Posté le : 22 mars 2026 à 16:36:36
6817
De manière assez naturelle, se servaient les officiels sylvois en mets à disposition. Il n'était évidemment pas question de s’empiffrer de manière déconvenue, mais avec élégance, on se permettait occasionnellement une petite chips pour accompagner l'écoute attentive des exposés qui se tenaient. Aucun manque de respect en cela, c'était une manière d'entretenir une discussion formelle sans pour autant ériger de barrières à la sympathie : c'était une discussion sérieuse entre représentants d'un peuple ami. Clarisse prit une petite gorgée de planteur en suivant les explications de son interlocuteur. Le sujet abordé était assez tendu, puisqu'il semblait plus être uniquement question de geler le conflit en empêchant une intervention de chacun des acteurs, mais bien d'agir en profondeur pour rétablir un interlocuteur légitime et « pratique » au Ninchi. C'était donc là deux sujets à aborder avec chacun leurs implications.
Si une intervention limitée visant simplement à cloisonner les zones à risque et servir de contre-feu à un embrasement généralisé de la région n'aurait, politiquement, pas été problématique à Sylva, une action directe supplémentaire dans un pays doté ne rappelait que trop le conflit carnavalais, marqué par un coup humain élevé et une cristallisation des tensions entre l'OND et certaines puissances concurrentes. S'ajoutait à cela la question du temps et des délais dont il était question, ainsi que de la disponibilité incertaine des forces sylvoises compte tenu des derniers théâtres d'intervention. Elle réfléchissait déjà au travail de préparation médiatique et de vulgarisation nécessaire pour que les citoyens sylvois acceptent de voir partir des fratries dans un nouveau conflit violent. La tâche serait ardue, mais pas difficile compte tenu des multiples traumatismes laissés par Carnavale sur la question des armes chimiques ou biologiques et la nécessité vitale de neutraliser les « ennemis de l'humanité », ceux qui se dotent de moyens de destruction de masse à des fins offensives.
Lorsque fut évoqué la nécessité d'une veille aérienne, on envisageait de simplement faire intervenir jusqu'à une brigade d'interception (une trentaine de chasseurs, un avion radar et six ravitailleurs) pour garantir l'exclusion aérienne, mais à l'évocation d'une intervention plus poussée, on envisageait aussi de préparer une brigade d'attaque au sol, ou de troquer la brigade d'interception par une brigade polyvalente (troquant les avions de chasse par des avions multirôles et ajoutant un avion de guerre électronique). Et même là, l'ampleur des effectifs était à discuter avec les lingois. Pareillement, quid des capacités terrestres ? Tant de question qu'il fallait pour Clarisse répondre :
- Bien, je prends notre de l'ensemble de ces éléments et vais devoir aborder deux points, le premier étant l'intervention immédiate pour sécuriser la zone et éviter l'escalade des événements, et le second sur le plus long terme avec la pacification durable de la région avec le rétablissement d'un gouvernement ouvert au dialogue au Ninchi.
La première chose à indiquer est que, si nous maintenons l'envoie d'un navire de surveillance pour assister votre blocus, il mettra au moins dix-huit jours pour arriver à destination. Dans ces conditions et face à l'urgence de la situation et la nécessité d'établir comme indiqué une zone d'exclusion aérienne pour empêcher l'intervention du Dyl-Milath, nous pouvons faire parvenir une brigade d'interception en l'espace de vingt-quatre heures, avec le nécessaire en ravitailleurs pour opérer des patrouilles prolonger depuis votre territoire. Il est également envisageable de faire parvenir un bataillon de défenses anti-aérienne pour participer à cette mission d'exclusion aérienne de manière préventive. Notons toutefois que nos LMAA ne pourront pas atteindre depuis le Grand Ling l'espace aérien Ninchois, il s'agit davantage d'un supplétif prêt à intervenir.
Il y avait une certaine fierté dans cet exposé, dans lequel Sylva exposait non pas seulement disposer du matériel, mais surtout des capacités de le projeter et ce, rapidement. L'aviation sylvoise était une fierté nationale, capable de se déporter rapidement n'importe où sur le globe. La flotte de cargo faisait partie de cette fierté, avec soixante gros porteurs capables en vingt-quatre d'acheminer n'importe où sur le globe un bataillon sans grande difficulté.
- Vient maintenant la question de l'intervention sur le long terme. En l'état, Sylva aurait besoin de clarifications supplémentaires avant de se permettre une opération d'une telle ampleur, à commencer par l'état final recherché. Si nous comprenons bien, le pouvoir est actuellement disputé au Ninchi entre plusieurs factions et l'objectif serait de neutraliser les moins légitimes pour assurer une reprise du dialogue avec la plus apte à reprendre les rennes du pouvoir, c'est bien cela ? Est-il prévu de tenir ce front avant tout sur le plan clandestin, militaire, ou les deux en coopération ? Avez-vous déjà une idée des positions des puissances régionales et particulièrement du Jashuria sur la question ? Quelle direction prendrait une internationalisation de ce conflit ?
Pour l'heure, le soutien que fournirait Sylva sur le sol Ninchois même serait avant tout de l'ordre du renseignement, infiltration et espionnage, que ce soit par des moyens humains ou électroniques. Jouer sur les dissensions internes, rivalités et craintes permettrait d'établir le contact avec des indicateurs et de fidéliser des complices. Jusqu'à où devrons-nous ensuite aller pour renverser les prétendants illégitimes ? Assassinats ciblés contre les meneurs ? Communication et propagande pour saper leur crédibilité et soutien par le peuple ? Sabotage sur leurs infrastructures et matériel pour les empêcher de pouvoir continuer la « course » ?
Au terme de discussion avec le Grand Ling et le Jashuria, ainsi que l'ensemble des acteurs internationaux crédibles... » Ce n'était pas dit avec condescendance, mais seulement un certain sens de la réalité sur la capacité et pertinence de certains États voisins à s'impliquer. « … Le Duché sera plus ou moins disposé à fournir un soutien plus intense sur le terrain. Il est envisageable d'intégrer des habiletés de frappe air-sol soit par l'ajout d'une brigade dédiée, soit par le remplacement de la brigade de chasseur par des appareils omnirôles. Dans tous les cas, nous pouvons nous attendre en vue de la configuration du terrain et des acteurs que le théâtre nécessite avant tout des ressources pour une lutte hybride plutôt que conventionnelle. Quelques bombes guidées suffiront à balayer les chefs de guerre, encore faut-il qu'ils soient localisés après avoir été décrédibilisé et affaiblie, pour nous assurer de l'effondrement de leur structure organisationnelle et l'adhésion des restes à l'autorité légitimité soutenue. L'aide du Jashuria sera précieuse en ce sens, après son expérience en Chandekolza incluant une préparation hybride du conflit et une internationalisation de l'opération.
Elle prit une autre gorgée de planteur, pour laisser le temps à ses interlocuteurs d'assimiler les éléments avancés, avant de reprendre pour les résumer et leur laisser la parole :
- En conclusion, le Duché de Sylva est pleinement déterminé à porter assistance à son allié le Grand Ling dans la stabilisation de la région en empêchant dans un premier temps l'explosion d'un conflit entre Dyl'Milath et Ninchi, puis dans un second temps en menant une opération pour stabiliser le Ninchi et rétablir des fondations propices au dialogue et à la paix. Néanmoins, ladite opération sera conditionnée par une préparation qualitative du terrain, aussi bien géopolitique que local / social, pour éviter la réitération d'un théâtre à la Carnavale qui s'éterniserait dans le temps et tournerait à la boucherie.
Là, elle eut enfin fini et prit un akra du bout des doigts, le trempant dans un peu de sauce chien pour signifier aux invités qu'ils pouvaient maintenant exposer leurs points pendant que les sylvois écouteront.