11/04/2019
09:22:48
Index du forum Continents Afarée Awrad

Encyclopédie Awrad, Histoire et Culture

Voir fiche pays Voir sur la carte
5354
Note HRPhttps://geokratos.com/?action=viewTopic&t=13700&p=0#m107614
L'an 1700 restera gravé autant dans les mémoires que dans les piliers de l'amitié Awrad-Azur, non par le fracas des boucliers ou par l’entrechoquement des lames des guerriers avides de sang et de larmes, mais bien par l'audace d'un adolescent. Alors que le Royaume Altaï, drapé dans sa puissance guerrière, s'apprêtait à déferler toute sa Sainte Puissance sur les plaines méridionales, le jeune Roi Issam II, âgé de seulement 17 ans — âge où la plupart des “rois” sont encore en apprentissage —, prit une décision qui allait défier un siècle de traditions belliqueuses. Ignorant les supplications de son conseil de guerre et de sa mère — elle qui avait tout fait pour qu’il soit Roi et qui voyait dans ce voyage un arrêt de mort certain —, il traversa les terres arides pour se présenter, presque seul, avec son destrier et un conseiller, devant l'imposant Sultan Mandragore, aussi fort que capricieux, dont les richesses cachées sous la magnifique ville de Nacre s’étendaient à perte de vue.

Le silence qui accueillit son entrée dans la tente qui n’avait absolument rien d’une tente — des joyaux d’or et de diamants qui gisaient sur le sol comme des miettes de pain, des rubis et des émeraudes qui, à elles seules, illuminaient cette tente mirobolante, mirifique, extraordinaire — était lourd de menaces. Les gardes azimutaient cette frêle “portion de monarque” qui osait pénétrer dans l'antre de la Bête sans expérience et sans armure. Pourtant, face au trône de nacre, Issam II ne parla ni de territoires, ni de tributs, mais d'une vision révolutionnaire où l'échange de richesses supplanterait la conquête par le fer. C'est dans cette atmosphère électrique que le Sultan, intrigué, l'interpella :

— Sultan Mandragore : « Par quel sortilège un enfant à peine sorti du ventre de sa mère espère-t-il faire taire le fracas des armes par le simple cliquetis des pièces d'or ? Ne voyez-vous pas toutes ces richesses ? J’UTILISE LES PIÈCES D’OR COMME ESTOUPIÈRE ! Crois-tu que la gloire de l'Altaï se pèse sur une balance de marchand, mon garçon ? »

— Issam II : « La gloire qui se nourrit de sang finit toujours par s'affamer elle-même, Majesté. Ces soldats que vous voyez ici finiront par périr, c’est une réalité ; même vous, vous en êtes l'esclave, oui, la Mort. Quand l’ange de la Mort viendra à votre chevet, quand vous rencontrerez Allah, que lui direz-vous ? “J’ai tué femmes et enfants, affamé pauvres et vieillards, gagné or et argent” ou lui direz-vous “Je me suis allié à un frère musulman, je l’ai aidé, il m’a aidé et aujourd’hui je n’ai aucun regret” ? Laissez-moi vous dire qu’il n'est guère possible que des peuples pourtant frères se battent pour la gloire. Commerçons et ne nous battons jamais. Que nos richesses croissent ensemble plutôt que de pourrir dans des cités assiégées. »

La suite appartient aux livres d’histoire.

Cette proclamation, jeune, vibrante de sincérité, alluma le feu, mais pas celui qui brûle, qui transforme en cendres tout ce qu’il touche, qui crame le sol, mais bien celui qui aide à confectionner des petites tendresses, celui qui réchauffe les cœurs et les apaise. Le Pacte de Sijilmassa, ratifié en 1705, a dès lors transformé les routes de poussière en veines de prospérité dont les cœurs sont respectivement Agatharchidès et Bab Al Fateh. Pendant plus d'un siècle, Prospérité et Ataraxie marquèrent le continent Afaréen telle une bénédiction divine : ٱلأَخِلَّآءُ يَوْمَئِذٍۭ بَعْضُهُمْ لِبَعْضٍ عَدُوٌّ إِلَّا ٱلْمُتَّقِينَ (Les amis, ce jour-là, seront ennemis les uns des autres ; excepté les pieux).

Dans le cadre des échanges, le salpêtre azuréen et le riz alimentaient les poudrières royales et le ventre des honnêtes personnes à Awrad, tandis que les épices circulaient de Sadd à Nacre. Cependant, cette abondance finit par corrompre la lignée des Sultans, mais aussi l’ambassadeur qui profita de la faiblesse de ces derniers. Au début du XIXème siècle, le Sultan Bayazide sombra dans une paranoïa alimentée par les intrigues eurysiennes. Il commença à percevoir l'influence d'Awrad non plus comme un soutien, mais comme un poison diplomatique qui, selon lui, coulait à flot dans les villes de l’Altaï, chose qui était partiellement vraie. Le drame se noua en 1839, lors d'une audience au Palais du Sérail où le Wali de Dar Al Nour et ambassadeur d'Awrad fut convié sous de faux prétextes.

— Sultan Bayazide : « Vos marchands ne sont que des espions déguisés, Monsieur le Wali. Ici même, dans mon Sérail, vous avez manigancé et orchestré l'avènement de votre Cité, pourtant lointaine de dizaines de kilomètres. Vous avez empoisonné l'esprit de mes sujets et affaibli mon trône. Le Pacte n'était qu'un linceul tissé pour mon empire. »

— Le Wali de Dar Al Nour : « Frappez donc, pauvre fou. Votre trône est déjà un cadavre taché de sang, de pourriture. Oui, votre trône, seule ma présence le maintenait debout. Vous parlez de trahison ? Je me permets de rire à votre nez… Vous avez l'œil pâle, votre Grandeur. La vraie trahison, c'est votre propre incompétence qui m'a permis d'acheter vos généraux avec le prix de votre mépris. Mon sang sur ce marbre sera le signal que vos ennemis attendent pour dépecer ce qu'il reste de votre héritage. Tuez-moi, faites-le si vous en êtes capable ! »

Des dizaines d’archers placés de part et d’autre de la grande salle abattirent l’ambassadeur. On entendit avant sa mort : أَشْهَدُ أَنْ لَا إِلَٰهَ إِلَّا ٱللَّٰهُ وَأَشْهَدُ أَنَّ مُحَمَّدًا رَسُولُ ٱللَّٰهِ

L'assassinat brutal de l'ambassadeur au cœur même du pouvoir azuréen provoqua une onde de choc qui brisa un siècle de concorde, la discorde et la peur régnant dans les ruelles de Bab Al Fateh et d'Agatharchidès, attendant la sentence irrévocable. L'Awrad ferma hermétiquement ses frontières, laissant l'Azur s'enfoncer dans l'instabilité, bien qu'ils eussent eux-mêmes besoin de cet allié économique.

P.S : L’année 1842 fut l’année où le prix du riz devint le plus cher, surpassant même celui du sumac.

Ce n'est qu'avec l'avènement du Calife Abd-al-Qadir que les plaies purent enfin commencer à se refermer. Conscient que l'avenir de son peuple dépendait de la restauration de cet axe historique, le Calife entama un dialogue de rédemption avec notre Roi Brahim II. Le souverain d'Awrad, bien que profondément meurtri par l'offense faite à la Couronne en 1839, choisit la voie de la grandeur d'âme. Les deux dirigeants se rencontrèrent enfin en 1848 à l'oasis de Dar Al Nour pour sceller un nouveau destin avec le Traité de Dar Al Nour, prenant ses racines un siècle et demi auparavant avec le Pacte de Sijilmassa.

image
Rencontre du Roi Issam II avec le Sultan Mandragore
Haut de page