04/10/2019
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Chronique historique du despotat

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Chronique historique du despotat :

Le territoire du despotat de Georgiplios est un territoire millénaire habité par des populations humanoïdes dont l’établissement remontant à des milliers d’années avant la fondation même de l’empire Rhemien. Ici seront publiés les articles de l’université centrale de Leitagios qui documentent l’histoire du despotat, les modes de vie anciens et passés, les événements historiques, les règnes mais aussi les évolutions sociales et économiques qui ont participé à définir et à créer le despotat d’aujourd’hui.

Sujet :


• Le Beau siècle Georgipliote :

- Bourgeoisie, classe ouvrière et paysannerie : la composition sociale de l’âge d’or Georgipliote
- Politique intérieure et extérieure : entre un idéal du despote éclairé et aspiration démocratique des masses
- le beau siècle : un âge de dynamisme économique spectaculaire et effréné
- Religion : orthodoxie d’Etat et sécularisation
- Art et musique : L’émergence d’une identité culturelle nationale sous l’idéal despotique
- Littérature : L’âge d’or des « Lumières Georgipliotes » et la naissance du roman national
- Science et médecine : Georgiplios comme laboratoire de la modernité et du génie scientifique
- Technologie et transports au temps du beau siècle
- L’armée et la guerre : Modernisation militaire, ambitions stratégiques et la rupture de 1911

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La belle Epoque en Gerogiplios
Une étude du professeur Nikólaos Argyropoúlos, agrégé d’histoire et de soiologie pour l’université de Leitagios

Acte introductif

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Rue de Leitágios en 1874, tableau de Themistoklís Kallérgis représentant le Champ-de-Mars de Leitágios au temps de la Belle Époque. Le Champ-de-Mars est devenu le lieu prisé de la capitale en raison de ses grandes boutiques, de ses grandes surfaces et de ses grands magasins de luxe et de haute notoriété qui bordent le Champ-de-Mars et qui constituent le lieu de rendez-vous privilégié de la bourgeoisie et de la haute société georgipliote.

1844, le despote Iákovos Mydón arrive au pouvoir après la disparition de son oncle, le despote Raphaíl Mydón, despote qui, au contraire de son neveu, était connu pour son caractère autoritaire et conservateur, et qui sera par ailleurs le dernier despote absolu que connaîtra le despotat de Georgiplios. L’arrivée au pouvoir d’Iákovos Mydón ouvre une nouvelle ère pour le despotat, qui n’était alors qu’un petit pays bloqué sur son isthme bien étroit et entouré de puissants ennemis : d’un côté Fortuna, maîtresse des mers avec sa puissante marine, et de l’autre Théodosine, dont l’empereur ne rêve que de réunifier l’ancien Empire rhémien et de restaurer la gloire antique de l’empire.

Iákovos Mydón, formé dans le royaume de Teyla et en Austaría ou il était parti faire ses études, incarne la figure du despote modernisateur qui cherchera à moderniser son pays à n’importe quel prix. Lorsqu’il revient en Georgiplios à la mort de son père, il entend réformer son pays pour en faire une grande puissance économique, militaire et industrielle comparable aux grandes puissances occidentales de son temps. Ce rêve d’un despotat puissant et moderne ne convainc personne à ses débuts, et le jeune souverain peinera à trouver du soutien même parmi ses plus proches fidèles. Qui pourrait, à cette époque, croire que ce petit État deviendrait un grand ? Personne, car rien ne prédisposait encore ce petit bout de territoire à devenir un jour une puissance capable d’influencer le monde en l’espace de deux règnes, ceux de deux souverains modernisateurs : Iákovos Mydón et son neveu et successeur Prokópios Hondriádis Mydón.

Situé sur un isthme étroit reliant la mer de Leukythalía à l’océan des Perles, Georgiplios bénéficie d’une position géostratégique unique et très favorable, qui devient le moteur de sa prospérité future, notamment et surtout grâce à son canal, creusé dès 1852, et qui sera le moteur de la croissance économique georgipliote durant cette seconde moitié du XIXᵉ siècle.
Cette période charnière dans l’histoire moderne du despotat de Georgiplios, sobrement appelée le « Beau Siècle » en raison de la croissance économique effrénée, de l’enrichissement généralisé de la population (quoiqu’une minorité en profite bien davantage que les autres) et d’une modernisation rapide et spectaculaire du pays qui passe d’un monde rural à une puissance industrielle, n’est pas qu’une simple imitation des modèles occidentaux, comme cela a eu lieu un peu plus tôt en Austaría ou au sein du royaume de Teyla. Bien au contraire, le «Beau Siècle » georgipliote est une synthèse originale qui reprend l’autoritarisme tempéré exercé par les despotes, lesquels cherchent à se faire connaître comme des despotes éclairés et guidés par les Lumières et leurs idéaux; une démocratie embryonnaire qui commence à germer avec des institutions représentatives naissantes qui, plus tard, seront la base de la démocratie georgipliote; sans oublier la Constitution Pourpre et ses avancées politiques et sociales.

Enfin, ce Beau Siècle georgipliote est marqué par une économie libérale encadrée par un État interventionniste qui s’inscrit dans la lignée de l’école de Saint-Simon, celle du saint-simonisme, et surtout par une culture nationale en pleine affirmation, marquée par une réappropriation de son héritage antique pleinement incorporé dans son roman national, développé et affirmé par le pouvoir central qui cherche à s’émanciper des revendications impérialistes de Théodosine.
Le Beau Siècle georgipliote est un tout, un tout qui permet également d’expliquer pourquoi le Georgiplios moderne est devenu ce qu’il est aujourd’hui : une puissance industrielle où l’industrie a pris le dessus sur la préservation du patrimoine et de l’environnement.

Cette période, qui s’étend de 1844 à 1911, est marquée par le progrès social (émancipation des femmes, droit de vote au suffrage universel instauré, libéralisation des mœurs), la transformation de la société georgipliote qui passe d’une société d’ordres à une société de classes, la prospérité économique, mais également le progrès scientifique, éducatif et l’épanouissement culturel. Pourtant, cette période phare de l’histoire georgipliote s’achève brutalement en 1911 avec la Grande Guerre contre le régime Bozyurte, qui expose les limites d’un modèle et met fin à un monde, ouvrant la voie à la dictature militaire des généraux (1911-1959).

Mutations socio-économiques : Une société en pleine transition entre deux visions de la société :

La Belle Époque est marquée par d’importantes mutations économiques et sociales. Depuis la fin du Bas Moyen Âge en Georgiplios en 1505, l’aristocratie, qui basait sa puissance sur la domination militaire et sur le contrôle de la terre, a perdu l’essentiel de sa puissance. Elle ne possède plus la puissance économique puisque le despotat de Georgiplios est une société marchande qui, grâce à son excellente géographie, fait du commerce entre trois continents : l’Eurysie, le Nazum et l’Afarée. À ce titre, les bourgeois des bourgs se sont rapidement enrichis et détiennent le capital économique, les banques et les services, tandis que la noblesse, qui a refusé de se moderniser (jugeant que le commerce n’est pas digne de son rang), est rapidement déclassée et appauvrie. Même les rois et les souverains deviennent dépendants de la puissance économique des bourgeois qui dictent maintenant le ton. L’autre raison du déclassement de l’aristocratie réside dans le fait que cette dernière est devenue incapable d’assurer sa domination militaire : les défaites successives, mêlées à la centralisation de la puissance militaire aux mains des souverains despotes, sapent l’hégémonie militaire de l’aristocratie qui est rapidement écrasée au profit d’une armée de métier fidèle au souverain.
Tout ceci explique le fait qu’elle n’est plus, en 1844, qu’une classe sociale en perte de vitesse et qui se meurt rapidement, asphyxiée par une bourgeoisie qui a connu la trajectoire inverse et qui s’est rapidement développée pour devenir la puissance économique et industrielle du pays, détenant la richesse et les capitaux. La fusion de la classe aristocratique et de la classe bourgeoise démontre ce phénomène d’assimilation d’une classe autrefois réputée et dominante par une autre, plus basse, qui a su s’affirmer.

Que ce soit dans les villes ou dans les champs à la campagne, le despotat a connu d’importantes transformations depuis le Moyen Âge et la Renaissance, si bien qu’il est méconnaissable pour un individu du XIIe siècle. Pourtant, le malheur du monde paysan, lui, reste le même : classe défavorisée par excellence à laquelle viendront bientôt s’ajouter les ouvriers des villes. Cette pauvreté généralisée des classes populaires donne naissance plus tard à une conscience de classe, mais attire aussi l’intérêt des hygiénistes et des savants qui déplorent cette pauvreté et cette misère du monde. Alors que la bourgeoisie a achevé son ascension et est devenue la classe dominante, le monde ouvrier représentera bientôt la force motrice de la société georgipliote à travers d’impressionnants mouvements et grèves ouvrières, mais sera également l’acteur principal de la transformation du pays. L’économique, qu’en dire à part que le pays connaît en cette période un des sommets de sa puissance économique.

L’essor de la bourgeoisie et la stratification social en Georgiplios durant le Beau siècle
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Salon de madame de Xenakis, représentation d’un bal de la haute société georgipliote par Élias Theodoros. Huile sur toile, en 1889.

L’un des phénomènes sociaux les plus marquants du « Beau Siècle » georgipliote est sans aucun doute l’affirmation et la consolidation d’une classe puissante et influente, c’est la bourgeoisie, qui en plus d’être puissante est également dynamique. Cette bourgeoisie qui a repris la domination qu’exerçait l’aristocratie au sein de la société georgipliote a, à son profit, dominé le monde georgipliote tout au long du Beau Siècle et, malgré les remises en cause de cette domination par les milieux ouvriers mais aussi paysans, elle conserve sans aucune concession majeure sa domination alors que quelques siècles auparavant, dans la même lutte pour la domination entre aristocratie et bourgeoisie, la première a dû concéder beaucoup à la seconde et était de toute façon devenue incapable de maintenir sa domination sociale et politique.

Cette bourgeoisie est progressivement devenue la classe dominante de la société georgipliote tant sur le plan économique que culturel ou encore social. Elle parvient à faire accepter qu’elle est la classe sociale légitime et celle de référence qui dicte le ton au reste de la société georgipliote durant ce Beau Siècle. Cette classe qui luttait quelques siècles plus tôt contre la domination de l’aristocratie se trouve sur le siège du maître. L’écrivain Nikolaos Vryzakis dans son œuvre Le Théâtre des classes sociales georgipliotes nous dit ces mots : « La domination sociale qu’exerçait la noblesse sur la société s’est mue en une nouvelle domination, celle de la bourgeoisie sur les classes moyennes et populaires. Cette domination est à tout point identique sauf en deux points, car la bourgeoisie affirme être arrivée là où elle est par le mérite (contrairement à la noblesse qui l’est par la naissance) et parce qu’elle affirme qu’elle ne possède pas de privilèges. » Cette ascension d’un groupe social s’inscrit dans un processus classique mais lent de transition que connaît le despotat de Georgiplios, celle du passage d’une société d’ordres stratifiés composée d’un ordre paysan, d’un autre qui est la noblesse et enfin de la dernière qui est le clergé, vers une société de classes comme le théorisera bien plus tard un marxiste, société fondée sur une domination inégale exercée par la bourgeoisie sur les autres classes sociales.

Cette bourgeoisie georgipliote se forme autour de trois piliers principaux qui ont fait sa richesse et sa domination :

On retrouve la bourgeoisie commerçante et armatoriale, ce sont des familles bourgeoises des villes côtières du despotat qui se sont enrichies par le contrôle du commerce maritime et, à partir de 1872, par les revenus indirects du Canal de l’Isthme dont elles participent massivement au financement bien que assez méfiantes au début du projet. Elles dominent les activités d’import-export, d’armateurs, d’assurances maritimes et de logistique du despotat et forment très tôt ce que l’historien Constantin Laskaris appelle l’aristocratie bourgeoise car cette bourgeoisie devient si riche qu’elle domine même le reste de la bourgeoisie à tel point que sa domination ressemble à celle qu’exerçait l’aristocratie. Ces familles deviendront si riches que leurs fortunes dépassent souvent celle du despote qui en la même période partage sa caisse personnelle avec celle de l’État. Elles formaient alors la noblesse bourgeoise du despotat. Son influence et son capital économique lui permettaient d’exercer une domination sans partage sur la société georgipliote car elle est présente partout : dans les activités économiques, la politique ou encore les actes religieux et la charité (c’est d’ailleurs elles qui initièrent l’existence d’œuvres caritatives en Georgiplios en organisant des salons où l’objectif est de récolter des fonds caritatifs pour les plus démunis).

L’autre bourgeoisie est la bourgeoisie financière et bancaire liée tout d’abord à la naissance des premières banques et sociétés d’assurances dans le despotat qui apparaissent de manière précoce au Moyen Âge georgipliote et qui très souvent étaient issues de familles juives puis protestantes étrangères installées dans le despotat et qui ont fait fortune grâce au change et au prêt notamment lors du développement du commerce et des échanges sur l’isthme de l’Afarée. Cette bourgeoisie financière est également liée à la création de la Banque Nationale Georgipliote en 1858 par le despote Iakovos Mydon qui s’inspire de ce qui se fait dans le monde occidental et très tôt cette banque reçut l’indépendance et les moyens nécessaires pour mener une politique monétaire favorable à la croissance économique et au plein emploi. L’ouverture de la Bourse de Georgiplios en 1871 qui deviendra le « salon de thé » de cette bourgeoisie financière marque la domination financière et économique de cette bourgeoisie qui ne cessera dès lors de toujours plus s’enrichir. Ces acteurs investissent dans les grands travaux publics mis en place par l’État, ce qui représentera une manne financière non négligeable pour le gouvernement en échange de quelques concessions bien sûr, de plus cette bourgeoisie joue un rôle important dans les concessions coloniales du despotat où elle fait l’achat d’immenses terrains, qu’elle va ensuite exploiter.

La bourgeoisie industrielle et libérale est également appelée la petite bourgeoisie, elle est la plus nombreuse et se compose d’ingénieurs, d’avocats, de médecins, d’industriels des secteurs du textile, de la sidérurgie et du naval, souvent formés au royaume de Teyla ou en Austaria avant la fondation de l’école polytechnique de Leitagios en 1887. Si cette dernière représente la basse bourgeoisie, elle reste tout de même plus riche et plus aisée que les autres classes sociales et jouit d’une respectabilité importante.

Entre 1850 et 1900, alors qu’elle ne représente qu’entre 15 % et 30 % de la population du pays, la part de la bourgeoisie dans la richesse nationale passe de 22 % à 58 %, selon certaines estimations effectuées par des historiens et des économistes contemporains.
Cette croissance est d’autant plus spectaculaire dans les villes portuaires de Leitagios la capitale qui est surnommée en cette période « la Bourgeoise » et qui concentre les richesses, Amphysos, Lektos et Omeraros, où elle représente jusqu’à 65 % de la population active masculine aisée en 1905. Une part importante qui ne va que confirmer l’installation et la domination de la bourgeoisie durant ce Beau Siècle, profitant des avantages sociaux et économiques concédés par l’État en échange de l’investissement de la bourgeoisie dans le développement du despotat. Un échange considéré comme étant gagnant-gagnant par les parties qui y on tous un intéret.

Ces familles bourgeoises deviennent si riches qu’elles forment des dynasties familales au sein du despotat, dynastie qui incarnent cet essor et cette prospérité économique :

Les Palaiologos en sont un exemple marquant, cette ancienne famille de la haute noblesse byzantine reconvertie dans le commerce et la banque prospère en cette période. Ils contrôlent plusieurs compagnies de navigation comme la Compagnie Maritime Palaiologos et la Xenakis Lines et financent également de nombreux projets lancés par le gouvernement et subventionnent les activités artistiques et culturelles. Elle domine également la vie politique où très tôt ses membres siègent d’abord dans le Conseil consultatif d’État formé en 1862 puis dans la Chambre des Députés et certains atteignent des hauts postes au sein du gouvernement comme Dimitrios Palaiologos qui obtient le prestigieux poste de ministre des Finances.

Les Xenakis est quant à elle une famille d’armateurs originaire de l’île de Lykaron, devenue l’une des plus riches familles du pays grâce au canal de l’Isthme. Ils sont étroitement liés à la famille régnante par mariage et de ce fait occupent une position confortable au sein de la cour royale et dans le monde politique.

Les Karystinos qui incarnent en cette époque la bourgeoisie « nouvelle » issue du négoce et des professions libérales, plus libérale et réformatrice que les anciennes familles bourgeoises. Elles représentent alors le modèle de la réussite économique, d’ascension sociale et de la réussite personnelle mais également familiale.

Ces familles tissent des réseaux d’alliances matrimoniales, économiques et politiques, formant une oligarchie relativement fermée qui domine la Chambre des Députés, les conseils d’administration des entreprises et les cercles culturels qui permettent de toujours plus affirmer sa domination sociale.

La société georgipliote se restructure autour d’une stratification plus complexe qu’au Moyen Âge ou à la Renaissance : au sommet on retrouve la haute bourgeoisie (grande bourgeoisie d’affaires et du monde de la finance) qui ne représente qu’environ 2 à 3 % de la population du pays, mais qui va contrôler la majeure partie des richesses produites et exportées de Georgiplios grâce à son contrôle des grandes entreprises économiques, créations des holdings notamment qui permettent à quelques familles de contrôler des centaines d’entreprises et donc l’économie du pays. Ensuite on a la moyenne bourgeoisie (qui occupe les professions libérales mais aussi les petits industriels et les postes de fonctionnaires supérieurs au sein du gouvernement) : elle forme le pilier de la stabilité sociale et le principal soutien du Parti Radical (libéral) qui a dominé le paysage politique avec le Parti Restaurateur (plus conservateur). La petite bourgeoisie forme la base de la classe bourgeoise, elle se compose de commerçants, d’artisans qualifiés et autres professions intellectuelles, elle forme un groupe plutôt ambivalent à la marge de deux mondes et plutôt oscillant entre aspiration à l’ascension et crainte des masses ouvrières qui tentent d’obtenir des avancées sociales.

À la marge de cette bourgeoisie on trouve les classes populaires, ce sont les ouvriers, les dockers et les paysans appauvris par la concentration foncière aux mains de l’ancienne aristocratie et de la bourgeoisie.

Cette nouvelle stratification sociale remplace progressivement l’ancien système d’ordres (noblesse, clergé, tiers-état). La richesse mobilière et le capitalisme marchand supplantent progressivement la propriété foncière comme critère principal de distinction sociale et de domination sociale, élément qui faisait la domination de l’aristocratie supplantée.

Cette bourgeoisie georgipliote adopte rapidement les codes culturels des autres puissances occidentales et cherche à vivre comme elles, elle se lance donc dans la construction de somptueuses villas néoclassiques bientôt rendues éclectiques avec le progrès de l’électrification et s’installe sur les hauteurs des collines du despotat surnommées les « Collines Dorées ». Cette bourgeoisie vit loin de la classe moyenne et paysanne, n’aspirant qu’à devenir plus riche et plus puissante et elle cherche également à se distinguer le plus possible des autres classes laborieuses en abandonnant le travail manuel épuisant et en se lançant dans des activités artistiques et culturelles ; elle envoie d’ailleurs ses enfants dans les meilleurs pensionnats teylais et emsois. De plus elle les fait s’instruire dans des prestigieux établissements comme l’école polytechnique fondée en 1887 ou encore l’Université Royale d’Amphysos. L’aspiration intellectuelle et culturelle de cette bourgeoisie s’illustre également par sa participation active aux salons littéraires, aux saisons de l’Opéra Royal et aux expositions des Beaux-Arts.

Elle recherche à renforcer sa légitimité en adoptant les modes occidentales tout en créant une distance croissante avec les classes populaires, qui restent attachées à des modes de vie plus traditionnels et orthodoxes. Même dans ses loisirs cette bourgeoisie cherche à s’émanciper et à se différencier des autres classes sociales, elle a cet effet, adopte des cultures et des loisirs qu’elle juge légitimes et dignes de sa classe, à savoir le théâtre, la lecture, les beaux-arts ou encore les réunions. Le théâtre tout d’abord, cette bourgeoisie en raffole, le théâtre devient pour elle un moyen de se faire plaisir, de montrer son aisance économique en se rendant dans les plus beaux théâtres, en regardant les plus belles pièces et en faisant jouer les plus grands dramaturges de leur époque. Dans la lecture, également, elle comprend vite que l’éducation et le savoir sont les moyens pour elle de maintenir d’une part sa légitimité en tant que classe sociale dominante mais également le moyen de faire apparaître aux yeux des autres classes sociales une culture savante, de ce fait elle fait instruire ses enfants mais également elle organise des salons de lecture où sont conviés bourgeois, romanciers, penseurs, philosophes, chimistes, physiciens et autres intellectuels dont les bourgeois se font un grand plaisir de parrainé comme Nikolaos Vryzakis en les logeant dans leurs luxueuses demeures et en les finançant avec d’importantes sommes.

La bourgeoisie entretient une relation ambivalente avec le despote et le pouvoir politique car dans les faits elle lui est globalement loyale car il garantit la stabilité politique et sociale alors que sur la même période certains régimes eurysiens sont à feu et à sang, il protège le canal essentiel au commerce et à la richesse de la bourgeoisie et il favorise les affaires par une législation encadrante et claire. En retour, elle accepte le cadre autoritaire et despotique de cette domination. Cependant, à mesure que sa puissance économique grandit et se conforte, elle aspire à une plus grande influence politique, ce qui explique son soutien massif au Parti Radical et aux réformes constitutionnelles progressives entreprises dans le despotat.


En contrepartie de l’émergence puis de l’affirmation de cette bourgeoisie, il se produit la même situation dans la société georgipliote avec l’émergence de la classe ouvrière. Le monde ouvrier et ses revendications constituent alors pour le despotat de Georgiplios l’émergence d’une classe sociale contestataire de l’ordre social établi.

L’industrialisation accélérée que subit le despotat de Georgiplios grâce à la politique particulièrement interventionniste des despotes et du gouvernement ainsi que les grands travaux lancés lors du « Beau Siècle » entraînent la formation rapide d’une nouvelle classe sociale plus précaire et plus pauvre que la bourgeoisie, dépourvue du capital économique de ces derniers et de la possession des moyens de production, c’est la classe ouvrière, la classe malheureuse du Beau Siècle georgipliote qui de toutes parts, comme le dit l’hygiéniste Dr. Ioannis Kalogeros, est frappée par la pauvreté, l’exploitation, les maladies et le dur labeur. Cette nouvelle classe sociale c’est le prolétariat au sens moderne du terme qui émerge dans le despotat de Georgiplios. Elle est à ses débuts particulièrement concentrée dans les zones portuaires et industrielles de l’isthme, cœur de la croissance économique du pays. À cet effet elle se met à la contrepartie de l’autre grande classe prolétaire du Beau Siècle georgipliote : la paysannerie qui habite les campagnes.

Ce groupe social (qui ne se reconnaît pas comme tel à ses débuts, il faudra atteindre les différentes luttes qu’elle va mener pour qu’une conscience de classe apparaisse chez elle), quasiment inexistant au début de cette période du XIXe siècle, devient en quelques décennies un acteur majeur de la croissance économique et des grands travaux menés par le despotat, elle participe à l’industrialisation et à la « construction » du Georgiplios moderne, pourtant elle est également la classe sociale à l’origine des tensions sociales, car elle est porteuse de revendications économiques, sociales et politiques qui mettent progressivement à l’épreuve les limites du despotisme libéral qui existait alors au sein du despotat de Georgiplios. Les historiens des faits et événements sociaux comme notamment Nikos Metaxas dans son livre Les Damnés du Canal, publié en 1909, et les travaux contemporains de Giorgos Vassiliadis, historien et sociologue publiés en 2021 interprètent l’émergence du prolétariat georgipliote comme un cas classique de la « modernisation inégalée » que subit le despotat. Le régime a réussi à industrialiser rapidement grâce à une main-d’œuvre abondante et peu coûteuse, mais n’a pas su intégrer pleinement cette nouvelle classe sociale dans le progrès social et économique, elle reste une classe exclue mais qui sans laquelle il est impossible de moderniser le pays. Les revendications ouvrières constituent un baromètre des contradictions du despotisme libéral : une croissance économique brillante qui génère pourtant ses propres fossoyeurs. Ces tensions accumulées joueront un rôle majeur dans la crise révolutionnaire de 1911 et la chute du despotat au profit d’une dictature, celle des généraux.

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Usine industrielle dans le bassin industriel de Thalasson, représentation d’ouvriers au travail en 1896, tableau de Spyridon Vassilakis. Musée national des Beaux-Arts de Leitagios.

Lorsque l’on s’intéresse aux raisons de la rapide croissance du monde ouvrier, on trouve plusieurs explications diverses et variées qui sont susceptibles de former les causes de l’émergence rapide de la classe ouvrière. Dans les œuvres de Nikos Metaxas toujours et notamment son fameux livre à succès, Les Damnés du Canal, ce dernier nous cite les éléments ayant directement un impact sur le développement de la classe ouvrière, la manière la plus simple de le résumer serait de la rattacher aux grands projets d’infrastructures lancés par les despotes depuis le début du XIXe siècle et aussi à l’industrialisation.

Tout d’abord, en effet ces grands travaux du Beau Siècle ont requis à leurs débuts d’immenses mains-d’œuvre, ce sont les futurs ouvriers du canal et des ports du pays. Selon les diverses estimations avec des chiffres récoltés parmi les archives de l’époque, il est possible d’estimer qu’ils sont environ 18 000 à 25 000 travailleurs (dont une forte proportion d’immigrés : Sicariens, Rhémiens de Théodosine, autres Levantins, et même quelques contingents de Xin et Wanmiriens), cette forte proportion d’ouvriers étrangers s’explique d’une part par le fait que le monde georgipliote est encore fortement rural et aussi parce qu’il commence juste à passer de ce monde rural au monde industriel. Cette immense main-d’œuvre étrangère a particulièrement été utile pendant la première phase d’industrialisation du despotat (1819-1829). À cette première vague viendra s’ajouter les ouvriers des usines et des manufactures qui sont principalement situés dans le secteur du textile (usines de Leitagios, Omeraros et d’Amphysos), puis ensuite la sidérurgie surtout concentrée dans le nord de l’isthme et dans quelques bassins industriels (à noter que malgré le fait que le pays soit montagneux, il ne possède véritablement que très peu de ressources naturelles en fer, charbon ou autres) et enfin les chantiers navals (la priorité du gouvernement étant de faire de Georgiplios une grande puissance navale et de garder la tradition navale qui s’est développée dans le despotat depuis le Moyen Âge).

Cette population ouvrière ne cesse dès lors de s’agrandir, s’agrandir tellement qu’en 1905 pendant que Nikos Metaxas écrit son livre Les Damnés du Canal, on recense dans le despotat, pour le secteur secondaire environ 680 000 ouvriers, dont 120 000 dans le textile seul. Elle constitue alors une force sociale majeure qui continue à grandir jusqu’à atteindre le million en 1920 et les deux millions en 1940.

Il serait intéressant de s’intéresser au profil sociologique de cette classe sociale. Les sociologues de ce début de siècle (à savoir que la sociologie ne venait que de commencer à être considérée comme étant une discipline scientifique sérieuse en 1900). Des sociologues comme le Pr. Alexandros Papadiamantis se sont intéressés à ce monde ouvrier qui occupe le cœur de la discipline sociologique pendant un moment (tout le XXe siècle presque), dans son livre Le Prolétariat georgipliote publié en 1912, il fait le constat que le monde ouvrier est très majoritairement masculin notamment dans les métiers qualifiés (mécaniciens, dockers) où il y a une surreprésentation de l’ouvrier masculin avec une absence quasi visible de l’ouvrière. De l’autre on constate une très grande féminisation dans le secteur du textile (68 % de femmes et d’adolescents en 1890). Cette division genrée du travail est par ailleurs cruellement importante pour comprendre les dynamiques de genre, de domination et de tentative d’émancipation d’un sexe par rapport à l’autre, dynamique qui se joue tout au long du XIXe et XXe siècle et qui se poursuit encore aujourd’hui à travers la classe moyenne où les hommes sont majoritairement ouvriers et les femmes employées.

Il y a en plus de cela, une forte rotation de la main-d’œuvre et une importante immigration rurale qui marque ce Beau Siècle, on passe effectivement d’une société rurale et paysanne à une société majoritairement urbaine, ouvrière et industrielle en l’espace d’un siècle. Le changement de paysage et l’accélération de l’urbanisation en est un témoin visible de la transformation sociale que traverse Georgiplios.

L’écrivain Dimitrios Kazantzakis dans son livre Les hommes de l'ombres de l’Isthme, qualifie le monde ouvrier de « monde misérable, semblable à l’esclavage mais ici le patron est l’industrie qui asservit l’homme et les âmes ». Tout au long de ce siècle les conditions des ouvriers sont des plus misérables, en passant de la campagne à la ville à la recherche d’une meilleure qualité de vie, ils s’exposent à la plus grande précarité urbaine, au chômage et aux maladies. Ils ont bel et bien une vie difficile en ce siècle : logements insalubres dans les faubourgs industriels surnommés « les Quartiers Bas » comme on les appelle en cette époque, quartiers où on manque de tout mais surtout de sécurité et de santé (la pollution et l’exposition aux produits chimiques font par exemple des ravages chez les ouvriers).

Cette classe ouvrière travaille à un rythme infernal allant jusqu’à des journées de 12 à 14 heures au début de cette période du XIXe siècle tout en cumulant des salaires faibles qui ne leur permettent pas de nourrir leurs familles souvent nombreuses et en plus cette classe ouvrière est exposée plus que les autres aux accidents très fréquents et à tous les malheurs du monde du travail. À cela il faut ajouter qu’ils ne connaissent ni sécurité sociale ni le droit de contester les ordres des contremaîtres qui détiennent un pouvoir absolu. Tout le monde travaille, Homme comme femme et vieillards comme enfants. Ce malheur du monde ouvrier attire rapidement l’œil des hygiénistes, des intellectuels et plus tard des sociologues qui se penchent sur le monde ouvrier. Dans la sociologie naît d’ailleurs l’ouvriérisme, étude du monde social dans lequel l’ouvrier est au centre mais qui en même temps éclipse les autres composantes du monde social du XIXe et XXe siècle à savoir les femmes, les enfants, les paysans, étrangers et autres.

À ces inégalités les ouvriers ne restent pas dépourvus de moyens de lutte bien au contraire, très tôt apparaissent les premières tensions sociales et contestations ouvrières d’importance :
1848 est la première grève d’ampleur que connaît le despotat de Georgiplios, elle est issue de mouvements ouvriers venant de plusieurs corps de métiers à savoir les ouvriers du textile, des mines et des chemins de fer. Cette grève marque l’opinion par la répression sévère infligée par le pouvoir central de Leitagios qui ne tolère aucune contestation malgré une volonté de moderniser le pays.

La grève ouvrière de 1878 est la première grande grève des dockers et ouvriers du port initiée par un collectif marxiste et communiste se réclamant de la lignée des idées sociales marxistes. Ces contestations ouvrières massives bloquent l’ensemble des ports du despotat et mènent l’activité économique à 0 pendant plusieurs semaines. Ces ouvriers en grève réclament la réduction de la journée de travail et une prime de risque compte tenu de leurs métiers ainsi que la réduction de la durée du travail. Cette connotation ouvrière la première dans l’histoire par son ampleur et son genre sera réprimée dans le sang par l’armée du despotat et par les κόκκινο πουκάμισο (chemises rouges). Elle aboutira à des concessions limitées de la part du gouvernement notamment à la journée de 11 heures dans les ports et l’interdiction du travail des mineurs de moins de 8 ans en 1880.

La grève de 1883, la grève des chemisettes (απεργία πουκάμισου) en référence aux vêtements que portent les femmes à l’origine de ces grèves. Cette grève ouvrière marque surtout l’histoire des luttes ouvrières georgipliotes par les acteurs atypiques qui la mènent car c’est la première fois que les ouvrières des filatures de Leitagios, menées principalement par des femmes, se mettent en grève et réclament de meilleures conditions de travail et une meilleure considération sociale. Elle marque l’entrée des ouvrières sur la scène sociale georgipliote alors qu’elles étaient reléguées au second plan depuis le début du siècle, l’ouvrier occupant le centre de l’attention des autorités, des penseurs et des hygiénistes. Pour la première fois sur la scène sociale, le malheur du monde ouvrier est présenté à la société georgipliote.

Ces mouvements sociaux qui au début restent spontanés et locaux vont peu à peu devenir des mouvements nationaux qui mettent à mal le pays et son économie lorsque des grèves coordonnées sont mises en œuvre sur l’ensemble du pays, elles témoignent d’une prise de conscience croissante au sein des milieux ouvriers d’appartenance à une société de classes qui doit être capable de se lever et de défendre ses intérêts. La période 1890-1910 voit une structuration plus forte du mouvement ouvrier, notamment avec la création en 1897 de la Fédération des Ouvriers de Georgiplios (FOG), première grande organisation syndicale de Georgiplios vigoureusement surveillée et contrôlée par les autorités politiques dès sa création et qui mettront tout en œuvre pour la limiter et la restreindre. La fondation et la création de la FOG est influencée par les idées socialistes teylaises et les trade-unionistes austariens. Dès sa création, la FOG qui est la porte-parole des milieux ouvriers allant des ouvriers du bâtiment, du textile, des ports et des dockers, des mineurs et des métallurgistes, porte les revendications de la classe ouvrière à savoir la réduction de la journée de travail à 10 heures par jour, la création de la semaine de 5 jours (alors que les ouvriers travaillaient 6 jours sur 7 avant), l’interdiction du travail des enfants de moins de 12 ans, le droit de coalition ouvrière et reconnaissance légale des syndicats comme force au sein des organisations et des entreprises qui sera le porte-parole des ouvriers au sein des entreprises, l’amélioration des conditions de travail, de logement et création d’une assurance accidents du travail et enfin l’augmentation des salaires réels (qui stagnent malgré la croissance économique).

L’émergence de la FOG permet également l’émergence de figures importantes du monde ouvrier comme Nikos Angelopoulos, leader charismatique de la FOG issu des dockers qui tout au long de son mandat à la tête de la FOG va s’entêter à l’organiser et à porter sa voix auprès des pouvoirs publics et du gouvernement. Aux côtés de Lambros Martakis, co-fondateur de la FOG et premier député socialiste élu à la Chambre des Députés ils participent à faire porter les revendications ouvrières sur la scène politique. La fondation de la FOG est également liée de très près à l’émergence de la Section Georgipliote de l’Internationale ouvrière soit le Parti Socialiste Ouvrier de Georgiplios en 1899. On notera également l’émergence de figures féminines comme Eleni Drakou, militante socialiste et féministe, fondatrice du premier journal ouvrier féminin (La Voix des Travailleuses, 1904) rapidement interdit par les autorités mais qui poursuivra ses publications dans la clandestinité.

Face aux revendications du monde ouvrier, à ses contestations de l’ordre établi et de la domination de la bourgeoisie, les autorités adoptent une stratégie mixte mêlant répression sélective et concessions calculées. Les autorités se lancent dans la surveillance étroite par la police politique des principaux meneurs et représentants ouvriers ainsi que des syndicats qui sont fortement surveillés et placés sous pression constante de répression et d’interdiction, de plus les autorités politiques interdisent systématiquement les syndicats révolutionnaires accusés de vouloir semer le désordre et de créer du trouble dans la société;

De l’autre les autorités mettent en place des réformes sociales progressives comme la loi sur le travail des enfants de 1884, création d’une inspection générale du travail en 1901 chargée de s’assurer que les ouvriers possèdent des conditions de travail dignes, et premières caisses de secours ouvriers subventionnées par l’État apparaissent pour porter assistance au monde ouvrier. L’objectif est double, d’une part calmer le monde ouvrier dont le pouvoir commence à craindre en raison de l’importance numérique des ouvriers dans la société et également couper l’herbe sous les pieds des syndicats. Ces réformes divisent le pouvoir politique, pour le Parti Radical d’une part qui soutient certaines réformes pour calmer les tensions même si elle conteste d’autres qu’elle accuse de nuire à la productivité et à l’économie, tandis que le Parti Restaurateur prône une ligne plus répressive de ces mouvements ouvriers. Cette division politique est la représentation de la division sociale qui règne dans le despotat, pour les bourgeois majoritairement adhérents au Parti Radical tout d’abord en raison des positions du parti sur l’économie, le commerce et les échanges favorables aux bourgeois, vont peu à peu se tourner vers le Parti Restaurateur qui conteste lui les acquis donnés aux ouvriers.

Ainsi le monde ouvrier révèle les limites du modèle de modernisation de Georgiplios durant le Beau Siècle car la forte exploitation des ouvriers contraste avec la prospérité des bourgeois et les revenus immenses qui sont générés par le canal et qui ne profitent pas à toute la société georgipliote. Elle révèle également les tensions ethniques et culturelles qui existent entre ouvriers locaux et immigrés (Sicariens, Bozyurtes…). Enfin elle révèle la montée dans le despotat d’un courant socialiste et anarchiste dans les années 1905-1910, qui conteste ouvertement le cadre despotique, aspirant à un régime plus communiste, libertaire et également appelant à la chute du despotat et le passage à une république des ouvriers.

Le monde paysan : un monde marqué par une fracture entre deux idéaux

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Mariage paysan, représentation de la festivité dans le monde paysan par Spyridon Vassilakis en 1892, peinture sur toile. Le peintre représente une classe sociale oubliée du Beau Siècle georgipliote, la paysannerie qui, recluse dans ses campagnes loin des tensions et des violences qui règnent dans les villes industrielles, vit à son propre rythme et souvent en perpétuant des traditions vieilles et millénaires.

Si la bourgeoisie et le prolétariat urbain occupent une place centrale dans les représentations sociales du « Beau Siècle » à travers les enjeux de lutte et de tension qui lient ces deux classes et qui concentrent la majorité de l’attention des intellectuels et des savants, la paysannerie demeure, jusqu’à la fin de la seconde moitié du XIXe siècle, le groupe social le plus nombreux dans le despotat de Georgiplios, qui reste pourtant majoritairement oublié de la grande observation et de la représentation du théâtre social georgipliote. Cette classe sociale intégrée dans les classes moyennes et populaires peine à trouver sa place et à s’imposer face à la classe ouvrière qui capte la majorité des études et des observations sociales réalisées, elle n’est alors plus qu’une classe sociale qui a perdu ses moyens d’objectivation et elle est une classe sociale dont on parle. En 1800, elle représente encore environ 78 % de la population active ; en 1850, elle représente encore et toujours 41 % de la population du despotat. Son évolution tant sociale qu’économique ou politique illustre parfaitement les contradictions d’une modernisation « par le haut » menée dans le despotat : une transformation économique profonde, rapide et éclairée mais qui cause une concentration foncière accrue et une marginalisation relative d’une large partie de la population rurale qui ne trouve plus sa place dans la nouvelle société georgipliote.

L’effondrement de l’aristocratie et l’arrivée de la bourgeoisie ne changent rien au malheur du monde paysan, au contraire pour lui la situation reste de marbre. Les historiens du monde rural comme Dimitrios Vassiliou, qui dans son livre Paysans et Latifundia dans le Despotat de Georgiplios, publié en 2017 analysent cette période comme un cas classique de « révolution agricole mais qui reste conservatrice dans ses bases » parlent d’une évolution de jure du monde paysan durant le Beau Siècle mais qui de facto reste sensiblement le même. Le régime du despotat va réussir à considérablement augmenter la productivité agricole du despotat grâce aux évolutions techniques et agricoles qui ont émergé dans le despotat sans procéder à une véritable réforme du système agraire ni procéder à une véritable redistribution de la terre après l’effondrement de l’aristocratie, contrairement à certains pays d’Eurysie occidentale. Cette stratégie politique menée par le Parti Radical va permettre une rapide croissance économique mais va également creuser le fossé qui existe entre villes modernisées et industrialisées et les campagnes qui restent majoritairement oubliées et marginalisées, ce phénomène contribue à la crise sociale et politique de 1911. La paysannerie, à la fois bénéficiaire partielle et victime de la modernisation qui touche le despotat, incarne les ambiguïtés profondes du despotisme libéral georgipliote en ce Beau Siècle.

En 1844 alors que Iakovos Mydon arrive au pouvoir, on observe encore au sein de la paysannerie une division importante, la paysannerie n’est pas alors un bloc homogène mais reste largement hétérogène malgré la disparition de l’aristocratie. On distingue plusieurs catégories de paysans qui existent dans les campagnes georgipliotes, tous paysans mais tous à la fois différents dans l’étendue de leurs richesses, de leurs domaines et leurs capacités à faire face à la modernisation rapide du despotat.

Tout en haut on retrouve les grands propriétaires terriens ou les latifundiaires qui sont souvent issus de l’ancienne noblesse disparue ou généralement issus de la haute bourgeoisie enrichie des financiers et des commerçants. Ils possèdent les meilleures terres agricoles qui sont généralement les plus grandes et les plus fertiles et leurs richesses importantes leur permettent d’adopter rapidement les méthodes agricoles modernes issues des évolutions techniques et technologiques qui leur permettent de rester compétitifs et dominants. Cette partie du monde paysan attire rapidement l’hostilité des autres par sa prospérité.
Arrivent ensuite les paysans moyens ou propriétaires exploitants qui sont des cultivateurs relativement aisés et qui constituent un des principaux piliers de la stabilité du monde rural. Arrivent ensuite les petits paysans et micro-propriétaires terriens qui sont largement majoritaires et qui se reconnaissent tous par leurs conditions de vie misérables car souvent endettés auprès de latifundiaires et des bourgeois, toutefois ils jouissent d’un meilleur cadre de vie que les ouvriers agricoles et métayers qui sont sans terre ou en situation de dépendance économique envers les latifundiaires, la moyenne paysannerie ou les petits paysans. Ils sont particulièrement nombreux dans les régions oléicoles (régions où sont exploitées les olives) et cotonnières. Ils sont généralement journaliers et vivent de salaires misérables, mais leurs conditions de vie sont souvent meilleures que celles des ouvriers des villes car s’ils arrivent à trouver un emploi stable ils seront logés, nourris et vêtus.

Sous l’influence du Parti Radical, le régime du despotat mène une politique volontariste de modernisation du monde rural avec l’introduction massive de machines agricoles (moissonneuses-batteuses d’origine navoraine dès 1865 ou encore de charrues à vapeur dans les années 1880) qui participe à la création de richesse et à la hausse des rendements dans les milieux agricoles. Toutefois seule une minorité de paysans peut s’offrir ces machines coûteuses et chères. Dans le même temps, l’introduction des machines agricoles cause un véritable fléau dans les milieux des ouvriers agricoles et des métayers largement touchés par le chômage et obligés d’aller en ville pour obtenir du travail. De plus le despotat mène une politique de développement d’un vaste réseau d’irrigation qui permet à plus de 240 000 hectares de terres agricoles d’être équipés en 1905 de réseaux d’irrigation. En outre le développement de l’industrie chimique permet la diffusion d’engrais chimiques dans les milieux agricoles qui améliore les rendements mais pollue massivement la terre, les voies d’eau, les nappes phréatiques et cause encore plus de chômage chez les ouvriers agricoles et les métayers. Tout ceci est couronné par la mise en place d’une politique de crédit rural via la Banque Agricole Nationale créée en 1876 qui permet de financer les projets agricoles du monde rural.

Tout ceci est visible par des résultats quantitatifs, par exemple la production d’olives est multipliée par 4, celle de vins et de raisins secs par 3, celle de coton par 5 tout cela entre 1850 et 1910. Une énorme création de richesse et une hausse de rendements agricoles massifs (les rendements agricoles par hectare sont multipliés par 2,7 en moyenne) qui enrichit le pays mais qui en même temps augmente les inégalités sociales et économiques dans le despotat. En effet, cette modernisation du monde rural et agricole s’accompagne d’une concentration foncière spectaculaire aux mains de la nouvelle aristocratie foncière, les latifundiaires et autres grands propriétaires terriens, on estime que la part des latifundia passe de 19 % des terres cultivables en 1800 à 47 % en 1910 soit une hausse de plus de 28 points de pourcentage. De plus de nombreux petits paysans sont ruinés par l’arrivée de nouvelles machines industrielles qui écrasent la concurrence, l’usage d’engrais chimiques qui améliore la production déjà massive des grands domaines agricoles et également à cause de l’endettement, ce qui contraint de nombreux petits paysans à vendre leurs terres aux grands propriétaires terriens créant un cercle de concentration foncière aux mains d’une élite agricole riche et déconnectée des enjeux du monde rural et paysan.

Les conditions de vie dans le monde rural restent également très contrastées puisque malgré l’amélioration sensiblement visible des conditions de vie pour les paysans moyens avec l’amélioration des outils de production agricoles, l’apparition de produits chimiques permettant de meilleurs rendements et productivités mais aussi l’intervention étatique pour irriguer les régions agricoles du pays sans oublier l’accès progressif à l’école rurale pour les enfants paysans, on remarque qu’il se maintient toujours la misère dans le monde rural, dans les zones montagneuses reculées et chez les ouvriers agricoles qui sont frappés par la malnutrition, les épidémies paludéennes qui causent des morts importantes malgré les avancées médicales et scientifiques que connaît le despotat, de plus dans les milieux ruraux et agricoles on retrouve toujours un taux d’analphabétisme élevé alors que l’alphabétisation augmente massivement dans la même période dans les villes quoique inégalement selon les villes et la classe sociale.

L’exode rural devient massif à partir des années 1880 pour échapper à la pauvreté du monde rural et à ses maladies ainsi qu’aux conditions de vie misérables, des dizaines de milliers de paysans migrent vers les villes de Georgiplios à Leitagios principalement qui est la capitale et le cœur battant du Beau Siècle georgipliote mais aussi vers des villes industrielles comme Thera, Smyrna, Amphysos ou encore Omeraros, mais aussi vers les colonies comme Laion ou encore vers l’étranger. Cette émigration constitue un véritable « exutoire » social pour le régime puisque c’est une main-d’œuvre massive qui quitte soit le pays soit vient s’entasser dans les villes déjà surpeuplées qui manquent de tout, rajoutant un peu plus à la misère ambiante qui règne et aux maladies.

Dans les faits la paysannerie reste globalement moins organisée que le prolétariat urbain, son modèle d’organisation reste largement médiéval se basant encore selon les villages et le gamay avec une forte place laissée à l’Église orthodoxe et à la famille là où dans le monde ouvrier une émancipation religieuse avait commencé et une intégration progressive en tant qu’acteur politique influent venait de débuter. Ainsi le monde paysan s’organise comme il le peut autour des valeurs anciennes et traditionnelles qui unissent ses habitants qui aboutissent souvent à des mouvements de protestation et des contestations qui émergent face au déclin du monde rural et face aux transformations du despotat : on peut noter les révoltes antifiscales menées contre les autorités de Leitagios et contre les expropriations dans les années 1875-1885. Ces mouvements antifiscaux viennent surtout s’opposer aux impôts toujours plus lourds qui pèsent sur le monde rural alors que les revenus n’augmentent pas voire restent stagnants, de l’autre côté ces révoltes viennent montrer la pauvreté du monde rural soumis à la brutalité du modèle économique libéral qui se développe dans le despotat. Les vagues d’expropriation foncière faites contre les paysans pauvres endettés sont les facteurs déclencheurs de ces révoltes antifiscales réprimées dans le sang par le régime.

Face à la répression militaire et l’incapacité du monde rural à se réapproprier les moyens de lutte contre l’oppression, les paysans s’organisent autour de nouveaux types d’organisation plus modernes avec la création plutôt tardive des coopératives agricoles et de syndicats paysans modérés dans les années 1900, souvent encadrés par le Parti Restaurateur qui est devenu le parti représentant le monde rural et ses malheurs. Parti qui était autrefois le parti des aristocrates terriens qui a su se renouveler pour capter l’électorat paysan là où le Parti Radical lui s’appuie sur l’électorat urbain bourgeois. L’attachement persistant à l’Église orthodoxe comme boussole centrale de la société et l’attachement aux valeurs traditionnelles de famille, du travail de la terre et la fidélité au despote, font de la paysannerie un réservoir électoral et idéologique pour la droite conservatrice incarnée par le Parti Restaurateur.

Pour venir au secours du monde paysan qui sert encore de contrepoids bien que plus aussi efficace qu’auparavant à la bourgeoisie et à la classe ouvrière, les despotes et le Parti Restaurateur maintiennent une politique paternaliste vis-à-vis du monde rural et paysan avec une distribution occasionnelle de terres, protection douanière de l’agriculture contre la concurrence étrangère (là où le Parti Radical souhaite l’ouverture totale du pays au commerce étranger), et tenant des discours qui valorisent le « paysan travailleur » comme étant le pilier de la nation qui nourrit tous les autres et qui permet la stabilité sociale du despotat.
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L’évolution du statut des femmes : des progrès limités et une émancipation contrôlée :

L’évolution du statut des femmes durant le « Beau Siècle » georgipliote (1844-1911) constitue un chapitre ambivalent de la modernisation du despotat. Si des avancées notables interviennent, particulièrement dans l’éducation, le droit civil et la visibilité publique des femmes, elles restent encadrées par un paternalisme d’État et une conception traditionaliste de la famille et de la société influencée par la religion orthodoxe. Les réformes, souvent initiées « d’en haut » par le despote et la bourgeoisie libérale, visent davantage à renforcer l’efficacité sociale et économique du régime qu’à promouvoir une véritable égalité des sexes comme réclamée en bas par les femmes des milieux ouvriers et paysans. Au début du règne d’Iakovos Mydon, la femme georgipliote reste largement confinée au rôle traditionnel, celle d’épouse, de mère et de gestionnaire du foyer, toujours placée soit sous l’autorité du père soit sous l’autorité du mari, elle est alors une éternelle mineure. Les historiennes et historiens contemporains, notamment Sophia Vassiliadou, dans son livre Les Femmes au temps du Despotat libéral, publié en 2019, et des études internationales comparatives qualifient souvent cette évolution de « féminisme d’État paternaliste ». Les réformes visent à créer une femme moderne utile à l’économie nationale (mère éduquée, travailleuse productive, consommatrice) tout en préservant la domination masculine et l’autorité du despote comme « père de la nation ». Cette émancipation partielle reflète les contradictions du despotisme libéral georgipliote car il est capable d’initier des changements structurels dans la société, mais reste réticent à remettre en cause les fondements patriarcaux du pouvoir politique et l’ordre social. Les avancées du « Beau Siècle » poseront néanmoins les bases des revendications plus radicales qui émergeront durant l’ère des généraux puis durant le retour de la démocratie en 1959.

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Le salon de madame de Xenakis, huile sur toile peinte en 1887 par Élias Theodoros, représente un salon de femmes à Leitagios durant le Beau Siècle. On voit des femmes de la bourgeoisie discuter et se montrer dans leurs plus beaux atouts. Les salons étaient au XIXe siècle le lieu par excellence de la représentation sociale.

L’influence des idées libérales et féministes venues de Teyla et de Velsna, relayées par la bourgeoisie georgipliote et les missions protestantes qui se rendent dans le despotat, vont progressivement remettre en question l’ordre social existant concernant les femmes et leur place dans la société georgipliote. Les avancées politiques et sociales se concentrent principalement sur trois domaines principaux :

Dans le domaine de l’éducation tout d’abord où se concentrent les premières réformes et les plus importantes, notamment avec l’ordonnance prise par le premier ministre Alexandros Komnenos (1864-1882) en 1867 qui ouvre les lycées secondaires aux jeunes filles issues de la bourgeoisie, alors que jusqu’alors les lycées étaient exclusivement réservés aux hommes. En 1878 est créé le premier lycée pour jeunes filles à Leitagios. Entre 1867 et 1878, la scolarité des filles se faisait donc dans les lycées masculins. La création du lycée pour filles permet de marquer le début de l’émancipation des jeunes filles dans la société. Plus instruites et plus savantes, elles vont jouer un rôle majeur dans les découvertes médicales, chimiques et scientifiques en général dans le despotat et s’émanciper du statut de fille ou de mère. Toutefois l’éducation des filles interroge et cause des débats dans la société.

Rapidement deux fronts s’affrontent : les partisans de l’abbé Konstantinos qui souhaitent une éducation féminine centrée sur les mathématiques, les langues mais surtout sur l’entretien du foyer, la gestion de celui-ci et des enfants ainsi que sur l’aide à son époux dans la gestion de son entreprise. Ils promeuvent également l’éducation religieuse féminine. Ils sont le courant majoritaire auquel vient s’opposer les partisans du professeur Dimitrios Angelopoulos qui, lui, souhaite comme pour les garçons une éducation scientifique et littéraire rigoureuse pour les jeunes filles afin de créer des citoyennes dignes. L’affrontement entre ces deux groupes divise les milieux sociaux, économiques et politiques dans le despotat.

Vers 1905, on compte près de 35 % des filles de la bourgeoisie urbaine qui accèdent à l’enseignement secondaire, et une petite minorité (environ 800 étudiantes) fréquente l’Université Centrale de Georgiplios à partir de 1894, principalement en médecine, lettres et pharmacie. Une révolution sociale est alors en vigueur dans le despotat.

Dans le domaine du droit civil et du droit patrimonial, les femmes acquièrent également de nouveaux droits qu’elles n’avaient pas auparavant. Cette émancipation juridique de la femme joue en ce Beau Siècle en faveur de la croissance économique, de la propriété et de la libéralisation sociale initiée par le gouvernement et la bourgeoisie. L’objectif est surtout de créer plus de consommatrices pour augmenter la production et ainsi plus s’enrichir. Des lois nouvelles sont promulguées comme la Loi sur la propriété séparée de 1892 qui constitue la réforme la plus importante du code civil georgipliote car elle permet aux femmes mariées de conserver la propriété et la gestion de leurs biens personnels (dot, héritage, revenus professionnels), rompant avec le principe de l’incapacité civile de la femme mariée qui était jusqu’alors en vigueur jusqu’en 1892. Cette loi, défendue par le Parti Radical au nom de la prospérité économique, est toutefois limitée dans son application et dans sa portée, par exemple cette loi ne s’applique pas aux biens communs du ménage qui restent sous la propriété exclusive du conjoint masculin.

Enfin dans le domaine du travail et de la protection sociale les femmes acquièrent de nouveaux droits. Lois successives interdisant le travail de nuit des femmes et des enfants en 1884, et créant une caisse d’assurance maternité pour les ouvrières en 1903. Ces mesures visent autant à protéger la santé reproductive que represente les femmes qu’à répondre aux revendications des féministes modérées qui rejoignent en plus les syndicats tout d’abord le FOG mais ensuite des syndicats plus féminins comme le Syndicat de la Femme de Georgiplios (SFG) ou la Lutte de la Femme Ouvrière (LFO).

Plusieurs figures féminines marquent cette période d’émancipation sociale comme Elena Karystinou (1861-1934) : première femme médecin diplômée de l’Université Centrale de Leitagios en 1889. Diplômée et ensuite devenue spécialiste en gynécologie et pédiatrie, elle fonde la première clinique pour femmes en Georgiplios en 1897 et elle milite également pour l’amélioration de l’hygiène maternelle dans les milieux ouvriers et paysans notamment en dénonçant les hauts taux de mortalité que subissent les femmes lors des accouchements, l’absence de considérations hygiéniques pour les femmes dans les milieux médicaux ou encore les pratiques archaïques.

D’autres figures sont également marquantes comme Sophia Metaxas (1853-1918) : épouse du grand savant des Lumières georgipliote Ioannis Metaxas, elle devient une figure centrale du féminisme modéré en Georgiplios. Elle est la fondatrice de l’Association pour l’Éducation des Femmes créée en 1886 qui défend le droit des femmes à avoir accès à l’éducation, aux professions libérales (avocate, banquière…) tout en restant loyale au cadre monarchique régnant dans le despotat. Dans ses mémoires lors de la dictature du général Dimitris Salleas, elle affirmera qu’elle n’aura cessé d’aimer ses princes et ses despotes et qu’elle hait plus que tout le régime dictatorial qui a mis un terme aux avancées sociales des femmes. Ou encore Anna Karystinou (1854-1921) : grande romancière du roman noir, gothique et policier, elle utilise la littérature pour dénoncer les inégalités de genre dans le despotat notamment à travers ses œuvres majeures comme Les Filles du Beaux siècles, publié en 1892 ou encore Le Mariage d’Ismène publié en 1895. Tous ont failli être censurés par le pouvoir à cause des revendications qu’elles portent.
Enfin on notera l’existence de figures féministes radicales comme Eleni Drakou (1878-1912) qui contrairement au reste des femmes souhaite améliorer la position de la femme par la force, militante socialiste membre de la Section Georgipliote de l’Internationale Ouvrière (SGIO) avant de rejoindre les cercles insurrectionnistes, libertaires et anarchistes (tous confondus car maeginalisé et pourchassé par le pouvoir politique dans le despotat de Georgiplios durant le Beau Siècle), figure majeure du féminisme radical qui émerge dans le despotat de Georgiplios, elle représente l’aile la plus critique et la plus dure de ce mouvement feministe, réclamant le suffrage universel féminin et des réformes plus profondes dans la société afin de garantir l’égalité des genres.

Malgré ces progrès sociaux importants, la société georgipliote reste une société paternaliste, conservatrice et patriarcale qui refuse de donner aux femmes des droits plus importants ainsi de nombreux domaines et droits restent fermés aux femmes durant le Beau Siècle comme par exemple le suffrage féminin (national ou local) qui ne leur est attribué qu’en 1959, l’exclusion des femmes des hautes fonctions publiques (elles ne peuvent être ni fonctionnaires, ni députés, ni sénateurs ni même membres du gouvernement), dans l’armée et dans la magistrature (elles ne peuvent d’ailleurs même pas agir en justice sans l’autorisation de leurs maris ou de leurs pères sauf en cas d’homicide ou elles sont pleinement responsables). Malgré les avancées sociales dans le droit patrimonial, certains domaines restent sous l’autorité maritale dans plusieurs aspects du droit familial et patrimonial.

En plus face à ces avancées sociales, il existe une forte résistance des milieux conservateurs (Parti Restaurateur et haut clergé orthodoxe) qui voient dans l’émancipation féminine une menace pour l’ordre social et la famille traditionnelle qu’ils refusent d’accepter et qu’ils vont toujours bloquer. Enfin l’émancipation sociale des femmes concerne essentiellement les femmes de la bourgeoisie urbaine tandis que les ouvrières et les paysannes bénéficient peu des réformes et restent soumises à une double exploitation (celle de classe et celle du genre). suite [u]Politique intérieure et extérieure : entre un idéal du despote éclairé et aspiration démocratique des masses... [/u
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