Posté le : 11 avr. 2026 à 00:08:54
Modifié le : 11 avr. 2026 à 00:42:18
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4. Vivre ensemble
Matthew ROBERT : Nous allons maintenant évoquer les questions de vivre ensemble, un sujet qui provoque des débats vifs et passionnés dans notre pays, car en lien avec la religion, la morale, l'éducation des enfants et ceux qu'on appelle les minorités. Otto, à vous l'honneur.
Otto JOGICHES : Monsieur Raymond, vous voulez faire apprendre aux jeunes des savoirs “diversifiés et indispensables”, mais vous dîtes aussi que les jeunes n’apprennent pas ces savoir-faire aujourd’hui, faisant penser qu’elles ne sont peut-être pas si indispensables que ça. À votre avis, pourquoi les jeunes n’apprennent pas ces savoirs “indispensables” à Brocelynwood aujourd’hui ?
Leonard RAYMOND (Républicain) : Car la société va mal. Évidemment que ces savoirs sont indispensables. Mais les jeunes comptent sur leurs parents, leurs grands-parents. Nous devrions faire un sondage : demandons aux filles et jeunes femmes de 15 à 30 ans combien savent coudre de nos jours, ou gérer l'administratif du foyer. Demandons aux jeunes hommes combien savent encore bricoler. Il est évident que le nombre sera faible, en tout cas bien plus faible qu'avant. Alors si les familles ne sont plus le lieu de transmission, ce que je regrette, garantissons que l'École le soit.
Bram STRAKE (Communiste) : Ce que des millions de personnes savent faire de leurs mains ne vous intéresse habituellement pas du tout. Mais pourquoi pas, si cela peut vous contenter. Bon, parlons sérieusement. Nous ce qui nous intéresse au Parti Communiste, c'est que l'École apporte autre chose qu'une transmission Royaliste, traditionaliste, religieuse, basée sur une vision capitaliste de l'Histoire. Les jeunes doivent savoir repérer la domination d'un petit nombre et non pas qu'on leur apprenne à s'y soumettre. C'est aujourd'hui la fonction de l'école, très clairement : préparer de bons petits soldats aux ordres pour demain.
Victor ARKWRIGHT (Libéral) : Au Parti Libéral, nous pensons que l'École doit évoluer, mais évidemment pas pour en faire un lavage de cerveau communiste. Ce que je vais dire va profondément déplaire à Monsieur Strake, ce qui est plutôt bon signe, mais une des fonctions essentielles de l’école doit être de préparer progressivement à développer des compétences nécessaires au monde économique de demain. Construisons des alliances entre les entreprises et les écoles.
Jared FENLOW (Peuple) : On présente parfois le Parti Libéral comme émancipateur. Vous prouvez que vous ne l’êtes absolument pas. Vous voulez produire de la bonne main d'œuvre, voilà votre vision du rôle de l’école. Nous, nous voulons donner aux enfants les clefs pour avoir un esprit critique, pour créer une société égalitaire, de coopération.
Leonard RAYMOND (Républicain) : C’est vous qui mentez. Vous voulez une société plus respectueuse ? Non. Vous voulez combattre l’autorité à l’école. Vous voulez une société de coopération, d’intelligence relationnelle entre les personnes ? Encore non. Vous voulez jetez les valeurs religieuses hors de l’école.
Bram STRAKE (Communiste) : La religion ne permet aucunement de développer la coopération entre les individus, que dites-vous. C’est une institution oppressive qui maintient un ordre moral et de domination au service des royalistes et des bourgeois, sur la base de croyances qui elles ont le droit de pratiquer dans un cadre privé.
Leonard RAYMOND (Républicain) : Afin d’être certain que cela soit clair, je répète que je n’écoute pas un mot de ce que dit cet énergumène et ne formulerai donc aucune réponse.
Bram STRAKE (Communiste) : Utilisez donc bien votre temps de parole pour répéter combien le parti communiste vous fait peur, ça nous évite de vous écouter déblatérer des inepties au profit de votre classe sociale.
Matthew ROBERT : Messieurs. Je demande à chacun de se ressaisir. Le débat doit être utile pour les téléspectateurs et garder un cadre respectueux.
Otto JOGICHES : Monsieur Arkwright, je souhaiterais avoir une petite précision sur votre rapport à la religion : si vous continuez à garder le Protestantisme comme religion officielle, mais vous cessez de le financer, de quels avantages le Protestantisme continuerait-il à jouir ?
Victor ARKWRIGHT (Libéral) : Donner des avantages au protestantisme n’est pas un objectif en soi. Oui, je crois que la religion doit davantage s’auto-financer, grâce à l’extraordinaire communauté de croyants qui compose notre pays, ce qui permettra de réduire la pression fiscale et donner une véritable liberté de choix aux brocéliens. La religion protestante ne peut pas s’imposer partout, dans toutes les décisions, dans toute l’éducation des enfants. Pour autant, il faut reconnaître qu’elle doit garder une place spéciale et rester une religion officielle car elle est centrale dans notre Histoire et dans notre société encore aujourd’hui.
Philip MORLAND (Royaliste) : Oui, vous voulez tuer le protestantisme à petit feu. Les positions de Messieurs Fenlow et Strake, aussi haïssables soient-elles, ont au moins le mérite d’être honnêtes sur leurs intentions.
Matthew ROBERT : Le temps file, je me permets d'enchaîner avec un autre sujet. Nous avons souhaité faire un focus particulier sur la place des femmes dans notre société. Les électrices représentent la moitié de l’électorat et vous en parlez tous dans vos programmes.
Otto JOGICHES : Monsieur Fenlow, vous visez à interdire toute violence au sein des couples brocéliens. Mais est-ce que cette interdiction s'appliquerait aussi aux violences verbales ?
Jared FENLOW (Peuple) : C’est un sujet que nous sommes les seuls à évoquer. C’est un sujet qui passe tellement sous les radars que nous n’avons pas de statistiques précises sur ce qu’on appelle les violences conjugales. Mais nous sommes le parti qui compte le plus de militantes, et je peux vous assurer que c’est un sujet qui revient régulièrement. Il est temps d’agir, agir vite, agir fort. Oui, il faut interdire les rapports de domination au sein des couples, qu’ils s’exercent par des violences physiques ou verbales. Chaque dispute ne va pas tomber sous le coup de la loi, pour autant il est essentiel d’adopter une législation adaptée.
Philip MORLAND (Royaliste) : Puisque les couples de gauche ont décidé de s’entretuer, faisons une loi, qui - vous le savez pourtant très bien - sera inapplicable.
Jared FENLOW (Peuple) : Ce n’est pas sérieux, Monsieur Morland. Je préfère exprimer mon seul mépris à votre égard.
Bram STRAKE (Communiste) : Il me semble qu’analyser la problématique sous l’angle des rapports hommes / femmes n’est pas le sujet. Ce n’est pas le plus courant à Brocelynwood, mais il existe des pays au sein desquels les femmes bourgeoises exploitent des ouvriers, qui sont des hommes. Vous parlez des tensions au sein des couples, reconnaissez qu’elles trouvent aussi leur source dans la violence sociale subie au travail.
Jared FENLOW (Peuple) : Pas seulement, camarade. A mon humble avis, vous faites ici fausse route.
Victor ARKWRIGHT (Libéral) : La société brocélienne doit évoluer, et en profondeur. Nous en faisons un point clef de notre programme et portons une vision très claire. Nous devons aboutir à l’égalité, et vite. Premièrement, cesser d’interdire des postes et des emplois aux femmes, y compris ici même, dans la vie politique. Deuxièmement, mettre un terme aux règles morales ciblant les femmes, comme sur la question des rapports extra-conjugaux. Troisièmement, sortir de l’interdiction totale de l’avortement.
Philip MORLAND (Royaliste) : Vous nous présentez ici une société terrifiante, et je pense que toutes celles et ceux qui nous écoutent s’en rendent bien compte. Il ne me semble pas que nous avions aujourd’hui invité le Parti Libertin. Monsieur Robert, qu’avez-vous fait ? Et encore, si nous avions invité le Parti Libertin, il n’aurait pas revendiqué de vouloir absolument mettre sur le dos des femmes des responsabilités qu’elles ne réclament pas. Il n’aurait pas - espérons le - revendiqué la mort de bébés in-utero. Vous ne méritez pas vos 3 membres à l’Assemblée Unique. Et Monsieur Raymond, c’est avec lui que vous vous alliez ? Vous cautionnez ?
Leonard RAYMOND (Républicain) : Nos désaccords sur ce sujet sont importants. Mais ne revenez pas sur la question de l’accord électoral. Notre objectif est de vous battre, Monsieur Morland, pour débattre dans un cadre enfin démocratique, y compris avec vigueur.
Philip MORLAND (Royaliste) : Oui, la fameuse dictature brocélienne qui permet ce soir à votre ami de venir tenter de tuer notre société..
Victor ARKWRIGHT (Libéral) : Je vous demande immédiatement de retirer vos propos.
Philip MORLAND (Royaliste) : Je retire. Vous voulez plutôt assassiner la société brocélienne, car à un tel niveau, c’est prémédité.
Matthew ROBERT : J’insiste. Il est essentiel que ce débat se tienne dans des bonnes conditions jusqu’au bout. Nous n’avons malheureusement pas le temps d’approfondir davantage, ce qui est bien dommage. Mais il y a un dernier sujet à évoquer et que nous ne pouvons pas ignorer, car il est revenu régulièrement dans l’actualité. Il s’agit du rapport entre, notamment, les deux communautés officiellement reconnues au sein du Royaume. Messieurs, je vous demande vraiment de respecter les prises de parole et d’éviter les attaques personnelles, car ce débat ne doit pas être terni sur la fin, et nous savons à quel point ce sujet est inflammable.
Otto JOGICHES : Monsieur Raymond, vous dites qu’il faut mettre fin à la discrimination contre la communauté blanche protestante, accusée de multiples maux historiques. Mais est-ce que cette discrimination est visible d’une manière plus matérielle et courante ? Et qui pensez vous, est responsable des maux historiques dont on accuse la communauté blanche protestante ?
Leonard RAYMOND (Républicain) : Notre Histoire est synonyme de grande fierté. Pour autant, est-ce que tout doit être célébré dans notre Histoire ? Bien sûr que non. Mais est-ce qu’il faut sans cesse se repentir ? Est-ce qu’il faut demander aux blancs protestants de payer le prix d’erreurs passées ? Sortons de cette logique. Je ne mets pas tout le monde dans le même panier. Mais certains leaders, dans la communauté Alderii, veulent exploiter le passé pour créer une rébellion et un racisme à l’égard des blancs, et ils y parviennent parfois. Dans cette entreprise de démolition, ils trouveront le Parti Républicain sur leur chemin et je l’assume. Voilà tout.
Jared FENLOW (Peuple) : Il est absolument exceptionnel dans ce pays de penser que quelques dizaines de milliers de personnes d’une communauté non majoritaire vont soudainement tout renverser, car ils demandent plus d’égalité de traitement. Les Alderii sont aujourd’hui discriminés, surexploités, rejetés sur la seule base de leur appartenance raciale. Elle est là la réalité ! Le Roi est allé jusqu’à aller au conflit avec l’Empire de Stérus sur ce sujet pour quelques droits plus favorables aux natifs. Mais où va-t-on ?
Victor ARKWRIGHT (Libéral) : Je dois aussi reconnaître qu’il y a ici une panique morale relativement démesurée, et que rompre les relations avec un Etat sur le continent pour si peu était démesuré et contre l’intérêt de Brocelynwood. Il y a ici ou là des sujets qui peuvent se poser. Mais il faut en premier lieu une attitude d’apaisement, favorable au vivre ensemble : le multiculturalisme est une force, une force sociale, une force économique. Nous soumettrons une grande loi anti-discriminations, pour cesser cette logique non seulement à l’égard de la communauté Alderii mais aussi au-delà.
Philip MORLAND (Royaliste) : La gauche libérale et proto-communiste veulent nous vendre un continent par nature apaisé, dans lequel il n’y a pas de danger intérieur comme extérieur. Le problème de l’Empire de Stérus n’était pas ses dispositions intérieures, mais sa tentative manifeste d’ingérence dans toutes les nations d’Aleucie. Le Royaume s’est protégé à juste titre. Lorsque demain nous aurons l’Akaltie qui viendra armer des hordes d’Alderii, il sera trop tard pour réagir.
Jared FENLOW (Peuple) : Les familles alderii veulent simplement vivre librement et dignement. Vous voulez maintenir une domination. Arrêtez ça. Et personne ne voudra se faire armer par personne. Vous projetez une image naturellement négative et violente d’une communauté, c’est la source même de ce cycle de la violence.
Philip MORLAND (Royaliste) : Oui, je me fais des idées. Comme Monsieur Hardenbor de Westalia, l’opposition du Navasota et bien d’autres se font des idées. Comme ces cafés de Tintellin Cove colonisés par une seule communauté, au sein desquels les blancs protestants ne sont plus bienvenus.
Victor ARKWRIGHT (Libéral) : Ce n’est pas une information sérieuse. La communauté alderii est parquée dans certains quartiers donc ils sont évidemment majoritaires dans les lieux de vie.
Bram STRAKE (Communiste) : L’enjeu n’est pas l’origine. Les Alderii sont maltraités au même titre que tous les travailleurs de ce pays, et mon sujet n’est pas de diviser les travailleurs entre eux. Les Alderii occupent davantage de postes sous-qualifiés, et à ce titre ils sont particulièrement exploités par les royalistes et les capitalistes. Ce sujet n’aurait plus lieu d’être dans une société sans classes. Mais j’aimerais que les classes laborieuses cessent de s’écharper sur ce type de sujets. Pour avoir beaucoup échangé avec de nombreux camarades dans les campagnes, ils sont vraiment lassés.
Leonard RAYMOND (Républicain) : Je crois qu’il est essentiel d’avoir une position à la fois ferme et équilibré. L’Etat doit jouer le jeu et dialoguer davantage avec la communauté Alderii. Il vaut mieux une représentation institutionnalisée, apte à discuter, représentative que n’avoir que face à nous des groupes factieux.
État des temps de parole : Arkwright (5966) / Fenlow (5987) / Morland (6122) / Raymond (5528) / Strake (5387)