27/05/2019
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[Westalia - Stérus] Rencontre à Nova-Aphalstèma pour la paix


Drapeau Westalien Drapeau Stérusien


Rencontre diplomatique entre la Grande République de Westalia et l'Empire de Stérus

Nova-Aphalstèma, Nouveau-Saptär, Yukanaslavie, le 1er décembre 2018

La guerre, faute d'être survenue avec les armes, elle l'aura tout de même occupé une place majeure dans les esprits de millions de personnes en Aleucie et tout particulièrement en Westalia. La Grande République, suite à sa victoire aux côtés de la Lermandie et de Nebrownia contre la République Populaire Viétique, cette ancienne nation bastion du communisme aleucien définitivement conquise dans les années 80, avait propulsé le pays en tant que puissance régionale affirmée et capable de protéger tout le Nord-Ouest de l'Aleucie de par sa force. Jusqu'en 2017, aucun westalien ne pensait que le pays pourrait se retrouver de nouveau dans une guerre ou un conflit armé quelconque, du moins pas à proximité directe de leur territoire. L'invasion du Dakantia par les viétiques dans les années 60 n'était que dans les mémoires des vielles générations, presque un souvenir lointains et appartenant à l'histoire. Les tensions avec la Fédération de Stérus étaient malgré tout bien connues des westaliens, mais ces derniers ne voyaient aucunement les risques d'une escalades militaires à cette crise bien plus diplomatique qu'autre chose, la première tentative de déplacer la majorité de la flotte stérusienne aux portes des eaux lermandiennes et westaliennes avaient été pris comme une menace sans réel fondement, les médias de la Grande République ayant après coup minimisé l’événement comme une "ridicule tentative d'intimidation, plutôt suicidaire que stratégique", le risque d'un échange de feu n'ayant été décrit que comme du "bluff" à ce moment-là. La population était gardé dans la crédulité de la paix, puisque c'est cette dernière qui dictait leur vie depuis plus de quarante années, dans les hautes sphères du pouvoir, l'idée de voir le pays entrer dans une nouvelle guerre en Aleucie a du mal à s'intégrer et beaucoup pense que la médiation teylaise, même en cas d'échec, ne provoquera pas d'action militaires stérusiennes, un scénario catastrophe que l'on considérait alors agité que par des militaires trop alarmistes ou des nationalistes souhaitant en découdre, alors que le sentiment anti-Stérus n'est que très anecdotique en Westalia, malgré les derniers événements, plutôt l’apanage des extrêmes.

Le 22 octobre 2016, le gouvernement fédéral découvre avec stupeur que les inquiétudes de certains étaient particulièrement bien fondée, surtout quand les services secrets westaliens ne sont pas parvenus à prédire cette opération. Des soldats sont tués à l'aube par les missiles d'une autre force armée, deux navires sont coulés et un autre, endommagé, est contraint de s'immobiliser au milieu de l'océan, à plus de 2000 km des côtes westaliennes. Vif, le Rear Admiral Lucius Husfort, commandant de la première flotte aéronavale westalienne entre 2016 et 2017, avait organisé une réponse rapide face à ce qu'il avait immédiatement identifié comme une situation anormale, permettant d'éviter plus de dégât à la flotte d'escortes et une reprise de contrôle de la zone quelques heures après les affrontements, une vivacité qui lui permettra d'être promu au rang de Vice Admiral et affecté à un nouveau poste de commandement dans la marine fédérale. La suspicion d'une action stérusienne est quasiment immédiate dans les hautes sphères du pouvoir, et même pour la population lorsque le gouvernement a rendu public cet événement, prenant bien soin de ne citer ou de n'accuser personne à ce moment-là, bien que le coupable tout désigné était déjà trouvé. Pendant les mois qui ont suivi, un état de malaise à submerger tout le pays, ne sachant pas vraiment comment réceptionner cette histoire d'attaque, un effet particulièrement amplifié après l’holocauste d'Estham, qui a réveillé le spectre de la guerre en Aleucie, après des décennies de paix. La publication d'un rapport sur cette attaque du 22 octobre 2016, fin février 2017, a eu l'effet d'une bombe en Westalia : le retour de la guerre était bel et bien acté, une horreur que les partis de droite ont rapidement récupérée à bon compte en jouant sur la peur d'un conflit pour gagner grandement en popularité. A partir de cette date, un sentiment anti-Stérus s'est propagé à toute vitesse au sein de la population, la stabilité et la paix qu'ils chérissait temps avait été violé et détruite par une autre nation, un acte inacceptable et en tout point semblable aux menaces qu'avez pu représenter la Viétie communiste à l'époque, les westaliens redécouvre que ce genre de menace n'a pas disparu, pire, elle se trouve désormais à leur porte.

Cette agression militaire a tellement eu l'effet d'un électrochoc sur la Grande République qu'elle a eu pour conséquence de la sortir de son état léthargique, la faire descendre de son trône d'arrogance et redémarré l'état de guerre dans tous les esprits du pays, réveillant l'ours endormis depuis plus de quarante ans. Simeon Belagri, Président fédéral, n'avait qu'une chose en tête : éviter que cette attaque ne se transforme en escalade militaire de grande ampleur, tout particulièrement quand des militaires lui conseillent d'autoriser des frappes en représailles sur le sol stérusien, avec une pression politique de réagir avec sévérité face aux limites que venaient de dépasser les stérusiens. Le chef de l’État, pour sa part, préfère ne pas s'avancer sur ce genre d'option et préfère ce lancer dans des représailles moins violentes, mais pas moins efficaces : des sanctions diplomatiques et économiques à l'encontre de la Fédération, rapidement rejoint par ses alliés les plus proches : la Lermandie et le Wanmiri. La tension est à son apogée, alors que les militaires westaliens préparent réellement la tenue d'un conflit de premier ordre en Aleucie, une finalité que Simeon Belagri voit comme une défaite générale et un affaiblissement évident de la Grande République, même en cas de victoire, à un moment crucial de son histoire où elle se doit de maintenir sa croissance dans tous les domaines. Rejoint un an après l'agression, jour pour jour, par les nations de l'OND dans les sanctions appliquées à la Fédération, la Grande République et son Président fédéral marque là une victoire diplomatique majeure qui isole diplomatiquement l'ennemie, pendant que Westalia gagne en visibilité et en influence à l'international, tout cela en échange... D'une adhésion au sein de l'Organisation des Nations Démocratiques. En plein dans la victoire, cette décision sera pourtant fatale au pays, puisque l'idée est très mal accueillie par la population et tout particulièrement l'opposition de droite qui vient de remporter les dernières élections, poussant à la chute du gouvernement Garandor et à l'implosion de la coalition de gauche au pouvoir, entrainant le pays dans une crise politique dont la seule constitution d'un gouvernement de compromis, celui de Richard Kaylor, parviendra à repousser la paralysie générale.

Aujourd'hui, la diplomatie westalienne est principalement entre les mains d'Henry Takajiwa, qui a profité de cette crise pour faire son retour par la grande porte à la tête des affaires étrangères. Considéré comme le diplomate le plus influent d'Aleucie, en l'espace d'une année, ce dernier a recentré le regard de la Grande République sur le continent, créant de nouveaux partenariats et alliés stratégiques pour le futur, tout en étant très actif dans la chasse aux influences étrangères non-aleucienne, s'attribuant le départ de la base militaire slavis en Maximus et de la base militaire kartienne en Lermandie, propageant progressivement l'idée d'une souveraineté aleucienne à défendre dans tout le continent, touchant majoritairement des nations proche de Westalia, mais pas seulement. Avec les deux nations, Westalia et Stérus, retournant vers leurs propres affaires et faisant retomber naturellement les tensions, le Ministre fédéral en a profité pour se réapproprier l'ensemble de la diplomatie westalienne, prenant de plus en plus d'influence sur les décisions, face à un Simeon Belagri qui n'occupe plus qu'un rôle de "garde-fou" contre toute application trop radicale du programme imaginé par le théoricien en relations internationales, le conservateur jouant beaucoup sur la peur d'une fin du statu quo intérieur, sans pour autant trop jouer avec le feu. Lors des reprises de contact, dans un premier temps officieux, entre la Grande République et le désormais Empire, c'est sans surprise ce dernier qui fut à la tête des échanges avec le nouveau gouvernement stérusien, tout autant qu'il fut celui en charge d'organiser et de trouver un lieu acceptable pour cette rencontre.

Simeon Belagri, Président fédéral de la Grande République de Westalia, et Henry Takajiwa, Ministre fédéral aux affaires étrangères westalien.
Simeon Belagri, Président fédéral de la Grande République de Westalia, et Henry Takajiwa, Ministre fédéral aux affaires étrangères westalien.

Le lieu de cette rencontre historique n'est autre que Nova-Aphalstèma, la capitale de la République du Nouveau-Saptär, un État fédéré en Yukanaslavie. Le choix de cette ville avait été porté à la suite d'une rumeur sur la recherche d'un tel lieu au sein de l'administration westalienne, une rumeur arrivée entre les mains de Volodimir Pervetcha, Président du Nouveau-Saptär, par des contacts officieux qu'il détient grâce à sa proximité avec le milieu conservateur westalien et l'opportunité diplomatique qui pouvait en être dégagé. Toujours par ses mêmes moyens, il parvient astucieusement à se présenter comme un potentiel hôte neutre à la diplomatie westalienne, qui accepte rapidement son offre d'héberger la rencontre entre les deux délégations étrangères et ennemies. Proche de Victor Hardenbor, qui n'est sûrement pas étranger à ces mouvements dans l'ombre, l'objectif n'est nullement de créer un rapport de force face à Stérus, mais plutôt de soutenir son ami et allié sud-aleucien, pour l'ancien dirigeant westalien officiellement "en retraite", afin de gagner une prestance internationale et de faire progresser son influence de plus en plus présente dans l'ombre yukanaslave, pour que le poids de Pervetcha dans les affaires yukanaslaves soit naturellement plus important. Comme toujours en Westalia, les intrigues de l'ombre ne sont jamais bien loin et les personnes auxquelles on peut s'attendre le moins peuvent toujours se trouver liées à certains événements officielles, sans que cela ne soit connu d'une quelconque façon, comme ici. Une nouvelle preuve que les jeux et combats d'influence des Dynastic Families s'étendent désormais à toute l'Aleucie.

Contrairement à d'autres rencontres, on se retrouve avec beaucoup moins de mise en scène et le "show" qu'aime bien mettre en place les westaliens. Pas d'avenue de citoyens accueillant les délégations avec de grands drapeaux, pas de nuées de journalistes dès la sortie de l'avion pour submerger de flash les protagonistes de cette rencontre, seulement des convois bien protégés pour les amener sur le lieu de leur réunion, tout de même accompagné de photographes d'agences de presse nationales des deux pays, pour garder une trace historique de l'événement et pour redistribuer les photos prises aux autres médias après cet événement. Une organisation dans la simplicité et l'austérité qu'exige une telle rencontre très particulière et à la fois très privée, bien qu'elle ne soit un secret pour personne. Dans la délégation westalienne, on retrouve le duo qu'est désormais Simeon Belagri et Henry Takajiwa, de plus en plus habitué à travailler ensemble, obligé de mettre leurs différents et rivalités de côté pour le bien d'un gouvernement stable, alors même que la campagne des présidentielles bas son plein en Westalia, avec Simeon Belagri qui a déjà annoncé son intention de se représenter à son poste et Henry Takajiwa qui a soutenu ouvertement la candidature de Victor Hardenbor Jr., dans une interview télévisée donnée en septembre de cette année, où il y aborde brièvement du cas stérusien.

Les deux hommes ont grandement travaillé cette rencontre qu'ils ne pensaient pas voir survenir avant plusieurs années, au moins, le changement de régime en Stérus étant survenu plus tôt que dans les prédictions qu'ils avaient établis à l'origine. Le départ de Cristobal Pandoro était une nécessité pour en arriver à ce point, il était évident que toute discussion pour la paix n'aurait pas pu être possible avec l'ancien Consul, véritable auteur de la dégradation des relations entre les deux pays, depuis 2014, à un tel point qu'il est désormais considéré comme un terroriste en Westalia. La question n'était pas vraiment de savoir si une monarchie est plus adaptée qu'un régime républicain pour les stérusiens, ils préfèrent laisser la réponse à ces derniers. Mais il avait été identifié que la nouvelle Impératrice, au cœur des changements institutionnelles survenus en Stérus, était beaucoup plus ouverte au dialogue que son prédécesseur, avec la prise de conscience nécessaire que le futur de l'Empire ne pourrait pas se faire avec une Grande République toujours aux aguets et capable d'interpréter toute action comme la préparation à une nouvelle agression contre cette dernière ou ses intérêts, une bonne vision et une bonne réaction pour la nouvelle dirigeante. Aucun des deux dirigeants westaliens ne l'avait rencontré en personne, leur impression sur cette dernière n'ayant été établis que par les récents échanges de missives et l'actualité stérusienne, il resterait donc à savoir à quel point la nouvelle cheffe de l’État stérusienne serait prête à se montrer ouverte au cours de ces négociations.

L'accueille des deux délégations est réalisé par Volodimir Pervetcha en personne, qui se positionne au centre d'une photo prise de toutes les personnes réunies aujourd'hui, échangeant formellement avec ces dernières, avant de les guider dans la salle où se tiendront les discussions pour la paix, les laissant seules face-à-face autour de la table. Si les westaliens sont ouverts au dialogue, on peut rapidement voir que ces derniers ne se présentent pas aussi jovialement qu'ils peuvent le faire dans d'autres circonstances, le dernier échange de ce type avec un stérusien ayant mené aux fondements de cette "guerre froide" entre les deux nations, la méfiance est donc encore de mise et il sera nécessaire à la délégation stérusienne de présenter patte blanche pour détendre l'atmosphère. Stérus est peut-être devenu un Empire, possède un nouveau gouvernement, mais cela n'a pas changé le fait que ce pays est toujours considéré comme une menace pour les westaliens, dont la qualification "d'Ennemie" est toujours bien d'actualité, tout comme les sanctions qui vont avec. Cette apparence ferme est également un premier message envoyé aux stérusiens : ils veulent faire comprendre la gravité des actes commis par le passé avant même les premiers échanges de mots, leurs regards ne sont pas pour autant hostile, mais remplie de sérieux et de fermeté.

Le court silence qui suit le départ du Président du Nouveau-Saptär, de la pièce où ils se trouvent, est brisé par la première prise de parole de Simeon Belagri, qui débutent formellement les échanges par une simple introduction.

Simeon Belagri : Chers représentants stérusiens, Votre Majesté, je tiens à commencer nos échanges par saluer votre geste de rétablir le contact avec notre gouvernement, dans l'objectif de ramener la paix entre nos deux peuples. Le sang a été versé dans ces querelles qui n'auraient jamais eu lieu d'être, un point de non-retour a failli être franchi et qui aurait pu provoquer la mort de milliers, voir de millions, de personnes en Aleucie. Il est désormais temps de régler cette crise qui pourrit notre continent depuis de nombreuses années, il est temps de donner une nouvelle chance au dialogue et à la diplomatie pour régler nos différents. Pour le moment, vous avez fait preuve de bonne foi en respectant nos conditions pour la tenue d'une telle rencontre entre nous et c'est une très bonne chose pour la suite de ces échanges. C'est en posant un contexte propice à des discussions constructives et pacifiques que nous pourront nous approcher d'une solution. Ceux-ci ne seront probablement pas faciles, mais je peux vous assurer que nos intentions sont toujours portées dans la sauvegarde de la stabilité de notre continent, comme cela a toujours été le cas depuis le début de cette crise. J'ose toujours espérer que, à la suite de nos derniers échanges épistolaires, cette vision est toujours la vôtre.

Le Président fédéral n'avait nullement l'objectif de débuter cette rencontre dans un esprit revendicatif, mais bien par une remise en contexte et des premières intentions qui doivent guider ces discussions. Les westaliens auront bien leurs revendications à présenter par la suite, mais chaque chose viendrait en son temps et au bon moment, afin de laisser la parole à la délégation stérusienne, pour lui permettre de s'introduire également avant d'attaquer le sujet central de cette réunion.


Drapeau StérusienDrapeau Westalien



Pour Saveris, c’était un jour particulier aujourd’hui. Saveris était un jeune diplomate d’à peine 35 ans, le 15/06/2013, le jour où la Fédération de Stérus avait apporté sa signature à la version finale du traité de l’ASEA. Le jour de la ratification du traité par Cameus Bondamet, Saveris était là c’était sa première vraie affaire dans sa carrière de diplomate. Il avait bien entendu passé sa carrière à travailler pour les affaires étrangères de son pays, mais la signature du traité de l’ASEA était alors quelque chose de tout bonnement révolutionnaire au sein de la Fédération, et même plus globalement au sein du continent aleucien. À Stérus, il y avait une forme de consensus sur l’intégration de la nation à une telle organisation de tous bords, les hommes politiques y étaient plutôt favorables, bien sûr avec plus ou moins de conditions, mais le consensus et l’accord étaient là. Pour autant, deux ans plus tard, presque jour pour jour, le 01/06/2015, le peuple stérusien prenait la décision de sortir définitivement de l’Alliance. Pour beaucoup, que ce soit au niveau de la scène politique nationale de Stérus ou même au niveau de la scène internationale, en Westalie notamment, la surprise fut réellement de taille. Peu auraient parié sur l’issue de ce référendum. La plupart supposaient que ce référendum n’était qu’une sorte de coup de gueule stérusien, une démonstration instrumentalisée de l’opposition de la Fédération avec la politique adoptée à l’ASEA. Toutes ces spéculations auraient effectivement pu être véridiques, et ce serait sûrement ce qui se serait passé si un facteur n’avait pas été présent. Le facteur déterminant de l’ensemble de la situation géopolitique aleucienne de ces dernières années, Cristobal Pandoro.

Loin d’être apprécié, ni même respecté, sur la scène aleucienne, Cristobal Pandoro reste l’un des dirigeants aleuciens ayant le plus fait parler de lui ces dernières années en Aleucie. Il était aux commandes quand la Fédération a quitté l’ASEA, il était aux commandes lors de la crise des infrastructures pétrolières en Lermandie, il était aux commandes lors de l’attaque menée par la Fédération de Stérus à l’encontre des forces westaliennes. En somme, il était aux commandes lors des trois dernières crises internes les plus importantes d’Aleucie. Bien sûr, d’autres crises ont traversé le continent, comme le massacre d’Estham, mais dès lors on ne parle plus de crise interne. Les trois seuls moments qui ont failli amener le continent aleucien à s’embraser en interne sont les trois cités précédemment. Ainsi, c’est cet homme qui fut le facteur X, la variable imprévisible des crises de l’ASEA, qui ont abouti à la mort d’Aleuciens tués par d’autres Aleuciens. L’ASEA, l’Alliance qui devait unir l’Aleucie, ne fut finalement que la première étincelle menant à l’embrasement d’un ensemble. Car c’est au sein de l’ASEA que la rivalité stéruso-westalienne a commencé, et c’est sur ce terreau particulièrement fertile que Cristobal Pandoro s’est appuyé, à la fois pour gagner les urnes, mais également pour gagner du pouvoir une fois élu.C’étaient les réflexions que se faisait Saveris depuis maintenant près d’une heure après le décollage de l’avion impérial en direction de la Yukanaslavie. Il regardait à travers le hublot et se questionnait, comment Cristobal Pandoro avait-il pu réussir à créer à la fois des situations aussi explosives, tout en gagnant toujours de son côté ? Si l’on regardait bien, depuis le début, Pandoro n’avait finalement toujours eu comme résultat de ses actions exactement ce qu’il attendait, avec bien sûr quelques variables, mais globalement, ses actions, aussi inconscientes soient-elles, lui avaient permis d’atteindre ses objectifs personnels.

Saveris, comme beaucoup de Stérusiens, était dans une dualité continuelle face à cet homme : fallait-il le détester ou l’admirer ? Devait-on le célébrer ou le condamner ? On pouvait l’admirer pour son leadership interne, pour son inflexibilité face à ses opinions, mais on pouvait également le détester pour avoir instrumentalisé les Stérusiens et la guerre. On pouvait le célébrer pour avoir bâti une économie et une armée parmi les plus solides, mais le condamner pour avoir lui-même du sang sur les mains. Saveris regardait face à lui l’impératrice. Et même cette situation lui semblait lunaire. Il était dans un avion en direction d’un ancien État allié, pour discuter de la presque-guerre commencée contre, là encore, un ancien allié devenu ennemi. Face à lui, une impératrice qui ne possédait aucune reconnaissance politique ou médiatique il y a encore trois ans, et qui, contre toute attente, fut placée ici, à la tête d’un pays en crise extérieure. Mais le plus cocasse était que ses premières actions en tant qu’impératrice étaient de rattraper les actions de celui qui lui avait permis de récupérer son trône. Saveris ne put s’empêcher d’avoir un petit rictus, et de se dire que la politique était vraiment un monde à part, un monde que la plupart du commun des mortels ne pourraient jamais réellement comprendre sans y goûter.

Le jeune diplomate fut rapidement sorti de ses rêveries par l’impératrice elle-même, qui attacha sa ceinture de sécurité, symbole d’un atterrissage imminent. Fernanda Ostriche Verdi était une femme particulièrement reconnue pour sa témérité et loin de se laisser impressionner par ses homologues, mais l’avion était là peut-être son principal ennemi. Pourtant habituée des voyages, elle n’avait jamais réellement apprécié les atterrissages et décollages. Elle était là, crispée sur son siège, attendant, la boule au ventre, que l’avion — pourtant le meilleur du pays et de loin le plus sécurisé n’atterrisse. C’était d’ailleurs la première dirigeante de Stérus à avoir demandé l’arrêt de la traditionnelle escorte militaire de l’avion impérial. On se souvient que, sous tous les consuls, depuis la création des premiers avions de chasse stérusiens, chaque appareil officiel en déplacement était accompagné de quatre avions de chasse, du décollage jusqu’à la sortie de l’espace aérien national. Dès la première utilisation de l’avion impérial, elle s’indigna d’accepter un tel niveau de pression militaire jusque dans les airs. Certes, c’était un symbole plus qu’une véritable nécessité, mais elle trouvait cela bien trop oppressant de rappeler en permanence au dirigeant que les militaires l’entouraient. Mais Fernanda, malgré son appréhension habituelle des atterrissages, n’en gardait pas moins sa concentration sur la réunion à venir. La première depuis l’arrêt total des relations entre l’Empire de Stérus et la Westalie. C’était l’une des premières choses qu’elle avait voulu régler à son arrivée au pouvoir. En réalité, ce n’était pas parce qu’elle attachait une importance particulière à la bonne entente avec les Westaliens elle n’éprouvait ni sentiment négatif ni positif à leur encontre. Mais la reconnaissance de l’attaque stérusienne était un passage obligatoire pour la suite de ses plans.

Premièrement, il lui fallait des chefs d’accusation pour porter l’ancien consul Pandoro devant les tribunaux. Ne pouvant supporter cet homme, avec qui elle avait des différends depuis des décennies, il lui était impossible de le laisser s’en tirer après toutes ses décisions politiques. Mais elle savait qu’aucun tribunal ne lancerait réellement d’enquête sur simple demande, ce serait perçu comme un abus de pouvoir de la famille impériale, inacceptable. En revanche, l’officialisation d’une telle manœuvre engagerait automatiquement une enquête militaire, suivie d’une enquête judiciaire. Ainsi, elle ne souhaitait pas particulièrement faire payer Pandoro pour les pertes infligées à la Westalie, mais surtout pour sa politique, et notamment pour la manière dont il avait violemment réprimé les protestations contre le départ de l’ASEA à Barba, avec des actions à la limite de la légalité, voire totalement illégales.

Ensuite, l’impératrice voulait afficher une nouvelle doctrine pour l’Empire stérusien. Il ne serait désormais plus question de créer un pôle militaire dominant comme par le passé, bien que cette stratégie ait porté ses fruits, la Fédération étant devenue l’une des nations les plus puissantes du continent, conservant une écrasante supériorité maritime et aérienne. Le but était désormais d’afficher une doctrine protectionniste à l’échelle de l’Aleucie.

Comme beaucoup des grandes nations du continent, Stérus, bien qu’en tension avec certaines nations du Nord, estimait qu’il n’y avait rien de plus néfaste que des puissances non aleuciennes venant s’immiscer dans les affaires du continent. C’était un danger pour tous, une source permanente d’instabilité. Bien sûr, lorsque la Lermandie, fidèle à ses habitudes, s’agenouille devant chaque nation étrangère, la Westalie intervient rapidement pour corriger la situation. Mais qu’adviendrait-il si des nations indépendantes, aux idéologies opposées, faisaient le même choix, permettant à n’importe quelle puissance de s’implanter et de dominer des régions entières du continent ? Ainsi, la priorité n’était plus la supériorité individuelle en Aleucie, mais la supériorité du continent lui-même. Bien sûr, Stérus ne deviendrait jamais le réceptacle d’aucune nation, contrairement à la Lermandie ou à l’Empire du Nord, qui semblait s’y diriger avec la Westalie. Mais l’objectif était de réconcilier Stérus avec ses anciens ennemis, non pas pour redevenir les alliés faibles du passé, mais pour être en capacité de se coordonner et d’apporter des réponses communes lorsque l’Aleucie serait confrontée à des crises régionales. Lorsque l’avion se posa, le léger choc des roues entrant en contact avec le sol fut le dernier moment de stress de l’impératrice, avant le retour au sérieux et à la concentration qu’exigeait l’instant. Elle se leva et, comme prévu, ne descendit qu’accompagnée du Premier consul et de quelques diplomates supplémentaires.Il avait été convenu que les discussions auraient lieu avec l’impératrice, sous le regard et avec l’assistance du Premier consul. Les diplomates n’étaient présents que pour assurer d’éventuelles discussions plus informelles, régler certains paramètres en cas d’accord, ou encore apporter un appui logistique si nécessaire.

Le Premier consul, également appelé magistrat général selon les sensibilités politiques, serait lui aussi présent. Depuis la chute de Pandoro, seuls les partis modérés continuaient à utiliser le terme de « consul ». Les autres forces politiques, de gauche comme de droite, préféraient marquer une rupture en adoptant celui de « magistrat général ». Il serait là pour veiller au respect de la Constitution stérusienne dans les échanges, mais aussi pour donner son avis sur les questions impactant la politique intérieure de l’Empire. À l’avenir, il serait d’usage que le Premier consul délègue à l’impératrice le rôle de plénipotentiaire lors des rencontres internationales. Mais la rencontre d’aujourd’hui présentait un niveau de tension et de risque bien supérieur aux suivantes. Il était donc primordial qu’un représentant élu du peuple soit présent pour porter sa parole. De plus, le magistrat général, connaissant trop bien le désir de l’impératrice de revenir à un état de paix, craignait que celle-ci ne finisse par accepter un accord sans en mesurer pleinement les conséquences. C’était peut-être là l’enjeu principal de cette rencontre : deux visions idéologiques se distinguaient clairement entre les deux. L’impératrice était la descendante d’une famille impériale largement impactée par la révolution stérusienne. Depuis son enfance, elle connaissait, à travers les récits, le prix des armes et du sang pour sa famille. Il était donc évident pour elle qu’il était primordial de ne pas risquer d’embraser le continent tout entier et de s’assurer d’une paix, au moins relative.

À l’inverse, le magistrat général ne voyait pas les choses sous le même angle. Il avait grandi politiquement et évolué au cœur même de l’ère Pandoro. Bien que plus modéré et de loin que son prédécesseur, il ne considérait pas la paix avec la Westalie comme quelque chose d’essentiel ou de nécessaire. Certes, il estimait que la guerre n’était pas souhaitable, mais pas au point de discuter aussi posément avec la Westalie. Il n’oubliait pas les multiples coups portés par celle-ci, et encore moins les attaques contre les populations stérusiennes en Lermandie, soutenues par ce pays. Après l’arrivée et plusieurs dizaines de minutes de déplacements et de rencontres protocolaires, la délégation stérusienne arriva enfin face à la délégation westalienne. C’était un moment historique, et chacun semblait en prendre pleinement conscience. La délégation westalienne fut la première à prendre la parole. Leurs mots tranchaient nettement avec la violence des échanges et des actions passées. Si Cristobal Pandoro avait été présent, la délégation stérusienne aurait sans doute répondu par l’invective et le mépris. Elle aurait cherché à démontrer à la Westalie que Stérus est, et restera, une nation indépendante, que son impunité l’a portée au-delà des sommets. Mais cet homme sulfureux avait disparu, et avec lui, beaucoup l’espéraient, le spectre de la guerre sur le continent.

L’impératrice prit immédiatement la parole après que Monsieur Belagri eut terminé :

« Représentants westaliens, nous souhaitons tout d’abord vous remercier d’avoir accepté la tenue de cette rencontre. Nous sommes convaincus qu’à bien des égards, la voie de la diplomatie, mais surtout celle de la paix, sont et resteront les seuls garants de la stabilité et de la vie.

Depuis ma prise de fonction, nous avons largement travaillé à rendre possible cette rencontre, à faire de la politique stérusienne une politique pragmatique, fondée sur l’intérêt supérieur des peuples. Ainsi, nous vous garantissons que, lors de ces échanges, nous ferons de notre mieux pour assurer une compréhension et une écoute mutuelles. Nous ne sommes pas venus avec des sacs de revendications, mais avec les valises d’un nouveau départ. Nous aurons de nombreux sujets à aborder et à traiter. Nous espérons trouver face à nous une délégation westalienne capable d’entendre nos positions, comme nous entendrons les vôtres.

Mais pour ouvrir cette rencontre, l’Empire considère qu’il est primordial d’adresser ses excuses officielles pour les marins westaliens décédés lors de l’opération militaire stérusienne. »

Rétablir la paix n'était pas seulement un objectif à l'échelle du continent, il est également à l'échelle du pays et pour différentes raisons. En effet, alors que la rencontre se déroule, la campagne pour les présidentielles a commencé au sein de la scène politique westalienne, avec Simeon Belagri qui compte bien se représenter pour un second mandat. Si l'attaque stérusienne a renforcé la Grande République à l'internationale, elle a eu l'effet paradoxal d'affaiblir le Président fédéral et son camp dans le même temps, ayant eu de grandes difficultés à rassembler la population autour d'eux, ce qui aurait été attendu en temps normal, au profit d'une droite déterminée à revenir au pouvoir et ayant grandement profité de cette attaque pour revenir sur le devant de la scène. Donné comme second dans les sondages pour le premier tour, en août 2019, Simeon Belagri est donc dans une position délicate pour son avenir politique, dont le bilan diplomatique est le plus attaqué par l'opposition. Il cherche donc à s'approprier le maximum de réussite à l'étranger sur les derniers mois qui lui reste à gouverner le pays, pour inverser la tendance et se donner un nouvel avantage pour battre son principal concurrent, Victor Hardenbor Jr., fils aîné de son prédécesseur. Une autre raison, beaucoup plus idéologique, est la position de la droite face au dossier stérusien : de nombreuses personnalités ont appelé à l'époque à des représailles militaires à l'encontre de la Fédération et quand bien même les tensions ont commencé à retomber, il n'est pas dit que cette dernière ne cherche pas à trouver un autre moyen pour "se venger" de l'ennemi à un moment ou un autre. En l'état, l'idée semble écarter par le principal maître des doctrines diplomatiques chez les conservateurs, Henry Takajiwa, également présent ici même, qui n'accorde pas un objectif de destruction envers Stérus, dans son dernier livre sur la géopolitique aleucienne, mais plus comme une nécessité de passer à autre chose et de se retirer une épine dans le pied qui pourrait s'infecter si rien n'est fait pour résoudre ce problème. Le "Premier diplomate aleucien", comme le surnomment les principaux médias westaliens, est un modéré dans son camp et il dispose d'une influence considérable au sein de son parti, voir presque totale lorsqu'il est question de diplomatie. Malgré tout, cet épisode de presque-guerre a créé un sentiment anti-stérusien au sein de la population et instrumentalisé par tous les partis de droite pour élargir leur électorat, chose qui semble avoir rencontré un certain succès à la vue des résultats des dernières sénatoriales intermédiaires, en septembre 2017. La possibilité qu'un futur dirigeant ou gouvernement westalien aux idées revanchardes contre Stérus arrive au pouvoir n'est donc pas à exclure et Simeon Belagri n'exclut pas non plus la possibilité de l'arrivée d'un nouveau Pandoro en Stérus, voir le retour du dit personnage au pouvoir par quelconque pirouette politique, tout particulièrement dans un jeune Empire qui se restructure encore politiquement. La rencontre est donc dans une fenêtre diplomatique permettant d'écraser dans l’œuf la majorité des griefs que d'autres forces politiques, d'un côté comme de l'autre, pourraient utiliser pour réanimer les flammes de la guerre. La méfiance réciproque ne pourra sûrement pas disparaître avant plusieurs années, mais elle restera toujours préférable à la haine qui peut être affaiblie aujourd'hui même.

Tout cela n'exclut cependant pas les attentes de voir la Fédération de Stérus, désormais devenue un Empire, payer pour ses méfaits passés à l'encontre de la Grande République. Des attentes qui sont particulièrement celles de la population westalienne, mais également de l'opposition qui pourrait utiliser cette rencontre pour affaiblir le Président fédéral, suivant sa finalité. Cet événement est donc particulièrement suivi par les médias westaliens, où nombre d'entre eux ont posté des journalistes devant le bâtiment, sur la voie publique, pour couvrir l'actualité en direct et au moindre changement de cette réunion historique. La diplomatie westalienne s'était entendue sur une demande de réparation, non pas punitive, mais surtout symbolique et à hauteur des crimes commis en 2016. Il fallait présenter au monde que la Grande République n'allait pas laisser faire des actes bellicistes en Aleucie, et tout particulièrement contre elle, mais en même temps, il n'était pas non plus question d'étrangler financièrement Stérus ou d'humilier ce pays, ce n'était pas l'objectif de la délégation. L'isolement diplomatique, la chute du régime pandorien et son remplacement par un nouveau qui reconnaît les fautes du précédent, c'est déjà une belle victoire pour les westaliens, fruit de la stratégie qu'ils ont mis en place depuis 2017. Il reste donc désormais à obtenir une victoire concrète et surtout symbolique pour tourner la page une bonne fois pour toutes de cette terrible affaire.

Simeon Belagri : Votre Majesté, c'est tout à votre honneur d'apporter vos excuses aux familles de nos soldats qui on tragiquement péris à la fin de l'année 2016. Rien ne pourra ramener leur proche, mais vos mots pourront aider à panser des blessures encore douloureuses pour ces derniers.

Je tiens également à vous partager toute notre volonté à voir cette rencontre servir de base pour la normalisation de nos relations, pour que la paix se réinstalle, tout comme nous avons des positions à présenter à votre délégation, vous êtes bien évidemment plus qu'encourager à présenter les vôtres. Ces discussions de ne sont pas dans un sens et il est tout naturel que vous ayez à partager les points nécessaires de votre côté pour avancer vers une finalité acceptable pour tous.


Le Président fédéral termine avec un sourire lui donnant une expression plus pausé et abordables en direction de ses interlocuteurs. Alors qu'un très bref silence s'installe après sa prise de parole, c'est désormais à son Ministre fédéral aux affaires étrangères, Henry Takajiwa, de prendre la parole. Un homme beaucoup plus aguerri à ce genre de rencontre tendue, ayant lui-même était présent, il y a quatre ans, lors de la première et seule visite de Cristobal Pandoro à Columbia, mais également présent en tant qu'observateur lors de la tentative de médiation ratée à Manticore, il y a bientôt trois ans. Le diplomate était beaucoup plus impassible que le chef de l’État westalien, avec un regard toujours aussi sérieux et ferme face à une délégation d'un pays qu'il considère encore, et jusqu'à toute avancée dans cette salle, comme un ennemi de la Grande République.

Henry Takajiwa : Comme vient de le présenter Monsieur le Président Belagri, il y a une nécessité à échanger sur différents sujets pour que nous puissions avancer. Je ne préfère pas tourner autour du pot et je sais d'expérience que les stérusiens sont un peuple de personnes qui aiment aller droit au but dans une discussion. Avant d'avancer plus loin dans nos échanges, et pour nous retirer un poids et une tension présente entre nous, il est nécessaire que nous abordions les conditions exactes que nous souhaitons poser pour que la paix se rétablisse, que nos nations arrêtent de se considérer comme les ennemis de chacun et, par extension, programmer une levée des sanctions que nous avons imposé depuis 2017, nous, nos alliés et partenaires. Je ne parle bien évidemment pas au nom de ces derniers, mais il est d'une évidence claire que si la nation émettrice de ces sanctions les lève, les autres suivront.

Je vous rassure, une bonne partie des conditions pour atteindre cette finalité sont déjà remplies par les dernières actions de votre État, tout particulièrement la reconnaissance publique de votre participation dans l'agression que nous avons subit en 2016. Mais vous vous en doutez bien, cela n'est pas encore suffisant pour répondre à toutes nos attentes. Pour être exact, nous en attendons exactement trois :

La première porte sur l'indemnisation financière pour les dégâts et pertes matériels que votre armée a infligé à la nôtre, ainsi que des réparations destinées aux familles des soldats tués le 22 octobre 2016. Sur cette partie financière, nous ne demanderons pas plus, ni moins.


Un assistant du Ministre fédéral s'approche alors de la délégation stérusienne pour lui transmettre un document détaillant des sommes attendues de leur part, avec le détail et le justificatif de chaque indemnisation.

Indemnisations à payer par l'Empire de Stérus :
  • Destruction de deux remorqueurs militaires de dernière génération : 8 000 UMI
  • Dommages provoqués sur la frégate de dernière génération : 5 000 UMI
  • Réparations destinées aux familles des seize soldats tués par les forces stérusiennes : 1 600 UMI
  • Total à verser : 14 600 UMI

Henry Takajiwa : Nous considérons que ce dédommagement financier est nécessaire, en raison des moyens que nous avons dû mettre en place pour remplacer le matériel perdu, réparer le navire endommagé et tout particulièrement pour les familles endeuillées qui verront dans cette somme une première forme de justice pour la mort de leur proche. Si nous ne sommes pas ouverts à négocier sur le montant exact, nous le sommes pour le délai que vous aurez pour le payer. Le plus tôt sera bien évidemment le mieux, mais il serait souhaitable que cette somme nous soit transmise avant la fin de l'année 2019, au plus tard avant la fin du premier trimestre 2020, mais tout cela reste négociable, tout comme le processus de transfert.

La deuxième condition porte sur votre coopération dans la poursuite de l'enquête sur l'agression dont nous avons été victimes le 22 octobre 2016. Vous devez avoir à votre disposition des éléments retraçant les événements survenus ce jour-là ou des témoignages de personnes ayant participé ou ayant eu connaissance de cette opération clandestine à notre encontre. Nous aurions besoin de ces informations pour mettre au jour toute la vérité sur cette tragique journée, avec le maximum de détails que vous pourrez nous mettre à votre disposition. Dans ce cadre, nous sommes ouverts à coopérer avec vos autorités compétentes pour compléter certaines informations de votre côté, si vous êtes en train de mener votre enquête sur le sujet ou que vous aillez l'intention de le faire dans l'avenir.


Contrairement à Simeon Belagri, le ton d'Henry Takajiwa est beaucoup plus procédurier et direct. Les conditions présentées jusqu'à présent n'ont rien d'une surprise, puisque les westaliens sont venus avec l'intention de les voir accepter par les stérusiens, presque une mise à l'épreuve de la nouvelle diplomatie impériale, non pas pour les déstabiliser ou les provoquer, mais pour juger de leur capacité à coopérer avec la Grande République dans la résolution de cette crise. Ces conditions vont bien au-delà de ce qu'elles représentent de façon brute, elles sont aussi là pour sonder la posture stérusienne dans le "monde d'après", celui où une potentielle paix a pu être retrouvé et conclue entre les deux pays, ou si le statu quo, voir les tensions, reprendront de plus belle face à l'échec d'une énième rencontre entre les deux pays. Pour la troisième et dernière condition, bien qu'elle n'aura rien de surprenant, elle est probablement la plus délicate des trois présentées aujourd'hui.

Le ministre ouvre un dossier face à lui et tourne quelques pages, avant de reprendre sa prise de parole :

Henry Takajiwa : Pour ce qui est de notre dernière condition, nous souhaiterions votre coopération dans l'extradition des principales acteurs stérusiens de l'attaque que nous avons subit. Je vous rassure, nous ne souhaitons pas l'extradition des exécuteurs de cette attaque, vos soldats n'ont fait qu'obéir à des ordres. Au contraire, ce sont ces donneurs d'ordres que nous souhaitons faire traduire devant la justice de notre pays, ces commanditaires qui ont aujourd'hui du sang sur les mains. Je pense notamment à l'ancien Consul Cristobal Pandoro, que nous considérons comme l'homme à la tête de cette opération.

Je pense que vous pouvez vous mettre à notre place dans cette situation, si l'Empire de Stérus avait été agressé de la sorte, je pense que vous seriez plus qu'actif pour que justice soit rendue à l'encontre des auteurs d'une telle attaque. C'est une étape que je peux concevoir douloureuse pour vous, mais nécessaire pour que toute la justice soit rendue, notamment pour les familles des victimes dont les meurtriers de leurs proches peuvent encore vivre librement et sans être inquiétés de toute condamnation.

Sur ce point, il est important d'avoir votre coopération et le processus que vous souhaitez mettre en place de votre côté. Il n'existe pas de traité d'extradition entre nos nations, ce qui va probablement provoquer un précédent, mais je suppose que ce type de demande doit d'abord passer devant votre propre justice locale pour être validé, complété par votre accord explicite sur la question. Du moins, cela se passe de cette façon dans la majorité des pays du monde, Westalia y compris. Dans tous les cas, il est très important que cela se fasse avec le plus de transparence possible des deux côtés et nous sommes ouvert à l'écoute des conditions qu'il pourrait y avoir du vôtre pour réaliser ces extraditions.


Il y avait une certaine pression dans l'air à l'énoncé de ces différentes conditions pour rétablir la paix. Il n'y avait rien d'étonnant que la Grande République arrive avec ce genre de revendications, considérées comme centrale dans cette rencontre. Dans cette affaire, cette dernière était naturellement présentée comme la victime des actes stérusiens passés et elle ne bronchera pas pour que la justice soit enfin apportée sur ce dossier aussi sensible que central dans sa diplomatie et sa politique intérieure. Depuis 2017, Westalia n'était plus vraiment le même pays que par le passé, l'attaque subit ayant fait resurgir la Westalia des années 50 et 80, celle d'une nation agressée prête à tout pour assurer sa survie et le maintient de ses intérêts. Cela s'était encore plus vue avec le retour d'Henry Takajiwa aux affaires étrangères et de l'impact que cela avait pu avoir en Aleucie en l'espace de quelques mois seulement. Ce même homme est désormais face à la délégation stérusienne, non pas en tant que juge de leurs actions, puisque la façon dont ont été présentées ces conditions n'est pas agressive, mais plutôt une invitation à coopérer ensemble pour tourner la page. Le travail ne sera pas facile, s'il arrive à aboutir, mais il est nécessaire.

Henry Takajiwa : Je peux comprendre que ce que je vous ai présenté peut paraître lourd de votre point de vue, mais je peux vous assurer qu'une fois ce sujet traité entre nous, la suite de cette rencontre se déroulera de façon beaucoup plus fluide, tout comme une amélioration de nos relations. Il nous est tout simplement impossible d'ignorer l'éléphant qui se trouve dans cette pièce, puisque la résolution de ce sujet est la clé vers toute normalisation avec votre pays, j'espère que vous pouvez comprendre notre position.
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L’impératrice était très attentive aux prises de parole de ses homologues westaliens. Son visage, pourtant habituellement si détendu et souriant, démontrait aujourd’hui la gravité de la situation. En somme, elle le savait : les réclamations westaliennes n’étaient pas ahurissantes. Cela aurait été l’une des plus grandes craintes de Stérus que la Westalia considère cette rencontre comme un armistice accompagné d’une capitulation stérusienne, et qu’elle s’estime dès lors en droit d’exiger des conditions étendues à l’Empire. Ainsi, voir ses homologues simplement tenter de revenir à plat sur la situation était fortement apprécié par les Stérusiens.

Mais il y avait tout de même des omissions, des éléments que la Westalia n’avait pas abordés, sûrement parce qu’elle ne les considait pas de la même importance.

L’impératrice se redressa sur son siège et parla sans agressivité ni reproche, mais avec un ton proche de celui d’une discussion des plus ordinaires.


Messieurs, je vous remercie, pour commencer, d’avoir exposé avec autant de clarté et de précision vos intentions. Je vais tâcher d’évoquer chacune de vos revendications et d’y apporter la position stérusienne, ou du moins certains éléments de réponse. Ne considérez pas que ceux-ci visent à balayer immédiatement vos demandes, mais simplement à vous éclairer, là où cela est nécessaire, sur les raisons pour lesquelles nous souhaitons les discuter.

Concernant les réparations au titre des dommages militaires, si nous étions dans une situation où l’Empire de Stérus avait seul entrepris cette action de pur sabotage, j’aurais sans doute, sans hésitation, envisagé cette option avant même que vous ne l’évoquiez.

Mais je considère également que si nous souhaitons régler durablement cette crise, si nous voulons réellement apaiser les rancœurs de part et d’autre, nous devons considérer le conflit dans son ensemble. Or, ce conflit ne débute pas avec l’attaque stérusienne, il commence plusieurs années auparavant.

Bien sûr, Stérus n’a jamais eu à subir de dommages directs liés à des frappes westaliennes. Néanmoins, l’Empire ne peut oublier les événements du début de l’année 2017, lorsque des bâtiments de guerre westaliens ont pénétré dans les eaux lermandiennes afin de soutenir un pays qui avait engagé son armée contre des civils stérusiens présents sur un territoire leur appartenant.

Par des décisions politiques totalement arbitraires, la Lermandie a retiré à l’Empire (Fédération) l’exploitation d’une source d’énergie essentielle, privant Stérus de revenus considérables, d’autant plus importants si l’on y ajoute le contrat de quasi-exclusivité de vente en Lermandie. Ni les citoyens stérusiens, ni l’ANTS n’ont été indemnisés pour ces actions.

Stérus s’est attaqué à des forces militaires, c’est-à-dire à des entités disposant d’une capacité de nuisance. La Lermandie et la Westalia, quant à elles, se sont attaquées aux ressources énergétiques de Stérus ainsi qu’à ses civils. Alors, ne voyez pas cela comme un reproche. Encore une fois, je m’exprime avec calme, simplement pour énoncer des faits. Nous ne sommes évidemment pas ici pour revenir sur ce point, mais nous ne pouvons pas non plus l’ignorer dans le cadre de ces discussions. Ainsi, nous estimons qu’il ne saurait y avoir de réparations d’un côté sans qu’il y en ait de l’autre.L’intervention westalienne à cette époque fut déterminante, loin d’être négligeable, alors même que le cœur du conflit ne la concernait pas directement. De plus, nous considérons que le fait que la Lermandie vous ait, par la suite, permis d’acquérir le marché laissé vacant constitue aujourd’hui une compensation financière largement suffisante pour les pertes subies. Je pourrais même aller jusqu’à dire qu’elle excède très probablement le coût de deux navires ravitailleurs.

S’agissant de votre dernière revendication, portant sur la possibilité d’organiser une forme d’extradition afin de juger les responsables, vous savez comme moi que, dans les faits et en l’état, cela n’est pas envisageable. Il s’agirait d’une atteinte manifeste à la souveraineté de Stérus que d’envoyer ses représentants politiques être jugés dans un pays étranger pour des actions menées dans le cadre de leur mandat.

Cependant, nous reconnaissons, nous comprenons et nous entendons ces revendications. C’est pourquoi nous pouvons vous proposer la chose suivante : pour la première fois de son histoire, Stérus serait prêt à accepter le recours à un tribunal international, fondé sur des faits établis et exempt de toute influence partisane, afin de déterminer les responsabilités et les éventuelles condamnations.

Monsieur Pandoro étant actuellement sous le coup d’une arrestation à Stérus, et également exposé à des poursuites en Westalia, il serait tout à fait envisageable, dans le cadre de la signature d’un traité de coopération judiciaire, de recourir à ce type de procédure. Vous pourriez ainsi en faire un symbole, et il est probable qu’une condamnation soit prononcée.

Mais, là encore, nous devons faire preuve d’honnêteté et de réciprocité dans les mesures envisagées. Si Monsieur Pandoro peut être jugé pour des actes commis dans le cadre de son mandat actes, par ailleurs, réalisés en zone internationale il va de soi que nous attendons également que la Westalia reconnaisse l’illégalité des mesures prises par le gouvernement lermandien à l’encontre des citoyens stérusiens au sein des installations maritimes situées au large de la Lermandie.

Nous estimons que vos revendications sont louables et ont le mérite d’être claires. Nous sommes tout à fait prêts à les discuter, à les envisager et à les mettre en œuvre dès l’issue de cette réunion. Mais, comme nous l’avons précisé au cours de nos échanges, si notre volonté la plus profonde est bien de rétablir la paix en Aleucie, cela ne pourra se faire qu’à travers des engagements réciproques fondés sur le respect et l’équilibre entre nos nations.
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CorrectionHRP : Juste pour remettre en contexte, ce n'était pas en 2017, mais au début de l'année 2016 que se sont produits les événements de la crise avec les plateformes pétrolières. Juste un petit correctif pour être sûr qu'on soit bon sur ce sujet.
Le Ministre fédéral écouta attentivement la prise de parole de l'Impératrice, prenant des notes concernant ces dernières, avant de se faire passer discrètement un dossier par un conseiller derrière lui. Durant toute l'intervention, quand bien même il était en train d'écrire sur le papier face à lui, son regard ne lâcha que très peu de fois celui de la nouvelle monarque stérusienne, la regardant droit dans les yeux, démontrant toute son attention, mais également toute sa fermeté dans sa position qu'est la sienne actuellement, ne levant que brièvement un sourcil à la mention des événements s'étant déroulés au début de l'année 2016. A l'inverse, le Président fédéral se redresse contre son dossier et prend une posture pensive, le regard toujours porté sur son interlocutrice, mais le visage beaucoup plus expressif que son Ministre. A la différence de ce dernier, cette affaire parle beaucoup plus au chef de l’État, puisque cela s'est déroulé au cours des premiers mois de son mandat, bien que son chef de la diplomatie actuel fut la seule personnalité de l'opposition de droite conservatrice à s'exprimer publiquement sur cette histoire, dans le chaos intérieure qui ravageait les rangs du Parti de l'Union Républicaine, à la suite de sa cuisante défaites aux élections de 2015.

"Encore la même propagande stérusienne", pensa assez rapidement Henry Takajiwa, déçu de voir que le scénario pandorien reste le récit officiel dans le nouvel Empire. La seule nuance étant bien évidemment que, à l'inverse de ce dirigeant mégalomane, l'Impératrice ne crachait pas tout son venin sur la délégation westalienne. Pour autant, il ne manqua pas de trouver culotté d'aborder ce sujet à ce stade de la rencontre, tout comme le mettre à la même échelle de ce qui s'est produit quelques mois plus tard, tout particulièrement quand la Grande République n'était qu'une cobelligérante de cette première crise de l'année 2016. Henry Takajiwa est beaucoup plus ferme sur la question que son Président fédéral et, bien qu'il n'était pas à la tête de la diplomatie westalienne à cette époque, n'hésite pas à répondre avec une bonne connaissance du sujet devant la délégation stérusienne.

Henry Takajiwa : Permettez-moi de revenir sur le récit que vous nous avez partagé, sur les événements s'étant déroulés au début de l'année 2016. Notre gouvernement a toujours eu un discours, un déroulé des faits et un justificatif qui n'ont jamais changé depuis le déclenchement de cette crise. La Grande République de Westalia n'a déployé aucune force militaire pour appliquer des décisions juridiques lermandiennes. Les forces armées présentes ce jour-là n'étaient mobilisées que dans le cadre d'une sécurisation militaire de la zone face aux risques élevés de sabotage de ces plateformes ou d'une intervention militaire stérusienne, l'histoire ayant finalement donné raison à nos nations sur ces inquiétudes.

Le Ministre se redresse sur son siège et s'approche légèrement de la table, joignant ses mains sur cette dernière et se courbant légèrement, avant de reprendre la parole.

Henry Takajiwa : Votre Majesté, j'espère que vous m'excuserez de reprendre le parallèle que vous avez fait sur cette crise et l'agression que nous avons subit. La première est une affaire d'ordre juridique, concernant le gouvernement lermandien et l'entreprise stérusienne ANTS, et donc dans une certaine mesure les intérêts de votre pays, ayant entraîné la saisie de structures privées et l'expulsion administrative de vos citoyens qui y travaillaient à l'époque. La seconde est une agression d'ordre militaire ayant entraîné la mort de seize soldats et la destruction définitive de biens possédés directement par notre gouvernement. La première ne viendra jamais justifier la réalisation de la seconde, jamais, ni même être comparable en quelconque point.

La Grande République ne voit donc aucune raison valide qui justifierait le paiement de quelconques réparations, pour avoir assuré son rôle d'allié envers la République de Lermandie, dans un contexte géopolitique où les postures du Consul Cristobal Pandoro pointaient vers un recours certain à la force militaire contre notre allié. Cependant, je peux comprendre que cette affaire marque encore votre pays et je pense que toute résolution de cette dernière doit être bien plus portée dans un dialogue entre l'Empire de Stérus et la République de Lermandie, qu'avec notre gouvernement. Nous ne sommes pas là pour juger de la bonne ou mauvaise décision des lermandiens à cette époque, ce n'est pas le rôle de la Grande République ici et il n'est certainement pas envisageable de considérer notre position diplomatique envers un allié comme une valeur négociable à cette table. Malgré tout, ce que nous pouvons faire en l'état, c'est de vous aider à renouer le dialogue avec ces derniers, sur un ton plus apaisé, si votre souhait est de trouver une solution pacifique à cette problématique.

Concernant votre remarque sur une quelconque acquisition de ces plateformes par notre pays, je suppose que vous faites référence à l'intérêt de la Northern Mining Alliance concernant ces dernières. A ce jour, la propriété de ces plateformes est encore en négociation par le gouvernement lermandien et il n'y a rien d'étonnant à ce que des acteurs internationaux de premier plan, dans ce secteur, manifestent leur intérêt dans cette affaire. Je sais qu'il y a également la société Pétrol Things, du San Youté, ou encore l'entreprise raskenoise dominante sur le marché international, Apex Energy, qui ont annoncé leur volonté d'en récupérer leur exploitation. La Grande République est quant à elle complètement étrangère à ces affaires économiques lermandiennes, NMA étant une entreprise privée qui se gère elle-même à l'international.


Le diplomate s'écarte alors de la table et se réinstalle dans son siège, le dos correctement aligné avec son dossier. Il laisse un très léger silence prendre place, pour ne pas paraître trop agressif dans sa réponse et pour laisser poser ses mots, avant de se racler légèrement la gorge, pour conclure son argumentaire.

Henry Takajiwa : Votre Majesté, mon intervention n'est pas là pour vous déstabiliser ou pour vous reprocher vos actions passées, mais il est également important de remettre dans le vrai le contexte de cette crise et de briser le récit pandorien qui en a fait les racines de tensions que nous essayons aujourd'hui d’apaiser. Notre gouvernement ne va pas faire le procès des choix de votre pays au début de l'année 2016, mais, s'il est important d'avoir une vue d'ensemble de cette crise, il n'est pas non plus sage de comparer cette affaire avec l'agression subit à la fin de cette même année, cela n'est pas éthique du point de vue de notre délégation.

Le message envoyait été plus que claire : la comparaison et le moment de la réunion choisi pour aborder pleinement ce sujet, qui plus est avec des revendications, avait été considéré par les westaliens comme très maladroits. Cette position stérusienne, si elle se confirme, pourrait bien devenir la première tache noir de cette rencontre et potentiellement un point bloquant si cela persiste. Si les représentants de la Grande République n'ont pas pour objectif d'écraser diplomatiquement les stérusiens, ils n'ont pas non plus pour objectif de ressortir avec des réparations à payer à la suite de cette rencontre, cela ne serait pas acceptable pour l'image du pays, tout comme pour la crédibilité du gouvernement actuel, tout particulièrement quand la Grande République occupe le rôle d'agressé dans cette histoire. Malgré tout, il faut continuer d'avancer dans cette réunion et le Président fédéral reprend la parole sur un ton plus détendu.

Simeon Belagri : Vous avez également mentionné la volonté de construire une justice internationale pour juger le criminel Cristobal Pandoro pour ses actes passés, qui ont porté aussi bien préjudice à notre pays, qu'au votre lorsque l'on observe la situation actuelle. Je pense qu'il peut y avoir un terrain d'entente sur cette partie, dans la mesure où cette justice que nous souhaiterions apporter serait spécifiques au cas de l'ancien Consul et de ses complices. Si, dans ce cadre hypothétique de cette justice commune, la participation westalienne est égale à celle de la participation stérusienne, nous pouvons concéder le lieu du jugement en Stérus, tout comme le lieu d'exécution des peines sur votre territoire, en cas de peine de prison, ce que je pense assez inévitable dans l'avenir pour ce dernier.

Cependant, comme l'a précisé Monsieur Takajiwa, il ne nous est pas possible de déclarer l'illégalité des mesures prises par la justice lermandienne sur l'affaire des plateformes pétrolières de l'ANTS. Si contextuellement cette affaire est une des sources de cette crise, la Grande République n'a aucune raison de s'opposer à son plus proche allié de la sorte, cela ne peut pas être un "échange de bons procédés" entre deux affaires qui ne peuvent tout simplement pas être traités comme une, sans parler de l'instabilité diplomatique qu'aurait une telle décision de notre part. Je soutiens particulièrement le retour du dialogue entre vos deux nations, pour que cette histoire puisse être réglée entre les acteurs de cette dernière, les changements en Stérus pouvant porter à une plus grande chance de résolution avec la Lermandie, avec notre soutien pour faciliter le retour des échanges diplomatiques, si vous le souhaitez.
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