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Activités étrangères en Fujiwa

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Activités étrangères en Fujiwa

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POLITIQUE - LE FUJIWA RESSUSCITÉ ?
Par HAN Cheung et Paul Ishida — 17 juillet 2019
Paul Ishida est correspondant du LDNS à Sokshō.


Il y a un an, ce journal publiait le dernier volet d'un triptyque consacré à la crise migratoire fujiwane, concluant sur une hypothèse alors plausible : celle d'une neuvième ethnie lingoise, intégrée par défaut, faute d'État d'origine viable. Le Fujiwa d'alors ne semblait plus en mesure de reprendre ses ressortissants. La question posée était lingoise, et elle était intérieure.
Elle ne l'est plus tout à fait.
En moins d'un an, le Fujiwa a reconstitué une structure étatique minimale autour d'Himiko Kozuki — affaiblie, sous-financée, contestée, mais fonctionnelle. Plusieurs observateurs, dont certains proches du Palais Pourpre, attribuent cette résurgence à un soutien actif de la Maison Ling pour répondre à la question migratoire fujiwane. Le gouvernement de Neijing n'a pas répondu à nos sollicitations.
Ce silence a sa logique. Admettre une intervention prolongée reviendrait à reconnaître que le Grand Ling a laissé un État voisin s'effondrer, sa population se disperser et ses institutions être pillées — avant d'agir, non par solidarité régionale, mais au moment précis où la pression migratoire devenait politiquement intenable chez lui. La question n'est plus de savoir ce que Neijing fera de ses migrants fujiwans. Elle est de savoir si le Fujiwa qui renaît aujourd'hui est une nation reconstituée ou un problème externalisé.

Ouvrier fujiwan (cliquer pour ouvrir)
Un ouvrier dégage les débris devant un commerce condamné du quartier de Nishimachi, à Sokshō, le 14 avril 2019. À ses pieds, un casque de cérémonie aux insignes du Shogunat, dont le régime s'est effondré il y a quelques années. Après huit mois de pouvoir autoritaire bâti sur le culte d'un passé réinventé et trois ans d'errance, le Fujiwa commence le long travail de se reconstruire, un pâté de maisons à la fois.
L'ÉTINCELLE ET LA FLAMME.
La province de Moon n'a jamais vraiment appartenu au Fujiwa ou tout du moins pas selon ceux qui y vivaient. Archipel à majorité jinséenne, peuplé d'une communauté impassible à la démocratisation de 1962 faute d'intégration forte, Moon fonctionnait depuis des décennies comme une anomalie : trop stratégique pour être lâchée, trop différente pour être gouvernée de la même main que les autres provinces. Pendant cinquante ans, Sokshō avait géré cette tension par l'indifférence et les actions sans lendemains.
Ce fut le meurtre d'une jeune femme qui mit fin au cycle de l'ignorance.
So-hee, fille du préfet de Jengoon, fut tuée dans des circonstances que les autorités fujiwanes ne s'empressèrent pas d'élucider. Sa mort, loin d'être un événement isolé, n'était que la conclusion visible d'années de violences communautaires promptement documentés en interne par les services de police locaux sans que le Cabinet ne juge utile d'en informer le public. Ce que révélèrent les rapports internes rendus publics plus tard était sans ambiguïté : les agressions racistes contre la communauté jinséenne avaient augmenté de cinquante-deux pour cent en deux ans dans la seule ville de Jengoon. Les forces de l'ordre, selon ces mêmes documents, opéraient en coordination avec les milices privées des zaibatsus.
So-hee fut l'étincelle et Kobo Tokuda fut la flamme.
Le député du Cercle Socialiste fut assassiné au katana le 9 mai 2013, dans une ruelle de Jengoon, avec son assistant. Il s'y rendait pour constater lui-même une situation que, selon ses propres mots, « la police fujiwane dissimulait ». Le choix de l'arme ne pouvait être anodin car le katana, dans la rhétorique nationaliste qui gangrenait alors le débat public, était devenu symbole de la pureté aichi. Son utilisation comme instrument de meurtre politique constituait un message adressé autant à la représentation nationale qu'à la communauté jinséenne dans son ensemble. Les auteurs ne furent jamais officiellement identifiés.

Et la crise de Moon, paroxysme des tensions larvées vieilles de plusieurs décennies sinon siècles entre les deux ethnies principales du pays, devint une réalité en novembre 2013. Trois jours, trois, durant lesquels la province et sa capitale éponyme furent le théâtre armé qui n'eurent pas énormément de chose à envier avec la Ramchourie instable ou la Guerre des Triumvirs de Velsna. Le premier jour, les manifestations furent détournées pour se rendre à la résidence du gouverneur, ayant pour toute réponse le déploiement l’utilisation de canons à eau, de gaz lacrymogènes et d’un couvre-feu au goût amer. La réponse du lundi suivant n’offrit aucune perspective d’amélioration, à la tentative de prise d’assaut du gouvernement provincial et aux actes terroristes revendiqués par le groupuscule Heobok, les forces de sécurités choisirent les tires de sommation comme langage. Au mardi 12 novembre, les affrontements devinrent d'une sauvagerie sans précédents, un poste de police fut la cible de Heobok qui s'y attaqua à l'explosif et tua, au passage, cinq personnes dont deux journalistes. Là encore, Sokshō ne ménagea pas les insurgés en classant comme organisation terroriste Heobok et le conglomérat Jangga pour leurs liens assumés avec les rebelles. Des tribunaux militaires fleurirent aussi vite que les tombes.
La fin de la semaine sanglante fut marquée par l'arrivée de contingents militaires dans la métropole de Moon alors assiégée rendant ce qui n'était que le cri d'une population effacée en une guerre urbaine asymétrique. La situation demeura terriblement instable jusqu'en janvier de l'année 2014 quand sur ordonnance du cabinet, l'état de siège fut levé et que les commerces comme les institutions purent progressivement réouvrir. A la fin effective de la crise de Moon, en juillet, le bilan humain atteignait les 30 morts et des dizaines de blessés. Elle n'était évidemment pas terminée mais tout au plus contenue.
La résistance jinséenne ne fut pas vaincue par un changement de politique à Sokshō, elle mourut — si tant est qu'on puisse le croire — sous le rouleau compresseur de l'État tandis qu'en parallèle, à la Diète, une tout autre bataille faisait rage.

UNE MÉCANIQUE DE BASCULEMENT.
Il est un fait pour tous que tandis que Moon brûlait, Sokshō se transforma en achevant un basculement entamé deux ans plus tôt par une alliance informelle entre la vieille politique incarnée par le Parti de l'Aube — et sa victoire précaire aux législatives de 2012 acquise grâce 51 sièges du parti Uri — et le renouveau politique incarné par l'extrême-droite du Parti Saenuri. Si officiellement les deux challengers de la Diète s'opposèrent sur tous les plans, leurs coup de poker à la diète pour une augmentation extravagante du budget de l'Armée mit devant le fait accompli toute la scène médiatique et politique fujiwane en dépit des besoins en matière de justice sociale et de lutte contre la pauvreté et provoqua une polémique dépassant les frontières du pays, faisant même jaser au sein de la Cours Législative. Bien que s'évertuant à ne jamais employer le même lexique, le motif fut unanimement le même pour les deux partis : maintenir la paix au Nazum et lutter contre l'influence grandissante du Kah. Cette ouverture aux idées d'extrême droite permit entre autre aux partis et groupes de cette mouvance de progressivement s'infiltrer dans toutes les strates de la population allant de la Justice à l'Économie et menant une politique ouvertement populiste avec un ennemi principal étranger et des ennemis nationaux alliés. La stigmatisation des Jinséens connue ses heures de gloire jusqu'à devenir un enjeux national révélé par la consultation populaire de la fin d'octobre 2013, quelques jours à peine avant la crise de Moon. Pour 72 % des interrogés, il fallait une révision constitutionnelle pour en finir avec le régime actuel vieux d'un demi-siècle tandis que pour 65 % des interrogés, les Jinséens étaient l'une des causes de cet échec et une menace à ne pas négliger. Un parallèle très dangereux pouvait alors déjà s'apercevoir avec certaines politiques eurysiennes du siècle précédent.

De là à prétendre que l'extrême-droite a bénéficié de l'essoufflement du parti de l'Aube et de la fin de son cordon sanitaire pour renverser les cartes à son profit, il n'y a qu'un pas qu'il est à la discrétion des lecteurs de franchir. Toutefois, l'entrevue du Premier ministre Yoshi Kojima (Aube) avec la journaliste Ayana Yuriko le 17 janvier 2014 ouvrit l'hypothèse d'une démission qui se concrétisa un mois plus tard après les révélations faites sur le financement du parti et offrit à l'extrême-droite fujiwane un boulevard vers la tête du Gouvernement. Et comme une évidence dans le coeur des fujiwans, Saenuri — devenu Kōdō — remporta la majorité des sièges de la Diète au prix de son leader Shinzo Sato, assassiné quelques jours plus tôt.
La nomination de l'ancien ministre à la Défense et personnalité clivante du paysage politique fujiwan, Ishida Shimura, fut probablement l'élément déclenchant la spirale du fascisme. Outre ses idées d'extrême-droite, le nouveau Premier ministre s'illustra pour son discours souverainiste et nationaliste que ses affinités avec les zaibatsus n'arrangèrent pas. Le triptyque stratégique présenté en juin 2014 ne fut que le premier pas, ce dernier prévoyait une nouvelle augmentation du budget de la défense pour soutenir les trois piliers stratégiques que forment la Stratégie de Sécurité Nationale (SSN), la Stratégie de Défense Nationale (SDN), et le Programme de Construction de la Défense (PCD) qui ensemble donnaient définitivement un nom à l'ennemi fujiwan : l'impérialisme étranger symbolisé par l'enclave listonienne de Macao — il est intéressant de noter que l'impératrice Himiko a su résoudre ce problème en annexant un Macao affaiblie par l'effondrement de la Listonie — et surtout, le Grand Kah.

Le chemin tracé et les défis identifiés, il ne resta plus grand chose à faire au parti au pouvoirs pour achever le basculement du Fujiwa vers un état fasciste. La consultation nationale autour de la nouvelle consultation débuta en ce sens en juillet 2014 pour s'achever en décembre de la même année. Elle précéda un référendum sur la question de la refonte des institutions du pays qui donna pour raison à l'extrême-droite à 66,8% des votes exprimés et légitima l'instauration du Shogunat Shimura. Dès lors, de nouvelles élections législatives furent organisées sous l'hospice du nouveau système. Kōdō consolida encore sa présence en prenant 378 des 500 sièges de la Diète pendant que le monocamérisme mourut.
Le Shogunat Shimura ne fut pas un coup d'État. Ce fut bien pire, à savoir une démocratie qui se dissous d'elle-même avec l'onction du peuple.

LE RÔLE DU GRAND KAH ET DU NEGARA STRANA.
Pour les observateurs étrangers, il est faux de prétendre que le Fujiwa s'effondra seul. Ce fut plutôt sous le regard attentif de puissances qui avaient tout à gagner à le voir trébucher et pour lesquelles, on pouvait avoir une entière confiance pour ne jamais manquer une occasion de l'y aider. Durant la majorité de son existence contemporaine, l'État du Fujiwa s'est évertué à conserver de bonnes relations avec son ancienne colonie stranéenne en dépit de l'écart idéologique grandissant qui les séparaient. Mais depuis la reconnaissance de fait de l'indépendance du Negara Strana, une épine demeurait dans le pied du géant nazumi, la devise nationale de son ancienne colonie. Si l'Histoire peut la justifier, force est de constater que pour les élites fujiwanes et, faut-il le souligner, une partie des élites stranéennes « Vive l’égalité ! A mort l’empereur ! » jetait une ombre sur le tableau. Avec le temps, la majorité des stranéens avaient abandonnés l'appel au meurtre du chef de l'État fujiwan, lui préférant la forme raccourcie de « Vive l'égalité ! ». Mais les célébrations de l'indépendance du Negara Strana en 2011 commémorant les cinquante-et-un ans de cet heureux événement [NDLR : selon les propos choisis par nos confrères du Dunia!.] sortir le parti Saenuri de son silence. Lors d'une conférence de presse, le porte-parole de la formation politique exhorta le gouvernement fujiwan de réagir à cette devise et de faire valoir le même respect que celui attendu par les stranéens, sans succès. Malgré cela, il en résultat un débat à l'Assemblée Populaire du Negara Strana pour changer de devise qui remporta un franc succès.
Si les tensions furent sporadiques ensuite et alternèrent entre phase d'apaisement et phase de reprise, rien ne fut comparable aux ingérences kah-tanaise et, par extension, stranéennes qui eurent cours à partir de 2013 pour ne jamais plus se calmer. Lors de la crise de Moon, de nombreux rapports internes au Fujiwa, que nous avons pu obtenir pour cette enquête, démontrèrent un réseau de soutien de plus en plus présent à destination des militants jinséens de Moon et de manière plus globale, des indépendantistes avec une propagande assez soutenue provenant du Negara Strana et du Wanmiri, deux nations réputées pour être en très bons termes avec les communalistes. Bien que cela n'ait jamais été confirmé, il a été rapporté que — par exemple — des militants pro-jinséens au Wanmiri et au Negara Strana travaillaient avec les cellules kah-tanaises pour livrer des vivres, du matériel de propagande et des armes aux rebelles de Moon, défiant le blocus maritime instauré par Sokshō, officiellement pour protéger les eaux nationales du pays. Plusieurs actes de vandalisme et de sabotages furent constatés par la Force Publique sur la même période, leurs liens plus ou moins dilués avec les cellules du Kah dans ses pays alliés furent mis en évidences plus tard. Les partis stranéens et wanmiriens eux-mêmes s'emparèrent de la question, pesant de tout leur poids législatif sur leurs exécutifs respectifs pour forcer à une prise de position plus ferme.

De manière assez naturelle, ces occurrences de plus en plus nombreuses servirent le discours autoritaire et nationaliste de l'extrême-droite fujiwane qui s'engouffra dans la brèche pour renforcer sa position. La radicalisation de l'État arriva avec les législatives de 2015 et l'idéologie fasciste grandissante de Sokshō conduisit invariablement à intensifier sa propagande systémique contre le Grand Kah et ses alliés dans la région.
En réponse, un exercice militaire d'une envergure jamais vu dans le Sud-Nazum depuis des décennies fut réalisés en octobre 2016, conjointement entre les forces armées stranéennes, kah-tanaise et wanmiriennes. Certains observateurs rapportèrent sans pouvoir l'étayer correctement que l'exercice comportait, entre autre, une phase de décapitation de l'État-Major fujiwan, laissant entendre alors qu'une guerre totale n'était pas si lointaine que cela.
Le plus étonnant toutefois, fut que la question du Fujiwa et de l'intensification irrésistible des tensions avec le Grand Kah ne fut que très marginalement documenté à l'étranger. Ni la presse jashurienne, ni la presse lingoise, ni la presse burujoise n'en parlèrent vigoureusement tandis que ces trois pays étaient réputés pour être des alliés et partenaires des Kozuki. De là à dire que la situation aurait pu changer et que le dialogue aurait pu se réouvrir serait très présomptueux mais pas impossible.
Toutefois, notons que l'intensification du conflit larvé au Nazum conduisit le Grand Kah à mener une politique visant à massivement se réarmer et renouveler sa flotte. Parallèle terrible à faire, pendant que l'armée Kah-tanaise obtint une raison de se réorganiser massivement, le Fujiwa collapsa sous le poids de ses illogismes et de son nationalisme dégénéré. La situation conduisit à ce que les historiens appellent aujourd'hui la Guerre du Scintillant, qui n'a de guerre que le nom. Le dernier conflit opposant le Grand Kah, ses alliés et le Fujiwa dans l'océan Scintillant où le harcèlement de convois militaires et civils fujiwans par les forces armées alliées conduisit à la confiscation, la destruction ou le sabordage de l'intégralité de la flotte fujiwane ; tenait plus du harcèlement et de la quasi-guerre que d'une guerre totale réelle. Personne ne déclara la guerre à l'État du Fujiwa, parce que personne n'en eut besoin.

Bâtiment de guerre (cliquer pour ouvrir)
Des bâtiments de guerre en formation en mer d’Azur, lors des exercices conjoints « Aube d’Azur », octobre 2016. Pendant deux semaines, les flottes du Grand Kah, du Negara Strana et de la République Démocratique du Wanmiri ont manœuvré dans des eaux que le Shogunat de Sokshō revendiquait comme zone d’influence.
L'EFFONDREMENT DU FUJIWA.
Ce que la pression étrangère entama avec un certain succès, le régime l'acheva avec le même succès. L’isolement du Fujiwa de la scène internationale en raison de ses positions nationalistes et d’un certain désintérêt pour la cause aichi amena le pays à renforcer son discours nationaliste et accentua l’oppression des « dissidents » jusqu’à une forme partielle de privation de libertés fondamentales. Le régime en place ne pu résister à l’effondrement sous le poids de ses propres contradictions et il fallut attendre que cela soit inévitable pour que les alliés de Sokshō organisent une rencontre à en terre burujoise, précisément à Tairopototo, territoire frontalier d’une dépendance Kah-tanaise. La rencontre fastueuse ne donna rien de concret tandis que sa lenteur d’exécution condamna définitivement l’Etat du Fujiwa. Fin novembre, un second soulèvement de Moon appuyé par les militants indépendantistes et leurs alliés extérieurs conduisit à une intensification de la répression par les forces de sécurité. Dans un tragique effet domino, l’embrasement gagna la capitale où deux visions d’un même état s’affrontèrent. D’un côté les modérés cherchant à calmer les tensions faute d’appui étranger, soutenu par la Maison Impériale et le parti de l’Aube ; de l’autre les partisans de Kōdō, soutenu par les zaibatsus et le Shogun Shimura.
La force publique perdit tout contrôle des manifestants qui tenaient plus de black-blocs et autres milices autoproclamées qu’à des citoyens engagés dans leurs idéologie. Les plus extrémistes pénétrèrent l’enceinte sacrée du palais impérial, chose qui n’avait pas été observé depuis des siècles, avec l’unique obsession de déposer Oden Kozuki car jugé par le tribunal populaire comme étant un « dissident » lui aussi. Faute d’avoir eu le temps de se faire extraire, la famille impériale fut décimée dans des circonstances que les observateurs internationaux jugèrent particulièrement troublantes.

L’affaire ne serait pas tant un succès de la part des insurgés qu’une trahison interne. Un homme, dont l’origine comme le nom se sont dilués dans le brouillard post-effondrement aurait, selon des sources relativement fiables et concordantes, été placé comme garde rapproché de la famille Kozuki. Ce dernier, au moment de l’extraction aurait tiré à bout portant sur l’Empereur, son épouse et leurs enfants.
Il est de notoriété publique que les explications les plus simples sont les meilleures, ici certains points du discours ne semblent pas concorder notamment parce que la famille Kozuki n’avait pas l’habitude d’être systématiquement ensemble ou dans la résidence impériale de Sokshō — comme en témoigne l'absence d'Himiko Kozuki de la résidence — encore moins en période d’insurrection et sous menace d’une guerre. Toutefois et faute d’explications plus adéquates qui, sans aucuns doutes, ne viendront jamais ; cette justification devint la plus acceptable pour de nombreux spécialistes.

Le mois de novembre 2016 marqua la chute effective du régime qu’on marqua officiellement le 23 novembre. Alors que les terres étaient en feu, le commerce et les opérations militaires furent largement malmenée par une succession d’actes de piraterie et de harcèlement conduit par l’amirauté kah-tanaise, stranéenne et wanmirienne. Le conflit ne fut jamais déclaré mais les saisies, les abordages et les coulages de navire se multiplièrent. La marine impériale se déploya pour soutenir ses convois civils avec un succès relatif. D’abord redoutablement efficace sur les flottes inférieures en nombre et en qualité du Negara et du Wanmiri, elle essuya des plâtres de plus en plus violents face aux forces communalistes.
La diplomatie et les protestations ne permirent pas de calmer le jeu, le Kah feignait de chercher une solution qu’ils n’apportèrent jamais. Chaque fois les requêtes se perdaient dans les méandres administratifs de l’empire rouge. Un formulaire manquait, un dossier était incomplet, la lettre s’était perdue et son porteur châtié pour ses manquements.
Seul, le Fujiwa ne pouvait rien, son armée ne suivait ni techniquement ni numériquement. Les désertions, par ailleurs, se multiplièrent avec une vitesse étourdissante. Loin d’être un phénomène propre à cette corporation, l’émigration devint de plus en plus importante tant pour fuir l’invariable arrivée du Kah que pour esquiver un régime que la folie avait rattrapé.
Les corporations, les zaibatsus, à qui on peut à présent attribuer certains griefs de la situation, suivirent le mouvement et pour la majorité, quittèrent le Fujiwa pour le Burujoa ou le Jashuria.
Privé de ses milices corporatistes et avec une force publique surchargée subissant des désertions, la Sécurité Publique comme l'Armée ne parvinrent pas à empêcher les nombreux pillage qui devinrent monnaie courante dans le pays.La Diète se retrouva incapable d'apporter une réponse, pas plus que le Gouvernement qui fut bientôt décapité de son propre chef, le Shogun en personne. En effet, Ishida Shimura, disparu dans des circonstances tout aussi troublantes que la famille impériale, peu de temps après avoir été formellement désavoué par le reste d'une diète défaillante. Les rouages institutionnels de l'État du Fujiwa ne tournèrent bientôt plus du tout tandis que les crimes augmentèrent d'au moins 420 % en trois mois. La situation accentua la crise migratoire fujiwane qui compta au plus fort, près de 8 millions d'émigrants dont au moins deux rien qu'au Grand Ling.
Dans certaines provinces, un semblant d'ordre fut constaté sous les mains de groupes armés aux idéologies et aux origines diverses. Provenant de la toute proche Macao, par exemple, l'île de Wano tomba aux mains d'un clan hétéroclite dont les sources remonteraient à une compagnie fruitière indistinctement arobelana ou listonienne nommée Frutas y Verduras Grupo. Bien qu'il soit impossible d'en définir précisément les contours ou l'histoire de tous ses dirigeants, le plus notable fut sans contestes Anton Nacro qui dirigea le País Frutas de janvier 2017 à la fin d'année 2018. Il mourut peu de temps avant que les forces armées d'Himiko Kozuki ne pacifièrent l'île, officiellement d'une crise cardiaque massive.
Autre cas étonnant, fut pour la province de Iriko qui prit le parti de demander son intégration à la Nouvelle République de Jaya, choix stratégique pour conserver son intégrité et la continuation des services de l’Etat. Toutefois, notons que celle-ci passa par un nettoyage pur et simple de l’identité de la province selon les standards du Jaya. Là encore, la communauté internationale ne se prononça pas.

En quelques mois à peine, la troisième puissance du Nazum n’avait plus grand chose à voir avec un État, mais releva d’avantage d’un ensemble culturel de territoires.
Le plus étonnant résida dans le choix des puissances socialistes et communalistes de ne pas profiter de la désorganisation du pays pour achever leur œuvre de remplacement culturel. Au Grand Ling, on attribua cela à la nécessité pour ces nations de ne pas s’approcher trop près des limites acceptables tacitement fixées par Agartha, Neijing et Karaimu. Cette porte ouverte permit à La Dernière des Kozuki de rétablir l’Etat de droit.

HIMIKO ET LA RENAISSANCE.
Dans cette faille laissée par le Kah et ses alliés, Himiko prospéra pour sa quête de refonder l’État de ses ancêtres.
Né le 26 mai 1993 de l'union entre le prince héritier Denjiro Kozuki et son épouse Reiko Kozuki, elle est la soeur cadette de Miyuki Kozuki et la dernière survivante déclarée de la Famille Impériale Kozuki dont elle doit la survie uniquement grâce au fait qu'elle était en visite au Burujoa au moment de la prise du palais impérial. Heureux hasard ou calcul précis, sa survie fait autant débat que la disparition du reste de sa famille.
Alors que le Fujiwa s'effondra, Himiko fut empêchée par ses agents de sécurité personnels de regagner le pays malgré son souhait de soutenir les siens. Ce choix, vital pour sa survie la conforta dans l'idée de chercher des soutiens externes. Depuis le Burujoa où elle séjournait comme invitée de marque, elle réunit des fonds privés provenant de mécènes plus ou moins influents pour porter de l'aide humanitaire à ses compatriotes. Lorsque le gros des zaibatsus fujiwanes s'exilèrent au Burujoa, elle s'opposa fermement à eux auprès des autorités locales avec un succès plus que médiocre. Fâchée de l'outrage subit, elle quitta le pays avec dignité et respect désigné par les observateurs internationaux « d'intention froide et maîtrisée » pour ne surtout pas froisser ses liens avec la Maison Impériale Burujoa en qui elle espérait trouver une aide le moment venu. Ce choix se révéla particulièrement habile, témoignant de l'aisance de la jeune femme pour les intrigues géopolitiques. Peu de temps après, elle arriva au Grand Ling où elle fut reçu avec les honneurs de son rang. Lors de son entretien avec Sa Majesté Ling Jiajing, elle argua que le Fujiwa ne pouvait demeurer une terre de non droit et qu'il fallait intervenir pour rétablir la Maison Kozuki. Dans un premier temps, les autorités lingoises se refusèrent à toute action directe contre le Negara Strana, le Wanmiri ou le Grand Kah mais sitôt la situation apaisée ou selon certaines rumeurs, sitôt les arguments de la prétendante au trône fujiwan dévoilé, l'Empire s'engagea à soutenir le rétablissement du trône du cerisier et offrit à Himiko une dote importante pour soutenir son train de vie et son travail de réhabilitation.
Cette dernière fit polémique et enfonça encore plus la Maison Impériale dans son scandale conjugal malgré de nombreux communiqués de démentis et l'apparition de plus en plus fréquente du couple impérial ensemble allant jusqu'à l'annonce d'une nouvelle grossesse de Sa Majesté Ling Fang.
Suivant l'exemple du Burujoa, Himiko Kozuki continua de chercher des mécènes et des soutiens pour le Fujiwa. Elle connue un certain succès auprès de nombreuses personnalités publiques et entreprises lingoises.
En août 2018, elle quitta le Grand Ling pour une tournée auprès de puissances étrangères et rejoignit l'Empire Xin, le Negara Strana, la Troisième République du Jashuria, le Duché de Sylva, l'Empire du Nord, le Royaume de Teyla avant de finir son tour par la Grande République de Velsna, la Grande République de Westalia, la République Fédérale de Tanska et la République du Talaristan. Chaque fois, elle bénéficia des restes de son service de sécurité, renforcé par des agents de la Garde Impériale lingoise.

Himiko Kozuki (cliquer pour ouvrir)
Himiko Kozuki, impératrice du Fujiwa, en mai 2019. Dernière survivante déclarée d’une dynastie que l’on croyait finie, elle s’est imposée comme le visage d’un pays sortant de l’effondrement. Sa restauration demeure précaire. Le Fujiwa a retrouvé une couronne, mais cherche encore un État.
Si la majorité des nations n'offrirent que des promesses vides d'engagement, certaines nations se montrèrent plus impliquées dans la crise fujiwane. L'Empire Burujoa et le Grand Ling en tête. Les deux nations finirent par s'engager pleinement à mettre des moyens pour aider la Reine-Prêtresse qui gagna ce surnom en convainquant de nombreux mécènes et volontaires de s'engager dans son armée de fortune alors même que la cause semblait de plus en plus désespérée à mesure que les refus se multipliaient. Aujourd'hui encore, il est impossible de comprendre la raison pour laquelle le Burujoa s'est engagé dans cette mission ou tout du moins, a-t-il laissé les siens s'engager. Certains spécialistes de la géopolitique nazumie évoquent des motifs historiques, des liens familiaux et surtout une volonté d'affirmer l'hégémonie burujoise sur le continent, alors principalement aux mains des jashuriens et de certaines puissances étrangères.
Pour le Grand Ling, les raisons sont encore plus difficiles à cerner selon ces mêmes spécialistes. L'idée d'une liaison amoureuse entre Ling Jiajing et Himiko Kozuki est la justification la plus débattue, c'est toutefois davantage en raison de la pression démographique et politique que représente les migrants fujiwans que par simple idéal chevaleresque. Reste que dans tous les cas, les desseins d'Himiko Kozuki purent se réaliser en décembre 2018 lorsqu'elle posa pied à terre à Kôchi, dans la province de Johto et remonta progressivement jusqu'à Sokshō en raflant au passage l'île de Wano puis, en mars 2019 l'archipel de Moon qu'elle pacifia selon les mêmes procédés usés auprès de ses mécènes. Elle ne se présenta pas, dit-on, aux jinséens comme un colon wano mais comme une égale et demanda à rencontrer le représentant du peuple jinséen qu'elle traita en égal. Il est cependant importer d'offrir une nuance. La fédération de Moon au projet fujiwan fut terriblement difficile et longue. Aucune perte notable fut constatée mais de nombreux héritiers Hoebok s'arrogant des droits et des titres de chefs locaux luttèrent avec les mêmes tactiques de guérilla que celles observées sous le Shogunat. Moon, encore, attends impatiemment de voir comment la politique nationale va évoluer, jusqu'ici le Cabinet a été plus qu'intransigeant sur le respect des droits jinséens.
En parallèle de l'action continentale, des volontaires au service des Kozuki pénétrèrent sur l'île d'Udon où des lino-fujiwans vivaient depuis des décennies sous l'administration caratradaise. Ils prirent l'île au nom de l'État du Fujiwa sans qu'aucune résistance ne pu être significativement observée.
La réalité est qu'importé du Negara Strana, du Burujoa et du Grand Ling ; les autorités kozuki offrirent à une population délaissée et affamée un koku de riz par personne, soit 180 kg de riz, assez pour nourrir un homme pendant un an. La popularité des Kozuki simplifia grandement l'assimilation et l'acceptation du nouveau pouvoirs en place y comprit à Moon.
Partout où les bannières du Fujiwa se mirent à nouveau à voler au vent, l'administration Kozuki déploya son réseau et son énergie à reconstruire le pays en offrant de l'aide humanitaire d'urgence importée de diverses pays dont, évidemment, le Grand Ling et le Burujoa.
Pour ne pas réveiller la révolte jinséenne, Himiko Kozuki profita de sa visite en 2018 du Negara Strana afin de dénoncer les agissements du Shogunat et initié un apaisement des tensions avec Kotorakyat, formalisé lorsque le Fujiwa fut formellement réinstallé sur ses terres.
Seule la province d'Iriko ne put être récupérée. Himiko décréta alors, peut-être par vengeance ou plutôt par esprit revanchard, de récupérer l'ancienne possession listonienne de Macao.

C'est donc en mai dernier que la vie fujiwane reprit quelques légères teintes rosées en débutant par des élections législatives. Ces dernières, bien qu'accélérées, rendirent le pouvoir au Parti de l'Aube qui joua frontalement avec la peur bleue de voir le retour d'un fascisme fujiwan présidé par les extrêmes et en tête Kōdō qui se retrouva dangereusement isolé de la scène politique fujiwane au point de voir la moitié les plus modérés de ses membres s'en dissocier pour reformer l'ancien mouvement que fut Saenuri. Un accord tacite et officieux se fit sentir pour isoler d'un cordon sanitaire la formation Kōdō qui ne remporta aucune place à la Diète ni aucune municipalité, préfecture ou province. Poussé par une Himiko et son Premier Ministre, Saturo Kurobane, une nouvelle ère pour le Fujiwa s'ouvrit sous un vent sociolibéral assumé et largement emprunté de l'ancien Fujiwa et de l'actuel Grand Ling dont on prétendit très ouvertement en être l'instigateur.

La restauration Kozuki avait réglé une question de pouvoir. Elle laissait entière celle du pays auquel ce pouvoir prétendait répondre.

LE RETOUR DE LA QUESTION INITIALE.
C’est cette incertitude qui ramène à la question posée il y a un an, quelle que soit la position du lecteur a propos des liens entre les deux maisons ou des relations personnelles prêtées à leurs chefs. L'Empire du Grand Ling et le Fujiwa ont toujours entretenu des relations cordiales, forgées récemment à l'échelle de ces pays mais assez ancienne du point de vue de nos contemporains. On se souvient alors qu'à une époque, les deux puissances étaient rivales sur la question de l'Empire d'Alarya, le Grand Ling défendant son royaume constitutif et le Fujiwa le sien. Depuis, une entente cordiale fut signée, contresignée deux fois et le Fujiwa devint davantage l'allié que l'ennemi en aidant, notamment, à construire le réseau ferroviaire lingois jusqu'à perdre de nombreuses plumes dans l'équation du fait de la Grande Dette du rail. Puis, l'effondrement du Shogunat provoqua un exode massif si violent que le Grand Ling vit ses terres submergés de Fujiwans en quête d'un nouveau paradis. Ce paradis lingois, si tant est qu'il existe, conduisit invariablement à la crise politique majeure de ces deux dernières années qui, ainsi que rappelé en introduction de cet article, trouva comme réponse de la part de l'exécutif une possible intégration d'une neuvième ethnie mais au risque de devoir affronter une vague contestataire sans équivoque de ce dernier siècle.
Le Grand Ling n'a jamais été un friand défenseur des idéologies socialistes, tout comme le Fujiwa et a toujours dénoncé l'inaction des Accords de Sokshō face à la prolifération du Grand Kah au Nazum sans toutefois s'octroyer les moyens de son opposition. La Communauté des États du Nazum est la digne héritière de cette position lingoise qui a vu les derniers travaux de l'Honorable CHEN Hu s'articuler autour de la définition de l'ethnie nazumie et des moyens judiciaires de coercition. C'est à dire, de préparer des garde-fous à plus d'impérialisme extra-nazumi.
Le Grand Ling est également un pays qui a fait de la realpolitik — selon les éminents auteurs raskenois du XIXe siècle — qu'on peut désigner parfois par la raison d'État — selon les théoriciens teylais du XVIIe siècle — la pierre angulaire de sa politique internationale. Loin de se morfondre dans les seules limites que lui impose ses idéaux, le Grand Ling préfère encore les alliances et partenariats de circonstances au service de la santé de l'État. C'est selon cette logique que l'entente cordiale entre le Grand Ling et le Fujiwa naquit et selon celle-ci que les relations avec le Negara Strana sont amicales malgré des liens et différences marquées.
Les motivations du Grand Ling a soutenir une Maison impériale au bord de l'implosion relèverait donc en priorité des bénéfices que l'Empire pourrait tirer à reconstruire le pays, rendre ses entreprises indispensables et inciter les Fujiwans à rentrer chez eux que soutenir une monarchie constitutionnelle aux idéaux progressistes. L'aide est donc calculée au liang près, au soldat près, au convois humanitaire près mais jamais avouée comme telle. C'est tout du moins la théorie de JUNG Hae Ah de l'université de Hwajeon dont le parallèle ethnologique avec les jinséens peut prêter à sourire. L'enseignant-chercheur en sciences-politiques, auteur du livre Le Grand Ling : De la raison d'État publié aux éditions Shanhai et double doctorat en sciences politiques et en politique internationale évoque dans son ouvrage toute la tradition historique du Grand Ling autour de cette politique en prenant les exemples flagrants des accords ferroviaires avec les puissances eurysiennes, la lutte pour la souveraineté continentale et l'intégration au sein de l'Organisation des Nations Démocratiques dans un contexte de montée en puissance des tensions au Médian et après l'échec d'une diplomatie active en Ramchourie et au Chandekolza laissant à l'Empire des Xin le terrain libre pour se reformer et prendre la place de première puissance du Nazum central. A elle seule, la pression migratoire ne peut pas justifier une telle action sinon la Maison Impériale n'aurait pas été prompt à rendre son hymne national si dépassé et son surnom d'Empire des Huits Nations si imparfait.

Cette justification, bien plus admise dans les cercles politiques de Neijing, est un secret de polichinelle qui pourtant n'est jamais commenté par le Pouvoir, aujourd'hui encore et malgré nos sollicitations, le Palais Pourpre reprend son appellation de Cité Interdite où la vérité ne peut pas être dévoilée sans qu'un scandale d'État ne contraigne la diplomatie lingoise à se prêter au jeu des compliments auprès des chancelleries étrangères. L'Empire a encore besoin de son réseau d'alliance très diversifié qu'il cultive d'une main de jardinier pour se permettre d'avouer qu'il existe une part de lui prêt à considérer des rapprochements avec ce qui était hier encore, d'horribles adversaires.

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