30/11/2019
21:10:03
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Activités intérieures en Nueva Lykania (récits de RP, vie quotidienne...)

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RDV sur le terrain à 17h


Bonjour, vous êtes sélectionnés pour la Coupe du Monde de Rugby 2019 (Gallouèse) au nom de la sélection néo-lykanienne de rugby. Veuillez nous envoyer une réponse rapide pour valider ou non votre présence lors du rassemblement. Si votre réponse est positive, rendez-vous mercredi prochain à 17h sur le terrain communal de San Patricio XI.

Sportivement.




Ce que vous venez de lire, c'était la lettre qu'avait reçu Luis Oyarzabal dix jours auparavant. Le jeune espoir du club omnisports de l'Athletic Club (Sedjan) au poste de demi de mêlée avait toujours du mal à croire à ce qui lui arrivait.

Né à la fin des années 1990 dans la capitale youslève d'un père vasque et d'une mère mapuche de Nueva Lykania, il était allé quelques fois dans son pays d'origine pendant sa jeunesse. Toutefois, ces maigres aller-retours avaient été réduits à cause de la situation autarcique des municipalités, les tensions entre la Youslévie et Nueva-Lykania mais surtout car le jeune Luis s'était frayé un chemin vers le monde du rugby professionnel. Il avait donc fallut faire un choix et il avait fini par privilégier les stages de préparations et les saisons à rallonge que la vie d'un jeune normal et avait donc en même temps sacrifié de précieuses semaines qui lui auraient permis de se rendre à nouveau dans son pays.

Mais ces sacrifices avaient finalement payé. Il avait été repéré par le deuxième club omnisports de Sedjan, l'Athletic Club, connu pour ses valeurs internationalistes et réputé pour son équipe de football qui peut parfois rivaliser avec le RC Sedjan (le club omnisports des bourgeois sedjanais pour faire simple). Au rugby toutefois, il n'y a pas match. Quand le RCS est de loin l'une des équipes les plus titrées du pays, l'Athletic Club peine à se maintenir en première division chaque année. Une fois de plus au dos du mur en fin de saison dernière, le coach de l'équipe senior avait fait confiance à une poignée de jeune issus du centre de formation, dont Luis Oyarzabal. Le jeune numéro 9 avait convaincu et, en même temps de valider le maintien du club, avait signé un contrat de cinq ans, faisant donc de lui un joueur de rugby professionnel.

La marche suivante pour n'importe quel joueur, à titre individuel du moins, était la sélection nationale. Tout jeune rugbyman youslève qui se respecte donnerait beaucoup pour un jour avoir la chance de porter le maillot des gorrios, et Luis Oyarzabal n'y a jamais fait exception. Seulement voilà, la route était bouchée et le sélectionneur actuel ne semblait pas lui donner une grande considération. Il n'avait jamais réellement pensé à jouer pour le pays de sa mère. Mais quand son téléphone a sonné, affichant un numéro paltoterran, il a répondu. Après de longues discussions avec le staff lykanien, Lucio a pris sa décision. Il avait reçu une lettre officielle, entérinant son choix de jouer pour le pays de sa mère. Il est donc monté dans un avion l'emmenant à plus de 12 000 kilomètres de Sedjan avec comme seule information qu'il devait être quelques jours plus tard sur le terrain du onzième arrondissement de la capitale San Patricio.
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Vamonos


L'effervescence autour de la Copa Paltoteucia commençait à monter dans le pays. De San Patricio, la capitale, à Antipodia, ville la plus méridionale de Nueva Lykania, chaque amateur ou amatrice de football (soit l'ensemble de la population, du plus jeune bambin à la plus vieille madone) délaissait petit-à-petit les rivalités inhérentes au football de club national pour braquer ses regards vers el sol et los astros, surnom de la sélection lykanienne de football et de ses joueurs. Les rues se parent peu à peu de fanions, de banderoles et d'autres marques d'amour aux couleurs de l'équipe.

Autour du maté quotidien, les discussions et les pronostics vont bon train. Jusqu'où les bleus et verts iront-ils lors de cette compétition ? Si l'optimisme est de mise, comme à chaque fois que l'on parle de la sélection, l'emballement reste quand même mesuré. Et pour cause, la sélection lykanienne sort d'une énorme période de contre-performance et de disette, bien loin de l'époque de la glorieuse équipe emmenée par le légendaire Hector Villalibre. Le comble de l'humiliation est survenu en 2017 lorsqu'el sol a échoué à se qualifier pour la coupe du monde en Youslévie en perdant à la surprise générale lors des barrages contre Baskonia. La Fédération de Football des Municipalités de Nueva Lykania (FFMNL) s'est donc vue dans l'obligation de limoger son coach Ernesto Aguirre pour le remplacer par un nom bien connu, celui d'Ariel Castrovilla. Il avait déjà été sélectionneur de l'équipe nationale au début de la décennie.

Dans un petit café du quartier populaire de San Llorents à San Patricio, on pouvait assister à une énième discussion entre Ezequiel et Facundo. Le premier est un plombier, la cinquantaine passée, un peu bedonnant, on lui dit souvent qu'il a des faux airs d'Hector Villalibre. Le second semble un peu plus jeune, ou peut-être un peu mieux conservé. En effet, son travail de libraire dans l'un des milliers d'établissements de ce genre dans la ville est bien moins éprouvant pour le corps que celui de son interlocuteur. Les deux sont des habitués du Café del Sol, le bar dans lequel ils avaient pour routine de venir de temps en temps prendre un café le matin, un maté l'après-midi ou une bière en fin de journée. Ici aussi, les discussions tournaient autour de cette future Copa chez les voisins San Youtiens, avec qui la Nueva Lykania dispute une rivalité féroce dans le cadre du derby d'Aramburu. Dans ce débat dignes des plus grandes joutes, deux visions du football s'opposent :


" Mais non cabrón, arrête un peu tes conneries. On aura jamais le niveau pour aller au bout.
- Qui sait, Ezequiel. Je ne te dis pas qu'on va la soulever cette coupe mais je pense pas qu'on sera honteux. Honnêtement, à part le San Youté qui a l'air bien plus fort sur le papier, et à la limite l'Everia qui a l'air d'avoir une équipe plutôt honnête, on est au dessus des autres.
- Ba ! Tu sais oui toi ! Personnellement je n'ai plus d'espoirs pour cette équipe.
- Dis pas ça, voyons.
- Je te jure ! On se fait sortir par Baskonia en barrage, Baskonia ! Tu savais qu'ils avaient une équipe de foot toi ?
- C'est vrai qu'on a eu des problèmes cette dernière décennie mais c'est un mal global, cette élimination nous a permis de le découvrir et la fédé est en train de remédier à cela petit-à-petit..."


Ezequiel n'écoutait pas ce que lui disait son voisin, il continuait sa diatribe sur ce dernier mondial.

"Et puis, le pire dans tout ça, c'est même pas de pas y avoir été en Youslévie, c'est de les avoir vu gagner. T'imagines, on s'est tapé une finale Youslévie-San Youté. Les colons contre les thons putain, je sais pas si Dieu existe mais il nous épargne pas celui-là.
- Tu vas te mettre à prier maintenant ou quoi ?
- Si ça nous fait revenir Hector sur le terrain bien sûr !"


Hector, c'était Hector Villalibre. Quand on parlait de foot et qu'on évoquait ce prénom, pas besoin de mettre le nom de famille derrière, chaque néo-lykanien savait très bien à qui on faisait allusion. Hector, l'idole néo-lykanienne, le trésor nationale, celui qui a rendu fier toute une nation alors qu'elle était au plus bas dans les années 1980. Ses exploits footballistiques, ses frasques sur et en dehors du terrain, ses sorties politiques avaient fais de lui une figure révolutionnaire aussi bien sportivement que politiquement dans le monde entier. Avec Hector, la Nueva Lykania n'avait pas besoin d'ambassadeur, il portait à lui tout seul les aspirations, les douleurs, les joies, les peines, les victoires et les défaites de ce peuple de trois millions d'âmes tout au Sud de la planète. Hector était à la fois une figure divine et familiale à qui l'on pouvait s'identifier en même temps que vénérer. C'était le cas d'Ezequiel qui rien qu'à l'évocation de Villalibre avait la chair de poule, pareil pour Facundo. Ici, remettre en cause, ne serait-ce qu'un dixième, de l'accomplissement d'Hector était presque un crime de lèse majesté. Et c'est ce que s'apprêtait à faire le jeune serveur Diego qui s'approchait avec deux tasses de cafecito.
L'air goguenard il glissa à ses deux clients :

"Allez les vieux, faut arrêter de regarder dans le passé. Il serait même pas titulaire avec le foot d'aujourd'hui, Hector."

Les deux habitués relevèrent la tête comme s'ils étaient un seul homme, le regard noir pour Ezequiel, amusé pour Facundo, avec qui il était plus aisé de blaguer à propos du foot car moins impliqué dans le ballon rond que son ami plombier.

"Mais qu'est-ce que tu racontes, petit fils de pute ? On te pince le nez y'a encore du lait qui en sort, ta mère portait des couches qu'Hector était plus connu que le Christ ! T'as déjà vu un de ses matchs ?
- Tu crois quoi.


Évidemment que Diego avait vu les matchs d'Hector et d'el sol pendant la glorieuse période de la sélection. Il n'y avait pas un foyer du pays qui n'avait pas des cassettes ou des DVD relatant les exploits de ces joueurs mené par Villalibre. Et si ça ne suffisait pas, il n'était pas rare qu'à l'école on passe des enregistrements du match iconique Youslévie-Nueva Lykania où l'idole éternelle réalise l'une des plus grandes prestations de l'histoire de ce sport.

Bref, moi je te le dis. Non seulement il serait titulaire maintenant mais ça serait le meilleur joueur, même pour les cent prochaines années, même si des aliens arrivaient il resterait le meilleur. Surtout avec l'équipe actuelle, ils ont tous deux pieds gauches.
- Bah ! Moi je crois en eux, ils ont juste besoin de confiance. Je pense qu'Ariel Castrovilla est la personne qu'il nous faut, il va leur mettre la rage, la furia qu'ils avaient plus. Pas vrai Facundo ?
- Moi je te le dis, je pense qu'on a un bon potentiel. On va peut-être pas la gagner, faut pas s'enflammer non plus, quoi que dans ce pays on sait pas faire à moitié...
- Attendez, je vous reprends les deux autres tasses...Moi j'ai confiance en Tomás Cabrera, il plante pas mal dans son club en Youslévie. Puis maintenant nos joueurs jouent dans les meilleurs championnats, y'en a plein qui sont au San Youté, en Alguarena à Velsna...ah non, mauvais exemple Velsna.
- C'est ça le problème, les joueurs partent, ils oublient d'où ils viennent, comment ça se passe ici, nos valeurs. Ils vont vivre dans des châteaux, se marient avec des mannequins et roulent dans des voitures qui coûtent des millions.

Ce que pointait du doigts Ezequiel ici était sans doute la plus grande cause de la crise entre la population néo-lykanienne et les joueurs de la sélection. Le pays avait eu du mal à suivre la professionnalisation et la marchandisation grandissante du ballon rond, ce qui n'était pas le cas de ses talents. Aujourd'hui, un bon joueur lykanien fait quelques saisons dans son club formateur au pays puis s'envole vers d'autres horizons où la ferveur est peut-être moins importante mais où les opportunités sportives et financières sont incomparables. Ce choix est par ailleurs mal compris par les hinchas (surnom des fans de football en Nueva Lykania, soit presque toute la population). Et, bien que les joueurs assurent rester amoureux de la patrie et ne pas oublier leurs racines, les derniers résultats décevants ont donnés une bonne raison aux supporters pour exprimer leur mécontentement, mais visiblement pas de Diego. Comme les autres jeunes de sa génération, il voyait d'un autre regard ce changement. Déjà sous l’œil de la fatalité, les gens comme Ezequiel avaient beau critiquer mais n'importe qui à la place de ces joueurs feraient la même chose, c'est malheureusement comme ça que le foot marchait. Mais il voyait également une opportunité pour l'équipe nationale. En effet, si les joueurs partaient vers de meilleurs clubs et championnats, ils deviendront aussi meilleurs et plus habitués aux exigences du haut niveau. Cela couplé à la détermination inhérente aux joueurs locaux, peu importe la génération ou le parcours footballistique, rendait même Diego joueur.

- On pari Ezequiel ?
- De quoi ?
- Eh bien, si la sélection va jusqu'en finale tu me répares gratuitement les canalisations du bar qui déconnent depuis longtemps.
- Et moi, je gagne quoi ?
- Comme tu veux.
- Un café gratuit par jour pendant un an ?
- Parfait !


Les deux hommes se serrent la main, puis Diego passe à une autre table et Diego et Facundo changent de sujet de discussion, une matinée banale au Café del Sol du quartier San Llorents à San Patricio, Nueva-Lykania.
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