Que ce soit pour le Götterland d'avant-guerre ou ce qui reste de la Seconde République au cœur de la guerre civile, les grandes entreprises sont d'une grande importance dans ce pays et pas seulement d'un point de vue économique. Les grandes entreprises götterlandaises ne se distinguent pas nécessairement par leur richesse brute (bien que certains des conglomérats götterlandais faisaient autrefois partie du fleuron international dans certains domaines), être riche en soit ne vous ouvrait pas nécessairement les portes du pouvoir au Götterland. C'était davantage la capacité à structurer des contraintes dans lesquelles l'Etat prenait des décisions qui faisaient alors la toute-puissance des grandes entreprises, d'autant dans une économie néolibérale qui tendait toujours plus à enlever les restrictions à la liberté d'entreprendre avec pour finalité de toujours bénéficier aux grandes entreprises. Le Götterland n'a, depuis la révolution industrielle et l'émergence des premières grandes entreprises industrielles, jamais eu l'occasion de mener des politiques plus interventionnistes ou keynésiennes, ce qui a mené de fait à une concentration des marchés dans des pôles monopolistiques ou oligopolistiques, sans que l'Etat ne daigne intervenir la plupart du temps. Pour citer quelques exemples, il n'est pas rare que la finance götterlandaise, même sans aucune trace de lobby, structure de fait le pouvoir et oriente la politique de l'Etat sans aucune initiative directe car des fonds d'investissements disposant de parts dans des milliers d'entreprises, des volumes d'actifs supérieurs au PIB de nombreux pays ou qui ont une influence directe sur les marchés obligataires, et donc la dette publique, transforme radicalement le champ des possibles pour l'Etat götterlandais qui a besoin des marchés, or c'est la finance privée qui influence les conditions de financement et donc définissent implicitement ce qui est économiquement acceptable. D'autres entreprises préfèrent le lobbying direct et la capture réglementaire (l'idée que l'Etat ne disparaît pas de fait mais que ses décisions sont biaisées par un acteur externe, en l'occurrence le secteur privé), des pratiques extrêmement courantes dans le Götterland d'avant-guerre où des grandes entreprises investissaient massivement dans du lobbying institutionnel ou des think tanks pour influencer des lois sur la fiscalité ou la régulation économique et ralentissaient celles qui allaient contre leurs intérêts (ce qui explique notamment les blocages historiques à toutes les lois antitrust qui ont étés avancées au Landtag). Plus fréquemment encore, les élites économiques sont souvent aussi les élites politiques de la République. Beaucoup d'anciens cadres de la finance se retrouvent plusieurs années plus tard dans les ministères publics ou deviennent banquiers centraux, créant une forme de culture commune et de pont culturel entre les cadres publics et leurs homologues dans le privé, ce qui permet aux politiques publiques de tendre naturellement à intégrer les intérêts de leurs anciens employeurs sans même avoir besoin de pressions explicites. En bref, le Götterland républicain est nécessairement lié aux entreprises qui l'habitent car le pouvoir politique et l'économie des grandes entreprises sont indubitablement liés par des décennies de copinage, de pantouflage et de convergence des intérêts socio-économiques, le tout mêlé au cadre néolibéral qui sous-tend toute la Seconde République depuis quarante ans.