17/12/2019
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[Grand Kah / Royaume de Finejouri] Paix et Prospérité

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L’avion Finejourille se posa sur la piste de l’aéroport international de la ville après un bref survol de la ville, faisant contourner les quartiers les plus anciens à l'appareil. Gokiary avait été, pendant des siècles, un port libre et essentiellement contrôlé par des guildes religieuses et des confréries artisanes. La ville s'était ainsi construire dans un multiculturalisme lointain, que le temps avait fait évoluer vers le syncrétisme. Son plan médiéval, qui avait survécu à diverses conquêtes et restructuration, était entièrement conçue autour de places et d’esplanades, circulaires pour la plupart, entourées de gradins où s'élèvent des monuments historiques. Temples, marchés, administrations. Une construction en nœuds, lesquels étaient historiquement loué à des clans nomades de passage pour le commerce, ou à des corporations de caravaniers entament ou revenant d'une grande traversée du désert. Cette division en secteur participe aussi à la richesse architecturale des lieux, chaque quartier ayant subit l’influence de ses propriétaires, dont les racines culturelles provenaient de tout l'Ouest continental. Gokiary était une tapisserie tissée de cent laines différentes. Le rendu vibrait de couleurs et d'histoire.

Conformément aux protocoles en vigueur, la délégation étrangère fut accueillie par un petit contingent de gardes d’honneur en uniforme traditionnel de la commune de Gokiary et deux représentants de l’Union : la citoyenne Actée Iccauhtli, asiatique sévère à la pointe de l'élégance technocratique, et le citoyen Mojiz al-Makki, lui-même issue de Somagoubé, l'autre composante Afaréenne des communes unies du Grand Kah, et qui passait pour un jeune intellectuel au sens du style assez certain.

Passé les coutumières salutations : honneurs militaires, orchestre jouant l’hymne du pays invité, discussions badines sur la qualité du trajet et tir des 21 coups de canons réservés aux Visites d’État, les membres des deux délégations embarquèrent dans des berlines électriques qui s'engagèrent à travers les rues étroites de la vieille vile. Elles s'arrêtèrent finalement sur le d'un grand bâtiment officiel d'apparence moderne, sur la façade duquel on avait peint une fresque abstraite à base des motifs traditionnels régionaux. De grands pans de tissus tendus entouraient une porte à double battant accessible via une volée de marches, qu'une passerelle pour fauteuil roulant les contournait.

Une citoyenne kah-tanaise émergea du bâtiment, salua les deux délégations et entreprit d'accompagner le groupe à travers la place puis jusqu'en haut des marches du bâtiment, où attendaient des représentants des principaux clubs politiques et syndicats associatifs de la ville, lesquels saluèrent les étrangers et remirent des cadeaux diplomatiques aux membres de leur délégation. Ce fut ensuite le tour de la citoyenne Iccauthli, à laquelle le plus vieux des représentant récita ce qui ressemblait à un extrait de texte constitutionnel attestant de l'indépendance de Gokiary, puis souhaita la bienvenue à la kah-tanaise en ses qualités de représentante des frères et sœurs du reste de l'Union. Actée semblait manifestement habituée à toute cette petite cérémonie. Elle remercia la délégation pour son accueil et, quelques étreintes plus tard, s'engagea dans le bâtiment avec le reste du groupe.

Après un couloir et une volée de porte, les délégations émergèrent dans une grand salle au centre de laquelle se situait un renfoncement circulaire dans le sol, crénelé de telle façon que ses côtés étaient manifestement pensés pour que l’on s’y installe. L'une des salles commissionnaire de l’assemblée communale, servant aussi aux rencontres diplomatiques. C'est que les bureaux étaient une conception eurysienne ou arabe des choses. Sous ces latitudes on préférait recevoir dans des espaces communs, continuation culturelle des maisons de chef et autres assemblées traditionnelles.

Les kah-tanais s'installèrent. Mojiz al-Makki inclina la tête en avant et accepta la tasse de thé que lui tendait un clerc de l’assemblée, qui fit ensuite le tour des autres invités.

« Citoyenne, vos Excellences, permettez-moi en premier lieu de revenir sur l’ordre du jour, si cela convient à tout le monde ?

Nous avions donc évoqué la mise en commun de nos informations et conclusions concernant les capacités réelles, les intentions et les vulnérabilités de la Kabalie Rouge, afin de construire une réponse proportionnée et efficace. L’alignement de nos positions diplomatiques à son sujet, l’établissement d’un cadre concret de coopérations en matière de renseignement, de surveillance de nos espaces frontaliers et de lutte contre le terrorisme et les menaces hybrides qui pourraient émerger du chaos actuel. C’est à ce titre que la citoyenne Iccauthli est présente.

Merci d'avoir convié le commissariat, Mojiz », intervint la kah-tanaise. « Il va de soi que l’Union dans son ensemble est prête à soutenir des coopérations utiles à l’échelle régionale.
Merci encore. Ensuite nous aurons à traiter les voies de coopération économique et culturelle. Avant que nous n’exposions la position et les propositions kah-tanaises, souhaitez-vous peut-être émettre des remarques préliminaires ? Voire détailler la position ou le cadre favorisé par le Royaume ? »
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Le silence qui suivit fut bref, mais chargé d’une attention presque électrique. Dans la grande salle d'audience de Gokiary, les regards se tournèrent naturellement vers le souverain du Finejouri, dont la posture, droite sans être rigide, traduisait à la fois la solennité de l’instant et une sérénité maîtrisée. Sa Majesté Louis II inclina légèrement la tête en signe de respect envers ses hôtes, avant de prendre la parole d’une voix posée et claire :

« Citoyenne Iccauhtli, Citoyen al-Makki, Vos Excellences, le Royaume de Finejouri tient tout d’abord à exprimer sa profonde gratitude pour l’accueil qui lui a été réservé. La richesse de Gokiary, son histoire, et l’harmonie singulière qui s’en dégage, ne sont pas seulement admirables elles sont, à bien des égards, inspirantes. Notre venue ici s’inscrit dans une volonté sincère et durable, celle de bâtir une relation de confiance, fondée sur le respect mutuel, la transparence et une convergence progressive de nos intérêts stratégiques. Sur ces principes fondamentaux, sachez que nos vues sont parfaitement alignées. »

Le Roi marqua une courte pause, laissant ses premiers mots infuser l'assemblée, avant d'aborder le cœur du sujet d'un ton plus analytique : « Concernant la question primordiale de la Kabalie, voici l'état de nos réflexions. La Cramoisie, ou Kabalie Rouge, constitue aujourd’hui un acteur profondément instable et ambigu au sein de l’Afarée. Sa nature même fait débat. Là où certains voient un État en construction, d’autres y voient une entité illégitime. Cette absence de reconnaissance unanime même en ayant signé différent texte est, en soi, un moteur d'instabilité. Sur le plan politique, nous observons une structure fragmentée, marquée par une opacité décisionnelle inquiétante où l’influence d’intérêts extérieurs qu’ils soient privés, économiques ou idéologiques semble primer sur le bien commun. Lorsque les intérêts particuliers l'emportent sur ceux des citoyens, toute discussion diplomatique risque de se briser contre un mur. »

Le souverain balaya l'assemblée du regard, soulignant la gravité de ses propos suivants : « Sur le plan sécuritaire, les inquiétudes sont légitimes. Les accusations des violences de masse passé liées pèsent sur elle, tout comme des soupçons persistants sur la détention de capacités non conventionnelles, chimiques ou biologiques. Concernant le crime de masse que nous connaissons tous je ne dis pas qu'il faut oublier cette acte mais à l'heure d'aujourd'hui l faut punir ceux qui ont participé à cet acte pas toute une nation ou une très grande majorité nie pour rien. Toutefois, la prudence est de mise. À l'heure actuelle, n'ayant mené aucune opération d'espionnage, il nous est difficile d'identifier ces menaces avec une précision absolue. Une analyse plus factuelle ne pourra intervenir qu'après le rapport de notre délégation et de l’Althalj. N'oublions pas qu'une partie de ces accusations s'inscrit dans une guerre informationnelle certaines puissances instrumentalisent la "menace cramoisienne" pour légitimer leurs propres ambitions militaires. »

D'un geste sobre des mains, Louis II précisa la doctrine de son royaume : « Pour le Finejouri, la Kabalie Rouge est moins une menace unidimensionnelle qu’un facteur de déséquilibre global. Le danger réside dans ce qu’elle provoque comme la radicalisation des discours et risques de conflit généralisé. C'est pourquoi nous refusons tant l’escalade militaire immédiate que la naïveté diplomatique. Notre stratégie repose sur trois piliers : la fermeté sur les principes de sécurité, la priorité à une diplomatie structurée et nos missions d'observation et enfin, la défense stricte de notre souveraineté. Aucune puissance, qu'il s'agisse de la Kabalie, de l'Azur ou du Churyann, ne dictera nos décisions. »

Pour conclure, le Roi se fit plus technique : « La menace concrète que nous percevons aujourd'hui réside dans une avance technologique dont personne ne connaît les limites ni l'usage réel. Ses liens étroits avec Carnavale font peser un risque chimique que nous ne pouvons ignorer. Paradoxalement, le plus grand défaut de cette nation est son isolationnisme. Aujourd'hui, sa communication se limite au Grand Kah, au Finejouri et à l'Althalj. Sans notre considération et la présence de nos délégations pour éclairer la communauté internationale, l'Afarée serait déjà la proie d'un conflit sans précédent. »

Le souverain s'adressa alors plus directement à ses interlocuteurs, ouvrant la porte à une collaboration technique : « C'est pour toutes ces raisons que j'aimerais amorcer une réflexion sur des traités de coordination en matière de renseignement comme convenu. Si le Finejouri est prêt à défendre ses frontières et celles de ses voisins, il nous faut admettre qu'en termes de collecte d'informations, nous sommes au point mort par rapport à l'Azur. Mais avant d'avancer sur ce point, j'aimerais vous entendre. Quelle est votre interprétation de la situation en Kabalie Rouge et des actes commis par certaines nations afaréeennes à son égard ? »

Le roi se tut, laissant la parole à l'Union, son regard attentif montrant qu'il attendait désormais une réponse à la hauteur de sa franchise.
Le silence reprit ses droits dans la salle circulaire, vaguement troublé tintement irrégulier des cuillères en porcelaine contre leurs soucoupes. Actée Iccauhtli prit le temps d'assimiler les paroles du souverain. Son visage, encadré par son carré habituel, ne laissait transparaître aucune émotion immédiate. C'était la norme, chez elle. Certains s'amusaient à dire que la Commissaire aux affaires extérieures ne s'intéressait en somme plus qu'à sa retraite prochaine. Loin du compte, disaient d'autres, ce que son regard sombre semblait attester : il traduisait une acuité intellectuelle en plein travail.

Elle échangea un regard bref avec Mojiz al-Makki, puis lui fit un signe de tête, presque imperceptible .C'était à lui d'ouvrir la réponse pour ancrer le propos dans la réalité continentale afaréenne. C'était l'expert, après tout.

« Votre Majesté, » commença l'afaréen en posant sa tasse, la voix posée et chaleureuse. « Vos mots résonnent avec une grande justesse ici, à Gokiary ! L’Afarée a trop souvent souffert des prophéties autoréalisatrices et des tambours de guerre que l’on bat pour justifier des hégémonies rampantes. Autant dire que le refus du Royaume de céder à l’hystérie ambiante est une posture que nous ne pouvons que saluer. Oui, l'indépendance de jugement du Finejouri est une bouffée d'oxygène dans un continent où la polarisation semble parfois devenir l'unique boussole diplomatique. »

Il fit un léger geste de la main vers sa consœur. Actée se redressa sur son siège, croisant les mains sur ses genoux. Lorsqu'elle parla, sa voix portait un ton dépassionné. Cette froideur, prétendument clinique, prétendument précise, prétendument analytique. Cette froideur à toute épreuve qui faisait sa réputation dans toutes les chancelleries du monde.

« Pour répondre directement à votre question, Majesté : notre interprétation des actes commit par certaines puissances afaréennes à l'égard de la Kabalie Rouge est qu'ils relèvent de l'opportunisme stratégique, bien que camouflé sous l'apparence de la nécessité.

Ne nous y trompons pas : la Kabalie Rouge est un sujet de préoccupation légitime. Et à ce titre, l'Union que je représente a agit directement pour priver Carnavale de ses armes chimiques. Nous connaissons mieux que quiconque l'odeur de ces missiles et la folie nihiliste qui pousse à s'en servir. Si la Kabalie entretient des liens technologiques ou doctrinaux avec les reliquats de l'appareil carnavalais, elle est un danger objectif. Mais,
» insista-t-elle en levant un index, « elle est un danger circonscrit, enclavé, et, comme vous le dites, profondément isolé. Du reste, nous avons réussi à obtenir le désarmement complet de Carnavale par la voix de la négociation. C'est la certitude que nous pouvons recommencer qui anime la politique kah-tanaise. »

Elle eut un fin sourire froid, vide de toute joie.

« Ce que font l'Azur ou le Churaynn, pour leur part, c'est utiliser l'opacité de la Kabalie comme un miroir grossissant. En agitant la menace d'un péril asymétrique imminent, ils justifient leur propre militarisation, leur volonté de dicter l'ordre continental, et surtout, ils forcent les nations non-alignées de l'Afarée à se ranger sous leur parapluie sécuritaire. L'Azur, sous ses dehors de diplomatie multilatérale, rêve d'une Pax Afarea dont il serait l'unique gendarme et l'unique juge. C'est une mécanique impérialiste classique : on crée l'urgence pour imposer la tutelle. Je dois avouer que j'admire un tel degré d'efficacité dans l'opportunisme. Bien entendu cela ne peut pas marcher lorsqu'il s'avère que le Roi est nu - sans offense, votre majesté. Et puisque la méthode Azuréenne est désormais connue et exposée, leurs gesticulations sont condamnées à passer du soft au hard power. »

Elle décroisa les bras, se pencha en avant et s'empara de son datapad. L'écran projeta une faible lueur bleutée sur ses traits.

« Vous avez souligné votre déficit en matière de renseignement face à ces acteurs. C'est précisément le domaine où notre coopération peut s'avérer la plus fructueuse, car sans données factuelles, la diplomatie n'est qu'un jeu de dupes, ce pourquoi la doctrine de mon commissariat a toujours reposée sur la supériorité informationnelle. Nos réseaux nous offrent une cartographie très fine des flux de la région. Si nous voulons éviter que l'Afarée ne s'embrase sur de fausses prémisses, il faut percer l'opacité de la Kabalie pour séparer le fantasme de la réalité matérielle. »

Elle posa le datapad sur la table.

« Voici donc ce que le Commissariat vous propose au nom de l'Union, Excellence. L'établissement immédiat d'un protocole de coopération passant par un canal de partage de renseignement hautement sécurisé, liant directement vos services de sécurité intérieure à une cellule dédiée des services de renseignement de l'Union, basée ici, à Gokiary.

Concrètement, nous vous proposons de croiser vos retours d'observation humaine – puisque vous avez la présence d'esprit de maintenir une délégation sur place – avec nos analyses d'imagerie thermique, de surveillance électromagnétique et de suivis des flux logistiques. Nous pouvons vous aider à déterminer si la Kabalie déplace réellement des précurseurs chimiques, ou s'il s'agit d'une simple gesticulation défensive. En retour, vos observations sur le terrain nous permettront d'affiner nos propres modèles. Nous mettrons aussi toute notre puissance au service des conclusions du Finejouri mais aussi de l'Altajh pour appuyer les politiques que vos délégations conjointes jugerons nécessaires.

Cette proposition est-elle suffisante, ou pouvons-nous en faire plus pour la sécurité du continent ?
»
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Le silence qui suivit fut bref, mais chargé d’une attention presque électrique. Dans la salle, les regards se tournèrent naturellement vers le souverain du finejouri, dont la posture, droite sans être rigide, traduisait à la fois la solennité de l’instant et une sérénité maîtrisée. Sa Majesté Louis II inclina légèrement la tête en signe de respect envers ses hôtes, avant de prendre la parole d’une voix posée et claire :

« La clarté et la précision de votre proposition honorent la réputation d'excellence de l'Union, » commença le souverain finejouri, sa voix reprenant cette modulation chaleureuse qui avait ouvert la séance.

« Personne sur ce continent, et certainement pas le Finejouri, ne méconnaît la supériorité de vos réseaux d'information, ni la puissance qui est la vôtre. C'est précisément parce que nous respectons ce statut que nous mesurons la valeur de ce protocole. Croiser la rigueur technologique de vos analyses avec la finesse politique de notre présence humaine sur le terrain, mais aussi notre place centrale au sein de ce continent, est une opportunité historique. Pour répondre à votre question, oui, cette proposition est une base non seulement suffisante, mais particulièrement prometteuse. Toutefois, pour qu'un tel partenariat soit durable, il doit reposer sur des règles d'engagement d'une étanchéité absolue. Le canal hautement sécurisé reliant vos services à notre sécurité intérieure devra être strictement bilatéral et direct. Le Finejouri accueillera vos données avec la plus grande considération, mais nos services et nos décisions politiques resteront sous l'autorité exclusive de ma Couronne, quelles que soient les informations transmises et leur sensibilité pour l'équilibre du continent. Si cela est respecté, alors nous accepterons la création de cette cellule dédiée ici, à Gokiary. Vos analyses seront le carburant de nos rapports factuels et nous permettront de présenter au continent une vérité incontestable. Enfin, je propose, dans les jours qui suivent et pour commencer à mettre en commun nos informations, de vous fournir un premier rapport de cette mission d'observation. Bien entendu, cette mission n'étant pas terminée, ce document sera transmis au nom du seul Finejouri et non de la délégation conjointe, puisque ce rapport n'est pas le livrable final et qu'il repose uniquement sur nos propres observations, sans concertation ni mise en commun préalable avec l'Althalj. »

Tout en achevant sa phrase, le souverain fit un léger geste de la main en direction de sa délégation restée en retrait. Un assistant s'avança aussitôt en silence pour déposer devant lui une tasse de porcelaine fine, dont s'échappait le parfum subtil d'un breuvage chaud. Le Roi s'interrompit un instant. D'un geste fluide et mesuré, il saisit la tasse, en huma les effluves fumants avant d'y tremper ses lèvres. Ce geste, d'une normalité presque provocante au milieu d'une crise continentale, marqua une césure parfaite. Il reposa délicatement la porcelaine sur sa soucoupe dans un tintement cristallin, adossant à nouveau sa haute silhouette contre le dossier de son siège. Il reprit, le regard brillant d'une assurance renouvelée :

« Considérons donc ce premier point sur le partage de renseignement comme clos, ou du moins fixé dans sa finalité. Passons désormais au second volet de votre proposition, à savoir l'harmonisation de nos voix sur la scène continentale. Concernant les garanties mutuelles de sécurité que vous avez vous-mêmes évoquées, sachez que le Royaume accepte cette main tendue. Pour donner corps à cette volonté, le Finejouri est prêt à jeter les bases d'un traité de défense mutuelle, doublé d'un échange d'ambassades permanent qui servira de point d'amorce idéal pour nos futures coopérations culturelles et économiques. L'Union possède une force de frappe technologique et militaire globale que nul ne conteste, mais vous n'ignorez pas qu'en Afarée, la légitimité et le réseau d'alliances sont les clés du terrain. En liant votre destin sécuritaire au nôtre par ce traité, vous intégrez indirectement le réseau de protection du P.A.S. dont nous assurons la présidence. Par les accords stricts qui nous lient à ses membres, toute agression contre l'un d'entre nous déclencherait une réponse solidaire et massive des nations du continent. Vous l'avez dit, l'Azur et le Churaynn cherchent à isoler les non-alignés ; en nous unissant, nous vous offrons l'ancrage régional et le bouclier diplomatique qui manquent à votre puissance. À cet effet, je suis également favorable à la rédaction d'un communiqué commun. Ce texte devra affirmer nos positions avec force, tout en distillant stratégiquement certaines de nos certitudes factuelles pour doucher les ambitions des bellicistes, sans pour autant trop en révéler sur nos méthodes. L'art de la diplomatie est de montrer la force à travers le voile du secret. »

Le roi se tut, fixant ses interlocuteurs avec un calme royal.
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