05/04/2019
10:38:12
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L'appel [Sadr-Vera]

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Quand les grands esprits se rencontrent...

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Allô Malsiento ?


La campagne pour le référendum pour la Troisième République battait son plein en Youslévie. Hemeraldo Vera, l'actuel chef de l’État youslève, en avait sa claque de l'actuel système politique national. En effet, la république parlementaire en place depuis maintenant presque cinquante ans dans le pays ne donnait pas assez de liberté au Directeur du Conseil selon l'actuel détenteur du poste. Il fallait en effet devoir composer avec une partie suffisante de son opposition pour pouvoir gouverner seulement six années, sans la possibilité d'être réélu pour un second mandat. Vera trouvait cela profondément injuste, lui qui avait toujours été plus attiré par les triomphes (y compris ceux électoraux) que par les responsabilités qui en découlaient par la suite.
Il avait donc soumis un nouveau plan pour le pays, une nouvelle proposition de constitution. Plus qu'un changement constitutionnel, ce vote avait une allure de test ultime pour l'ancien magnat. Les Youslèves n'allaient pas tant voter pour une IIIe République, mais plutôt pour couronner ou non définitivement un homme, ou au contraire punir ses cinq années à la tête du pays et attendre une année de plus pour élire quelqu'un d'autre et faire de lui un mauvais souvenir. Fort de la victoire de la Youslévie au mondial de football qu'il avait réussi à tourner à son avantage grâce à ses apparitions constantes aux côtés de l'équipe pendant toute la compétition et après, il jouissait d'un fort capital sympathie, presque jamais vu dans le pays pour un chef de l'exécutif en place. Mais ses détracteurs étaient également nombreux et son bilan ne parlait pas pour lui.
Il fallait donc batailler dur, c'est pourquoi Vera faisait depuis janvier la tournée des plateaux, des meetings et d'autres évènements en tout genre (fête de l'olive à Baltos, kermesse de l'école municipale de Neopolis etc...) pour tenter d'arriver à ses fins. Il avait même dû délaisser quelque peu la politique internationale, comme ce fut le cas pour la rencontre aux pieds du Polémarque (même si on lui a assuré que sa note vidéo avait fait le meilleur effet). Néanmoins, Aldo Vera ne se montrait pas particulièrement satisfait des résultats de son Secrétaire aux Affaires Etrangères, le pourtant fiable Alkesto Divardra. Ce dernier ne faisait pas les choses assez rapidement ni exactement selon les désirs du premier. Vera était comme ça : il lui fallait tout, tout de suite, sans contrepartie. Il était comparable à un enfant pourri gâté, sauf qu'il était à la tête d'une des puissances de ce monde.

Avec tous ces évènements, le Directeur du Conseil n'avait même pas eu le temps (ou peut-être n'avait-il pas souhaité le prendre) d'appeler le Sadr à propos de cette histoire de destroyer churaynn que lui avait confié Deria après leur petite balade punitive en Leucytalée. Ce navire n'était pas un foudre de guerre mais il constituait un butin sensationnel pour la communication d'Aldo Vera. Avec ce bâtiment, arraché des mains de la menace venue de l'Orient, il se plaçait encore un peu plus comme l'homme de la situation, l'alpha qui pouvait protéger sa nation contre n'importe quelle menace. Ce n'est pas pour rien qu'il avait expressément choisi de renommer le navire Léonidas, en hommage au général antique qui avait résisté à l'invasion des Perses, là aussi une menace venue de l'autre côté de la Leucytalée.
Mais, de retour dans le Palais de l'Union (résidence du Directeur du Conseil de la RFY) juste après un meeting, et alors qu'il regardait une émission de divertissement qu'il avait initialement produit, il avait soudainement pensé à cette histoire d'appel.

"Apportez-moi un téléphone, je vais appeler l'arabe."

L'arabe, c'était un des surnoms que donnait Vera au Sadr en privé. Il lui arrivait aussi de l'appeler le voltigeur ou Icare et il adorait blaguer en privé à propos de la dernière visite de Yazido Malsiento en Eurysie. Alors qu'on lui apportait un téléphone fixe, le Directeur du Conseil, toujours affalé sur le divan, tendit le bras pour ouvrir un des tiroirs du chiffonnier placé non loin de là. Il en tire une feuille et compose le numéro qui lui a été transmis afin de contacter le Sadr.

Cet acte, en plus d'être d'une désinvolture assez représentative de l'arrogance du personnage, était en fait un coup de couteau en plus mit dans les entrailles de la loi youslève. A proprement parlé, le Directeur du Conseil n'était pas le chef de la diplomatie, rôle destiné au Secrétaire des Affaires Etrangères. Si le premier avait évidemment le pouvoir sur la décision finale, aucune rencontre, tractation, négociation ou quoi que ce soit en rapport avec la politique extérieure du pays ne pouvait se passer sans la présence du second. Or, Divardra n'était pas là. Dur de savoir si Vera avait juste omis ce détail, emporté dans son élan, ou s'il avait pleinement conscience de la symbolique de son acte et se pensait déjà leader intouchable.

Il composa le numéro...
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