
C'est dans le désert que naissent toutes les religions. Le désert pousse les hommes dans leurs extrémités les plus insoupçonnées, il fat advenir de la difficulté et de la douleur une réflexion sur le monde, bien plus profonde, bien plus que jamais l'occident ne pourra jamais produire d'idées. Nous, nous avons porté le commerce à son paroxysme, nous avons construit des navires pour franchir l'océan, nous avons franchit des barrières qui ne devaient pas être dépassées. Les gens de l'orient, eux, ils ont inventé Dieu, rien que cela: ils ont désigné l'existence des barrières que nous avons brisé. Du désert naissent toujours les plus grandes et vertigineuses idées. Le centre de l'univers n'est ni Fortuna, ni Velsna, ni un point dans le Nouveau Monde, le centre de l'univers est là, dans le vieux monde délaissé, sur cette langue de Théodosine qui n'en finit pas de dépérir. Partitionnée, déchirée, divisée, répartie comme un puzzle entre les orthodoxes et les sans religions, les gentils.
Intolérable, absurde, scandaleuse. Pour certains, telle était la situation vécue par certains individus, de ceux qui vivent dans le désert, de ceux qui vivent leur foi par leurs gestes et leur souffrance. Depuis des temps anciens, la langue de Rhême était ainsi divisée, le centre pour les gentils théodosiens, et les deux extrémités pour le peuple de Juda. Les deux patries se revendiquant du royaume de dieu se faisaient face dans cette langue aride, sans que leurs classes politiques respectives ne trouva inacceptable l'existence de l'autre. Les travaillistes laics au pouvoir à Juda en étaient indifférents, tout comme le pouvoir de Qadisha n'avait jamais daigné mot sur le sujet. Mais c'est dans le désert, là où les Hommes subissent les pus grandes souffrances de la nature, que ceux-ci développent les convictions les plus inébranlables. La paix n'était du goût de tout le monde. Comment la paix pourrait advenir sur une terre qui a été donnée au peuple de Juda par dieu ? Comment la paix pourrait advenir lorsque deux patries se disputent l'honneur d'être le vrai temple ? Il y avait, en pays de Juda, de Qadisha et en terre impériale "occupée", de plus en plus de ces rassemblements nocturnes de ceux qui se font à la lumière de la bougie. Il était coutume pour les sicaires de se regrouper dans la maison de l'un d'entre eux, et laisser une lampe allumée quelques pas plus loin, de sorte de sonner le signal aux frères de foi, que la voie fut libre.
Les sicaires rejetaient tout pouvoir: que ce soit celui de l'empereur, celui du faux temple de Qadisha, et même ceux qu'ils estimaient usurpateurs parmi les gens ayant pris le contrôle du gouvernement judéen, et du Temple. Tous ceux là s'étaient fourvoyés dans l'alliance avec les étrangers, et même le simple fait du dialogue leur paraissait hors de propos, sinon intolérable. Ce que les autres appelaient "la loi", eux l'appelaient "tyrannie". La liberté avait sa place dans toutes les bouches, la liberté de constater que le pouvoir terrestre était un terme grossier, inimaginable, et que le seul royaume qui avait lieu d'exister, était celui du dieu de Juda, dont on ne pouvait point prononcer le nom. Nul roi, nul prince ne pouvait se hisser au dessus de lui, et à ce titre tous ceux qui s'en réclamaient dans la langue de Théodosine étaient des ennemis. Certains dirent qu'ils étaient courageux, mais le courage est un terme vain pour ceux qui n'ont pas conscience du danger. Les genres de mort les plus extraordinaires, les supplices de leurs parents et amis les laissaient indifférents, pourvu qu'ils n'aient à appeler aucun homme du nom de maître, pourvu que jusqu'au dernier rhémien disparaisse de l'Isthme, et que chaque canal creusé en son sein soit bouché. Ses adeptes préconisaient l'action violente contre les rhémiens et les autres judéens et quadishans qui collaboreraient avec des forces refusant la réunification de la langue de Téodosine. Cela, et afin d'aider la venue de cette rédemption.
Ils se réunissaient ainsi, et comme il n'y avait point de maître parmi eux, il partageaient tous leurs biens à égalité, comme si ils ignoraient la valeur de tout ce qu'ils possédaient, et que rien ne comptait. Les objets n'étaient pas à eux, ils les empruntaient et méprisaient ceux qui en éprouvaient de l'attachement. Ce fait leur permettait de légitimer le pillage des biens des riches, considérés comme les alliés des pouvoirs établis. Il y avait nul roi parmi eux, simplement certains d'entre eux qui portaient la parole du dieu de Juda plus fort et plus loin que les autres, quelques leaders charismatiques qui furent souvent à la base de ces communautés.
Le groupe était ainsi animé par la conviction que la rédemption prophétique ou messianique fut imminente, qui se traduisait par le renversement des grands de ce monde, ainsi que « par la passion de cette liberté. Ils discutaient ainsi entre eux, de la présence des rhémiens qui était une souillure faite à la terre de Juda, et que tolérer le pouvoir rhémien sur l'Isthme était une offense faite à Dieu par tout judéen acceptant ce fait.
Les membres de ce groupe remplissaient à la fois un objectif politique, et un objectif spirituel: chercher à hâter une intervention divine en "purifiant" le pays, au besoin par la violence. Pour eux, le combat contre Théodosine et le faux temple censé être purificateur et sanctificateur, se devait en premier lieu être mené au sein de la nation judéenne, en éliminant physiquement ceux qui acceptaient ou souhaitent le maintien du Statut quo dans l'isthme de Rhême, que ce soit à Juda, Théodosine ou Qadisha. C'est ainsi qu'ils tentèrent de mener "une guerre sacrée", contre les rhémiens et leurs alliés, passant par une politique de liquidation des collaborateurs judéens avec le pouvoir rhémien.
A ce discours religieux venait s'ajouter ce qui faisait leur force: le soucis des pauvres, de ceux qui n'avaient rien, de ceux qui n'étaient rien, et que les sicaires n'avaient de cesse de vouloir intégrer dans leurs rangs. Parmi le peuple de Juda, il y avait de ceux qui les qualifiaient de bandits, mais beaucoup d'autres qui les traitaient comme des héros, car ils dispensaient au peuple la charité et l'eau fraiche. Avec l'appui du peuple, ils espéraient hâter la punition du dieu sans nom, celui qui mettrait tout l'univers à table rase, qui détruirait tous les pouvoirs terrestres: le palais impérial de Théodosine, le faux temple de Qadisha, et les occupants illégitimes du temple de Juda. Le monde pour ennemi, mais dieu comme allié, ils quittaient leurs repères avant la levée du jour, et un poignard à la main, une lame longue et fine, tranchante à en trancher le beurre: les sicaires.