Partie 1 : Bienvenue à nos camarades !!
La Confédération, la seule, l'unique, la glorieuse. Celle qui, selon ses quelques trois millions d'âmes et d'autres admirateurs était la seule à avoir su conserver cette ferveur paltoterrane si particulière en même temps que la réelle aspiration révolutionnaire communaliste qui s'était emparée du monde il y de ça quelques décennies et qui continuait à faire des émules partout à travers. Mais cette fièvre, peu la conservaient si ce n'est les néo-lykaniens qui s'évertuaient à conserver cette flamme, parfois bien esseulée aux antipodes du globe.
Mais peut-être que bientôt elle ne le sera plus tant. Les 320 municipalités de la confédération avaient voté à l'unanimité il y a peu pour sortir de l'autarcie volontairement engagée afin de fignoler la transition d'une junte militaire à ce qu'elle est aujourd'hui. Pour ne surtout pas perdre cette flamme si précieuse. Maintenant que ces étincelles étaient devenues un feu ardant et, le souhaitait-on du moins, immortel, il était possible de "s'ouvrir" au monde. Et comme une évidence, le premier contact a été en direction d'une autre confédération communaliste paltoterrane, les Communes Unies du Grand Kah. Le Kah invité sur le sol Lykanien, c'était Prométhée qui quittait ses chaînes pour rendre visite à l'Humanité. Tout d'abord car les théoriciens kah-tanais avaient été déterminants dans la révolution néo-lykanienne (même si depuis ce petit peuple avait lui aussi vu naître un nombre assez honorable de penseurs et d'icônes révolutionnaires) en leur transmettant le feu de la connaissance. Mais également car le Kah lui aussi subissait son châtiment éternel pour être le fer de lance d'une humanité se libérant partout dans le monde. Ça, ce sont ses chaînes, l'obligeant à accourir à chaque soubresaut révolutionnaire afin d'enflammer la mèche avant qu'elle ne soit éteinte par l'engeance libérale ou, ce qui n'est pas beaucoup mieux, que des eurycommunistes viennent faire de cette même mèche un incendie incontrôlé. Cette obligation le pousse donc à avoir une armée et d'autres institutions faisant gagner la machine en efficacité mais l'éloignant chaque jour un peu plus de ce qu'elle était à l'origine. Mais qui est l'aigle vorace qui vient chaque soir se délecter du foie du dieu coupable de trop aimer l'Humanité ? Et si il n'y en avait pas ? Ou alors, si le Grand Kah était à la fois l'aigle et Prométhée, le bourreau et le châtié ? Coupable d'avoir été le précurseur, il était donc voué à souffrir chaque jour en se punissant lui-même pour ce geste salutaire. Donner la possibilité à la Nueva-Lykania, à l'Estalie, à la Kaulthie, et j'en passe, de suivre ce chemin qu'il a lui même tracé en se centralisant, certains diront même à tort en se fascisant, chaque jour un peu plus.
En somme, est-ce que le Grand-Kah, en ouvrant la voie vers le communalisme, s'était lui même condamné à renier son propre idéal chaque soir pour que le lendemain matin, sa foi demeure intacte aux quatre coins du monde.
C'était en tout cas la théorie de Roberto Illarramendi. Il avait d'ailleurs écrit un livre qu'il avait justement intitulé Prometheus. Il avait été d'ailleurs bien en colère quand il avait appris la percée des Prométhéens en Messalie, un courant nationaliste hellène soutenu par la Youslévie. Comme quoi, ces Youslèves seraient toujours là pour casser les couilles. Quoi qu'il en soit, il allait bientôt pouvoir publier à l'international son bouquin, si possible avec l'aide d'éditeurs kah-tanais. Il avait d'ailleurs un exemplaire de la
Illarramendi et sa théorie font partie des plus complaisant avec le Grand-Kah, la plupart de la population des municipalités gardant une image bien plus mitigée des Communes Unies. A San Patricio comme ailleurs, on a tendance à penser que les copains paltoterrans ne sont plus qu'une dégénérescence du communalisme. C'était par ailleurs l'avis des deux personne qui se tenaient à côté d'Illarramendi sur la piste d'un aérodrome non loin de la capitale. Hector Villalibre était une légende du football mondial. Icône dans son pays il était habité sur le terrain comme en dehors de cette furia propre aux néo-lykaniens. Il n'en restait pas moins un esthète du ballon rond et beaucoup le considérait comme l'un des meilleurs joueurs de l'histoire de ce sport. Pendant sa carrière et sa vie, il avait lutté contre des adversaires bien plus redoutables que ceux qu'il avait pu rencontrer sur le pré, à savoir ses addictions. Son train de vie dépravé et son immense talent, couplés à ses profondes convictions révolutionnaires lui avaient conféré une aura qui dépassait largement les frontières des 320 municipalités. Quand sa commune de Goya a été tirée au sort pour élire un représentant afin de rencontrer les élites kah-tanaises il n'a même pas eu besoin de se présenter, la petite bourgade étant trop fière de pouvoir ressortir son trésor devant le Kah.
Idem pour Ursula Carreras. Elle, elle habite à Antipoda, plus précisément dans le cinquième arrondissement de la grande ville la plus au sud du pays. Institutrice dans l'école communale, elle a à la fois une solide connaissance théorique ainsi qu'un investissement important dans la vie de sa municipalité et des très bons talents oratoire qui lui auraient sans doute ouverts la voie à une carrière politique si cela existait encore ici.

De gauche à droite : Roberto Illarramendi, Hector Villalibre et Ursula Carreras
Il se tenaient donc là, sur cet aérodrome périphérique, seuls. Pas de comité d'accueil spécial pour la délégation kah-tanaise, ici on ne vouait de culte public à personne, ni à un dieu ni à des créatures de chairs et d'os, exception faite de Villalibre peut-être. Cette indifférence était-elle le fruit d'une provocation, d'un manque d'envie de se concerter très longuement sur la question de l'accueil de la délégation étrangère dans les assemblées communales ou d'un manque d'habitude de ce genre d'événements ? Personne ne sait vraiment, ce qui veut dire que c'est sans doute un peu des trois.
Illarramendi, Villalibre et Carreras attendaient donc. Ils avaient avec eux chacun un récapitulatif des sujets à aborder et de la position à tenir les concernant, tout avait été décidé lors des 320 assemblées communales dernières. Ils tenaient également des présents :
- Prometheus d'Illarramendi
- Un ballon dédicacé par Villalibre, bien que les Kah-tanais n'étaient pas connus pour leur amour du foot ce genre de cadeau venant de ce genre de personne valait toujours son pesant de cacahuètes
- Un dessin fait par la classe de Carreras
- Un kit pour faire du maté, la boisson la plus populaire de très loin dans le pays, avec bien sûr une notice pour les novices
- Un autre livre : Comment garder le cap, anthologie des penseurs communalistes de ses débuts à nos jours.