/!\Musique obligatoire /!\Heigh-ho, heigh-ho, On rentre du boulot !Ils étaient sept miliciens guillerets rentrant bras dessus, bras dessous de leur patrouille le long de la frontière en chantant une petite comptine apprise dans les dessins-animés de leur tendre enfance. Une enfance pas si lointaine en vérité, ils n'avaient qu'entre 16 et 21 ans et étaient tous restés étonnement innocent dans un pays où cette vertu n'est pas exactement la norme. Ils s’appelaient Porfirio, Tiago, Antonio, Joao, Simao, Domingo et Günther et avaient été appelés, il y'a tout juste deux semaines, pour faire leur service dans la Milice de l'État de Puertallora pendant tout le mois de Février, service qui consistait essentiellement à patrouiller le long de la frontière avec la Bande de Doscientos, erronément appelée Bande de Lahunkal par ses habitants, sous la supervision de leur formateur, le Caporal Mamadou, affectueusement surnommé "Blanche-Neige" par ses hommes.
Cependant, ce jour là, Blanche-Neige s'était absenté en raison d'une migraine causée par une gueule de bois subséquente à une beuverie dans un bar résultant de sa volonté de fêter sa troisième victoire aux championnats régionaux de lancer de fléchettes sur cible mouvante en porcelaine face à Eusebao Baobab, vainqueur de la compétition en 2017 et 2018 autrefois connu sous le pseudonyme du "Massacreur de Sylvois" pendant sa carrière de catcheur semi-professionnel dans les années 80 en Paltoterra avant de devoir se retirer suite à une perte de mobilité de 40% du genou gauche après avoir été percuté par un tamanoir lors d'une balade en cyclomoteur dans les environs de Maracaillbosse, récupérant ainsi son titre perdu en 2014 avec un respectable score de 17 à 12. Il n'a, de ce fait, pas été en mesure de les accompagner pour cette excursion.
Cela n'a pas vraiment été un problème au début. Les jeunes gens se sont même plu de cette situation qui leur permettait d'éviter le travail et de s'adonner à des activités plus agréables comme un pique-nique au cours duquel ils ont pu déguster des sandwich poulet-fromage à la mayonnaise et des chips à l'oignon ou bien une partie de pêche dans une rivière qui s'est achevée lorsque Joao a cassé sa canne, non sans avoir attrapé un superbe brochet d'un kilogramme auparavant. Le problème ne s'est présenté qu'en fin de journée, lorsque les patrouilleurs étaient sur le chemin du retour : en effet, pour une raison inconnue, leur matériel avait été mal préparé et leur carte de la région avait été maladroitement échangée avec un plan de la ville d'Opango, capitale de l'Ouwanlinda située à 12 000 km de là et réputée pour ses crocodiles sauvages et son réseau d'eau potable. Ils se perdirent donc sur le chemin du retour et traversèrent, sans le savoir, la frontière internationalement reconnue entre la Costa Sueñoleja et l'Akaltie, aucun panneau ni aucune barrière physique ne l'indiquant sur cette portion isolée.
De plus, Joao, qui avait des troubles du transit intestinal depuis plusieurs jours, fut frappé d'une terrible et fulgurante envie de déféquer et dû s'éloigner quelques minutes du reste du groupe pour aller fertiliser les buissons.

À partir de là, tout s'accélère ! Alors qu'il était en train d'assouvir ses besoins vitaux les plus primaires, le jeune soldat se retrouva soudainement entouré de plusieurs individus armés qui lui criaient dessus dans une langue qu'il ne comprenait qu'à moitié, mais néanmoins suffisamment bien pour en déduire qu'ils ne lui étaient pas particulièrement amicaux et n'étaient pas venus l'inviter à venir boire un coup avec eux. Ainsi, le pantalon sur les genoux et le cul dans les fougères, il s'attelait à rassembler ses maigres connaissances en sakkin tout en hésitant entre remonter son froc à un niveau plus décent et lever les mains en abandonnant toute forme de dignité humaine lorsqu'un coup de feu retentit dans son dos. Profitant de la confusion que cela provoqua chez les étrangers, il se mit à courir en direction de l'origine du tir, qui se trouvait être Antonio. Malheureusement pas assez vite, sans doute gêné par son futal encore à moitié baissé, pour éviter d'être touché par un tir à la cuisse. Croyant à une
invasion à grande échelle de leur pays, les sueñolejos encore debout, terrifiés, ouvrirent le feu au hasard en direction de l'origine du tir, vidant une bonne dizaine de chargeurs complets avant de réussir à récupérer, sans trop savoir comment, leur camarade blessé, qui aurait fini criblé de leurs propres balles s'il ne s'était pas brutalement effondré face contre terre à cause du choc et de la douleur, et à quitter la zone de combat (et, sans s'en rendre compte, le territoire akaltien) en le trimbalant sur leur dos comme un sac à patates jusqu'à un village indigène proche où un vieillard les accueilli dans une langue plus familière et rassurante, bien qu'il ne l'avait apparemment pas pratiquée depuis longtemps.
La situation du brochet est pour l'heure un mystère...
Les autorités locales, prévenues des événements, n'ont pas tardées à réagir à cet
acte odieux, preuve manifeste d'une tentative d'
invasion massive de la Costa Sueñoleja par la dictature totalitaire et suprématiste akaltienne afin de
renverser brutalement le régime sueñolejo démocratique, libéral et progressiste pour le remplacer par une
junte militaire et génocidaire qui massacrerait ses habitants et brûlerait les églises pour contraindre les quelques survivants réduits en esclavage à la
polygamie, la zoophilie et le cannibalisme comme cela est si courant chez les peuples
barbares et non-catholiques de l'autre côté du détroit. Tentative heureusement mise en échec par l'intervention
héroïque d'une poignée de
vrais patriotes armés seulement de leur
volonté de fer et de leur
courage à toute épreuve mais qui ne sera vraisemblablement que le prélude à d'autres attaques encore plus
lâches et pernicieuses de la part d'un peuple de
voleurs compulsifs et agressifs, comme le prouve l'annexion
brutale et illégitime de la Bande de Doscientos au
détriment de sa population il y'a seulement deux-cent ans, un événement encore vif dans les mémoires qui n'a
jamais été pardonné et ne le sera certainement pas de sitôt.
Ainsi, le Gouvernement du Puertallora, présidé par le national-catholique Edmundo Gontrán del Pozosifòn y Cascador, a décidé de mettre en place l'état d'urgence sur tout le territoire de l'État et de déployer près de
80% de ses forces
(environ 800 hommes et une douzaine de pick-up civils de la marque Steiner repeints en vert par un artiste de rue payé 10$ par véhicule) le long de la frontière afin de couper court à toute nouvelle tentative. De son côté, Guillermo Duende, Gouverneur du Cerveza, État lui aussi frontalier de la soi-disant "Bande de Lahunkal", a déclaré ne pas prévoir des mesures aussi strictes que son comparse mais a tout de même ordonné la mobilisation de
40% des effectifs locaux
(approximativement 240 miliciens et une mitrailleuse gatling de 1861 tout droit sortie du musée de l'armement où elle était rangée depuis la fin de la Guerre Civile en 1922).
Cependant, bien conscients que, malgré leur évidente
supériorité intellectuelle et physique, les braves miliciens sueñolejos seraient bien incapables de repousser une horde de plusieurs
centaines de millions d'emplumés assoiffés de sang qui fonderaient sur la Costa Sueñoleja en une masse grouillante de chair et de sang, l'État de Puertallora prit la décision rationnelle de déléguer la défense de ces citoyens à plusieurs sociétés militaires privées et groupes paramilitaires véreux accusés de se livrer à des activités criminelles et autres trafics illicites et d'être à l'origine de plusieurs crimes contre l'humanité parmi lesquels le massacre de masse et le trafic d'êtres humains. Des accusations que le Gouverneur del Pozosifòn a qualifié de "
mensonges éhontés propagés par des
concurrents corrompus (probablement liés d'une manière ou d'une autre au gouvernement crapuleux de Kintan) pour nuire à leur immaculée réputation et ainsi écarter les capacités défensive d'un pays qui en dépend pour sa sécurité" lors d'un discours publique encadré par les Fuerzas de Defensa Patrióticas et rediffusé sur la chaîne d'information en continu
SueñolejaLive : En direct de la Costa.
Les choses auraient pu en rester là
(c'est à dire déjà trop loin) si le Ministère de la Défense n'avait pas considéré cet événement comme l'une des
agressions armées les plus graves jamais portées à l'encontre de la República Federal de Costa Sueñoleja depuis des siècles et comme devant nous faire nous interroger sur
l'avenir du monde libre et démocratique alors que les
régimes national-bolcheviques et anarcho-fascistes comme le régime akaltien se multiplient partout sur la planète et que la Costa Sueñoleja est l'un des derniers bastions de liberté à leur tenir tête aussi ouvertement. Aussi, pour toutes ces raisons et pour éviter que les akaltiens ne viennent violer leurs maisons et brûler leurs femmes, réduisant les sueñolejos au communisme et à l'homosexualité comme des animaux sauvages, le Président Javier Eeyore, en accord avec le Commandant en Chef des Armées Manolo Solera, a déclaré procéder à une
mobilisation générale de l'Ejército Federal de Costa Sueñoleja le long de la frontière sous le commandement du Général Césario el Burrico, lequel s'est notamment illustré en 1974, alors âgé de sept ans, lors de la célèbre Bataille du lampadaire devant
Chez Vito à laquelle il a pris part armé d'un crayon de couleur vert et d'une boîte de cigares de la marque
Bueno Cáncero. Rappelons que cette bataille s'était conclue, au prix de trois morts dont une demi-pizza pepperoni, par une victoire de l'école primaire San-Diego da Cunha sur les forces bolcheviques. Césario el Burrico avait été récompensé pour cet exploit par la Médaille du Mérite Exceptionnel, la plus haute distinction honorifique du pays, de même que la pizza qui a reçu cette distinction a titre posthume et dont la dégustation avec trois bouteilles de bière et un reste de steak-haché
Chacal avait fait l'objet d'une commémoration publique réunissant près d'une centaine de personnes.
Bien qu'encore en vie, Joao s'est lui aussi vu décerner la Médaille du Mérite Exceptionnel à titre posthume des mains du Président de la République aux côtés de ses six autres compagnons pour leur courage et leur action héroïque qui a permis d'empêcher l’
annihilation complète de leur pays et, plus généralement, de la race humaine. Dans un article de
La Prensa Libre titré "Rendez nous le brochet bande de bâtards !", Joao, interrogé par le journal le plus lu de toute la Costa Sueñoleja, a prononcé ces mots déjà très célèbres et repartagés "J'ai mal au cul, putain.". Un témoignage bouleversant qui nous laisse mieux appréhender la gravité de la situation que la nation aleucienne libre et démocratique est en train de traverser avec crainte mais assurance.
Effectifs déployés le long de la frontière
Frontière Puertallora-Lahunkal :
- 800 miliciens de Puertallora (HRP : conscrits)
- 12 000 mercenaires et paramilitaires (HRP : réservistes)
- 18 000 soldats de l'Ejército Federal (HRP : professionnels)
- 800 armes légères d'infanterie de cinquième génération
- 30 000 armes légères d'infanterie de sixième génération
- 400 mitrailleuses lourdes de deuxième génération
- 300 lance-roquettes de première génération
- 20 véhicules de combat d'infanterie de deuxième génération
- 20 chars légers de première génération
- 50 camions de transport de troisième génération
Frontière Cerveza-Lahunkal :- 240 miliciens de Cerveza (HRP : conscrits)
- 4 000 mercenaires et paramilitaires (HRP : réservistes)
- 8 000 soldats de l'Ejército Federal (HRP : professionnels)
- 240 armes légères d'infanterie de cinquième génération
- 12 000 armes légères d'infanterie de sixième génération
- 400 mitrailleuses lourdes de deuxième génération
- 100 lance-roquettes de première génération
- 10 véhicules de combat d'infanterie de deuxième génération
- 10 chars légers de première génération
- 30 camions de transport de troisième génération
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