31/03/2019
16:24:00
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[Politique] Débats au Conseil des Sages

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[HRP] Ici seront posté les débats au conseil des sages. En fonction de leur longueur et de la durée de leur rédaction, ils seront majoritairement rétroactifs.[/HRP]

Séance du Conseil des sages du 06/10/2018

Liam et ses camarades avaient peu dormi cette nuit-là. Tout comme les précédentes d’ailleurs. Le communiqué de la Présidence, et le discours qu’avait tenu le Président Reyes devant le Conseil des sages, dix jours plus tôt, avaient poussé les 20 membres du PGLRI à étudier à fond le projet présidentiel, et à réfléchir aux problèmes qu’il soulevait et aux possibles solutions à y apporter. Et dieu sait qu’il y en avait des problèmes, mais de là à trouver des solutions qui satisfassent tout le monde, fort à parier qu’il n’y en aurait pas. Liam songeait aux heures de débat qui s'annonçaient alors qu’il gravissait les marches donnant accès au Palais des Sages, un énorme Thermos de 2L de café dans la main gauche, son massif dossier dans la main droite. Un regard alentour lui permit de constater que nombre de Sages avaient les traits aussi tirés que lui, ceux qui ne les avaient pas avaient ou décidé de passer une bonne nuit avant le marathon, ou des secrétaires et conseillers qui leur avaient mâché le boulot, ou tout simplement rien à faire du présent dossier et faisaient limite acte de présence. Le jeune homme grinça brièvement des dents. Il les haïssait ces types là, rebuts de l’ancienne République ou arrivistes ayant décidé de profiter des nouvelles institutions pour vivre aux frais de la princesse le temps d’un mandat ou plus. Certes, le salaire des Sages n’était pas aussi mirobolant qu’à l'époque de Kellem, mais un salaire restait un salaire, dans un pays où le plein emploi n’était pas assuré.

Sirotant son café, il chassa ses pensées en marchant vers les bureaux du PGLRI au sein du Palais des Sages. Comme tout parti siégeant au Conseil des sages, le PGLRI avait obtenu le droit d’avoir à sa disposition plusieurs bureaux contigus, permettant aux membres du jeune parti de se rendre rapidement des bureaux aux lieux de réunions des différentes commissions auxquels appartenaient les 20 Sages du parti, ou aux séances du Conseil, comme celle qui devrait commencer d’ici 45 minutes selon l’horloge du bâtiment placée au dessus de la porte de son bureau. Il entra et jeta le massif dossier sur le meuble trônant au fond de la pièce, avant de le contourner et de se poser dans son siège, un siège gaming de moyenne gamme, fabriqué en Lermandie, amplement suffisant pour lui permettre d’affronter les longues journées de travail sans avoir mal au dos. Il se demandait souvent pourquoi les autres Sages dépensaient des sommes astronomiques pour des fauteuils ergonomiques alors qu’ils pouvaient avoir des fauteuils spécialement conçus pour de longues cessions immobile pour largement moins cher… et moins esthétiques aussi, force était de le constater. Il fit pivoter son fauteuil pour faire face à la grande baie vitrée derrière lui. Une vue assez impressionnante sur Vode’An s’étalait sous ses yeux, dévoilant le plan de rue et d’urbanisation de la capitale, créée ex nihilo par l’ancien dictateur Kellem… ou du moins ce qu’il pouvait en voir par dessus les toits et les quelques arbres ayant encore des reliquats de feuillage.

On toqua à sa porte, le faisant de nouveau pivoter sa chaise. Jane-Britanny Daggerfiel, fille de la maire de Gelestal et actuelle numéro 2 du PGLRI, attendait à l'embrasure de la porte. Liam sourit. Il l’aimait bien cette fille, Jaybee comme il la surnommait, il l’aimait bien car elle ne se laissait pas marcher sur les pieds et que, malgré une admiration sans bornes pour la défunte Matilda Emmerson, elle n’en restait pas moins assez critique des décisions prises par son idôle en matière d’économie. Il l’aimait bien aussi car elle cachait bien son jeu, et la surprise qu’elle avait créé lors de sa première prise de parole au conseil des sages avait été mémorable, déstabilisant visiblement les autres Sages par ses questions, ses remarques et le ton général de ses prises de paroles, aussi calme que ses propos étaient incisifs.

-Ouais, Jaybee ?
- Bien dormi ? un sourire fatigué lui répond, Ouais, pareil… C’est notre plus gros morceau jusque là, notre première vraie épreuve du feu, elle avale une gorgée de sa thermos, le même modèle que Liam mais contenant du thé, Bordel j’en tremble depuis ce matin…
-Ca paraît bien dérisoire, maintenant, les partiels de la fac, hein ?
- Avant ça me donnait des cauchemars, maintenant, j’en rêve

Liam étouffa un rire, sachant pertinemment que sa camarade était à moitié sérieuse. Pourquoi le savait-il ? Car c’était son cas à lui aussi, ainsi qu’à tous leurs camarades, tous étudiants au moment de leur élection. Liam le sentait, cependant, le frisson qu’ils ressentaient tous aujourd’hui n’avait pas la même origine. Certains d’entre eux étaient excités et impatients de voir, d’assister et de participer à cet évènement, la première loi économique officielle de la Nouvelle République Nébrownienne. Lui, pour sa part, sentait sur ses épaules le poids de la responsabilité lié à sa position de leader du parti. Il soupira.

- On en reste à la position décidée hier, d’accord ?
- Ouais, j’ai remis les pendules à l’heure ce matin, Marc était chaud pour partir en guerre, répond Jane-Britanny en parlant du compagnon de son frère, et également un camarade sage de leur parti.
- Son oncle travaille dans un des fourneaux des F2N (Fonderies Nationales Nebrowniennes), c’est normal. Les entreprises Nationales, comme la CMN et les F2N profitent beaucoup des subventions pour maintenir de l’emploi face à une hausse généralisée des prix et du coût d’entretiens des machines vieillissantes. Il nous l’a déjà expliqué, et nous sommes allés sur place pour juger, tu te souviens ? Liam se souvenait de l'impressionnante vision des machines de l’âge de ses parents qui produisaient le métal destiné aux rails de chemin de fer, De plus, le coût de la modernisation pour produire les canons destinés au Forces terrestres et navales ajoute une charge supplémentaire, priver ces entreprises des subventions gouvernementales, c’est les condamner à mort.
- Ouais, je sais, je sais…

L’hymne de Nebrownia retentit alors dans tout le bâtiment : Le signal que la cession allait commencer dans dix minutes. Liam soupira et se leva, son thermos en main.

- En route… allons poser notre pierre à l’édifice Nebrownien, dit-il en prenant son dossier dans sa main libre et accompagnant Jane-Britanny à la Sortie.

Une fois hors de son bureau, ils rejoignirent les 18 autres membres du PGLRI qui les attendaient au pied de l’escalier leur permettant d’atteindre le haut du centre de l'hémicycle, là où ils avaient été placés avec les quelques sages non affiliés. Liam remarqua immédiatement un renforcement du détachement de sécurité de la Garde Présidentielle et fronça légèrement les sourcils. La présidence craignait-elle des débordements au sein de l’hémicycle ? Certes le sujet était sensible et même capital, mais malgré des débats houleux et quelques noms d’oiseaux vociférés çà et là, jamais personne n’en était venu aux mains en ce lieu. Il s’installa avec ses camarades, un sourcil interrogatif levé alors que les autres, eux, essayaient de peaufiner leurs positions sur certains sujets du texte qu’ils allaient étudier en ce jour. La Présidente du conseil des sages s’avança, une Native du nom de Jhacin Dryrn, première femme native à accéder à ce poste. Ancienne militaire, renvoyée dans ses foyers suite à une blessure lui ayant coûté la jambe gauche, elle avait mené une carrière fulgurante dans la prospection minière, arpentant le terrain malgré sa prothèse, avant de se présenter aux élection des Sages, et d'être également élue Présidente du Conseil durant une Session du Conseil des Sages. Liam remarqua la présence de deux gardes présidentiels derrière le pupitre de la présidente du Conseil, le regard attentif. Il donna un petit coup de coude à son voisin de gauche, le fameux Marc, et désigna les gardes du menton. Avant que le jeune homme n'ait pu exprimer son interrogation, un mouvement sur la droite du pupitre leur fit tourner les yeux. Ernest Reyes s’avançait d’un pas vif en direction du centre de l’attention des Sages, les yeux fatigués, les traits tirés mais le regard décidé. Sous les yeux de l’hémicycle, et dans un silence religieux, il gravit les escaliers le menant au pupitre. Une fois là, il serra chaleureusement la main de la Présidente du conseil des sages et échangea brièvement avec elle avant de poser ses dossiers sur le pupitre. Liam, déjà conscient de l’importance du texte qu’ils allaient étudier, senti se renforcer ce sentiment d’oppression. Reyes était là, ce dossier semblait extrêmement important pour lui, il y avait fort à parier que le plan de relance économique était un dossier dont il suivrait avec attention les débats. Liam sentit Marc, son voisin de gauche, se tendre aussi, bien qu’ils fut distants d’une bonne vingtaine de centimètres. L’atmosphère se tendait à mesure que les sages remarquaient la présence de Reyes, attendant patiemment l’arrivée et la mise en place des derniers retardataires en bavardant avec le greffier du conseil. Une fois les portes fermées, Ernest brancha son micro et commença son discours.

- Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs les Sages,

Depuis le coup d’Etat du 19 mai 2015, nous avons engagé notre nation sur un chemin aussi exigeant que nécessaire : celui du redressement, de la reconstruction et du renforcement. Nécessaire car, dans le monde d’aujourd’hui, les capacités économiques et la stabilité du gouvernement sont les principales preuves de fiabilité aux yeux des investisseurs potentiels et aussi de nombreux hommes d’états étrangers. Et qui irait confier des investissements, l’argent de ses contribuables à un état dont les élites corrompues dilapideraient tout en chimères, où dont l’instabilité pourrait précipiter un coup d’état ou une révolution réduisant à néant les espoirs de retour sur investissement. Exigeant car l’ère Kellem nous a saigné à blanc et nous partons de très loin. Je sais que, suite à la présentation du dossier nombre d’entre vous sont allés se rendre compte des réalités du terrain, et je gage que vous avez vu, comme moi je l’ai vu, les employés et ouvriers travaillant sur des machines plus vieilles qu’eux, s’usant à suivre les cadences infernales et exigences de précisions inhérentes à la société d’aujourd’hui sur un matériel dépassé.

Le texte présenté aujourd’hui au Conseil des Sages ne constitue pas un objectif à atteindre mais bien une base de travail, une direction, la volonté politique claire de poursuivre la montée en puissance de Nebrownia. Cette direction, ces objectifs, je veux que le pays les atteigne. Que ce soit sous mon mandat ou non, je ne vise pas le court terme, mais bien le moyen à long terme. Car redresser une nation en un mandat est chose impossible, nous le savons tous ici, et celà d’autant plus que nous devons rattraper l’ingérence imbécile des suppôts de Kellem et les ravages immenses causés à la nation. Nous savons d’où nous venons, le gouvernement propose aujourd’hui une direction, un cap, un objectif à atteindre. Et notre objectif, à moyen terme, est sans ambiguïté : nous voulons renouer avec une croissance économique durable, augmenter le pouvoir d’achat des ménages nebrowniens et relancer le commerce intérieur, afin que la richesse produite dans notre pays profite d’abord à notre peuple. Nous voulons renforcer et moderniser notre industrie, notre agriculture, nos infrastructures et notre logistique pour produire localement et générer de la richesse en interne. Mais nous ne pouvons opposer ce projet de relance économique et les exigences stratégiques du monde actuel.

En effet, à une époque où la puissance économique ne suffit plus et où certains personnages politiques se prennent pour Dieu en décidant de la vie ou de la mort de millions d’innocents, nous devons plus que jamais nous renforcer. Certains diront “allions nous avec une nation puissante”. Mais les alliances se brisent. Il suffit d’une personne, d’un imbécile, pour réduire à néant des décennies de franche amitié entre nations. Et si cela nous arrive, dans l’état actuel de nos forces, nous serions balayés par un adversaire un tant soit peu préparé. Les Officiers du Grand État-Major sont formels : nous devons renforcer notre capacité à nous défendre et à projeter nos forces tout en renforçant nos liens avec nos voisins et partenaires économiques. C’est pourquoi ce projet prévoit un effort parallèle entre l’aspect économique et l’aspect stratégique de défense.

Nous savons d’où nous venons, le gouvernement propose aujourd’hui une direction, un cap, un objectif à atteindre, et c’est à vous, Sages, qu’il revient de l’examiner, de le questionner, de l’améliorer, bref, de débattre afin d'offrir à la Nouvelle République Nebrownienne la meilleure option qu’il soit possible d’avoir en matière économique et de défense. Je sais que pour certain le deuil de Bui’ir Matilda n’est pas encore terminé, peut-être certains ne s’en remettrons jamais complètement... Mais il est de notre devoir de citoyen de se redresser face à l’adversité, car le monde, lui, ne s’arrête pas.

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs les sages, je vous confie ce projet, je compte sur vous pour en faire la base indestructible sur laquelle nous bâtirons la force économique de Nebrownia…

Je vous remercie.


Un bref silence de deux secondes suivit le discours du Président Reyes avant qu’un tonnerre d'applaudissements ne retentisse dans l’hémicycle. Jusqu’ici, sous l’impulsion de Matilda Emmerson, les sujets débattus au conseil des sages n’avaient jamais eu l’importance du projet dont ils allaient débattre aujourd’hui, et probablement les jours à venir aussi. Oh, La défunte Générale Emmerson avait sans doute dans ses cartons des projets dont elle devait peaufiner les aspects en vue de les présenter au conseil des sages, mais elle n’en avait jamais eu l’occasion. Reyes, Président par la force des choses, venait bien de donner au Conseil des Sages la première mission pour laquelle il existait. Et pour l’ensemble des sages, cela constituait le premier pas d’importance, la première réelle preuve de leur rôle pour le pays. Liam senti une larme couler le long de sa joue droite. Non pas qu’il était ému par le discours de Reyes, non. C’était un bon discours, posant les bases et indiquant l’objectif souhaité par le gouvernement, sûrement pas un discours historique, mais ce qu’il enclenchait, en revanche, l’était. Et Liam se sentait fier à présent, et c’était cette fierté qui lui avait fait verser une larme. Évanouie la sensation d’oppression qu’il sentait au début de la journée, elle avait cédé la place à l’impatience, l’envie de remplir ce rôle pour lequel il avait été élu, et la fierté, immense, de faire partie de cet évènement historique pour le Conseil des Sages de la Nouvelle République Nebrownienne. Ernest, un sourire un peu gêné aux lèvres, salua l'Hémicycle, serra la main aux greffiers et à la Présidente du Conseil des sages avant de sortir du bâtiment, accompagné de l’ensemble de son escorte, laissant le conseil des sages enfin se mettre au travail
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