01/07/2019
19:57:36
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Duché de Sylva / Empire du Grand Ling - Trains, fusées et navires de guerre


Bourg des Mahoganys
Le Bourg des Mahoganys, considéré comme une mégalopole en Sylva.


On arrivait à la fin de la saison sèche en Sylva, le soleil était particulièrement chaud et l'air lourd malgré les faibles précipitations. Le vent côtier offrait un agréable rafraîchissement parfumé d’arômes marins. Aucune effluve de sargasse aujourd'hui, les services publics s'étant affairés à collecter ces algues pestilentielles pour les reconditionner en choses utiles comme de l'engrais, gaz ou plastique, bien loin des habitants.
La délégation lingoise fut accueillie avec tous les honneurs qui lui étaient dus, quelques nuages répondant même à l'appel pour (sensiblement) couvrir ce ciel implacable. Certains ressortissants de pays nordiques auraient surement trouvé le climat insoutenable, mais rien d'insurmontable pour des lingois. La ville était magnifique vue des airs, avec des bâtiments colorés en pierre, bois ou béton le long de routes bordées de végétation. Les sylvois portaient bien leur nom tant leur adoration pour la forêt se ressentait même dans leurs villes les plus denses. Le Bourg des Mahoganys est en effet considérée comme l'une des "jungles de béton".


Sargator
Les Sargators faisant leur office, un jour de grosse affluence


Le trajet de l'aéroport au palais diplomatique se fit sans encombre, par la MAE Clarisse Jacquet après une réception ponctuée par un orchestre jouant successivement les hymnes sylvois et lingois. Les discussions dans la limousine diplomatique furent ce que l'on pourrait qualifier d'accueillantes et formelles, servant en parallèle de visite guidée à mesure que le véhicule circule le long des routes et monuments historiques nommés selon des figures influentes de Sylva. Moundlo, Mounbwa et Mounlao se succédaient dans les hommages, certains étant métissés (sans que ce soit trop revendiqué) avec des familles aristocratiques coloniales. C'était l'occasion de résumer certains points importants de l'histoire sylvoise pour en saisir les enjeux sociaux : Avant la colonisation eurysienne menée par des galésants, le pays (alors nommé de manière assez vague Kazannou, terme désignant de manière très générale la région) était occupé par trois peuples concurrents que sont les Moundlo (gens de l'eau), Mounbwa (gens des bois) et Mounlao (gens des montagnes). La colonisation eurysienne ne s'est alors pas faite de manière homogène, mais par différentes interactions allant d'alliances et échanges commerciaux auprès des Moundlo à des invasions brutales contre les Mounlao. Ces alliances entre dynasties Moundlo et nobles de Galouèse furent scellées par des alliances et amenèrent à des embranchements métis. C'est au cours de la guerre de Sept Ans que le Duché de Sylva (à l'époque Vice-Duché au côté du Duché de Galouèse), issu de la colonisation, pris son indépendance sous la direction de cette nouvelle noblesse métisse, connue à l'heure actuelle sous des noms d'arbre (comme la maison Boisderose ou Boisdinde assez connues à l'internationale). Cette situation ne fait plus l'unanimité à l'heure actuelle et amène à de nombreux débats politiques et sociaux en Sylva ainsi qu'à une succession de réformes lors des dernières années pour réduire le pouvoir de la noblesse au profit d'assemblées d'élues, le tout en parallèle de tensions sociales entre les communautés Moundlou, Mounbwa et Mounlao qui n'ont pas subi les mêmes dynamiques durant la colonisation. Pour résumer, la bourgeoisie Moundlo a beaucoup profité de cette alliance coloniale et jouit toujours à l'heure actuelle d'une situation sociale globalement avantageuse là où Mounbwa et Mounlao ont hérités de situations bien plus précaires.

L'ambassade des Mahoganys
Le palais diplomatique où est réceptionnée la délégation lingoise


Le palais reprenait ce style, combinant des ailes de bois par endroit avec d'autres de béton, signe visible de l'évolution du style au gré des époques. La zone était encadrée d'un jardin faisant habituellement bonne impression auprès des visiteurs, mais globalement malaimé par les sylvois. Il était considéré comme artificiel avec trop de goudron et de béton, mais faisait l'affaire auprès des ressortissants teylais ou tanskiens. Il faut dire que pour des citoyens du nord, trois palmiers font l'affaire pour se dépayser, mais cela fera-t-il l'affaire auprès de lingois ou est-ce que cela fera juste mauvais gout ?
Attendaient à l'intérieur divers majordomes et conseillers présents pour seconder Clarisse Jacquet sur l'ensemble des divers points à aborder. Un apéritif était à disposition pour accompagner les discussions à venir, manière de briser la glace et sympathiser pour les représentants diplomatiques.


Salon
L'intérieur du palais diplomatique, dans un style hérité de la noblesse coloniale


D'une voix fluide et bien articulée d'oratrice aguerrie, la MAE prit la parole :

– Et maintenant, excellences, notre destination. C'est le palais diplomatique érigé parallèlement à l'Ambassade des Mahoganys. Il y a plusieurs petites spécialités sylvoises en libre-service, si vous le désirez à n'importe quel moment de nos discussions. Je suggère de commencer par la question Ninchoise qui est de loin la plus urgente, d'autant plus compte tenu des dernières évolutions rapportées dans nos correspondances. Le Duché de Sylva, dans le cadre de notre alliance nouvellement scellée, est disposée à fournir un soutien militaire. Telle qu'indiqué dans nos échanges, une frégate de troisième génération serait déjà un premier soutien contribuant à la puissance de feu de votre blocus, mais surtout, signifier le soutien diplomatique du Duché et la réactivité de l'OND. Toutefois, nous ne pouvons nous permettre de répéter l'erreur milathienne et intervenir de manière directe et irréfléchie. Si aide sylvoise il y a, elle devra se faire sous votre supervision si je puis dire, de manière à ne pas inquiéter les puissances régionales et clarifier le cadre de notre intervention. C'est pourquoi nous sommes à l'écoute de vos préconisations sur la manière d'opérer ce soutien, la forme à adopter et les communications que nous devrons appliquer. Dans la continuité de ces interrogations, nous souhaiterions connaitre la posture lingoise à venir et la vision stratégique globale. Quelles sont les interventions diplomatiques, voire coercitive, de prévue en fonction des réactions milathiennes et ninchoises. Un plan d'action est-il déjà prêt en cas d'embrasement du conflit ?


APÉRO
Délicieux apéro à base de chips de bananes, akras de morue et sik a koko

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Vue du large.
LANPIR AN BITASYON-LA
Rencontre Empire du Grand Ling – Duché de Sylva.


La Maison Impériale de l'Empire du Grand Ling avait, depuis quelques années, réalisée une parfaite mission de rayonnement culturelle et politique au service des prétentions impériales. D'un vieil empire malade à l'industrie primaire ancienne supporté par quelques grands groupes du secteur secondaire et tertiaire vers une puissance montante à la croissance folle et aux prétentions s'internationalisant ; la Maison Ling pouvait se targuer d'avoir réussie à rattraper la barre de son navire que la Dynastie Liang avait complètement laissée à la dérive. Le Vénérable Ling Huangong aurait été fier de sa descendance en voyant ce que deux siècles d'acharnement avait permis.
Tentant de se faire une place à côté de géants nazumis, survivant à certains, devenant un acteur incontournable du Médian puis du Continent avant de s'externaliser au-delà des côtes nazuméennes pour rejoindre l'Organisation des Nations Démocratiques et enfin, Sylva. Car oui, le point d'orgue de cette mission culturelle et politique menait tout droit sur les rivages de vieux Duché, bien loin des terres ancestrales, en Paltoterra.
Si le continent était encore assez mystique pour la plupart des lingois, Sylva avait gagné l'attachement de la Maison Impériale depuis Ling Chongsheng, le père de l'actuel empereur. Dans sa jeunesse, il avait voyagé autour du monde à la fin des années 1960 et était tombé amoureux du Duché. Cet amour avait conduit à acquérir anonymement une petite habitation en périphérie de Bourg des Mahoganys où, disait-on, Ling Jiajing avait été conçu même si selon les historiens, les dates ne le concédèrent pas. En outre la propriété produisait quelques denrées dont, il fallait s'en douter, de la canne à sucre et tous ses dérivés allant de la mélasse au rhum agricole.

Comment n'était-il pas possible de comprendre l'attrait de la Maison Impériale, particulièrement celui de Sa Majesté Émérite Ling Chongsheng et de son fils Sa Majesté Ling Jiajing pour ce havre de paix niché sur un petit coteau, à l'orée d'une forêt dense ? L'habitation était dans un style purement local, sur deux niveaux et cerclée d'un porche proéminent. À cheval avec la partie inférieure du jardin qu'une pente douce desservait, elle reposait sur une fondation de pierre volcanique taillée tandis que ses murs étaient tout de bois vernis. Sa structure, autant que les piliers à la géométrie impeccable supportaient une charpente de bois recouverte de plaques de taule d'un pourpre légèrement délavé par le soleil et le sel. À la discrétion des occupants, le porche pouvait disparaître derrière des rideaux de roseau enroulés sur eux-mêmes, particulièrement utiles lorsque la saison des pluies venait, que le Soleil s'attardait ou que la Lune pointait le bout de son crépusculaire nez indiquant, au passage, qu'une intimité méritée était recherchée. Mais, le joyau de cette propriété de quelques hectares était à n'en point douter son jardin botanique accueillant toute la flore endémique et certaines variétés lingoises qui s'acclimatait à merveille comme un vénérable Bois-parfum — duquel était extrait le bois d'agar — d'au moins quarante ans ou d'un ravissant Magnolia de Soulange planté au début des années 2000 et qui s'était offert le luxe de donner son nom au domaine. Les murs de pierre volcanique étaient habillés de bosquets de Balisier rouge monté sur des jardinières, elles aussi, en pierres volcaniques, adroitement ornées d'Anthuriums et d'Hibiscus lanterne tombant en cascade. La face Est de l'Habitation donnait sur un petit bassin idéalement maquillé pour ne pas détonner avec la structure de pierre ombré par un Bougainvillier lianescent et qui, par d'heureuses tailles dans la maçonnerie, s'écoulait en cascade vers un bassin où se prélassait une multitude de carpes koï et de fleurs de lotus. Un petit chemin de dalles de bétons séparées par une bande de brique rouge permettait d'en faire quasiment le tour pour s'éloigner plus loin dans le jardin, laissant aux Papyrus et à un Petit flamboyant — au nom révélateur — bien garnit, le loisir d'en occuper les berges.

Tout contre cette sinueuse route de rêverie, d'autres balisiers tentaient de se faire une place entre les Oiseaux de Paradis et les Allamandas au jaune ou au rose prononcé. Quelques Palmiers de toutes formes et toutes tailles ponctuaient ce jardin qui dans un océan vallonné de gazon Bahia, érigeait des îlots de Crotons, de Bromélias et autres cultivars nains originaires de l'Empire du Milieu. À ses bordures, les Bambous et les Cordylines Fruticosa jouaient leurs rôles de parent-vue, égayées par plus encore de Balisiers rouges. L'allée de béton terminait sa déambulation par une forêt dense de Roses de Porcelaine habitées, entre autres, par d'innombrables colibris venant chercher un peu de nectar. Pour parfaire cette toile, çà et là était planté des Frangipaniers aux voluptueuses fragrances, des Dragonniers bien portants, des Acalyphas rougeoyants, des Philandandrons forts heureux et un magnifique Arbre du voyageur dont la forme amusait par sa ressemblance avec les éventails lingois. Sur quelques arbres communs, des Orchidées brûlantes de couleur se prélassaient au rythme de la brise marine. Clou du spectacle, un imposant Courbaril poussait en roi. Il devait avoir au moins deux cents ou quatre cents ans et à ses pieds, deux lanternes tōrō tenaient compagnie à une statue de Bouddha rouge et or sur un tapis de bambous nains.

Habitation Soulange
Habitation Soulange, propriété de la Maison Impériale depuis 1968.


Oui, comment ne pas comprendre la Maison Impériale lorsqu'elle acceptait sans sourciller de venir officiellement jusqu'à Sylva pour une rencontre qui se voulait des plus plaisantes, loin des mondanités de la Cour, loin de la folie des voisins, loin de toutes guerres insupportables ; mais sans jamais s'en dissocier réellement. La délégation que conduisait la Maison Impériale se composait de Sa Majesté Ling Jiajing et de son épouse l'Impératrice Fang, de son secrétaire d'État, monsieur CHEN Hu et de son épouse, de son Secrétaire au Commerce et à l'Industrie et son épouse, de différents PDG des plus grands groupes et industries lingoises telle que Great Ling Space Agency, Great Ling Railways, Weihua Technologies Company, LTD., Hanqin Group ou encore, Honzhaji dont la filiale Honzhaji Rail était le principal fournisseur en équipement ferroviaire de tout le Grand Ling et, évidemment, leurs épouses. À cela, s'ajoutait la Duchesse de Qingshan-Hanlin, LIN Meiyue, accessoirément directrice de la Linganese Culture Promotion Agency sur qui on pouvait compter pour faire tourner les cœurs de nombreux sylvois.
Le trajet avait été d'une douceur infinie à bord de l'imposant Huanglong One mais Sa Majesté regretta une chose, ne pas pouvoir prendre le Yacht impérial pour reproduire l'itinéraire de son père quasiment cinquante ans jour pour jour. Les sujets a abordés ne permettaient pas de s'offrir autant de temps et les routes maritimes n'étaient pas aussi sûres, d'autant que la majorité de la flotte lingoise était occupée à empêcher une guerre dans le détroit de Tahoku ; l'escorte aurait donc été bien trop faible.

Qu'à cela ne tienne, Ling Jiajing se convainquit que ce ne serait que partie remise. L'accueil, autant que le voyage, fut doux. Le Duché était réputé pour son hospitalité et il ne manqua pas d'y faire une nouvelle fois honneur. La délégation eu le droit à une visite complète de la capitale sylvoise qui brilla par la richesse de son histoire, mais Sa Majesté garda pour lui son léger désappointement de ne pas voir Matilde Boisderose avec qui il entretenait une très grande sympathie. La Ministre des Affaires Étrangères du Duché, Clarisse Jacquet était tout aussi courtoise, mais c'était différent, peut-être lié au fait que madame Jacquet n'avait pas tenue les reines de la Diplomatie depuis aussi longtemps que sa prédécesseure.
La visite se conclut par l'arrivée devant le palais diplomatique, une construction relativement simple qui devait aux décors environnants, un charme tout autant relatif. Les quelques nuages et l'imposant taux d'humidité — qui était voué à empirer à mesure que la saison humide arrivait — ne boudèrent pas l'endroit. Les lingois de la majorité des territoires avaient appris à vivre au gré de la chaleur tropicale et des intempéries. Les typhons du capricieux océan d'Azur n'arrangeaient en rien la chose, mais avait appris au peuple, autant que les crues mortelles des impétueux fleuves lingois, l'art de la résilience. Il ne fallait, cependant, pas se méprendre. L'Empire était vaste et dans son Sud-Ouest, les steppes du Wujiang ne donnaient aucun répit aux assoiffés sinon que par de ponctuelles pluies jamais bien longues. Pour ainsi dire, il y neigeait même quelques fois sans que cela devienne une réelle habitude. La neige existait aussi au Grand Ling, elle coiffait éternellement les plus hautes cimes des montagnes ce qui n'avait pas manqué d'offrir aux plus malicieux, l'idée d'ouvrir quelques domaines skiables.

Cependant, là où vivait la majorité de la population, sur le littoral qinanese, longwanese et zhenzhanese ; on avait plutôt l'habitude d'avoir chaud. Très chaud. La climatisation n'était pas une option pour l'intégralité du parc de transports qui, depuis la fin des années 1980, sortait des différentes usines du pays ; tout autant que des nouvelles constructions.
La reception se fit dans un salon de style colonial des plus classiques. Cela faisait ancien, mais il était indéniable que ça participait à l'attrait du pays que les guides touristiques eurysiens ne manquaient jamais de qualifier, à l'instar du Grand Ling, d'entre modernité et tradition. La simple pensé que ces mots aient été validé par un comité de rédaction hérissait les poils de l'Empereur.
La délégation, à présent en petit comité composé de l'Empereur et de ses Ministres, s'assit sur les canapés après y avoir été conviés. Clarisse prit la parole tandis que Sa Majesté l'écouta attentivement.

— Madame la Ministre, nous sommes heureux de voir que nous nous accordons sur la question ninchoise. Elle est en effet, le coeur de nos préoccupations. La Diplomatie n'est pas parvenue à faire entendre raison au Dyl'Milath qui souhaite malgré tout poursuivre son opération spéciale au Ninchi, arguant que sans cette dernière, l'utilisation probable de l'arme bactériologique par les rebelles illégitimes serait encore pire. Fasse à cette réponse peu concluante pour nos services, j'ai demandé à mon Premier-Ministre de maintenir nos forces dans le Détroit de Tahoku. La République de la Cité de Myaikho a par ailleurs souhaité nous aider en y envoyant trois navires de sa flotte, toute sa flotte pour ainsi dire. Dit l'Empereur avant une courte pause pour avaler sa salive. La question n'est pas de savoir si les rebelles réagiront mais quand. De ce fait, en tant qu'alliés de l'OND, nous sommes plus qu'heureux de pouvoir compter sur une partie de vos bâtiments de guerre pour nous aider à sécuriser la zone. Car oui, nous vous confirmons souhaiter votre assistance. Selon l'État-Major et mon Secrétaire à la Défense, le mieux serait toutefois de sécurisé l'espace aérien car le Dyl'Milath poursuivra son opération par les airs. Si le Super Anthrax devait survivre à l'opération spéciale, ce que nous croyons comme fort probable, il serait de bon ton de préparer le Médian à sa propagation rapide.
La conversation était préoccupante, on aurait pu croire que la lumière baissait comme dans un l-drama, ce n'était toutefois que les nuages à l'extérieur, poursuivant leur impertubable route dans un timing tout trouvé. Dehors, on entendait par les fenêtres ouvertes, des jardiniers s'affairant sur la pelouse avec leur tondeuse à gazon. Ils étaient inconscients face à tous les problèmes du Monde, car il s'agissait là d'un fardeau que seuls les dirigeants devaient porter.
— J'aime à croire que nous n'aurons pas besoin d'intervenir mais il faudra bien réparer les pots cassés que la Deuxième République du Dyl'Milath laissera derrière elle. Nous ne nous sommes pas encore entendus avec la Troisième République du Jashuria mais une intervention militaire plus musclée serait à prévoir. Quant aux sanctions envers les milathiens, nous n'en prévoyons pas pour l'instant même si une rupture diplomatique n'est pas inenvisageable dépendant de la suite des événement. Dans tous les cas de figure, il faut rétablir le Sultanat sur ses terres. Pour la stabilité régionale, pour la coopération, pour le commerce et pour le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes.
Sur une table basse aux nombreux motifs floraux, reposait quelques spécialités locales bien connues. Sa Majesté dû se retenir pour ne pas engloutir les accras de morue ou les chips de banane plantain, il se laissa aller malgré tout en n'en mangeant quelques uns quand même. Malgré tout, il ne pu refuser le verre de planteur qui lui fut offert.

Armoiries du Grand Ling.
De manière assez naturelle, se servaient les officiels sylvois en mets à disposition. Il n'était évidemment pas question de s’empiffrer de manière déconvenue, mais avec élégance, on se permettait occasionnellement une petite chips pour accompagner l'écoute attentive des exposés qui se tenaient. Aucun manque de respect en cela, c'était une manière d'entretenir une discussion formelle sans pour autant ériger de barrières à la sympathie : c'était une discussion sérieuse entre représentants d'un peuple ami. Clarisse prit une petite gorgée de planteur en suivant les explications de son interlocuteur. Le sujet abordé était assez tendu, puisqu'il semblait plus être uniquement question de geler le conflit en empêchant une intervention de chacun des acteurs, mais bien d'agir en profondeur pour rétablir un interlocuteur légitime et « pratique » au Ninchi. C'était donc là deux sujets à aborder avec chacun leurs implications.

Si une intervention limitée visant simplement à cloisonner les zones à risque et servir de contre-feu à un embrasement généralisé de la région n'aurait, politiquement, pas été problématique à Sylva, une action directe supplémentaire dans un pays doté ne rappelait que trop le conflit carnavalais, marqué par un coup humain élevé et une cristallisation des tensions entre l'OND et certaines puissances concurrentes. S'ajoutait à cela la question du temps et des délais dont il était question, ainsi que de la disponibilité incertaine des forces sylvoises compte tenu des derniers théâtres d'intervention. Elle réfléchissait déjà au travail de préparation médiatique et de vulgarisation nécessaire pour que les citoyens sylvois acceptent de voir partir des fratries dans un nouveau conflit violent. La tâche serait ardue, mais pas difficile compte tenu des multiples traumatismes laissés par Carnavale sur la question des armes chimiques ou biologiques et la nécessité vitale de neutraliser les « ennemis de l'humanité », ceux qui se dotent de moyens de destruction de masse à des fins offensives.

Lorsque fut évoqué la nécessité d'une veille aérienne, on envisageait de simplement faire intervenir jusqu'à une brigade d'interception (une trentaine de chasseurs, un avion radar et six ravitailleurs) pour garantir l'exclusion aérienne, mais à l'évocation d'une intervention plus poussée, on envisageait aussi de préparer une brigade d'attaque au sol, ou de troquer la brigade d'interception par une brigade polyvalente (troquant les avions de chasse par des avions multirôles et ajoutant un avion de guerre électronique). Et même là, l'ampleur des effectifs était à discuter avec les lingois. Pareillement, quid des capacités terrestres ? Tant de question qu'il fallait pour Clarisse répondre :

- Bien, je prends notre de l'ensemble de ces éléments et vais devoir aborder deux points, le premier étant l'intervention immédiate pour sécuriser la zone et éviter l'escalade des événements, et le second sur le plus long terme avec la pacification durable de la région avec le rétablissement d'un gouvernement ouvert au dialogue au Ninchi.
La première chose à indiquer est que, si nous maintenons l'envoie d'un navire de surveillance pour assister votre blocus, il mettra au moins dix-huit jours pour arriver à destination. Dans ces conditions et face à l'urgence de la situation et la nécessité d'établir comme indiqué une zone d'exclusion aérienne pour empêcher l'intervention du Dyl-Milath, nous pouvons faire parvenir une brigade d'interception en l'espace de vingt-quatre heures, avec le nécessaire en ravitailleurs pour opérer des patrouilles prolonger depuis votre territoire. Il est également envisageable de faire parvenir un bataillon de défenses anti-aérienne pour participer à cette mission d'exclusion aérienne de manière préventive. Notons toutefois que nos LMAA ne pourront pas atteindre depuis le Grand Ling l'espace aérien Ninchois, il s'agit davantage d'un supplétif prêt à intervenir.

Il y avait une certaine fierté dans cet exposé, dans lequel Sylva exposait non pas seulement disposer du matériel, mais surtout des capacités de le projeter et ce, rapidement. L'aviation sylvoise était une fierté nationale, capable de se déporter rapidement n'importe où sur le globe. La flotte de cargo faisait partie de cette fierté, avec soixante gros porteurs capables en vingt-quatre d'acheminer n'importe où sur le globe un bataillon sans grande difficulté.

- Vient maintenant la question de l'intervention sur le long terme. En l'état, Sylva aurait besoin de clarifications supplémentaires avant de se permettre une opération d'une telle ampleur, à commencer par l'état final recherché. Si nous comprenons bien, le pouvoir est actuellement disputé au Ninchi entre plusieurs factions et l'objectif serait de neutraliser les moins légitimes pour assurer une reprise du dialogue avec la plus apte à reprendre les rennes du pouvoir, c'est bien cela ? Est-il prévu de tenir ce front avant tout sur le plan clandestin, militaire, ou les deux en coopération ? Avez-vous déjà une idée des positions des puissances régionales et particulièrement du Jashuria sur la question ? Quelle direction prendrait une internationalisation de ce conflit ?
Pour l'heure, le soutien que fournirait Sylva sur le sol Ninchois même serait avant tout de l'ordre du renseignement, infiltration et espionnage, que ce soit par des moyens humains ou électroniques. Jouer sur les dissensions internes, rivalités et craintes permettrait d'établir le contact avec des indicateurs et de fidéliser des complices. Jusqu'à où devrons-nous ensuite aller pour renverser les prétendants illégitimes ? Assassinats ciblés contre les meneurs ? Communication et propagande pour saper leur crédibilité et soutien par le peuple ? Sabotage sur leurs infrastructures et matériel pour les empêcher de pouvoir continuer la « course » ?
Au terme de discussion avec le Grand Ling et le Jashuria, ainsi que l'ensemble des acteurs internationaux crédibles... » Ce n'était pas dit avec condescendance, mais seulement un certain sens de la réalité sur la capacité et pertinence de certains États voisins à s'impliquer. « … Le Duché sera plus ou moins disposé à fournir un soutien plus intense sur le terrain. Il est envisageable d'intégrer des habiletés de frappe air-sol soit par l'ajout d'une brigade dédiée, soit par le remplacement de la brigade de chasseur par des appareils omnirôles. Dans tous les cas, nous pouvons nous attendre en vue de la configuration du terrain et des acteurs que le théâtre nécessite avant tout des ressources pour une lutte hybride plutôt que conventionnelle. Quelques bombes guidées suffiront à balayer les chefs de guerre, encore faut-il qu'ils soient localisés après avoir été décrédibilisé et affaiblie, pour nous assurer de l'effondrement de leur structure organisationnelle et l'adhésion des restes à l'autorité légitimité soutenue. L'aide du Jashuria sera précieuse en ce sens, après son expérience en Chandekolza incluant une préparation hybride du conflit et une internationalisation de l'opération.

Elle prit une autre gorgée de planteur, pour laisser le temps à ses interlocuteurs d'assimiler les éléments avancés, avant de reprendre pour les résumer et leur laisser la parole :

- En conclusion, le Duché de Sylva est pleinement déterminé à porter assistance à son allié le Grand Ling dans la stabilisation de la région en empêchant dans un premier temps l'explosion d'un conflit entre Dyl'Milath et Ninchi, puis dans un second temps en menant une opération pour stabiliser le Ninchi et rétablir des fondations propices au dialogue et à la paix. Néanmoins, ladite opération sera conditionnée par une préparation qualitative du terrain, aussi bien géopolitique que local / social, pour éviter la réitération d'un théâtre à la Carnavale qui s'éterniserait dans le temps et tournerait à la boucherie.
Là, elle eut enfin fini et prit un akra du bout des doigts, le trempant dans un peu de sauce chien pour signifier aux invités qu'ils pouvaient maintenant exposer leurs points pendant que les sylvois écouteront.
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Vue du large.
LANPIR AN BITASYON-LA
Rencontre Empire du Grand Ling – Duché de Sylva.


Les douceurs posées sur la table basse faisaient, par certains aspects, penser à des spécialités lingoises et plus généralement nazuméennes. En tête de liste, les acras avaient de grandes similarités avec les takoyaki originaires du Fujiwa et dont une recette nara avait remplacé le poulpe par des poissons, la morue en tête. Sur les rivages chauds du Grand Ling, la morue (ou Gadus macrocephalus) était en fait assez rare. Elle préférait largement les eaux plus froides du large et du nord du continent, mais le développement d'une pêche industrielle et le développement de flottes de pêche lointaine, avaient conduit à démocratiser ce poisson dans les assiettes lingoises. La versatilité des préparations qu'il était possible de faire avec ce cabillaud le rendait d'autant plus apprécié. L'Homme étant ce qu'il est, les stocks halieutiques diminuaient continuellement tandis que la demande explosait. C'était un peu le plaisir coupable de l'Empereur. Il savait que pour les ressources naturelles ce n'était pas bon, mais il ne boudait pas son plaisir de manger des takoyaki, encore moins depuis qu'il avait découvert les acras dont les condiments, les épices et la sauce chien qui accompagnait parfaitement cette collation ; l'avait convaincu sur le fait que c'était de loin, son poisson préféré.

Les chips de banane, si elles étaient connues au Grand Ling et apprécié, trouvaient des équivalents plus locaux encore. Les chips de lotus ou de taro. Ces premières avaient exactement la même texture que celles de banane : elle offrait une mache croquante et ferme à la fois tandis que leur saveur légèrement terreuse et la forme circulaire ne pouvaient que faire penser à cette spécialité sylvoise. Le problème ? Les trous naturels du lotus avaient quelque chose de désagréable, surtout lorsqu'une canine se bloquait dedans pendant la mache. A cet effet, l'Empereur avait trouvé bien meilleur en l'endroit du taro. Ce tubercule plus que commun de la région de Longwu trouvait ses origines dans l'Empire Yahudharma où il était cultivé depuis des millénaires. C'était d'ailleurs la plante cultivée la plus ancienne de toute l'Histoire du Monde. Les routes commerciales antiques avaient ramenées plus au nord certaines préparations du tubercule, jusqu'ici considéré comme seulement mauvaise herbe envahissante. Longwu avait été l'endroit le plus adapté à sa cultivation et des mers vertes infinies y avaient été plantées, provoquant au passage un petit bouleversement biologique. Une fois lavé et coupé en rondelle, le taro était frit pour être dégusté où on lui trouvait des ressemblances troublantes avec la plantain ou la patate douce. De toutes manières, le taro était aussi versatile qu'une pomme de terre et utilisé d'autant de manière qu'il y avait de famille. Frit en chips était probablement la forme préférée de l'Empereur qui en mangeait tout le long de la journée avec quelques arachides.
On aurait pu citer bien d'autres tubercules comme le manioc ou l'igname mais leur goût était légèrement différent de celui si particulier de la plantain.

Spécialités lingoises à base de taro et de morue similaire aux chips de plantain et aux acras.


Ling Jiajing constata avec quelle fausse désinvolture madame Jacquet se servait des douceurs locales. C'était une invitation à consommer, une preuve d'hospitalité et évidemment un peu de gourmandise. Dans la religion shintaoïste, dont l'Empereur était le chef, le rapport à l'alimentation était particulier et surtout extrêmement difficile à suivre. Si on s'en tenait aux livres saints du Xiangfa et du Daojing — respectivement un recueil de pensées écrit par Laocius et un ensemble de fables dialoguées comme d'enseignements plus poussés servant de pierre angulaire à la pratique de la religion —, il était listé un certain nombre d'interdits alimentaires parmi lesquels la nourriture maigre, riche, sobre, faste, fermentée, animale ou céréale. Les Hommes des temps anciens compensaient largement les carences d'un tel régime alimentaire par des décoctions ou des drogues. Cette rigueur avait été abandonnée il y a plusieurs décennies, voir un siècle, car on lui avait préféré une autre lecture : celle de l'alimentation modérée et proportionnelle à sa faim ou ses besoins. Aujourd'hui, la majorité des pratiquants comme l'Empereur se tenaient à cette modération et elle dénotait avait le faste impérial lui-même.
Alors, il se permit quelques nouvelles pincées disparates sans jamais abuser. Un acra avec une pointe de sauce de temps en temps, une ou deux chips, une petite gorgée pour faire descendre cela, le tout séparé par de très longues minutes. Le scénario se répétait comme une imperturbable boucle, variant seulement parfois dans le choix de l'en-cas choisit. C'était un drôle de manège pour qui n'était pas habitué, pour l'Empereur c'était une habitude naturelle comme... Respirer.

Le caractère détonant de la saynète avec la gravité des maux désigné ce jour était frappant pour tout le monde. Madame Jacquet n'aurait pas pu l'ignorer, pas plus que n'importe quelle autre Boisderose l'aurait pu si elle avait été présente.
La délégation lingoise écouta avec rigueur les propos de la ministre. Chaque mot était pesé et imperturbable, elle ne montrait pas à quel point elle se devait de réfléchir à la situation pour en extraire toutes les solutions viables. Ling Jiajing était rompu à la pratique. D'un naturel très calme et réfléchit, rien ne semblait pouvoir perturber la tranquillité impériale. On pensait même qu'il n'était pas physiquement capable de ressentir le stress, mais l'Empereur plaisantait aisément en petit comité sur sa stupéfiante ressemblance avec un âne. Têtu de façade, réfléchissant en fond.
Les sylvois étaient plus que compréhensifs sur le cas ninchois et plus que volontaire à aider leurs nouveaux alliés au Nazum. Madame Jacquet semblait prête à engager des forces substantielles pour soutenir la vieillissante armée lingoise dont les politiques de modernisation se heurtait aux budgets fédéraux limités. C'était une excellente chose car plus que jamais, le Median était instable et une guerre courte ou longue, n'était plus qu'une question de semaines.
La puissance militaire sylvoise n'était pas une chimère, pas même au Nazum. Ce n'était pas pour rien que le Grand Ling avait plébiscité son entrée dans l'OND où Sylva siégeait. La politique internationale voulue par le Cabinet était une obligation pour survivre dans un monde désunis.

— Il nous parait adapter de présenter nos remerciements. Il est vrai que votre frégate peut être un atout, mais nous sommes trop éloignés pour une intervention éclaire en l'absence de forces à proximité du Nazum. Dès l'ores, votre brigade d'interception – ainsi que vous la nommez – nous semble plus pertinente pour l'heure. Votre bataillon est quant à lui plus que plébiscité pour sécuriser notre espace aérien et notre territoire. De nos jours, les guerres se remportent davantage par les airs que par terre ou par mer. Aussi...
Sa Majesté fut interrompue lorsque le secrétaire d'État dû s'excuser à répondre à un appel. Normalement, aucun téléphone n'était admis lors d'une entrevue avec l'Empereur pour une question de respect, mais l'urgence géopolitique imposait une entorse aux protocoles rigoureux né à une époque où les affrontements prenaient autant de mois à se préparer qu'à se gagner. Une fois éloigné, le Secrétaire revint l'air grave et s'approcha de Ling Jiajing pour lui souffler quelques mots, s'excusant au passage de sa conduite irrévérencieuse auprès de leur hôte.
— Merci, monsieur le Secrétaire. Il semble que la situation se soit compliquée entre deux acras. Se risqua à dire Ling Jiajing dans un humour étonnant qui lui était propre. Notre chef de la diplomatie vient de nous informer que la chancellerie jashurienne nous avait fait parvenir une copie de leur déclaration aux autorités milathienne et la réponse afférente. Nous aimons à croire que nous connaissons assez bien madame MATHAI et le Cercle Intérieur pour savoir que cette réponse ne sera pas de leur goût. Le paradigme a donc changé. Il s'agit davantage de réparer ce qui a été causé que ce qui pourrait être évité.
Il poussa un léger soupire plaintif, se frotta doucement une tempe et bu une gorgée le temps que la Ministre assimile l'information. Son verre était déjà aux trois quarts vide.
— Sachez avant toutes choses que nous sommes formellement opposé à ce que les règlements du conflit soit externalisé en dehors du Nazum. Il n'est donc pas question de respecter les milathiens sur leur souhait de l'envoyer mourir en Eurysie, au Karty.
Pour le long cours, le Dyl'Milath est un danger pour tous, il est instable et irréfléchi. Le cas ninchois résolu par le rétablissement du Sultan ou de n'importe quel régime — non communiste – désigné par le peuple, le Dyl'Milath devra être contenu.
Nous allons probablement ouvrir au Nazum avec certains partenaires, des négociations diplomatiques pour résoudre cette crise. Il n'est pas déraisonnable de croire que des opérations secrètes, clandestines et calculées doivent se jouer en parallèle pour affaiblir la position des rebelles illégitimes. Surtout la faction communiste. L'autoproclamé état-compagnie de Nanquo et les communistes sont deux hydres dont les têtes doivent être coupées et brûlées. Le peuple doit comprendre que ses intérêts sont vers une démocratie socio-libérale ou libérale forte. La propagande sera de rigueur pour qu'ils déstabilisent de l'intérieur les territoires occupés.

Il marqua une nouvelle pose, réfléchissant tel un âne avant de reprendre. Le verre était vide.
— La Troisième République du Jashuria comme l'Empire du Grand Ling veulent voir le Super Anthrax, qu'importe qui le détient, et l'instabilité lié à la guerre civile anéantis par tous les moyens nécessaires et sous couvert de protéger un maximum les populations civiles.
Cette affirmation vaut également pour l'État milathien dont les meneurs sont bien trop déraisonnables, ainsi que nous vous l'avons dit.

La question doit rester aux mains des nazumis, mais rien n'empêche ces-mêmes nazumis de disposer d'un soutien extérieur si cela peut assurer une double victoire et que cela ne sert pas de prétexte à ce que le pouvoir décisionnel du Nazum revienne à ces mêmes soutiens extérieurs. En d'autres termes, la Troisième République ne devrait pas s'opposer à ce que vous nous aidiez, si vous consentez à ce que nous soyons décisionnaires. Evidemment, chacune des décisions sera transmise à vos services et vous travailleriez directement avec nous où votre expertise autant que votre aide logistique sera nécessaire. Et, elle le sera.


Armoiries du Grand Ling.
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Clarisse acquiesça aux propos de son interlocuteur, empreint de sagesse et mesure qui lui avait manqué d'une certaine manière. Dernièrement, Sylva et globalement l'OND avait été confronté à des acteurs qui ne disposaient pas de ce bon sens et escaladaient immédiatement les conflits dans des proportions dantesques, dispensables. L'Ouwanlinda et l'assassinat d'Idi Amar, Carnavale et l’holocauste d'Estham, le LiberalIntern et les bombardements globaux de la Krésetchnie, l'OND ou Sylva étaient dans chacune de ces situations contraintes de réagir avec une force semblable pour calmer les ardeurs d'agents déstabilisants, voir génocidaire, protéger leurs intérêts, voir leur existence même et la sécurité de millions d'êtres humains. Dyl'Milath et le Ninchi étaient des énièmes perturbateurs démangeant les intérêts d'un membre de l'OND. Pour autant, fidèle à sa mesure, l'alliance n'allait pas répondre avec une force disproportionnée, mais prendre le temps de clairement constater la situation pour en tenir l'ensemble des tenants et aboutissants, se concerter avec les acteurs régionaux impliqués et prendre la meilleure décision.

– Nos positions convergent et nous sommes d'accords sur l'ensemble des points. Sylva fera parvenir un soutien rapide au Grand Ling sous la forme d'une brigade d'interception et d'un bataillon de défense anti-aérienne, puis sur le plus long terme une frégate davantage présente pour le message diplomatique. Pas plus de forces conventionnelles ne seront mobilisées tant que la situation ne le justifiera pas et nous suivrons le commandement nazuméen, naturellement. Nous sommes là en forces auxiliaires pour suppléer vos actions, la chose est parfaitement intégrée et nous approuvons cette posture, la responsabilité du Nazum incombant avant tout à ses habitants. C'est d'ailleurs pour cette raison que nous soutenons l'idée que Karty n'est pas un médiateur approprié pour cela. Ce n'est pas un acteur local et il n'a aucune responsabilité, et donc prérogative, dans la gestion de cette crise. De plus, Karty se doit de rétablir sa crédibilité diplomatique avant de prétendre à ce genre de position, mais ce n'est pas le sujet du jour.
Ces derniers mots étaient prononcés avec une certaine fermeté, et il ne fallait pas être devin pour comprendre que n'étaient pas retombées les tensions avec Karty depuis l'affaire de la Krésetchnie. L'inconstance diplomatique du pays, son refus de tenir ses engagements, sa communication victimaire, sa complaisance envers l'impérialisme du LiberalIntern et l'hostilité manifeste de sa diplomatie après son changement de régime en faisait définitivement une source de méfiance plutôt que de respect. Si on parlait d'une nation respectable et pacifiste, on aurait pu accorder une certaine honnêteté chez eux à ainsi faire peser l'intégralité des responsabilités de ce théâtre à la Krésetchnie et OND, mais c'était là une posture particulièrement hypocrite après les frappes balistiques « gratuites » opérées à l'encontre du Churaynn. Sylva ne défendait pas ce dernier, évidemment, c'étaient au mieux des excités divertissants et passablement utiles aux intérêts de l'OND en s'attaquant au groupe terroriste génocidaire et coloniale Cramoisie. Mais l'agression envers le Churaynn par Karty démontrait que l'intégralité de leur discours sur la Krésetchnie n'était qu'une posture de forme ne suivant pas le fond de leurs actions et que leur prise à partie assumée en faveur du LiberalIntern n'était qu'un énième revirement incohérent. En un mot comme en cent, Karty n'était pas crédible et ne saurait prétendre à la médiation d'affaire Nazuméenne, voire à la médiation de ses propres affaires nationales.

La ministre et ses conseillers continuaient de se servir sans réellement se retenir. La culture sylvoise détonait avec celle de la famille impériale lingoise : si l'excès n'était pas bien vu en Sylva, se laisser aller aux plaisirs de la bonne gastronomie et du terroir n'était pas vu comme tel, de l'excès. C'était bon, plaisant et une fierté nationale, culturelle. Se faire plaisir à manger signifiait tout simplement de vivre et bien comme il faut, en plus de s'intégrer dans la continuité logique de la cuisine qui était également un élément culturel avec ses propres marqueurs locaux. On ne s'empiffrait pas, mais on ne se privait pas pour autant. Mieux encore, il n'était pas là question de juste manger, mais de manger à plusieurs. C'était un acte social et communautaire qui ressoudait les liens, presque un petit acte de célébration du quotidien et du groupe. Ce n'était pas un hasard si les rencontres amicales s'accompagnaient de riches apéritifs et diners d'États, c'étaient des occasions de célébrer et établir une atmosphère amicale et développer des liens (surtout si ces liens existaient déjà, fut-elle absente). Il était intégré en Sylva que la vie se devait d'être douce et paisible, que les prises de tête n'avaient pas lieu d'être et que les petits plaisirs méritaient d'être vécus. Clarisse laissait même de temps à autre son esprit divaguait sur le repas à venir. Elle n'était plus sûre de ce qui les attendait, le colombo de cabris était souvent choisi, à la fois valeur sûre et plat très typique. C'était qui plus est un plat d'origine nazumis dont on rapportait la source au Jashuria, de quoi offrir quelque chose de relativement familier à la famille impériale. Mais il y avait aussi le gratin de patates douces qui revenait régulièrement, véritable explosion gustative et de quoi contenter la plupart des invités. Il serait probablement pris avec une côte de porc à la sauce chien. Un bon plat marin était aussi très probable : langoustes, chatrou, crabe, ouassou (bien que ce dernier vienne des rivières et non des mers), il y avait du choix pour faire un repas aussi bon que raffiné et marqué culturellement. Un bon matété de crabe lui ferait tant plaisir, là maintenant. À elle aussi d'ailleurs. Et le dessert, c'était là le plus difficile à prévoir. Allait-on avoir un caca bœuf, amenant systématiquement à ce petit moment d'hésitation avec l'explication sur la nature du plat ? Ou le responsable de la réception souhaitait-il éviter les prises de risque et se contenter d'un assortiment de sik a koko, pains sucrés et gâteaux accompagnés de chodo ?

Mais assez pensé à ces petits plaisirs, il était plus que temps de revenir sur les sujets principaux, et là des trains. Le Duché de Sylva avait développé un réseau de chemin de fer assez important, hérité d'une dynamique issue de l'industrialisation et concentrant conséquemment les principaux axes de circulation dans le Bourg de Rougris, véritable cœur industriel national pendant une très longue période, dont le développement avait été dopé durant la Pax Caratradica qui avait exigé une accélération des investissements sidérurgiques. Les trains s'étaient d'abord implantés parallèlement aux machines à vapeur et à l'industrie du charbon, de l'acier et des hauts fourneaux. C'était un réseau relativement diffus entre les différents centres urbains où étaient répartis les usines et fonderies du pays. Il avait ensuite été renforcé avec ladite confrontation contre la puissance mondiale qu'était Caratrad pour répondre au besoin urgent de mettre à niveau la marine sylvoise avec le développement de véritable croiseurs protégés puis croiseurs cuirassés après s'être trop longuement entêté à maintenir des navires en bois. La chose s'est faite péniblement et pour deux raisons : cela allait en premier lieu directement en contradiction avec la culture de la charpente navale, continuation du travail du bois en général dans le pays, et provoquait l'effondrement de tout un corps de métier, écrasé par de nouvelles usines rationalisées qui n'avait pas toutes ces histoires, toute cette attache culturelle au pays. Puis cela provoquait en second lieu une explosion de la pollution à Sylva, déjà très mal vue avec l'industrialisation et intensification des haut fourneaux, mais qui atteignait à ce stade son paroxysme. Le Bourg Rougris encore à l'heure actuelle en portait les stigmates, héritage d'une période de développement accéléré qui avait constitué un véritable traumatisme, encore aujourd'hui perpétué de génération en génération par diverses histoires, avec les témoignages d'anciens partis depuis longtemps déjà. C'est à ce moment que le réseau ferré s'était accéléré aux alentours de Bourg Rougris, en faisant le plus grand centre ferroviaire de Sylva. Et c'est à l'occasion de la baisse de son activité et de la transformation économique que ce réseau connaissait une certaine désuétude. Il n'était pas abandonné et avait perdu de sa superbe, passant d'une époque où cela représentait à un véritable atout national à un simple élément supplétif dans le réseau de transport sylvois. La tertiarisation de l'économie, délocalisation des usines de production de masse et remplacement du secondaire par une industrie de pointe dont les volumes sortants étaient moins quantitatifs au profit du qualitatif (une usine de waffle pour les micropuces ne sort pas des palettes aussi lourdes qu'une usine de lingots d'iconel 718) avait baissé les flux de marchandise.

Landivar, capitale du comté Mancenillier, avait connu une évolution semblable. Si le Bourg Rougris était le cœur industriel, Landivar en était le poumon. On en parlait cependant moins, déjà parce que c'était essentiellement un centre d'extraction là où Rougris faisait l'extraction et transformation, mais aussi parce que son développement fut plus tardif et grandement lié à l'extraction de terres rares (particulièrement du gallium qu'on séparait de la bauxite dans l'exploitation de l'aluminium). C'était donc un centre également important, mais de manière moindre en apparence, et surtout arrivé à ce positionnement bien après le Bourg Rougris, quand celui-ci occupait déjà les esprits comme le centre industriel anthracite bien pollué. « Pire encore », le développement de l'extraction de terres rares s'est faite en suivant les investissements dans sa transformation, bien plus lucrative. L'impact industriel et économique de Landivar a conséquemment été effacé dans l'imaginaire par des villes « de haute technologie » comme Baobab Ville. Malgré tout, il s'agissait d'un second nœud de circulation majeur, juste après le Bourg Rougris. Le réseau ferroviaire actuel se résumait conséquemment à une toile avec deux épicentres, Bourg Rougris et Landivar, qui constituaient les principaux nœuds de circulation.

– Nos positions conjointes concernant le Ninchi et Dyl'Milath étant convenues, nous allons pouvoir aborder un autre sujet d'envergure, une coopération ferroviaire entre le Duché de Sylva et l'Empire du Grand Ling. Comme vous le savez, notre réseau de trains du Duché s'est développé principalement pendant la révolution industrielle pour accompagner ce développement et mettre à profit les évolutions technologiques pour suivre les flux croissants de marchandise. La chose a doucement évoluée mi-vingtième siècle, mais l'ensemble du réseau actuel est hérité de cette époque, à l'exception d'une progressive modernisation des trains en eux-mêmes. Nous avions pour objectif de relancer ce secteur et de remettre au niveau le savoir-faire sylvois dans le domaine afin de refaire des trains un élément majeur de la circulation en Sylva. Un premier programme a été initié auprès de partenaires pérons mais s'est avéré notablement infructueux. À l'heure actuelle, Sylva poursuit sa croissance économie et a connu dernièrement une succession de boum avec une modernisation accélérée et la maturation de nombreux secteurs de pointes dans lesquels nous sommes mondialement concurrentiels. Il est difficile de tolérer dans ce contexte un tel retard sur le plan ferroviaire, un élément majeur de la modernité si j'oserais dire, tant sur l'économie que les modes de vie.
Là s'avança la Ministre des Transports, Dominique Manoury, qui déploya une carte sur la table (en prêtant bien attention aux apéritifs, avec une dextérité qui laissait penser que les sylvois devaient régulièrement étendre de la paperasse sur des tables encombrées de nourriture et alcool).

Carte ferroviaire de Sylva
Carte ferroviaire de Sylva (clique molette pour agrandir)

Comme vous pouvez le constater, ce réseau est marqué par l'objectif initial purement industriel et productiviste centré autour de Rougris puis Landivar. Les grandes villes restent assez sommairement connectée, certaines étant franchement isolées avec de grands détours obligatoires pour circuler. De nos jours, ce n'est plus possible, l'objectif est à terme d'avoir un réseau de train suffisamment efficace et optimisé pour permettre une circulation confortable, car il est à l'heure actuelle plus intéressant de prendre la route aussi bien en terme de durée que dépense.

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Vue du large.
LANPIR AN BITASYON-LA
Rencontre Empire du Grand Ling – Duché de Sylva.


Les deux délégations tombèrent assez rapidement d'accord sur la question ninchoise. L'Empereur ne jugea pas cela indispensable d'ajouter quoi que ce soit. Il se contenta de hocher légèrement la tête en émettant un son grave. C'était une spécificité neijinganese, émettre un son grave ponctuait régulièrement les phrases et servait notamment à les conclure lorsque plus rien n'était à ajouter. Ce phénomène appelé par les ethnolinguistes « bourdonnement nasal » utilisé comme « marqueur de complétude discursive » ou plus simplement « aizuchi d'auto-confirmation » ou « sceau de gorge » était assez répandu dans le Nord du Grand Ling et principalement, dans la province du Qin.
Fait amusant, il était intégralement absent du Longwu, du Chuangzhi ou du Wujiang ce qui faisait que les conversations pouvaient avoir des tournures particulières si l'interlocuteur ne comprenait pas cette endo-ponctuation. Il était à espérer que la délégation sylvoise ne s'offusquerait pas d'une telle chose.
Ling Jiajing regardait sans réellement voir la délégation sylvoise se servir continuellement en en-cas présents sur la table. Manger au Grand Ling était quelque chose de festif, car c'était un moment de convivialité pur où trois voire quatre générations se fréquentaient autour de nombreux plats aux mille saveurs et mille odeurs. Les portions étaient délirantes, attendu que l'on mangeait souvent à six, huit ou dix personnes autour d'une table. Lors des grandes célébrations comme Yu (24 décembre, célébration du Jade et de l'Empereur de Jade), Linghun (02 novembre, célébration des âmes et des défunts), Gengxin (21 mars, célébration du printemps), Shoucheng (10 octobre, célébration des récoltes et action de grâce), Wangchao (05 avril, célébration de la Dynastie) ou la très célèbre célébration de Guonian (premier jour du premier mois lunaire, Nouvel An lingois) ; les tables pouvaient comporter plus d'une trentaine de personnes et autant de nourriture pour les contenter. Certains shintaoïstes puritains y voyait là le plus grand des paradoxes et le plus néfaste, car s'il était recommandé la modération dans les Saintes Écritures, ils entendaient eux que cela ne devait pas laisser place au faste des saveurs. Ce que les écoles de pensée les plus modernes ne répondaient jamais, c'est que manger à beaucoup ne signifiait pas nécessairement manger beaucoup — même s'il serait tout à fait faux de croire que les lingois ne connaissaient pas l'art de se péter le bide. Ling Jiajing se souvenait de tables à trois cents personnes, réunissant la Maison Impériale au complet et ses invités. C'était autant de tonnes de riz, de cochons de lait, de quintaux de viande, de tonnes de légumes, de mètre cubes de bouillon et de palette de sac de farine qu'il en fallait pour contenter cette assemblée. Il se souvenait que des milliers de repas avaient été confectionnés simplement pour être donnés aux démunis de la capitale impériale. C'était une célébration où elle s'était rendue.
Il se souvenait qu'elle appréciait ces moments. Il se souvenait d'une rencontre à Tianhan où ils avaient pu partager un repas ensemble. Sur la multitude de propositions qu'offraient les cuisines du Grand Ling. Il se rappelait lui avoir conseillé de commencer par juteux xiaolongbao ou de son petit cousin le baozi puis de poursuivre son aventure culinaire par l'emblématique nasi goreng ayam de Tianhan tandis que le soleil se couchait sur les rizières de Longwu avant de passer par la mer et l'Unagi don lanhanese. Cette assiette généreuse s'était terminée par le très célèbre dan ta de Zhenzhou emprunté aux pasteis listoniens ou le rafraîchissant mochi yomogi de la cuisine chuanghzanese.

Ces pérégrinations culinaires mentales avaient ouvertes l'appétit de l'Empereur qui se pencha pour picorer quelques en-cas. Le sujet pénible conclu, les discussions partirent sur le sujet favoris de l'Empereur : le chemin de fer. S'il n'était pas un ingénieur de formation ni un grand spécialiste sur tous les aspects techniques, il avait la discrète fierté d'en connaître assez pour disposer d'un avis général pertinent. Cette pertinence avait souvent été mise en pratique lorsqu'il était encore Premier Prince d'Empire, forgée par la passion de son père pour l'histoire ferroviaire du pays.
Le Grand Ling pouvait se targuer de disposer du meilleur réseau ferroviaire du monde, supplantant par deux fois celui du Burujoa tant en termes de résilience et qu'en kilomètres de ligne et disposant de deuxième constructeur ferroviaire du Nazum que les contrats stratégiques, notamment avec le Royaume de Teyla, la République du Talaristan ou la Sublime Maison Aykhanide, avaient conduit à l'ériger petit à petit comme premier du continent et produit le plus exporté de l'Empire.
Depuis la Grande Dette du Rail, l'Empire du Grand Ling s'était restructuré autour d'une compagnie ferroviaire nationale qu'il utilisait tant comme vitrine industrielle et souveraine que comme outil d'aménagement du territoire. La DTG, devenue depuis GLR, avait sû réparer les erreurs de ce qui avait été la plus grande crise économique du secteur ferroviaire dont l'onde choc avait même profondément traumatisé les teylais ou secoué la Grande République de Velsna. En moins d'un siècle, le chemin de fer lingois était passé d'un ensemble difforme et incohérent en un arbre aux ramifications interminables. Le tout était supporté par une industrie nationale ferroviaire incarnée par Hongzhaji Rail en majorité et, dans une moindre mesure, aussi par YuLong Car Corporation (YCC) à qui devait-on une bonne partie des métropolitains lingois dont celui de Zhenzhou ou les liaisons régionales en limited express avec les infatigables AE2005 et AE300. Fort d'une reconnaissance durement recherchée, Great Ling Railways était même parvenue à se hisser comme experte technique pour le grand projet continentale du Ruban Doré ; terminant d'asseoir son hégémonie technique et technologique sur le plan ferroviaire.

Alors, quand les officiels sylvois mirent sur la table la carte du Duché et de ses infrastructures ferroviaires, l'œil aiguisé de Ling Jiajing s'y déposa avec une retenue volontaire. Il sourit imperceptiblement en voyant la nourriture déplacée et fit signe aux représentants de Hongzhaji Rail et Great Ling Railways de s'approcher. Ceux-ci étaient installé plus loin à contempler le travail des paysagistes et de leurs tondeuses bruyantes tout en discutant de quelques sujets inintéressants qu'un greffier aurait eu toute la peine à devoir retranscrire.
Ling Jiajing se pencha en avant pour regarder plus en détail la carte. Il a sorti de sa poche intérieure un étui de cuir contenant une paire de lunette. S'adressant à Clarisse, il lui dit en les posant sur son nez « Le plus grand mal de l'Homme, c'est de vieillir ».
La carte présentait, au premier regard, de nombreuses lacunes et imprécisions nécessaires à une lecture globale de la situation, mais elle démontrait une chose d'assez normal au regard de l'histoire ferroviaire sylvoise : les axes historiques hérités d'une industrie secondaire et primaire glissant vers le littoral peuplé — donc vers l'export — et vers les grands centres industriels comme Bourg Rougris ou Landiver.

Dessin d'une ligne de train sylvoise quelconque.

— Intéressant, très intéressant. Puis-je ? Questionna l'Empereur en prenant la carte dans ses mains. Clarisse Jacquet, comme sa délégation, ne s'y opposèrent pas. Si je puis me permettre un propos liminaire avant que ces honorables messieurs de chez Hongzhaji Rail et Great Ling Railways détaille un peu mieux dans quelles mesures nous pourrions vous aider à vous faire entrer dans la très restreinte famille des grandes nations ferroviaires ; je dirais que votre réseau est pour le moins ancien. Très ancien, à en voir la logique structurelle qu'il a. Il me rappelle celui du Grand Ling quand nous étions encore dans les années 1950. Si la réflexion pouvait sembler désagréable, elle ne se voulait pas péjorative mais plutôt explicite. Le Duché de Sylva était en avance et même leader sur de nombreux sujets, de très nombreux sujet. Il accusait néanmoins un terrible retard sur le secteur ferroviaire que seul le Royaume de Teyla — Parmis les grandes puissances ondienne du moins — avait su supplanter. Mais pour eux, l'excuse historique jouait en leur faveur. Bien. Je dirais d'abord qu'à vue de nez comme cela et sans connaissance de l'état d'entretien de vos infrastructures existentes, nous avons trois ou quatre priorités.
La première est naturellement de dresser un plan détaillé de l'état de vos infrastructures par un recensement ligne par ligne de l'état des voies, des ouvrages d'art, du matériel roulant et des installations de signalisation. Une fois fait, il faudra adapter la réponse en modernisant proportionnellement aux besoins.
Dans un second temps, il va falloir très probablement retravailler votre desserte côtière qui, si je ne m'abuse, doit être continuellement saturée notamment en période de relâche scolaire ou durant les périodes saisonnières où vous souffrez d'une forte affluence touristique. Votre littoral est la partie la plus peuplée du pays, une ligne grande vitesse côtière courant de Boabab Ville jusqu'à la Anse Marcel serait une bonne chose pour désengorger le réseau secondaire. Soulagé, nous pourrions améliorer le plan de transport local et voir à doubler ou tripler la capacité de fret ferroviaire pour désengorger vos routes face aux camions.
La troisième est probablement le triangle ferroviaire entre vos trois capitales. Bourg Rougris, votre capitale industrielle ; Bourg des Mahoganys, votre capitale politique et culturelle ; Baobab Ville, votre capitale économique et financière.
Enfin, il sera temps de s'attaquer au désenclavement et à la résilience de votre réseau en consolidant les connexions transfrontalières, en désenclavant vos territoires intérieurs comme le comté de Fromager, Amandier, Boisdinde ou encore Filao.

Cela vous semble t-il acceptable messieurs ?
Conclu l'Empereur en regardant ses spécialistes.

— Oui, c'est en effet les priorités que nous avons identifié. Répondit LEE Joon-ho en qualité de PDG de GLR. Avant de savoir quel investissement nouveau il faut opérer, nous devons impérativement savoir ce que vous avez. C'est à cette fin que servira le recensement. Après, la réponse adaptée sera donnée et nous pourrons nous occuper des axes nouveaux comme la ligne grande vitesse côtière ou le triangle ferroviaire des capitales.
Il est bon, par ailleurs, de savoir que les contraintes géomorphologiques de la côte feront nécessairement peser un certain coût sur la LGV côtière mais celle-ci sera amortie relativement rapidement et c'est de toute manière le seul endroit en plaine qui soit tout à fait acceptable pour ce flux voyageur là.

— Par ailleurs, poursuivi LU Zhenfang en sa qualité de PDG de Hongzhaji Rail, ce sera d'autant plus utile pour connaître quel matériel vous vendre, ou vous rénover, et en quelle quantité. Ce qui sera bien plus fiable pour disposer d'un calendrier de production et de livraison digne de ce nom. Il ne serait pas indécent de vous proposer un service express régional autour de vos capitales ou des liaisons en Limited Express pour diversifier le plan de transport.

Il était de bon ton de dire que les hostilités furent lancées. Tandis que, quelque part, un train rempli de voyageur siffla à l'approche d'un tunnel.

Armoiries du Grand Ling.

Les officiels sylvois acquiesçaient aux remarques des intervenants lingois, qui avaient rapidement identifié les éléments importants et mis le doigt sur plusieurs points à prendre en compte. Les remarques sur le retard sylvois en matière de ferroviaire n'étaient pas prises de manière négative, mais invitaient à l'introspection et autocritique. Après tout, ce sont les sylvois eux-mêmes qui avaient invité à cette collaboration, conscient des faiblesses et limitations de leur réseau, ce n'était pas pour prendre la mouche lorsque l'on mettait des mots sur les problèmes à résoudre. Rosalie Gaudin, représentante du Département des transports, pris le relais :

– Concernant l'état des lieux du réseau et de l'ensemble des moyens et infrastructures, nous pourront vous faire parvenir un récapitulatif très clair de la situation en combinant les bases de donnée du Réseau Ferroviaire Sylvois lui-même et en le complétant de relevés des instituts statistiques indépendants ou gouvernementaux. Cela constituera une première base solide pour vos analyses et vous permettront de soumettre des plans détaillés.
Fort d'une tradition planificatrice et souverainiste, le Duché de Sylva organisait minutieusement l'ensemble des acteurs des domaines jugés comme stratégiques à la souveraineté du pays en ensemble de département et secteurs industriels. Se comptait parmi eux le Secteur des Transports qui permettait de centraliser la coordination de l'ensemble des intervenants, répartir les objectifs, coordonner les efforts et partager les éventuels investissements étatiques. Les acteurs impliqués n'étaient pas forcément publics ou nationalisés, bien que l'État avait quasi systématiquement des parts dans les sociétés dans lesquelles il investissait, en plus de places dans les conseils d'administration. Mais même une entreprise entièrement privée qui contribuait à un secteur stratégique comme l'énergie, l'aéronautique ou dans ce cas-ci le transport, devait alors se plier à un ensemble de directives planificatrices pour répondre aux objectifs souverains et à la stabilité économique. Cette stratégie ne puisait pas ses sources dans les mouvements socialistes et collectivistes de Sylva, contrairement à ce que l'on pourrait penser, mais d'un recours de la noblesse pour garder une assise sur l'économie du pays face à l'émergence de la bourgeoisie. Cette politique était conséquemment très ancienne et s'était réellement définie pendant la révolution industrielle à la formation de conglomérats privés particulièrement puissants. Outil coercitif de la noblesse, cette institution ne fut pour autant pas rejetée par les différents mouvements de gauche en pleine ascension, mais plutôt récupérée et réorientée à mesure que collectivistes, communistes et partis centristes se coordonnaient dans leur montée en puissance dans l'assemblée.

– Je peux déjà vous confirmer que le littoral et le triangle Bourg Rougris – Baobab Ville – Bourg des Mahoganys constitue des points à renforcer drastiquement, tant sur le flux humain que marchand. Nous avons déjà un plan qui se dessine avec une première étape de recensement suivi des phases de proposition pour répondre aux problématiques identifiées avant d'en arriver aux ultimes phases de mise en application des plans validés.
Clarisse prit le relais, pour les questions plus organisationnelles et diplomatiques d'une telle entente :

– Il nous faudra dès à présent définir plusieurs points concernant les nouvelles infrastructures à construire. Il est fort probable que Great Ling Railway et Hongzhaji Rail se chargent de la majorité des travaux, au moins sur la question du savoir faire. Est-ce que vos organismes préfèreront opérer en qualité de contractant, ou plutôt en participant aux investissements ? Dans ce second cas, il faut noter que Sylva a une politique très stricte et que les investisseurs étrangers ne pourront pas posséder les infrastructures elle-même, mais les droits d'exploitation. J'entends par là que les entreprises lingoises pourront, au-delà de construire et opérer les infrastructures contre rémunération, également participer au financement et à l'opération. De tels investissements justifieront des retours sous forme de dividendes, si ce n'est qu'ils seront reversés via un accord de droit d'exploitation plutôt que par la propriété des infrastructures en elle-même. Il s'agit de mesures systématiquement appliquées ici pour conjointement assurer et sécuriser les intérêts des acteurs sylvois et intervenants étrangers. La question est surtout de définir les clauses autour de ces droits d'exploitations qui, pour résumer, s'articule autour d'un engagement mutuel à diverses responsabilités. D'un côté, Sylva s'engage à respecter les préconisations lingoises et ses intérêts économiques, et de l'autre, les sociétés lingoises s'engagent à respecter les objectifs définis et à se coordonner avec les autres acteurs du Secteur du Transport si nécessaire.
C'était là un point sur lequel il devait y avoir pas mal de discussion en temps normal. Sylva était intransigeante sur cela : les infrastructures stratégiques sur son territoire doivent lui appartenir, et la gestion des dividendes auprès d'acteurs étrangers ne peut se faire que par des droits d'exploitation. C'était une politique jugée comme vitale pour le respect des mesures planificatrices et de la souveraineté, chose soutenue par les partis de gauche socialiste et droite monarchistes pour des raisons opposées. Comme dit, collectivistes et autres mouvements de gauche soutiennent ces directives pour défendre les intérêts des consommateurs et éviter les dérives du libéralisme là où la noblesse tient à préserver sa propre emprise sur l'économie et l'industrie. Seuls les mouvements plus libéraux de Sylva s'opposent, avec un très maigre succès, à cette direction, préférant un laissé faire et une privatisation des infrastructures pour des raisons assez évidentes.
Le dernier exemple en date où Sylva avait dû témoigner de cette intransigeance était avec l'Empire Raskenois, plus précisément Apex Energy (bien qu'on se plaise à dire en Sylva que les deux se confondent et que le sens de la hiérarchie est assez flou). Apex était venu construire un réacteur nucléaire et n'en avait obtenu aucune propriété, uniquement les fameux droits d'exploitation. Considérant la prise d'importance qu'avait pris par la suite cette multinationale et ses tendances à développer un réseau tentaculaire sous l'œil bienveillant de Rasken qui laissait faire à l'étranger, se fut jugé en Sylva comme une excellente idée de garder un contrôle stricte. Apex connaissait-elle pour autant un manquement dans ses intérêts ? Évidemment que non, le partenariat était solide, ses paiements tenus et ses recommandations entendues. Sylva pourrait théoriquement refuser de renouveler les droits d'exploitation (qui sont, dans le contrat avec Apex, limités à une dizaine d'années renouvelables), mais cela entacherait sa crédibilité si cette décision était prise sans raison valable, et découragerait des acteurs étrangers à tenir des accords équivalents s'il y avait un risque de les voir tomber en poussière. Or, c'était l'inverse, Sylva était connue pour tenir ses engagements contrairement à certaines nations qu'il n'était même pas utile de citer.

Vue du large.
LANPIR AN BITASYON-LA
Rencontre Empire du Grand Ling – Duché de Sylva.


Il était amusant, pour la délégatition lingoise, de constater à quel point le Duché et l'Empire se ressemblaient sur leurs fonctionnements et idéaux. Au Grand Ling, il y avait Great Ling Railways en qualité d'Établissement ferroviaire (EF) principal et une multitude de petits EF sans grandes prétentions, dédiés à des services spécialisé comme les trains touristiques, trains à thèmes et liaisons par fret spéciales comme la ligne de fret reliant différentes usines de Lingbo jusqu'aux terminaux portuaires. Cette volonté propre de l'État fédéral à disposer d'un réseau ferroviaire administré quasi exclusivement par un seul EF avait permis des réductions substantielles, des normalisations sans précédent et renforçaient la souveraineté lingoise sur son propre sol.
GLR disposait des infrastructures ce qui revenait à dire que le Grand Ling en disposait, car la compagnie était détenue à 100 % par des capitaux fédéraux. Cela était depuis près d'un demi-siècle, plus si on comptait avant cela DTG. Le regard de l'Empire sur ses secteurs stratégiques était celui du protectionnisme, exacerbé par un Monde désuni et assez fou. Chaque secteur disposait de son géant national ou à défaut, dans lequel l'État fédéral investissait soit directement, soit via son fonds d'investissement comme Great Ling Airlines dans l'aérien ; Sheng Motors dans l'automobile ; Kongke Aeronautics dans l'aéronautique ; Great Ling Telecom dans les télécommunications, etc.
C'était une gymnastique de chaque instant, le Grand Ling étant une nation sociale et libérale, où l'État fédéral devait trouver l'équilibre parfait entre l'interventionnisme et le laisser-faire. Malheureusement, ce sport quotidien se devait être réalisé pour éviter que les secteurs clés de l'économie lingoise tombe dans les mains de puissances étrangères malveillantes. Que dirait-on si Grand Hopital gérait la santé, le Grand Kah l'économie, le Burujoa le ferroviaire, Velsna la marine marchande, etc ?

Alors, aux précisions apportées par les représentants sylvois, la délégation lingoise répondit assez favorablement. Il n'avait jamais été question d'OPA hostile sur sol sylvois, il n'était pas non plus question de rendre dépendant une nation à l'Empire, quand bien même le gain de prestige et économique assurerait la fortune du Grand Ling pour les générations à venir. Comme pour tout, l'État préférait la coopération volontaire et l'entente ; il en serait de même pour le réseau ferroviaire des Boisderose. Et entre nous, la Maison Impériale jouissait de l'Habitation Soulange, elle en connaissait tout autant l'Histoire et n'aurait pas franchement eût l'envie d'être le nouveau de Marboussier.
L'Empire du Grand Ling allait plutôt proposer une expertise voir, potentiellement, l'implantation d'une filiale à Sylva. L'idée derrière était de reproduire l'indécent succès de GLR sans être rattaché à l'État. C'était le compromis le plus idéal, par défaut, tous les autres furent proposés. C'est Sa Majesté qui l'évoqua avant de rapidement laisser sa main à son Premier Ministre.

— Honorable Clarisse Jacquet, sachez que nos visions s'accordent sans le savoir. Déclara l'Empereur en inclinant légèrement la tête, pour regarder son interlocutrice par-dessus ses lunettes. L'Empire n'est pas du genre à chercher la mainmise sur ses partenaires, justement parce que ces partenaires pourraient poser plus de problèmes qu'ils n'apporteraient de solution si nous étions les moustiques virevoltant dans leurs oreilles. Il me peine de reconnaître que vous êtes une puissance économique surpassant la nôtre même si nos secteurs stratégiques connaissent une irrésistible croissance qui nous feront, peut-être, un jour devenir des puissances économiques et militaires égales. Ce que l'intégration à l'Organisation des Nations Démocratiques saurait précipiter. Dès lors, sachez que j'engage ma responsabilité personnelle contre toute forme de supplantation de votre souveraineté et nous avons tous deux assez de témoin ici. Conclu Sa Majesté, l'œil brillant de son propre humour.

— Excellence, si cela peut vous rassurer, nous avons plusieurs suggestions à vous formuler. Enchérit le Premier Ministre ZHOU Lee, après avoir été invité à continuer par l'Empereur. Great Ling Railways fournira des capitaux et des experts pour votre propre Établissement ferroviaire. Celui-ci a accumulé trop de retard pour que vos seules mains puissent s'en sortir et nous avons été particulièrement sollicités chez notre ami commun teylais pour démontrer l'efficacité de notre action.
De fait, il nous apparaît crucial de vous retourner la question : Par quelle modalité souhaitez-vous que nous intervenions pour la restauration de votre réseau puis pour son exploitation ? Nous proposons par défaut notre expertise et nos capitaux, mais nous pouvons également proposer l'établissement d'une filiale de GLR sur place, par exemple une hypothétique Compagnie des chemins de fer sylvois que nous appellerons par défaut CCF. La CCF pourrait être détenue à 49 % par GLR, à 51 % par vous dans la forme que vous jugerez nécessaire. L'autre solution est un accord équitable de 50 % chacun à l'image de ce que nous avons construit pour notre compagnie transfrontalière lino-burujoise. La dernière suggestion est finalement la première, votre EF national se charge du développement et de l'exploitation du réseau tandis que GLR ne s'occupe que de prestataire de service avec un accord sur la R&D. Nous travaillerions sur uniquement des sujets que vous souhaiteriez nous confier par exemple, tout l'aspect technique du réseau électrique alimentant vos cathénaires.


— À titre indicatif, ajouta LEE Joon-ho en qualité de PDG de GLR, Une filiale de GLR est le plus simple pour nous. Nous sommes conditionné aux exigences que vos 51 % vous offre, mais nous avons la puissance industrielle du groupe GLR derrière nous pour avancer rapidement sur ce vaste projet. Par défaut, cela vous retire quelques points de souveraineté, car vous acceptez qu'une entreprise publique étrangère s'accapare la presque moitié de votre compagnie nationale nouvelle, mais c'est ce qui aurait de plus puissant, ainsi que je vous le dise. Si la souveraineté vous est aussi cher qu'au Grand Ling – ce que nous comprenons parfaitement – alors agir en qualité de prestataire de service est peut-être le plus facile, mais c'est déporter une partie du savoir faire et de la puissance industrielle lingoise ce qui retarde de fait l'exécution.

Limited Express assez ancien, quelque part au Grand Ling.

— En ce qui concerne le matériel roulant, poursuivi LU Zhenfang en sa qualité de PDG de Hongzhaji Rail, Hongzhaji est un prestataire de service, notre marché est quasi exclusivement du commerce interentreprise, comprenez en gros que nous vendons nos produits à des entreprises. De fait, la question de la souveraineté ne se pose pas réellement si ce n'est que vous n'avez aucun constructeur local qui se charge de produire votre matériel. Il me semble que, de toutes manières, le gros de votre matériel était importé et non produit localement. Gallouèse, Caratrad, Péronas, Teyla... Je me risquerai à plaisanter sur le fait que c'est une tradition locale.
Toutefois, dans notre stratégie d'exportation et de développement ; nous aimerions suggérer un point que vos anciens partenaires n'avaient jamais fait jusqu'ici. Hongzhaji Rail veut s'installer durablement au Paltoterra, nous avons besoin de centres de productions et d'un siège social régional. Il n'est pas délirant de penser que Sylva pourrait offrir un parfait hospice pour cela. En sommes, nous vous proposons l'établissement de Hongzhaji Rail Sylva, une filiale de Hongzhaji Rail chez vous. Cela va créer de l'emploi, redynamiser un secteur en souffrance et offrir plus d'une décennie de stabilité économique de votre secteur, soit autant de familles – particulièrement leurs enfants – qui seront gâtés à la Noël.
LU Zhenfang marqua une courte pause ponctué par un acra de morue. Il n'en restait quasiment plus. Nous estimons Landivier comme la meilleure candidate pour notre usine, elle est centrale dans le pays et se trouve à mi-chemin entre vos comtés miniers et vos usines sidérurgiques. Cela va redynamiser le centre et la périphérie où, je pense, vous subissez un fort taux de chômage.

— Comme vous l'entendez, c'est un plan complet que nous venons vous apporter avec des garanties solides. Reprit l'Empereur en finissant le dernier acra. Vraiment délicieux, ces petites choses. Sa Majesté se racla la gorge. Voyez Neijing, notre capitale, par exemple. Son réseau ferroviaire urbain dépasse les 1'000 km, intégralement en 25 kV 50 Hz CA. Le pays entier à abandonné le 1'500 kV CC et nous sommes sur le point de terminer l'intégralité de l'électrification de notre parc. Le Qin à lui-seul représente plus de 4'000 km de chemin de fer pour 6'217 trains circulant sur son réseau — soit au départ et à destination, soit de passage. Cela représente 23,8 millions de voyageurs uniques par jours avec un taux d'incident inférieur à 3 % et un taux de régularité crevant le plafond à 97,8 %. C'est notre province la plus peuplée, elle compatibilise 53,6 millions d'habitants soit quasiment le double de votre population nationale. Nous sommes rompus à l'exercice des réseaux hyperdenses et c'est d'autant plus des arguments qui ont justifié notre position sur le Ruban Doré. Nous sommes parmis les premiers, sinon les premiers, pour la Grande Vitesse, les liaisons provinciales, interprovinciales en vitesse classique, en tramway, en métropolitain et même en monorail. Et pour ajouter une corde à cet arc déjà bien fournit, nous nous surpassons en trains touristiques à thème et en fret.

Ling Jiajing répondit directement à l'énoncé de la capacité de projection du Duché. Il en était fier, tout autant que Clarisse Jacquet l'avait été de son exposé sur son aviation militaire. Certains avaient les moyens de se défendre, d'autres les moyens de transporter. Le Grand Ling était fier de son chemin de fer, il le montrait aisément avec une pointe d'égo tout à fait justifié et acceptable.

Armoiries du Grand Ling.
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