Septembre est sans doute la plus belle période pour découvrir le Canta. La douceur de la fin d’été, les longues journées lumineuses et la floraison encore généreuse des géraniums et pétunias qui décorent les rues et balcons en font une saison de choix pour visiter le beau royaume nordique, dont la réputation florale n’est plus à faire. Quelle que soit l’époque de l’année, le "pays fleuri" porte bien son nom, même s’il faut bien avouer que c’est au printemps que le spectacle atteint son apogée. Les fleurs à bulbes, spécialité horticole des plaines de Ckey, explosent alors en couleurs et parfums dans chaque recoin de la Fédération. Tulipes, jacinthes, narcisses, jonquilles, fritillaires et bien d’autres variétés tapissent les moindres plates-bandes et pelouses. Ce paysage devient un véritable patchwork naturel, à perte de vue, qui attire chaque année des millions de visiteurs. Les caméras du monde entier viennent immortaliser ces champs multicolores. Dans quelques semaines, ces millions de bulbes fanés auront été soigneusement récoltés pour être expédiés aux quatre coins du monde. Jardineries, pépinières et marchés floraux accueilleront cette production exceptionnelle, symbole d’un savoir-faire horticole que les Cantais maîtrisent depuis des siècles. Car si les tulipes ne fleurissent qu’une fois en pleine terre, les Cantais ont su domestiquer leur floraison : dans d’immenses serres, hors-sol, des millions de bulbes poussent tout au long de l’année. Coupées plusieurs fois par jour, ces fleurs font l’objet d’une logistique parfaitement rodée, permettant aux foyers du monde entier de profiter, en toute saison, de la beauté des fleurs fraîches.
Les préparatifs :
Rarement Roune n’avait connu pareille agitation. Capitale fédérale déjà habituée aux visites officielles et aux grands sommets internationaux, notamment ceux de l’OPM dont elle accueille le siège, la capitale fédérale vibrait pourtant d’une ferveur singulière à l’approche de la première visite d’État de l’Empire Burujoa sur le sol cantais. Tout, dans l’organisation, devait porter la marque de l’exceptionnel.
Dès l’annonce officielle de la venue de Leurs Excellences, l’Empereur Tadashi IV et l’Impératrice Katherine Ière, le ministère fédéral des Affaires étrangères avait basculé en mode “alerte maximale”. La quasi-totalité du personnel fut réaffectée aux services protocolaires et logistiques, mobilisée dans un ballet d’échanges diplomatiques constants avec les ambassades respectives à Roune et à Karaimu. Rien ne devait être laissé au hasard. Ni la position d’un drapeau, ni le choix des fleurs, ni même la disposition d’un fauteuil dans un salon d’apparat. Les équipes protocolaires travaillaient nuit et jour sur des centaines de documents : plans de table, itinéraires, programmes minute par minute, profils des interlocuteurs... Les réunions de coordination s'enchaînent au rythme des allers-retours des missives diplomatiques cryptées entre chancelleries.
Roune s’était métamorphosée. En quelques jours, les grandes artères, les places publiques, les façades des bâtiments institutionnels avaient été entièrement décorées. Des milliers de drapeaux aux couleurs du Canta et de l’Empire flottaient côte à côte, formant une fresque mêlant le noir au rouge, le doré au vert. Chaque barrière de sécurité “Vauban” fut gainée de housses aux couleurs nationales, transformant ce dispositif sécuritaire en élément décoratif. Certaines institutions allèrent jusqu’à recouvrir entièrement leur façade de bannières : c’était le cas de l’Hôtel de ville central, qui arbora plus de 200 drapeaux, attirant les photographes avant même le début officiel de la visite.
Dans un communiqué des plus solennel, le maire de Roune appela l’ensemble de la population à venir saluer “nos hôtes impériaux” lors de leur passage. Cet appel, largement relayé par les médias, rencontra un écho sans précédent : des milliers de Cantais affluèrent depuis toutes les provinces, certains organisant un véritable “pèlerinage protocolaire”, planifiant hôtels et déplacements en fonction des étapes de la visite. La chaîne publique CDA y consacra même une série documentaire spéciale : Sur les pas de l’Empereur.
Cette effervescence n’épargna pas les salons feutrés de la haute société. Tout au long de la semaine précédant l’arrivée du couple impérial, les salons de couture les plus prestigieux de Roune accueillirent familles ducales, grandes lignées aristocratiques et commandants des ordres de chevaleries venues commander leurs tenues de gala. Les meilleurs tailleurs, brodeurs et modistes travaillaient sans relâche pour achever robes de soie, capes brodées et costumes en laine fine inspirés des différentes tenues traditionnelles.
Mais c’est aussi dans les serres, chez les horticulteurs et les fleuristes que l’on s’affairait sans relâche. Des milliers de fleurs furent commandées par les services techniques municipaux et fédéraux pour fleurir les avenues, les bâtiments officiels, les salles de réception, la cathédrale ou encore la chancellerie... Chrysanthèmes, orchidées, lys, pivoines, mais aussi des variétés rares et hybrides, cultivées spécialement pour l’occasion, furent disposées avec soin selon les codes de l’art floral cantais, réputé dans le monde entier pour son abondance et sa luxuriance. En total opposition avec le tout aussi réputé art floral burujois, connu au contraire pour sa sobriété et son raffinement.
Chaque espace vert inclus dans les circuits de visite fut l’objet d’une attention particulière. Le maire de Roune, en accord avec les sénéchaux et les intendances locales, exigea un entretien renforcé. La tonte des pelouses fut recalibrée, les parterres nettoyés à la main, les fontaines purifiées, les haies taillées au cordeau. Déjà réputée pour l’excellence de son entretien urbain, Roune voulait se montrer sous son jour le plus éclatant. On pensa également à vérifier que chaque pavé était bien scellé ou encore à retoucher à la main la peinture de chaque mobilier urbain présent sur les parcours officiels. On pensa même à nettoyer chaque vitre des candélabres pour que leur éclat soit le plus éblouissant possible le soir venu et chacune des nombreuses statues en bronze de la ville furent lustrées à la main.
Pendant ce temps, dans les coulisses diplomatiques, le rituel complexe du protocole poursuivait sa partition. Les équipes préparaient les cérémonies, les gestuelles officielles, les angles de caméra pour les moments solennels, la traduction des allocutions, la coordination des hymnes ou l’alignement des fauteuils selon les règles de préséance... Même l’agencement du bouquet offert à l’impératrice faisait l’objet de consultations. Dans les cuisines des résidences officielles, les chefs élaboraient les menus du dîner d’État à venir. Il fallait trouver le juste équilibre entre traditions cantaises et goûts du couple impérial, allier raffinement et convivialité, surprendre sans déplaire. Chaque plat serait soumis à validation, goûté à l’avance, photographié pour ses effets visuels.
Enfin, les forces de sécurité, mobilisées à un niveau jamais vu depuis le sommet sur les océans de 2012, procédaient à des exercices de simulation, de déploiement, de contre-surveillance. Le moindre mètre carré de l’aéroport, des avenues empruntées par le cortège et des bâtiments officiels avaient été cartographiés. Des brigades mixtes spéciales, en civil, composées de policiers fédéraux cantais et d’agents d’élites burujois avaient déjà été insérées dans la foule attendue, notamment dans les gares et aéroports pour se familiariser aux lieux et détecter d'éventuels repérages de la part de personnes mal intentionnées.
Deux semaines avant l’arrivée du couple impérial, tous les matins, dès 6 heures, les services du protocole, accompagnés des forces de l’ordre et des représentants de l’armée, entamaient les répétitions des différentes séquences cérémonielles. À l’aéroport Thomas Ier, de faux couples impériaux – des figurants choisis pour leur ressemblance ou leur maintien – descendaient à plusieurs reprises d’un avion identique à celui attendu, sous l’œil attentif de l’équipe de coordination.
On testait les déplacements exacts sur le tapis rouge, la position des enfants, le rythme des hymnes, la réaction de la garde d’honneur au signal du tambour major, l’alignement des caméras, le déclenchement simultané des saluts. Le moindre faux pas devait être éliminé. Les haut-parleurs de la tour de contrôle résonnaient des annonces techniques :
— « Simulation 4D : passage de la chancelière sur point X prévu dans 35 secondes. Position des caméras validée. Répétition salut impérial, top dans 5, 4, 3… »
Dans les bureaux de la chancellerie fédérale, on répétait également : accueil dans le grand hall de marbre, montée des marches d’honneur, prise de parole devant les caméras, signature du livre d’or. Des pages entières de discours furent relues, traduites, modifiées... L’équipe de la chancelière Olz avait même embauché un coach de posture pour vérifier les gestuelles de la dirigeante devant les caméras. Elle qui avait toujours refusé de se faire coacher dans le domaine de la communication, avait accepté surtout pour éviter de faire une gaffe, chose qui est souvent dans ses habitudes.
Les ministères, eux, travaillaient à plein régime. Celui des Transports révisait tous les itinéraires routiers du cortège, anticipant chaque point de ralentissement, chaque tunnel, chaque échangeur. Des routes furent rapidement refaites, des lampadaires remplacés, des murs défraîchis repeints en urgence.
Le ministère de la Santé, lui, mettait en place une cellule médicale de suivi en lien avec l’équipe sanitaire impériale. Les deux meilleurs hôpitaux de Roune avaient reçu consigne de garder des blocs libres pour toute urgence diplomatique. Chaque membre du couple impérial, ainsi que leur suite, disposait d’un dossier de sécurité médicale classifié.
Les Affaires étrangères et l’Intérieur collaboraient de leur côté à la sécurité du convoi. Un centre de commandement spécial, temporairement installé dans une aile souterraine de la Chancellerie fédérale, gérait en direct l’ensemble des déplacements, les communications radio chiffrées, la géolocalisation des convois et la coordination avec les services secrets impériaux.
La chancellerie fédérale avait donc été transformée pour l’occasion. On avait déplacé plusieurs œuvres d’art jugées « visuellement encombrantes » dans des réserves, pour donner plus d’harmonie visuelle aux salons de réception, habituellement très surchargés en œuvre d'art. Les grands bureaux de bois d’if avaient été polis à la cire naturelle, les rideaux changés, les draps brodés remplacés par des pièces spéciales confectionnées à la demande. Tous les tapis avaient également été dépoussiérés et le patchwork de prises et d'interrupteurs unifiés autour d’une gamme d’équipement moderne, un chantier évoqué depuis plus de 20 ans mais toujours repoussé.
Un protocole de circulation interne avait été établi pour éviter que le personnel n’entre en contact non autorisé avec le personnel dédié à la rencontre. Les huissiers et agents du protocole filtraient les couloirs. Seuls les membres munis de badges temporaires spéciaux pouvaient circuler dans le corps principal du bâtiment. Même les ascenseurs avaient été reprogrammés pour fonctionner selon un ordre strict et réservé. Le personnel gérant les affaires courantes de la Fédération était contenu dans les deux ailes latérales de la Chancellerie.
L’immense salle du conseil des ministres, habituellement sobre, avait été redécorée avec des symboles pouvant parler aux deux nations, comme des fleurs poussant dans les deux pays, des peintures de montagnes ou des maquettes de voiliers. Au centre, les 80 fauteuils du conseil des ministres avaient été remplacés par deux fauteuils identiques, rendant la pièce bien vide aux habitués des lieux. Tout, absolument tout, jusqu’à la couleur du verre d’eau qui sera proposé à l’empereur, avait été soigneusement validé.
Le dispositif ne se limitait pas aux institutions. Des centaines de civils étaient également mobilisés : enfants, chorales, musiciens, guides. Les 500 enfants qui devaient accueillir le couple impérial à l’aéroport Thomas Ier avaient répété leur rôle pendant une semaine entière. Chacun savait quand agiter son drapeau, à quel rythme, à quel moment cesser et comment se tenir immobile pendant les séquences solennelles. Certains, trop stressés, furent remplacés au dernier moment.
Les musiciens de l’orchestre des armées fédérales avaient répété les hymnes burujois et cantais plus de 100 fois, à différents tempos, pour être prêts à s’adapter aux contraintes de diffusion télévisée. L’orchestre avait aussi préparé plusieurs œuvres symboliques à jouer dans l’intimité, notamment une version harmonisée du Chant du Faisan d’Or, une mélodie folklorique burujoise souvent interprétée lors des naissances impériales.
La veille de l’arrivée :
Roune s’était couverte d’un calme presque irréel. La ville, pourtant si animée un samedi soir, semblait suspendue, comme figée par la gravité du lendemain. Les grandes avenues, désormais vides de circulation, reflétaient les derniers rayons d’un soleil déclinant sur les surfaces vitrées des hôtels de prestige. Les étendards fédéraux et impériaux flottaient doucement dans la brise encore douce du soir. On sentait que quelque chose d’important allait se produire.
À l’intérieur du vaste édifice moderne de la chancellerie fédérale, l’ambiance était feutrée, presque religieuse. Tous parlaient à voix basse, comme si élever le ton risquait de faire tomber l’équilibre méticuleux de l’événement. Dans les bureaux, la lumière était tamisée, mais personne n’était rentré chez soi. On voyait des silhouettes penchées sur des documents, des collaborateurs relisant pour la cinquième fois des fiches de protocole, des conseillers murmurant les derniers éléments de langage dans les couloirs, leurs pas étouffés par les moelleux tapis pure laine, dépourvu de poussière.
Dans un salon confidentiel du troisième étage, la chancelière Olz tenait une dernière réunion avec ses principaux conseillers, les chefs du protocole, les responsables sécuritaires, son cabinet et la ministre fédérale aux affaires étrangères. Devant eux : une grande table tapissée de plans, de chronogrammes, de cartes, de photos d’angles de caméra et de copies de discours.
Le chef du grand protocole au palais royal expliquait une dernière fois le déroulé de la journée dans le plus grand calme;
« À 9h42, le cortège officiel arrive à l’aéroport par le terminal 2, les deux véhicules de tête passent le point Charlie.
À 9h50, l’appareil se pose. À 9h54, déploiement du tapis. 10h00 : ouverture de la porte. 10h03 : poignée de main. 10h06 : bouquet. 10h09 : hymnes. 10h14 : revue des troupes. »
Une série de portables vibrait sans cesse, des échanges de messages cryptés se faisaient avec l’équipe du protocole burujois en vol vers Roune, et une liaison sécurisée permettait d’avoir un contact permanent avec les équipes cantaises à l’aéroport.
La chancelière Olz, d’un calme impressionnant, relisait une dernière fois les mots d’accueil qu’elle adresserait à Tadashi IV. Elle posa son stylo, regarda ses collaborateurs :
“Demain, tout doit sembler simple. Fluide. Naturel. Entier. Comme le sont toujours les cantais. On devra tous jouer notre plus beau rôle : faire oublier le travail qu’il y a derrière, comme on a toujours su faire.”
À quelques rues de là, à l’Hôtel des Ambassadeurs, luxueux établissement privatisé par le Burujoa pour l’occasion, les émissaires impériaux arrivés quelques jours auparavant finissaient également leur soirée de préparation. Le directeur de l’Agence Impériale, le prince Yasuho, passait en revue les tenues prévues pour les différents gala et arrivées par un vol cargo pour éviter de les abimer : manteau blanc d’apparat pour l’impératrice et veste brodée pour l’empereur, ils arboreront ensuite les décorations officielles cantaises qui leur seront remis demain après-midi par sa majesté en personne.
Un officier impérial entra, porteur d’un document classé “secret défense” : le plan final des dispositifs sécuritaires autour du cortège. Il échangea brièvement avec la sous directrice de l’Agence Impériale, chargée du bureau du Protocole ainsi que le sous-directeur, chargé du bureau de la Sécurité rapprochée.
— "Le Canta a prévu 42 moto. Plus du double de ce que nous avions demandé.
— Ils veulent impressionner... Et ils vont y parvenir !"
Pendant ce temps, tous les hôtels de Roune affichaient complet. Les cafés fermaient un peu plus tôt que d’ordinaire, les habitants des quartiers traversés par le cortège avaient reçu des courriers personnels expliquant les consignes de sécurité et les horaires de passage. Les habitants, eux, n’étaient pas irrités : c’était un honneur. L’Empire Burujoa était synonyme de raffinement, de puissance et de culture millénaire. Roune était fière d’accueillir un des couples les plus puissants du monde.
À 23h45, un hélicoptère survola discrètement la capitale. L’équipe de reconnaissance nocturne envoyait un dernier rapport au centre de commandement fédéral. Sur les écrans de contrôle à la chancellerie, le plan de la ville scintillait, quadrillé de points lumineux, chaque rue, chaque angle, chaque carrefour était surveillé. Le silence qui régnait dans les rues semblait orchestral. Il n’y avait plus rien à faire, sinon attendre, la chancelière invita tout le monde à rentrer chez soi, à partir de minuit, puisque c’est souvent dans ces moments-là qu'on commet les plus graves erreurs.
La matinée :
Il était à peine 5h30 lorsque les premières lueurs pâles du jour commencèrent à dissiper les ombres sur la capitale fédérale. Roune, encore ensommeillée, s’éveillait lentement… mais ce n’était pas une matinée comme les autres. Cette fois, ce n’était pas une ville qui se levait, c’était tout un pays.
À 5h45 précises, dans son petit appartement proche de la chancellerie, la chancelière fédérale Margrethe Olz était déjà en mouvement. Réveillée depuis 5h15, elle avait pris un petit-déjeuner frugal en silence : café noir, pain grillé au beurre et à la confiture et fruits, tout en consultant les derniers bulletins de la sécurité intérieure émis toutes les demi-heures pendant la nuit. Vêtue d’un de ses incontournables tailleurs de couleur, aujourd’hui bleu nuit, elle relisait mentalement son message de bienvenue tout en écoutant distraitement les dernières nouvelles diffusées par CDA, qui était déjà en édition spéciale sur la visite d’Etat.
À 6h30, elle quitta son petit appartement, sans escorte sécuritaire, comme à son habitude, pour rejoindre la chancellerie fédérale. Là, l’attendaient déjà les membres du gouvernement concernés par l’accueil, son cabinet, les chefs du protocolaires et sécuritaires, les coordinateurs logistiques et les diplomates de permanence. L’ambiance était concentrée, mais sans fébrilité.
À l’aéroport international Thomas Ier, le terminal 5 avait été fermé au public dès 3 heures du matin. Seuls le personnel autorisé, les militaires, les équipes du protocole et les journalistes accrédités peuvent désormais y pénétrer. On en profite aussi pour passer un dernier coup de laveuse et arranger quelques plantes tropicales.
Des agents en costume, oreillettes vissées, passaient d’un point à l’autre en courant. Chaque barrière, chaque drapeau, chaque bouquet de fleurs était vérifié, replacé si nécessaire. Deux officiers passaient en revue les soldats qui formaient la haie d’honneur. Tout devait être impeccable : uniformes sans faux pli, sabres parfaitement polis, chaussures lustrées.
Les enfants des écoles de Roune, sélectionnés pour accueillir le couple impérial, arrivaient peu à peu, excités mais disciplinés. Ils recevaient chacun un petit drapeau et un chocolat, ainsi que la consigne de ne pas crier, mais d’applaudir avec enthousiasme lorsque la musique commencerait.
À 7h00, le centre de commandement de crise, toujours situé dans les sous sol de la Chancellerie, était en pleine activité. Une quarantaine d’agents analysaient en temps réel les images captées par les caméras de surveillance, les drones, les satellites civils et les hélicoptères. Un écran géant affichait une carte de Roune et de ses environs. Des points verts signalaient les unités déployées, des cercles rouges indiquaient les zones sous contrôle restreint. L’agent chargé du suivi du ciel s’écria :
— « Avion impérial entré dans le champ du radar de Totyves. ETA 9h50, trajectoire stable. »
Tout se déroulait exactement comme prévu. Et pourtant, personne ne se détendait.
— « Avion impérial a pris contact avec contrôle aérien de Totyves. Demande à rentrer dans l’espace aérien cantais… Demande accordée. »
Quelques minutes avant cela, plusieurs chasseurs de l’armée de l’air fédérale décollaient de la base aérienne 101 de Roune Hills, la principale base aérienne de la Fédération pour accompagner et escorter l’aéronef impérial dès son entrée dans l’espace aérien fédéral.