14/04/2019
12:55:27
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- L'éveil de la pieuvre de l'est - [Rep. Cités unies - Karty]

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L'EVEIL DE LA PIEUVRE DE L'EST

New-Ocean
Cité-portuaire de New-Ocean, photo prise depuis un bateau-mouche navigant sur le Tigre

Musique d'ambiance conseillée


    Cité de New-Ocean, 4 heures 30 du matin.


    La nuit recouvre encore de son voile étoilé la Cité de New-Ocean, surnommée la « pieuvre de l'est ». Vaste territoire dressé comme une forêt d’arbres de béton immobiles, surmontés d’antennes lumineuses et encadrés de vitres de verres. La ville-chef-lieu héberge en son sein près de 2 millions d'âmes assimilables à des fourmis obstinées, faisant battre chaque jour ses mille tentacules commerciales et portuaires dans une logique mécanique et routinière. Au loin les docks ne s'endorment jamais et les massives silhouettes des navires-cargo, géants de métal, oscillent branlantes au fil des secousses marines, se brisant à la bordure des quais. Les grues articulées automatisées, prolongement de la technique humaine, plongent et se relèvent au-dessus des vaisseaux marchands, chargeant et déchargeant leur contenu dans un ballet orchestral de précision. Le cœur de ville, dont les artères restent engourdies par la noirceur de l'obscurité nocturne, daigne enfin s'illuminer. Les premières enseignes des centres commerciaux se laissent de nouveau posséder par Appolon et les transports publics automatisés reprennent leur ronde à travers les avenues de la ville. Premiers travailleurs émergeant des profondeurs, les fonctionnaires s'amassent dans les stations les conduisant dans le « manteau du mollusque », siège des administrations métropolitaines. Capitale fédérale pour une journée seulement, les institutions se réveillent difficilement pour savamment orchestrer la venue du Gouverneur général et de ses partenaires kartiens, dans une métropole tirée au sort parmi les 7 grandes. L'océan d'Espérance dont la réverbération de l'eau produit une lumière claire est dérangé dans sa mélancolie par une imposante silhouette se détachant lentement du néant. Le Pearl, navire officiel du Gouverneur général de la République des Cités unies, fend les surfaces liquides obscures avec une régularité presque solennelle. Au fur et à mesure de sa course, les phares du port viennent glissant sur la coque du bâtiment, révèlent par fragments l’emblème soleillé et encerclé d'étoiles, de l'État.

    Une corne de brume résonne, brisant soudainement le silence nocturne qui était maître de la ville depuis le coucher du soleil. Les docks, un instant, paraissent suspendre leur tumulte avant de reprendre autrement comme hypnotisés par une volonté de mieux faire. Alexander McFletcher, Gouverneur de la Cité de New-Ocean, se tient droit et immobile. Autour de lui, les membres de son Bureau exécutif et quelques dignitaires locaux forment une ligne rigide, comme figée dans le béton uniforme de la ville-pieuvre. Les agents et officiers de la Garda métropolitaine, eux aussi alignés en rangs parfaits, portent leurs uniformes aux teintes profondes. Képis légèrement inclinés, masquant en partie des visages fermés, raccommodent les derniers détails de leur tenue de cérémonie. La passerelle se déployant dans un grincement sourd relie solidement la berge embrumée de la Cité à l'embarcation officielle venue de la capitale fédérale. Gardiens de la paix, les femmes et hommes de la Garda municipale se raidirent, leurs bottes frappant le sol à l’unisson. Le silence se fit encore plus lourd et ce, malgré le nombre conséquent d'officiels présents en bordure d'océan. Pierre Delmas, Gouverneur général fraîchement élu, émerge lentement du navire, semblable à une figure arrachée de l'ombre, lentement suivie par Jan Peter-Olsen, Haut représentant de la République, Albert Neuchâtel, Administrateur fédéral aux Sociétés, Hank Dourney, Conseiller exécutif à la Sûreté générale et Daaf Kristensen, Conseiller exécutif aux Intérêts internationaux. Descendants les uns après les autres pour, une fois à quai, être accueillis par le Gouverneur de la Cité. Pierre Delmas, fidèle à lui-même, procéda à une brève poignée de main, ferme et sans excès de sympathie, face à un personnage politique qui fût tant critique à son égard. Les agents de la Garda présentèrent leurs armes d'un geste synchronisé, produisant un frottement métallique caractéristique.

    Sans un mot de plus, le Gouverneur général se détourna du quai, guidé par son aide de camp jusqu’au véhicule officiel stationné à quelques mètres de la ligne d’honneur. Une longue berline se révèle à lui. Sa carrosserie noire parfaitement lustrée absorbant la lumière de la lune, les vitres, légèrement fumées, laissaient à peine deviner l’intérieur, préservant l’opacité d'une zone de gouvernance inconnue. À l’avant, deux agents de la Garda, immobiles, attendaient, gants sombres ajustés, regard fixé droit devant eux ouvrirent la porte du véhicule protocolaire dévoilant le cuir, d’un gris profond étendu sur les larges sièges de la citadine. Les coutures, fines et régulières de l'habitacle, dessinaient des lignes géométriques sobres. Entre les deux places arrière, une console centrale en métal brossé abritait des interfaces de communication sécurisées, dont les écrans restaient pour l’instant éteints, comme en veille, prêts à s’animer au moindre ordre, une lumière froide filtrant depuis le plafond. Le Gouverneur général s'y installa suivi quelques secondes plus tard par McFletcher. La portière se referma aussitôt, étouffant les bruits du port scellant ainsi le contact établi avec le monde extérieur. Les autres membres de la délégation fédérale prirent place dans des véhicules identiques, disposés en file parfaitement ordonnée. Le convoi entama sa route, lentement d’abord en quittant les quais dans un silence troublé par le bruit des moteurs et le roulement feutré des pneus sur l’asphalte humide. À mesure qu’il pénétrait dans les artères de New-Ocean, s’étirant en une ligne noire continue, serpentant entre les tours de verre et les structures métalliques.

    Jolie ville, n'est-ce pas votre Excellence ?

    Pierre Delmas acquisse.

    Je commence à comprendre son surnom de « pieuvre de l'est ».

    Malgré nos divergences d'opinion, je suis honoré que vous ayez choisi New-Ocean pour accueillir le premier sommet de votre mandat.

    C'était l'un des critères de nos homologues kartiens, je n'y suis pas pour grand-chose.

    La conversation se stoppa net. Le Gouverneur général appuie sur un interrupteur disposé sur la console centrale du véhicule, avant de parler dedans.

    Superintendant Krüger, pouvez-vous me communiquer le programme de ce sommet ? Le mien a dû rester à la Cité de la République.

    La console répondit dans un léger grésillement.

    Bien reçu Excellence,
  • 09h00, accueil protocolaire des représentants kartiens dans le grand atrium,
  • 09h30, ouverture du sommet par votre allocution inaugurale,
  • 10h15, première session de travail sur la situation régionale et aux tensions en Loduarie,
  • 12h30, déjeuner diplomatique restreint dans le salon du Gouverneur de la Cité,
  • 14h00, reprise des discussions, sur les coopérations économiques et sécuritaires,
  • 16h30, signature éventuelle d’un communiqué conjoint,
  • 17h00, point presse officiel
  • 18h00, clôture des travaux et retour des délégations.

  • Un court silence, puis la voix ajouta, plus basse :

    Des ajustements restent possibles selon vos instructions, Excellence.

    Ce ne sera pas nécessaire Superintendant Krüger. Je vous remercie.

    À vos ordres, Excellence.

    Le Gouverneur général se redressa sur son fauteuil en expirant.

    En espérant que ces kartiens soient à l'heure.
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