03/01/2021
07:18:54
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[Akaltie/Costa S.] Tensions sur les frontières de la bande de Lahunkal

C'était trop calme...

Un patrouille akaltienne qui se promène le long de la frontière...

Alors qu'un groupe de soldats akaltiens effectue sa ronde habituelle sur la frontière sud-est de la bande de Lahunkal, le point le plus proche de la capitale éponyme de ce petit territoire contesté, ils entendent du mouvement dans les buissons. Alors qu'ils s'attendent à voir un capybara ou un autre gros animal sortir des fourrés, il s'agit en fait d'un soldat. Après quelques instants d'hésitation, ils aperçoivent le drqapeau sueñolejos sur son uniforme et lui hurlent de lever les mains en l'air et de jeter ses armes à terre.

Ne tente pas un geste ! Que faisais-tu ici ? Sais-tu que tu es en territoire akaltien ?

En effet, si la frontière est entourée de barbelés et autres défenses sommaires qui permettent de ralentir de potentielles attaques, ceux-ci se trouvent à l'intérieur, côté akaltien, parfois à plusieurs centaines de mètres de distance de la véritable frontière politique, sans même compter les obstacles naturels qui ont forcé plus d'un pan du mur à zigzaguer dans la nature. Le soldat sueñolejos ne savait donc visiblement pas qu'il avait franchi cette ligne invisible, imaginée par les Hommes mais ignorée par la nature, lorsqu'il s'était éloigné quelques minutes du reste de sa patrouille pour aller satisfaire un besoin urgent dans les feuillages.

L'homme ne répond pas Soudain, un coup de feu est tiré en l'air. Le chef de la troupe akaltienne se retourne vers ses soldats pour savoir qui a fait ça. Ils lui pointent les broussailles auxquelles ils font face ; le coup venait d'un point situé derrière. Dans la surprise, le "prisonnier" sueñolejos, qu'on avait pas encore eu le temps de menotter, s'enfuit dans la direction du bruit. Il s'agissait probablement de l'un de ses camarades qui avait réussi à distraire suffisamment les akaltiens pour qu'ils arrêtent de surveiller leur otage.

Par réflexe, l'un des soldats akaltiens tire vers le sueñolejos, et semble l'atteindre à la jambe. Pas le temps pour le chef de lui hurler de baisser son arme que des tirs éclatent de l'autres côté : les autres répliquent, croyant qu'ils sont réellement attaqués. Une akaltienne est touchée à l'épaule droite, pendant que les autres de la troupe tentent d'apercevoir les sueñolejos au milieu des plantes tropicales.

Repli ! On retourne à la base !

Ils partent en courant de la zone, jusqu'à ne plus entendre le moindre tir. Ils devront faire leur rapport à la commandante, qui risque de ne pas apprécier cet incident de frontière dans sa juridiction...
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/!\Musique obligatoire /!\

Heigh-ho, heigh-ho, On rentre du boulot !


Ils étaient sept miliciens guillerets rentrant bras dessus, bras dessous de leur patrouille le long de la frontière en chantant une petite comptine apprise dans les dessins-animés de leur tendre enfance. Une enfance pas si lointaine en vérité, ils n'avaient qu'entre 16 et 21 ans et étaient tous restés étonnement innocent dans un pays où cette vertu n'est pas exactement la norme. Ils s’appelaient Porfirio, Tiago, Antonio, Joao, Simao, Domingo et Günther et avaient été appelés, il y'a tout juste deux semaines, pour faire leur service dans la Milice de l'État de Puertallora pendant tout le mois de Février, service qui consistait essentiellement à patrouiller le long de la frontière avec la Bande de Doscientos, erronément appelée Bande de Lahunkal par ses habitants, sous la supervision de leur formateur, le Caporal Mamadou, affectueusement surnommé "Blanche-Neige" par ses hommes.
Cependant, ce jour là, Blanche-Neige s'était absenté en raison d'une migraine causée par une gueule de bois subséquente à une beuverie dans un bar résultant de sa volonté de fêter sa troisième victoire aux championnats régionaux de lancer de fléchettes sur cible mouvante en porcelaine face à Eusebao Baobab, vainqueur de la compétition en 2017 et 2018 autrefois connu sous le pseudonyme du "Massacreur de Sylvois" pendant sa carrière de catcheur semi-professionnel dans les années 80 en Paltoterra avant de devoir se retirer suite à une perte de mobilité de 40% du genou gauche après avoir été percuté par un tamanoir lors d'une balade en cyclomoteur dans les environs de Maracaillbosse, récupérant ainsi son titre perdu en 2014 avec un respectable score de 17 à 12. Il n'a, de ce fait, pas été en mesure de les accompagner pour cette excursion.

Cela n'a pas vraiment été un problème au début. Les jeunes gens se sont même plu de cette situation qui leur permettait d'éviter le travail et de s'adonner à des activités plus agréables comme un pique-nique au cours duquel ils ont pu déguster des sandwich poulet-fromage à la mayonnaise et des chips à l'oignon ou bien une partie de pêche dans une rivière qui s'est achevée lorsque Joao a cassé sa canne, non sans avoir attrapé un superbe brochet d'un kilogramme auparavant. Le problème ne s'est présenté qu'en fin de journée, lorsque les patrouilleurs étaient sur le chemin du retour : en effet, pour une raison inconnue, leur matériel avait été mal préparé et leur carte de la région avait été maladroitement échangée avec un plan de la ville d'Opango, capitale de l'Ouwanlinda située à 12 000 km de là et réputée pour ses crocodiles sauvages et son réseau d'eau potable. Ils se perdirent donc sur le chemin du retour et traversèrent, sans le savoir, la frontière internationalement reconnue entre la Costa Sueñoleja et l'Akaltie, aucun panneau ni aucune barrière physique ne l'indiquant sur cette portion isolée.
De plus, Joao, qui avait des troubles du transit intestinal depuis plusieurs jours, fut frappé d'une terrible et fulgurante envie de déféquer et dû s'éloigner quelques minutes du reste du groupe pour aller fertiliser les buissons.

Joao, cherchant un buisson où couler un bronze

À partir de là, tout s'accélère ! Alors qu'il était en train d'assouvir ses besoins vitaux les plus primaires, le jeune soldat se retrouva soudainement entouré de plusieurs individus armés qui lui criaient dessus dans une langue qu'il ne comprenait qu'à moitié, mais néanmoins suffisamment bien pour en déduire qu'ils ne lui étaient pas particulièrement amicaux et n'étaient pas venus l'inviter à venir boire un coup avec eux. Ainsi, le pantalon sur les genoux et le cul dans les fougères, il s'attelait à rassembler ses maigres connaissances en sakkin tout en hésitant entre remonter son froc à un niveau plus décent et lever les mains en abandonnant toute forme de dignité humaine lorsqu'un coup de feu retentit dans son dos. Profitant de la confusion que cela provoqua chez les étrangers, il se mit à courir en direction de l'origine du tir, qui se trouvait être Antonio. Malheureusement pas assez vite, sans doute gêné par son futal encore à moitié baissé, pour éviter d'être touché par un tir à la cuisse. Croyant à une invasion à grande échelle de leur pays, les sueñolejos encore debout, terrifiés, ouvrirent le feu au hasard en direction de l'origine du tir, vidant une bonne dizaine de chargeurs complets avant de réussir à récupérer, sans trop savoir comment, leur camarade blessé, qui aurait fini criblé de leurs propres balles s'il ne s'était pas brutalement effondré face contre terre à cause du choc et de la douleur, et à quitter la zone de combat (et, sans s'en rendre compte, le territoire akaltien) en le trimbalant sur leur dos comme un sac à patates jusqu'à un village indigène proche où un vieillard les accueilli dans une langue plus familière et rassurante, bien qu'il ne l'avait apparemment pas pratiquée depuis longtemps.

La situation du brochet est pour l'heure un mystère...


Les autorités locales, prévenues des événements, n'ont pas tardées à réagir à cet acte odieux, preuve manifeste d'une tentative d'invasion massive de la Costa Sueñoleja par la dictature totalitaire et suprématiste akaltienne afin de renverser brutalement le régime sueñolejo démocratique, libéral et progressiste pour le remplacer par une junte militaire et génocidaire qui massacrerait ses habitants et brûlerait les églises pour contraindre les quelques survivants réduits en esclavage à la polygamie, la zoophilie et le cannibalisme comme cela est si courant chez les peuples barbares et non-catholiques de l'autre côté du détroit. Tentative heureusement mise en échec par l'intervention héroïque d'une poignée de vrais patriotes armés seulement de leur volonté de fer et de leur courage à toute épreuve mais qui ne sera vraisemblablement que le prélude à d'autres attaques encore plus lâches et pernicieuses de la part d'un peuple de voleurs compulsifs et agressifs, comme le prouve l'annexion brutale et illégitime de la Bande de Doscientos au détriment de sa population il y'a seulement deux-cent ans, un événement encore vif dans les mémoires qui n'a jamais été pardonné et ne le sera certainement pas de sitôt.

Ainsi, le Gouvernement du Puertallora, présidé par le national-catholique Edmundo Gontrán del Pozosifòn y Cascador, a décidé de mettre en place l'état d'urgence sur tout le territoire de l'État et de déployer près de 80% de ses forces (environ 800 hommes et une douzaine de pick-up civils de la marque Steiner repeints en vert par un artiste de rue payé 10$ par véhicule) le long de la frontière afin de couper court à toute nouvelle tentative. De son côté, Guillermo Duende, Gouverneur du Cerveza, État lui aussi frontalier de la soi-disant "Bande de Lahunkal", a déclaré ne pas prévoir des mesures aussi strictes que son comparse mais a tout de même ordonné la mobilisation de 40% des effectifs locaux (approximativement 240 miliciens et une mitrailleuse gatling de 1861 tout droit sortie du musée de l'armement où elle était rangée depuis la fin de la Guerre Civile en 1922).
Cependant, bien conscients que, malgré leur évidente supériorité intellectuelle et physique, les braves miliciens sueñolejos seraient bien incapables de repousser une horde de plusieurs centaines de millions d'emplumés assoiffés de sang qui fonderaient sur la Costa Sueñoleja en une masse grouillante de chair et de sang, l'État de Puertallora prit la décision rationnelle de déléguer la défense de ces citoyens à plusieurs sociétés militaires privées et groupes paramilitaires véreux accusés de se livrer à des activités criminelles et autres trafics illicites et d'être à l'origine de plusieurs crimes contre l'humanité parmi lesquels le massacre de masse et le trafic d'êtres humains. Des accusations que le Gouverneur del Pozosifòn a qualifié de "mensonges éhontés propagés par des concurrents corrompus (probablement liés d'une manière ou d'une autre au gouvernement crapuleux de Kintan) pour nuire à leur immaculée réputation et ainsi écarter les capacités défensive d'un pays qui en dépend pour sa sécurité" lors d'un discours publique encadré par les Fuerzas de Defensa Patrióticas et rediffusé sur la chaîne d'information en continu SueñolejaLive : En direct de la Costa.

Les choses auraient pu en rester là (c'est à dire déjà trop loin) si le Ministère de la Défense n'avait pas considéré cet événement comme l'une des agressions armées les plus graves jamais portées à l'encontre de la República Federal de Costa Sueñoleja depuis des siècles et comme devant nous faire nous interroger sur l'avenir du monde libre et démocratique alors que les régimes national-bolcheviques et anarcho-fascistes comme le régime akaltien se multiplient partout sur la planète et que la Costa Sueñoleja est l'un des derniers bastions de liberté à leur tenir tête aussi ouvertement. Aussi, pour toutes ces raisons et pour éviter que les akaltiens ne viennent violer leurs maisons et brûler leurs femmes, réduisant les sueñolejos au communisme et à l'homosexualité comme des animaux sauvages, le Président Javier Eeyore, en accord avec le Commandant en Chef des Armées Manolo Solera, a déclaré procéder à une mobilisation générale de l'Ejército Federal de Costa Sueñoleja le long de la frontière sous le commandement du Général Césario el Burrico, lequel s'est notamment illustré en 1974, alors âgé de sept ans, lors de la célèbre Bataille du lampadaire devant Chez Vito à laquelle il a pris part armé d'un crayon de couleur vert et d'une boîte de cigares de la marque Bueno Cáncero. Rappelons que cette bataille s'était conclue, au prix de trois morts dont une demi-pizza pepperoni, par une victoire de l'école primaire San-Diego da Cunha sur les forces bolcheviques. Césario el Burrico avait été récompensé pour cet exploit par la Médaille du Mérite Exceptionnel, la plus haute distinction honorifique du pays, de même que la pizza qui a reçu cette distinction a titre posthume et dont la dégustation avec trois bouteilles de bière et un reste de steak-haché Chacal avait fait l'objet d'une commémoration publique réunissant près d'une centaine de personnes.

Bien qu'encore en vie, Joao s'est lui aussi vu décerner la Médaille du Mérite Exceptionnel à titre posthume des mains du Président de la République aux côtés de ses six autres compagnons pour leur courage et leur action héroïque qui a permis d'empêcher l’annihilation complète de leur pays et, plus généralement, de la race humaine. Dans un article de La Prensa Libre titré "Rendez nous le brochet bande de bâtards !", Joao, interrogé par le journal le plus lu de toute la Costa Sueñoleja, a prononcé ces mots déjà très célèbres et repartagés "J'ai mal au cul, putain.". Un témoignage bouleversant qui nous laisse mieux appréhender la gravité de la situation que la nation aleucienne libre et démocratique est en train de traverser avec crainte mais assurance.

Effectifs déployés le long de la frontière
Frontière Puertallora-Lahunkal :
  • 800 miliciens de Puertallora (HRP : conscrits)
  • 12 000 mercenaires et paramilitaires (HRP : réservistes)
  • 18 000 soldats de l'Ejército Federal (HRP : professionnels)
  • 800 armes légères d'infanterie de cinquième génération
  • 30 000 armes légères d'infanterie de sixième génération
  • 400 mitrailleuses lourdes de deuxième génération
  • 300 lance-roquettes de première génération
  • 20 véhicules de combat d'infanterie de deuxième génération
  • 20 chars légers de première génération
  • 50 camions de transport de troisième génération
Frontière Cerveza-Lahunkal :
  • 240 miliciens de Cerveza (HRP : conscrits)
  • 4 000 mercenaires et paramilitaires (HRP : réservistes)
  • 8 000 soldats de l'Ejército Federal (HRP : professionnels)
  • 240 armes légères d'infanterie de cinquième génération
  • 12 000 armes légères d'infanterie de sixième génération
  • 400 mitrailleuses lourdes de deuxième génération
  • 100 lance-roquettes de première génération
  • 10 véhicules de combat d'infanterie de deuxième génération
  • 10 chars légers de première génération
  • 30 camions de transport de troisième génération

Le réalisateur réputé Miguel Bahía s'est également porté volontaire pour accompagner les forces armées avec son smartphone Samsoul afin d'enregistrer des images de ce que l'on appelle déjà la Guerre du Caca, en référence à l'événement qui en est à l'origine, pour les intégrer dans son futur film La cyber-invasion des cosmo-chimpanzés du futur 4 : la revanche de space-Mohamed, le remake de sa comédie-dramatique sur le rôle des bérets rouges dans la Guerre Civile Velsnienne sortie l'année dernière.
Le champs de tir
La clef du champs de tir...

Le moment pour un déclenchement des hostilités était particulièrement mal placé à la base de commandement locale de Lahunkal. Il se trouve en effet que sa commandante, une militaire d'expérience avec une parfaite maîtrise de ses troupes et d'elle-même en toutes circonstances, était justement partie pour une semaine complète. En vacances sur le navire de croisière icamien MS Costa Sueñoleja, là où elle était sûre et certaine d'être à des centaines, et même milliers de kilomètres de tout conflit et de tout tir de balle. Batailles navales comprises.

C'est donc temporairement le nouvel officier, tout juste sorti de l'école militaire, qui la remplace. Il n'a pas la moindre expérience réelle, mais après tout, qu'est-ce qui pouvait arriver en tout juste une semaine et demi d'absence de la commandante ? Strictement rien, tout serait parfaitement calme et il n'aurait pas à mener d'autres opérations que celle de déboucher les toilettes de l'aile ouest du camp, qui sont décidément la zone la plus sinistrée de toute la Bande de Lahunkal.

À défaut de meilleures options, c'est donc au jeune Manik Acan, qui pas plus tard qu'il y a deux jours avait retourné tout le camp à la recherche de la "clef du champs de tir" qu'on lui avait demandée, que les pilotes de reconnaissance viennent faire leur rapport.

« Il semblerait que les sueñolejos amassent plusieurs milliers d'hommes près de la frontière, voire dizaine de milliers, mon commandant. Nous ne savons pas s'ils comptent attaquer ou simplement nous impressionner, mais il serait bon de préparer nos troupes au pire et de prévoir un plan d'évacuation des civils dans le cas où tout ça dégénèrerait.

- Très bien, mais il ne faut pas informer les civils tout de suite, nous devons réfléchir plus longuement à tout ça avant d'improviser ça ou ce sera ingérable.
»

Et c'est à cet instant qu'en déplaçant un gros classeur sur le côté de son bureau, il appuie par mégarde sur le micro des alertes générales. Un réseau de haut-parleurs installés dans toutes les villes et villages de la bande de Lahunkal, destinés à rapidement pouvoir faire des annonces à la population en cas de guerre, et qui se manipule directement depuis le bureau de la commandante des forces de la bande, que remplace Manik. Il n'a pas fait attention au voyant rouge qui vient de s'allumer, signalant que le micro retransmet actuellement ce qui se dit dans la pièce, et continue.

« ... donc pas d'annonce aux civils. Je ne veux pas qu'ils apprennent trop violemment que des dizaines de milliers de soldats ennemis nous encerclent et peuvent à tout moment nous envahir, nous devons nous préparer d'abord. C'est compris ?

- Euh, mon commandant, quelque chose clignote sur le coin de votre bureau là, ce ne serait pas le micro des alertes ?

- Qu'est-ce qu- ÉTEIGNEZ ÇA TOUT DE S-
»

Les habitants de Lahunkal n'ont plus qu'à finir tranquillement leur journée, en ayant entendu cette annonce pour le moins rassurante.


Le Toucan du Soir - N°53 du 24/04/2019
N°53 du 24/04/2019
Lahunkal s'affole
Il y a quelques heures à peine, les habitants de Lahunkal (la cité ainsi que les autres villes de la bande) ont été témoins d'un spectacle très étrange, et surtout affolant. On ne dispose encore que de trop peu d'informations sur ce qu'il se passe en ce moment même dans la bande de Lahunkal, mais il semblerait que les militaires qui la protègent contre l'impérialisme sueñolejos aient jugé bon de faire une annonce, au risque de causer des paniques massives de la taille des villes. L'annonce n'était pas très claire et grésillait, puisqu'il semblerait que le militaire qui en est à l'origine ne se tenait pas suffisamment proche du micro du système pour être parfaitement compris par les habitants, mais plusieurs dizaines de témoins insistent sur le fait qu'ils ont clairement entendu des mots peu rassurants tels que "plusieurs dizaines de milliers", "soldats ennemis" et "encerclent". Il semble donc que la bande soit cernée par des forces de la Costa Sueñoleja voisine, qui aurait décidé de passer à l'action. Après plus de deux-cents ans de statu quo, peut-être la paix est-elle finie pour Lahunkal.

Il est cependant primordial de ne pas s'affoler, car c'est probablement ce que recherchent les sueñolejos et surtout que cela n'apportera rien de bon. Vider les supermarchés de leurs produits créerait des pénuries artificielles, partir précipitamment risquerait de créer un blocage sur les vols ou départs de ferries à destination des territoires voisins, et plus généralement, céder à la panique causerait trop de troubles à l'ordre public. Nous vous demandons donc de garder votre calme et d'attendre les consignes du gouvernement et des militaires de la base de Lahunkal.

Le Toucan du Soir se tiendra à l'affut pour vous prévenir de toute évolution de la situation !


Frontière de Lahunkal : encore la faute des chrétiens ? - EN DIRECT : Tonaltl Tlonp expulsé du Tuktuqivik par la force, l'Akaltie devrait-elle se préparer à envahir Norland en représailles ?
L'émission s'ouvre sur Hanounatl, le célèbre présentateur aux positions natives extrémistes (bien qu'il conteste cela et qualifie plutôt ses discours de "réalistes" et "empreints de bon sens").

Le sujet du jour : la frontière de Lahunkal ! Encore un truc causé par ces salet- ces chrétiens de la Costa Suetruc, même pas capables d'avoir un nom de pays simple et parfaitement lisible et prononçable comme Láunkal ChoᏍ, ᎠᎧᏱ ou je ne sais quel nom civilisé bien de chez nous. C'est à se demander s'ils sont humains, ces sauvages ! Enfin bref, l'important, c'est de savoir que ces chrétiens qui se disent pacifique et prônent l'amour ou je ne sais quoi, ont réagit au quart de tour à... Eh bien à une escarmouche qu'ils ont délibérément provoquée d'après les faits totalement objectifs dont j'ai obtenu le détail via des sources des plus sûres sur Echo International.

Je n'ai encore reçu aucun chiffre précis sur le nombre de soldats qu'ils amassent autour de la bande de Lahunkal (et je salue nos téléspectateurs sakkins au passage) mais il ne faudrait pas s'étonner qu'ils soient 200.000 ! Ces tarés qui gouvernent cette dictature blanche en seraient parfaitement capable, et même d'aller rafler des jeunes dans leurs bidonvilles, leur donner un bâton et un uniforme et les enrôler dans l'armée. Mais il y a heureusement une certitude dans cette histoire, c'est que nos armées à nous sont très puissantes, grâce au mandat d'Itotia Neztli (et pas du tout de ses boulets gauchistes de prédécesseur et successeur qui ne s'appliquent strictement qu'à une unique chose : détruire notre pays du mieux qu'ils le peuvent avec leurs politiques pro-chrétiennes). Je suis donc sûr et certain que tous les jeunes de notre glorieuse patrie seraient prêts, si l'État-major le leur demandait, à prendre les armes, même les bouts de bois les plus rudimentaires, et à défendre chaque centimètre carré de notre terre.
C'est dommage, j'aurais voulu être réserviste moi aussi, mais à cause de mes problèmes de dos, je me suis dit qu'il ne valait mieux pas…

Surtout, restez sur Aleucie1 pour continuer à entendre la liberté d'expression, la vraie, et des choses que les autres médias ne laissent pas passer parce qu'ils sont trop christiano-wokes !


Le Toucan du Soir - N°54 du 26/04/2019
N°54 du 26/04/2019
L'inauguration du pont-tunnel de Lahunkal reportée
L'inauguration du grand pont-tunnel qui relie Lahunkal à l'Icamie devra attendre ! L'annonce vient d'être faite : ce chantier, qui venait enfin de se terminer après des années de retards dans les travaux et des milliards d'imas de dépenses imprévues ajoutées depuis l'annonce conjointe du projet par les autorités akaltiennes et icamiennes, devra malheureusement encore attendre avant de pouvoir être traversé par des véhicules.

L'entreprise et les pouvoirs publics ont conjointement annoncé bloquer le pont à cause du conflit qui semble se profiler dans la bande de Lahunkal et qui, s'il dégénère, risquerait de fragiliser dangereusement tout ou des parties du pont-tunnel. Dans le cas où cela arriverait, il ne faudrait pas que des automobilistes ou qui que ce soit ne se trouve dessus et chute ou subisse un effondrement. Les barrières resteront donc fermées jusqu'à nouvel ordre, et même les agents d'entretiens seront consignés au continent et devront continuer les traversées du détroit par ferry.

Une section du pont-tunnel, avec un passage en hauteur qui permet aux navires de ne pas avoir à contourner toute la section du pont pour traverser le détroit.
Une section du pont-tunnel, avec un passage en hauteur qui permet aux
navires de ne pas avoir à contourner toute la section du pont pour traverser le détroit.


La clef du champs de tir - Partie II

Pendant que les civils de la bande de Lahunkal ne savent que trop peu de choses sur ce qui arrive autour des frontières, lesm ilitaires s'activent. Les sueñolejos semblent amasser un grand nombre de troupes sur la frontière, ce qui signifie que l'Akaltie doit en positionner au moins autant dans le cas d'une véritable invasion. La dizaine de milliers de soldats stationnés sur le territoire ne suffira probablement pas, et des troupes napalawiennes doivent être appelées en renfort. Dans l'immédiat, les troupes suivantes ont pu être mobilisées et mises en état d'alerte tout au long des frontières nord et sud de la bande de Lahunkal :

Pour manier les engins et défendre directement la frontière :
  • 10.000 soldats professionnels
  • 10.000 armes légères d'infanterie NIVEAU 11
Pour défendre les espaces aériens et maritimes (juste dans le doute) :
  • 5 canons antiaériens mobiles NIVEAU 10
  • 5 vedettes NIVEAU 2
Pour permettre le déplacement rapide de troupes du nord au sud de la bande :
  • 130 autobus NIVEAU 11
  • 1 hélicoptère de transport lourd NIVEAU 8
  • 2 avions de transport tactique NIVEAU 9
Pour surveiller les mouvements de troupes sueñolejos :
  • 2 véhicules radar NIVEAU 10
  • 5 avions de chasse NIVEAU 10
  • 1 drone de reconnaissance NIVEAU 8
Pour couper (si besoin) les communications radio entre le nord et le sud :
  • 1 avion de guerre électronique NIVEAU 8

Des consignes ont été données afin que les troupes aériennes coupent toutes les communications radios entre le nord et le sud du territoire sueñolejos dès la première attaque. Cela devrait permettre de rendre les échanges difficiles entre les deux territoires et de les empêcher de s'organiser correctement.
Des troupes napalawiennes se tiennent également prêtes à embarquer pour la bande de Lahunkal si la situation dégénère. Des troupes du territoire principal se préparent également, bien que cela soit par pure sécurité.

Il est cependant à espérer que le conflit ne dégénèrera pas, les seules victimes pour l'instant connues du côté akaltien étant la sergente Atuq Huancahuari qui a reçu une balle dans le bras gauche, et le caporal Kianto Yaotl qui a glissé sur un poisson arrivé là dans des circonstances des plus troubles en courant se mettre hors d'atteinte des tirs sueñolejos et s'est ainsi fait une entorse à la cheville droite en plus d'être tombé dans un buisson de ronces.
Le chef de guerre le plus normal d'Aleucie.

Manolo Solera, charismatique Commandant en Chef de l'Armée Fédérale de Costa Sueñoleja

Un an ! Un an déjà, ou plus précisément un an, cinq mois et 20 jours, ou encore plus précisément 539 jours, soit 12 936 heures, se sont écoulés depuis cette journée fatidique du 12 Mars 2019 où, en réponse à une agression caractérisée et à des actes de menaces continus de la part des forces armées akaltiennes toutes entières, le gouvernement libre et souverain de la República Federal de Costa Sueñoleja, alors présidé par le chef d'État charismatique élu démocratiquement par son peuple Javier Eeyore, avait pris la décision, dure mais néanmoins nécessaire pour garantir la stabilité de toute la nation et du continent Paltoleucien en ces temps très troublés, de procéder au déploiement d'une partie infime de ses puissantes forces défensives sur les frontières qui séparent la patrie des hommes civilisés de la colonie misérable de Lahunkal depuis laquelle le régime totalitaire ultra-nationaliste et raciste de Kintan projette ses funestes desseins contre la chrétienté et la civilisation occidentale qu'il jalouse !

Un an donc que plusieurs dizaines de milliers de soldats sueñolejos sont stationnés autour de ce petit bout de terre sans qu'aucun mouvement ne s'est déclaré depuis le début du conflit, faisant de la fameuse "Guerre de Libération de Doscientos" tant attendue par les irrédentistes sueñolejos ce qu'on appelle dans le monde de l'industrie cinématographique un véritable flop (le cinéaste Miguel Bahía s'est d'ailleurs plaint des pertes financières causées par la mobilisation de son équipe pour filmer une guerre qui n'a jamais eu lieu), les dirigeants des deux pays ayant visiblement préféré s'en tenir à la diplomatie pour régler ce litige, ce qui, jusqu'ici, a été une solution sommes toute relativement peu efficace à cette crise puisque ni les Sueñolejos ni les Akaltiens ne semblent vouloir alléger leurs revendications, les seconds refusant même de répondre aux sollicitations des premiers, pourtant très généreux dans leurs offres puisqu'ils ont pris sur eux d'accorder des concessions incroyables à leurs ennemis de toujours en réclamant simplement la création d'un condominium akalto-sueñolejo sur ce territoire microscopique plutôt qu'une annexion pleine et complète de la province à sa patrie d'origine. C'est donc l'entêtement des gouvernants akaltiens incompétente, qui bien souvent frôlent le ridicule par leurs déclarations dénuées de bon sens, qui empêche tout avancement dans ce dossier !

Et ce sont les soldats qui en payent le prix, eux qui aimeraient bien mieux traverser la frontière pour brûler quelques villages sakkins, commettre des massacres de masse et reprendre leur terre légitime dans une joyeuse orgie de sang, de chair et de boyaux plutôt que de rester un an et demi à se tourner les pouces en surveillant sans enthousiasme une frontière sans consistance physique que personne n'a ne serait-ce qu'une seule fois essayé de franchir. Et puis, même si, bien sûr, les quelques quarante-cinq mille militaire et paramilitaires sueñolejos déployés le long de ces frontières ne sont pas restés dix-huit mois à dormir dans des lits de camp à même un sol de terre et se sont relayé régulièrement pour rendre visite à leurs proches et faire des choses sommes toutes bien plus intéressantes mais qui ne nous regardent néanmoins pas, il faut bien prendre en compte les coûts colossaux de toute cette entreprise : nourriture, logements, salaires des soldats, entretien des armes, véhicules et équipements laissés en pleine nature et à la merci des intempéries pendant plusieurs semaines... La Guerre du Caca coûte déjà très cher au petit pays indépendant et démocratique de Costa Sueñoleja avant même d'avoir commencée.

Une situation qui n'a pas manquée de scandaliser profondément les responsables militaires du pays, et plus particulièrement le plus grand de tous, le Commandant en Chef Manolo Solera, homme fort du pays qui n'est pas exactement du genre à apprécier voir son budget militaire fondre à vue d’œil sans constater le moindre progrès dans la reconquête de la Bande de Doscientos-Lahunkal alors, si les politicards sont incapables de parvenir à un accord, il va lui-même devoir intervenir dans ces débats stériles pour y apporter ses arguments les plus lourds et ainsi permettre à chacun de retrouver sa maison et d'oublier cette sombre histoire. Non mais !


Ainsi, le 31 Août 2020 à environ deux heures de l'après-midi, après avoir fait un tour à Fortaleza pour discuter avec les responsables des opérations, le beau, charismatique et génial Commandant en Chef des Armées Manolo Solera, accompagné du Lieutenant-Colonel Marcello Carbón, son fidèle aide de camp depuis plus de vingt ans, s'est rendu en voiture dans l'un de ces nombreux camps militaires de fortune établis le long de la ligne litigieuse, officiellement pour y rencontrer les courageux soldats, phares de la liberté et de la démocratie aleucienne face à l'obscurantisme, et s'assurer de leur état et de leur préparation au combat et pour leur réciter un petit discours de motivation de sa confection.

- Alors les gars ? Bien ou bien ? lança-t-il pour s'attirer l'attention de l'assemblée, Pas trop dure l'attente ? Les conditions de vie vous paraissent agréables ? Car c'est là tout ce qui m'importe, vous savez bien. Entre militaires on se sert les coudes et c'est ma mission que de prendre soin de vous. Alors, oui, je sais, ça fait déjà bien plus qu'un an que vous êtes coincés ici à garder trois arbres et une route de terre vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept et que c'est pas vraiment le truc le plus excitant dans votre boulot, je sais bien que vous préfériez largement être en train de vous battre contre les akaltiens pour protéger votre patrie adorée et ses quarante-sept millions d'habitants innocents qui n'ont rien demandés et vivent pourtant sous la menace constante d'une dictature tyrannique qui ne supporte pas de voir un peuple aussi libre et avancé que le notre ! Ou bien alors, vous voudriez peut-être bien être en train de vous amuser avec une petite coquine sakkine de l'autre côté de la frontière, ah ah. clin d’œil clin d’œil, Mais ne vous en faites pas : l'attente est bientôt finie. Les politiciens et les diplomates ont essayé la diplomatie : ça n'a rien donné. Ils ont essayé d'être sympas : ils se sont faits rembarrés comme des malpropres.

C'est pas leur faute, hein, et on peut pas vraiment leur en vouloir d'avoir essayé mais bon, faut dire que discuter avec ces primitifs d'akaltiens, c'était pas l'idée du siècle. Nous autres dans l'armée, on a peut-être pas fait les mêmes études qu'eux, mais au moins on sait que les sauvages de l'autre-côté-du-détroit ne comprennent rien si ce n'est la parole des armes et de la violence, et, voyez-vous les gars, je dois dire que ça me convient parfaitement, ah ah ah ! Allons, bon, maintenant je vais prendre les choses en main et vous allez voir, qu'avec moi, ça va être plié en deux temps trois mouvements cette histoire, ils vont pas faire les marioles bien longtemps ces connards et s'ils veulent pas écouter mes propositions, eh ben, on reprendra Doscientos nous même, qu'ils soient d'accord ou non ! Après tout, rien à foutre de leurs avis, Doscientos c'est chez nous !


Après avoir motivé les troupes, le Commandant Solera et son aide passent une partie de l'après-midi à discuter avec les officiers responsables du camp et à prendre note de l'état opérationnel de l'unité, en fait un mélange hétéroclite de militaires régulières, de miliciens de l'État de Puertallora et de mercenaires des Fuerzas de Defensa Patrióticas engagés par le ministère des armées pour l'épauler dans la crise, avant de s'intéresser à un petit bâtiment flanqué du drapeau à toucan situé à deux ou trois centaines de mètres au nord du camp, de l'autre côté de la frontière.

- Qu'est-ce que c'est que ce machin ? demande-t-il à un soldat qui passait par là.

- C'est le bureau de douane des akaltiens. Le notre est là-bas. répond celui-ci en pointant du doigt un autre bâtiment similaire mitoyen du camp et surmonté du drapeau au condor.

- Il est occupé en ce moment ?

- Je ne sais pas. Plus personne ne passe par là ces derniers temps, les gens évitent de passer à proximité de militaires. En fait, avec la crise, les gens évitent de traverser la frontière de manière générale. À moins d'en avoir absolument besoin.

- Hum.

Le chef militaire s'éloigne du jeune soldat pour se rapprocher d'un emplacement de stockage d'armes visité plus tôt sous l’œil dubitatif du Lieutenant-Colonel Marcello Carbón qui, demandant à son supérieur ce qu'il a en tête, se voit simplement répondre S'ils ne nous écoutent pas, on va les obliger à nous entendre. Manolo Solera se saisit alors d'un lance-roquette, ainsi que d'une roquette dans une caisse de munition, charge habilement le lanceur grâce à l'immense expérience et la vaste connaissance des armes qu'il a accumulés après pratiquement cinquante ans au service de l'armée de son pays, puis se rapproche doucement de la limite nord de la base.

- Commandant, je pense que vous devriez poser cette arme et prendre en considération des alternatives plus pacifiques pour faire entendre vos revendications. tente de dire le pauvre Marcello Carbón sans grand succès.

- Regarde Marcello ! Admire comment un patriote protège le pays qui l'a vu naître et l'a élevé ! répond Solera avant de tirer le projectile en direction du poste des douaniers akaltiens.

- Bon Dieu et doux Jésus, faites qu'il ne tue personne.

La roquette, propulsée à une vitesse de près de 300m/s, atteint sa cible en moins d'un petit clin d’œil... ou plutôt la rate de quelques mètres en moins d'un clin d’œil, ce qui reste une performance tout à fait respectable compte tenu de la distance de la cible et de l'âge du tireur qui, malgré son physique athlétique, a tout de même fêté son soixante-troisième anniversaire au printemps dernier. On lui en donnerait volontiers moins pourtant !

- Commandant, vous avez perdu la tête ? Vous êtes peut-être en train de déclencher une guerre ouverte ! s'exclame l'aide de camp, visiblement choqué par le spectacle qui vient de se jouer sous son regard eberlué.

- Et alors ? Tu crois que je n'ai pas réfléchi aux conséquences ? J'avais seize ans quand je me suis engagé dans l'armée et une année de plus lorsque j'ai mené mes camarades sous les tirs des mitrailleuses bolcheviques pour être le premier de tous les combattants des forces de libérations nationales à entrer dans le Palais Présidentiel et à appréhender Gavaro, tu t'en souviens ? Depuis lors, je n'attends plus que ce jour où je pourrais enfin libérer mon pays tant aimé de l'occupation akaltienne qui dure depuis bien trop longtemps. Et voilà que ce jour est enfin arrivé.

- Commandant, avec tout le respect que j'ai pour votre engagement patriotique, je pense qu'il n'est pas dans l'intérêt de la Costa Sueñoleja d'entrer en guerre avec une nation qui, en plus de disposer d'une force militaire plus importante que la notre, peut compter sur de nombreux alliés et partenaires quand nous sommes seuls dans notre combat, et ce alors même que nos dirigeants sont en train de procéder à un règlement diplomatique de la question de Lahunkal !

- Rooooh. Marcello, tu- Tu me les brises ! Voilà ! Tu m'emmerdes Marcello ! Je sais très bien tout ce que tu es en train de me dire et je te répondrais simplement que j'ai bien pris en compte tous ces paramètres. Seulement, il me semble que tu oublies que, si la diplomatie est notre priorité, car nous sommes une nation profondément pacifique, ce déploiement militaire avait été organisé spécifiquement pour mettre la pression sur les autorités de Kintan dans l'optique d'obtenir une résolution la plus rapide et la plus avantageuse possible de cette crise. Or, les akaltiens ne semblent pas l'avoir compris de cette manière puisque nous n'avons toujours pas reçu de réponse positive à nos demandes, c'est pourquoi il me semble important de leur rappeler que ce déploiement existe et qu'il n'est pas là que pour faire joli ! Nous sommes sérieux !

- Je ne suis pas sûr que l'Union des Cités d'Akaltie sera plus encline à négocier si nous tuons ses citoyens.

- Mais pour qui tu me prends, Marcello ? Pour un barbare de napalawiens ? Bien sûr que non, je suis quelqu'un de civilisé et c'est pourquoi j'ai fait EXPRÈS de rater mon tir afin de ne blesser personne et donc d'éviter de donner des arguments à ce régime corrompu jusqu'à la moelle pour mettre fin aux discussions. On fait simplement du bruit pour qu'ils nous entendent mieux, c'est tout !
Enfin bon, qu'est-ce que j'essaie de te faire comprendre. Tu es un bon soldat, Marcello, mais rarement j'ai vu quelqu'un avec aussi peu de sens diplomatique. Maintenant va me chercher le mégaphone.
conclu Solera d'un ton soudainement sec.

- Le mégaphone ? répond Marcello dubitatif.

- Oui, le mégaphone ! Maintenant qu'on a attiré leur attention on peut leur exposer nos revendications ! Vraiment, ton éducation laisse à désirer, Marcello.

- Mais... C'est qu'il est resté dans la voiture.

- Bah va le chercher, bougre d'âne ! Ou trouves-en un autre, j'sais pas ! Ah, et j'allais oublier : trouve-moi une caméra. Pour la posterité.


Le Lieutenant-Colonel Marcello Carbón, fidèle aide de camp du Commandant en Chef Manolo Solera depuis plus de vingt ans, s'exécute et revient au bout d'un quart d'heure avec un mégaphone emprunté au service de cantine et une caméra portative qu'un soldat a accepté de lui prêter à condition de filmer lui-même la scène. Manolo Solera, qui, en attendant le retour de son fidèle aide de camp, était resté observer les dégâts de son tir précédant, s'équipe du mégaphone et, après quelques difficultés pour ajuster le volume, celui-ci étant habituellement réglé pour appeler les militaires à la soupe et non pas pour communiquer avec des forces étrangères sur plusieurs centaines de mètres, se place sur un promontoire bien en évidence (mais pas trop quand même, au cas où un tireur d'élite akaltien avait la bonne idée d’accrocher un nouveau scalp à sa ceinture) avant de déclarer d'une voix forte et autoritaire, accentuée par le mégaphone fourni par son fidèle aide de camp avec le patronage de la cantine :

- C'est bon ? Vous êtes réveillés bande d'enfoirés ??? Parce que j'ai deux petits mots à vous dire !

Alors qu'il s'apprêtait à crier ces deux petits mots, Marcello Carbón l’interrompt avec une remarque des plus pertinentes.

Monsieur ! Commandant ! N'oubliez-pas que vous parlez à des sakkins d'Akaltie. Êtes-vous certain qu'ils comprennent l'Espagnol ?

C'était vrai et Manolo Solera était obligé de s'en rendre compte : ces êtres intellectuellement inférieurs, dans leur égocentrisme démesuré et leur haine paroxysmique de la culture et du raffinement eurysiens, et plus particulièrement d'une civilisation aussi cultivée et raffinée que l'Arobelas, n'accepteraient jamais d'apprendre une langue aussi belle et magnifique que la sienne, l'Espagnol, préférant continuer de régresser plus en avant dans leur sauvagerie en bafouillant des borborygmes barbares par lesquels il est intrinsèquement impossible d'évoquer les concepts de science et de philosophie qui ont permis à l'Eurysie d'acquérir une avance considérable sur le reste du monde et de le dominer pendant des siècles, et ce quand bien même les akaltiens à qui il s'adressait (ou croyait s'adresser puisque, jusqu'à preuve du contraire, aucun mouvement n'avait pu être confirmé de ce côté de la frontière) étaient des douaniers dont le métier est justement de traiter quotidiennement le passage de centaines de personnes entre les deux pays. C'était du pur bon sens et Manolo Solera se sentait bête de ne pas y avoir pensé lui-même. Cependant, il se ressaisit vite.

- Mince. Tu as raison. Ces abrutis congénitaux ne risquent pas de comprendre ce que je leur dis si je ne parle pas dans leur langue abâtardie. Or, je ne parle pas cette langue abâtardie. Il me faut un interprète ! Et, à cela, il ajoute, à l'attention de ses interlocuteurs akaltiens.

- Attendez un instant, les gars ! Je reviens dans une minute. Le temps de trouver un interprète.

Manolo Solera parcourt rapidement les groupes de soldats dispersés dans le camp, à la recherche d'un indigène. Après tout, les natifs aleuciens, et principalement les Sakkins, représentent presque un tiers de la population totale de la Costa Sueñoleja. Une proportion que l'on retrouve au sein des forces armées du pays et notamment dans les plus basses strates de sa hiérarchie et, puisque ce petit camp isolé dans un coin de campagne pourri à deux pas de la frontière akaltienne n'est pas vraiment le genre d'endroit qu'habitent les généraux étoilés, il n'est pas improbable d'y trouver quelques autochtones sakkins.

Finalement, au détour d'une tranchée creusée pour ralentir une éventuelle attaque ennemie sur la position, il aperçoit un jeune homme au milieu d'un groupe de miliciens jouant aux cartes qui attire tout de suite son attention : son teint de peau et les traits de son visage lui donnent un air indigène mais comment le vérifier ? Prélever discrètement son sang pour faire un test ADN sans se faire remarquer serait une tâche très ardue et il n'a pas le temps de faire venir un anthropobiologiste de l'Université des Sciences de Sueñoleja pour étudier la forme de son crane. Soudain, le voilà frappé par un de ces fameux éclairs de génie qui caractérisent l'homme fort de la République Fédérale.

- Dis-moi voir, toi. Tu serais pas un peu sakkin par hasard ?

- Si, Commandant. Mais je suis surtout un patriote. répond le jeune milicien visiblement surpris de se faire apostropher par le Commandant Solera en fucking personne.

- Très bien, tu feras l'affaire. Comment tu t'appelles mon gars ?

- Angelo, Commandant.

- Ah... Oui... Angelo... Très local comme non... Enfin bref ! Allez, viens avec moi, Angelo, j'ai besoin d'un interprète pour traduire mes demandes aux guignols d'en face dans une langue que ces débiles mentaux peuvent comprendre.

- Mais, Commandant- tente de répondre le soldat avant d'être interrompu.

- T'en-fais pas, mon gars. Ça va durer qu'une minute. Tu pourras reprendre ta partie de cartes en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire !

Manolo Solera emmène son interprète fraîchement recruté jusqu'au promontoire surélevé d'où il reprend le fil de son discours.

- Ça y'est les gars ! J'ai un interprète ! Alors, où j'en étais moi... Ah oui ! - C'est bon ? Vous êtes réveillés bande d'enfoirés ! Insiste bien sur le "enfoiré". ajoute-t-il en apparté à destination d'Angelo. S'il existe un synonyme d'enfoiré dans ta langue, je veux que tu l'utilises.

- Mais, Commandant, je ne parle pas le Sakkin. trouve-t-il la force de répondre à son supérieur hiérarchique.

- Comment ça ? Tu n'es pas sakkin ?

- Si, Commandant. Mais je surtout un vrai patriote. Et mes parents aussi étaient de vrais patriotes, c'est pourquoi ils ne m'ont élevé que dans la langue de la patrie, Commandant.

- Bordel ! interjecte Solera À quoi ça sert d'avoir autant d'indigènes dans ce pays s'ils sont même pas foutus de parler leur foutue langue quand on en a besoin ! Allez, casse-toi Angelo !

C'est à ce moment que, comme un miracle divin prouvant la supériorité du christianisme sur les religions païennes absolument et rigoureusement fausses des akaltiens, un autre soldat, qui avait distraitement entendu la fin de la conversation entre le Commandant en Chef des Armées Manolo Solera himself et le milicien Angelo, se propose, dans un acte d'une bonté et d'une générosité rare en ce monde en perdition, de devenir GRATUITEMENT le traducteur espagnol-sakkin du premier défenseur de la démocratie et de la liberté d'entreprendre et de prospérer sans crainte de se faire dévorer en pleine nuit par un communiste icamien.

- Commandant Solera ? Si je puis me permettre, j'ai cru entendre que vous aviez besoin d'un interprète pour converser avec les akaltiens ? Or, j'ai fait un peu de Sakkin LV3 au lycée et je pense pouvoir me débrouiller pour vous traduire, si vous me le permettez bien sûr.

Ne laissant rien paraître de l'émotion qui le submerge en voyant, qu'après tant d'effort, il a enfin pu mettre la main sur l'interprète de ses rêves, Manolo Solera reste en apparence stoïque et sa réponse visiblement indifférente ne trahi pas une seule seconde ses sentiments.

- Pourquoi pas après tout ? Comment tu t'appelles, mon garçon ?

- Manuel, Commandant ! répond Manuel.

À nouveau, Manolo Solera, qui n'a, cette fois, pas eu besoin de se déplacer puisque son interprète lui est venu de lui-même, commence à nouveau son discours à destination des akaltiens qui, s'ils sont effectivement présents, ont décidément intérêt à être patients.

- Là c'est vraiment bon les gars ! J'ai enfin trouvé un vrai traducteur digne de ce nom ! J'espère que l'attente a pas été trop longue mais bon, les problèmes techniques, vous savez... On peut pas toujours tout prévoir, pas vrai ? raclement de gorge
C'est bon ? Vous êtes réveillés bande d'enfoirés ??? Parce que j'ai deux petits mots à vous dire et j'aimerai que vous les transmettiez à vos supérieurs ! Histoire que ça arrive pas trop lentement dans les cranes creux de vos dirigeants à Kintan !

Alors voilà : l'année dernière, vos soldats voyous ont illégalement franchis la frontière qui scinde nos deux États, celle-là même à travers laquelle je vous parle, et ont lâchement agressés les nôtres, de jeunes hommes innocents qui ne vous avaient rien demandé, dans un acte de violence gratuite motivée par l'idéologie suprémaciste et purement xénophobe de votre gouvernement. Nous nous attendions à des compensations, ou au minimum à des explications sur les raisons de vos actes ignobles et inciviles, nous attendons toujours ! Et malgré la haine et l'irrespect dont votre pays fait preuve à l'égard du notre, malgré vos violations flagrantes et répétées du droit international COUTUMIER, qui n'a par définition pas besoin d'être écrit sur du papier pour être respecté comme l'argumentent vos chefs dans une tentative désespérée et pathétique de s'en rendre indépendant alors que c'est, comme chacun le sait, le propre des dictatures totalitaires de s'affranchir de toute morale et de toute règle ! Malgré tout cela, nous avions essayé de vous tendre la main, de trouver une issue pacifique à cette affaire, de vous faire d'IMMENSES concessions pour ménager votre fierté car, après tout, nous ne parlons pas d'une annexion pure et complète de la Bande de Doscientos, pardon, "Lahunkal", chose que nous aurions étés tout à fait légitimes à demander pour tout un tas de raisons que je ne vous répéterais pas une énième fois, mais bien d'une démilitarisation de la province afin d'éviter de nouveaux "incidents" de ce type et d'un transfert progressif de souveraineté par le biais d'un condominium, c'est-à-dire un territoire administré conjointement par plusieurs gouvernements, en l’occurrence celui de Kintan et celui de Sueñoleja la Ciudad, un concept dont vous êtes friands, je crois, puisque vous-mêmes dites appartenir à un certain "Condominium Natif", même si j'avoue avoir du mal à saisir en quoi cette définition s'applique à votre petit fan club.
Nan, mais je pense qu'il est important de le mentionner : quel territoire est un condominium et qui le gouverne chez vous, ce n'est pas très clair. Ou alors, l'ensemble des pays membres de votre organisation forment un gigantesque condominium ? Et donc n'importe quel gouvernement peut gérer n'importe quel portion du territoire ? Genre, les autorités de la Nouvelle-Kintan ou de l'Anaistésie peuvent décider de tout ce qui se passe en Akaltie ? Ou alors, l'Akaltie en elle même n'est pas un condominium mais ses pays associés sont dirigés conjointement par les gouvernements locaux et l'Empire Impérialo-Impérialiste des Akaltiens Impérialistes... C'est surement ça ! J'ai bon ou pas les gars ?


- Commandant, je crois que vous égarez un peu. intervient Marcello, son fidèle aide de camp,

- Merde, je crois que tu as raison, Marcello, mon fidèle aide de camp depuis plus de vingt ans. Ils sont vicieux ces enfoirés. répond Manolo Solera avant de reprendre le fil de son discours Enfin bref, ne changez pas de sujet bande de petits farfadets malicieux, je suis en train de vous parler de choses sérieuses, là ! toussotement
Donc, tout ça pour dire que, nous vous avons proposé un arrangement équitable répondant ABSOLUMENT aux exigences de nos deux gouvernements : vous l'avez rejeté en bloc ! Dans un acte de générosité que vous ne sauriez ne serait-ce que concevoir, nous vous avons donné une seconde chance en vous proposant, à nouveau, les mêmes accords TOTALEMENT équitables : vous n'avez même pas daigné nous répondre ! Maintenant, je vous donne une troisième chance de nous répondre, il n'y en aura pas de quatrième ! Si vous acceptez nos propositions, tout le monde pourra rentrer chez soi en toute tranquillité et cette histoire de conflit bicentenaire sera enfin dernière nous. Si vous les rejetez mais consentez néanmoins à négocier une résolution pacifique de cette crise, nous vous informons que l'Empire des États Yamato du Scintillant, nation absolument neutre dans cette affaire, s'est d'ores et déjà porté volontaire pour servir de médiateur dans ces négociations si vous estimez le besoin d'en avoir un.

Dans le cas où nous ne devions recevoir aucune réponse avant la fin de l'année, soit le 31 Décembre 2020 dans le calendrier grégorien en usage partout dans le monde, ou si aucune de ces réponses n'apportait de réponse que nous jugerions satisfaisante, le Gouvernement de la República Federal de Costa Sueñoleja se verrait contraint de mettre un terme à toute possibilité de discussion entre nos deux États et de chercher des solutions moins enviables pour garantir sa sécurité et sa souveraineté territoriale.

Nos demandes ne sont pas une blague. Ce n'est pas une farce ni une revendication jetée en l'air. Nous avons la volonté et la capacité d'en faire une réalité.

Ce déploiement militaire n'est pas symbolique. La República Federal de Costa Sueñoleja n'a pas déployée des dizaines de milliers d'hommes pour décorer ses frontières mais pour assurer sa sécurité et la sécurité de sa population face à ce que nous avons perçu et percevons toujours comme une incursion hostile de vos troupes sur notre territoire et vous rappeler, chaque jour, que nous ne pouvons plus supporter une telle situation de conflit permanent.

Nous avons la volonté et le courage de faire ce qu'il faut pour protéger notre pays, notre peuple et notre liberté !


Après ces mots concluant ce superbe et émouvant discours qui n'a pas manqué d'arracher quelques larmes aux auditeurs sueñolejos, et probablement aussi aux akaltiens s'ils possèdent une âme, Manolo Solera, descendu de sa motte de terre, demande à son fidèle aide de camp Marcello :

- Alors ? C'était bien ?

- Vous avez été génial, Commandant !

- Et la vidéo ? Elle est bien ?

- La vidéo ?

- Oui, la vidéo ? Pour la posterité ?

- C'est que, personne n'a pris de vidéo.

- Mais bougre de con de toi ! Si je t'ai demandé d'aller me chercher une caméra c'est bien pour que tu me filmes !

- Vous n'en avez pas donné l'ordre !

- Et alors ?! Tu peux pas faire preuve d'un peu d'initiative une fois dans ta vie, mon pauvre Marcello ? C'est pas comme ça que tu deviendras Commandant comme moi ! À cause de toi on va être obligé de la refaire !

- La refaire ?

- Oui, la refaire. Et cette fois tu n'oublies pas de filmer ! et, reprenant son mégaphone, il ajoute à l'adresse des akaltiens Désolé les gars ! On a encore eu un problème technique, du coup on va être obligé de la refaire. J'espère que ça vous embête pas trop.

Et, parole donnée, il le fit.
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