20/05/2019
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"L'Année des deux hégémons": Troubles civils dans la cité velsnienne

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"L'Année des deux hégémons"

Une cité velsnienne en proie à la crise latente du monde fortunéen


Introduction par Gina Di Grassi


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L'historien illustre Bertoldo Di Canossa a dit un jour qu'il résidait en notre cité une âme unique, car nous autres avions soumis bien des nations, sans jamais toutefois parvenir à nous dominer nous-mêmes. Fortuna nous a donné le don de remuer en tous sens et toutes directions, à nous prendre à rêver, à donner dans l'extravagance de nos desseins, à nous y consacrer corps et âme, et à faire front lorsque les barbares se montrent à nos portes. Mais il n'est aucune nation barbare qui n'ait tuée autant de velsniens que nous mêmes. Depuis sa fondation, les mécanismes de la grande politique se sont résolus la plupart du temps dans un violence acceptable, une violence mesurée, une violence parfois même encouragée par les dynamiques internes qui nous nous sommes fixé en tant que société. A notre naissance, Fortuna nous a doté de Patrices aux pouvoirs monarchiques qui étaient dans la nécessité du temps. Mais lorsqu'il eut fallu se rendre à l'évidence que ceux-ci déréglaient en permanence la compétition entre aristocrates par leur seule existence, le peuple velsnien a démis le dernier patrice fortunéen de ses fonctions, après une guerre sanglante dans les rues de la ville. Lorsque nous avons été dans le dénuement durant les Guerres celtiques, nous avons fait appel à nos cités alliées qui en retour, ont exigé d'obtenir de Velsna les mêmes privilèges de la citoyenneté: la question s'est résolue dans le sang, et la Guerre sociale a meurtri une cité déjà mal en point des coups de boutoirs des celtes. Lorsqu'en 1597, le tyran Squilacci eut confisquer au Sénat le pouvoir de la souveraineté, ce fut son propre frère qui commis un fratricide pour sauver nos institutions. Et récemment, ce fut l'ancien sénateur mon père qui défia un autre tyran, du nom de Dino Scaela, et qui une fois commis son labeur, rentra chez lui pour y labourer son champ.

Nous, en tant que peuple, ne pouvons nous résoudre à une éternelle stabilité, car ce n'est pas une confortable illusion de la continuité fait fait les bonnes histoires, mais tout l'inverse. Velsna change au même rythme que ses habitants, sous la pression des tendances, des groupes d’intérêts, des forces centrifuges, d'un équilibre sensible dont il faut deviner le vent qui tourne si l'on entend jouer sa survie politique, ou sinon sa survie tout court. Jamais n'est rien acquis, et on ne puis rester assis sur une chaise curule de sénateur sans émettre la moindre anxiété quant à sa réélection, ou pire... La cité est traversée de tendances, qui elles mêmes sont provoquées au choix par le temps qui passe, ou encore par la venue d'évènements extérieurs, qui viennent bousculer la cité dans ses fondements, qui viennent lui rappeler qu'une place n'est jamais assurée, que le corps civique de la cité velsnien attire tout aussi bien les envieux que les ambitieux, que cette dite place n'est rien de moins que le résultat d'une politique prévoyante qui a portée ses fruits, sous les gouvernements successifs de feu Patrice Dandolo, puis du Triumvirat, et enfin, du Patrice Visconti. Pourtant, il y a toujours des impairs commis, des oublis, des erreurs, des impasses qui on été ignorées, des problèmes qui ont été mis sous le tapis. Velsna est sortie de la guerre civile, la cité a profité d'une embellie économique, des réformes politiques et sociales ont servi à débloquer la pression d'une cocote minute qui menaçait d'exploser.

La pression a été relâchée quelque peu, mais les dynamiques internes persistent comme un mal de ventre qui revient pour une raison ou une autre, et on ne réforme pas la cité velsnienne sans réaction, sans conséquences et sans le déclenchement d'évènements qui sortent parfois de tout contrôle de ceux qui gouvernent. Ainsi, la paix sociale fut achetée en renforçant les syndicats et en avalisant la légalité du Parti Eurycommuniste velsnien, et désormais, il nous fallait faire avec cette faction comme plus grande force d'opposition au système républicain. De même, si les réactionnaires de Scaela avaient été brisés, cette lignée de landrins exilés, croyait-on, était un serpent de de mer qui hantait toujours les esprits de ses habitants et de nos concitoyens, prenant des formes de théories du complot farfelues et de sociétés secrètes imaginaires. Aussi véritables que des licornes, mais instillant la peur et la paranoïa dans le cœur des velsniens, tant ce régime leur avait fait grand mal. Il y avait de ces cicatrices qui ne guérissaient jamais, et contre lesquelles le Gouvernement communal ne pouvait rien. Celles qui s'ouvrent de part et d'autre du monde Fortunéen: dans la patrie mère leucytalienne, avec les intrigues d'un machavélien Déria. En Dodécapole avec les mouvements frénétiques d'un Lograno.

Mais certains maux étaient davantage visibles: la cité velsnienne change trop lentement, son système se crispe rapidement sous le poids des groupes d’intérêts qui sont sortis grandis de la guerre civile. Ceux qui étaient tous unis face à la tyrannie des scaeliens se retrouvaient là, plusieurs années après, avec des desseins différents de ce que serait l'avenir de la cité. Ceux qui avaient tiré partie de la victoire critiquaient chacun dans leur angle les réformes digrassiennes: il y avait ceux qui voulaient davantage, et ceux qui désiraient la restauration d'un ordre ancien. Les eurycommunistes rêvant de lendemains qui chantent, les réactionnaires défendant un ordre ancien qui tardait à s'effacer sous les pas du Gouvernement communal, qui était lui, tiraillé par les forces d'une société velsnienne jeune, dynamique, ambitieuse, pleine de vie, à faire déborder l'océan. Mais la République se défend, elle freine des quatre fers chaque transition, chaque changement, chaque avancée. C'est que les réformes de 2015 avaient sauvé cette République, et l'avait dotée d'institutions plus durables plus solides, et de fondations plus profondes. Mais il était bien naïf de croire que notre société, régie par le rapport de force et la violence, se contenterait de la tranquillité, de la paix, de rester tard le matin dans le creux du lit. La cité velsnienne vit, son cœur bat, puissamment, ses gens vont et viennent frénétiquement. Ils travaillent, ils dansent, chantent, puis se battent dans les rues, et se battent parfois à l'étranger lorsque que le Sénat ressent le besoin d'une guerre à l'extérieur. Cette énergie ne peut être, seule, canalisée par la perspective de la sérénité.

Dans l'enceinte du Sénat, les Hommes de pouvoir font des discours, s'affrontent dans des duels rhétoriques dont la mémoire est gardée par des greffiers sénatoriaux, tandis que dans le ventre populaire du Sestieri de l'Arsenal, les travailleurs des docks pointent, et font s'engouffrer des montagnes de marchandises sur des navires gargantuesques, à l’appétit sans fin. Sur la place de l'achosien pendu, devant les Comices proletari, un curieux et charismatique tribun harangue la foule, leur promet à manger et à manger pour tous, tandis que dans le vieux sestieri San Ciro, l'ancienne aristocratie sénatoriale s'unit dans la vengeance d'années passées à la perte de leurs privilèges. Sur la colline du Janoncle, une nouvelle force émerge: celle des femmes velsniennes. Au loin, en Dodécapole, deux Hommes s'affrontent, dans une quasi guerre-privée qui polarise un peu plus la cité des velsniens. Chez certains, on dit qu'Adolfino Agrcola est un héros incompris, tandis qu'ailleurs, on encense Altarini comme un exemple de la vertu fortunéenne.

La voici, ma cité, ma Velsna, ma patrie: elle vit, elle se bat contre-elle même et contre les autres, et elle ne se conquiert que par la passion. Le sang fortunéen bouillit à la vie des intrigues, il s'excite à la vue des combats, et il ne s'apaise que lorsque l'adversaire est vaincu, par les discours ou par les armes. Nul tanskien procédurier, nul teylais soumis à sa reine, nul kah tanais désabusé, nul mesolvardien qui respire le plomb ne pourra jamais appréhender cela. Vous êtes chez moi, bienvenu dans ma cité. Réjouissez vous avec moi, pleurez avec moi, perdez vous avec moi dans le dédale de ces rues. Aimez moi si vous le pouvez, haïssez moi si vous le voulez, les ruelles de ma patrie vous observent tout autant qu'elles murmurent à mon oreille, et elles avaleront ceux qui ne sont pas assez malins pour les comprendre, alors écoutez moi, à défait de m'apprécier. L'Année des deux hégémons ne fait que débuter.



Bienvenue sur le topic conflit de l'Année des deux hégémons



Se voulant être un prolongement des bouleversements ayant actuellement cours dans le monde fortunéen (Lutte de pouvoir à Fortune, Guerre Dodécaliote), l'Année des deux hégémons est le terme usité par la narratrice, Gina Di Grassi, fille de l'ancien sénateur Matteo Di Grassi, pour dépeindre une période de fortes tensions politiques émergeant actuellement dans la cité velsnienne depuis le début de la mandature du Gouvernement Albirio. La combinaison successive des réformes digrassiennes de 2015, des revendications sociales, les troubles en Dodécapole, conjugués à la crise fortunéenne et la guerre dodécaliote, sont autant de séismes qui provoquent des répliques dans la patrie des velsniens. La République n'évolue pas en vase clos, des actes à l'autre bout de la Manche blanche ont des conséquences dans les méandres du quartier San Ciro, ou dans les couloirs du Sénat. La cité velsnienne est battue par les flots d'une Histoire qu'elle ne contrôle pas, et dont le cheminement est tortueux. Elle est secouée par des sujets, qui peuvent devenir des crises, et dont les élites ne veulent en aucun cas qu'elles ne deviennent des révolutions.

Sur ce topic, vous pourrez suivre, et éventuellement vous mêler aux arcs politiques dits "mineurs" bousculant la cité velsnienne tout du long de l'année 2019 à venir. Une année qui présage déjà un affrontement entre trois Hommes ambitieux, et chacun représentant une tendance tiraillant le Gouvernement communal conservateur, une année qui préfigure des luttes sociales, une année qui laisse entrevoir la poursuite de mutations déjà engagées depuis 2014. Une année, peut-être, qui verra la réémergence de vieux fantômes. Au délà, ce topic vous permettra suivre le parcours de plusieurs personnages récurrents: Mogador Altarini, que ceux qui suivent l'intrigue dodécaliote connaissent déjà, Rufinus Portelli, un aristocrate repenti qui entend défendre les interêts du "peuple", ou encore d'autres personnages représentatifs de la vie civile velsnienne, et donnant un aperçu de ce qui se trame dans ses rues tortueuses, des palazzios du sestieri San Stefano au ventre populaire de l'Arsenal.

Il n'y a pas de règle de participation particulière, et tous les joueurs sont libres d'influencer le cours de certains de ces évènements par le biais des AE de Velsna, tout en étant invités à copier coller leurs faits sur ce topic.


L'Année des deux hégémons: intrigues en cours



Les deux hégémons

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Adolfino Agricola

Les interêts de Velsna au sein de la confédération sœur de la Dodécapole sont menacés par la querelle d'égos de deux individus. D'un côté, l'ancien sénateur déchu Adolfino Agricola qui a été déclaré ennemi du peuple velsnien par le Sénat après sa désertion, caresse le désir de laver son honneur personnel, tout en imposant ses alliés d'Adria à la tête de la Confédération. Celui qui a abandonné Velsna pour une "beauté orientale" a cependant toujours des partisans dans la cité, jusque dans l'enceinte du Sénat, où certains membres du Gouvernement communal, ses anciens compagnons d'armes de la Guerre civile, attendent l'opportunité pour réinstaurer le "traître" dans ses fonctions. Face à lui, le sénateur réactionnaire Francesco Mogador Altarini entend bien utiliser le mandat qu'il lui a été confié pour l'arrêter comme un marche-pied vers des ambitions plus importantes... Leurs partisans respectifs se sont lancés dans des combats de rues sporadiques, attention à la tombée de la nuit... Aidez celui de ces deux Hommes que vous jugerez le plus digne à atteindre ses fins.



Le tribun du peuple contre l'aristocratie sénatoriale

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"On parle jamais des Sylvie. On parle jamais des Julie et des Stéphane. Moi, je vais vous en parler."

Velsna n"a jamais été aussi riche. Pourtant, certains de ses habitants n'en ressentent guère les effets depuis la fin de la guerre civile. On leur avait promis la justice, or, ce sentiment n'a guère été rassasié par des réformes jugée trop timides. Dans ce cadre, un jeune sénateur devenu juge de la plèbe aux Comices Proletari, entend bien faire évoluer les choses: Alfonso Rufinus Portelli, tribun aux tendances populistes, bouscule la politique velsnienne. Cet aristocrate devenu défenseur du peuple est parti en croisade pour imposer l'instauration d'un véritable État social velsnien. Il a obtenu sa première victoire récemment, avec l'initiation d'un référendum sur base d'une proposition aux accents presque révolutionnaires, devant sauver la petite paysannerie velsnienne des griffes des grands propriétaires terriens: la Lex Rufinus. Mais gare à la réaction de la vieille aristocratie sénatoriale. Aiderz vous Rufinus dans sa quête de justice ? Ou tenterez vous de "maîtriser l'incendie" en le mettant hors d'état de nuire ?



La sécession des femmes


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"Non ! Vous n'avez pas le droit de porter la toge !"

Malgré un lent progrès de leurs conditions depuis le début du XXème siècle, les femmes velsniennes sont toujours considérées à bien des égards comme des citoyennes de seconde zone. Pour répondre à cette situation, le collectif des "Filles du Canal" entendent bien faire valoir leur désir de la fin des privilèges inhérents aux Hommes en matière de citoyenneté, de droit juridique et politique, ainsi qu'au sein des foyers. Les chroniqueurs ont déjà trouvé un nom approprié pour cette rébellion: la sécession des femmes.



La cinquième colonne landrine



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"Requiescat in pace, Dom Juan Altarini "

La chute du tyran Scaela est vieille de cinq ans, déjà, mais la peur rôde toujours, le spectrest là, parmi nous. Avec la prise de pouvoir de son allié historique à Fortuna, le Custodès Déria, un climat de paranoia s'est emparé de la ville. Des rumeurs d'un grand complot qui se trame pour renverser la République et établir une tyrannie vont bon train. Cette fameuse cinquième colonne landrine existe t-elle seulement ? Ou est-ce une vue de l'esprit ? Et si vous, vous étiez de mèche avec les scaeliens, et qui sait...peut-être que je le suis aussi ? Merde...

Comices Proletari: discours du juge de la plèbe Alfonso Rufinus Portelli (Sociaux démocrates des barricades) (18 septembre 2018)

Pour une nouvelle loi agraire



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Le sénateur et juge de la Plèbe Alfonso Rufinus Portelli

Sur la place de l'achosien pendu, ventre populaire de la cité velsnienne, un mouvement de fond se fait sentir depuis de longs mois, voire des années. En effet, les récentes réformes des institutions républicaines n'ont pas empêché le système de prédation se poursuivre dans le monde agricole velsnien, dont le groupe d’intérêt est puissant. Face à cette situation, ou de plus en plus de velsniens rendent compte de leurs plaintes aux Comices Proletari, le sénateur et l'un des deux juges de la Plèbe, Alfonso Rufinus Portelli s'est saisi de la question, avec pour objectif de porter la somme des propositions de l'Assemblée devant le Sénat, sous la forme d'une demande référendaire. Comme pour toutes les sessions, la réunion se fait au tomber du jour et en plein air, mais face à une foule de plus en plus nombreuse, qui gonfle au fil des interventions du sénateur.


Peuple de Velsna, citoyens, vétérans des campagnes, tant à la guerre qu'à la vie civile. J'ai ce jour une histoire à vous raconter, pas la mienne. Comme vous le savez, je suis de bonne naissance, je n'ai jamais eu à me plaindre de ma condition. J'ai toujours eu ce que je voulais, et j'ai pu mener la vie que j'ai entendu comme étant la bonne. Malheureusement, j'ai conscience que ce n'est le cas que d'une infime partie du peuple de la cité, que j'ai bénéficié d'immenses privilèges. Mais je souffre. Je souffre tout de même d'avoir à longueur de journée la vue de vos malheurs, de vos impayés, de vos dettes, de la saisie de vos biens. Ces gens du Sénat répondraient à tout ceci, que c'est parce que vous ne faites pas d'efforts à la hauteur de quelconque récompense, qu'il faut davantage travailler, qu'il est nécessaire de faire plus sacrifices. Encore et toujours les mêmes. Ces derniers mois, ce sont de plus en plus de petits propriétaires ruinés qui viennent ici, qui partagent leur ressentiment et leur colère. Ils viennent me me dire que tous les coins de la chôra entourant la ville, que les gros sont de plus en plus gros, et que les petits sont de plus en plus petits.

Le monde agricole est en crise, citoyens, et vous, vous êtes la preuve de cela. Je vais vous partager l'histoire de l'un d'entre vous, un honnête travailleur de la terre, un velsnien exemplaire, qui se lève tôt et qui se couche tard. Il s'appelle Anastasio. Il a 36 ans, il est marié et il a trois enfants, dont un en bas-âge. Il vit avec son épouse, Anna, et ils sont propriétaires d'une petite exploitation viticole à quelques kilomètres de la petite ville du Néorien, en plein cœur de la Chôra velsnienne. Le travail est dur, la paie est médiocre, plus encore depuis que son troisième enfant est venu au monde, et que le couple doit engager du personnel pour assurer des tâches dont des saisonniers ou eux-mêmes pourraient s'acquitter en temps normal. Premières dettes. Dans le même temps, au Collège des Honnêtes Agriculteurs, qui n'ont d'honnêtes que leur titre, les gros propriétaires, eux, jouent aux cartes avec des titres de propriété. Ils achètent, vendent et s'échangent les meilleures terre,s tout en imposant à tout le reste du secteur des baisses de prix sur les productions, car ils en ont le pouvoir, et que le poids aux votes du Collège des Agriculteurs est déterminé par le volume de production de ses propriétés. Anastasio et son épouse ne peuvent pas suivre la cadence, et ils s'endettent, encore.

Mais voilà qu'en plus de tous ces problèmes, Anastasio reçoit un courrier: il a été tiré au sort pour aller se battre au Chandekolza dans les rangs de la Garde civique. Anastasio, qui est sur la paille, qui a du mal à payer ses quelques employés, qui doit subir la concurrence déloyale des grands propriétaires, est obligé de partir et de faire porter à sa seule épouse, l'ensemble des activités de son petit domaine. Cette dernière doit désormais travailler deux fois plus pour aussi peu de gains, tout en s'occupant de ses enfants, et de son bébé. Elle ne sait pas qu'Anastasio ne reviendra jamais du Chandekolza. Comme toujours, ce sont les petites gens qui accomplissent les grands rêves impérialistes de nos dirigeants. Ce sont eux qui meurent en premier, et qui profitent en dernier. Aux pauvres la mort au champ d'honneur, et pour les riches la propriété d'Anastasio. Car oui, son épouse n'en peut plus, elle est en faillite, elle ne supporte plus la pression des grands propriétaires, qui dés qu'ils apprennent la mort d'Anastasio, s'amassent comme des vautours, et qui proposent de racheter une propriété au prix modique et bien inférieur à la valeur de la parcelle, transformée pour moitié en une friche inexploitée. Anna, son épouse, finit par céder sa petite exploitation, qui était dans la famille de son mari depuis des générations. Et elle se retrouve toute seule avec ses enfants, à devoir déménager à Velsna pour un emploi misérable de femme de ménage. Voici l'Histoire d'Anastasio, et qui peut devenir l'Histoire de vous tous, ici dans cette assemblée. L'Histoire d'une faillite et d'un tragique. L'Histoire de profiteurs qui viennent jusque devant chez vous pour vous arracher vos propriétés après vous avoir délibérément ruinés.

Cette politique mène à la ruine de notre cité, sans même que nos élites ne s'en rendent compte, car ce sont les mêmes qui accaparent vos terres qui siègent actuellement sur les bancs du Sénat. Les citoyens sont la base de toute la vitalité, du développement et de la prospérité de notre cité, et pourtant, ils agissent tels des vampires qui se nourrissent de votre ruine. Je ne connais qu'un seul organisme qui se nourrit de son porteur tout en le faisant mourir: on appelle cela des parasites !

Et quand les agriculteurs se ruinent, les grands propriétaires, une fois qu'ils ont racheté toutes les propriétés, ont besoin de se remettre dans le vert, et ils doivent réaugmenter les prix de toutes les denrées, en faisant payer le prix fort à TOUS les citoyens. Il ne faut pas croire que leur malice s'arrête au rachat de vos propriétés: chacun de leurs investissements, ils les font payer aux autres. La cité velsnienne n'a jamais été aussi riche, elle n'a jamais autant attirée les capitaux, elle n'a jamais autant dépenser pour la guerre, pour la mise sous le joug de nations étrangères, et pourtant, les velsniens n'ont jamais payer aussi cher pour leurs denrées. Les céréales, l'huile, les pommes de terre, jusqu'aux fruits et légumes....jamais un panier de courses n'a coûté aussi cher: 260 florius à la semaine pour un couple sans enfants en moyenne. Cette situation, où des parasites détruisent le secteur agricole, et où ceux-ci vampirisent l'ensemble de la société ne peut plus durer, nous ne pouvons plus laisser ces gens mettent l'existence de concitoyens en danger, et donc, indirectement, de mettre l'existence de la cité en danger, en ruinant notre jeunesse, notre corps civique et notre avenir.

Les optimates fortunéens sont trop heureux de voir l’émergence de leur petite société aristocratique, les Hommes du Patrice craignent le changement et les libéraux sont trop lâches, alors il faut que ce soit le peuple qui les rappelle à leurs obligations, par l'intermédiaire de cette assemblée. C'est pourquoi j'entends faire circuler parmi vous des feuillets, afin que vous apposiez votre signature à la liste de mes propositions, visant à rendre aux petits agriculteurs velsniens leurs terres et leurs revenus, et afin que les prix retrouvent des niveaux décents qui permettent aux agriculteurs de vivre, et aux citoyens modestes de consommer. Mais j'irai plus loin; je proposerai à ce peuple velsnien réuni autour de moi la mise en place d'une loi visant à contraindre le Sénat de restituer à tous les citoyens expropriés de leurs terres ces vingt dernières années à les récupérer auprès des grands propriétaires qui les auraient privé de leurs droits. Si nous voulons redonner aux citoyens leur honneur, il nous faut reconstituer un tissu agricole sain qui n'incite pas à la prédation, qui ne soit pas partagé entre quelques uns !

*applaudissements nourris de la foule*


Projet de référendum imposé par le Juge de la Plèbe Rufinus Portelli, après vérification de la validité du projet auprès des Comices Splendori sur base des Sénatus-Consulte en vigueur dans la Grande République

Alfondo Rufinus Portelli a écrit :
LEX RUFINUS AGRICULTURA


Par ce document, nous mettons le Sénat devant le fait accompli du malheur du peuple velsnien, exprimé dans le cadre des assemblées des Comices Proletari, et dont la proposition n'entre point en contradiction avec la loi existante et la tradition civique de notre cité, protégée par l'assemblée des Comices Splendori.

Compte tenu de l'appauvrissement général du monde paysan velsnien. Compte tenu de l'accaparement des terres par un mouvement de grands propriétaires. Compte tenu de la concurrence déloyale imposée par ceux-ci, avec a complicité du Collège des honnêtes agriculteurs. Compte tenu de l'inflation observée des prix de l'ensemble des denrées agricoles ces quatre dernières années, sans que ces excellences du Sénat des Mile de la Grande République y aient trouvé solution. Compte tenu de toutes ces considérations impérieuses, nous, Juges de la Plèbe et représentants des Comices Proletari auprès du Sénat, nous imposons auprès de ces excellences la tenue d'un référendum que nous adressons au peuple velsnien en son entier, et sur les propositions suivantes:

  • Le blocage des tarifs de l'ensemble des denrées alimentaires sur le marché velsnien pour toute la durée de la mandature sénatoriale actuelle.
  • Le redécoupage du cadastre de l'ensemble des terrains agricoles existants sur le territorial administratif de la cité velsnienne, et de toutes les cités de droit velsnien, sur de base de terrains à la superficie et à la rentabilité supposée similaire.
  • La suspension de toute saisie de terres par l'état velsnien pour toute la durée de la mandature sénatoriale actuelle, sur base du motif de faillite.
  • La restitution de l'ensemble des terres agricoles saisies ou rachetées à tout citoyen qui aurait servi dans la Garde civique velsnienne entre 2010 et 2018.
  • La mise en place d'une bourse agricole permettant aux primo-possédants une intégration accrue dans le monde agricole.

Comices Proletari: réponse aux doléances populaires apportées par le juge de la plèbe Alfonso Rufinus Portelli (Sociaux démocrates des barricades) (22 septembre 2018)

Pour une aide alimentaire aux citoyens de Velsna



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Le sénateur et juge de la Plèbe Alfonso Rufinus Portelli

La place de l'achosien pendu est décidément bien animée depuis quelques temps. Comme une habitude qui devient rengaine, c'est le Juge de la plèbe Rufinus-Portelli qui a convoqué encore une fois la tenue d'une réunion de citoyens afin de les mettre au fait de l'ensemble des doléances que des citoyens velsniens dans le besoin ont émis à son adresse. Les réponses aux doléances de la part des deux juges de la plèbe constituent un type de session habituel au sein des Comices Proletari, qui permet aux juges de la plèbe de constituer devant une large audience l'esquisse d'un projet référendaire qui sera soumis au Sénat des Mille prochainement. Toutefois, c'est la fréquence de ces sessions qui sortent de l'habituel, puisque le Juge Rufinus-Portelli en a multiplié les occurrences de son entrée en fonction au lendemain des élections sénatoriales de début 2018, sollicitant l'assemblée des Comices à la moindre occasion. A en croire certains analystes, ces initiatives multiples s'inscrivent dans le cadre d'une démarche ouvertement populiste visant à contourner l'institution très conservatrice du Sénat, et à imposer les assemblées comiciales, et plus encore les comices proletari comme une véritable institution législative parallèle...


Mes citoyens, peuple velsnien réuni en assemblée. Vous le savez: je ne fais jamais appel de votre parole en vain, je ne prends jamais de votre temps sans concevoir que tous ici puissent avoir leurs impératifs: un travail harassant, une famille à s'occuper, des taxes à payer et du trop cher de partout dans leur vie de tous les jours. J'ai eu, ces derniers temps, de plus à plus à voir de miséreux, qui autrefois étaient des bons citoyens, obligés de se reposer sur la charité, obligés de pulluler dans les rues et de mendier de quo survivre à d'autres citoyens, qui pourtant, dans la théorie, sont supposés être leurs égaux. Je n'irai pas par quatre chemins: nous avons été libérés de la tyrannie de Scaela, pour nous retrouver en proie aux mêmes problèmes: l'injustice, les bas salaires et le fait que nous nous retrouvions à cohabiter avec des individus qui nous méprisent tout en parasitant notre existence. Notre cité se retrouve dans une situation aussi scandaleuse qu'isolée: de toutes les nations d'Eurysie occidentale, nous sommes de ceux qui laissent le plus nos citoyens au bord des routes, nous sommes le seuls où le concept d’hôpital et d'école publique n'existe pas, nous sommes les seuls où il n'existe aucune filet de sécurité empêchant nos concitoyens de tomber dans la servitude de la clinetèle vis à vis de plus riche que nous, où il n'existe rien qui puisse nous retenir de tomber dans la misère, et de mourir à même le trottoir, que ce soit de faim ou de froid. Aussi, sur ce sujet, j'aurais un nouveau récit à vous partager, aujourd'hui à cette assemblée, et qui demande votre réflexion, à tous autour de moi. C'est l'Histoire de Natalia, une employée de magasin, caissière de 42 ans, deux enfants, qui se retrouve le 15 du mois dans le rouge, à courir après la dette et à mendier auprès de tous ses proches pour avoir de quoi remplir un panier de courses. C'est l'Histoire de Timo, étudiant en droit de 21 ans, qui n'est plus capable de subvenir aux exigences financières que son cursus lui demande. C'est aussi l'Histoire de Gloria, 27 ans, qui n'est plus en mesure de payer son crédit logement, et qui doit cumuler deux boulots.

Tous ces gens sont pris à la gorge, que ce soit par les impôts à la consommation, par les charges des assureurs privés, par leurs logeurs, et désormais par leurs propres paniers de course. Car oui, dans la droite lignée de ce qui avait été mon propos lors de notre dernière session, la crise actuelle du monde agricole, où des grands propriétaires terriens profiteurs augmentent les prix après avoir racheté les terres de tous les autres, se répercute directement sur le pouvoir d'achat de nos concitoyens. Les réformes engagées depuis 2014 ont certes accordé davantage de droits politiques à nos concitoyens, mais ce ne sont pas les droits politiques qui remplissent les ventres. Nous sommes aux prises avec un phénomène sans précédent d'augmentation des prix des denrées agricoles, que le Collège des Honnêtes agriculteurs se permet en toute impunité, en vertu du fait que ses membres peuvent bloquer à loisir toute tentative de quiconque de faire ombrage à leurs prix, qu'ils peuvent imposer les tarifs qu'il entendent à n'importe quel producteur sur le territoire velsnien, qu'ils peuvent bloquer toute importation étrangère à loisir.

La conséquence de cette catastrophe économique et sociale est dés lors prévisible: les prix augmentent et les paniers se vident. Les grands propriétaires, eux, non seulement se remplissent les poches, mais ils font des réserves, ils spéculent sur le prix du grain qu'ils ne vendent pas, et de toutes les autres denrées. Ils organisent la pénurie de la manière la plus éhontée, une pénurie qui ne devrait pas exister dans les faits. Nous avons affaire à des vautours qui affament les bons citoyens de manière totalement volontaire, et qui s'en sortent sans la moindre sanction, sans la moindre contrepartie de leurs méfaits. En théorie, le pire est que, le Sénat des Mille est compétent pour agir, qu'il est compétent pour ordonner au Collèges des Honnêtes agriculteurs de réformer sa tarification, même pour bloquer les prix, ce que j'ai déjà proposé précédemment. Mais le Sénat des Mille est davantage gouverné par ce Collège que par le peuple velsnien. Les interêts des plus petits n'intéressent pas, car c'est pour certains, un sacrifice qu'il est nécessaire de faire pour assurer la prospérité des autres. Et les autres, ce sont eux. Et eux, une fois que vous vous êtes appauvris, reviennent vers vous, et vous proposent une assiette bien pleine, fruit de ce qu'ils vous ont volé. Mais il ne faut pas croire qu'il s'agit là d'une œuvre de charité, au contraire: ils ne reviennent vous donner de quoi vivre uniquement parce qu'ols veulent vous conserver sans une clientèle. Vous êtes le produit.

Il est désormais temps que la cité s'occupe de ceux qui la font vivre, et qui font fructifier son économie davantage que toutes les autres catégories sociales, ces gens là en premier, les faiseurs de lois, qui rédigent depuis des siècles des règles qui n'arrangent que ce tout petit milieu. Nous sommes nombreux, ils sont peu, et il est temps de rééquilibrer un peu cette situation. Et le premier pas vers la justice, il se fait au niveau des ventres et des estomacs. La cité a les moyens financiers de mettre en place une politique d'assistance alimentaire, et de distribution vis à vis de ses citoyens les plus pauvres. Elle ne veut pas le faire, alors nous allons la forcer.

C'est pourquoi je tiens à soumettre à votre adresse, à vous, le peuple velsnien qui fréquente la Place de l'achosien pendu, le mise au vote d'une liste de propositions visant à la création d'un nouvelle magistrature sénatoriale, et d'un service de distribution gratuite de nourriture accordée par le Gouvernement communal à l'adresse de l'ensemble des citoyens figurant dans la dernière classe censitaire dont le revenu serait moitié moindre que le seuil minimum de revenu pour intégrer la quatrième classe censitaire, ce qui porterait le nombre de ses bénéficiaires à 400 000 personnes. Nous aurions ainsi l'opportunité, pas forcément de changer radicalement l'existence de ces gens, mais au moins, à leur permettre de survivre dans une cité où tout a toujours été payant, et où tout est devenu trop cher, jusqu'à les denrées alimentaires.



Projet de référendum imposé par le Juge de la Plèbe Rufinus Portelli, après vérification de la validité du projet auprès des Comices Splendori sur base des Sénatus-Consulte en vigueur dans la Grande République

Alfondo Rufinus Portelli a écrit :
LEX RUFINUS FRUMENTARIA


Par ce document, nous mettons le Sénat devant le fait accompli du malheur du peuple velsnien, exprimé dans le cadre des assemblées des Comices Proletari, et dont la proposition n'entre point en contradiction avec la loi existante et la tradition civique de notre cité, protégée par l'assemblée des Comices Splendori.

Compte tenu de l'augmentation récente des pris des denrées alimentaires en Grande République, et plus particulièrement sur le territoire de la cité velsnienne. Compte tenu de l'augmentation générale des dépenses de la vie des citoyens. Compte tenu du manque d'assistance apporté aux citoyens sans ressources et afin de lutter contre le système du clientélisme électoral et économique dans lequel sont enfermés nos concitoyens. Compte tenu de toutes ces considérations impérieuses, nous, Juges de la Plèbe et représentants des Comices Proletari auprès du Sénat, nous imposons auprès de ces excellences la tenue d'un référendum que nous adressons au peuple velsnien en son entier, et sur les propositions suivantes:

  • L'instauration d'un Bureau financé par Gouvernement communal de la Grande République, et entièrement dédié à l'évaluation, l'inscription et à la distribution alimentaire d'urgence auprès des 400 000 des plus pauvres citoyens de la cité velsnienne, et dont la tâche sera intégralement financée par le Gouvernement communal de la Grande République, sans intervention de l'évergétisme privé.
  • La nomination d'un magistrat sénatorial chargé de l'approvisionnement de la ville de Velsna en denrées alimentaires gratuites, auprès de sa classe de ctoyens la plus pauvre.
  • La mise en place d'une commission chargée d'assister ce magistrat dans l'exercice de ses fonctions, composée de membres élus par l'Assemblée des comices proletari.
  • La consécration du principe de gratuité de ce service, destiné à tout citoyen adulte, homme ou femme, qui saurait justifier un revenu annuel inférieur à 60 000 florius velsniens par an.


Le velsnien libéré, la social-démocratie au cœur ! informations offertes par le Groupe industriel Falieri a écrit : Lucrezia Azurro, 13 novembre 2018

Troubles civils: Tentative d'assassinat manquée sur le sénateur Rufinus, émeutes dans le quartier San Ciro et enquête en cours


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Alfonso Rufinus Portelli durant la marche des "sans-rien", 9 novembre 2018


L'année 2018 sera t-elle marquée par le retour des violences politiques dans les rues de la capitale ? Entre les émeutes des optimates landrins et fortunéens en début d'année et l'évènement qui vient d'avoir lieu ce jour en plein cœur de la place San Stefano, la réponse, de prime abord, serait celle d'un grand oui d’inquiétude.

Il est 10h en plein coeur du centre historique de la ville, à quelques dizaines de mètres du Palais des Patrices lorsque le sénateur et juge de la plèbe Alfonso Rufinus Portelli prend la parole sur l'estrade des rostres de la place éponyme. Le sujet de ses harangues, encore et toujours: l'inflation des prix et l'agacement devant la longueur des dispositions prises par le Sénat des Mille en vue de l'organisation du référendum portant sur l'expropriation des propriétés terriennes acquises ou rachetées durant la période de la guerre civile des triumvirs jusqu'à , s'étalant donc sur une période de 2014 à 2018. Le texte polémique, qui a été adopté sur instigation de Rufinus Portelli le mois dernier a donc entamé un long cheminement législatif en vue de lu lancement d'une campagne referundaire, le sénateur et l'assemblée comiciale devant composer avec une majorité conservatrice et un gouvernement communal faisant eux même l'aveu d'un manque de volonté organisationnelle en vue de cette échéance. En cause, le contenu du texte, défendu par l’opposition du Cartel des Gauches, fait polémique par sa radicalité affichée et la nature de ses soutiens et opposants. Ce que l'on nomme déjà la Lex Rufinus Agricultura pose les termes d'une redistribution de terres agricoles parmi les Si bien entendu, la majorité conservatrice est défavorable à l'adoption de telles mesures, ce n'est pas la force politique à voir du plus mauvais œil un tel changement: les grands propriétaires terriens de la plaine velsnienne forment un groupe d’intérêt puissant aux connexions nombreuses, et dont certains membres figurent parmi la clientèle de sénateurs, majoritairement de la faction des optimates fortunéens (ces derniers n'ont pour le moment pas réagit à la tentative d'assassinat).

Dés le début de la démonstration rhétorique du sénateur sur l'estrade des rostres de la place San Stefano, certains témoins constatent des heurts en marge de la manifestation publique. Pour cause, ce sont pas moins d'une centaine d'individus, certains armés de couteaux, qui ont assailli spectateurs et passants venus assister au meeting, et dont la Garde civique n'avait pas prévu le niveau de risque en amont. Résultat: une sécurité défaillante a causé une brèche majeure dans le dispositif de protection du sénateur Rufinus Portelli, ce dernier, ainsi que son propre service d'ordre formé de ses partisans, n'ayant également pas pris pleine conscience du danger.

Il est 10h15 lorsque se précipite un individu cagoulé se porte de toute sa hauteur sur l'estrade et vient asséner cinq coups de couteau au sénateur avant de se faire maîtriser par le service d'ordre de Portelli. Malgré l'aspect spectaculaire d'une telle attaque, il est rapporté que les jours du sénateur ne sont pas en danger, et qu'aucun pronostic vital n'a été déclenché, en partie grâce à une intervention rapide des secours, et à la réactivité de certains parmi la foule, qui ont pu administrer à la victime les premiers secours. L'individu fautif a quant à lui été appréhendé quelques dizaines de mètres plus loin par le service d'ordre du sénateur, et remis aux autorités communales. Son profil, celui d'un client désargenté de Figorno Vespra, un éminent grand propriétaire de la chôra velsnienne, ne laisse pas de doutes sur le mobile de la tentative de meurtre.

Malgré les appels aux calme, lancés à la fois par Portelli lui-même depuis son lit d’hôpital et par d'autres membres de l'assemblée sénatoriale, des heurts ont éclaté quasi immédiatement dans le quartier San Ciro, à l'instigation du sénateur optimate Giovanni Reina, qui a ressemblé ses partisans à la place Lotaro, principalement des membres de la clientèle de la grande propriété terrienne velsnienne, ceux-ci ayant provoqué à l'affrontement une force de la Garde civique, ainsi qu'avec des militants du PEV et du CCC qui ont eux aussi été pris à partie. On dénombre neuf arrestations à l'heure actuelle. De toute évidence, les propositions de réforme de Rufinus par le biais des comices proletari a suscité une levée de boucliers au sein du groupe d’intérêt, dont les membres entendent bien défendre leurs acquis de ces quatre dernières années. Cette tentative de stopper le referendum toutefois, semble être en tout connaissance de cause un échec et Rufinus a assuré lui-même que cela ne ralentirait en rien le processus d'organisation du scrutin et sa reconaissance par le Sénat.

Rappelons que depuis 2014, ce ne sont pas moins de 2 300 propriétaires agricoles ruinés qui ont l'objet d'une saisie ou d'une vente de leurs biens dans la région de la chôra velsnienne. Le phénomène de concentration de la propriété terrienne est graduellement devenu un sujet d'importance majeure en milieu rural, et auquel les deux mandatures conservatrices successives n'ont pas encore trouvé réponse appropriée.

Le velsnien libéré, la social-démocratie au cœur ! informations offertes par le Groupe industriel Falieri a écrit : Lucrezia Azurro, 31 décembre 2018

La "sécession des femmes": au Sénat, un scandale provoqué par une atteinte aux codes vestimentaires traditionnels


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La sénatrice communaliste Virginia Esperini, dans les atours qui ont provoqué un scandale par ses collègues masculins


C'est une scène pour le moins étrange et bruyante qui s'est déroulée hier matin sur les bancs du Sénat des Mille, à l'ocasion d'une séance de questions au Gouvernement communal qui paraissaient pour le moins anodines, et ne sortant guère de l'ordinaire. Le débat sur la sécurité des alliés de la République dans la région du détroit mésolvardien a pourtant été perturbé par l'apparition à la tribune de la sénatrice Virginia Esperini, membre de l'opposition du cartel des gauches, qui a immédiatement ou presque, causé un vif tollé lors de la séance. Pour cause, la sénatrice a opté pour le port de la toga praetexta, un vêtement certes associé à sa fonction d'élue, mais dont le règlement intérieur de l'assemblée a toujours spécifié son usage aux seuls hommes, de surcroit la plupart du temps associé à des familles sénatoriales de haute naissance, ce dont l'intéressée ne fait pas partie. En effet, dans la théorie, le règlement intérieur du Sénat stipule le port de la toga réservé à l'usage exclusif de la gente masculine ou celui de "vêtements civils dignes", tandis que la stola est réservée aux femmes, ou bien encore une fois, "des vêtements civils dignes". C'est bien entendu des rangs ultra-conservateurs qu'a émergé une vive râle dés l'introduction de la prise de parole de son excellence Esperini, qui ne lui a pas permise de poursuivre son discours, qui a failli dégénérer en une bagarre entre représentants eurycommunistes, communalistes et sociaux démocrates du cartel des gauches, aux sénateurs du cartel fortunéen.

La sénatrice, une fois la tribune désertée, ne s'est pas exprimée dans l'immédiat, laissant dans un premier temps la parole à ses soutiens, en particulier du sénateur et ancien secrétaire du PEV Géorgi Marcos, qui s'est montré particulièrement vocal sur la question:

"Nous ne pouvons que saluer la prise de risque de notre collègue et amie, qui a fait une excellente démonstration de la fragilité des élites à compter de l'instant où la masse s'empare de leurs codes pour les rediriger de la manière dont ils l'entendent. N'en déplaise à cette vieille génération de réactionnaires, Virginia Esperini a tous les droits au port de la toge, tout autant que ses collègues masculins. Plus, je dirais qu'elle le mérite davantage que certains d'entre eux. Le règlement intérieur du Sénat des Mille est poussiéreux, et il nécessite de s'adapter à la réalité de notre époque, plutôt que de se constituer en relique de ce que les conservateurs estiment comme leur privilège. Tous mes soutiens lui vont donc."


En face, c'est un autre son de cloche qui s'est joué. Dans les rangs des optimates, c'est un véritable scandale, comme le souligne le sénateur Mario Borglio:
"Pour moi, son excellence Esperini a encore fait une manoeuvre pour se rendre intéressante, à défaut de contribuer de manière constructive aux débats de notre enceinte sacrée. Le Sénat a ses codes et ses règles, point barre: elles ont été décidées par nos aïeux, probablement pour de bonnes raisons. La toge est un vêtement porteur d'une signification et d'un message à l'adresse de ceux qui nous entourent, et qui ne se doit pas d'être perverti par des effets de mode passagers. La toga est le vêtement de l'homme libre, et j'insiste sur le terme d'HOMME. Les femmes libres, pour elles, il y a la stola, fin de l'histoire. Ceux qui ne sont pas satisfaits peuvent toujours faire leurs discours dans la rue."

Les débordements autour de ce qui pourrait passer pour une affaire strictement interne au Sénat, n'ont toutefois pas tarder à se faire ressentir à l'extérieur, dans un contexte déjà tendu sur la question de l'accès à l'égalité homme-femme, que ce soit sur le plan professionnel, social et sociétal. Depuis deux ans, lumière a été faite sur un certain nombre de mécanismes internes à la cité qui provoquent de fait la rétrogradation des femmes parmi les citoyens, qualifiées par certaines militantes comme relevant d'un statut ignoré, marginalisé et maltraité, ce malgré un certain nombre d'évolutions initiées depuis les années 1960.

Il est vrai, que la cité velsnienne, structurellement, a toujours été une cité d'Hommes avant tout. L'accès à la citoyenneté partielle des femmes en 1920 (il existait auparavant un statut intermédiaire dédié aux femmes), puis l'obtention du droit de vote dans les années 1960, n'ont pas changé cet état de fait qui s'est perpétué, à défaut de s'inscrire dans la loi, dans les habitudes et les gestes du corps civique velsnien. Pour expliquer ce retard dans l'évolution de la condition féminine par rapport à ses voisins eurysiens, plusieurs explications ont été avancées par les spécialistes de la question. En cause, une citoyenneté fortement liée aux devoirs liés à la conscription militaire, qui de fait a laissé de côté les femmes velsniennes jusque dans les années 1990. Ensuite, le monopole de la parole public par des élites aristocratiques peu ou pas concernées du tout par le statut de la femme, là où les élites eurysiennes occidentales des pays voisins ont connu une certaine évolution sur la question dés le début du XXème siècle pour certains cas. Résultat: un retard sensible en matière de valorisation de la parole des femmes dans l'espace public qui rend de fait leur condition plus précaire que dans le reste de la région, et qui se répercute de manière funeste dans l'attachement du débat public sur des sujets graves: violences faites aux femmes, égalité salariale, inégalité au sein des foyers etc...

C'est donc dans ce contexte déjà ombrageux que les positions de la sénatrice Virginia Esperini ont fait écho, et donner lieu à un ensemble d'actions militantes, d'abord menées par des collectifs universitaires, avant de se répandre à certains pans de l'élite politique de la cité. C'est le collectif des "Filles du Grand canal" qui a été à l'origine d'un appel massif à la manifestation, relayé par la plupart des formations politiques de la gauche du Sénat, des eurycommunistes jusqu'aux libéraux, pourtant alliés au Gouvernement communal actuel, ainsi que par les organisations syndicales et autres associations féministes. Au cœur des revendications, l'exigence de la fin d'un "privilège masculin" dans la loi, de même que la mise en place d'une véritable instance politique de représentation des femmes au sein du corps civique velsnien. Certaines se mettent à rêver de la création d'une quatrième assemblée comitiale intermédiaire spécifiquement dédiée à la garantie des interêts de la gente féminine dans la cité, qui aurait pouvoir d'imposer des referendum à la population velsnienne, dans un système similaire à ce que les comices proletari proposent déjà.

Pour le moment, cette manifestation a pris une forme particulièrement originale: plutôt que de se constituer en une manifestation "ordinaire", le collectif des Filles du Grand canal a lancé un appel au "désengagement massif des femmes au sein de la société civile", avec pour objectif, une mise en grève des femmes velsniennes sur leurs lieux de travail, de même qu'une grève dite "domestique" au sein de leurs propres foyers. Pour les cas les plus avancés, ces actions vont jusqu'à un retrait physique de la vie civile, avec le ralliement massif d'un cortège de femmes en dehors de l'agglomération velsnienne, au lieu-dit de la colline du Janoncle, où le sit-in qui avait été pensé à l'origine s'est transformé en une véritable implantation permanente de femmes se séparant volontairement du reste du corps civique velsnien. La colline, que l'on nomme désormais sur le ton de la plaisanterie "la cité du Janoncle", abriterait à titre permanent plusieurs centaines de femmes velsniennes à l'heure actuelle, et ne cesse de prendre en importance. Ce mouvement porte déjà un nom parmi les commentateurs politiques et certains sénateurs, sur un ton péjoratif: la "sécession des femmes", terme qui a été repris par les membres de la "cité du Janoncle" comme un étendard revendicatif. La sénatrice Virginia Epserini, bien qu'agréablement surprise, semble dépassée par un mouvement qu'un simple geste a initié, et ne s'attendait certainement pas à de telles conséquences.

Comices Splendori


Drapeau

Annonce, 3 janvier 2019
Validation de projet référendaire

Nous, Comices splendori de la Grande République, qui sommes l'expression de la sagesse de nos institutions, garants de l'approbation des anciens quant à la politique de plus jeunes que nous, qui devons les guider dans les bons choix, notre prenons acte des propositions référendaires suivantes, initiées par son excellence sénateur et juge de la Plèbe de la Grande République, Alfonso Rufinus Portelli, à la date du 11 novembre 2018. La proposition ayant été votée à majorité par l'assemblée des Comices Proletari, elle a été portée à notre égard en vue de la validation de sa conformité avec les lois fondamentales de la Grande République, le Mos Maiorium, les sénatus-consultes actuellement en vigueur, et les lois orales de nos aïeux.

Les lois référendaires concernées sont les suivantes:






LEX RUFINUS AGRICULTURA


Par ce document, nous mettons le Sénat devant le fait accompli du malheur du peuple velsnien, exprimé dans le cadre des assemblées des Comices Proletari, et dont la proposition n'entre point en contradiction avec la loi existante et la tradition civique de notre cité, protégée par l'assemblée des Comices Splendori.

Compte tenu de l'appauvrissement général du monde paysan velsnien. Compte tenu de l'accaparement des terres par un mouvement de grands propriétaires. Compte tenu de la concurrence déloyale imposée par ceux-ci, avec a complicité du Collège des honnêtes agriculteurs. Compte tenu de l'inflation observée des prix de l'ensemble des denrées agricoles ces quatre dernières années, sans que ces excellences du Sénat des Mile de la Grande République y aient trouvé solution. Compte tenu de toutes ces considérations impérieuses, nous, Juges de la Plèbe et représentants des Comices Proletari auprès du Sénat, nous imposons auprès de ces excellences la tenue d'un référendum que nous adressons au peuple velsnien en son entier, et sur les propositions suivantes:

  • Le blocage des tarifs de l'ensemble des denrées alimentaires sur le marché velsnien pour toute la durée de la mandature sénatoriale actuelle.
  • Le redécoupage du cadastre de l'ensemble des terrains agricoles existants sur le territorial administratif de la cité velsnienne, et de toutes les cités de droit velsnien, sur de base de terrains à la superficie et à la rentabilité supposée similaire.
  • La suspension de toute saisie de terres par l'état velsnien pour toute la durée de la mandature sénatoriale actuelle, sur base du motif de faillite.
  • La restitution de l'ensemble des terres agricoles saisies ou rachetées à tout citoyen qui aurait servi dans la Garde civique velsnienne entre 2010 et 2018.
  • La mise en place d'une bourse agricole permettant aux primo-possédants une intégration accrue dans le monde agricole.



LEX RUFINUS FRUMENTARIA


Par ce document, nous mettons le Sénat devant le fait accompli du malheur du peuple velsnien, exprimé dans le cadre des assemblées des Comices Proletari, et dont la proposition n'entre point en contradiction avec la loi existante et la tradition civique de notre cité, protégée par l'assemblée des Comices Splendori.

Compte tenu de l'augmentation récente des pris des denrées alimentaires en Grande République, et plus particulièrement sur le territoire de la cité velsnienne. Compte tenu de l'augmentation générale des dépenses de la vie des citoyens. Compte tenu du manque d'assistance apporté aux citoyens sans ressources et afin de lutter contre le système du clientélisme électoral et économique dans lequel sont enfermés nos concitoyens. Compte tenu de toutes ces considérations impérieuses, nous, Juges de la Plèbe et représentants des Comices Proletari auprès du Sénat, nous imposons auprès de ces excellences la tenue d'un référendum que nous adressons au peuple velsnien en son entier, et sur les propositions suivantes:

  • L'instauration d'un Bureau financé par Gouvernement communal de la Grande République, et entièrement dédié à l'évaluation, l'inscription et à la distribution alimentaire d'urgence auprès des 400 000 des plus pauvres citoyens de la cité velsnienne, et dont la tâche sera intégralement financée par le Gouvernement communal de la Grande République, sans intervention de l'évergétisme privé.
  • La nomination d'un magistrat sénatorial chargé de l'approvisionnement de la ville de Velsna en denrées alimentaires gratuites, auprès de sa classe de ctoyens la plus pauvre.
  • La mise en place d'une commission chargée d'assister ce magistrat dans l'exercice de ses fonctions, composée de membres élus par l'Assemblée des comices proletari.
  • La consécration du principe de gratuité de ce service, destiné à tout citoyen adulte, homme ou femme, qui saurait justifier un revenu annuel inférieur à 60 000 florius velsniens par an.


En vertu du fait que rien ne s'oppose, dans la tradition républicaine comme dans nos lois actuelles à l'adoption d'un processus de consultation du peuple velsnien, nous déclarons, en notre qualité d'illustres et sages excellences, qu'il est de l'obligation du Gouvernement communal de la Grande République, de mettre en place les conditions de la tenue de ces deux propositions à l'avis de la cité et du peuple velsnien.

Nous déclarons ainsi la tenue d'une campagne électorale devant encadrer cette décision de consultation, du 1er février au 1er mars 2019. La tenue du vote, quant à elle, aura lieu le 2 mars 2019.


LegislaTV, Journal parlementaire et généraliste de la Grande République a écrit : Vicenzo Patra, 3 janvier 2019

Avec le lancement de la campagne référendaire de la Lex Rufinus, le sénateur social-démocrate joue son va-tout



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Le sénateur conservateur Giovanni Di Resta, visiblement épuisé au terme de la session parlementaire devant définir le futur cadre du référendum "Rufinus"


C'est une première bataille gagnée pour son excellence, le sénateur social-démocrate Alfonson Rufinus Portelli, qui au terme d'une campagne assidue lors des assemblées des Comices Proletari, a réussi à imposer deux textes, la Lex Rufinus Agricultura, et la Lex Rufinus Frumentaria, qui malgré une lenteur peut-être volontaire du cheminement de la proposition par le biais des Comices Splendori, a été avalisée par ceux-ci. Ou du moins, qui a rencontré leur acceptation quant au lancement d'un processus référendaire. Un combat après l'autre, toute la journée du 3 janvier qui a vu s'affronter deux camps bien distincts au Sénat quant à la mise en place désormais rendue obligatoire par les Splendori d'un cadre électoral légal la consultation populaire à venir.

Bien entendu, il était prévisible qu'une telle application des mécanismes électoraux rencontre des résistances, en premier lieu d'un Gouvernement communal conservateur qui n'avait visiblement pas anticipé les dépenses induites par ces deux propositions, dont beaucoup pensaient qu'elles ne passeraient jamais l'étape des Comices Splendori. Mais la plus vive opposition est probablement venue du camp ultra-conservateur de optimates fortunéens, dont une des deux propositions de lois entre en parfaite opposition avec les intérêts d'une partie de son électorat. La Lex Rufinus Agricultura, en particulier, si elle devait entrer en application, constituerait en effet une atteinte importante aux grands propriétaires terriens de la chôra velsnienne (région sous administration territoriale directe de la ville de Velsna), faction influente qui jusque là, a été relativement ménagée par les réformes successives ayant eu lieu depuis 2015. C'est donc un pavé dans la mare que jette le sénateur Rufinus, chose que le gouvernement conservateur avait toujours rechigné à faire, probablement en vertu d'une politique de "mise à plat" des anciennes rancœurs issues de la Guerre civile de 2013-2014.

S'est donc tenue, malgré la réticence du Doyen du Sénat, lui-même membre de la faction des Optimates fortunéens, une très longue session devant définir le cadre de cette élection qui s'est imposée à une majorité qui n'en voulait pas à l'origine. Sans surprise, le débat a été marqué par un fort degré d'absentéisme des conservateurs et optimates: une technique d'obstruction parlementaire souvent réprouvée, et qui constitue un "rempart" temporaire, et une manière de ralentir l'adoption d'un processus électoral qui s'est imposé à la chambre par obligation légale.

Le session s'est donc déroulée dans un contexte tendu, d'autant plus que dans son propre camp, la Lex Rufinus ne fait pas entièrement consensus. Les sénateurs libéraux ont d'ores et déjà annoncé leur intention de ne pas participer à la campagne électorale en faveur de l'adoption des deux lois du sénateur Rufinus, tout en encourageant leurs électeurs à voter pour la Lex Rufinus Frumentaria uniquement, jugeant la loi agraire du sénateur comme "trop encline à provoquer la division et le trouble". Quant aux eurycommunistes, qui ne disposent que de peu de leviers d'influence parmi la population rurale, malgré un apparent soutien, ceux ci reprochent à Rufinus de vouloir subsister une grande bourgeoisie par une petite, et de promouvoir une politique qui n'est qu'un mince palliatif qui ne fera que repousser l'aggravation de la situation sociale des velsniens. Au delà des sociaux-démocrates, peu nombreux, il faudra donc au sénateur compter sur le soutien ou non du CCC communaliste, qui seranécessaire afin de pousser les eurycommunistes de son côté.

La chance du sénateur Rufinus pourrait bien être due à une opposition au referendum qui part dispersée. En effet, si sans surprise, les optimates sont globalement en accord quant à une campagne offensive pour le non aux deux propositions de loi, le gouvernement communal conservateur est beaucoup plus partagé, et il y a fort à parier qu'il n'y ait aucune ligne directrice ou consigne donnée à la majorité sénatoriale. Pour cause, si ces propositions n'arrangent en rien ces excellences, ces dernières sont pour beaucoup dépendantes des suffrages des petits propriétaires terriens, un électorat traditionnel de la faction au pouvoir. Or, si le projet de loi du sénateur Rufinus paraît pour beaucoup de conservateurs trop extrême, il est connu d'un grand nombre que la situation économique de cette population s'est fortement dégradée depuis la guerre civile de 2013-2014. A l'origine du problème, l'inertie du système économique velsnien qui dans le contexte de concentration accrue des richesses a profité aux grands propriétaires, mais également un arsenal législatif leur étant favorable et datant d'une suite de décrets pris durant la tyrannie de Dino Scaela. Il est donc fort possible que certains conservateurs voient d'un bon œil la Lex Rufinus Agricultura, dont l'application pourrait avoir un effet positif sur les classes moyennes rurales, qui sont fortement contributrices de la conscription de la Garde civique velsnienne.

L'année des deux hégémons


Une élection velsnienne: les rufinisti et les altarinisti

Gina Di Grassi


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La rencontre entre le populus, et ceux qui aspirent à le gouverner. Il n'y avait point à Velsna de date plus importante, d'échéance plus attendue que celles qui étaient à même de rebattre les cartes. La cité vivait dans ce paradoxe permanent d'avoir l'une des élites aspirant le plus à l'entre-soi, et en parallèle, un peuple si prompt à exiger d'être invité à la fête. On ne pouvait point y couper, encore moins depuis les réformes de 2015, que la masse dirigeait la ville. Mais c'était une masse indisciplinée, encline à l'affrontement, aux bagarres et à la division. Il ne fallait point attendre du peuple velsnien une grande communion et le consensus: nous autres avions, de toute évidence, été punis de notre audace par Dame Fortune, qui avait contrebalancé notre ambition, notre caractère aventureux, notre esprit d'apprendre et d'entreprendre, par une certaine affection pour le boucan et l'anarchie. Il était de ces cités comme la notre, et comme beaucoup de celles fondées selon notre mode de gouvernement, la tendance naturelle à l'affrontement interne qui devait se résoudre par la victoire complète d'un camp sur l'autre, de la victoire pour l'un et du déshonneur pour l'autre. Mais la campagne électorale qui se déroulait ces jours ci dans nos ruelles sortait de l'ordinaire, et de loin... Un référendum: une procédure à laquelle les citoyens étaient peu habitués jusque là, agitait la cité, et l'avait coupée en deux camps diamétralement opposés.

Les réformes de 2015 n'avaient pas simplement amené les citoyens à se rapprocher des enceintes du pouvoir: elle en avait changé le mode électoral et surtout, de consultation, sans toutefois changer les vieilles habitudes pernicieuses de la société velsnienne. Au cœur de notre récit, il y avait là une ambition, celle d'un Homme, un sénateur même. Cela faisait quatre ans que le Sénat des Mille se devait de partager ses compétences avec trois assemblées intermédiaires, dites "comiciales", mais le Sénateur Alfonso Rufinus Portelli avait été le premier a convoqué le pouvoir de l'une d'entre elles: le référendum. Le tribun, que l'on prenait il y a peu comme un fou, avait abandonné les rangs du Sénat pour flirter avec les émotions du peuple à chaque séance des Comices Proletari, dans ses atours de juge de la plèbe, qu'il avait arraché des griffes de la majorité sénatoriale conservatrice de haute lutte. A chaque samedi, il rassemblait le peuple velsnien, le petit peuple, celui des 4ème et 5ème classes censitaires en place de l'Achosien pendu, et avait au fil des mois, engrainer des idées et des rêves. C'était là le pouvoir des populistes de se vouloir omniprésent, disponible en permanence, à l'écoute du moins en apparence des doléances de chacun. Des populistes, il y en avait eu d'autres avant Rufinus Portelli. Le populisme n'est pas l'adage d'un parti ou d'une idéologie, bien davantage un mode de communication politique, celui de la saturation permanente jusqu'aux sein des foyers. Avant lui, il y avait eu eu Scaela, il y avait eu Herdonia, des hommes bien différents de Rufinus Portelli, des Hommes cyniques qui avaient manipulé l'émotion populaire en leur faveur. Aussi, en ma personne, je me suis longtemps méfier de la démarche du juge de la plèbe qui avait transformé son mandat et l'institution qu'il présidait en une scène de théâtre dont il dictait le rythme.

Pourtant, il y avait, à mon aveu, des différences manifestes entre son excellence Rufinus Portelli, qui daignait jusqu'à ce titre d'excellence, et les Scaela qui se sont mus en tyrans. Si la manipulation des émotions était un trait commun, il y avait peut-être dans la démarche choses fort différentes. Beaucoup estimaient à contrario de Scaela qui distribuait son propre argent au peuple, qu'il y avait chez Rufinus une...honnêteté ? Une sincérité, peut-être. Bien entendu, on pouvait tout à fait être sincère et ambitieux à la fois, vouloir le pouvoir et avoir quête de l'amélioration de la vie des citoyens. La différence n'était qu'une forme de gradation, et de priorité entre ces deux antipodes.

Dans tous les cas, à contrario de Scaela, Rufinus avait compris plusieurs choses qui lui avait probablement sauvé la vie. Qu'est-ce qu'un tyran ? On juge souvent Dino Scaela de l'avoir été, mais en quelle qualité ? Un tyran est simplement un homme cruel ? Non, c'est là une définition superficielle des choses. Dino Scaela, quoiqu'il ait commis de mal, était apprécié de certaines franges du peuple, qu'importe ce que l'on dit de lui. Non, un tyran est avant tout un individu qui s'est hissé outre le contrôle de toutes les institutions légalement établies par la cité, qui a brisé la machine à son profit unique. C'est ainsi que Scaela est devenu un tyran: non en étant cruel, mais en ayant battu le système républicain, qui se vengera bien de lui, et dans la règle, une année plus tard. Le crime de Scaela n'a pas été de massacrer cinquante personnes le 2 mai 2013, sans quoi beaucoup de ces excellences seraient des tyrans, mais d'avoir massacré cinquante sénateurs parmi les familles les plus honorables et les plus anciennes de la ville. Rufinus-Portelli, qui du reste était bien différent dans ses idées de ceux qui avaient tenté cette aventure avant lui, était entré dans une démarche entièrement différente.

Avec la conscience que le système républicain se défendait avec vigueur de tous ceux qui entendaient publiquement le renverser, Rufinus avait adopté une approche radicalement opposée: de mouvoir parmi les institutions, et imposer les changements depuis l'intérieur. Rufinus-Portelli, dans sa démarche, ne cherchait point à briser les portes du Sénat, mais à les ouvrir en grand, et à y laisser passer le plus de monde possible. Là aussi, il n'était point le premier à avoir tenté cela, car mes lecteurs peuvent tut aussi bien avoir un certain Vittorio Vinola en mémoire, qui avait tenté de faire de même. Mais, toujours en prenant le contrepied que son prédécesseur malheureux, il avait saisi la subtilité entre égalité politique et égalité économique, et que le peuple était avant tout à la recherche du pain avant d'être à la recherche du bulletin de vote. Vinola avait été un mauvais populiste, Rufinus en était un bon. Et celui-ci s'était saisi d'un sujet en apparence si simple, mais suscitant tant d'adhésion, que l'on pouvait simplement déduire sa qualité politique par ce fait.

Lorsque Rufinus prenait fait et cause pour la petite propriété terrienne qui était l'un des ciments de l'électorat conservateur, qui était une grande pourvoyeuse de soldats pour le service militaire, et qui dans le même temps était dans le plus grand des dénuements, que pouvait donc répondre le gouvernement qui le compromettrait ? Rufinus s'était glissé dans un trou de souris, sans jamais commettre l'erreur de Scaela ou de Vinola de s'attaquer frontalement à ces excellences. Il présentait ainsi la demande référendaire des Comices Proletari comme une mesure de défense de la cité, qui faisait de lui un meilleur velsnien que ceux qui l'attaquait, un meilleur velsnien que les grands propriétaires, ce qui laissa le gouvernement conservateur dos au mur, et comme contraint de donner feu vert à la campagne électorale. Rufinus n'était point le seul à professer de telles revendications, il figurait même dans une faction minoritaire au sein de l’opposition. Mais en plus de cette manoeuvre intelligente qu'était de d'opposer au gouvernement communal tout en soutenant ceux que ceux ci étaient supposés défendre, celui-ci avait un autre avantage par rapport à tous les autres issus de ses rangs, un avantage de la nature.

Il avait le don de porter, à la fois les revendications des plus pauvres, tout en portant la toge des plus riches. Il était dans les mêmes rangs que les communalistes et que les eurycommunistes, tout en partageant la plus grande et la plus noble des naissances. Il était issu de deux lignées: les Rufinus, et les Portelli, toutes deux inscrites dans l'album sénatorial depuis des siècles. On dit ainsi, sans toutefois le prouver, que les Rufinus faisaient remonter leurs origines à la fondation de la ville, et étaient arrivés sur la lagune de Velsna avec les premiers marchands itinérants qui avaient crée le petit comptoir de ce qu'est devenu Velsna. Des Rufinus étaient ainsi mentionnés à toutes les époques dans les rangs de ces illustres excellences, que ce soit durant les guerres occitanes, les guerres celtiques, les guerres zélandiennes, et toutes les autres luttes que la cité eut connue. A ce titre, il était connu et accepté dans les rangs de l'aristocratie sénatoriale, qui composait une partie de la majorité conservatrice. Ses avis étaient pris en compte, car il n'était pas vu comme un révolutionnaire, mais un simple trublion, de par sa naissance. Il pouvait ainsi se permettre des excentricités qui effrayaient moins. Lui-même avait fait une multitude de bons choix dans son propre passé. Il s'était refusé à rejoindre Scaela, comme à rejoindre les émeutiers eurycommunistes en 2014, et s'était soigneusement tenu à l'écart de toutes ces luttes. Ce fut seulement ensuite, dés lors qu'il fut élu sénateur en l'année 2018, qu'il rejoint les rangs d'une faction social-démocrate timide, qu'il avait eu la volonté de changer en une force de combat.

Du reste, il était fort bien entouré, par deux femmes admirables comprenant les machineries de la politique, et qui lui indiquaient toujours le bon chemin à prendre. Ainsi, le sénateur avait une mère qui fut aussi douée que lui à la chose de la politique. Flavia Rufinus figurait parmi les femmes les plus cultivées de sa société, ayant vécu longuement durant sa jeunesse, à Fortuna, à Lykaron , en Youslévie et à Théosodine. Elle parlait couramment cinq langues, et était intéressée par tout. Par dessus tout, elle entretenait de nombreux contacts avec le reste de l'élite politique et économique de la ville. Elle animait des cercles de discussions rassemblant d'autres épouses de sénateurs, où elles diffusait les idées qu'elle avait elle-même transmise à son fils. Elle avait la réputation d'une velsnienne exemplaire: on dit ainsi que durant les guerres secouant l'Achosie du Nord, lorsqu'elle était jeune, elle venait elle-même rendre visite aux soldats dans ces régions, tout en plaidant pour l'arrêt des combats et que ces jeunes gens rentrent chez eux. Durant toute cette période, où la cité était en crise de finances, elle se refusa à porter le moindre beau vêtement, bijou, collier, bracelet, jusqu'à sa propre bague de mariage, et ce jusqu'à ce que la guerre cesse. Recevant une mère de famille qui lui exhibait ses bijoux, elle fit durer la conversation jusqu'au retour d'école de son fils, et déclara montrant ses enfants : "Haec ornamenta mea", "Le voici, mon bijou.". Si la mère de Rufinus gardait son dos, son épouse, Maria Portelli, veillait sur ses côtes. Celle-ci, qui avait fait carrière dans le droit, défendait la cause d'Alfonso dans les tribunaux républicains. Ainsi, c'était ces gens de qualité qui donnaient au juge de la plèbe le bagage nécessaire à ses entreprises.

Cette campagne électorale que le clan Rufinus-Portelli avait déclenchée divisait désormais la ville en deux camps jusque parmi les gens de bonne famille: ceux que le sénateur avait ressemblé et convaincu que chose devait être faite afin, à la fois d'assurer la subsistance des petites gens des campagnes et de la ville, et ceux dont les interêts étaient directement menacés par ces revendications. Dans les beaux quartiers de San Ciro, au nord de la ville, on s'organisait déjà autour de la figure du sénateur, son excellence Dom Mogador Altarini, qui portait avec lui la cause de la grande propriété, tout en proposant à l'inverse de Rufinus, d'envoyer les pauvres gens chercher fortune à l'étranger en campagne davantage que dans la plaine velsnienne. Au grand désarroi du Gouvernement communal, la campagne référendaire était devenue une tribune opposant deux camps bien distincts, du plus miteux des quartiers jusque dans les rangs du Sénat, entre rufinisti, et alatrinisti.

Au premier rang de ces partisans, les clientèles respectives des deux sénateurs: ces gens de toutes classes sociales et de tous milieux qui recevaient de l'un et de l'autre l'argent de leur subsistance, oui qui travaillaient pour eux d'une manière ou d'une autre. Ceux là, qui percevaient l'argent et la générosité des deux Hommes, arpentaient les rues pour coller des affiches, graver le nom de leurs patrons sur les murs, portaient sa parole, tout en servant de milice armée destinée à intimider leurs adversaires. Ces bandes armées ont ainsi semé la terreur dans les rues durant toute la durée de la campagne, et quand ils ne pouvaient convaincre par l'argent, ils menaçaient par des couteaux. L'interdiction de l'achat de votes par le Sénat avait contraint ces "promoteurs électoraux" à recourir à d'autres méthodes, plus déguisées dans la corruption. Le mois de janvier 2019 fut l'occasion d'un chaos urbain sporadique, particulièrement lorsque ces bandes se croisaient. Le jour même du vote, on pouvait encore voir ces gens barrer les bureaux de votes, et laisser passer ceux qui entendaient voter pour leur champion, à tel point que des affrontements avec la Garde civique, envoyée par le Sénat, eurent lieu dans les quartiers les plus polarisés par le vote, San Ciro et l'Arsenal furent les sestieri les plus touchés par cette fièvre.

LegislaTV, Journal parlementaire et généraliste de la Grande République a écrit : Vicenzo Patra, 24 février 2019

Lex Rufinus Agricultura/Frumentaria: le triomphe d'Alfonso Rufinus Portelli



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Son excellence le sénateur Alfonso Rufinus Portelli lors de la manifestation populaire du Carnavale de Velsna, au quartier de l'Arsenal


C'est une victoire d'ampleur pour l'opposition sénatoriale de gauche qui a eu lieu ce mardi 27 dans les urnes de la capitale, ainsi que de celles de tous les territoires sous administration directe de la cité velsnienne: avec près de 54% des votants, pour une participation historique de 84% de la population éligible (c'est à dire tous les résidents d'un territoire sous administration du droit velsnien, incluant en premier la capitale), les deux propositions de lois soumises par son excellence sénateur Rufinus au référendum populaire, la Lex Rufinus frumentaria et la Lex Rufinus Agricultura, ont été approuvées, un véritable carton plein pour le sénateur de la faction SDB, qui avait misé son avenir politique sur le passage des deux séries de mesures sociales.

Pour rappel, les deux mesures impliquent une refonte complète du système de solidarité collective dans la capitale, ainsi que la mise en place d'une politique de redistribution des terres agricoles favorables aux petits exploitants, permettant à ceux qui avaient vu leurs titres de propriété saisis ou rachetés entre 2010 et 2019, de leur être restitués sans compensation financière donnée à leurs nouveaux propriétaires, le plus souvent des exploitants plus importants, dont certains ont fait l'objet de multiples accusations depuis la fin de la guerre civile. En effet, il est à noter que le maillage agricole, depuis la période du Triumvirat de 2013, n'a eu de cesse de faire l'objet d'un mouvement d'accaparement et d' hyper-concentration des parcelles aux mains d'un nombre d'exploitants de plus en plus restreints, qui ont su profiter d'une conjoncture et d'un rapport de force favorable, institué par une précédente réforme agraire édictée durant la tyrannie de Dino Scaela. Cet aspect est considéré comme majeur dans les raisons qui ont permis l'adoption de la Lex Rufinus, par l'embarras causé à la majorité conservatrice, qui a rendu extrêmement difficile la défense d'une loi instituée par Scaela et les putschistes landrins, dont toute association revient à une forme de mort politique dans la cité velsnienne.

En conséquence, le camp du oui n'a pas rencontré la résistance escomptée de la part du Gouvernement communal lors de la mise en proposition du vote référendaire, qui est resté en retrait relatif durant presque toute la campagne, malgré une grande réticence et une opposition de certains sénateurs conservateurs aux propositions de Rufinus: ceux ci ont ainsi fait campagne en leur nom, et non de par leur appartenance à leur groupe parlementaire, qui s'est retrouvé profondément fragmenté. Qui plus est, le camp conservateur, ne pouvait pas dans les faits, faire une campagne prenant à contrepied un électorat rural modeste qui est l'un de ceux qui constituent un noyau de fidélité importante. Ainsi, l'habilité politique de Rufinus a consisté à mettre le Gouvernement communal au pied du mur, et à choisir entre l'opposition à une série de mesures que tout conservateur trouverait trop radicale, ou bien la perspective de la perte de leur électorat. Toutefois, ce refus de la campagne par le Gouvernement communal ne s'est pas traduit par des débats posés, au contraire. En effet, loin des discours policés que l'on aurait pu attendre des conservateurs, la campagne a été l'occasion pour des forces plus proches des extrémités de l'échiquier politique d'obtenir une visibilité accrue, ce qui pourrait être considéré comme une faute politique importante par certains observateurs. La politique comme la nature a horreur du vide, et cette fois-ci, ce sont les factions sénatoriales les plus à droite de l'échiquier qui l'ont rempli. Les Optimates fortunéens ultra-conservateurs, menés par leur chef de file officieux, son excellence sénateur Dom Francesco Mogador Altarini, ont ainsi dirigé de facto la campagne du "non", ce qui a donné lieu à des épisodes de violence politique d'une rare violence dans les rues de la cité velsnienne. Au cours de ces dernières semaines, la population paraît s'être donc divisée en deux tendances distinctes: rufinisti et altarinisti.

Le point culminant de la campagne fut sans aucun doute la tentative d'assassinat manquée sur le sénateur en janvier dernier, sur la tribune des rostres, en plein milieu du Forum San Stefano, à quelques dizaines de mètres du Palais des Patrices, de la main de partisans altarinisti. Si toute association avec Altarini n'a pas pu être prouvée, cet echec et cet acte de violence politique rappelant les heures de la guerre civile, a conduit au discrédit de la faction des alatarinisti, et précipité très vraisemblablement la victoire du "oui".

L' adoption des deux lois constitue une tournant historique en bien des manières dans le cadre de l'exercice de la loi, et du cheminement législatif. En effet, les deux textes sont les premières adoptions par usage du referendum des Comices Proleteri depuis l'adoption des réformes dites "digrassiennes" en début d'année 2015. Si Les Comices proletari ont été une assemblée dont le poids politique était considéré comme négligeable durant la première mandature conservatrice suivant la fin de la guerre civile de 2013-2014, le sénateur Rufinus, tout en restant dans le cadre fixé par les nouvelles lois de la République, a su naviguer habilement auprès des différents groupes d'opposition sénatoriaux, tout en se servant de sa fonction de juge de la plèbe lui accordant la présidence des dits comices, et en les transformant en une tribune ouverte, davantage accessible à la population que le sessions sénatoriales. Au cours de l'année qui a suivie son élection en tant que sénateur, puis sa nomination en tant que l'un des deux juges de la plèbe, Rufinus Portelli s'est donc imposé comme une tête connue par les citoyens de la ville. Le pari était simple: attirer des velsniens ne votant pas dans l'arène politique via les Comices Proletari, le bilan à en tirer pour lui est de ce fait extrêmement positif.

La stratégie du sénateur a d'ores et déjà fait l'objet de comparaisons entre celle-ci et les méthodes employées par des partis d’oppositions plus structurés et bénéficiant normalement d'un poids politique bien plus grand, en particulier le Parti Eurycommuniste velsniens. Au cours de cette campane, Rufuinus s'est imposé auprès des résistances conservatrices comme une "alternative acceptable" par les élites politiques et économiques en adoptant les codes de communication propres aux arcanes de la vie politique velsnienne, en faisant usage des institutions en place pour promouvoir un agenda...bref, tout simplement en intégrant de fait la logique du dialogue politique au sein des institutions républicaines. Il faut dire, l'extraction sociale du Sénateur Rufinus, lui-même issu d'une très longue et historique lignée sénatoriale, a pu jouer sur l'acceptation de ce nouveau venu dans l'arène politique du Sénat. Cette approche résolument réformiste n'a pas été sans faire grincer des dents parmi les soutiens communalistes et eurycommunistes au oui, engagés dans une démarche résolument révolutionnaire vis à vis des autres acteurs et des structures de la Grande République. L'utilisation à ses propres fins des pouvoirs des Comices Proletari a également été jugé comme une manoeuvre politique habile, car elle a permis, pour faire passer le texte de loi, de passer outre un Sénat dont les membres sont choisis au suffrage censitaire, en proposant le texte au corps civique sans intermédiaire.

Malgré ce succès, il va toutefois sans dire que la partie est loin d'être terminée pour Rufinus, et qu'un long parcours du combattant se dessine en ce qui concerne l'application de réformes que le pouvoir communal ne désirait pas, pas plus que le Sénat ou les autres institutions politiques du pays. Le vote de la Lex Rufinus stipulait une liste de mesures qu'il convenait d'appliquer, et non pas les modalités nécessaires à leur bonne mise en place. Or, comme on le sait, beaucoup de lois dans l'Histoire de la République n'ont jamais passé cette étape du passage de la loi sous sa forme concrète. Plusieurs obstacles se dressent donc encore entre la Lex Rufinus et sa promulgation effective. En premier lieu, celle-ci nécessite le vote d'une rallonge du budget de l’État, qui est le grand perdant de la loi. Il faudra ainsi au Gouvernement communal débloquer les fonds nécessaires afin d'honorer un programme d'aide alimentaire adressé à 400 000 citoyens velsniens, de même que si dans la théorie, les grands propriétaires terriens dont une partie des terres sont saisies ne sont pas compensées, dans les faits, cette situation est bien différente, et il est fort à parier que le Gouvernement Communal cherche à soudoyer les plus grands perdants de la réforme par le biais de cadeaux fiscaux et autres rétributions.

Dans un second temps, au delà des moyens accordés aux parties bénéficiaires ou lésées de la Lex Rufinus, c'est l'intégralité du cadre de la loi qu'il fait appliquer, et toute une logistique et une administration dédiée à la perception des aides à la population, ainsi qu'à la réattribution des parcelles agricoles. En bref, il s'agit pour les partisans de Rufinus, de monter de toute pièce un appareil administratif en dépit d'un Gouvernement communal qui n'aura à priori aucune envie de rendre la tâche facile au sénateur. Une stratégie du pourrissement auquel nous avons déjà pu assister par le passé dans la cité velsnienne. Conformément aux modalités inscrites dans la Lex Rufinus, il s'agira de constituer deux comités distincts, qui seront composés en vertu de l'application des deux séries de mesures respectives. Ces comités, conformément aux textes, seront composé de membres des comices proletari qui auront été nommés par cette assemblée, à la fois pour celui chargé de créer l'administration de ce que l'on appelle désormais la "préfecture de l'annone", mais également du comité de redistribution agricole.

Les modalités d'obtention des deux aides ont été explicitées au fil des semaines précédant le résultat du réferundum: en l'occurence justifier un revenu correspondant aux fourchettes fiscales de la dernière classe censitaire pour obtenir l'annonce d'une part, et justifier d'un titre dé propriété remontant au maximum à 2010 dans l'espoir d'obtenir un droit de retour à la propriété de parcelles agricoles.

Le combat des rufinisti est donc loin d'être terminé, et la plupart des observateurs s'accordent à dire que les adversaires de la réforme vont continuer d'obstruer la mise en place de la lex Rufinus par tous les moyens possibles.

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"L'Année des deux hégémons"

Une cité velsnienne en proie à la crise latente du monde fortunéen


La difficile application de la lex Rufinus: violences urbaines et petite guerre dans les rues de Velsna, par Gina Di Grassi

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Le peuple de Velsna est béni et maudit tout à la fois: béni de son ingéniosité, de sa lucidité et de son pragmatisme. Maudit par ses passions, tant de sa populace que de son élite, qui l'aveugle parfois, et le conduit à légitimer le vol, la rébellion et le meurtre. Le manège dure depuis de siècles, et les réformes digrassiennes n'ont fait que l'apaiser temporairement, et le doter de règles, qui ne sont finalement faites pour être surpassés, contournées violées par celui ou ceux qui réussiront à s'élever au dessus des institutions républicaines. Et dés lors, il faudra encore une fois refonder la République. Le cycle suit son cours, comme la vie des animaux dans la nature: ils naissent, vivent, vieillissent et meurent, de la même manière que toutes les organisations humaines dés lors qu'elles suffoquent face aux changements. Il y avait un homme, dans la cité velsnienne, qui ces derniers temps fit parler énormément de lui, et moi-même, j'eus longtemps du mal à distinguer si son engagement était d el'ordre de l'opportunisme ou de la conviction véritable. Il y avait parmi nous tant d'Hommes faux, dans leurs manières comme dans leur for intérieur, qu'il eut été difficile de dire de qui disait la vérité. Mais avec du recul, je pense qu'Alfonso Rufinus Portelli était un Homme sincère, animé par plusieurs désirs.

De l'une, il estimait avec sincérité que l'ensemble de mesures qu'il fit voter aux Comices Proletari, réunies sous le nom de lex Rufinus, furent de l'ordre de la salubrité publique, tant pour le peuple velsnien que pour la cité elle-même. Il fut vrai, bien que la manière de faire de l'homme fut naïve pour qu'il ne croit qu'il n'y aurait guère de réaction, que le peuple velsniens, si sa situation s'était sensiblement améliorée depuis la guerre civile, vivait pour partie dans un grand dénuement que toutes les lois précédentes n'avaient guère endigué. Rufinus pensait qu'il ne pouvait pas y avoir de grande cité si les velsniens s'estimaient petits, et étaient traités comme tels par ceux qui les dirigeaient. Ainsi, il fut convaincu de faire cela pour le salut de la République, dans la droite lignée de toutes les réformes dites "digrassiennes" et qui avaient mis un terme au règne des princes, du moins pour partie. Beaucoup pensaient que Rufinus était un révolutionnaire qui souhaitait mettre à bas le régime républicain: c'était entièrement faux. Au contraire, Rufinus-Portelli avait été élevé dans la plus grande aristocratie sénatoriale, descendant d'excelkences illustres qui avaient connu d'innombrables guerres: en pays celtique, en pays dodécaliotes et bien ailleurs. Les Rufinus figuraient dans l'album sénatorial depuis la fondation de la cité. Non, Rufinus n'était point un révolutionnaire, et à vrai dire, il estimait le régime républicain davantage que beaucoup de sénateurs conservateurs. La Lex Rufinus relevait pour l'homme du "bon sens", et la loi possédait un esprit: celui de la régénération de la République, par le reconstitution d'une classe moyenne de citoyens petits propriétaires: assez riches pour contribuer par l'argent et par le sang versé à la République, mais pas suffisamment pour en renverser les institutions comme c'était le cas avec les fameux "princes", qui n'avaient de cesse de vouloir passer au travers des règles. Eux, c'était eux les ennemis de Rufinus: pas le Sénat, pas la bourgeoisie, mais ce qu'il considérait comme des brebis galeuses susceptibles de ramener dans la cité le virus des tyrans. La guerre civile avait ruiné cette classe, qui constituait la plupart des recrues de l'armée civique velsnienne. Sans eux, il n'était qu'une question de temps avant que le recours au mercenariat par les puissants ne leur donnent des idées de grandeur et de déparatisme.

Naturellement, il ne fut point aisé d'argumenter tout ceci en faveur d'une expropriation de masse de grandes parcelles agricoles. Les sénateurs, particulièrement ceux ayant des attaches territoriales aux alentours de la cité velsnienne, dans son environnement rural direct, s'étaient senti menacés par la facilité déconcertante avec laquelle la Gouvernement communal avait cédé l'organisation, le vote et l'application du referendum organisé par les Comices Proletari. Les agissements de Rufinus étaient une insulte adressée à leurs privilèges. Le sénateur Rufinus s'était fait de nombreux et puissants adversaires. Et d'adversaire politique, on passe rapidement à ennemi mortel dans une cité où la culture du consensus politique n'existe pas. C'était là un des nombreux drames de la cité velsnienne, celui-là engendré par sa passion de la discorde. Déjà victime une première fois d'une tentative d'assassinat manquée, ses ennemis s'étaient rassemblés sous les discours charismatiques d'une autre personnalité, radicalement opposée: Francesco Mogador Altarini, qui excitait l'aristocratie ultra-conservatrice de ses acquis menacés: la faction sénatoriale des optimates fortunéens commençait à sortir de sa torpeur au lendemain du passage du referendum, et sa réaction serait des plus violentes. D'une manière ou d'une autre, la réponse passerait par l'élimination du sénateur Rufinus et d el'ensemble de ses partisans, famille, clientèle électorale et proches confondus.

Dans les beaux quartiers de San Siro, les bandes se rassemblent, et enflent de manière exponentielle. D'une centaine de jeunes gens écumant les rues, on passa rapidement les 500, puis les mille, et ainsi de suite. Ceux qui s'identifiaient par entre eux par le port d'un foulard bleu, des couleurs personnelles du sénateur Altarini, porté au niveau du bras gauche. Ils étaient jeunes, souvent jeunes et hommes de bonne famille. Quelques filles, mais plus rares et en retrait elles étaient. Le sénateur Altarini n'avait aucune pudeur, et ne se cachait même pas au Sénat, du fait qu'il s'agissait bien de sa propre clientèle qui s'armait. Il disait "comprendre leur souffrance provoquée par l'injuste lex Rufinus, du fait de la perte de leurs terres", mais se défendait pudiquement d'être à l'initiative du mouvement. Il n'étaient que des "citoyens mécontents". Un mensonge, encore une fois: le sénateur Altarini les armait de ses propres réserves, et en échange d'un menu salaire, avait réussi en l'espace de quelques semaines à soustraire le sestieri de San Siro tout entier à l'autorité de la Garde civique velsnienne. Ce fut là la naissance de la bande des "altarinisti", qui terrorisa longuement les ruelles de notre ville.

Une fois San Siro, leur fief, sous contrôle, les altarinisti avaient la coutume de descendre vers les quartiers populaires de l'Arsenali, d'où ils terrorisaient la population, interrogeant chaque passant sur l'identité des sénateurs qui leur procuraient des aides financières ou alimentaires. Gare à ceux qui répindaient par le nom de Rufinus ou de l'un de ses alliés, car ceux-là se faisaient roués de coups, souvent jusqu'au sang, et lorsque la Garde civique impuissante ne regardait pas, il était devenu fort courant que l'on retrouve des corps dans le canal, remontant jusqu'au Grand canal San Stefano, et terminant leur course dans la baie de Velsna, puis dérivant en Manche Blanche. De l'autre côté, Rufinus et ses partisans, eux aussi étaient loin d'être des brebis sans défense, et avaient imité les agissements des altarinisti dés lors que ceux-ci s'aventuraient dans leur quartier. L'émergence des rufinisti fut une réponse cinglante à ces attaques, et là encore, comme pour marquer leur identité et leur opposition, ils se prémunirent d'un foulard rouge attaché au bras droit pour se reconnaître, non pas la couleur de Rufinus, mais celle de l'ancien sénateur Agricola, dont son excellence Altarini faisait la chasse en Dodécapole. Ainsi, au cours de l'année 2019, des attroupements de citoyens ressemblant de plus en plus à des petites armées, se croisaient sur les places devant les chappelles et les paroisses, ou les jours de marché pour en venir aux mains, dans une guerre de rues dont les autorités républicaines furent pendant très longtemps impuissantes. Le sénateur Rufinus lui-même se retrouva plusieurs fois en danger, suivi et menacé tant par les courriers enflammés que par le geste.

Dans ce cadre, les comités de quartiers constitués par la lex Rufinus, et chargés d'organiser la création de l'aide sociale alimentaire du sénateur, furent parmi toutes les institutions, les plus prises pour cible: ayant échoué dans les urnes à faire valoir leur cause ls altarinisti s'en prenaient à tous ceux qui parleurs mains bénévoles s'étaient constitués en auxiliaires prévoyants de l'aide à autrui voulue par Rufinus,. La neutralisation et la terreur exercée sur les citoyens responsables de la distribution alimentaire parlaysaient ainsi de fait l'application de la loi, de même que dans les campagnes, où les partisans d'Altarini n'hésitaient pas à fournir aux grands propriétaires une protection armée contre la Garde civique, qui lorsqu'elle se rendait sur les parcelles pour en acter la saisie, étaient reçues par la mitraille de milices privées. Ceux là, donc, avaient désormais une appréhension même de se rendre en campagne risquer leur vie pour transmettre des titres de propriété. Pour ceux qui avaient la chance de recevoir leur nouvelle parcelle, les grands propriétaires n'avaient de cesse d'engager ces même milices à la destruction systématique de leurs récoltes, à l'arrachement de leurs pieds de vigne et de leurs oliviers. Et dans le pire des cas, les altarinisti mettaient le feu aux maisons, parfois lorsque leurs occupants dormaient à l'intérieur, au plus sombre de la nuit.

Indéniablement, le passage de la lex Rufinus ne fut que la première partie d'une très longue bataille qui ne s'achèverait qu'avec la disparition de l'un des deux sénateurs honorables: Rufinus ou Altarini.


  • L'application de la lex Rufinus est paralysée dans les faits par les milices privées du sénareur-hégémon Altarini. La lutte présente est étroitement dépendante de l'avenir d'Altarini en Dodécapole.
  • A compter de ce post, il est recommandé aux joueurs faisant évoluer des personnages dans les AE velsniennes de surveiller leurs arrières: les rues de Velsna ne sont plus sûres, et ce jusqu'à la fin de cet évènement. Les bandes "rufinisti" et "altarinisti" pourraient vous prendre pourdes partisans de l'autre camp.

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