

Le Président de la République s'avance sur l'estrade, s'assoit et regarde la salle. Un aide de camp lui donne un dossier bleu et le chef de l’État prend la parole :
Je vous remercie toutes et tous, en vos grades et qualités, d’avoir répondu à mon invitation. Une invitation alors que nos concitoyens sont actuellement en plein congés prolongés. Il est vrai que vous auriez put, toutes et tous, préférer partir en vacances, visiter nos campagnes verdoyantes, vous allonger sur nos plages ou parcourir nos montagnes enneigées.
Vous auriez put, mais vous ne l’avez pas fait. Et c’est cette abnégation, cette amour de votre métier, cet intérêts sans failles ni limites pour la politique nationale et internationale, que je tenais à saluer en ce début de conférence de presse. Une conférence de presse qui portera sur le bilan de neuf années de présidence, neuf années de changements globaux, structurels et structurants.
Des changements qui ont touchés en premier lieu notre économie nationale. Il y a neuf ans, lorsque le peuple latruant me portait pour la première fois à la tête de l’État, les situations économiques, budgétaires et commerciales plus que difficiles. Économiquement, le nombre de chômeurs avait atteint un niveau record depuis plus de vingt ans, le taux de pauvreté menaçait de d’augmenter pour atteindre les 4,9 % de notre population, l’inflation stagnait à des altitudes que beaucoup pensaient inatteignables.
Budgétairement, nos finances, qui n’avaient, il est vrai jamais été à l’équilibre, risquaient de basculer de manière irrémédiable dans un déficit mortel, nos recettes diminuait comme peau de chagrin, résultat de la baisse d’impôt massive décidée par l’exécutif, tandis que nos dépenses augmentaient, sans que cette augmentation ne semble connaître de fin.
Du point de vue commercial, notre balance des échanges était largement en la défaveur de notre nation, le Latrua important plus qu’il n’exportait, se laissant submerger par des vagues de plus en plus massives de produits étrangers, mettant de côté, dans un état de quasi-friche, nos secteurs industriels et agricoles, alors qu’ils étaient pourtant nos secteurs productifs principaux.
Je fus donc élu, il y a neuf ans, sur un espoir collectif, celui de redresser nos finances publiques, d’assainir notre économie, de rétablir des relations commerciales équilibrées. C’est peut-être pécher par orgueil, mais je pense pouvoir dire, affirmer même, que nous avons beaucoup en ce sens. Beaucoup pour que notre pays sorte du marasme dans lequel il était plongé depuis plus de dix ans. Pour cela nous avons baisser de manière massive, inédite, notre déficit. Il est passé, en neuf ans, de 8,6 du PIB à seulement 2 %, soit une baisse effective de 77 % dont l’effort a été accentué sur les deux dernière années. La valeur actuelle de notre déficit correspond à un niveau dit de stabilité auquel le déficit n’augmente plus, si tant est que le gouvernement continue de faire attention à nos dépenses.
Une attention qui doit aussi être portée sur nos échanges commerciaux et sur la balance qui symbolise leur état. Une balance qui nous était largement défavorable. Nous avons donc relancer plusieurs secteurs importants de notre économie : le secteur agricole, avec une forte exportation de notre excédent de céréales, la vente de plusieurs milliers de tracteurs, d’enrubanneuses, de récolteuses et autres moissonneuses-batteuses. Autres secteurs développés, celui des hydrocarbures, du pétrole, du gaz naturel, et celui des infrastructures de transports, nos locomotives, wagons, rails se vendant un peu partout en Eurysie.
Ce développement économique ainsi que cette cure budgétaire ont permis trois changements, trois avancées majeurs. Trois avancées qui sont aussi deux baisses importantes. La première est la baisse significative du taux de chômage. Ce dernier est passé de 9 %, soit un taux comparable au taux d’un pays émergent, à 4,5 % aujourd’hui, soit à deux points du niveau requis pour pouvoir dire que l’on a atteins le plein-emploi. Cette baisse du nombre de chômeurs à permis, dans le même temps, de faire baisser le taux de pauvreté dans notre pays. En neuf années, il a été divisé par deux, et atteint aujourd’hui 2,4 %. Une division par deux qui s’explique aussi par une forte hausse du niveau de vie dans notre pays. Une hausse symbolisée par notre salaire moyen, qui tutoie aujourd’hui des sommets jamais atteint dans notre histoire, un salaire moyen dont le montant dépasse les 310 000 de roubles latruants.
Enfin, et ce malgré une hausse significative du niveau de vie, durant les neuf dernières années, les gouvernements successifs ont réussi à contenir, voir à légèrement diminuer, le niveau de l’inflation, mettant ainsi fin à une spirale inflationniste que beaucoup pensaient inarrêtable. Le prix du panier moyen, contenant des produits de première nécessité, est de nouveau abordable depuis plus de trois ans.
Nous avons donc, je pense, remplie les promesses que nous avions formulées il y a de cela neuf ans. Nous avons réussi à inverser les courbes, à remettre sur pied un économie qui avait été malmenée, gangrenée par une corruption systématique et systémique, trompée par des opérations monétaires et financières illicites. Cette réhabilitation économique c’est donc accompagnée d’une clarification de nos procédures étatiques, d’un assainissement de nos élites, d’une chasse -et je n’ai aucun mal à utiliser ce terme- aux fraudeurs, de la création d’une nouvelle étique relative aux marchés publiques. Un assainissement qui a porté ses fruits, plus de 1 300 personnes, fonctionnaires de l’État, membres de la classe politique, agents économiques ont été inculpés, jugés et condamnés pour fraude fiscale, détournement de fond ou corruption.
Cependant, ces efforts ne sont pas suffisants. Si les délits frauduleux n’ont plus cours dans notre pays, nombres de criminels fiscaux courent toujours dans la nature, et nous nous devons de durcir nos législations et d’aider la justice à retrouver ces individus pour qu’ils répondent de leurs actes. Nous nous devons aussi de contenir et de maintenir notre déficit à 2 % du PIB, ni trop au-dessus, ni trop en-dessous, pour que notre économie se stabilise, pour que nos créanciers reprennent confiance en notre capacité de remboursement. Une étape nécessaire pour que nous puissions transformer notre société et défendre notre modèle social.
Un modèle qui est basé sur l’entraide, la solidarité et sur la redistribution. L’exemple à mon sens le plus probant est sans aucun doute notre système de retraite. Un système par répartition qui permet à toutes et à tous d’avoir une retraite acceptable, une retraite qui ne soit pas un moyen de survie mais un moyen de subsistance, une retraite qui soit un investissement pour un avenir heureux, une retraite qui soit un pari individuel sur les capacités et les vertus du collectif. Cette vision de notre système de retraite, nous n’avons eu de cesse de la défendre mais aussi de la réformer, pour la perfectionner et pour qu’elle soit effective le plus longtemps possible.
C’est pour répondre à cet objectif de durée que j’ai annoncé, le 31 décembre 2019, la création d’une Conférence citoyenne sur l’avenir de notre système social, composé de syndicalistes, de représentants patronaux, de représentants de la société civiles et de membres du Parlement. Après six mois de travaux et de débats, la CCASS a rendu un texte, alliant courage et ambition. Un texte qui entérine de manière légale l’idée du système par répartition tout en créant un système économique plus juste. Plus juste car basé sur un point, indice dont la valeur varie au grès des aléas de la conjoncture économique. Cette dernière, qui naturellement alterne phases expansives et récessives, peut parfois se dérégler et donc désavantager nos concitoyens, impactant directement leur retraite futur. Pour éviter que l’impact soit trop important, que ce système ne soit basé sur une trop grande alternance de bonus et de malus, la loi prévoit l’intervention de l’État pour stabiliser la conjoncture et relever la valeur du point à un niveau acceptable et vivable.
Enfin, cette réforme porte l’idée d’égalité par l’équité. L’équité face au travail, face aux aspects pénibles qu’engendre ce dernier. Une équité symbolisée par la création de 14 catégories de métiers dont la durée de travail est adaptée par rapport aux critères de pénibilités, tels qu’ils sont décrits dans le Code du travail.
C’est parce que cette réforme touche plusieurs pans de notre société, c’est parce qu’elle questionne notre rapport au travail, à la pénibilité et surtout au temps qu’il me semblait important de questionner directement le peuple latruant, pour savoir si ce dernier acceptait ces modifications. La tenue d’un référendum était donc nécessaire et fut, il me semble, pleine d’enseignements.
D’enseignements sur comment pense notre nation. Une nation qui s’est prononcée en faveur de cette réforme. Un « oui » franc, à 52 % qui montre que les Latruants et les Latruantes ont compris que l’allongement de la durée de cotisation était un mal pour un bien. Cependant, je ne peux occulter le fait que cette majorité ne soit pas écrasante. On pourrait même la qualifier d’un peu « maigrichonne ». Cette petite majorité, cette grande minorité, s’explique par la côté clivant de la mesure et l’opposition qui s’est exprimée doit être prise en compte et elle le sera à l’avenir.
Cette volonté de prendre en compte l’opinion de toutes et de tous, on la retrouve aussi dans la concertation qui a amenée à la réforme de notre système éducatif. Une réforme qui a pris la forme d’un Conseil Supérieur de l’Éducation. Cet organe, qui prendra pour la première fois ses fonctions en mai prochain, a pour mission de préparer, pendant un an, une loi de programmation éducative pour les dix prochaines années. Ce texte comprendra les investissements budgétaires sur une décennie, l’évolution des postes d’enseignants, de recteurs et autres responsables éducatifs, ainsi que les programmes dans les différentes matières.
Les modalités d’action de ce nouveau conseil, remplaçant le poste de Ministre de l’Éducation Nationale, sont défini dans l’article III du budget de l’année 2018. Cependant, les contours définis dans ce texte sont à la fois, presque paradoxalement, stricts et flous. Stricts car il empêche le conseil de se réunir plus d’une fois en dix ans, l’empêchant par la même de modifier la loi de programmation, comme il est de coutume pour les lois de ce genre dans d’autre domaine. Mais flous car ils ne définissent par clairement de responsabilités au sein de ce poste, même si ces responsabilités n’appellent pas de rémunération particulière.
Dans le but d’éclaircir ces flous et d’infléchir ces règles, je vous annonce que le gouvernement portera à l’automne une loi rectificative qui permettra de mieux définir les droits et les devoirs du Conseil Supérieur de l’Éducation.
Une autre loi a aussi marqué notre paysage politique et social. Cette loi a modifié notre relation aux questions de mœurs en permettant à des couples homosexuels d’avoir accès à la PMA et à la GPA ainsi que de pouvoir adopter de manière plus simple, moins discriminatoire. Ce texte a permis, depuis son adoption et sa mise en place, à plus de 6 000 couples d’adopter ou de faire naître un ou plusieurs enfants. Ce changement était nécessaire, car il se plaçait dans la droite continuité des réformes de la fin du siècle dernier : dépénalisation de l’homosexualité, ouverture de l’adoption aux couples homosexuels, création du Pacte Civil Commun et ouverture de l’institution maritale aux homosexuels. Il met officiellement fin à une situation d’illégalité pour plusieurs milliers de couples, dont le mien, reconnaissant le droit à la Gestation Pour Autrui ainsi que l’autorité partagée des deux membres d’un ménage gay ou lesbien.
Je dois vous dire, vous confier, la fierté qui fut la mienne lorsque l’Assemblée constituante a, au terme de plus de 140 heures de débat, adopté le projet de loi et que j’ai eu l’honneur de signer son premier décret d’application. Je n’ai put m’empêcher de repenser à mon propre parcours, à ma propre situation. A ce qui, avant était la norme : condamner l’amour pour un mélange étrange de religion et de puritanisme. Empêcher pour deux hommes, pour deux femmes, d’accéder librement, sans contraintes, sans discriminations, au droit premier de l’espèce humaine : procréer. Ce droit, on me l’a refusé pendant de nombreuses années. J’ai dû, il y a de cela 11 ans, me tourner vers l’étranger pour pouvoir accueillir pour la première fois dans ma vie un enfant. Je suis aujourd’hui l’heureux père de deux enfants, j’ai aujourd’hui la joie d’élever deux jeunes esprits, de leur inculquer les valeurs qui font de notre nation ce qu’elle est, j’ai aujourd’hui la chance de partager cette mission avec l’homme que j’aime et que j’ai épouser il y a bientôt vingt ans. Cependant, je ne pouvais, en tant qu’homme, en tant que chef d’État, me complaire dans mon bonheur et en priver des milliers de Latruants et de Latruantes.
Cette loi est donc un exemple de la promesse que j’avais faite, il y a de cela cinq ans, de réformer pour rendre notre société pour la rendre meilleure.
Autre promesse tenue, celle de réagir face au changement climatique global. Réagir en mettant en place un processus énergétique transitoire. Réagir en construisant plus de 2 000 plants éoliens sur tout le territoire. Réagir en fermant nos dix derniers puits de mine. Réagir en passant au nucléaire. Réagir en favorisant l’achat individuel de véhicules hybrides et électriques. Sur ce dernier point, le gouvernement dans la prochaine loi budgétaire, la dernière du quinquennat, baissera la taxe sur la production et la vente de véhicules hybrides pour faciliter leur achat par des entreprises et des particuliers. L’objectif qui était le nôtre il y a quatre ans, de la fin du tout essence en 2040, est toujours d’actualité et l’année qui nous reste à la tête de l’État latruant sera mise à profit, comme les neuf dernière années le furent. Une mise à profit qui passa l’année dernière par l’interdiction, contre aides, de plus de 20 pesticides, reconnus comme nocifs pour la santé de nos concitoyens.
Les neuf dernières années furent aussi des années d’effort pour notre défense. Des efforts tout d’abord budgétaires. Le budget alloué à nos forces armées à en effet été quintuplé en près d’une décennie, plaçant ce secteur comme premier poste de dépenses pour notre nation. Ces dépenses nouvelles permirent de grandement moderniser nos équipements. Moderniser notre infanterie, moderniser notre artillerie, moderniser notre aviation. Moderniser en achetant de nouveaux modèles. Moderniser en créant aussi. Les neuf dernières années virent émerger, ex nihilo, une toute nouvelle marine latruante. Une marine qui n’est certes pas aujourd’hui en capacité de rivaliser avec d’autre marine autour du monde, mais une nouvelle force qui se développe, se faisant fort, par exemple, d’une quarantaine de chalands de débarquement. Un nombre qui nous permettrait de lancer des attaques côtières si nous étions directement agressés. Nous continuerons, dans les mois qui viennent ce développement, par des achats de matériel mais aussi par la production de nouveaux éléments marins.
Au cours des neuf dernière années, nous avons aussi rendu nos armées plus efficace en simplifiant notre chaîne de commandement en en la féminisant. Une féminisation nécessaire car poussé par l’évolution de la société et du monde, par la constante intégration des femmes dans tous les secteurs de notre économie, de notre administration. Je tiens ce soir à remercier l’engagement des femmes qui ont décidées de donner leur vie à la patrie. Je tiens à les remercier car elles ont dû, de manière totalement injuste, souffrir de discriminations, d’actes de bizutage. Je tiens à remercier la première d’entre elles, Madame la Cheffe d’État Major de l’armée de l’Air, avec qui j’ai la chance et l’insigne honneur de travailler et ce depuis ma première élection à la présidence. Nous avons, ensemble, assisté et mise en place les changements nécessaires. Des changements tels que l’ouverture de la conscription aux femmes.
Ces changements, ce développement de nos forces armées, ces changements, ce développement de notre économie, ces changements, ce développement de notre société, n’a été rendu possible que par les alliances que nous avons réussi à créer. Des alliances avec des pays eurysiens : nos voisins slavis, nos amis kartiens, nos alliés mähreniens et nos partenaires alloumniens. Des alliances avec un pays nazumien : les Quatres Vallées. Des alliances avec des pays aleuciens : Oskal et Norland. Je peux d’ailleurs vous annoncer qu’une rencontre sera bientôt organisée entre nos deux pays, dès que la Présidente de cet état se sera remise de l’attentat dont elle a été victime il y a peu. Je tiens d’ailleurs ici à lui réaffirmer mon plein et entier soutien ainsi que les vœux de bon rétablissement.
Toutes ces alliances et ces partenariats ont permis au Latrua d’affirmer sa position de pays pacifiste et influent sur la scène internationale. Une affirmation qui passe par la diplomatie et la discussion. Deux vertues qui ont fait leurs preuves lors des discussions de Morovsk relatives à la situation aux Quatres Vallées. Nous avons, avec nos partenaires slavis et kartiens, et grâce à la participation des membres du Code communautaire, trouvé un processus de résolution à un conflit qui durait depuis plus de vingt ans.
Des vertues qui ne cessent de guider nos actions à l’internationale. Des actions dont la plus récente concerne la situation en Eurysie de l’Ouest. Je ne reviendrais pas longuement durant mon propos liminaire sur cette question, j’ai déjà développé les différentes mesures mises en place par le Latrua lors de mon allocution à la nation. Je me contenterai de rappeler que le déploiements d’appareils de la chasse latruante est avant tout une mesure visant à protéger nos ressortissants dans la région, à leur assurer un rapatriement serein et en toute sécurité. Cette action est une action de défense et veut pousser les différents belligérants à s’asseoir autour de la table, à discuter et à faire régner paix et démocratie.
Cet objectif restera le nôtre pour l’année à venir. Nous continuerons à défendre ces deux valeurs fondamentales, piliers de notre nation et qui devrait l’être pour notre monde.
L’année qui s’ouvre sera une année décisive pour notre pays, pour notre démocratie. Une année marquée par deux grandes étapes, deux grands scrutin. Le premier aura lieu dans un peu plus d’un mois. Le scrutin municipale permettra de jauger la participation et donc l’intérêt de nos concitoyens par rapport aux questions de politique locale. Un scrutin annonciateur du suivant. Un scrutin annonciateur de la présidentielle de mai 2020. Cette élection sera un moment de clarification, un moment de choix. Le choix d’une vision pour notre pays, d’une idée de notre société, d’un cap clair pour notre avenir. Je ne me prononcerais pas plus longuement sur ce sujet, vous laissant le choix de développer cette question dans vos questions.
