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Le destin de Yin Huili

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LE DESTIN DE YIN HUILI


    23 décembre 2018
    2168年11月16日
    Bureau du Président

    Po venait de donner ses directives à sa première-ministre Hua Renhua, la Première-secrétaire du Parti Po Yuming et le Premier-secrétaire à la Sécurité Intérieure, Yin Huili. Elles étaient simples : dans un premier temps, le Parti dresserait une liste des membres les moins fidèles au Parti, les plus modérés et susceptibles de voter contre un durcissement des lois ; dans un second temps, une surveillance accrue de ces membres devrait permettre de trouver des éléments justifiants leur rétrogradation ou leur licenciement pour les remplaces par des cadres plus compétents. Yuming avait été réquisitionnée pour se charger de la liste et des enquêtes. Pour finir, Po souhaitait durcir les règles en supprimant toute connaissance louant le modèle occidental : le mal avait, selon lui, déjà pénétré les frontière et la population se devait de l'éjecter pour se protéger. Huili avait ainsi été nommé en ses qualités de Premier-secrétaire à la Sécurité Nationale pour soumettre les baïshanais à la destruction des œuvres occidentales et garantir l'éviction de l'idéologie occidentale dans la tête des citoyens.
    — Vous avez carte blanche sur vos moyens. Avait alors décrété Po.
    Cependant, la direction prise par le président ne plaisait pas à Yuming, et la secrétaire ne se garda pas de dévoiler le fond de ses pensées.
    — Je suis désolée, mais je ne peux valider un tel processus. Notre Révolution a toujours eu pour but de protéger la population et de faire connaître leurs droits. Notre idéologie promeut l'égalité de nos citoyens. Mais comment pouvons-nous laisser passer de telles mesures qui vont à compromettre leurs libertés et éliminer de la scène politique des partisans qui nous ont toujours été fidèles, jusqu'à preuve du contraire ?
    — Que vaut la liberté quand elle corrompt tout un peuple ? La liberté a-t-elle un bénéfice quand elle tue l'identité d'un peuple et quand elle sert à véhiculer des pensées nocives pour la population ? Notre Révolution ne se limite pas au Baïshan et à l'année 1980. Notre Révolution est une marche contre l'occident qui souhaite que le Baïshan tombe dans leurs idéaux nocifs et cherche à tuer notre identité pour la remplacer par la leur. Nous devons agir contre ce qu'ils appellent la "mondialisation", qui est en réalité une "occidentalisation" de notre monde. Pour ça, nous devons être prêts à sacrifier jusqu'à nos cadres les plus modérés.
    La différence idéologique du père et de la fille était de plus en plus palpable, et Yuming prenait de la distance au fur et à mesure que Po s'éloignait d'elle. Elle devenait presque embarrassante pour son père, un élément gênant qu'il aurait sans doute supprimé si elle n'était pas sa propre fille. D'ailleurs, le père se tut et fit signe que la réunion était terminée. Alors que tout le monde quittait la pièce, il arrêta Yin Huili.
    — J'aimerais te parler.
    Ils laissèrent les deux femmes quitter la pièce, et le président Po verrouilla la porte.
    — Nous devons avancer sans Yuming. Si elle n'est pas capable d'assurer l'enquête sur les membres du parlement, c'est toi qui t'en chargeras. Tu peux prendre les décisions que tu souhaites sans me consulter, tu as carte blanche. Si ta mission est un succès, ton avenir sera grand.
    Visiblement flatté, Yin Huili remercia le Président et quitta la pièce.

    Jamais la situation n'avait été aussi stressante pour le Président Po. S'il avait encore des cheveux, peut-être les aurait-il perdus. Il prit un instant à lui pour monter au dernier étage, sur un balcon qu'il avait aménagé comme lieu de repos. Malgré le froid, le président y resta un moment, pensif. Il avait sorti une cigarette d'un paquet et l'avait allumée, la consommant lentement. Dongfang n'avait pas fumé depuis plus de vingt ans. Quand elle fut terminé, il l'écrasa sur le raille du balcon et jeta le mégot dans le vide avant de rejoindre son bureau. Là, il fut étonné d'y trouver une lettre. Un papier manuscrit, juste posé sur la table, comme si le courrier avait déjà été lu par quelqu'un d'autre ou que l'auteur l'avait laissée ici.


Père,

La direction que prend notre République et sa Révolution Populaire ne correspond pas à l'idéal que je me fais d'un pays pacifiste qui recherche l'harmonie et le respect de sa population. Je ne peux continuer de soutenir une politique qui va à l'encontre des principes que je me suis construits. C'est un honneur d'avoir été nommée en tant que Secrétaire du Parti et cela ne change pas tout le respect que j'éprouve à ton égard, mais je ne parviens pas à conduire le Parti dans une direction qui me convienne tout en restant dans l'ombre de l'idéologie que tu souhaites véhiculer. Considère donc ma lettre comme la renonciation à mes fonctions de secrétaire du Parti ainsi qu'au secrétariat de la Jeunesse.

J'ai bien pris en compte la volonté d'épurer le Parti de ses membres les plus modérés. C'est pour cela que je te remets également ma carte d'adhésion au Parti Communiste auquel je ne trouve plus ma place. Afin de ne pas entacher l'image du Parti, je partirais sans faire de conférence de presse, ni d'interview. Puisse mon remplacement être le moins bruyant possible.
Pour ma part, j'ai décidé de quitter le Baïshan tant que le mal ne sera pas vaincu.

Vive la Révolution, vive le Baïshan.

Po Yuming
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    Les effets de la démission de Yuming inquiétaient davantage le président Po que la disparition de sa fille. Même si elle ne souhaitait pas que cela fasse de bruit, le départ soudain de la secrétaire du Parti ferait parler et propagerait la rumeur d'une scission au sein du Parti. Le Président Po était conscient qu'il en ressortirait affaibli.
    — Qui comptes-tu présenter pour représenter le Parti à la place de Yuming ?
    Le Président et la Première-Ministre Hua Renhua partageait la limousine présidentielle pour revenir au palais. Plus tôt, il venait enfin d'inaugurer le parc d'attraction aux couleurs du Parti en plein cœur de Haijing. La nouvelle de la démission de Yuming n'était pas encore public, et seule Hua avait été mise au courant.
    — Je pensais à Yin Huili. Il était le favori, et son importance grandissante au sein du gouvernement le place comme un élément indispensable.
    La Première-Ministre resta pensive un instant. Le profil de Yin l'inquiétait car elle avait elle-même prévenu Donfang que le secrétaire à la Sécurité Nationale avait voté contre Yuming lors du vote de confiance, trahissant ainsi la consigne émise par le camp présidentiel. La ministre considérait depuis Yin comme un traitre, ou du moins, un élément peu fiable.
    — Pourquoi Yin ? Tu as toujours confiance en lui ?
    — Non. Répondit succinctement Po, laissant Hua dans l'incompréhension. Je n'ai pas confiance en lui. Yin fera tout pour avoir du pouvoir, alors, je fais bien semblant de lui en donner. Les mesures que je m'apprête à prendre pour protéger notre Patrie des forces extérieures ne seront pas très appréciées. Je sais bien même qu'elles resteront dans l'histoire baïshanaise comme un moment sombre. C'est pour cela que je donne ce pouvoir à Yin, car je préfère que ce soit son image qui y soit associée.
    La Première-Ministre se tut. Intérieurement, elle ne pouvait qu'éprouver un mélange de peur et d'admiration. Elle avait peur de ce que le Président prévoyait pour le pays et espérer que son image à elle n'en ressortent pas trop entachée, et en même temps, elle éprouvait de l'admiration pour la tactique politique de Dongfang qui donnait à Yin le poignard pour l'abattre politiquement. Mais elle devinait aussi les dangers que cela pouvait faire apparaître pour le pouvoir en place. Avant qu'elle ne put interroger Po à ce propos, ce dernier la court-circuita pour y répondre :
    — Si la mission de Yin est un échec pour le Parti, il est probable que cela se retourne contre nous. Je prendrai alors la responsabilité de ces actes. Ne cherche pas à empêcher le jugement populaire : si je dois finir incarcéré le reste de ma vie ou pendu sur la place publique, ne t'y oppose pas. Tu es la seule personne de confiance dans notre Parti, la seule qui puisse reprendre les rênes de notre Nation pour garantir la paix. C'est toi qui devra prendre la relève si quelque chose m'arrive.
    Hua était une femme forte qui avait l'habitude de la pression et des choix difficiles. Pourtant, elle ne put s'empêcher de ressentir le poids de la pression qu'incuberait de prendre la relève de Po Dongfang.


    — Vous avez repris la cigarette ? Demanda Yin.
    Le Président Po recracha la fumée qu'il venait d'inspirer contre la fenêtre fermée qui lui faisait face. L'odeur commençait à imbiber le bureau présidentiel, mais dans la mesure où il recevait peu de monde, cela lui était indifférent.
    — Je ne vous ai pas fait venir pour parler de mes addictions, Monsieur Yin. Dit-il. J'ai une proposition à vous faire. Inutile de vous asseoir, j'en ai pas pour longtemps.
    Po écrasa son mégot contre la vitre, y laissant une trace noire comme un point de suie sur un écran de transparence.
    — Po Yuming a décidé de quitter ses fonctions. J'aimerais que vous vous présentiez à la présidence du Parti. Le vote ne sera qu'une formalité pour vous.
    Yin sembla surpris. En à peine dix secondes, il venait d'apprendre le départ de Yuming et l'accord du Président pour qu'il prenne la direction du Parti. En dix secondes, son rêve le plus intime venait de lui tomber dans les mains. Celui qu'on disait être le plus fidèle au Président ne cacha pas sa surprise.
    — Comment ça, Yuming Po quitte ses fonctions ? Y a-t-il une raison à cela ?
    En réalité, qu'importaient les raisons de son départ tant qu'il était l'élu. Yin souhaitait simplement s'assurer de la véracité de cette information. Il n'y croyait presque pas.
    — Les raisons de son départ ne vous regardent pas. Notre entretien est terminé, je vous invite à préparer votre discours de campagne.
    Yin fut surpris de la froideur inhabituelle du Président envers lui. Mais sa joie dissimulée était bien supérieure et elle effaça vite son appréhension. Après tout, le départ de sa fille était sans doute la raison de son visage endurci.
    — Merci, monsieur le Président. Je serai à la hauteur de vos attentes. Promit-il en multipliant les révérences.


    Quand on est Première-Ministre, les occasions de prendre soin de soi sont de plus en plus rares. Cela faisait dix ans qu'elle le savait et le vivait. Son fils venait de fêter ses 24 ans et elle avait l'impression de ne pas l'avoir vu grandir. Comme elle, il avait suivi des études d'économie et elle avait la fierté de le voir suivre ses pas. Par moment, elle regrettait de ne pas avoir plus de temps à lui consacrer, d'avoir manqué sa remise de diplôme de Bachelor, ou d'écourter les fêtes d'anniversaire. Mais elle le savait : tous les hauts membres du Parti avaient leurs lots de sacrifice, et là était le sien.
    Ce soir-là, elle s'était octroyée une petite heure seule à seule et avait fait coulé un bain moussant. Un instant de détente rare pour la ministre, cela lui faisait du bien. Mais comme toujours, le téléphone qui la reliait à l'action reposait non loin de ses oreilles. Et elle ne manqua pas la notification d'un SMS. Elle sortit sa main de l'eau et l'essuya négligemment avec une serviette à portée de main pour lire le message reçue.

AUTEUR : Po Dongfang
« Fais surveiller Yin. »
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Résultats des Élections Internes du Parti Communiste
dans le but d'élire le Premier-Secrétaire du Parti
Mandat : 2168年-2172年 (2019-2023)

Date du scrutin : 2168年12月3日 (8 janvier 2019)
Nombre d'adhérents : 7,512,438
Participation au scrutin : 7,074,893 (94.2%)



Élu Premier-Secrétaire du Parti Communiste : Yin Huili


Le Président Po était assis dans un fauteuil de sa chambre, éclairé par la lumière chaude d'une lampe de chevet. Dans ses mains, il lisait L'Art de Gouverner les Hommes de Liang Shuren, un ouvrage sur la philosophie du pouvoir, un classique qu'il avait déjà lu plusieurs fois. À la fin d'un chapitre, il leva les yeux sur le pendule qui décorait les murs : les résultats devaient déjà être publiés. Il sortit son téléphone portable pour constater la victoire de Yin. 78%, c'était 22% de désapprobation. Ça le réjouissait quelque part. Lui ne s'était même pas déplacé pour le scrutin. Il verrouilla son téléphone et reprit sa lecture.

Hua Renhua savait que cette élection allait changer la face du Parti Communiste. Le profil de Yin était plus dur et autoritaire que celui de Yuming. Bien qu'il bénéficiait d'une bonne côte de popularité et d'alliés fidèles, elle savait qu'une partie des communistes ne validaient pas ses positions. À l'heure des résultats, elle quitta la table autour de laquelle elle dînait avec sa famille pour allumer la télévision et constater les résultats. 78%, cela ne la surprit guère. Elle n'était ni contente, ni insatisfaite, c'était là le destin de la Révolution.

À l'autre bout du monde, Yuming se réveillait. Gaohun l'avait enfin rejointe et il dormait encore à côté d'elle. Elle profita de ce moment de solitude pour s'informer de l'actualité du Baïshan. C'est sans véritable surprise qu'elle appris la nomination de Yin Huili pour la succéder. Le choix était cohérent et dans la lignée des positions de Po.

Il avait réservé une salle dans un des restaurants les plus huppés de Haijing, le Pavillon des Cent Montagnes. Yin Huili y avait invité tous ses fidèles pour célébrer sa future victoire. Car il le savait, il gagnerait. À l'annonce de la déclaration des résultats, le calme gagna la salle et seules les ébullitions des bouillons de fondues baïshanaises évitaient le silence total. Puis un des partisans commença un décompte. Wǔ... Sì... Sān... Èr... Yī... Puis, sans même réellement attendre l'affichage du portrait de Yin, ils levèrent leurs verres en criant de joie et en félicitant le nouveau Premier-Secrétaire du Parti Communiste, Yin Huili.
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    — Monsieur le Président... monsieur le Président !
    Le président Po essayait de s'échapper d'une conférence du Parti, mais une journaliste intrépide avait repéré le chef de l'État et le suivait désormais pour recueillir quelques réponses aux questions que beaucoup de baïshanais se posaient.
    — Monsieur le Président... Aucun communiqué sur les raisons du départ de Madame Po Yuming n'a été publié à ce jour. Certains affirment une fracture politique au sein du Parti. Qu'avez-vous à leur répondre ?
    Les gardes du corps présidentiels arrêtèrent la jeune femme pour l'inciter à ne plus suivre le politicien. Ils le savaient, cette question était un peu indiscrètes, et le président avait tout fait jusqu'ici pour ne pas y répondre. Mais cette fois-ci, le président Po se retourna et se plaça devant eux afin de répondre à la journaliste.
    — Je peux avoir votre nom et celui de votre journal ?
    Visiblement intimidée par la solennité du président, la journaliste bégaya.
    — Je... Zhao Xindao, Monsieur le Président. Pour le journal provincial de Xiaoyun, Yun Baozhi.
    — Vous m'avez l'air bien jeune. Vous êtes encore en formation ?
    — Euh, n... non, Monsieur. J'ai terminé l'année dernière mes études, j'ai reçu mon accréditation par le Secrétariat à l'Information Nationale il y a quelques mois.
    — Votre comportement intrusif trahit votre inexpérience, mademoiselle Zhao. Vous devriez demander quelques formations supplémentaires auprès de votre employeur.
    Le visage de la petite journaliste exprima la gêne qu'elle ressentait. Elle avait sûrement envie de disparaître à l'instant même où elle se faisait réprimander par le Président de la République. Po crut même qu'elle allait pleurer devant lui.
    — Je... je sui désolée, Monsieur le Président, si j'ai manqué à certains protocoles. Je requerrai une formation adéquate auprès de mon rédacteur-en-chef. Merci pour ce conseil rempli de sagesse et de bienveillance.
    La journaliste s'inclina en une petite révérence et fit demi-tour, toute honteuse. Mais le président l'interpela.
    — Mademoiselle Zhao. Prenez votre carnet et notez, je vais vous donner la réponse à votre question, vous pourrez la publier dans votre journal.
    Le visage de la petite Xindao s'immobilisa un instant, surprise de l'opportunité que lui donnait le chef de l'État. Puis, elle sortit son carnet avec une précipitation gauche et commença à griffonner ses pages.
    — La raison du départ de Po Yuming ressort du domaine privé et personnel, elle n'a pas souhaité les exprimer publiquement. Le Parti Communiste était entièrement au courant de cette décision, ce qui a pu permettre l'organisation en douceur d'un processus de remplacement. Ce processus a été dirigé en interne par les hauts cadres du Parti en concertation avec la Vice-Présidente, Madame Hua Renhua, et moi-même. Aucun communiqué n'a été nécessaire dans la mesure où cela ne concernait que les membres adhérents du Parti. Po Yuming se porte très bien aujourd'hui et bénéficie d'un repos mérité après d'immenses projets menés au sein du PCB. Son successeur, Yin Huili, a repris en main les sujets avec l'immense sérieux qui lui sont reconnus et a toute la confiance du Parti pour diriger ces projets et les mener vers de francs succès... Avez-vous d'autres questions, mademoiselle ?
    La jeune femme hésita un instant, mais elle ne souhaitait pas de nouveau importuner le Président.
    — Non, Monsieur le Président. Je vous remercie énormément. Vive la République !
    Elle fit plusieurs révérence bien prononcées en guise de respect.
    — Vive la Révolution ! Lui répondit Po pour la congédier.


    — Xindao, viens voir. Le rédacteur-en-chef étala son papier sur le bureau de la journaliste. Il faudrait que tu retires ces morceaux de ton article. Je pense que le Secrétariat de l'Information Nationale ne laissera pas passer cela : tu dis que Po Yuming a quitté précipitamment son poste de Première-Secrétaire, ce qui est contradictoire avec la communication du Président qui mentionne explicitement que le Parti était au courant. Tu peux supprimer l'interview du député Wu qui te dit que c'était soudain, la parole du Président est l'information la plus fiable, inutile d'inciter le lecteur à penser que cela ne puisse pas être vrai. Tu peux me réécrire cela pour ce soir ?
    La rédactrice hocha la tête en guise d'affirmation. L'homme reprit son papier et y parcourut de nouveau le premier-jet de l'article, l'air pensif.
    — N'empêche... J'y crois moyennement, moi, qu'elle se repose.
    — Qui ça ?
    — Po Yuming. Quand un membre du gouvernement disparaît sans communiqué, c'est rarement pour se reposer après de longs travaux épuisants. Je suis sûr qu'il y a eu une embrouille entre elle et son père, comme on en a tous avec nos parents. Sauf que son père, c'est le Président.
    — Tu penses qu'ils l'ont enfermée ? Demanda naïvement Zhao.
    — Non... Enfin, j'en sais rien... Ça reste tout de même sa fille. Peut-être l'a-t-il juste écartée du pouvoir... Enfin, cela ne nous regarde pas, nous sommes de simples journalistes. Reconcentrons-nous sur notre travail.
    Il reposa l'article rempli de note sur le bureau de Zhao Xindao et s'apprêta à repartir avant d'ajouter :
    — Au fait, ta demande de formation a été validée par la direction, 3 semaines à partir du 1月16日, juste après les vacances de nouvel an.


    Au Fortuna
    2168年12月21日


    Ses comptes n'avaient pas été bloqués. Yuming savait qu'ils les utilisaient pour la traquer : les applications baïshanaises était truffées de scripts de surveillance. Mais elle savait aussi que tant qu'elle était au Fortuna, il ne pouvait rien lui arriver. Le territoire était sûr, et la présidence du Baïshan n'oserait pas envoyer d'agent pour atteindre la fille de leur leader. Même si la fuite la plaçait désormais comme une opposante politique, elle demeurait protégée par son statut. Cela ne l'empêchait pas de regarder derrière elle quand elle marchait dans la rue ou à changer de trottoir quand elle voyait plus loin un visage asiatique.
    Comme aujourd'hui, il lui arrivait parfois de parcourir les réseaux du Baïshan pour jauger de la température de l'ambiance du pays. Et elle était surprise d'y voir de plus en plus de messages la concernant. Beaucoup semblaient se méfier du discours officiel de l'État et la conscience d'une fracture interne au sein du Parti grandissait. La politicienne savait que ces messages étaient normalement censurés. Et d'ailleurs, certains disparaissaient au bout de quelques heures. Mais la modération de la plateforme semblait crouler sous les posts à "harmoniser".
    Po Yuming prit conscience que la défiance qu'éprouvait la population envers son père était dû au manque de communication de son départ. À tort, elle avait ignoré les effets sur le Peuple et avait pensé qu'en partant sans bruit, personne ne parlerait d'elle, et que le Parti continuerait sa route sans que l'image de son père soit entachée par leur discorde. Elle avait tort, et s'en voulut un peu que son exil puisse créer une incertitude. Malgré leur désaccord, elle aimait son père, et ne voulait pas que son Peuple le voie comme un traître ou un menteur.
    Alors, armée de son courage, elle décida de lui donner un coup de pouce et commença à tourner une vidéo.

    « Chers camarades,
    Je constate avec désarroi que le manque de communication quant à mon départ vous affecte autant. Si aucune communication a été rendue publique, la raison est que le Parti doit s'organiser sans pression populaire afin de mener les discussions et le scrutin d'une succession sans influence externe et néfaste. Je constate qu'au contraire, les spéculations à propos de ma démission ont alimenté un débat stérile en pleine campagne, et je souhaiterais présenter mes excuses pour avoir créer cette opacité. Le pouvoir populaire se doit de respecter la transparence, car il sert le Peuple.
    Concernant les raisons qui m'ont poussé à prendre congés de mes responsabilités, elles sont personnelles comme l'ont souvent répété les membres du gouvernement informés de ces raisons. Mais afin de faire taire les rumeurs et rétablir l'harmonie, je vais vous en révéler les raisons. J'ai appris, il y a quelques mois, que j'attendais un enfant. Comme vous le savez, les valeurs familiales que nous prônons au sein de l'exécutif est une valeur à laquelle nous accordons énormément d'importance. Quand j'ai su cette nouvelle, j'ai pris la décision de me retirer de mes responsabilités afin d'accorder le plus de temps possible à ce projet de vie. Mon futur enfant sera la relève du Baïshan, et participera aux côtés des vôtres à la Révolution Populaire.
    Vive la République, vive le Baïshan !
 »

    Yuming ferma l'application. Très vite, sa vidéo reçut ses premiers commentaires, allant de la surprise aux félicitations.
    « Alors ça, je ne m'y attendais pas ! »
    « Ce sera un cochon de terre, comme mon papa ! »
    « Félicitations à vous, PoYuming, puisse l'enfant naître en bonne santé ! »
    « Pourquoi vous vous êtes coupée les cheveux ? »
    « Je pressens que ce sera un fils, il sera fort comme votre père, et il dirigera le Baïshan en faisant honneur à votre lignée ! »

   Mais Yuming voulait aussi être claire avec Dongfang, pour ne laisser aucune ambiguïté. Alors elle lui envoya via les canaux sécurisés qu'ils utilisaient habituellement :

DESTINATAIRE : Po Dongfang
« Je n'attends pas d'enfant, je fais ça pour protéger ton image.
J'espère un jour pouvoir avoir un fils qui puisse grandir dans mon pays sans avoir honte de ce qu'il est devenu.
Ym. »
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