04/08/2019
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[Grand Kah / Royaume de Finejouri] Paix et Prospérité

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L’avion Finejourille se posa sur la piste de l’aéroport international de la ville après un bref survol de la ville, faisant contourner les quartiers les plus anciens à l'appareil. Gokiary avait été, pendant des siècles, un port libre et essentiellement contrôlé par des guildes religieuses et des confréries artisanes. La ville s'était ainsi construire dans un multiculturalisme lointain, que le temps avait fait évoluer vers le syncrétisme. Son plan médiéval, qui avait survécu à diverses conquêtes et restructuration, était entièrement conçue autour de places et d’esplanades, circulaires pour la plupart, entourées de gradins où s'élèvent des monuments historiques. Temples, marchés, administrations. Une construction en nœuds, lesquels étaient historiquement loué à des clans nomades de passage pour le commerce, ou à des corporations de caravaniers entament ou revenant d'une grande traversée du désert. Cette division en secteur participe aussi à la richesse architecturale des lieux, chaque quartier ayant subit l’influence de ses propriétaires, dont les racines culturelles provenaient de tout l'Ouest continental. Gokiary était une tapisserie tissée de cent laines différentes. Le rendu vibrait de couleurs et d'histoire.

Conformément aux protocoles en vigueur, la délégation étrangère fut accueillie par un petit contingent de gardes d’honneur en uniforme traditionnel de la commune de Gokiary et deux représentants de l’Union : la citoyenne Actée Iccauhtli, asiatique sévère à la pointe de l'élégance technocratique, et le citoyen Mojiz al-Makki, lui-même issue de Somagoubé, l'autre composante Afaréenne des communes unies du Grand Kah, et qui passait pour un jeune intellectuel au sens du style assez certain.

Passé les coutumières salutations : honneurs militaires, orchestre jouant l’hymne du pays invité, discussions badines sur la qualité du trajet et tir des 21 coups de canons réservés aux Visites d’État, les membres des deux délégations embarquèrent dans des berlines électriques qui s'engagèrent à travers les rues étroites de la vieille vile. Elles s'arrêtèrent finalement sur le d'un grand bâtiment officiel d'apparence moderne, sur la façade duquel on avait peint une fresque abstraite à base des motifs traditionnels régionaux. De grands pans de tissus tendus entouraient une porte à double battant accessible via une volée de marches, qu'une passerelle pour fauteuil roulant les contournait.

Une citoyenne kah-tanaise émergea du bâtiment, salua les deux délégations et entreprit d'accompagner le groupe à travers la place puis jusqu'en haut des marches du bâtiment, où attendaient des représentants des principaux clubs politiques et syndicats associatifs de la ville, lesquels saluèrent les étrangers et remirent des cadeaux diplomatiques aux membres de leur délégation. Ce fut ensuite le tour de la citoyenne Iccauthli, à laquelle le plus vieux des représentant récita ce qui ressemblait à un extrait de texte constitutionnel attestant de l'indépendance de Gokiary, puis souhaita la bienvenue à la kah-tanaise en ses qualités de représentante des frères et sœurs du reste de l'Union. Actée semblait manifestement habituée à toute cette petite cérémonie. Elle remercia la délégation pour son accueil et, quelques étreintes plus tard, s'engagea dans le bâtiment avec le reste du groupe.

Après un couloir et une volée de porte, les délégations émergèrent dans une grand salle au centre de laquelle se situait un renfoncement circulaire dans le sol, crénelé de telle façon que ses côtés étaient manifestement pensés pour que l’on s’y installe. L'une des salles commissionnaire de l’assemblée communale, servant aussi aux rencontres diplomatiques. C'est que les bureaux étaient une conception eurysienne ou arabe des choses. Sous ces latitudes on préférait recevoir dans des espaces communs, continuation culturelle des maisons de chef et autres assemblées traditionnelles.

Les kah-tanais s'installèrent. Mojiz al-Makki inclina la tête en avant et accepta la tasse de thé que lui tendait un clerc de l’assemblée, qui fit ensuite le tour des autres invités.

« Citoyenne, vos Excellences, permettez-moi en premier lieu de revenir sur l’ordre du jour, si cela convient à tout le monde ?

Nous avions donc évoqué la mise en commun de nos informations et conclusions concernant les capacités réelles, les intentions et les vulnérabilités de la Kabalie Rouge, afin de construire une réponse proportionnée et efficace. L’alignement de nos positions diplomatiques à son sujet, l’établissement d’un cadre concret de coopérations en matière de renseignement, de surveillance de nos espaces frontaliers et de lutte contre le terrorisme et les menaces hybrides qui pourraient émerger du chaos actuel. C’est à ce titre que la citoyenne Iccauthli est présente.

Merci d'avoir convié le commissariat, Mojiz », intervint la kah-tanaise. « Il va de soi que l’Union dans son ensemble est prête à soutenir des coopérations utiles à l’échelle régionale.
Merci encore. Ensuite nous aurons à traiter les voies de coopération économique et culturelle. Avant que nous n’exposions la position et les propositions kah-tanaises, souhaitez-vous peut-être émettre des remarques préliminaires ? Voire détailler la position ou le cadre favorisé par le Royaume ? »
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Le silence qui suivit fut bref, mais chargé d’une attention presque électrique. Dans la grande salle d'audience de Gokiary, les regards se tournèrent naturellement vers le souverain du Finejouri, dont la posture, droite sans être rigide, traduisait à la fois la solennité de l’instant et une sérénité maîtrisée. Sa Majesté Louis II inclina légèrement la tête en signe de respect envers ses hôtes, avant de prendre la parole d’une voix posée et claire :

« Citoyenne Iccauhtli, Citoyen al-Makki, Vos Excellences, le Royaume de Finejouri tient tout d’abord à exprimer sa profonde gratitude pour l’accueil qui lui a été réservé. La richesse de Gokiary, son histoire, et l’harmonie singulière qui s’en dégage, ne sont pas seulement admirables elles sont, à bien des égards, inspirantes. Notre venue ici s’inscrit dans une volonté sincère et durable, celle de bâtir une relation de confiance, fondée sur le respect mutuel, la transparence et une convergence progressive de nos intérêts stratégiques. Sur ces principes fondamentaux, sachez que nos vues sont parfaitement alignées. »

Le Roi marqua une courte pause, laissant ses premiers mots infuser l'assemblée, avant d'aborder le cœur du sujet d'un ton plus analytique : « Concernant la question primordiale de la Kabalie, voici l'état de nos réflexions. La Cramoisie, ou Kabalie Rouge, constitue aujourd’hui un acteur profondément instable et ambigu au sein de l’Afarée. Sa nature même fait débat. Là où certains voient un État en construction, d’autres y voient une entité illégitime. Cette absence de reconnaissance unanime même en ayant signé différent texte est, en soi, un moteur d'instabilité. Sur le plan politique, nous observons une structure fragmentée, marquée par une opacité décisionnelle inquiétante où l’influence d’intérêts extérieurs qu’ils soient privés, économiques ou idéologiques semble primer sur le bien commun. Lorsque les intérêts particuliers l'emportent sur ceux des citoyens, toute discussion diplomatique risque de se briser contre un mur. »

Le souverain balaya l'assemblée du regard, soulignant la gravité de ses propos suivants : « Sur le plan sécuritaire, les inquiétudes sont légitimes. Les accusations des violences de masse passé liées pèsent sur elle, tout comme des soupçons persistants sur la détention de capacités non conventionnelles, chimiques ou biologiques. Concernant le crime de masse que nous connaissons tous je ne dis pas qu'il faut oublier cette acte mais à l'heure d'aujourd'hui l faut punir ceux qui ont participé à cet acte pas toute une nation ou une très grande majorité nie pour rien. Toutefois, la prudence est de mise. À l'heure actuelle, n'ayant mené aucune opération d'espionnage, il nous est difficile d'identifier ces menaces avec une précision absolue. Une analyse plus factuelle ne pourra intervenir qu'après le rapport de notre délégation et de l’Althalj. N'oublions pas qu'une partie de ces accusations s'inscrit dans une guerre informationnelle certaines puissances instrumentalisent la "menace cramoisienne" pour légitimer leurs propres ambitions militaires. »

D'un geste sobre des mains, Louis II précisa la doctrine de son royaume : « Pour le Finejouri, la Kabalie Rouge est moins une menace unidimensionnelle qu’un facteur de déséquilibre global. Le danger réside dans ce qu’elle provoque comme la radicalisation des discours et risques de conflit généralisé. C'est pourquoi nous refusons tant l’escalade militaire immédiate que la naïveté diplomatique. Notre stratégie repose sur trois piliers : la fermeté sur les principes de sécurité, la priorité à une diplomatie structurée et nos missions d'observation et enfin, la défense stricte de notre souveraineté. Aucune puissance, qu'il s'agisse de la Kabalie, de l'Azur ou du Churyann, ne dictera nos décisions. »

Pour conclure, le Roi se fit plus technique : « La menace concrète que nous percevons aujourd'hui réside dans une avance technologique dont personne ne connaît les limites ni l'usage réel. Ses liens étroits avec Carnavale font peser un risque chimique que nous ne pouvons ignorer. Paradoxalement, le plus grand défaut de cette nation est son isolationnisme. Aujourd'hui, sa communication se limite au Grand Kah, au Finejouri et à l'Althalj. Sans notre considération et la présence de nos délégations pour éclairer la communauté internationale, l'Afarée serait déjà la proie d'un conflit sans précédent. »

Le souverain s'adressa alors plus directement à ses interlocuteurs, ouvrant la porte à une collaboration technique : « C'est pour toutes ces raisons que j'aimerais amorcer une réflexion sur des traités de coordination en matière de renseignement comme convenu. Si le Finejouri est prêt à défendre ses frontières et celles de ses voisins, il nous faut admettre qu'en termes de collecte d'informations, nous sommes au point mort par rapport à l'Azur. Mais avant d'avancer sur ce point, j'aimerais vous entendre. Quelle est votre interprétation de la situation en Kabalie Rouge et des actes commis par certaines nations afaréeennes à son égard ? »

Le roi se tut, laissant la parole à l'Union, son regard attentif montrant qu'il attendait désormais une réponse à la hauteur de sa franchise.
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