
La Listonie Impériale avait un programme de développement d'armes de destruction massive. Cela ne devait étonner personne : l'Empire avait été au ban des nations civilisées depuis des décennies, sinon même des siècles. C'est bien ce qui avait motivé le développement de ce programme. L'Empire Listonien était un empire redoutablement pragmatique et, face à sa déchéance progressive, la perte de ses colonies et une diplomatie belliciste de moins en moins crainte, la Cour s'était interrogée. Comment inverser la vapeur ? Comment faire retrouver au grand Empire Listonien sa gloire d'antan ? Comment reconquérir ses colonies ? Comment être craint, de nouveau, et cesser de perdre en importance face aux rivaux d'ici et d'ailleurs ?
Des armes. Innovantes. Mortelles. Nombreuses.
Des armes. Plurielles.
Car tout était bon à prendre. Des armes chimiques. Des armes biologiques. Des armes conventionnelles, également. Compenser le manque de moyens et la lassitude d'un peuple dont le patriotisme et la dévotion baissait d'année en année par la puissance de la science et de l'industrie. Revenir aux fondamentaux. Révolutionner la guerre, comme avec la poudre, comme avec l'industrie. Renouer avec le génie d'antan.
Et la Listonie avait obligé, comme à chaque, car la Listonie n'était rien sinon une nation profondément pragmatique et tout entière vouée à appuyer la domination de sa couronne impériale. Une nation pragmatique mais dispersée et jalouse, car c'était bien cela qui avait sonné le glas des efforts listoniens dans le domaine de l'extermination de masse. Tant de programmes lancés, concurrents. Tant de programmes qui avaient à composer avec les caprices de la cour impériale et à lutter avec une armée s'accaparant la part du lion dans les dépenses de l'état. Tant de programmes avec la rude nécessité d'esquiver les purges d'un empereur sombrant chaque jour de plus en plus vers une paranoïa maladive.
Tant de programmes prometteurs, laissés à l'abandon.
Un véritable drame pour la Listonie, qui avait été pendant la révolution industrielle l'une des superpuissances de la chimie et de la médecine de pointe, nécessaires pour mieux coloniser et soumettre les sauvages, car rien n'était plus efficace sur une bande de guerriers afaréens en guenille qu'une bonne douche de gaz moutarde, et la chimie était d'autant plus nécessaire pour extraire le plus rapidement, efficacement et brutalement le plus de ressources possible dans cet empire tout entier voué à une économie de spoliation.
Et pourtant, pourtant, il y avait eu des succès. Au premier rang desquels le Promécio, l'agent chimique combustible miracle. Le feu de Dieu donnée aux Listoniens. Une substance si inflammable qu'elle était en mesure de rester allumée dans virtuellement toutes les conditions et les milieux : sous l'eau, sans oxygène, dans le vide ... C'était la substance sur laquelle la Listonie avait fait reposer une grande partie de l'arsenal de sa Legio Mortis, dans les colonies. Un feu sacré inextinguible, le jugement de Dieu contre les païens. Un ... "super-napalm" pour les êtres bassement matérialistes et ceux qui avaient un mental de carnavalais. La substance préférée de Cortés, le boucher des colonies. Le Promécio, oui, sans conteste la plus grande réussite du programme d'innovations listonien. Celle qui avait connu l'usage le plus commun et courant, celle que ses adversaires avait pu voir, jusque dans ses mines navales. Une réussite si éclatante qu'elle en vient à chauffer les foyers listoniens et à soutenir son réseau énergétique lors de l'avènement de la jeune société Zenith qui put bénéficier de l'expertise des programmes impériaux en plus de ses financements après le ... remerciement du président d'Electra et le démantèlement de son entreprise.
Mais le Promécio était loin d'être la seule innovation folle sur laquelle les Listoniens travaillaient. C'était même loin d'être la seule folie qui avait été entreposée dans leurs arsenaux.
A la chute de l'Empire, avant la disparition des registres, les livres de la Cour Impériale avaient fait mention de très nombreuses pistes dans de nombreux domaines : sur le territoire métropolitain, on recensait alors des laboratoires travaillant sur le bacille du charbon, sur celui du choléra, sur la militarisation du virus de la variole et celui de plusieurs fièvres hémorragiques, identifiées dans les lointaines possessions afaréennes de l'Empire sur le cadavres d'ouvriers noirs que l'on avait alors cru épuisés à la tâche. On y trouvait également d'autres joyeusetés comme des souches de peste, de morve ou de tularémie. Aucun de ces laboratoires n'avait été en mesure de militariser à grande échelle ses travaux en raison des moyens faibles et morcelés à leur disposition. Il en allait de même pour les laboratoires de développement chimiques, dont la plus grande efficacité n'avait pas bloqué les trouvailles hétéroclites : il y avait chez eux du Sarin, du VX, du gaz moutarde ou encore du phosphore blanc, utilisé à grande échelle dans les forces armées de l'Empire. Parallèlement à cela, toutes les grandes entreprises pharmaceutiques et chimiques dont les travaux ont pu un jour donner des résultats destructeurs ont pu avoir des succursales sur le territoire métropolitain de la Listonie, et en particulier la corporation Thylacine, dont l'impact reste durable dans certains espaces de l'intérieur.
Tous ces stocks ont disparus dans le chaos de la guerre civile. Ou tout du moins, tous ces stocks ont disparu des registres qui ont été détruits avec le sac du Palais Impérial par l'Auguste César Jésus Christ et la Legio Mortis. La guerre, destructrice, a motivé les deux camps à faire usage des pires stratagèmes pour tenter de vaincre l'ennemi : l'usage d'armes chimiques a été très rapidement visible, documenté et particulièrement efficace. L'usage d'armes biologiques, elle, a montré qu'il était plus compliqué qu'il n'y paraissait de lancer des virus sur un champ de bataille et d'espérer des résultats immédiats et efficaces. Les civils, eux, en ont fait les frais.
Le résultat de cette grande campagne ? Des millions de morts. La majorité de la population métropolitaine annihilée, quand elle n'avait simplement pas fui.
Un pays en ruines.
Mais penser que la chute de la Listonie impériale marquait la fin des efforts listoniens pour développer de nouveaux moyens d'affirmer sa suprématie est une erreur. C'est même malheureusement tout le contraire. Avec une logique et une efficience toute militaire, l'Autarque a concentré sous son autorité l'ensemble des programmes et scientifiques restants en Listonie en une seule structure, pour permettre à tous de partager leurs ressources, leurs connaissances et leurs résultats. L'objectif est simple : la victoire de la Listonie Pénitente dans sa croisade pour la Race Blanche.
Plus de concurrence. Plus d'intrigues de cour. Seulement l'efficacité. Seulement les résultats.
Et tous doivent servir : de leur plein gré à la conception ... ou désigné volontaires comme cobayes pour les objecteurs de conscience.
Seuls les fous prospèrent encore en Listonie, et il reste beaucoup de fous avec des doctorats, que les soutiens corporatistes de l'Autarque semblent aider de plus en plus par leur simple présence ...