
Activités Intérieures
Posté le : 07 avr. 2026 à 21:52:24
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Posté le : 10 avr. 2026 à 22:08:32
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Il ne suffit que de quelques mots pour que le silence qui pesait sur cet endroit ne cesse brutalement : "Me voilà aujourd'hui devant toi, père. Pardonne mes péchés et que vengeance t'advienne".
Cet homme qui parle, et qui reste immobile face à la tombe, parle ici au défunt catépan d'Elassénie. Andronic Demetrios d'Erythréa était un homme bon, juste, et sage, de ce qu'en rapportait les mémoires. Il gouvernait au nom de l'empereur de Rhême, et jamais ce dernier ne lui avait accordé une seule critique. Emportant son titre grâce à son frère et basileus Konstantin XII Demetriarque, au cours de l'année 1992, Andronic avait toujours soutenu la lignée impériale, qu'importe les décisions que prenait son suzerain. Cependant, tout bascula lorsqu'une fois de plus, Rhême sombra. L'assassinat du feu empereur le 20 Juin 2004 par la garde prétorienne avait assuré la montée au pouvoir de l'usurpateur Maurice troisième du nom. C'en était suivit deux longues années au cours desquelles, malgré la menace qu'il représentait, jamais Andronic ne fut poursuivit par son nouveau suzerain. Jamais Maurice III ne tenta de le remplacer. Personne ne sut la raison d'une telle pitié, que nombreux jugeaient comme un acte de folie.
Néanmoins, cette chance offerte par le destin fut une des raisons de la chute du Catépan. En effet, le fils unique du défunt empereur Konstantin XII, Justinien, se réfugia à Erythréa, en terre d'Elassénie, afin de se cacher, et de préparer la récupération du trône impérial à sa famille. Alors que le samaritain Andronic accueillit cet exilé avec les plus grands honneurs, il ne trouva en cet acte que son malheur. En pleine nuit, peu de temps après les festivités, le prétendant de Théodosine pénétra le chambre du Catépan, et, dans une discrétion absolue, égorgea son hôte. Ces évènements se s'étaient déroulés en Mars 2005. Lorsque Justinien pu finalement être couronné empereur après la mort de l'usurpateur, il justifiera cet acte comme une nécessité, des rumeurs ayant fait état d'un complot à son encontre, et prétendument dirigé par Andronic.
Aujourd'hui, personne ne sait si cela est vrai, où s'il s'agit d'une machination ayant pour but de tuer un potentiel rival à la conquête de la couronne. Néanmoins, derrière lui, Andronic laissa un homme. Un fils. Un héritier. Un descendant du fondateur de la dynastie Demetriarque, Léon Andronic Demetrios, ou plus simplement nommé "Léon de Trézibonde".
Léon a toujours grandi parmi les nobles et les intérêts de la cour du Catépanat d'Elassénie, au temps où son père dirigeait ce territoire. Il connaissait mieux que quiconque les manigances et les complots. Et pourtant, il n'a jamais pu éviter l'assassinat de son propre père des mains de son cousin et actuel empereur de Rhême. Il se haïssait pour cela. Et c'était pour cette précise raison qu'il venait si régulièrement auprès de la tombe de son père, à Trézibonde.
Mais pourquoi Trézibonde ? Pourquoi cette terre lointaine du domaine des Demetriarques d'Elassénie ?
C'est ici que se joue toute l'horreur de l'héritage du seul fils du défunt Andronic. Peu après son accession au trône impérial, l'empereur Justinien dixième du nom décida d'éloigner son cousin de sa terre natale, en le nommant "strategos" du Thème de Trézibonde. Dans les faits, c'est un immense honneur de recevoir une telle promotion, car il permet à la personne nommée de diriger les pouvoirs civils, militaires et fiscaux du territoire qui compose le Thème. C'est en quelque sorte, un équivalent d'un duché d'eurysie occidentale, en nettement moins autonome, puisque les strategos doivent obéissances à l'empereur et lever les troupes au niveau local si celui-ci l'exige. Ainsi, considérer cette "promotion" comme une malédiction pourrait être à juste titre jugé comme une incohérence.
Cependant, Trézibonde est, comme le montre sa géographie, éloignée de l'Elassénie. Elle déracine Léon de ses origines, de ses repaires, et le force à devoir diriger un peuple qu'il ne connait pas autant, hormis par le détail de la culture commune rhêmienne, et dont il n'a aucune connaissance des réalités et des difficultés du terrain. Selon lui, il voyait cette nomination comme la preuve finale d'une volonté de l'écarter du pouvoir d'Elassénie, peut être par crainte d'une révolte de part l'assassinat d'Andronic Demetrios d'Erythréa. Justinien X aurait très certainement voulu l'éloigner également de Théodosine, afin d'éviter que Léon s'imagine devenir empereur, tout en le gardant suffisamment proche de l'empereur, du baliseus, pour surveiller ses faits et gestes.
De cette manière, Léon Andronic Demetrios acquit le nouveau nom de "Léon de Trézibonde". Un prince isolé, écarté de sa terre natale d'Elassénie, afin de s'occuper d'un territoire au nord de l'empire et frontaliers aux fanatiques de Juda, il n'y a pas si longtemps, territoire rhêmien. Il avait été nommé strategos en 2010 du calendrier chrétien, et bien que les années ont passé, les efforts menés par le nouveau dirigeant du Thème de Trézibonde ne lui avait permis de pleinement connaitre ses nouveaux domaines, ses peuples et son histoire.
Pire encore, plus les années passaient, plus un sentiment d'amertume le gagna. Il avait très clairement tout perdu. Et il était, au final, devenu qu'un représentant de l'empereur en provinces. Mais l'apothéose de l'enfer n'est pas là. Justinien X, pour des raisons encore floues, a accepté d'enterrer le défunt Andronic Demetrios à Trézibonde, auprès de son fils. Est ce là encore une humiliation indirecte, afin de rappeler son nouveau statut et son impuissance à Léon de Trézibonde ? Personne n'en était sûr, mais le strategos de Trézibonde le soupçonnait honteusement.
Depuis cette action, et la présence de cette tombe proche du nouveau domaine du fils d'Andronic, Léon menait son administration locale avec fermeté et rigueur en apparence, tout en se lamentait de son sort, et en tentant de recevoir un pardon de la part de son père qu'il n'a pu empêcher son assassinat, en coulisse. En bref, il était un homme vide de sens. Et en quête d'un repos mental impossible.
Néanmoins, et cela pouvait paraitre cohérant, pourquoi ne pas se révolter et réclamer le trône impérial rhêmien, ou à minima le Catépanat d'Elassénie ? Qu'est ce qui l'en empêchait ? A vrai dire, probablement les ressources nécessaires pour réussir un tel coup d'éclat. Et également le manque cruel d'informations et de culture générale permettant de comprendre l'ensemble de l'empire, ses enjeux, et les moyens disponibles pour appuyer une telle revendication. Car bien qu'il soit un strategos, qu'il dispose du pouvoir de lever des troupes, Théodosine est une forteresse imprenable par les régiments Trézibondiens. De plus, le Thème ne dispose pas assez d'hommes mobilisables pour une telle entreprise. Au final, c'était un rêve utopique d'espérer des changements. Et cela, Léon de Trézibonde l'avait bien compris, et avait décidé de continuer à servir le bourreau de son père.
Mais une question chiffonnait encore l'esprit du strategos : pourquoi l'avoir placé à un poste si important dans l'administration impériale ? Il était courant, et normal, de placer des personnes de confiance afin de servir docilement l'empereur. Alors pourquoi l'avoir nommé dirigeant du Thème de Trézibonde ? Certains observateurs pensaient avec justesse que cette nomination avait pour but de calmer la potentielle colère du cousin de l'empereur, en lui donnant un titre qui était honorable d'avoir, tout en lui laissant peu de marges de manœuvres afin d'éviter qu'il se révolte, ou, si cela en venait à arriver, soit facilement défait. En bref, il s'agissait probablement là, selon Léon, de le contenter avec un petit titre, tout en le préservant proche de Justinien X en cas de besoin.
Au final, Léon Andronic Demetrios, ou Léon de Trézibonde, vivait avec une épée de Damoclès au dessus de lui. Ce sabre, garant de la mémoire de ses échecs et de son impuissance, pouvait le surprendre à tout moment s'il en venait à tenter de se rebeller contre l'empereur, dans le cas contraire, il finira comme son paternel, assassiné ou tué d'une quelconque manière, et la seconde lignée des Demetriarques s'éteindrait avec lui, lui qui n'a de plus, aucune compagne pour assurer une succession pérenne pour sa dynastie...