vente au rabais. Kenelm Suitor, lui, qualifia cela de prise de risque et d'opportunité.
LA GRANDE BRADERIE :
State Shipping Line : Achat pour 120 millions de satling, pour une valeur réelle estimée de 450 millions de satling New Harmony Newspaper : Achat pour 8 millions de satling, pour une valeur réelle estimée de 60 millions de satling Termon Chemical Plant : Achat pour 45 millions de satling, pour une valeur réelle estimée de 180 millions de satling Port-Liberty Warehousing Complex : Achat pour 90 millions de satling, pour une valeur réelle estimée de 350 millions de satling Reernian Media Group (TV/Radio) : Achat pour 30 millions de satling, pour une valeur réelle estimée de 120 millions de satling Divers actifs immobiliers : Achat pour 200 millions de satling, pour une valeur réelle estimée de 600 millions de satling
Pour Ian Lowry, le député et chef parlementaire de la New Federalist Union, Kenelm Suitor « représente exactement ce dont notre pays a besoin : un homme qui a vu l'avenir, l'a saisi et l'a construit de ses mains. Il n'a pas attendu une quelconque permission, il n'a pas attendu le moment idéal. Non, il a simplement agi. » Voilà ce qu'est l'esprit d'entreprise, voilà ce dont nous avons réellement besoin. » Jebediah Cullerton, le président du Consolidated Mineworkers Syndicate, estime quant à lui que Kenelm Suitor est « un vautour de la pire espèce. Il a participé à dépouiller notre pays alors que la situation nécessitait une plus grande solidarité nationale. Les personnes qui le prennent pour un héros se trompent totalement ; il n'est rien de plus qu'un infâme profiteur. » Au fond, la vérité se situerait quelque part entre les deux. Il est vrai que Suitor a su prendre des risques là où d'autres ont refusé de le faire, en connaissance de cause. Il a décidé d'investir dans des industries considérées comme inefficaces ou vouées à la destruction. Il a réussi à bâtir en quelques années un empire grâce à une stratégie d'intégration verticale recouvrant le transport maritime, les médias, la logistique de transport ainsi que les industries de transformation. Aujourd'hui, Suitor Incorporated est le plus grand employeur privé du Commonwealth.
Pour asseoir sa légitimité et mener à bien ses affaires, Kenelm Suitor déploie un atout majeur sous forme de porte-voix : le Commonwealth Herald. Il s'agit très probablement de l'actif économique le plus visible et le plus controversé de Suitor. Sous sa direction, il est rapidement devenu le principal porte-parole des politiques de la New Federalist Union, mais aussi des réformateurs qui souhaitent que le Commonwealth se tourne vers des réformes de marché plus importantes, tout en déployant un discours radicalement anti-syndical. Ses éditoriaux appellent régulièrement à l'abolition de la Chambre des syndicats, à la privatisation de l'ensemble des WOT et autres actifs publics restants, ainsi qu'à une intégration plus importante dans l'économie mondiale. Le Commonwealth Herald, version papier, se vend à plus de 120 000 exemplaires quotidiennement, tandis que sa version numérique compte entre 500 000 et 600 000 visiteurs uniques. Les nombreuses controverses qui touchent le journal proviennent évidemment des accusations de partialité, de couverture sélective des événements et faits sociaux ou sociétaux, ainsi que de l'utilisation du journal comme outil de propagande personnelle par Suitor. Répondant lui-même à ses détracteurs, il a confirmé que le Commonwealth Herald parlait au nom de ceux qui n'avaient pas les moyens de faire entendre leur voix lors des élections, de ceux qui souhaitent construire un pays neuf, en chassant les fantômes de l'ancien régime, et qui croient en un avenir radicalement différent : « Si faire de la propagande, c'est parler au nom de ceux qui n'ont pas les moyens de se faire entendre, alors très bien, qu'il en soit ainsi. Chaque média a son point de vue et ses idées. Les nôtres sont totalement honnêtes et transparentes. »
Suitor est le plus important bailleur de fonds de la New Federalist Union, ayant contribué à ses campagnes et à sa cause à hauteur de plusieurs millions de satlings. Il entretient d'ailleurs une relation personnelle avec Ian Lowry et a déjà organisé des collectes de fonds lors de soirées privées à Port-Liberty. Grâce au Commonwealth Herald, il amplifie le message de la New Federalist Union et place ses idées au centre du débat public. Suitor a besoin d'alliés politiques pour protéger son empire contre les syndicats et d'éventuelles expropriations. De son côté, la New Federalist Union a besoin de ressources financières et de soutien médiatique pour affaiblir le pouvoir institutionnel des syndicats. Ses relations avec le Solidarity Bloc sont tendues ; il n'apprécie guère les compromissions avec les syndicats, mais il sait se montrer pragmatique, notamment en finançant certaines campagnes politiques du Solidarity Bloc qui soutiennent des politiques libérales et permettent à ses entreprises de s'implanter dans des districts. Les relations avec les syndicats sont au point mort et un mépris mutuel non dissimulé est de mise. Pourtant, les entreprises de l'empire Suitor achètent dans la sphère économique syndicale tout en lui vendant de nombreux produits et services. Mais sur le plan idéologique, ils sont des ennemis déclarés, et les syndicats le considèrent comme l'incarnation de tout ce à quoi ils s'opposent : l'accumulation de richesses privées, l'extension du pouvoir du marché et le mépris de la condition ouvrière. Enfin, les relations entre Suitor et la PAC sont fructueuses : ses entreprises ont conclu plusieurs contrats de défense, fournissant un soutien logistique, de maintenance ou même d'équipement militaire. Il s'agit uniquement de relations professionnelles, car les visions politiques des deux entités sont radicalement différentes.
L'EMPIRE SUITOR INCORPORATED :
The Commonwealth Herald et autres plateformes : Chiffre d'affaires annuels de 120 millions d'HCU State Shipping Line (Rebaptisé Suitor Shipping Line), Port-Liberty Warehousing et autres réseaux de transport : Chiffre d'affaires annuels de 350 millions d'HCU Termon Chemical Plant et divers usines de fabrication ou transformation : Chiffre d'affaires annuels de 280 millions d'HCU Propriétaires commerciales et immobilières à New Harmony, Port-Liberty et autres districts : Revenus locatifs annuels de 200 millions d'HCU Suitor Investement Partners, participation minoritaires dans plusieurs banques : Chiffres non connus, mais influence croissante dans le secteur financier Contributions politiques : Environ 4 à 5 millions d'HCU en soutien à la New Federalist Union ou personnalités alignés sur ses positions
Bien qu'il ne se prononce pas toujours en politique et qu'il ne soit pas un idéologue, il est possible de déceler chez Kenelm Suitor une vision cohérente du monde. Selon lui, l'ancien régime a échoué parce qu'il a réprimé les forces naturelles du marché, alors que ces dernières, lorsqu'elles sont bien encadrées, permettent d'allouer les ressources de manière plus efficace que n'importe quel comité de planificateurs. Alors que l'ancien régime récompensait avant tout la loyauté, il lui paraît important que le système économique du Commonwealth récompense le succès et fasse appel à des incitations personnelles. Confronté à la corruption dans l'ancien régime, il a compris qu'elle ne disparaissait jamais réellement et qu'il fallait établir des règles transparentes pour reconnaître l'existence d'intérêts supérieurs et ne pas faire comme s'ils n'existaient pas. Selon Suitor, l'avenir est mondialisé, urbain, moderne et sur la côte du Commonwealth. Le déclin de l'intérieur des terres est inévitable, bien qu'il soit triste, et les montagnes sont bonnes pour les musées. Fort de sa fortune, Suitor considère que la philanthropie est une bonne chose. C'est la raison pour laquelle il fait de nombreux dons à des universités, des hôpitaux ou des institutions culturelles. Selon lui, cela permet de dénicher de nouveaux talents, de récompenser la bonne volonté et le bon travail, tout en garantissant son propre héritage dans le Commonwealth. Enfin, selon lui, le rôle de l'État et du gouvernement est de faire office de veilleur de nuit, et non de contrôler les entreprises ou l'ensemble de l'économie. L'État doit avant tout maintenir l'ordre, fournir un cadre et une infrastructure de base.
Pour lui, c'est simple : « Je suis avant tout un homme d'affaires ; l'idéologie, je la laisse de côté. Je crois en ce qui fonctionne. Je vois que les marchés fonctionnent, les incitations fonctionnent et la liberté fonctionnent. Le régime syndicaliste croyait en l'inverse, en mettant toujours plus de contrôle, de conformité et de coercition pour gérer les choses. Regardez où cela a mené et faites les comptes. Je représente l'avenir du Commonwealth et je souhaite léguer cet avenir à nos futures générations. » Indéniablement, Kenelm Suitor a été un visionnaire en anticipant la fin du régime et en se positionnant intelligemment pour en tirer profit. Son pragmatisme lui permet de traiter avec n'importe qui, n'importe où, pourvu que cela serve ses intérêts. L'idéologie et la politique passent au second plan. Ses années de labeur acharné en ont fait un travailleur rigoureux et efficace, qui sait déléguer. Il se montre généreux et protecteur envers ceux qui savent bien le servir, et se montre très proche de ses amis. Plus que tout, Suitor est une figure courageuse pour ses partisans. Il a su « prendre des risques » au tout début de la transition, investissant là où d'autres ont hésité. Cela l'amène néanmoins à faire preuve d'arrogance, car son succès prouverait sa supériorité intrinsèque et mépriserait ceux qui n'ont pas connu le succès. Sa volonté de bâtir son propre empire lui a valu plusieurs problèmes familiaux ces dernières années, puisqu'il est séparé de sa femme depuis peu et que ses enfants entretiennent des rapports froids avec lui. Ne disposant pas d'héritier désigné, son empire pourrait s'écrouler si ses trois enfants se disputaient son héritage. Enfin, une grande partie du Commonwealth le considère comme un profiteur, un vautour sans scrupule qui a su tirer profit de la misère des autres. Conscient de cette image, il a développé une obsession pour sa sécurité personnelle. Il apparaît le plus souvent entouré de gardes du corps et ne se rend jamais quelque part en public sans protection. Ses collaborateurs le décrivent comme une personne intelligente qui aime jouer de son intelligence et le faire savoir, au point que cela devient épuisant.
Sous la RWSR, Suitor était un rouage essentiel. Le régime ne pouvait pas fonctionner durablement sans ses nombreux réseaux, mais il se gardait bien de reconnaître ses mérites. Il opérait ainsi dans l'ombre, toléré parce qu'il était utile, mais méprisé parce qu'il était nécessaire. Il occupait une place particulière : il n'était pas membre de l'establishment, mais connaissait la plupart de ses membres ; il n'était pas un fonctionnaire au sens propre du terme, mais disposait d'un pouvoir supérieur à celui de la plupart des fonctionnaires ; il n'était pas aveuglé par l'idéologie du régime, car il comprenait que l'idéologie n'était qu'un outil ; et sa grande capacité de travail lui permettait d'employer des centaines de personnes dans ses combines. Suitor savait parfaitement tout cela : « La RWSR me considérait comme un simple outil, j'avais une utilité ponctuelle. Je dois dire que cela ne me dérangeait pas ; on ne blâme jamais l'outil quand l'édifice tout entier est en train de s'effondrer. » Lorsque le régime est tombé, Suitor avait appris à naviguer en son sein et pouvait le dépasser. Il avait l'argent, les connaissances et les contacts. Mais par rapport à d'autres, il avait un atout majeur : il n'avait pas de sang sur les mains, n'avait jamais ordonné de massacre, n'avait jamais signé de listes de personnes à arrêter et n'avait que peu de liens avec la Black-Book Guard. Il était corrompu, c'est certain, mais il ne se mêlait pas à des affaires louches. C'est pour cette raison qu'il a pu rapidement s'insérer dans le nouveau ordre social, politique et surtout économique, là où d'autres n'y sont pas parvenus. Kenelm Suitor est, en quelque sorte, un faiseur de roi et une profonde contradiction au sein du Commonwealth. Il est un faiseur de roi, car son argent et ses médias permettent à la New Federalist Union de gagner en visibilité. Il peut ainsi favoriser ou saboter une carrière politique. C'est une contradiction, car il représente à la fois des promesses et des dangers durant la période de transition. Il prouve qu'une économie de marché peut fonctionner, mais qu'elle peut aussi servir de couverture à une concentration colossale de richesses. Il a démontré que l'esprit d'entreprise pouvait relancer l'économie du Commonwealth, mais aussi que les relations comptaient davantage que le mérite. Ironiquement, il constitue à la fois le meilleur argument en faveur de la New Federalist Union et le meilleur argument contre elle.
Le plus grand point noir de la vie de Kenelm Suitor sont très probablement les regrets qu'il porte. Sa vie privée est marquée par l'éloignement des membres de sa famille, notamment de son ex-femme, avec qui il a divorcé il y a trois ans, car leur vie à deux était devenue impossible. Ses enfants lui parlent rarement, même s'ils restent en contact avec leur père. Ils ne semblent pas partager la même vision que lui. Gertie Suitor, l'aînée de la fratrie, a par exemple publiquement critiqué les activités économiques et commerciales de son père, qu'elle juge « iniques ». Lors d'une conversation privée avec l'un de ses rares amis proches, il a déclaré : « J'ai passé toute ma vie à construire quelque chose. Construire des réseaux, des entreprises, un empire. Qu'est-ce que j'ai en retour ? Un penthouse rempli d'œuvres d'art et de comptes en banque bien garnis, mais un téléphone qui ne sonne jamais pour des raisons personnelles. Mes propres enfants pensent que je suis un monstre, et mon ex-femme n'en pense pas moins. Peut-être ont-ils raison... Mais il fallait bien que quelqu'un se dévoue pour construire tout cela et donner une perspective d'avenir au Commonwealth. Quelqu'un devait prendre des risques, et si ce n'avait pas été moi, qui l'aurait fait ? » Kenelm Suitor ne sait probablement pas ce qui se passera après lui. Il veut construire des institutions économiques capables de survivre, un réseau d'entreprises prospères qui apporteront de la prospérité au Commonwealth et à l'ensemble de sa population. Est-ce que cela suffira pour qu'il reste dans les livres d'histoire ? L'avenir le dira.