[HRP] Ici seront posté les débats au conseil des sages. En fonction de leur longueur et de la durée de leur rédaction, ils seront majoritairement rétroactifs.[/HRP]
Séance du Conseil des sages du 06/10/2018
Liam et ses camarades avaient peu dormi cette nuit-là. Tout comme les précédentes d’ailleurs. Le communiqué de la Présidence, et le discours qu’avait tenu le Président Reyes devant le Conseil des sages, dix jours plus tôt, avaient poussé les 20 membres du PGLRI à étudier à fond le projet présidentiel, et à réfléchir aux problèmes qu’il soulevait et aux possibles solutions à y apporter. Et dieu sait qu’il y en avait des problèmes, mais de là à trouver des solutions qui satisfassent tout le monde, fort à parier qu’il n’y en aurait pas. Liam songeait aux heures de débat qui s'annonçaient alors qu’il gravissait les marches donnant accès au Palais des Sages, un énorme Thermos de 2L de café dans la main gauche, son massif dossier dans la main droite. Un regard alentour lui permit de constater que nombre de Sages avaient les traits aussi tirés que lui, ceux qui ne les avaient pas avaient ou décidé de passer une bonne nuit avant le marathon, ou des secrétaires et conseillers qui leur avaient mâché le boulot, ou tout simplement rien à faire du présent dossier et faisaient limite acte de présence. Le jeune homme grinça brièvement des dents. Il les haïssait ces types là, rebuts de l’ancienne République ou arrivistes ayant décidé de profiter des nouvelles institutions pour vivre aux frais de la princesse le temps d’un mandat ou plus. Certes, le salaire des Sages n’était pas aussi mirobolant qu’à l'époque de Kellem, mais un salaire restait un salaire, dans un pays où le plein emploi n’était pas assuré.
Sirotant son café, il chassa ses pensées en marchant vers les bureaux du PGLRI au sein du Palais des Sages. Comme tout parti siégeant au Conseil des sages, le PGLRI avait obtenu le droit d’avoir à sa disposition plusieurs bureaux contigus, permettant aux membres du jeune parti de se rendre rapidement des bureaux aux lieux de réunions des différentes commissions auxquels appartenaient les 20 Sages du parti, ou aux séances du Conseil, comme celle qui devrait commencer d’ici 45 minutes selon l’horloge du bâtiment placée au dessus de la porte de son bureau. Il entra et jeta le massif dossier sur le meuble trônant au fond de la pièce, avant de le contourner et de se poser dans son siège, un siège gaming de moyenne gamme, fabriqué en Lermandie, amplement suffisant pour lui permettre d’affronter les longues journées de travail sans avoir mal au dos. Il se demandait souvent pourquoi les autres Sages dépensaient des sommes astronomiques pour des fauteuils ergonomiques alors qu’ils pouvaient avoir des fauteuils spécialement conçus pour de longues cessions immobile pour largement moins cher… et moins esthétiques aussi, force était de le constater. Il fit pivoter son fauteuil pour faire face à la grande baie vitrée derrière lui. Une vue assez impressionnante sur Vode’An s’étalait sous ses yeux, dévoilant le plan de rue et d’urbanisation de la capitale, créée ex nihilo par l’ancien dictateur Kellem… ou du moins ce qu’il pouvait en voir par dessus les toits et les quelques arbres ayant encore des reliquats de feuillage.
On toqua à sa porte, le faisant de nouveau pivoter sa chaise. Jane-Britanny Daggerfiel, fille de la maire de Gelestal et actuelle numéro 2 du PGLRI, attendait à l'embrasure de la porte. Liam sourit. Il l’aimait bien cette fille, Jaybee comme il la surnommait, il l’aimait bien car elle ne se laissait pas marcher sur les pieds et que, malgré une admiration sans bornes pour la défunte Matilda Emmerson, elle n’en restait pas moins assez critique des décisions prises par son idôle en matière d’économie. Il l’aimait bien aussi car elle cachait bien son jeu, et la surprise qu’elle avait créé lors de sa première prise de parole au conseil des sages avait été mémorable, déstabilisant visiblement les autres Sages par ses questions, ses remarques et le ton général de ses prises de paroles, aussi calme que ses propos étaient incisifs.
-Ouais, Jaybee ?
- Bien dormi ? un sourire fatigué lui répond, Ouais, pareil… C’est notre plus gros morceau jusque là, notre première vraie épreuve du feu, elle avale une gorgée de sa thermos, le même modèle que Liam mais contenant du thé, Bordel j’en tremble depuis ce matin…
-Ca paraît bien dérisoire, maintenant, les partiels de la fac, hein ?
- Avant ça me donnait des cauchemars, maintenant, j’en rêve
Liam étouffa un rire, sachant pertinemment que sa camarade était à moitié sérieuse. Pourquoi le savait-il ? Car c’était son cas à lui aussi, ainsi qu’à tous leurs camarades, tous étudiants au moment de leur élection. Liam le sentait, cependant, le frisson qu’ils ressentaient tous aujourd’hui n’avait pas la même origine. Certains d’entre eux étaient excités et impatients de voir, d’assister et de participer à cet évènement, la première loi économique officielle de la Nouvelle République Nébrownienne. Lui, pour sa part, sentait sur ses épaules le poids de la responsabilité lié à sa position de leader du parti. Il soupira.
- On en reste à la position décidée hier, d’accord ?
- Ouais, j’ai remis les pendules à l’heure ce matin, Marc était chaud pour partir en guerre, répond Jane-Britanny en parlant du compagnon de son frère, et également un camarade sage de leur parti.
- Son oncle travaille dans un des fourneaux des F2N (Fonderies Nationales Nebrowniennes), c’est normal. Les entreprises Nationales, comme la CMN et les F2N profitent beaucoup des subventions pour maintenir de l’emploi face à une hausse généralisée des prix et du coût d’entretiens des machines vieillissantes. Il nous l’a déjà expliqué, et nous sommes allés sur place pour juger, tu te souviens ? Liam se souvenait de l'impressionnante vision des machines de l’âge de ses parents qui produisaient le métal destiné aux rails de chemin de fer, De plus, le coût de la modernisation pour produire les canons destinés au Forces terrestres et navales ajoute une charge supplémentaire, priver ces entreprises des subventions gouvernementales, c’est les condamner à mort.
- Ouais, je sais, je sais…
L’hymne de Nebrownia retentit alors dans tout le bâtiment : Le signal que la cession allait commencer dans dix minutes. Liam soupira et se leva, son thermos en main.
- En route… allons poser notre pierre à l’édifice Nebrownien, dit-il en prenant son dossier dans sa main libre et accompagnant Jane-Britanny à la Sortie.
Une fois hors de son bureau, ils rejoignirent les 18 autres membres du PGLRI qui les attendaient au pied de l’escalier leur permettant d’atteindre le haut du centre de l'hémicycle, là où ils avaient été placés avec les quelques sages non affiliés. Liam remarqua immédiatement un renforcement du détachement de sécurité de la Garde Présidentielle et fronça légèrement les sourcils. La présidence craignait-elle des débordements au sein de l’hémicycle ? Certes le sujet était sensible et même capital, mais malgré des débats houleux et quelques noms d’oiseaux vociférés çà et là, jamais personne n’en était venu aux mains en ce lieu. Il s’installa avec ses camarades, un sourcil interrogatif levé alors que les autres, eux, essayaient de peaufiner leurs positions sur certains sujets du texte qu’ils allaient étudier en ce jour. La Présidente du conseil des sages s’avança, une Native du nom de Jhacin Dryrn, première femme native à accéder à ce poste. Ancienne militaire, renvoyée dans ses foyers suite à une blessure lui ayant coûté la jambe gauche, elle avait mené une carrière fulgurante dans la prospection minière, arpentant le terrain malgré sa prothèse, avant de se présenter aux élection des Sages, et d'être également élue Présidente du Conseil durant une Session du Conseil des Sages. Liam remarqua la présence de deux gardes présidentiels derrière le pupitre de la présidente du Conseil, le regard attentif. Il donna un petit coup de coude à son voisin de gauche, le fameux Marc, et désigna les gardes du menton. Avant que le jeune homme n'ait pu exprimer son interrogation, un mouvement sur la droite du pupitre leur fit tourner les yeux. Ernest Reyes s’avançait d’un pas vif en direction du centre de l’attention des Sages, les yeux fatigués, les traits tirés mais le regard décidé. Sous les yeux de l’hémicycle, et dans un silence religieux, il gravit les escaliers le menant au pupitre. Une fois là, il serra chaleureusement la main de la Présidente du conseil des sages et échangea brièvement avec elle avant de poser ses dossiers sur le pupitre. Liam, déjà conscient de l’importance du texte qu’ils allaient étudier, senti se renforcer ce sentiment d’oppression. Reyes était là, ce dossier semblait extrêmement important pour lui, il y avait fort à parier que le plan de relance économique était un dossier dont il suivrait avec attention les débats. Liam sentit Marc, son voisin de gauche, se tendre aussi, bien qu’ils fut distants d’une bonne vingtaine de centimètres. L’atmosphère se tendait à mesure que les sages remarquaient la présence de Reyes, attendant patiemment l’arrivée et la mise en place des derniers retardataires en bavardant avec le greffier du conseil. Une fois les portes fermées, Ernest brancha son micro et commença son discours.
- Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs les Sages,
Depuis le coup d’Etat du 19 mai 2015, nous avons engagé notre nation sur un chemin aussi exigeant que nécessaire : celui du redressement, de la reconstruction et du renforcement. Nécessaire car, dans le monde d’aujourd’hui, les capacités économiques et la stabilité du gouvernement sont les principales preuves de fiabilité aux yeux des investisseurs potentiels et aussi de nombreux hommes d’états étrangers. Et qui irait confier des investissements, l’argent de ses contribuables à un état dont les élites corrompues dilapideraient tout en chimères, où dont l’instabilité pourrait précipiter un coup d’état ou une révolution réduisant à néant les espoirs de retour sur investissement. Exigeant car l’ère Kellem nous a saigné à blanc et nous partons de très loin. Je sais que, suite à la présentation du dossier nombre d’entre vous sont allés se rendre compte des réalités du terrain, et je gage que vous avez vu, comme moi je l’ai vu, les employés et ouvriers travaillant sur des machines plus vieilles qu’eux, s’usant à suivre les cadences infernales et exigences de précisions inhérentes à la société d’aujourd’hui sur un matériel dépassé.
Le texte présenté aujourd’hui au Conseil des Sages ne constitue pas un objectif à atteindre mais bien une base de travail, une direction, la volonté politique claire de poursuivre la montée en puissance de Nebrownia. Cette direction, ces objectifs, je veux que le pays les atteigne. Que ce soit sous mon mandat ou non, je ne vise pas le court terme, mais bien le moyen à long terme. Car redresser une nation en un mandat est chose impossible, nous le savons tous ici, et celà d’autant plus que nous devons rattraper l’ingérence imbécile des suppôts de Kellem et les ravages immenses causés à la nation. Nous savons d’où nous venons, le gouvernement propose aujourd’hui une direction, un cap, un objectif à atteindre. Et notre objectif, à moyen terme, est sans ambiguïté : nous voulons renouer avec une croissance économique durable, augmenter le pouvoir d’achat des ménages nebrowniens et relancer le commerce intérieur, afin que la richesse produite dans notre pays profite d’abord à notre peuple. Nous voulons renforcer et moderniser notre industrie, notre agriculture, nos infrastructures et notre logistique pour produire localement et générer de la richesse en interne. Mais nous ne pouvons opposer ce projet de relance économique et les exigences stratégiques du monde actuel.
En effet, à une époque où la puissance économique ne suffit plus et où certains personnages politiques se prennent pour Dieu en décidant de la vie ou de la mort de millions d’innocents, nous devons plus que jamais nous renforcer. Certains diront “allions nous avec une nation puissante”. Mais les alliances se brisent. Il suffit d’une personne, d’un imbécile, pour réduire à néant des décennies de franche amitié entre nations. Et si cela nous arrive, dans l’état actuel de nos forces, nous serions balayés par un adversaire un tant soit peu préparé. Les Officiers du Grand État-Major sont formels : nous devons renforcer notre capacité à nous défendre et à projeter nos forces tout en renforçant nos liens avec nos voisins et partenaires économiques. C’est pourquoi ce projet prévoit un effort parallèle entre l’aspect économique et l’aspect stratégique de défense.
Nous savons d’où nous venons, le gouvernement propose aujourd’hui une direction, un cap, un objectif à atteindre, et c’est à vous, Sages, qu’il revient de l’examiner, de le questionner, de l’améliorer, bref, de débattre afin d'offrir à la Nouvelle République Nebrownienne la meilleure option qu’il soit possible d’avoir en matière économique et de défense. Je sais que pour certain le deuil de Bui’ir Matilda n’est pas encore terminé, peut-être certains ne s’en remettrons jamais complètement... Mais il est de notre devoir de citoyen de se redresser face à l’adversité, car le monde, lui, ne s’arrête pas.
Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs les sages, je vous confie ce projet, je compte sur vous pour en faire la base indestructible sur laquelle nous bâtirons la force économique de Nebrownia…
Je vous remercie.
Un bref silence de deux secondes suivit le discours du Président Reyes avant qu’un tonnerre d'applaudissements ne retentisse dans l’hémicycle. Jusqu’ici, sous l’impulsion de Matilda Emmerson, les sujets débattus au conseil des sages n’avaient jamais eu l’importance du projet dont ils allaient débattre aujourd’hui, et probablement les jours à venir aussi. Oh, La défunte Générale Emmerson avait sans doute dans ses cartons des projets dont elle devait peaufiner les aspects en vue de les présenter au conseil des sages, mais elle n’en avait jamais eu l’occasion. Reyes, Président par la force des choses, venait bien de donner au Conseil des Sages la première mission pour laquelle il existait. Et pour l’ensemble des sages, cela constituait le premier pas d’importance, la première réelle preuve de leur rôle pour le pays. Liam senti une larme couler le long de sa joue droite. Non pas qu’il était ému par le discours de Reyes, non. C’était un bon discours, posant les bases et indiquant l’objectif souhaité par le gouvernement, sûrement pas un discours historique, mais ce qu’il enclenchait, en revanche, l’était. Et Liam se sentait fier à présent, et c’était cette fierté qui lui avait fait verser une larme. Évanouie la sensation d’oppression qu’il sentait au début de la journée, elle avait cédé la place à l’impatience, l’envie de remplir ce rôle pour lequel il avait été élu, et la fierté, immense, de faire partie de cet évènement historique pour le Conseil des Sages de la Nouvelle République Nebrownienne. Ernest, un sourire un peu gêné aux lèvres, salua l'Hémicycle, serra la main aux greffiers et à la Présidente du Conseil des sages avant de sortir du bâtiment, accompagné de l’ensemble de son escorte, laissant le conseil des sages enfin se mettre au travail
[Politique] Débats au Conseil des Sages
Posté le : 04 avr. 2026 à 16:38:08
Modifié le : 04 avr. 2026 à 17:13:54
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Posté le : 06 avr. 2026 à 17:50:32
Modifié le : 06 avr. 2026 à 17:59:15
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Séance du Conseil des sages du 06/10/2018 (suite)
Une fois Ernest Reyes parti, la présidente laissa faire le brouhaha généré par le discours du Président. Chacun y allait de son analyse avec son ou ses voisins, certains, très peu nombreux, re-voyaient en catastrophe leurs positions, d’autres restaient dans un silence froid, regardant alentour l’émotion générée par la soudaine prise de conscience de l’importance du moment. Liam, lui, faisait partie de la catégorie de ceux qui se taisaient. Il regardait autour de lui, jaugeant les attitudes, les regards, essayant au fond de deviner quelles étaient les positions de chacune et chacun. Certes il était fier, fier au point d’avoir versé une larme. Mais il savait que les débats à venir ne seraient pas de tout repos, chaque parti chercherai à faire correspondre le projet avec leurs agenda, au risque d’oublier quels étaient les enjeux derrière. Et c’était leur rôle, au PGLRI, de le leur rappeler, mieux valait être préparé.
La Présidente du conseil, après une dizaine de minutes, ramena le silence dans l’hémicycle d’une voix ferme. Liam aimait bien l’aura et l’autorité de Jhacin Dryrn, la Présidente du Conseil des sages, sans doute une réminiscence de son temps à l’armée. Mais elle réussissait le dangereux équilibre de fermeté et de neutralité propre à son poste à la perfection. Il songea que s’il était encore sage à la prochaine élection, il revoterai pour elle comme Présidente du conseil. Se saisissant du Dossier contenant le projet économique, elle l’ouvrit avant d’ouvrir officiellement la séance de débat du conseil des sages.
- Bien… Le gouvernement nous ayant donné dix jours pour étudier le dossier et préparer la chose, je supposes donc que vous avez tous fait vos devoir et êtes venus armés de vos seuls arguments, preuves et autres invectives bien senties. Suite au discours du Président Reyes, je déclare donc la première séance d’étude et de débat autour du projet Économique et Stratégique proposé par le gouvernement ouverte. elle donne un petit coup de marteau sur le socle de son pupitre, les greffiers se tiennent immédiatement prêts à prendre des notes et enclenchent tous les enregistrements audios. Nous allons commencer par vos analyses et suggestions, en invitant au micro des représentants de chaque parti. J’invite donc le Sage Chaudefond, du Parti Social Démocrate, à prendre la parole, tel qu’il le souhaitait.
Un homme ventripotent se leva et descendit lentement les marches le menant au micro de son côté de l’hémicycle. Durant la laborieuse descente, le voisin de Liam chuchota quelque chose du genre “lui il ne connaît pas la collectivisation des brownies” provoquant un petit sourire chez ses voisins immédiats, mais chacun se tient prêt à aussi prendre des notes. Une fois en bas de son gradin, l’homme de gauche, suant et soufflant bruyamment, commença son discours.
- Camarades Sages,
Je suis heureux que, pour une fois, la Présidence du Conseil des sages permette aux vrais représentants du peuple de s’exprimer en premier, Liam fronça les sourcils. L’individu avait été un des plus farouches opposants à la nomination de l’actuelle Présidente et ne manquait pas une occasion de lui envoyer des piques, majoritairement infondées comme aujourd’hui. Comme la Présidence l’a sollicitée, nous, au Parti Social Démocrate avons tout lu. Tout. Et comment dire, en restant poli, ce que nous en avons pensé ? Ce que nous avons à étudier aujourd’hui, camarades, ce pourquoi nous devons débattre, n’est ni plus ni moins que la mise en coupe de notre économie au profit des bourgeois locaux, bien évidemment au détriment du vrai moteur économique de la nation : les travailleurs. Comment voulez-vous avoir une hausse du pouvoir d’achat des ménages Nebrowniens si vous laissez l’économie à ceux dont le seul leitmotiv est de toujours engranger plus, fut-ce au détriment du travailleur ? Nul part, dans ce projet, je n’ai vu d’allusion aux travailleurs, nul part dans ce texte, je n’ai vu de proposition de nationalisation complète de l’économie, non, au contraire, il propose une libéralisation partielle pour le moment. Nous tous ici, qui savons penser, nous l’avons compris depuis longtemps, l’avenir n’est pas à une libéralisation à tout va, mais bien à une nationalisation complète et à une redistribution complète des richesse et des pouvoirs, car qui mieux que le peuple, qui mieux que l’ouvrier connaît ses machines, connaît ce qu’est réellement l’industrie ?
Oh, si, nous avons remarqué un changement : la Vlastie n’apparaît plus comme danger potentiel. Remplacée par n’importe quelle nation disposant de missiles balistiques et d’agents chimiques militaires à même de ré-éditer la Tragédie d’Estham. L’actuel gouvernement n’a pas menti quand il disait reprendre une partie des idées de feue la Générale Emmerson. Oui, il en a repris les pires !! Renforcer nos Forces Terrestres, nos Forces aériennes et nos Forces Navales va demander des années et exiger des sacrifices économiques et personnels. Et une fois encore, c’est la base laborieuse qui subira le plus gros du choc, et nous nous y opposerons radicalement !! De plus, nul part dans ce torchon que le Président Reyes ose qualifier de cap à suivre je n’ai vu de propositions à même de soulager économiquement les forces ouvrières, nul part je n’ai vu de proposition de hausse de taxations des plus grosses fortunes, nul part je n’ai vu de lutte contre la fraude fiscale, sport olympique des plus riches de par le monde.
Alors oui, il parle d’arrêter les subventions aux grosses entreprises. SOIT. Disons que c’est la vaseline pour aider le projet à mieux passer. Mais nous le disons tout net, à moins d’une refonte complète du présent projet et de proposition de nationalisation totale, ce projet est un navire qui prend l’eau et dont les pompes menacent de tomber en panne. La position du Parti Social Démocrate est une opposition claire et ferme à ce projet.
Le ventripotent plie le micro d’une main et une moue rageuse et entreprend une remontée laborieuse sous les applaudissements de son groupe politique, soit douze personnes sur une assemblée de 333. Humainement parlant, Liam détestait chacun des membres représentant le PSDN. Et la réciproque était vraie depuis que Jaybee les avait remis à leur place lors d’une session mémorable. Un des membres de ce groupe avait comparé la Vlastie à un Paradis, ce à quoi Jaybee avait répondu “Vous parlez de ce pays qui a cinquante fois plus de voitures que d’habitants capables de les acheter ?”, s’attirant immédiatement les foudres des pontes du PSDN. Mais les membres du PGLRI avaient fait front avec leur camarade, et depuis se faisaient un malin plaisir à remettre les allocutions de ce parti face à leurs propres contradictions. Pas toutes ceci-dit, car certains membres de ce parti avaient des remarques pertinentes, notamment en matière d’agriculture.
- Bien, merci Sage Chaudefond pour cette excuse pour ne pas avoir fait vos devoir répondit la Présidente, provoquant un rire généralisé au détriment du ventripotent qui, rouge de rage se retourna et hurla une insulte, heureusement pour lui dissimulée par le fou rire général. J’invite à présent le Sage Jockland, du PGLRI, à prendre la parole.
Liam ouvrit grand les yeux et se tourna vers Marc. Ce dernier ne l’avait pas prévu qu’il prévoyait de prendre la parole aussi tôt. Il n’était même pas prévu qu’il la prenne, au vu de son implication personnelle dans l’affaire. Marc se leva, faisant un clin d’oeil à Liam du style “t’inquiète pas, ça va aller” puis descendit l’estrade d’un pas leste et vif, contrastant avec le lourdaud d’avant qui n’avait, lui, pas encore fini de gravir les marches. Marc déplia le micro et commença.
- Merci Madame la Présidente, mais pour commencer, c’est en dehors du cadre de mon parti que je souhaite prendre la parole. Pour ne rien vous cacher, en raison de mon implication personnelle, ma prise de parole a longtemps été sujet à débat au sein du PGLRI, mais le code du Conseil m’y autorise à condition que de bien préciser ce qui est en dehors du cadre de mon parti de ce qui en fait partie intégrante, ce qui est donc chose faite. Mon implication personnelle, donc, est que j’ai de la famille présentement à la tête d’une usine affiliée aux entreprises potentiellement impactées par le présent projet. J’entends d’ici les camarades du PSDN beugler au bourgeois, mais c’est ainsi, je n’y peux rien. Voire même j’en suis content car cela me permet de voir l’autre revers de la médaille et de ne pas limiter ma vision des choses à une facette, comme certains.
Liam serra les poings en voyant les membres du PSDN devenir blanc de rage, et même certains memnbres du SPN (Secrétariat Populaire Nebrownien) lever le poing, s’étant visiblement sentis visés. Marc n’avait jamais caché son mépris pour les communistes, tellement convaincus du bien fondé de leurs visions qu’ils refusaient tout argument allant à son encontre. Liam, tout en essayant de garder autant de neutralité que possible, se voyait forcé d’abonder en son sens, tellement les communistes Nebrowniens refusaient d’admettre leurs erreurs, même si on les mettait devant le fait accompli. Le jeune ex-étudiant avait toujours su que coller à la ligne du PGLRI serait comme charger un mur de béton en tentant de le détruire, mais il avait senti après leurs élections à tous que ce rôle, quelqu’un devait l’endosser. Ne serait-ce que pour faire fermer leur clapet à ceux qui s’étaient persuadés d’avoir LA bonne réponse à tout. Marc poursuivit.
- De ce fait, je me permets de pointer du doigt certaines incohérences du projet. En effet, dans le cadre d’une montée en puissance tant économique que logistique et militaire, un effort conséquent est attendu des entreprises, quelle que soit leur taille. Or, le présent projet parle de supprimer les subventions faites aux grosses entreprises. Or, je vous le dis tout net : certaines n’y survivront pas. Oh, je n’attends pas des membres du PSDN, voire du SPN, qu’ils versent la larme, ni même qu’ils comprennent le pourquoi du comment, ce serait trop leur demander. J’en parle à ceux qui ont vraiment à coeur le futur du pays, l’aspect économique et humain. Je vais vous donner un exemple : Les Fonderies Nationales Nebrowniennes. Vous le savez, aujourd’hui cette entreprise compte une dizaine de sites de hauts fourneaux de très grande ampleur, de même qu’une vingtaine de fonderies plus modestes mais tout aussi nécessaires dont les produits servent tout autant à la logistique qu'à la production militaire et civile. Supprimez les aides gouvernementales aux grandes entreprises et c’est les F2N dans leur ensemble qui coulent.
Liam, les poings toujours serrés sur son pupitre, ferma les yeux lorsqu’il entendit la pique de son camarade envers les deux partis communistes. Certes, il parlait en dehors de son parti, donc officiellement la neutralité du PGLRI n’était pas brisée, mais à titre personnel, il était désormais surement frappé du sceau de “l’anti-communiste Bourgeois” et chaque prise d eparole future serait sans doute contrée systématiquement par les membres du PSDN ou du SPN… Liam rouvrit les yeux pour voir les membres des deux partis hurler des invectives, jusqu’à ce que Marc évoque les F2N. Ces fonderies étaient en effet un des piliers de l’économie Nebrownienne, avec la NMC (Nebrownian Mining Company), employant des dizaines de milliers de travailleurs, ingénieurs, chimistes. Les F2N comptaient parmi les cibles des deux partis communistes, qui avaient multiplié les tentatives d’implantation de syndicats affiliés à leur parti politique (en totale illégalité). La dernière phrase de Marc fit taire les derniers échaudés des deux partis communistes. Le silence dans la salle se fit, une bonne partie de l’hémicycle ayant compris que Marc parlait en connaissance de cause. Ce dernier, après cinq secondes de pause, repris :
- Je vais vous expliquer pourquoi. Comme vous le savez, durant l’ère Kellem, une énorme partie des fonds alloués, dans quelque aspect de l’économie ou de l’armée que ce fut, ont été détournés, et ont purement et simplement disparus. Je ne me suis pas penché sur la question, je vous laisse libre de faire les comptes, là n’est pas la question. Le vrai problème est que notre industrie en a très lourdement pâti. Comme l’a évoqué le Président Reyes tout à l’heure, nos ouvriers travaillent sur des machines plus vieilles qu’eux, et sont contraints de suivre les cadences imposées par un monde moderne. Sous l’impulsion de feue la Générale Emmerson, des fonds ont été débloqués pour lancer la modernisation industrielle, indispensable à la modernisation militaire qu’elle appelait de ses vœux. Mais l’ampleur de la tâche avait été sous-estimée, et les F2N notamment, utilisent les subventions pour moderniser leur parc industriel. Certains penseront sûrement : ”ils engrangent suffisamment de bénéfices pour pomper dedans l’argent nécessaire à leur modernisation !!”. Le problème c’est que les bénéfices suffisent tout juste à payer les charges, les salaires et les dividendes. Avec la modernisation en route, les demandes en énergie vont exploser et notre réseau énergétique reposant sur le charbon et nos centrales thermiques vieillissantes, le prix de cette énergie va flamber, sans mauvais jeu de mots. Le Charbon est aussi extrêmement utile pour tout ce qui est activité sidérurgique et l’augmentation de son coût est inévitable, pour les mêmes raisons de modernisation. L’augmentation du pouvoir d’achat des ménages nécessite une revalorisation des salaires. Parmi les patrons que je connais, aucun ne remet en cause ce concept là, le jugeant même indispensable à une relance économique interne. Mais cette augmentation sera aussi répercutée sur les bénéfices, lesquels seront déjà bien impactés par l’augmentation générale du coût de l’énergie et des matières premières. Si vous y ajoutez le coût faramineux que représente une modernisation, après la suspension des subventions, c’est la banqueroute assurée, Marc fait une nouvelle pause, le temps pour lui de laisser l’impact de son annonce faire son chemin dans les esprits, avant de reprendre, La banqueroute des F2N, cela signifierait des dizaines de milliers de chômeurs, des dizaines de milliers de foyers dont les revenus baisseraient significativement dans un pays en plein chaos car le cas des F2N ne serait pas isolé. Et la fermeture des F2N impacterait nos capacités de production de matériel militaire, de véhicules, de trains, de rails, de plaques d’acier pour la construction navale et/ou aérienne… Et encore une fois, le cas des F2N n’est pas isolé. Comprenez- moi bien, je ne suis pas pour le maintien des subventions aux grandes entreprises, certaines n’en ont absolument pas besoin, je suis pour le maintien de ces subventions pour certaines entreprises. Ceci conclut mon témoignage, Madame la Présidente, je réintègre à présent le cadre de mon Parti, Marc profite d’une petite pose pour sortir de sa poche une petite bouteille d’eau dont il boit quelques gorgées avant de reprendre, Ce témoignage posé, indépendant mais nécessaire, vous permettra sans doute de comprendre un peu mieux la position du PGLRI. En effet, si nous soutenons l’idée d’un soutien ciblé à l’économie productive, nous demandons au gouvernement de revoir la copie à ce sujet, notamment.
En effet, de notre point de vue, les PME ne doivent pas être désignées par leur chiffre d’affaire, mais bien par leur taille en terme de bâtiments, de machines et de personnel, certaines entreprises, telles les F2N, doivent conserver leurs subventions, il en va de leur survie mais également de l’économie Nebrownienne, d’une manière générale, nationaliser les grandes entreprises essentielles et n’accorder des subventions qu’aux grandes entreprises nationalisées en plus de celles prévues pour les PME, entre autre. De cette façon, nous pourrons assurer un début de bases pour notre relance économique.
MAIS !!
Marc reprit une pause après ce dernier mot. Liam ne put s'empêcher de penser que la belle mère de son camarade l’avait bien entraîné, forte de son expérience comme Maire de Gelestal. Il savait ce qui allait suivre, l’aspect Énergie, totalement absent du projet gouvernemental et qui avait donné bien des migraines aux membres du PGLRI. Au final, ce n’était pas plus mal que Marc ait pris la parole aussi tôt, cela permettait à leur parti de gagner en crédibilité en étant les premiers à relever ce manque dans la proposition du gouvernement.
- Mais il y a à nos yeux un manque extrêmement grave dans le projet gouvernemental : l’énergie. Comme je vous l’ai déjà expliqué, notre production d’énergie est totalement dépendante du charbon et de nos centrales Thermiques, que ce soit en brûllant directement du charbon ou en utilisant du carburant de synthèse issu de la transformation du Charbon. OR, que ce soit la modernisation de grosses entreprises comme les F2N ou l’augmentation de PME de part le pays, celà va nécessiter de l’énergie, énergie que nous n’avons pas. Selon les chiffres que nous avons pu nous procurer, notre production annuelle d’énergie tourne autour des 120 TWh, et nous avons constaté que ce chiffre est tout juste suffisant pour alimenter notre industrie actuelle, et donc notre économie. Et comment alimenter en même temps une industrie moderne, et probablement plus gourmande en énergie, et une multitude de PME, sans doute largement moins gourmande toute proportions gardées, mais dont le nombre seul suffit à engendrer un gouffre énergivore ? A l’échelle actuelle de notre production énergétique, nous n’en avons pas les capacités. Nous l’avons constaté, il y a un an, la vétusté de notre réseau énergétique nous a valu une coupure de courant ayant impacté un tiers du pays. Certes, feue la Générale Emmerson avait déjà lancé des travaux de modernisation tout azimut, et la situation actuelle en terme de qualité du réseau est largement meilleure que celle de l’année dernière, mais à quoi bon un réseau moderne, à quoi bon des entreprises modernes, à quoi bon une multitude de PME de part le pays pour relancer l’économie si nous ne pouvons même pas les alimenter correctement en énergie ? Et comment se fournir en énergie ? Cette question, Madame la Présidente du Conseil, Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs les sages, chers collègues, cette question nous apparaît comme une opportunité pour lancer une profonde décarbonation de notre énergie, et donc de notre économie. Car elle ouvre à de nombreuses perspectives. Nous savons que même sous lère Kellem, de nombreux projets de production d’énergie hydro-électriques étaient à l’étude, ou ont été abandonnés pour diverses raisons. Relançons les. Selon les quelques informations dont nous disposons, l’ensemble de ces projets représentait une production annuelle située entre 25 à 40 TWh avec les technologies de l’époque. Soit entre 40 et 60 TWh avec les technologies actuelles, ce qui représente entre UN TIERS et LA MOITIÉ de notre production actuelle avec le Charbon seul. Ces projets permettraient de couvrir une bonne partie de la consommation d’énergie engendrée par la modernisation de nos entreprises et la création d’un grand nombre de PME, mais permettraient également d’embaucher nombre d’ouvriers et/ou de former beaucoup de spécialistes en la matière, contribuant de manière significative à la relance économique voulue par le gouvernement. Et dans l’attente de cette disponibilité énergétique, nous pouvons toujours acheter l’électricité aux Lermandiens, nos voisins et partenaires commerciaux, qui seront plus que ravis de nous aider. Voici pour notre appréciation de l’aspect “Soutien Ciblé à l’économie Productive” que nous ne pouvons pas soutenir dans sa forme actuelle, mais dont nous soutenons l’idée générale.
Liam regardait les autres partis et leurs membres. Certains hochaient la tête, une moue d’approbation, d’autres s’écrasaient les mains sur le visage en mode “mais quel petit con !!”, d’autres prenaient des notes et semblaient discuter avec leurs voisins de ce que disait Marc. D’autres encore, lisaient ou dormaient. Ceux-là, Liam notait leurs noms sur un calepin spécial. Ils avaient décidé de garder une trace des activités, absences et autres formes de non participation ou écoute aux débats des autres élus de l’hémicycle, et de demander de leur part qu’ils remboursent à l’état l’argent qu’ils avaient gagné en ne participant pas. Marc, loin de ces considérations, continuait sa longue prise de parole.
- Maintenant, concernant la réforme des droits de succession. Nous saluons la volonté du gouvernement de rendre la chose plus équitable et d’essayer de soulager les familles modestes de frais notariaux prohibitifs, mais nous nous inquiétons des taux aberrants proposés pour les familles les plus aisées. En effet, lesdites familles ne verront ainsi absolument aucun problème à faire tout leur possible pour que tout ce qui concerne la succession se passe dans d'autres pays aux charges de succession plus favorable pour eux. Nous serions ainsi face à une fuite de capitaux, et donc de revenus, conséquente. De plus, n’oublions pas, non plus, qu’avec la politique de taxation actuelle, moins de 40% des Nebrowniens sont imposables, et que les plus grandes fortunes du pays se trouvent dans ces 40%, ce qui fait donc que les plus grandes fortunes du pays contribuent déjà plus à l’économie nationale que 60% des Nebrowniens aux revenus plus modestes. Et ceci, Messieurs de gauche, est un fait, un simple fait très aisément vérifiable. Alors comment justifier l’explosion des taux de taxation des droits de succession pour les plus riches qui contribuent déjà davantage à l’économie du pays ? Et cette question en amène une autre aussi, car ne nous cachons pas, ces taux aberrant cachent une logique que nous comprennons : Comment prendre l’argent là où il est sans braquer ceux qui le possèdent ? Du Point de vue du PGLRI, les risques de fuites de capitaux et de fraudes fiscales massives induites par la présente forme de ce texte ne nous permet pas de le soutenir non plus bien que nous en comprenions et soutenions l’idée générale. Cette réforme doit impérativement être revue, et de notre point de vue, doit nécessiter une mise à part de ce projet car nécessitant aussi une révision du système d’imposition et de taxation actuel.
Cette fois-ci, l’approbation sembla unanime. Même à gauche, des applaudissement se firent entendre, l’idée d’une réforme globale du système d’imposition et de taxation semblant plaire à tous, mais pas pour les mêmes raisons, sans l’ombre d’un doute. Il restait encore quelques points à aborder et Marc, prenant une petite pause supplémentaire le temps de boire quelques gorgées d’eau, hocha la tête vers le greffier qui lui signifiait que son temps de parole était bientôt écoulé. Liam, pour sa part, regardait les membres du PSDN se recroqueviller sur leurs sièges. En effet, le long exposé de Marc affichait la quantité de travail abattu par le jeune parti du PGLRI et rendait la première prise de parole de leur représentant absolument grotesque. Ils avaient d'ores-et-déjà perdu toute crédibilité sur ce dossier, ils le comprennaient à présent presque tous, et au vu de son importance, cela confinait leur position ferme et sans réels arguments au suicide politique.
- Concernant l’aspect défense du projet, le gouvernement n’a pas donné de chiffres autres que le projet de maintenir les efforts entre 5 et 8% du PIB. Même si nous ignorons, concrètement, quels sont les objectifs du gouvernement, nous soutenons cet aspect du projet. En effet, pendant des décennies, les chiffres impressionnants annoncés par Kellem ont sans doute empêché nombre d’actes hostiles à notre encontre. Avec l’apparition des VRAIS chiffres, notre réelle puissance a sans doute relancé certaines velléités à notre endroit. Retrouver une certaine puissance nous semble une nécessité urgente. D’autant plus que nous devons protéger nos intérêts nautiques, et la récente crise entre Sterus et notre voisin Lermandien a clairement et de manière très impressionnante révélé notre totale vulnérabilité en la matière. Ainsi, Malgré le fait que nous soutenons cet aspect du projet, nous demandons au gouvernement qu’il nous donne des chiffres à ce sujet, des objectifs à atteindre.
Pour Résumer la Position du PGLRI concernant le projet actuel, si nous soutenons les idées générales, nous ne pouvons approuver le projet en la matière, et comptons sur les débâts à venir pour l’améliorer et en proposer une meilleure version au gouvernement, Merci de votre écoute.
Marc replia le micro et remonta d’un pas leste les marches du gradin jusqu’à sa place, à gauche de Liam, alors qu’une bonne moitié de l’hémicycle applaudissait, réveillant au passage ceux qui dormaient ou n’écoutaient pas. Liam glissa “t’aurais pu me prévenir quand même” alors que Marc s’asseyait et posait, discrètement, une main sur la cuisse de son compagnon, à sa gauche.
- Tu m'aurais laissé faire ? demanda-t-il alors que la Présidente du conseil appelait au micro un membre du Secrétariat Populaire Nebrownien.
- Sans doute pas, vu comme tu étais remonté hier, reconnu Liam, s'attirant une moue du style “tu vois?” de son voisin de gauche, alors que le représentant du SPN descendait les marches jusqu’au micro, affichant les traits tirés de celui qui n’avait pas beaucoup dormi depuis bien trop longtemps.
Une fois Ernest Reyes parti, la présidente laissa faire le brouhaha généré par le discours du Président. Chacun y allait de son analyse avec son ou ses voisins, certains, très peu nombreux, re-voyaient en catastrophe leurs positions, d’autres restaient dans un silence froid, regardant alentour l’émotion générée par la soudaine prise de conscience de l’importance du moment. Liam, lui, faisait partie de la catégorie de ceux qui se taisaient. Il regardait autour de lui, jaugeant les attitudes, les regards, essayant au fond de deviner quelles étaient les positions de chacune et chacun. Certes il était fier, fier au point d’avoir versé une larme. Mais il savait que les débats à venir ne seraient pas de tout repos, chaque parti chercherai à faire correspondre le projet avec leurs agenda, au risque d’oublier quels étaient les enjeux derrière. Et c’était leur rôle, au PGLRI, de le leur rappeler, mieux valait être préparé.
La Présidente du conseil, après une dizaine de minutes, ramena le silence dans l’hémicycle d’une voix ferme. Liam aimait bien l’aura et l’autorité de Jhacin Dryrn, la Présidente du Conseil des sages, sans doute une réminiscence de son temps à l’armée. Mais elle réussissait le dangereux équilibre de fermeté et de neutralité propre à son poste à la perfection. Il songea que s’il était encore sage à la prochaine élection, il revoterai pour elle comme Présidente du conseil. Se saisissant du Dossier contenant le projet économique, elle l’ouvrit avant d’ouvrir officiellement la séance de débat du conseil des sages.
- Bien… Le gouvernement nous ayant donné dix jours pour étudier le dossier et préparer la chose, je supposes donc que vous avez tous fait vos devoir et êtes venus armés de vos seuls arguments, preuves et autres invectives bien senties. Suite au discours du Président Reyes, je déclare donc la première séance d’étude et de débat autour du projet Économique et Stratégique proposé par le gouvernement ouverte. elle donne un petit coup de marteau sur le socle de son pupitre, les greffiers se tiennent immédiatement prêts à prendre des notes et enclenchent tous les enregistrements audios. Nous allons commencer par vos analyses et suggestions, en invitant au micro des représentants de chaque parti. J’invite donc le Sage Chaudefond, du Parti Social Démocrate, à prendre la parole, tel qu’il le souhaitait.
Un homme ventripotent se leva et descendit lentement les marches le menant au micro de son côté de l’hémicycle. Durant la laborieuse descente, le voisin de Liam chuchota quelque chose du genre “lui il ne connaît pas la collectivisation des brownies” provoquant un petit sourire chez ses voisins immédiats, mais chacun se tient prêt à aussi prendre des notes. Une fois en bas de son gradin, l’homme de gauche, suant et soufflant bruyamment, commença son discours.
- Camarades Sages,
Je suis heureux que, pour une fois, la Présidence du Conseil des sages permette aux vrais représentants du peuple de s’exprimer en premier, Liam fronça les sourcils. L’individu avait été un des plus farouches opposants à la nomination de l’actuelle Présidente et ne manquait pas une occasion de lui envoyer des piques, majoritairement infondées comme aujourd’hui. Comme la Présidence l’a sollicitée, nous, au Parti Social Démocrate avons tout lu. Tout. Et comment dire, en restant poli, ce que nous en avons pensé ? Ce que nous avons à étudier aujourd’hui, camarades, ce pourquoi nous devons débattre, n’est ni plus ni moins que la mise en coupe de notre économie au profit des bourgeois locaux, bien évidemment au détriment du vrai moteur économique de la nation : les travailleurs. Comment voulez-vous avoir une hausse du pouvoir d’achat des ménages Nebrowniens si vous laissez l’économie à ceux dont le seul leitmotiv est de toujours engranger plus, fut-ce au détriment du travailleur ? Nul part, dans ce projet, je n’ai vu d’allusion aux travailleurs, nul part dans ce texte, je n’ai vu de proposition de nationalisation complète de l’économie, non, au contraire, il propose une libéralisation partielle pour le moment. Nous tous ici, qui savons penser, nous l’avons compris depuis longtemps, l’avenir n’est pas à une libéralisation à tout va, mais bien à une nationalisation complète et à une redistribution complète des richesse et des pouvoirs, car qui mieux que le peuple, qui mieux que l’ouvrier connaît ses machines, connaît ce qu’est réellement l’industrie ?
Oh, si, nous avons remarqué un changement : la Vlastie n’apparaît plus comme danger potentiel. Remplacée par n’importe quelle nation disposant de missiles balistiques et d’agents chimiques militaires à même de ré-éditer la Tragédie d’Estham. L’actuel gouvernement n’a pas menti quand il disait reprendre une partie des idées de feue la Générale Emmerson. Oui, il en a repris les pires !! Renforcer nos Forces Terrestres, nos Forces aériennes et nos Forces Navales va demander des années et exiger des sacrifices économiques et personnels. Et une fois encore, c’est la base laborieuse qui subira le plus gros du choc, et nous nous y opposerons radicalement !! De plus, nul part dans ce torchon que le Président Reyes ose qualifier de cap à suivre je n’ai vu de propositions à même de soulager économiquement les forces ouvrières, nul part je n’ai vu de proposition de hausse de taxations des plus grosses fortunes, nul part je n’ai vu de lutte contre la fraude fiscale, sport olympique des plus riches de par le monde.
Alors oui, il parle d’arrêter les subventions aux grosses entreprises. SOIT. Disons que c’est la vaseline pour aider le projet à mieux passer. Mais nous le disons tout net, à moins d’une refonte complète du présent projet et de proposition de nationalisation totale, ce projet est un navire qui prend l’eau et dont les pompes menacent de tomber en panne. La position du Parti Social Démocrate est une opposition claire et ferme à ce projet.
Le ventripotent plie le micro d’une main et une moue rageuse et entreprend une remontée laborieuse sous les applaudissements de son groupe politique, soit douze personnes sur une assemblée de 333. Humainement parlant, Liam détestait chacun des membres représentant le PSDN. Et la réciproque était vraie depuis que Jaybee les avait remis à leur place lors d’une session mémorable. Un des membres de ce groupe avait comparé la Vlastie à un Paradis, ce à quoi Jaybee avait répondu “Vous parlez de ce pays qui a cinquante fois plus de voitures que d’habitants capables de les acheter ?”, s’attirant immédiatement les foudres des pontes du PSDN. Mais les membres du PGLRI avaient fait front avec leur camarade, et depuis se faisaient un malin plaisir à remettre les allocutions de ce parti face à leurs propres contradictions. Pas toutes ceci-dit, car certains membres de ce parti avaient des remarques pertinentes, notamment en matière d’agriculture.
- Bien, merci Sage Chaudefond pour cette excuse pour ne pas avoir fait vos devoir répondit la Présidente, provoquant un rire généralisé au détriment du ventripotent qui, rouge de rage se retourna et hurla une insulte, heureusement pour lui dissimulée par le fou rire général. J’invite à présent le Sage Jockland, du PGLRI, à prendre la parole.
Liam ouvrit grand les yeux et se tourna vers Marc. Ce dernier ne l’avait pas prévu qu’il prévoyait de prendre la parole aussi tôt. Il n’était même pas prévu qu’il la prenne, au vu de son implication personnelle dans l’affaire. Marc se leva, faisant un clin d’oeil à Liam du style “t’inquiète pas, ça va aller” puis descendit l’estrade d’un pas leste et vif, contrastant avec le lourdaud d’avant qui n’avait, lui, pas encore fini de gravir les marches. Marc déplia le micro et commença.
- Merci Madame la Présidente, mais pour commencer, c’est en dehors du cadre de mon parti que je souhaite prendre la parole. Pour ne rien vous cacher, en raison de mon implication personnelle, ma prise de parole a longtemps été sujet à débat au sein du PGLRI, mais le code du Conseil m’y autorise à condition que de bien préciser ce qui est en dehors du cadre de mon parti de ce qui en fait partie intégrante, ce qui est donc chose faite. Mon implication personnelle, donc, est que j’ai de la famille présentement à la tête d’une usine affiliée aux entreprises potentiellement impactées par le présent projet. J’entends d’ici les camarades du PSDN beugler au bourgeois, mais c’est ainsi, je n’y peux rien. Voire même j’en suis content car cela me permet de voir l’autre revers de la médaille et de ne pas limiter ma vision des choses à une facette, comme certains.
Liam serra les poings en voyant les membres du PSDN devenir blanc de rage, et même certains memnbres du SPN (Secrétariat Populaire Nebrownien) lever le poing, s’étant visiblement sentis visés. Marc n’avait jamais caché son mépris pour les communistes, tellement convaincus du bien fondé de leurs visions qu’ils refusaient tout argument allant à son encontre. Liam, tout en essayant de garder autant de neutralité que possible, se voyait forcé d’abonder en son sens, tellement les communistes Nebrowniens refusaient d’admettre leurs erreurs, même si on les mettait devant le fait accompli. Le jeune ex-étudiant avait toujours su que coller à la ligne du PGLRI serait comme charger un mur de béton en tentant de le détruire, mais il avait senti après leurs élections à tous que ce rôle, quelqu’un devait l’endosser. Ne serait-ce que pour faire fermer leur clapet à ceux qui s’étaient persuadés d’avoir LA bonne réponse à tout. Marc poursuivit.
- De ce fait, je me permets de pointer du doigt certaines incohérences du projet. En effet, dans le cadre d’une montée en puissance tant économique que logistique et militaire, un effort conséquent est attendu des entreprises, quelle que soit leur taille. Or, le présent projet parle de supprimer les subventions faites aux grosses entreprises. Or, je vous le dis tout net : certaines n’y survivront pas. Oh, je n’attends pas des membres du PSDN, voire du SPN, qu’ils versent la larme, ni même qu’ils comprennent le pourquoi du comment, ce serait trop leur demander. J’en parle à ceux qui ont vraiment à coeur le futur du pays, l’aspect économique et humain. Je vais vous donner un exemple : Les Fonderies Nationales Nebrowniennes. Vous le savez, aujourd’hui cette entreprise compte une dizaine de sites de hauts fourneaux de très grande ampleur, de même qu’une vingtaine de fonderies plus modestes mais tout aussi nécessaires dont les produits servent tout autant à la logistique qu'à la production militaire et civile. Supprimez les aides gouvernementales aux grandes entreprises et c’est les F2N dans leur ensemble qui coulent.
Liam, les poings toujours serrés sur son pupitre, ferma les yeux lorsqu’il entendit la pique de son camarade envers les deux partis communistes. Certes, il parlait en dehors de son parti, donc officiellement la neutralité du PGLRI n’était pas brisée, mais à titre personnel, il était désormais surement frappé du sceau de “l’anti-communiste Bourgeois” et chaque prise d eparole future serait sans doute contrée systématiquement par les membres du PSDN ou du SPN… Liam rouvrit les yeux pour voir les membres des deux partis hurler des invectives, jusqu’à ce que Marc évoque les F2N. Ces fonderies étaient en effet un des piliers de l’économie Nebrownienne, avec la NMC (Nebrownian Mining Company), employant des dizaines de milliers de travailleurs, ingénieurs, chimistes. Les F2N comptaient parmi les cibles des deux partis communistes, qui avaient multiplié les tentatives d’implantation de syndicats affiliés à leur parti politique (en totale illégalité). La dernière phrase de Marc fit taire les derniers échaudés des deux partis communistes. Le silence dans la salle se fit, une bonne partie de l’hémicycle ayant compris que Marc parlait en connaissance de cause. Ce dernier, après cinq secondes de pause, repris :
- Je vais vous expliquer pourquoi. Comme vous le savez, durant l’ère Kellem, une énorme partie des fonds alloués, dans quelque aspect de l’économie ou de l’armée que ce fut, ont été détournés, et ont purement et simplement disparus. Je ne me suis pas penché sur la question, je vous laisse libre de faire les comptes, là n’est pas la question. Le vrai problème est que notre industrie en a très lourdement pâti. Comme l’a évoqué le Président Reyes tout à l’heure, nos ouvriers travaillent sur des machines plus vieilles qu’eux, et sont contraints de suivre les cadences imposées par un monde moderne. Sous l’impulsion de feue la Générale Emmerson, des fonds ont été débloqués pour lancer la modernisation industrielle, indispensable à la modernisation militaire qu’elle appelait de ses vœux. Mais l’ampleur de la tâche avait été sous-estimée, et les F2N notamment, utilisent les subventions pour moderniser leur parc industriel. Certains penseront sûrement : ”ils engrangent suffisamment de bénéfices pour pomper dedans l’argent nécessaire à leur modernisation !!”. Le problème c’est que les bénéfices suffisent tout juste à payer les charges, les salaires et les dividendes. Avec la modernisation en route, les demandes en énergie vont exploser et notre réseau énergétique reposant sur le charbon et nos centrales thermiques vieillissantes, le prix de cette énergie va flamber, sans mauvais jeu de mots. Le Charbon est aussi extrêmement utile pour tout ce qui est activité sidérurgique et l’augmentation de son coût est inévitable, pour les mêmes raisons de modernisation. L’augmentation du pouvoir d’achat des ménages nécessite une revalorisation des salaires. Parmi les patrons que je connais, aucun ne remet en cause ce concept là, le jugeant même indispensable à une relance économique interne. Mais cette augmentation sera aussi répercutée sur les bénéfices, lesquels seront déjà bien impactés par l’augmentation générale du coût de l’énergie et des matières premières. Si vous y ajoutez le coût faramineux que représente une modernisation, après la suspension des subventions, c’est la banqueroute assurée, Marc fait une nouvelle pause, le temps pour lui de laisser l’impact de son annonce faire son chemin dans les esprits, avant de reprendre, La banqueroute des F2N, cela signifierait des dizaines de milliers de chômeurs, des dizaines de milliers de foyers dont les revenus baisseraient significativement dans un pays en plein chaos car le cas des F2N ne serait pas isolé. Et la fermeture des F2N impacterait nos capacités de production de matériel militaire, de véhicules, de trains, de rails, de plaques d’acier pour la construction navale et/ou aérienne… Et encore une fois, le cas des F2N n’est pas isolé. Comprenez- moi bien, je ne suis pas pour le maintien des subventions aux grandes entreprises, certaines n’en ont absolument pas besoin, je suis pour le maintien de ces subventions pour certaines entreprises. Ceci conclut mon témoignage, Madame la Présidente, je réintègre à présent le cadre de mon Parti, Marc profite d’une petite pose pour sortir de sa poche une petite bouteille d’eau dont il boit quelques gorgées avant de reprendre, Ce témoignage posé, indépendant mais nécessaire, vous permettra sans doute de comprendre un peu mieux la position du PGLRI. En effet, si nous soutenons l’idée d’un soutien ciblé à l’économie productive, nous demandons au gouvernement de revoir la copie à ce sujet, notamment.
En effet, de notre point de vue, les PME ne doivent pas être désignées par leur chiffre d’affaire, mais bien par leur taille en terme de bâtiments, de machines et de personnel, certaines entreprises, telles les F2N, doivent conserver leurs subventions, il en va de leur survie mais également de l’économie Nebrownienne, d’une manière générale, nationaliser les grandes entreprises essentielles et n’accorder des subventions qu’aux grandes entreprises nationalisées en plus de celles prévues pour les PME, entre autre. De cette façon, nous pourrons assurer un début de bases pour notre relance économique.
MAIS !!
Marc reprit une pause après ce dernier mot. Liam ne put s'empêcher de penser que la belle mère de son camarade l’avait bien entraîné, forte de son expérience comme Maire de Gelestal. Il savait ce qui allait suivre, l’aspect Énergie, totalement absent du projet gouvernemental et qui avait donné bien des migraines aux membres du PGLRI. Au final, ce n’était pas plus mal que Marc ait pris la parole aussi tôt, cela permettait à leur parti de gagner en crédibilité en étant les premiers à relever ce manque dans la proposition du gouvernement.
- Mais il y a à nos yeux un manque extrêmement grave dans le projet gouvernemental : l’énergie. Comme je vous l’ai déjà expliqué, notre production d’énergie est totalement dépendante du charbon et de nos centrales Thermiques, que ce soit en brûllant directement du charbon ou en utilisant du carburant de synthèse issu de la transformation du Charbon. OR, que ce soit la modernisation de grosses entreprises comme les F2N ou l’augmentation de PME de part le pays, celà va nécessiter de l’énergie, énergie que nous n’avons pas. Selon les chiffres que nous avons pu nous procurer, notre production annuelle d’énergie tourne autour des 120 TWh, et nous avons constaté que ce chiffre est tout juste suffisant pour alimenter notre industrie actuelle, et donc notre économie. Et comment alimenter en même temps une industrie moderne, et probablement plus gourmande en énergie, et une multitude de PME, sans doute largement moins gourmande toute proportions gardées, mais dont le nombre seul suffit à engendrer un gouffre énergivore ? A l’échelle actuelle de notre production énergétique, nous n’en avons pas les capacités. Nous l’avons constaté, il y a un an, la vétusté de notre réseau énergétique nous a valu une coupure de courant ayant impacté un tiers du pays. Certes, feue la Générale Emmerson avait déjà lancé des travaux de modernisation tout azimut, et la situation actuelle en terme de qualité du réseau est largement meilleure que celle de l’année dernière, mais à quoi bon un réseau moderne, à quoi bon des entreprises modernes, à quoi bon une multitude de PME de part le pays pour relancer l’économie si nous ne pouvons même pas les alimenter correctement en énergie ? Et comment se fournir en énergie ? Cette question, Madame la Présidente du Conseil, Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs les sages, chers collègues, cette question nous apparaît comme une opportunité pour lancer une profonde décarbonation de notre énergie, et donc de notre économie. Car elle ouvre à de nombreuses perspectives. Nous savons que même sous lère Kellem, de nombreux projets de production d’énergie hydro-électriques étaient à l’étude, ou ont été abandonnés pour diverses raisons. Relançons les. Selon les quelques informations dont nous disposons, l’ensemble de ces projets représentait une production annuelle située entre 25 à 40 TWh avec les technologies de l’époque. Soit entre 40 et 60 TWh avec les technologies actuelles, ce qui représente entre UN TIERS et LA MOITIÉ de notre production actuelle avec le Charbon seul. Ces projets permettraient de couvrir une bonne partie de la consommation d’énergie engendrée par la modernisation de nos entreprises et la création d’un grand nombre de PME, mais permettraient également d’embaucher nombre d’ouvriers et/ou de former beaucoup de spécialistes en la matière, contribuant de manière significative à la relance économique voulue par le gouvernement. Et dans l’attente de cette disponibilité énergétique, nous pouvons toujours acheter l’électricité aux Lermandiens, nos voisins et partenaires commerciaux, qui seront plus que ravis de nous aider. Voici pour notre appréciation de l’aspect “Soutien Ciblé à l’économie Productive” que nous ne pouvons pas soutenir dans sa forme actuelle, mais dont nous soutenons l’idée générale.
Liam regardait les autres partis et leurs membres. Certains hochaient la tête, une moue d’approbation, d’autres s’écrasaient les mains sur le visage en mode “mais quel petit con !!”, d’autres prenaient des notes et semblaient discuter avec leurs voisins de ce que disait Marc. D’autres encore, lisaient ou dormaient. Ceux-là, Liam notait leurs noms sur un calepin spécial. Ils avaient décidé de garder une trace des activités, absences et autres formes de non participation ou écoute aux débats des autres élus de l’hémicycle, et de demander de leur part qu’ils remboursent à l’état l’argent qu’ils avaient gagné en ne participant pas. Marc, loin de ces considérations, continuait sa longue prise de parole.
- Maintenant, concernant la réforme des droits de succession. Nous saluons la volonté du gouvernement de rendre la chose plus équitable et d’essayer de soulager les familles modestes de frais notariaux prohibitifs, mais nous nous inquiétons des taux aberrants proposés pour les familles les plus aisées. En effet, lesdites familles ne verront ainsi absolument aucun problème à faire tout leur possible pour que tout ce qui concerne la succession se passe dans d'autres pays aux charges de succession plus favorable pour eux. Nous serions ainsi face à une fuite de capitaux, et donc de revenus, conséquente. De plus, n’oublions pas, non plus, qu’avec la politique de taxation actuelle, moins de 40% des Nebrowniens sont imposables, et que les plus grandes fortunes du pays se trouvent dans ces 40%, ce qui fait donc que les plus grandes fortunes du pays contribuent déjà plus à l’économie nationale que 60% des Nebrowniens aux revenus plus modestes. Et ceci, Messieurs de gauche, est un fait, un simple fait très aisément vérifiable. Alors comment justifier l’explosion des taux de taxation des droits de succession pour les plus riches qui contribuent déjà davantage à l’économie du pays ? Et cette question en amène une autre aussi, car ne nous cachons pas, ces taux aberrant cachent une logique que nous comprennons : Comment prendre l’argent là où il est sans braquer ceux qui le possèdent ? Du Point de vue du PGLRI, les risques de fuites de capitaux et de fraudes fiscales massives induites par la présente forme de ce texte ne nous permet pas de le soutenir non plus bien que nous en comprenions et soutenions l’idée générale. Cette réforme doit impérativement être revue, et de notre point de vue, doit nécessiter une mise à part de ce projet car nécessitant aussi une révision du système d’imposition et de taxation actuel.
Cette fois-ci, l’approbation sembla unanime. Même à gauche, des applaudissement se firent entendre, l’idée d’une réforme globale du système d’imposition et de taxation semblant plaire à tous, mais pas pour les mêmes raisons, sans l’ombre d’un doute. Il restait encore quelques points à aborder et Marc, prenant une petite pause supplémentaire le temps de boire quelques gorgées d’eau, hocha la tête vers le greffier qui lui signifiait que son temps de parole était bientôt écoulé. Liam, pour sa part, regardait les membres du PSDN se recroqueviller sur leurs sièges. En effet, le long exposé de Marc affichait la quantité de travail abattu par le jeune parti du PGLRI et rendait la première prise de parole de leur représentant absolument grotesque. Ils avaient d'ores-et-déjà perdu toute crédibilité sur ce dossier, ils le comprennaient à présent presque tous, et au vu de son importance, cela confinait leur position ferme et sans réels arguments au suicide politique.
- Concernant l’aspect défense du projet, le gouvernement n’a pas donné de chiffres autres que le projet de maintenir les efforts entre 5 et 8% du PIB. Même si nous ignorons, concrètement, quels sont les objectifs du gouvernement, nous soutenons cet aspect du projet. En effet, pendant des décennies, les chiffres impressionnants annoncés par Kellem ont sans doute empêché nombre d’actes hostiles à notre encontre. Avec l’apparition des VRAIS chiffres, notre réelle puissance a sans doute relancé certaines velléités à notre endroit. Retrouver une certaine puissance nous semble une nécessité urgente. D’autant plus que nous devons protéger nos intérêts nautiques, et la récente crise entre Sterus et notre voisin Lermandien a clairement et de manière très impressionnante révélé notre totale vulnérabilité en la matière. Ainsi, Malgré le fait que nous soutenons cet aspect du projet, nous demandons au gouvernement qu’il nous donne des chiffres à ce sujet, des objectifs à atteindre.
Pour Résumer la Position du PGLRI concernant le projet actuel, si nous soutenons les idées générales, nous ne pouvons approuver le projet en la matière, et comptons sur les débâts à venir pour l’améliorer et en proposer une meilleure version au gouvernement, Merci de votre écoute.
Marc replia le micro et remonta d’un pas leste les marches du gradin jusqu’à sa place, à gauche de Liam, alors qu’une bonne moitié de l’hémicycle applaudissait, réveillant au passage ceux qui dormaient ou n’écoutaient pas. Liam glissa “t’aurais pu me prévenir quand même” alors que Marc s’asseyait et posait, discrètement, une main sur la cuisse de son compagnon, à sa gauche.
- Tu m'aurais laissé faire ? demanda-t-il alors que la Présidente du conseil appelait au micro un membre du Secrétariat Populaire Nebrownien.
- Sans doute pas, vu comme tu étais remonté hier, reconnu Liam, s'attirant une moue du style “tu vois?” de son voisin de gauche, alors que le représentant du SPN descendait les marches jusqu’au micro, affichant les traits tirés de celui qui n’avait pas beaucoup dormi depuis bien trop longtemps.
Posté le : 15 avr. 2026 à 18:09:34
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Séance du Conseil des sages du 06/10/2018 (suite)
Liam reporta son attention sur l’individu en bas de l'hémicycle. Avec 75 ans, le Sage Ramion était le doyen de l’Hémicycle, un homme qui avait commencé sa carrière avant l’avènement de Kellem, qui avait fait le coup de poing lors d’échauffourées avec ses sbires, qui avait failli connaître les prisons de la PP pour son engagement politique et n’avait dû son salut qu’à une “grâce” du dictateur qui avait besoin de bras et de soldats pour la guerre de 82-84. Ramion avait accueilli avec plaisir le retour des institutions Républicaines à Nebrownia, c’était un patriote, un vrai, représentant le même parti que celui qu’il avait quitté par la force des choses 35 ans auparavant. Mais, malgré son aura de vieux briscard, il peinait à conserver l’attention et à tempérer les ardeurs des plus jeunes de son parti, trop prompt à décréter la révolution à la moindre contrariété. Il avait réussi à créer un noyau dur au sein de son parti, mais n’en avait que trois représentants présents au Conseil des sages, ce qui menait régulièrement à des tensions en interne sur des sujets très divers. Liam, qui n’aimait pas le communisme d’une manière générale, appréciait le Sage Ramion, un des rares capables de compromis au sein de son parti. Le vétéran, une fois arrivé au pupitre de prise de parole en bas de sa colonne, déplia rapidement le micro et se tourna, non seulement vers le pupitre présidentiel, mais également de sorte d’avoir les élus du PGLRI bien en visu. La manœuvre était claire, il voulait également s’adresser à eux en particulier. Liam en eut des frissons dans le dos.
- Merci Madame la Présidente
Il chaussa une paire de lunettes et posa ses feuilles sur le pupitre en face de lui, couvertes de ratures et d’annotations en marge, preuve d’un travail de dernière minute, sans doute pendant la longue prise de parole de Marc.
- Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs les Sages, chers Camarades.
Depuis que j’ai commencé ma carrière politique, j’ai toujours entendu cette phrase, dans la bouche de mes collaborateurs et interlocuteurs, lorsqu’ils s’adressaient à leurs adversaires politiques : “reconnaissez vos erreurs”. Pendant longtemps, je me suis demandé ce que cela impliquait, au sens politique, pour que de très nombreux partis refusent de l’admettre envers et contre tous. Ce n’est qu’aujourd’hui que je comprends. Ceux-là qui refusent d’admettre leurs erreurs ne le font que par goût de la puissance et du pouvoir, pensant à tort, que reconnaître ses erreurs les rends moins fort. Peut-être y ai-je cru aussi, à une époque éloignée de ma folle jeunesse où bien souvent nous réglions nos différents politiques dans la rue à coup de poings. Ma grande force, aujourd’hui, celle qui me permet de commencer ma prise de parole ainsi, c’est la sagesse qui vient avec l’âge, celle qui nous force à prendre le temps du recul, celle qui nous contraint à la réflexion plutôt qu’à l’action, celle qui me permet, maintenant, de dire aux élus du PGLRI, en les regardant droit dans les yeux : “Je m’étais trompé à votre égard”.
Ramion prend une pause, le temps de boire deux gorgées d’eau dans un silence complet. Liam retient sa respiration. Dans l’hémicycle, tous regardent alternativement Ramion, les autres élus de son parti et les élus du PGLRI, tous avec la même question sur le visage : “Quelle est la manœuvre tentée ici ?”
- Je vous prenais pour de jeunes arrivistes dont le leitmotiv était majoritairement de mettre des bâtons dans les roues du processus décisionnel qui nous était dévolu, et je ne cache pas que vos prises de positions n’ont eu de cesse e m’étonner et/ou de m’agacer. Et aujourd’hui, j’ai enfin comprit votre position, j’ai enfin comprit que vous n’avez en fait jamais dévié jusqu’ici de votre ligne partisane, si vous m’accordez le terme. Vous avez agi et débattu au nom du pays, et non de votre parti, et pour cela, en tant que patriote, je me dois de vous faire part de la honte de vous avoir mal compris, mais également de mon admiration, maintenant que j’ai ouvert les yeux. Vous êtes probablement les plus jeunes de l’hémicycle, et pourtant, aujourd’hui, vous m’avez donné une leçon en matière politique. Et je vous en remercie.
Il s’inclina brièvement en regardant Marc et ses camarades, puis se tourna franchement vers le pupitre de la Présidence, clôturant l’introduction de sa prise de parole, et, d’une certaine façon, sa reconnaissance du PGLRI comme d’une force politique qu’il fallait surveiller attentivement. L’atmosphère de l’hémicycle avait changé. La reconnaissance d’un vieux briscard de la politique, ce n’était pas si anodin, même s’il était membre d’un parti d’opposition relativement marginal. Mais accompagné d’un Mea Culpa, c’était une chose encore plus rare, voire même d’encore jamais vu dans cet hémicycle. Liam, l’espace d’un moment, se demanda ce qui surprenait le plus les autres sages, avant de se dire que tout ceci n’était que de la politique, Ramion était sans doute très sérieux dans ses propos, mais personne, sans doute, ne le prendrait pour argent comptant au final.
- Ceci étant posé, nous passerons outre les allusions insultantes de mon prédécesseur à la prise de parole, laissant croire que nous, à gauche, ignorions tout du fonctionnement de l’économie, tout comme ses tentatives de faire passer les patrons d’entreprises pour des bienfaiteurs. Sa jeunesse, tout comme son implication personnelle dans le monde du patronat, impliquent une naïveté qui nous pousse à pardonner ce genre d'écarts , la parenthèse était fermée, le politique revenait, et avec lui, la verve et l’incisivité dont il était coutumier, car nous avons aussi, après étude attentive du projet, quelques points de divergence avec le projet gouvernemental. En effet, une modernisation du parc industriel va inévitablement amener à la nécessité de devoir employer davantage de spécialistes, et la simplification des processus de production va aussi mettre des ouvriers au chômage. Or, nous n’avons pas vu de proposition concernant ces ouvriers qui seront mis à la porte lors de la modernisation de leurs entreprises. Que va-t-il advenir d’eux ? Le gouvernement parle d’augmenter le pouvoir d’achat des ménages Nebrowniens, mais à côté de cela, son programme de modernisation, que nous jugeons aussi indispensable, au passage, va laisser sans emplois un nombre conséquent d’ouvriers, qualifiés ou non. Quel avenir pour eux ? Quelles perspectives ? Allons-nous décemment laisser se perdre le savoir-faire durement acquis de ces hommes ? Certains d’entre-vous diront “qu’ils postulent aux PME qui ouvriront !”. Oui, en effet… Mais combien d’ouvriers seront mis au chômage ? Combien de PME ouvriront-elles réellement ? Combien d’employés ces PME pourront-elles prendre grâce aux aides ciblées de l'État ? Et puis aussi quelles seront leurs exigences en termes de formation, d’expérience, etc ? C’est le flou le plus complet de ce côté. Et nous, au SPN, nous ne l’acceptons pas. Et cet aspect seul pourrait nous faire ne pas accepter le texte en l’état, mais en plus, tout comme nos camarades et collègues du PGLRI, nous pensons qu’il y a des choses à revoir du côté des taxes, peut-être pas sur les mêmes points, ceci dit, mais cela nécessite néanmoins d’être détaché du présent projet pour être débattu à part. Donc, pour résumer notre position, nous n’acceptons pas le texte dans sa forme présente.
Ramion déchaussa ses lunettes de la main gauche pendant que la droite ramassait ses papiers et pliait le micro, il se retourna ensuite de commença à gravir les quelques marches le séparant de sa place en rangeant ses lunettes dans leur étui. Liam lui, achevait de prendre des notes. Ils avaient vu le problème énergétique, ils n’avaient pas vu le problème de la mise au chômage de nombre d’ouvriers et des problèmes de réorientation professionnelle possible que cela engendrerait. Ils n’avaient certes pas la Science infuse, mais ils auraient quand même pu voir cet aspect. Liam se sentit un peu honteux, et chassa rapidement ce sentiment. Honteux de quoi ? De ne pas avoir eu tout bon du premier coup pour leur premier gros dossier ? Ils avaient réussi à prendre de cours tous les autres partis sur l’aspect énergie, c’était déjà un énorme coup qui leur avait valu le respect d’un vieux de la vieille, lequel venait de s’asseoir. Pas de quoi avoir honte, après tout, ils n’étaient tous que des humains.
- Merci Sage Ramion pour votre intervention, que je vous soupçonne d’avoir très largement raccourcie à cause de votre prédécesseur Pour toute réponse, le Sage Ramion montra en souriant une douzaine de pages toutes raturées, provoquant le sourire amusé de la Présidente du Conseil des Sages, J’appelle au micro le Sage Awarat, du PNA
Un jeune homme fringuant descendit d’un pas alerte les marches le menant au micro. Liam remarqua qu’il n’avait sur lui aucun papier, aucune note, élément pour le moins étrange pour quelqu'un appelé au micro de l'hémicycle. La réponse ne tarda pas à tomber, après que le jeune homme ai déplié le micro.
- Tous nos arguments ont déjà été dit, nous n’approuvons pas le projet sous sa forme actuelle.
Il replia le micro et remonta s’asseoir. La Présidente prit cinq secondes de réflexion et déclara :
- Je suppose que vous n’ètes pas seuls dans ce cas, donc y a-t-il des représentants de partis ayant quelque chose à ajouter ? aucune main ne se leva, elle poursuivit, Y a-t-il un parti qui approuve le projet sous sa forme actuelle ? Aucune main ne se leva derechef Bien, en conformité avec le code du Conseil des sages, je propose de nous accorder à tous une semaine supplémentaire afin d’émettre des propositions qui seront débattue ici même. Je transmettrai à la présidence les pistes et points de blocage déjà évoqués ici à savoir :
1/ La suppression des aides aux grandes entreprises pouvant entraîner la faillite de certaines entreprises jugées essentielles, réfléchir à la possibilité de continuer les subventions de celles ci ;
2/ La volonté de modernisation du gouvernement est-elle supportable par les capacités du réseau énergétique national, n’y a-t-il pas là vocation à amélioration également ;
3/ Les taux de succession des très riches ne sont-ils pas trop aberrants, n’y a-t-il pas aussi une possibilité de dissocier l’aspect taxe du présent projet afin de le soumettre au débat en tant que tel ?;
4/ La modernisation des entreprises va mettre beaucoup de gens au chômage, le gouvernement a-t-il prévu des plans de reconversion ou d’agrandissement permettant d’utiliser le savoir-faire des ouvriers concernés par un licenciement ? ;
Et finalement, 5/ le projet manque de chiffres concernant les objectifs du gouvernement pour nous permettre de juger réellement du réalisme et de la faisabilité de la tâche.
Y a-t-il d’autres éléments à faire part au gouvernement ? Aucune main ne se leva, les Sages regardèrent autour d’eux pour voir si quelqu’un veut ajouter quelque chose, mais personne ne se manifesta Bien, la présente séance est terminée, Prochaîne séance dans une semaine avec vos propsositions, je vous transmettrai la réponse du gouvernement ainsi que les éventuels chiffre qu’on me donnera, je vous souhaite bonne chance et bon courage pour le travail à venir, au revoir elle donna trois coup de maillet, clôturant la séance.
Liam se leva et s’étira. Au final, la présente séance n’avait pas duré longtemps, mais elle avait malgré tout été productive, le gouvernement allait recevoir les comptes rendus et devrait répondre rapidement, ce qui ne les dispensait pas, eux, de déjà commencer à travailler. Jaybee, assise quatre places à sa gauche, le rejoignit alors qu’il franchissait la porte de sortie de l’hémicycle, dépassant son frère et Marc marchant main dans la main au passage. Alors que Liam relisait ses notes, elle posa la main sur son épaule droite.
- Hé, on fait quoi, chef ? demanda-t-elle toute sourire.
Liam la regarda, souriant aussi. Son énergie et sa bonne humeur étaient contagieuses.
- On se prend tous une vingtaine de minutes histoire de remettre nos idées en place et de boire un p’tit jus, ensuite, on se retrouve en salle de réunion. Le gouvernement va répondre sans doute d’ici deux jours, mais cela ne nous dispense pas de travailler nous aussi
- On est force de proposition maintenant ? Demanda Marc le sourcil levé
- Non, on est force de suggestion répondit Liam, moqueur
- La nuance est subtile enchaîna Marc, grimaçant
- Être les gardes-fous de la République ne nous dispense pas de donner des pistes documentées, et donc de suggérer rappela Liam, allez zou, chacun dans son bureau, on souffle, on boit un coup et on retourne au turf…
Liam claqua des mains et chaque membre du PGLRI se dirigea vers son bureau. Liam tourna la tête pour voir le sage Ramion et le Sage Ruster, du TLC, en grande conversation, tous deux tournés dans leur direction. Ruster était lui aussi un briscard de la politique, plus jeune que Ramion, il n’était pas impossible qu’ils se soient battus physiquement l’un contre l’autre lors de bagarres de rues… ou du moins telle était la rumeur qui courait à leur sujet. Les deux hommes, bien qu’ils fussent de camps différents, étaient également connus pour partager une amitié franche et solide qui tenait malgré les oppositions de leurs partis respectifs. Les deux vétérans de la politique inclinèrent légèrement la tête lorsqu’ils s'aperçurent que Liam les avait vus. Liam leur répondit et se dirigea vers son bureau. Ils ne s’étaient pas inclinés comme on salue par politesse, non. Il y avait du respect dans ce salut là. Liam avait la tête qui tournait lorsqu’il s’assit derrière son bureau.
Liam reporta son attention sur l’individu en bas de l'hémicycle. Avec 75 ans, le Sage Ramion était le doyen de l’Hémicycle, un homme qui avait commencé sa carrière avant l’avènement de Kellem, qui avait fait le coup de poing lors d’échauffourées avec ses sbires, qui avait failli connaître les prisons de la PP pour son engagement politique et n’avait dû son salut qu’à une “grâce” du dictateur qui avait besoin de bras et de soldats pour la guerre de 82-84. Ramion avait accueilli avec plaisir le retour des institutions Républicaines à Nebrownia, c’était un patriote, un vrai, représentant le même parti que celui qu’il avait quitté par la force des choses 35 ans auparavant. Mais, malgré son aura de vieux briscard, il peinait à conserver l’attention et à tempérer les ardeurs des plus jeunes de son parti, trop prompt à décréter la révolution à la moindre contrariété. Il avait réussi à créer un noyau dur au sein de son parti, mais n’en avait que trois représentants présents au Conseil des sages, ce qui menait régulièrement à des tensions en interne sur des sujets très divers. Liam, qui n’aimait pas le communisme d’une manière générale, appréciait le Sage Ramion, un des rares capables de compromis au sein de son parti. Le vétéran, une fois arrivé au pupitre de prise de parole en bas de sa colonne, déplia rapidement le micro et se tourna, non seulement vers le pupitre présidentiel, mais également de sorte d’avoir les élus du PGLRI bien en visu. La manœuvre était claire, il voulait également s’adresser à eux en particulier. Liam en eut des frissons dans le dos.
- Merci Madame la Présidente
Il chaussa une paire de lunettes et posa ses feuilles sur le pupitre en face de lui, couvertes de ratures et d’annotations en marge, preuve d’un travail de dernière minute, sans doute pendant la longue prise de parole de Marc.
- Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs les Sages, chers Camarades.
Depuis que j’ai commencé ma carrière politique, j’ai toujours entendu cette phrase, dans la bouche de mes collaborateurs et interlocuteurs, lorsqu’ils s’adressaient à leurs adversaires politiques : “reconnaissez vos erreurs”. Pendant longtemps, je me suis demandé ce que cela impliquait, au sens politique, pour que de très nombreux partis refusent de l’admettre envers et contre tous. Ce n’est qu’aujourd’hui que je comprends. Ceux-là qui refusent d’admettre leurs erreurs ne le font que par goût de la puissance et du pouvoir, pensant à tort, que reconnaître ses erreurs les rends moins fort. Peut-être y ai-je cru aussi, à une époque éloignée de ma folle jeunesse où bien souvent nous réglions nos différents politiques dans la rue à coup de poings. Ma grande force, aujourd’hui, celle qui me permet de commencer ma prise de parole ainsi, c’est la sagesse qui vient avec l’âge, celle qui nous force à prendre le temps du recul, celle qui nous contraint à la réflexion plutôt qu’à l’action, celle qui me permet, maintenant, de dire aux élus du PGLRI, en les regardant droit dans les yeux : “Je m’étais trompé à votre égard”.
Ramion prend une pause, le temps de boire deux gorgées d’eau dans un silence complet. Liam retient sa respiration. Dans l’hémicycle, tous regardent alternativement Ramion, les autres élus de son parti et les élus du PGLRI, tous avec la même question sur le visage : “Quelle est la manœuvre tentée ici ?”
- Je vous prenais pour de jeunes arrivistes dont le leitmotiv était majoritairement de mettre des bâtons dans les roues du processus décisionnel qui nous était dévolu, et je ne cache pas que vos prises de positions n’ont eu de cesse e m’étonner et/ou de m’agacer. Et aujourd’hui, j’ai enfin comprit votre position, j’ai enfin comprit que vous n’avez en fait jamais dévié jusqu’ici de votre ligne partisane, si vous m’accordez le terme. Vous avez agi et débattu au nom du pays, et non de votre parti, et pour cela, en tant que patriote, je me dois de vous faire part de la honte de vous avoir mal compris, mais également de mon admiration, maintenant que j’ai ouvert les yeux. Vous êtes probablement les plus jeunes de l’hémicycle, et pourtant, aujourd’hui, vous m’avez donné une leçon en matière politique. Et je vous en remercie.
Il s’inclina brièvement en regardant Marc et ses camarades, puis se tourna franchement vers le pupitre de la Présidence, clôturant l’introduction de sa prise de parole, et, d’une certaine façon, sa reconnaissance du PGLRI comme d’une force politique qu’il fallait surveiller attentivement. L’atmosphère de l’hémicycle avait changé. La reconnaissance d’un vieux briscard de la politique, ce n’était pas si anodin, même s’il était membre d’un parti d’opposition relativement marginal. Mais accompagné d’un Mea Culpa, c’était une chose encore plus rare, voire même d’encore jamais vu dans cet hémicycle. Liam, l’espace d’un moment, se demanda ce qui surprenait le plus les autres sages, avant de se dire que tout ceci n’était que de la politique, Ramion était sans doute très sérieux dans ses propos, mais personne, sans doute, ne le prendrait pour argent comptant au final.
- Ceci étant posé, nous passerons outre les allusions insultantes de mon prédécesseur à la prise de parole, laissant croire que nous, à gauche, ignorions tout du fonctionnement de l’économie, tout comme ses tentatives de faire passer les patrons d’entreprises pour des bienfaiteurs. Sa jeunesse, tout comme son implication personnelle dans le monde du patronat, impliquent une naïveté qui nous pousse à pardonner ce genre d'écarts , la parenthèse était fermée, le politique revenait, et avec lui, la verve et l’incisivité dont il était coutumier, car nous avons aussi, après étude attentive du projet, quelques points de divergence avec le projet gouvernemental. En effet, une modernisation du parc industriel va inévitablement amener à la nécessité de devoir employer davantage de spécialistes, et la simplification des processus de production va aussi mettre des ouvriers au chômage. Or, nous n’avons pas vu de proposition concernant ces ouvriers qui seront mis à la porte lors de la modernisation de leurs entreprises. Que va-t-il advenir d’eux ? Le gouvernement parle d’augmenter le pouvoir d’achat des ménages Nebrowniens, mais à côté de cela, son programme de modernisation, que nous jugeons aussi indispensable, au passage, va laisser sans emplois un nombre conséquent d’ouvriers, qualifiés ou non. Quel avenir pour eux ? Quelles perspectives ? Allons-nous décemment laisser se perdre le savoir-faire durement acquis de ces hommes ? Certains d’entre-vous diront “qu’ils postulent aux PME qui ouvriront !”. Oui, en effet… Mais combien d’ouvriers seront mis au chômage ? Combien de PME ouvriront-elles réellement ? Combien d’employés ces PME pourront-elles prendre grâce aux aides ciblées de l'État ? Et puis aussi quelles seront leurs exigences en termes de formation, d’expérience, etc ? C’est le flou le plus complet de ce côté. Et nous, au SPN, nous ne l’acceptons pas. Et cet aspect seul pourrait nous faire ne pas accepter le texte en l’état, mais en plus, tout comme nos camarades et collègues du PGLRI, nous pensons qu’il y a des choses à revoir du côté des taxes, peut-être pas sur les mêmes points, ceci dit, mais cela nécessite néanmoins d’être détaché du présent projet pour être débattu à part. Donc, pour résumer notre position, nous n’acceptons pas le texte dans sa forme présente.
Ramion déchaussa ses lunettes de la main gauche pendant que la droite ramassait ses papiers et pliait le micro, il se retourna ensuite de commença à gravir les quelques marches le séparant de sa place en rangeant ses lunettes dans leur étui. Liam lui, achevait de prendre des notes. Ils avaient vu le problème énergétique, ils n’avaient pas vu le problème de la mise au chômage de nombre d’ouvriers et des problèmes de réorientation professionnelle possible que cela engendrerait. Ils n’avaient certes pas la Science infuse, mais ils auraient quand même pu voir cet aspect. Liam se sentit un peu honteux, et chassa rapidement ce sentiment. Honteux de quoi ? De ne pas avoir eu tout bon du premier coup pour leur premier gros dossier ? Ils avaient réussi à prendre de cours tous les autres partis sur l’aspect énergie, c’était déjà un énorme coup qui leur avait valu le respect d’un vieux de la vieille, lequel venait de s’asseoir. Pas de quoi avoir honte, après tout, ils n’étaient tous que des humains.
- Merci Sage Ramion pour votre intervention, que je vous soupçonne d’avoir très largement raccourcie à cause de votre prédécesseur Pour toute réponse, le Sage Ramion montra en souriant une douzaine de pages toutes raturées, provoquant le sourire amusé de la Présidente du Conseil des Sages, J’appelle au micro le Sage Awarat, du PNA
Un jeune homme fringuant descendit d’un pas alerte les marches le menant au micro. Liam remarqua qu’il n’avait sur lui aucun papier, aucune note, élément pour le moins étrange pour quelqu'un appelé au micro de l'hémicycle. La réponse ne tarda pas à tomber, après que le jeune homme ai déplié le micro.
- Tous nos arguments ont déjà été dit, nous n’approuvons pas le projet sous sa forme actuelle.
Il replia le micro et remonta s’asseoir. La Présidente prit cinq secondes de réflexion et déclara :
- Je suppose que vous n’ètes pas seuls dans ce cas, donc y a-t-il des représentants de partis ayant quelque chose à ajouter ? aucune main ne se leva, elle poursuivit, Y a-t-il un parti qui approuve le projet sous sa forme actuelle ? Aucune main ne se leva derechef Bien, en conformité avec le code du Conseil des sages, je propose de nous accorder à tous une semaine supplémentaire afin d’émettre des propositions qui seront débattue ici même. Je transmettrai à la présidence les pistes et points de blocage déjà évoqués ici à savoir :
1/ La suppression des aides aux grandes entreprises pouvant entraîner la faillite de certaines entreprises jugées essentielles, réfléchir à la possibilité de continuer les subventions de celles ci ;
2/ La volonté de modernisation du gouvernement est-elle supportable par les capacités du réseau énergétique national, n’y a-t-il pas là vocation à amélioration également ;
3/ Les taux de succession des très riches ne sont-ils pas trop aberrants, n’y a-t-il pas aussi une possibilité de dissocier l’aspect taxe du présent projet afin de le soumettre au débat en tant que tel ?;
4/ La modernisation des entreprises va mettre beaucoup de gens au chômage, le gouvernement a-t-il prévu des plans de reconversion ou d’agrandissement permettant d’utiliser le savoir-faire des ouvriers concernés par un licenciement ? ;
Et finalement, 5/ le projet manque de chiffres concernant les objectifs du gouvernement pour nous permettre de juger réellement du réalisme et de la faisabilité de la tâche.
Y a-t-il d’autres éléments à faire part au gouvernement ? Aucune main ne se leva, les Sages regardèrent autour d’eux pour voir si quelqu’un veut ajouter quelque chose, mais personne ne se manifesta Bien, la présente séance est terminée, Prochaîne séance dans une semaine avec vos propsositions, je vous transmettrai la réponse du gouvernement ainsi que les éventuels chiffre qu’on me donnera, je vous souhaite bonne chance et bon courage pour le travail à venir, au revoir elle donna trois coup de maillet, clôturant la séance.
Liam se leva et s’étira. Au final, la présente séance n’avait pas duré longtemps, mais elle avait malgré tout été productive, le gouvernement allait recevoir les comptes rendus et devrait répondre rapidement, ce qui ne les dispensait pas, eux, de déjà commencer à travailler. Jaybee, assise quatre places à sa gauche, le rejoignit alors qu’il franchissait la porte de sortie de l’hémicycle, dépassant son frère et Marc marchant main dans la main au passage. Alors que Liam relisait ses notes, elle posa la main sur son épaule droite.
- Hé, on fait quoi, chef ? demanda-t-elle toute sourire.
Liam la regarda, souriant aussi. Son énergie et sa bonne humeur étaient contagieuses.
- On se prend tous une vingtaine de minutes histoire de remettre nos idées en place et de boire un p’tit jus, ensuite, on se retrouve en salle de réunion. Le gouvernement va répondre sans doute d’ici deux jours, mais cela ne nous dispense pas de travailler nous aussi
- On est force de proposition maintenant ? Demanda Marc le sourcil levé
- Non, on est force de suggestion répondit Liam, moqueur
- La nuance est subtile enchaîna Marc, grimaçant
- Être les gardes-fous de la République ne nous dispense pas de donner des pistes documentées, et donc de suggérer rappela Liam, allez zou, chacun dans son bureau, on souffle, on boit un coup et on retourne au turf…
Liam claqua des mains et chaque membre du PGLRI se dirigea vers son bureau. Liam tourna la tête pour voir le sage Ramion et le Sage Ruster, du TLC, en grande conversation, tous deux tournés dans leur direction. Ruster était lui aussi un briscard de la politique, plus jeune que Ramion, il n’était pas impossible qu’ils se soient battus physiquement l’un contre l’autre lors de bagarres de rues… ou du moins telle était la rumeur qui courait à leur sujet. Les deux hommes, bien qu’ils fussent de camps différents, étaient également connus pour partager une amitié franche et solide qui tenait malgré les oppositions de leurs partis respectifs. Les deux vétérans de la politique inclinèrent légèrement la tête lorsqu’ils s'aperçurent que Liam les avait vus. Liam leur répondit et se dirigea vers son bureau. Ils ne s’étaient pas inclinés comme on salue par politesse, non. Il y avait du respect dans ce salut là. Liam avait la tête qui tournait lorsqu’il s’assit derrière son bureau.