06/11/2020
03:47:30
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Activités étrangères en Vahrénie

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Activités étrangères en Vahrénie

Ce topic est ouvert à tous les joueurs possédant un pays validé. Vous pouvez publier ici les RP concernant les activités menées par vos ressortissants à Vahrénie. Ceux-ci vous permettront d’accroître l'influence potentielle de votre pays sur les territoires locaux. Veillez toutefois à ce que vos écrits restent conformes au background développé par le joueur de Vahrénie, sinon quoi ils pourraient être invalidés.
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Serafina Foscarini.

AlinéaUne philosophe d'importance en Karty: Celle ayant milité pour la révision réussie des inégaux Accords de Karménie, mais aussi et surtout à l'origine du processus de démocratie directe par l'Assemblée Délibérative Populaire, dont elle est membre.

Dès lors les Accords d'Oberstafel engagés, c'est le peuple qui réclame son dû. Vagues de contestation et d'indignation, le peuple est, pour une première véritable fois, circonspect face à la décision de la Gouverneure Orlovski: Pourquoi ? Ce n'était pas une vague de haine, plutôt d'incompréhension.

Pour l'instant, il s'agit surtout d'un remous dans l'état de Zaverço: Les italiens de Karty sont connus pour leur militantisme rouge et avéré. La philosophe Serafina Foscarini s'est chargée, conséquemment, de réunir sous une forme administrative l'ensemble des points condamnant la Vahrénie. Somme toute, ce dossier a pour vocation de finir entre les mains du Sénat.

Serafina Foscarini
Du totalitarisme Vahr

Préambule:
AlinéaLes nations Vahres sont de grandes nations: Elles le sont toutes, il ne doit exister aucunement une suprématie de l'une sur l'autre. Ce voisin direct de la République Fédérale Kartienne qu'est l'Etat des Peuples Germaniques de Vahrénie est à considérer comme un problème: Un régime fasciste à notre porte. Les Accords d'Oberstafel, signés aux alentours de mai 2019, constituent un grave manquement qui doit être palié: Ces accords doivent être rendus caducs au plus vite. L'ensemble des articles ci-bas constituera un réquisitoire à l'encontre du gouvernement Vahr, chacun pouvant être pris indépendamment et comme un argument qui prouve la réelle nature totalitariste de ce dernier.

Article I: Le propre nom d'Etat des Peuples Germaniques de Vahrénie indique un caractère ethno-nationaliste, excluant un peu moins de la moitié des nations Vahres: Peuples néerlandais, latins et slovènes.

Article II: Le préambule de la constitution Vahre du 12 mai 1968 indique une volonté de purge racialiste: "l'unité de la nation dépend de la pureté de la race". Cette constitution n'est par ailleurs pas voulue du peuple germanique lui même puisqu'il n'est jamais question du peuple, mais bien "aux efforts des forces armées, à son éminente majesté le Völksführer Hermann Schneider, et au sacrifice des hommes tombés lors de la grande guerre de libération nationale".

Article III: L'article VI de ce même texte affirme que "l'usage de langues non reconnues par l'état est strictement prohibé dans les espaces publiques". Une telle pratique cerne le non-respect des libertés, le contrôle de l'éducation et de la population.

Article IV: L'article XI indique que "l'idéologie nationale est le Völkisme": Le gouvernement Vahr est autocrate puisque ne respecte aucunement la pluralité des opinions, ou bien le pluripartisme. Cette idée est renforcée par l'article 20, qui affirme que "le Vahrenische Volkseinheitspartei est la seule organisation politique autorisée".

Article V: Le titre II de ce même texte, à noter "de l'ordre biologique et de la hiérarchie des sujets", cerne d'une part une sincère volonté de tri des races, ainsi que leur asservissement.

Article VI: L'article XII affirme que "la participation à la dissimulation d’éléments impurs ou venant mettre à mal la pureté est [...] un cas de haute trahison puni par la mort". Il est question d'une justice arbitraire qui ne définit guère cette "impureté", qui encourage la délation et se base sur des critères relevant encore une fois de la race.

Article VII: L'article XV, "l'État des Peuples Germaniques dispose d'un droit souverain sur l’intégrité biologique de ses membres", légitime le contrôle de l'ensemble des nations Vahres, y compris celle considérée comme "supérieure". Dès lors, le gouvernement Vahr cherche à diviser sa population afin de mieux la contrôler, cela passe par l'endoctrinement du peuple germanique: Si le gouvernement Vahr n'a pas encore subi la Révolution, c'est qu'il obtient un soutien de la part de son peuple, il est donc question de contrôle des masses.

Article VIII: L'article XVI indique la création d'un ministère de la santé, chargé de contrôler la "pureté de la race" à la naissance des individus. L'idéologie Vahre dépasse la simple idée, elle est mis en action et institue une société raciste par le fond.

Article IX: L'article XVII restreint la liberté matrimoniale des individus: Un citoyen germanique Vahr doit nécessairement se marier à un autre.

Article X: Le début du titre III, théorisant la souveraineté Vahre, indique que cette dernière est uniquement fondée sur l'autorité d'une seule personne: "Le Volksführer [...] son autorité ainsi que sa personne [...] constituent le socle de la souveraineté Vahre". La Vahrénie n'est aucunement sous une démocratie -même bourgeoise- puisque la souveraineté n'est pas même populaire.

Article XI: Les pouvoirs ne sont pas séparés en Vahrénie, l'article 19 de sa constitution indique que le pouvoir législatif revient au "Volksführer" -qui détient donc aussi le pouvoir exécutif- et qu'il ne peut être contesté. Par ailleurs, l'article 23, "la justice est rendue au nom du Volksführer", indique que l'ensemble des pouvoirs lui appartient.

Article XII: Au delà du contrôle des masses, la dictature Vahre peut se maintenir par le soutien des armées évoqué dans l'article XXIV: "les forces armées de Vahrénie sont strictement politisées et ultimement au service du Volksführer".

Article XIII: La "Volksgarde" constitue une police politique et racialiste, qui n'a aucune responsabilité devant le pouvoir judiciaire comme l'affirme l'article XXVII qui prétend une "immunité totale devant les tribunaux civils". L'article XXX indique un caractère absolu: Cette entité a le droit arbitraire de vie ou de mort sur tout individu.

Article XIV: L'article XXXIV constitue le viol de la liberté syndicale, le prolétariat Vahr est entièrement exploité.

Article XV: Les articles XXXV et XXXVI obligent tout individu apte à travailler, tout individu inapte est sujet à "la sélection naturelle et aux décrets d'euthanasie d'État".

En conclusion, le gouvernement Vahr a instauré une dictature totalitaire, qui se légitime par le contrôle de sa population par le biais d'une propagande racialiste et d'une répression s'approchant d'une junte. La République Fédérale Kartienne doit combattre ce régime par l'ensemble des moyens qui lui sont possibles, entre autres l'annulation des Accords d'Oberstafel et la prise de contact avec d'autres pays afin d'assurer la chute de ce régime.
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La patrouille
La patrouille, Hans Osprey, Musée des Beaux Arts de Volkingrad

Démilitarisation de la frontière Kaulthe. Initiation de la militarisation de la frontière Vahre. Commandement par la Colonelle Ninenko.
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Roman en Vahrénie

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aaaPremier chapitre

AlinéaLa Vahrénie constitue la menace stratégique la plus surveillée par la République Fédérale Kartienne. Si elle n'est foncièrement pas dangereuse en elle-même, notamment par sa puissance militaire dérisoire en comparaison du Commissariat des Armées Kartiennes, elle constitue un autre type de danger. En effet, la Fédération Estalienne projette d'envahir ce pays, une décision qui alimenterait les feux contre l'Organisation des Nations Commerçantes: La Grande République de Velsna ayant bien transmis cet élément aux autorités Kartiennes. Ce n'est sans oublier, finalement, que la Vahrénie est tout simplement frontalière à la République Fédérale Kartienne. Une situation pour le moins préoccupante, qui attire jusqu'à l'attention des renseignements, du Kray et de leurs agents...


On the radio

Premier juillet 2020, ville de Nominativnberg en Garmflüßenstein.

AlinéaGrammatika. Ce nom qu'avaient donné les Kartiens au Garmflüßenstein, ou plutôt ce surnom, pour éviter d'avoir à prononcer l'imprononçable. Ce doux pays était autrefois, il y a désormais deux années de cela, le berceau de l'orthographisme. Un mouvement, ou peut-être une idéologie, fortement douce elle aussi, qui se définissait par son appartenance au fascisme. C'était une hybride, en quelque sorte. Définir cette chimère en revanche, quelle importance ? Ce n'était que la conclusion qui importait au gouvernement Kartien, une conclusion à double entrées. D'une part, la légitimité de l'intervention Kartienne ne fut aucunement remise en question lorsqu'elle advint, légitimant par la même occasion le contrôle de Volkingrad pour assurer une transition. En d'autres termes, Karty avait fait de Grammatika son vassal. D'autre part, le pôle d'influence Vahrénien —déjà maigre au demeurant— en fut considérablement touché: Par proximité fasciste entre les deux pays.

Ainsi, lorsque l'Etat orthographiste tomba, ce furent sans doute quelques centaines de citoyens qui prirent pour seul objectif la fuite. Le but était de rejoindre un pays où le fascisme régnait encore, où la suprématie germanique était elle aussi scandée. Néanmoins, la frontière Vahréno-Grammatikaise était une chaîne de montagnes, les Aldans. C'est pourquoi ce ne furent que quelques centaines de gens, parmi les plus fervents convaincus, qui prirent leur envol. Ce fut entre autres le cas d'une certaine femme. D'aussi loin que les archives Grammatikaises —contrôlées au besoin par le grand frère Kartien— pouvaient remonter, cette femme avait simplement un rôle dans l'administration. Ce rôle était si flou qu'il ne pouvait indiquer qu'une chose: Elle n'était pas réellement de l'administration, elle faisait partie de l'élite discrète. Peut-être des ex-renseignements ? Ou alors, c'était ce que l'on cherchait à faire croire. Cette femme, elle s'appelait Hildegarde Von Lichtenau.

Et pourtant aujourd'hui, cette femme se trouvait en Grammatika, à Nominativnberg. Il s'agissait de la ville la plus à l'Ouest du pays, mais également la métropole Grammatikaise la plus proche de la Capitale Vahre: Kern. Sans doute que cette chère Hildegarde rendait visite à de la famille, elle n'était pas réellement Vahre en réalité. Germaine en revanche oui, ce pourquoi elle était acceptée en Vahrénie. Elle était comme parmi les leurs, sans doute également puisqu'elle était une ancienne dignitaire d'un régime fascisant. Elle était plutôt jeune en apparence, entre la vingtaine et la trentaine. Elle avait encore tout pour elle, mais surtout elle était l'idéale aryenne. Une belle fleur, aux yeux bleutés et à la chevelure d'un or rare.

Mais rendre visite à de la famille, ce n'était qu'un prétexte. Oui, cette femme se trouvait devant une autre, dans une charmante maison. Ce n'était ni sa sœur, ni sa mère, ni sa fille: Elles n'avaient aucun trait physique en commun. L'autre femme avait une allure grave, les cheveux à la fois en bataille, et à la fois tenus par un chignon à l'arrière de sa tête. Elle avait une cigarette fumante aux lèvres, un long trenchcoat qui laissait paraître une chemise blanche et une cravate noire en son ouverture. Pas de doute: C'était la Resquilleuse. Une haute agente des renseignements Kartiens, celle chargée de la direction plus ou moins officieuse de Grammatika. Ce fut cependant la nouvelle arrivante, qui engagea la discussion.

«Pourquoi m'avoir convoquée ?»

«N'en as-tu pas la moindre idée ?»

«Il faut dire que nos méthodes de communication sont... Elémentaires. Communiquer par carte postale enlève toutes les suspicions, c'est vrai. En revanche, son contenu ne me disait uniquement une chose: Que je devais me rendre ici. Je ne peux que supposer que c'est pour avoir de nouvelles instructions.»

«Mhm.»

La Resquilleuse acquiesça, avant de reprendre.

«Jusque là, tu étais en cellule dormante. A présent [...]»

Ce fut ainsi, à l'oral et sans aucune trace, que la jeune femme reçut ses instructions. Nom de code du plan: Opération Skye. Ce fut également de cette façon que Hildegarde Von Lichtenau, si c'était bien là son vrai nom, reçut son alias. Opération Skye, menée par l'agente du même nom. De la même manière que pour l'Opération Scattershot en Loduarie Communiste, qui consistait à assassiner discrètement la secrétaire générale de ce pays, l'agente concernée —car elle était seule— bénéficiait d'une couverture déjà établie. Hildegarde était sur le papier une ancienne Garmflüßensteinoise, ayant eu un rôle discret mais d'importance dans l'administration: Et surtout une fasciste convaincue. En réalité, elle était bien germaine oui, mais issue de l'état d'Helmer en Karty. C'était une Kartienne, et par dessus cela une agente des renseignements.

Son rôle dans l'Opération Skye, c'était le seul rôle qu'il y avait. Elle avait pour mission de participer à un gala, à un banquet, quelconque événement qui regroupait les hautes élites. Elle ne devait pas y aller en s'y infiltrant, les services Kartiens avaient —par des sociétés écrans ou tout autre moyen financier— les moyens suffisants pour lui acheter sa place. Par la suite, elle devait simplement attendre. Oui, une mission d'attente. Une femme belle et jeune, seule à une table. Une femme chiquement habillée, séduisante. Une femme qui n'attendait qu'une seule chose en somme: Qu'on la courtise. Sa mission était simple, sans aucun risque: Elle devait charmer l'un de ces dignitaires Vahréniens, politique ou militaire. Être la plus belle, la plus aryenne possible pour leurs yeux. L'étape finale coulait de source: Extorquer un maximum d'informations à cet homme, et peut-être au besoin le manipuler.

...

Plus tard, Kern, le lendemain.

Ce soir-là, la haute classe Vahrénienne se réunissait pour une soirée mondaine. La femme Lichtenau avait grassement payé son ticket d'entrée, mais elle était là. Elle se tenait aux côtés de ces riches industriels, ces vieux aristocrates, ces militaires en uniforme, ces membres du parti, ces penseurs acquis du régime: Tout un beau monde.

La monumentalité s'élevait. Le bâtiment était-il un grand palais gouvernemental, un immense théâtre ou un riche hôtel particulier ? C'était étrange, car il semblait tout à la fois. Une œuvre pharaonique, digne de la plus grande bâtisse, une architecture trouvant ses échos dans les travaux Speeriens.

Comme tout le reste, le hall d'entrée était immense. Il offrait sur de vastes escaliers de marbre, sur quelques fontaines à la fois modernes et pourtant traditionnelles, sur porcelaines et argenteries: Il offrait richesse et opulence. Les fenêtres élancées aux ornementations d'or étaient couvertes d'épais rideaux d'un pourpre sang, offrant une ambiance intimiste dans un lieu d'apparat et de surveillance.

En réalité, tout était si faux et si paradoxal. Seul l'immense portait du nouveau dirigeant, Walther Gortner, dominait la salle. Le tableau était si lourd que des chaînes de métal le retenaient, luttant à chaque seconde contre la gravité. Tout un dispositif pour honorer un homme qui, paradoxalement encore, n'était pas même présent.

Il y avait beau avoir des bijoux et des coiffures sophistiquées pour les femmes, seuls ces étendards incomptables au symbole du pays pouvaient absorber toute l'attention sans le dire. Des drapeaux finement placés, ni trop pour ne pas tomber dans une propagande assommante et ridicule, ni pas assez pour pouvoir omettre dans quel lieu l'on se trouvait. Il y avait même, parfois peut-être, un serveur qui réhaussait d'un ou deux millimètres un de ces drapeaux: Un peu trop penché.

Les hommes quant à eux, pouvaient bien être sophistiquement vêtus: Leurs paroles s'amoindrissaient à mesure qu'un officier s'approchait d'eux. Oh bien sûr, il ne faisait que passer: Cela suffisait à faire taire la plus innocente discussion. Car après tout, qui serait prêt à risquer une discussion personnelle avec la Volksarmee ?

En d'autres termes, une soirée où chaque mur avait des oreilles, chaque meuble des yeux. Une soirée où, pourtant tout le monde souriait. Car en effet, ce tout le monde avait appris à faire comme si. Seuls les dignitaires du parti et les militaires en uniforme sobre ne se cognaient pas à cette réalité, puisqu'ils l'imposaient.

Hildegarde était chargée de s'approcher de ces hommes là. Elle ne devait ni les menacer ni les contraindre, en réalité elle n'avait même pas à s'en approcher. Elle n'avait qu'à se mêler à la foule, dansait parfois, se faire remarquer suffisamment mais discrètement. Ensuite, elle devait attendre à une table, seule. Son charme et la soirée allaient faire le reste...

Skye
Skye

Contexte (HRP)Contexte (HRP) a écrit :Ce RP constitue une opération culturelle. La fiche attendue (réussite majeure, réussite mineure, défaite mineure, défaite majeure) sera publiée dans un post suivant afin de faciliter le travail d'arbitrage, mais aussi parce que ladite opération a lieue dans quelques semaines.
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Ceci est une réponse automatique. Merci de ne pas répondre à ce message après lecture.

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À qui de droit,
Vous avez tenté de contacter l'organe diplomatique de l'Union Internationale du Communisme et du Socialisme.
Nous avons malheureusement le devoir de vous annoncer que L'UICS a fermé ses portes et mis fin à ses organismes.
Nous vous invitons donc, à contacter le département des affaires étrangères de la Nation Communiste de Loduarie, afin de donner lieu à votre requête d'une autre manière.
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Opération Skye a écrit :Résumé de l'opération:
L'Opération Skye consiste, grossièrement, à ce que les renseignements Kartiens entament un rapprochement officieux avec les hauts cercles militaires ou politiques de la Vahrénie. En effet, une agente Kartienne est chargée d'approcher une éminente personnalité Vahre, politique ou militaire donc, durant une des soirées mondaines organisées par le régime. Il est connu que, pour un pays comme la Vahrénie, les élites abusent de leurs privilèges en organisant ce type d'événement. L'agente Kartienne n'est pas chargée de s'infiltrer dans cette soirée, puisqu'elle a obtenu une invitation, soigneusement payée par l'intermédiaire du Kray, sous diverses couvertures évidentes. Pour continuer sous cet aspect de couverture, l'agente dont l'alias n'est nul autre que celui de l'Opération, Skye, bénéficie d'une fausse identité Grammatikaise: Une ancienne responsable politique de l'ancien régime fasciste en Grammatika, et donc cordialement amie de la Vahrénie. En réalité, il s'agit certes d'une germaine en capacité de plaire aux idéaux racialistes Vahrs, mais de l'état allemand de Karty: Helmer. En quelques mots plus simples, il s'agit d'une pratique que certains appelleraient du 'sexpionnage', réelle et sérieuse au demeurant: Qui consiste à approcher des dignitaires étrangers par le service d'agentes usant de leurs attributs de séduction. Une méthode qui peut prêter à sourire, par ses traits archaïques et curieux, mais encore une fois: Réellement efficace.

Points forts de l'opération:
  • Aucune usine culturelle en défense, et surtout aucune usine culturelle tout court pour l'adversaire.
  • La Vahrénie est un pays économiquement et militairement faible par rapport à Karty, ses moyens en sont conséquemment réduits pour repérer les agents étrangers: Il ne s'agit pas d'une opération de haut vol, cette dernière est simpliste et élémentaire.
  • Le profil de l'agente correspond parfaitement aux idées racistes qui conviennent à la haute société Vahrénienne.

Points faibles de l'opération:
  • Depuis les récents mouvements et déclarations de la Fédération Estalienne, la Vahrénie pourrait être considérée comme plus sensible et attentive aux mouvements étrangers.
  • Les pays totalitaires, comme la Vahrénie ici, ont fort souvent la caractéristique de paranoïa politique qui pourrait aider à la détection d'agents étrangers.
  • Le paiement du 'ticket' pour entrer à la soirée mondaine venant des renseignements Kartiens, la transaction pourrait être suspecte (même si effectuée par les systèmes adaptés pour brouiller les pistes).

Source de l'opération:
Voir ce RP pour la partie rédigée de l'opération, qui totalise les 10k nécessaires à une opération culturelle de récolte d'informations sensibles. A noter que je laisse le joueur adverse décider, sous couvert de réussite, de la personnalité approchée et donc des informations récoltées.


Réussite majeure:
L'Opération Skye est une vaste réussite. L'agente Kartienne approche/séduit durablement un haut dignitaire Vahrénien, ouvrant la porte vers des informations précieuses pour le Kray (renseignements Kartiens).

Réussite mineure:
L'agente Kartienne réussit à approcher/séduire une cible d'importance légèrement moindre, ou qui ne révèle pas (au bout d'un certain temps, évidemment) la totalité des informations qui l'intéresserait. L'opération peut cependant être poursuivie puisqu'un contact est établi.

Défaite mineure:
L'agente Kartienne commence positivement l'opération en approchant une cible, ce qui ne durera cependant que l'espace de la soirée. Aucun contact durable n'est établi, sans quoi aucune information ne peut être saisie.

Défaite majeure:
L'accent allemand de la Kartienne est jugé trop relatif par certains militaires pointilleux, qui peuvent envisager la présence d'une agente étrangère: Sous couvert, cependant, de contre-opération (s'agissant d'une opération non dangereuse car à 10k).
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https://zupimages.net/up/26/36/kqs3.png
La militarisation de la frontière Vahro-Kartienne atteint des sommets !

Contexte (HRP)Contexte (HRP) a écrit :Ce RP vient simplement compléter celui-ci. Egalement, ce RP vient officialiser une information utilisable en RP: La frontière Vahrénie/Karty atteint un niveau de militarisation extrême. Des canons sont déplacés, des blindés acheminés et des patrouilles aériennes viennent compléter le tout.
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"Léandre nous voilà !"

Exercice militaire velsnien en Youslévie


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"Léandre nous voilà !"

"Excellence Primpile, je crois que nous sommes à Baltos."

"Ah. Euh. Même chose."


C'est un spectacle bien curieux auquel assistent les riverains du vieux port de la ville antique de Baltos: celui de centaines d'hommes et de femmes dans des habits aux couleurs bariolées et aux treillis impeccables. Chargeant sur leurs dos des kilos de matériel. Certains s'arrêtent une fois à quais et embrassent le sol en s'exclamant "Léandre nous voilà !". Il faut le rappeler, la méconnaissance géographique que certains velsniens ont des lieux qui pourtant, font partie intégrante du récit intergénérationnel que constitue l'Histoire de leur cité. Pour beaucoup, Léandre est davantage un mythe qu'un lieu, un mythe magnifié par les auteurs fortunéens classiques, relatant des duels homériques entre des héros sortis de l'imagination des antiques auteurs, et une guerre sans fin entre la progénitrice de Velsna et ceux que l'on a appelé les "landrins". Les aristocrates de bonne famille qui sont vomis par ces navires ont baigné depuis leur naissance dans ces récits, d'une cité landrine autrefois maîtresse de l'Orient leucytalien. Ils ont rêvé dans le fond de leur lit des rivages azurés de la mer intérieure, la mare nostrum de la Rhême d'autrefois. Dans leurs esprits, les noms de Léandre, Fortuna, Baltos, la Sicanie...tout cela s'entrechoque en une culture commune d'une cité-état qui a passé le millénaire entier à revendiquer son appartenance à ce monde leucyatlien, tout en étant confronté à la triste réalité que Velsna était située sur l'autre versant de l'Eurysie, entourée de peuplades barbares tenues en pière estime pour leur brutalité, leur inculture et leur manque du sens des affaires. C'était ces jeunes hommes, qui embrassaient le ciment des quais du port de Baltos ce jour là, sous les yeux circonspects des youslèves qui se demandaient bien ce qui pouvaient rendre ces jeunes gens autant en émoi.

Leur chef était à leur image, cet "Emilio Berta", qui avait été nommé par le Sénat des Mille, chef du corps expéditionnaire velsnien en pays landrin. Et comme tous les membres de cette expédition triés sur le volet par ses soins, il fait partie de cette partie de l'aristocratie sénatoriale velsnienne descendant de ceux qui ont fui la chute de Léandre, six siècles plus tôt, et qui ont embarqué pour la cité velsnienne. A bien des égards donc, ce déplacement s'apparente donc à un rituel de retour au foyer, qui viennent prendre de la terre sableuse et la frotter entre leurs mains, comme pour se souvenir que cet endroit fertile abritait autrefois une cité resplendissante, quant bien même la véritable Léandre se trouve à près d'un millier de kilomètres de Baltos. 10 000 jeunes hommes et jeunes femmes, soigneusement sélectionnés par son excellence le Primipile Berta, uniquement issus des trois premières classes censitaires de la société velsnienne, et dont chacun d'entre eux a pu prouver qu'il possédait au moins un parent pouvant remonter ses origines à une lignée patricienne landrine. Autant dire que ces gens venaient du même monde, et que la vie des gens du commun qui travaillent sur les quais de Baltos leur était totalement étrangère, voire un peu barbare.

Emilio Berta dévisageait ces youslèves qui lui firent accueil avec un œil assuré, un peu pédant, voire hautain. Mais il ne pouvait en être autrement avec un patrimoine foncier familial estimé à près de 450 millions de florius velsniens. Mais heureusement pour les locaux, le séjour à Baltos fut court, car le comportement de ces jeunes gentilhommes étaient loin de refléter leur apparente courtoisie. Courtois ils l'étaient avec les dames en effet, mais ils étaient également querelleurs, bagarreurs, prompts à céder à la moindre provocation et la prendre pour une question d'honneur. Certains d'entre eux se promenaient avec des fleurets dans la rue pour faire valoir leur prétention au respect, et quant bien même ils ne restèrent que deux nuits à Baltos, deux d'entre eux furent arrêtés suite à une altercation entre cex deux là, qui étaient écharpés en duel après avoir conté fleurette à une même fille de poissonnier rencontrée sur le marché du vieux port. Ce genre d'ancodotes, il fallait que les youslèves se préparent à en entendre beaucoup lors du séjour de ces gens qui du reste, avaient vraiment l'air de penser que le monde était un terrain de jeu où défendre un honneur fictif et assez vain.

Les autorités youslèves, il va sans dire, s'arrangèrent pour faire évacuer le plus vite possible cette soldatesque vers le nord et l'affectation qui avait été donnée à ces hommes lors de leur résumé de mission au lendemain des communications velsno-youslèves qui avaient fait état de mouvements suspects dans la région de la Vahrénie. Ces "landrins" étaient reconnaissables entre tous. Si leur équipement, payé de leur propre poche était de la plus grande des qualités, il arboraient tous des écussons différents, qu'ils soient familiaux ou liés à leur quartier d'origine. Car si tous étaient originaires de l'intérieur même des murs de la cité velsnienne, ils avaient eu tôt fait de se souvenir des inimitiés qu'ils entretenaient entre les différents quartiers de la ville. Ainsi, le Primipile Berta prit soin de séparer les gentilhommes landrins de San Siro et ceux de San Stefano, connaissant leur haine séculaire. C'était l'heure de vérité pour cette unité nouvellement constituée en urgence afin de répondre aux inquiétudes du gouvernement youslève à leur frontière septentrionale.

Cette joyeuse chevauchée était également accompagnée des traditionnels mercenaires et étrangers qui évoluait de la manière la plus commune qui soit autour de n'importe quelle armée velsnienne, en la personne cette fois ci, d'une tribune entière de mercenarii issus du pays de yamato, mais que les gens du corps landrin appelaient simplement des "ushong", car en effet, l'Empire Xin était pour ces gens là le suzerain légitime d'une grande partie du continent nazumi, et ceux ci appelaient indifféremment donc ramchoures, yamato, stranéens, linguois, des "ushong".

Si le corps landrin était en exercice, il ne serait pas seul, car le Gouvernement communal avait dépêché une escorte aérienne conséquente afin d'opérer des exercices aériens en compagnie des forces youslèves. A biens des égards, cette manœuvre était relativement commune. Cela avait déjà été le cas entre Fortuna et Velsna il y a quelques années au large de l'Afarée, mais c'était bien la première fois qu'un tel exercice avait lieu avec les youslèves, qui dans le gag populaire, étaient un peu ces cousins étranges dont la ressemblance avec eux même était fort troublante.

Au cours de ce séjour, le Primipile Berta n'aurait de cesse de retranscrire son expérience dans ses carnets de commandement, telle était son habitude.




  • Velsniens et youslèves débutent une série d'exercices terrestres et aériens au nord du territoire youslève.
  • Le corps landrin est constitué de 10 000 gentilhommes et demoiselles de bonnes familles landrines, de la 1ère à la 3ème classe censitaire. Ils sont réputés bien armés, mais turbulents. Il est conseillé au joueur youslève de les tenir en laisse. C'est une force relativement polyvalente et bien armée, mais qui a l'air de souffrir d'un immense complexe de supériorité.
  • 1 000 mercenaires yamato sont également présents.
  • Une escorte aérienne fait également des exercices en compagnie de leurs homologues youslèves.
  • Le Primipile Berta tiendra des notes de journaux à intervalle régulier.
3316
Tour de Babel
Récit de la cohabitation entre les différents contingents de l'exercice militaire en Evasie


Alors comme ça vous êtes des Ushongs d'Aleucie ?

La question avait été posée dans un austarien bancal par un des caporaux youslève à une mercenaire yamato pendant les quelques heures de battement avant de rejoindre les avants-postes où auront lieu les exercices dans le cadre de l'entraînement militaire commun entre les armées velsniennes, youslèves, antériniennes et donc ce millier de mercernaires nazumis. Le Youslève moyen était plutôt bon en géographie, surtout quand il s'agissait de reconnaître les anciennes colonies de l'empire que l'on se plaisait encore à longuement étudier dans les écoles du pays, ce qui n'était pas le cas de ce militaire. A sa décharge, la Youslévie n'avait jamais étendu sa domination jusque dans les lointaines contrées du Nazum et peu de nazumi, hormis quelques émigrés wanmiriens et expatriés jashuriens ne venaient en Youslévie. Cet éloignement géographique et culturel avait façonné une certaine vision quelque peu exotique de ce coin-là du globe. Ces idées reçues allaient évidemment de pair avec leur lot de fantasmes, d'où l'intérêt de certains militaires youslèves pour la gent féminine du mercenariat. Cette vue de Makotan (expression en Youslévie servant à désigner les fétichismes en tout genre, allez savoir pourquoi, les mystères de la phraséologie) avait été accueillie avec un certain dégoût par les principales concernées et on déplorait quelques nez cassés et des séquelles à l'entre-jambe consécutives à des coups de pied dans les parties intimes.



Excusez-moi de vous déranger, mais vous faites des bisous au mur sur lequel pissent les clodos...

Si les Youslèves avaient du mal à faire la différence entre un Ushong et un Yamato, ils n'avaient pas à rougir devant la culture géographique des Velsniens. On mit du temps à comprendre pourquoi les militaires landrins, remplis d'extase, se prosternaient sur le port et baisaient consciencieusement le sol et certains murs des docks de Baltos. En fait, il semblerait que les Velsniens aient confondu la ville youslève avec la cité fondatrice de Léandre, renforçant les moqueries autour des cousins d'Eurysie occidentale.


D'ailleurs vous savez combien de Velsniens il faut pour allumer une ampoule ? *

Cet exercice a d'ailleurs été l'occasion de réunir pendant un court laps de temps ces deux peuples si proches. Il paraît que les tribunes du Stadion Safran de Baltos ont été envahies de visiteurs velsniens venus assister à un beau match de footabll, ce qui change sensiblement de ce qu'ils ont l'habitude de voir chez eux. Un match de foot a également été organisé à la va-vite sur le port, les sacs servant de cages et un officiel antérinien prenant le rôle d'arbitre. L'histoire ne nous dit pas le résultat final car, voyant le score leur échapper, les visiteurs commencèrent comme à leur habitude à se battre contre leurs adversaires forçant l'arrêt du match et entraînant quelques sanctions disciplinaires.


Pendant ce temps, dans les locaux de l’État-major.

Les discussions allaient bon train avant le début des exercices qui laisseront évidemment place au plus grand professionnalisme. Ça discutait football avec le Primipile Berta et de... moins de choses avec les Antériniens qui bien que voisins des Youslèves possédaient peu de choses en commun, en tout cas moins qu'avec les Velsniens.
Alors que les préparatifs avançaient et que la date du début des manœuvres se rapprochait, l'ambiance devenait de plus en plus sérieuse. Les pauses se faisaient plus rares et c'est durant l'une d'entre elles qu'un sous-officier s'approcha des commandants youslèves pour leur chuchoter à l'oreille :

L'armée vahr a tiré sur les manifestants puis s'est retournée contre le chancelier et a attaqué son palais. On n'a pas de nouvelles de Gortner.


* Réponse à la blagueAucun parce que le temps qu'ils comprennent comment faire il fera déjà jour.

11220
Contact :

.



On est là.
⮕ L'Hydre et son Travail.


Konrad avait eu un mal de chien à entrer dans ce pays. La Vahrénie n'était sortie de son isolationnisme que l'année dernière, il était donc normal que la sécurité aux frontières et les procédures pour entrer étaient particulièrement sévères. Ils avaient mis les bouchées doubles aux gardes-frontières, à première vue et en dehors du sol kartien, il était bien difficile de faire entrer qui que ce soit avec des armes sur le sol vahrénien sans avoir déjà des contacts au préalable. Oh, des contacts, Konrad en avait, il avait fini par en obtenir quelques-uns grâce au soutien du SETR qui a épluché tout l'Internet illégal afin de trouver quelques rares passeurs travaillant aux frontières vahréniennes. Ces mêmes passeurs illégaux, pour la plupart issus de minorités opprimées en Vahrénie et gagnant ainsi leur dû par leurs activités illégales, qui devaient être davantage habitués à faire fuir leurs compatriotes italophones ou slovènes en dehors de l'enfer fasciste vahrénien plutôt qu'à faire rentrer des gens à l'intérieur. Ce fut donc avec grande surprise que ces mêmes passeurs firent passer Konrad de l'autre côté, au sud de la Vahrénie. Bien sûr, il n'était pas seul, en tout cas dans le reste de la Vahrénie. Le SETR avait passé quelques semaines à cartographier à partir du réseau de passeurs clandestins aux frontières les principaux corridors que républicains, communistes et minorités linguistiques/ethniques ont utilisés depuis la fin de la guerre civile il y a cinquante ans afin de pouvoir passer leurs agents et leur matériel. Au total, une mission qui comprend une bonne centaine d'agents mais tous voyagent seuls, s'infiltrent en Vahrénie selon un agenda irrégulier allant de quelques semaines à plusieurs mois d'intervalles afin d'éviter que la chute d'un des agents n'expose le reste de la cellule avant même qu'elle puisse être rassemblée au complet.

Konrad voyageait de nuit et dormait le jour, sa connaissance de la langue, son accent germanique, son physique attrayant et fidèle à l'idéal volkiste lui évitait généralement d'être interrogé par les curieux dans les auberges et hôtels où il se reposait sur son chemin, il avait littéralement le white-pass. Puis il atteint sa destination au bout de quelques jours de marche : un petit village dans le fin fond méridional de la Vahrénie, une région principalement montagneuse et marécageuse et habitée en grande partie par des peuples slovènes et liefenz, des minorités historiquement réprimées, aux tendances généralement indépendantistes. Il faut dire que ces minorités ont un terrain idéal : ils sont éloignés de Kern, la capitale, située tout au nord, ils sont historiquement des opposants au régime et le relief local avantage bien toute forme de résistance, y compris pour les mouvements antivolkistes qui ne seraient pas nécessairement slovènes ou liefenz, notamment les républicains, les communistes et les anarchistes de tout bord. La zone parfaite, celle des laissés-pour-compte. En marchant sur la place centrale du village, Konrad admira la statue située en son centre : une statue représentant la Kaiserine Beatrix, dite la Blonde, conquérante de la région au début du XVIe siècle. Konrad s'interrogea en partie sur la présence de cette statue, il était de notoriété publique que les Liefenz particulièrement avaient en sainte horreur le régime de Kern, plus encore depuis qu'il était devenu volkiste dans les années 1970, alors pourquoi avoir conservé la statue d'une impératrice qui n'était rien de plus que le symbole d'une oppression étrangère ? Avant même qu'il puisse approfondir sa réflexion sur le sujet, lui qui n'avait jamais été grand philosophe, une main se posa sur son épaule :

"È magnifica, vero ?
- Je vous demande pardon ?
- Pardon, j'avais oublié que vos patrons n'avaient pas envoyés d'italophones ici. Je me présente : Diego Macario, je suis la personne avec qui vous avez pris contact le mois dernier.
- Albert, enchanté.
"

Konrad serra la main de l'homme. Evidemment, il lui donna un nom inventé de toutes pièces, il était évidemment hors de question de donner son vrai nom à un simple contact de terrain. Il analysa l'homme en face de lui : il n'était plus tout jeune, il devait avoir dans la quarantaine certainement. En espérant qu'il avait des informations utiles.

"Pourquoi avoir conservé cette statue, Diego ? Je crois comprendre que c'était la monarque qui vous a enlevé l'indépendance, non ?
- Oh, vous n'êtes pas le premier à nous le faire remarquer. En vérité, cette statue est plutôt récente, les habitants de ce village l'ont abattus plusieurs fois dans le passé mais à chaque fois, les Vahrs nous ont sévèrement réprimés et ont massacrés toute velléité de rébellion.
- Un symbole de répression en quelque sorte.
- Et de peur, tout à fait. J'espère sincèrement que votre aide nous permettra de l'abattre définitivement. Mais d'ici là, cet endroit doit faire profil bas. Suivez moi.
"

Konrad suivit alors l'homme qui l'amena rapidement à une des maisons du village, une maison plutôt grande en comparaison des autres. Diego devait certainement avoir les moyens, peut-être était-ce un marchand, un petit bourgeois ? Bien entendu, de sa formation idéologique husakiste, Konrad a surtout retenu qu'il ne fallait jamais faire confiance aux bourgeois. Bien que l'homme en face de lui pouvait lui paraître sympathique à première vue, il restait méfiant et sous son manteau, il était prêt à dégainer son EHGS-57 à tout moment. En entrant, il pouvait constater qu'il y avait du monde dans le salon. Il reconnut immédiatement quelques-uns de ses camarades. Une d'entre elles se leva au garde-à-vous.

"Mes respects, mon adjudant.
- Repos, sergent. Je vois que vous n'avez pas perdu vos habitudes protocolaires. Cela fait combien de temps que vous êtes ici ?
- La plupart d'entre nous sommes arrivés hier.
"

La femme qui se tenait devant elle était la sergent Eva Erdmann, elle aussi d'origine kaulthe, mais contrairement à Konrad qui était avant tout un gros bras de la GI et des forces spéciales kaulthes autrefois, Eva était vouée davantage à être le cerveau de l'opération : c'est elle qui avait le mieux étudié le cas vahr, qui en maîtrisait le mieux la langue, les coutumes et us mais aussi qui avait une profonde compréhension du schéma politique vahr et de ses acteurs principaux. Cela étant, pour la première partie de l'opération, sa connaissance de la Vahrénie restera pour le moment secondaire, une reconnaissance militaire d'envergure ne nécessite pas de connaissances politiques et sociales poussées mais d'une cartographie géographique des forces armées de ce pays, et ce sur le long terme. De même, Konrad restait sceptique à l'égard de ce fameux "cerveau" de l'opération : cette femme possédait beaucoup de connaissances sur ce pays mais ces connaissances ont étés apprises sur les bancs de la fac, dans les amphithéâtres de l'Académie Militaire Révolutionnaire de Mistohir, peut-être auprès d'émigrés vahrs certes, mais elle n'avait pas d'expérience du terrain. Elle apprend sur le tas, comme tout le reste de l'équipe. Konrad scruta le reste de l'équipe, il manquait un peu de monde quand même.

"Où sont les deux gars du SETR ? Je croyais qu'ils seraient ici.
- Changement de dernière minute, mon adjudant, la section de Kern a demandé à ce que tous les agents du SETR rejoignent la capitale.
- Pourquoi faire ?
- Mettre sur écoute les principales institutions étatiques et leurs chefs, c'est une mine d'or importante en terme d'informations.
- D'accord, et je fais comment pour obtenir mes infos, moi ? Aucun de mes gars ne s'y connaît en informatique ici.
- Je peux peut-être vous aider.
"

Konrad se tourna vers la voix, un jeune homme qui se tenait juste à côté de Diego, leur hôte. Il était plutôt frêle et mince et il devait être aussi assez jeune au vu du caractère imberbe de sa barbe naissante. Oui, d'accord, peut-être qu'il avait le profil typique du geek qui ne sort pas de chez lui mais les apparences sont souvent trompeuses et Konrad haussa un sourcil de manière légèrement condescendante :

"Et je peux savoir qui t'es ?
- Oh, navré, je ne vous ai pas présenté mon fils, messieurs. Il s'appelle Efisio. Il est un peu jeune mais il est étonnamment bon avec tous ces trucs informatiques et ces bidules. C'est grâce à lui que nous avons pu prendre contact avec vous.
"

Konrad grinça un peu des dents, son regard alternant entre son équipe et les deux Liefenz en face de lui, visiblement extrêmement sceptique. Visiblement, son équipe semblait tout aussi confuse et indécise que lui et il faut les comprendre : le SRR n'a jamais l'habitude d'employer sur le tas des contacts locaux sur des tâches aussi délicates et sensibles que la transmission d'informations. Les contacts, ils sont surtout là pour faire le sale boulot, pour se salir les mains quand le SRR n'a pas le luxe de le faire ; s'appuyer sur un gamin local que personne ne connaît ni d'Adam ni d'Eve, ça enfreignait tous les protocoles et les règlements opératifs du SRR...mais est-ce qu'ils avaient vraiment le choix ? Sans informations, impossible de cartographier les infrastructures militaires et certainement pas d'infiltrer quelques infiltrés et informateurs sur place. Tant pis pour le règlement, c'était sûrement la seule alternative.

"Et en quoi tu peux nous aider, gamin ?
- C'est pas très difficile de faire de l'OSINT à partir des données déjà en ligne en Vahrénie. A partir d'elles, je peux déjà vous situer la grande majorité des installations militaires du pays.
- J'ai pas juste besoin de savoir où elles se trouvent.
- Je sais. On peut se fier aux marchés publics autrement.
- Aux marchés publics ?
- La Volksarmee n'obtient pas son armement de nulle part, elle l'achète via les marchés publics comme n'importe quel pays, à des entreprises, que ce soit des industries nationalisées ou appartenant à l'aristocratie au pouvoir. Dans tous les cas, ils conservent une trace de comptabilité. Ces offres ne sont pas strictement publiques pour des raisons évidentes de confidentialité mais si vous réussissez à identifier les individus responsables des industries de l'armement, je pourrais tenter de les pirater.
- Et pour nos informateurs ?
- De l'OSINT ciblé. Je vous trouve des profils intéressants et vous vous chargez de l'approche. Ce sera d'autant plus simple dorénavant de vous faire des amis dans l'armée au vu des temps qui courent.
- Et pourquoi ça ?
- Même l'armée s'est mutinée contre Gortner, l'un des piliers de l'ancien régime volkiste. Autrement dit, il vous sera d'autant plus simple de trouver des dissidents.
- Très bien, je dirais au SETR de ficher tous les militaires potentiels qui ont participés à ces mutineries et de t'envoyer les données en brut. D'ici là, on va explorer un peu le coin.
"

Après avoir déposé ses affaires, Konrad sortit de la maison et se promena dans les ruelles du village. Lui et ses camarades allaient certainement observer un peu la façon de vivre des minorités méridionales de la Vahrénie quelques temps, de parler aux notables de la région, d'examiner leur avis sur la situation et de prendre contact avec les indépendantistes pouvant traîner dans les zones rurales et les petites villes de la région. Il ne s'agissait pas seulement de combattre fascistes et libéraux en Vahrénie, aux yeux des Estaliens, il fallait mettre le feu aux poudres : la Vahrénie est intimement une construction impérialiste dans son essence même, dans son histoire, de part l'oppression dont elle se rend coupable auprès des peuples qui l'a composent alors si les communistes sont déjà des combattants contre Kern, les indépendantistes au sud sont peut-être encore plus fiables à terme. En effet, la Vahrénie tente bien de se libéraliser, de donner plus de libertés civiques à sa population, mais combien de régimes fascistes historiquement ont succombés à la démocratie par leur propre initiative ? Les dirigeants vahrs n'étaient pas soudainement épris de la liberté et des droits de l'homme, ils tentaient seulement de faire évoluer la formule, la rendre plus supportable, d'obtenir la paix sociale. De la même manière que les régimes libéraux achètent la paix sociale tout en conservant un monopole sur la violence légitime qui leur permet d'appliquer des mesures autoritaires si la neutralisation des mouvements sociaux ne suffit plus, les régimes fascistes ne sont pas plus différents dans leur approche. Cependant, si capitalisme et fascisme sont les deux faces d'une même pièce pour les Estaliens, et ce depuis longtemps, ce n'est peut-être pas le cas des camarades vahrs qui pourraient succomber à la tentation de la démocratie parlementaire et aux fausses promesses pseudo-bourgeoises que leur vendent les plus conciliants du régime vahr. A l'inverse, un indépendantiste, il ne demande pas autre chose que le droit de son peuple à s'autodéterminer et ce malgré la proximité idéologique parfois troublante entre le régime central et les mouvements indépendantistes. Il suffit seulement de prendre le contrôle de cette frange indépendantiste, de lui donner une fibre franchement libertaire afin qu'il prenne corps et impose son leadership à des mouvements à priori minoritaires et divisés jusqu'ici, d'autant plus dans une région de la Vahrénie où le relief ne favorise pas les grandes réunions.

Oui, c'est comme ça que Konrad passera le temps, en attendant que le petit jeune et que les agents du SETR plus au nord fassent leur travail.
26697
[🗲] Die Schleife
Kapöli (🗲): Toÿmynöt

"Cagliostro" Sally Väytkä, 2021 (Construction, Musée des Arts Photographiques de Tassel)

"Cagliostro"
Sally Väytkä, 2021 (Construction, Musée des Arts Photographiques de Tassel)



Il était tard, mais malgré cela la lune n'était nulle part. Il avait plu quelques jours plus tôt, et bien que l'atmosphère était redevenue sèche, les pavés du trottoir étaient encore humides, suant la crasse de toutes les bottes qui les piétinaient. Durant toute la journée, le soleil et les intempéries avaient frappé ce sol dont personne n'osait regarder le visage, un simple lieu de passage, où l'on ne pouvait s'arrêter, même pour rendre hommage. Hommes d'affaires, mères et ses enfants, partenaires de travail, ouvriers de l'usine d'à côté. Peut-être même quelques soldats, et des membres des forces de l'ordre. Eux tous avaient posé pied sur ce lieu commun, suffoquant le goudron sous leurs pas insouciants.

Mais désormais, il était tard. La nuit l'avait emporté sur le cycle des heures de pointe. Tout le monde se trouvait à son domicile, ou bien quelque autre part, profitant de la soirée pour rattraper du temps libre qu'ils avaient abandonné aux obligations de la journée. Personne ne marchait plus dans ces rues, et la pierre humide pouvait à présent respirer sous un ciel maigrement étoilé, attendant avec appréhension la nouvelle vague de venus.

Pourtant, tout le monde n'avait pas réellement disparu. Il restait quelqu'un. Une jeune femme, seule. Adossée à un réverbère, grésillant et attirant les insectes nocturnes, une image certainement cinématographique. On aurait dit qu'elle posait pour quelqu'un, ou qu'elle attendait un amant. Mais elle n'inspirait en rien quelqu'un de raffiné. Qui plus est, elle fumait. Un comportement assez rebelle, mais assez typique du lieu où elle venait bien qu'elle piétinait ce signe tout comme son mégot. Elle n'était pas là pour discuter, elle devait seulement écouter et si possible, survivre. On n'improvisait pas, après tout, une entrée par les accès principaux.

Elle jeta un coup d'œil rapide à sa Frescaline, marmonnant quelques arrières pensées. Il allait bientôt être temps de rentrer à l'hôtel, et c'est désormais alors que le soleil avait disparu et emporté avec lui les passants que son travail débutait, alors que celui de tout autre personne s'achevait. Calme et méthodique, elle laissa tomber son allumette en tabac sur ces mêmes dalles qui pleuraient sa présence, tel un maître insouciant jetant ses restes de viande à un chien affamé. De l'extérieur, c'était certainement un manque de respect pour Kern en général, mais en y réfléchissant, ces mêmes pavés avaient absorbé le sang d'innocents ce même jour. Le déchet n'était alors que crasse, que la mousse sur une stèle déjà reposant sur des corps enfouis sous six pieds de terre humide et remuée. On ne lui en voulait pas au final, elle ne venait que constater et observer un après-coup douloureux pour le pays.

* * *

Cécile Rapaz était typiquement ce que le Jaegerkorps af Sankt Hedwig aimait voir chez l'un de leurs opérateurs et infiltrés, c'est à dire un esprit pragmatique, méthodique et qui aime assez la solitude pour pouvoir survivre seul pendant parfois des années durant. Des agents dormants selon certains, des disciples de Kira et Edwige selon d'autres, on ne sait jamais d'où est venue cette tendance. Mais elle change radicalement des personnalités musclés envoyés précédemment par l'ex-MIRA qui comptait seulement dans ses rangs des assassins parfois peu discrets, ou bien beaucoup trop. En Antares, on se cachait tout court. En Corvus, on se montre parmi tant d'autres. Et c'est ce qui a fait la réputation subite du JASH. Les opérations majeures qu'ils avaient conduit pour l'instant se limitaient à des échanges avec le Kray, ou bien des chasses à l'homme à l'intérieur même de Corvus, autrement dit des résidus de la Guerre des Ombres. Personne vraiment n'avait encore décidé d'agir de manière importante à l'étranger. Et bien que beaucoup supposaient que la première cible allait être la Loduarie, beaucoup se trompaient. Dans tous les cas, personne ne s'attendait à ce qu'une agente modèle comme mademoiselle Rapaz allait recevoir une mission de quelconque importance, son rôle était purement représentatif. Elle devait acheter, faire du business comme on savait le dire, et pas fourrer son nez dans les affaires de la Vahrénie.

C'était décidément pas très palpitant. Revoir de la paperasse, surligner des petits passages dans de grands articles, décortiquer la presse, communiquer une fois par mois avec son pays natal, essayer comme elle pouvait de parler un allemand qui ne soit pas du Deutschkorvus. Et surtout, répondre à une version germanisée de son propre patronyme, Cäcilie Rapp, tout cela pour mieux se fondre dans la masse et passer réellement pour quelqu'un qui n'est là que pour être là. Car pourquoi être en Vahrénie si le pays n'avait même pas eu de contact diplomatique avec la Fédération de Corvus depuis sa création ? Cécile n'avait pas à poser des questions, elle devait seulement répondre lorsqu'on lui demandait de rendre des comptes. Et pour elle, cela suffisait.

Ainsi depuis trois semaines, Cécile était à Kern pour une mission sans la moindre gloire. L'objectif était assez simple, préparer sous l'actuel leader, Gortner, la couverture commerciale d'une holding qui veut acheter un atelier de wagons. Le pays vivait certainement quelques instabilités, et cela démultipliait sa charge de travail surtout face à une commission qui ne s'y retrouvait plus entre les changements de normes et de lois. Quiconque aurait appelé cela un calvaire plus que du véritable travail, mais au moins elle pouvait s'en occuper toute seule et pas devoir gérer une équipe, c'était du moins ce qu'elle se disait pour se rassurer et garder sa tête froide.

Mais travailler n'avait pas été très simple, surtout cet après midi là. Depuis quinze heures, des bruits de manifestations en dehors de l'hôtel faisaient rage, la jeune femme n'arrivait tout simplement pas à faire ses comptes. C'était comme si le destin lui même était intervenu pour lui compliquer une tâche déjà assez énervante toute seule et la pousser plus profondément dans son trou dans une tentative pour la déstabiliser. N'importe quel corvun aurait cru à l'intervention de Shaula, ce à quoi Cécile ne croyait pas vraiment. Elle faisait partie de cette minorité de citoyens athées, qui avait refusé de croire aux cierges tout autant qu'au catholicisme et qui avaient ainsi tenu leurs position malgré la guerre civile. Rien n'était l'œuvre d'un être supérieur, seulement peut être du destin déterministe en lequel elle savait placer un peu plus de conviction que le reste. Le fait que Kern soit en feu le même jour où elle devait résoudre un hic majeur dans son entreprise et extraire les détails importants de centaines de pages d'administration germanophone n'était que du hasard, et elle ne voulait pas s'en plaindre. Elle illustrait peut-être alors une minorité encore plus petite parmi celle déjà existante des athées Corvuns, autrement dit les athées qui pourtant ne se plaignait jamais tel que le voulait la philosophie de Höllër. Après tout, Cécile ne haïssait point la religion, elle la respectait et en tirait les enseignements qu'elle lui paraissaient sensibles. Mais en fin de compte, elle décidait tout de même de ne point croire.

C'était pourtant assez curieux venu de quelqu'un qui avait vécu la Guerre des Ombres en son cœur. Elle avait travaillé personnellement aux côtés de Calliope lorsqu'était venue l'heure d'extraire toutes les informations des serveurs volés par cette dernière aux mains des forces de la MIRA stationnées dans la base navale de Gardevant. Cécile avait travaillé rapidement et proprement, c'était à elle qu'on devait une grande partie de ce qui avait été organisé, et son talent s'était fait remarquer à ce moment là. Elle avait été ensuite envoyé plus tard lorsque Rigault était tombé pour interpréter des pourparlers avec Skorpii grâce à sa connaissance du Deutschkorvus. Coup après coup, elle était devenue l'une des premières opératrices à intégrer de façon permanente le nouveau JASH au service de la Fédération, et pour elle c'était la réussite dont elle avait besoin.

Rejetée deux fois de la MIRA pour des raisons qui n'avaient rien à voir avec ses capacités, refusée de tout autre réseau d'infiltrés gouvernementaux, refusant en même temps de s'adonner à des activités criminelles, elle avait accepté à contrecœur un travail d'archiviste qu'elle ne voyait comme un moyen de noyer le peu de larmes qui sortaient de ces yeux secs. Sans vrais amis, sans compagnon, et surtout orpheline de ses parents morts d'un cancer des poumons, elle avait sauté sur l'occasion de la Guerre des Ombres et avait quitté le confort de Roncevaux avec l'exode des sud-Corvuns retournant à Gardevant après le début du mouvement initié par Calliope et Jäkkö Nëëkermän. C'est là qu'elle était devenue une opératrice.

Elle avait commencé à fumer, une sorte de doigt d'honneur au fléau qui avait tué ses géniteurs, travailler comme une alcoolique et surtout à apprécier de plus en plus sa solitude malgré ses efforts pour la cause corvienne. Une fois le JASH fondé, sa place était ainsi toute trouvée. Et désormais, elle comptait effectuer tout simplement ce qu'on lui demandait, avec les capacités qui avaient été moquées autrefois, et avec son pragmatisme signature.

Mais même avec toute sa force d'esprit et sa méthode de travail impeccable, le bruit irrégulier des manifestations à l'extérieur l'empêchait de se concentrer trente secondes sans interruption. Après un peu d'hésitation, elle se leva de son minuscule bureau et ferma la fenêtre de sa chambre avant de venir prendre place à nouveau là où elle avait peut être passé plus de temps en trois semaines que dans son lit. Elle avait horreur du travail dans un espace mal aéré, c'était comme si elle suffoquait dans son travail et rendait le travail mental insupportable. Mais c'était certainement moins insupportable que tout ce qui était en train de se dérouler dehors. Elle le savait pourtant, elle aurait dû demander d'être placée plus en périphérie. Mais le JASH le lui avait refusé, car après tout, si elle devait rencontrer du monde, elle devait être disponible là où ce monde se trouvait. Et puis, cela économisait de devoir acheter un passe de transports en commun, non pas que les renseignements Corvuns travaillaient sur un budget restreint, mais tout simplement car marcher dans la rue ne demandait pas de remplir un formulaire ou de faire passer une carte de crédit. Moins de points où son identité de couverture devait être utilisée, réduites étaient les chances que quelqu'un remarque quoi que ce soit. Et puis, il faisait beau, que demander de plus ?

Au final, sa chambre n'était pas aussi mal aérée qu'elle ne le pensait malgré sa petite taille, et son travail avait reprit son cours normal, c'est à dire un rythme effréné mais contrôlé, rapide et efficace. Elle ne buttait plus sur les mots et les chiffres, elle ne devait plus compter les numéros après la virgule. Tout comme le calme avait été rétabli dans sa chambre, le calme avait aussi été rétabli dans sa tête. Elle devait en théorie se pencher sur ce qui se passait à l'extérieur puisqu'elle était là pour observer après tout. Mais cela pouvait attendre le journal qui allait probablement sortir le soir même ou bien demain. Si elle travaillait aussi bien, c'est parce qu'elle ne jonglait pas entre les tâches.

Alors même qu'elle avait repris son rythme, son stylo et surligneur courant sans interruption sur le papier lisse, des coups de feu retentirent tout à coup depuis l'extérieur, à peine quinze minutes après qu'elle ait décidé de fermer la vitre.

Elle s'arrêta net. Sur sa feuille de notes, une rature. Et dehors, des coups de feu répétés se multipliaient, bientôt suivis d'explosions plus larges.

Une personne normale se serait ruée vers la fenêtre pour comprendre ce qui pouvait bien se passer dehors, et comment une simple manifestation avait provoqué ce qui semblait être nulle autre qu'une zone de guerre semblable à ce qu'elle avait vécu à Gardevant. Appeler des proches aurait aussi été sensible, mais Cécile n'avait personne à appeler, et surtout personne n'allait sonner son téléphone à elle.

Déjà, non. Malgré les cris, les coups de feu et les explosions, elle n'allait certainement pas se mettre à regarder par la fenêtre, tout simplement parce que ça serait con de mourir comme ça. Balles perdues à part, des bruits comme ceux-là ne voulaient dire qu'une seule chose: une armée était intervenue. Peut être la Volksarmee, peut être un groupe paramilitaire. Peut être même une invasion. Une chose était certaine, c'est que sa couverture pouvait être compromise à tout moment si pour une raison ou pour une autre, des soldats prenaient le contrôle de l'hôtel où elle siégeait.

Ainsi, sans trembler et toujours méthodique, elle commença à ranger toute sa paperasse dans l'ordre dans lequel elle devait les brûler. Malgré son efficacité, elle lâcha tout de même un petit juron corvun alors que ses mains agissaient sans réfléchir.

"Tÿkürvö !"

Cécile était tout compte fait une véritable machine. Un seul bruit avait suffi pour la faire basculer de son programme routine au programme survie comme elle avait été entrainée, tel un ordinateur lisant un algorithme en l'exécutant. Vraiment, c'était une opératrice modèle. Quel gâchis cela aurait-il été que de la voir pourrir sur une mission de troisième classe sans le moindre objectif majeur…

Il lui aura suffi de quelques minutes pour se retrouver en face d'une pile correctement triée de documents posée à côté d'une boite d'allumettes
et d'un briquet, le détecteur de fumée de sa chambre déjà dévissé et la portière du poêle à charbon présent dans un coin remplaçant une cheminée décorative entrouverte. C'était à ce moment là, et à ce moment là seulement, après avoir pris toutes les dispositions pour que lorsqu'elle tombait, si elle devait tomber, les informations allaient tomber avec elle, c'était là qu'il était temps de passer à la phase de prise d'information.

Mettant son petit kit de pyromane sur une table de chevet placée à côté de son bureau, elle décida ensuite de débrancher une radio posée de l'autre côté de sa chambre pour venir la rebrancher plus près de son espace de travail de sortes à pouvoir écouter alors qu'elle prenait des notes. Elle alluma l'engin en sortant une nouvelle feuille, peut être sa dernière, vierge, et un stylo simple.

L'oreille tendue, sa main prête à noter quoi que ce soit tel un doigt posé sur une gâchette, elle était parée à tout.

Mais ce qui suivit fut l'une des sessions les plus ennuyantes et longues probablement de toute l'histoire de sa carrière.

L'hymne de la Vahrénie retentissait à travers le haut-parleur. Une fois. Deux fois. Des dizaines de fois, en boucle, sans arrêt, sans variations. Il était évident que tout le pays se rongeait les ongles, et chaque itération de cet hymne ajoutait à l'angoisse vécue après les coups de feu et les explosions entendues. Personne ne savait ce qui allait être leur futur dans cette nation, et cet hymne n'était vraisemblablement que le précurseur de quelque chose de plus grand. Ainsi, tout le monde appréhendait.

Pas Cécile. Elle comptait toutes les itérations, encore et encore. Elle avait fini par mémoriser la chanson au fil du temps. Bien utile se disait-elle, surtout dans un travail d'infiltration comme celui-ci. Mais même pour quelqu'un pour elle, cela finissait par devenir agaçant plus qu'angoissant. Après tout, si cette situation tournait au vinaigre, elle pouvait simplement tout brûler et trouver une échappatoire vers Karty. Son pays n'était pas en Jeu pour une fois, elle allait en profiter. Toujours est il qu'après la fin de chaque hymne, là où on attendait enfin quelque chose de différent, lorsque cette chanson fatidique reprennait, elle ne pouvait s'empêcher de lâcher quelques jurons et perdre patience. Elle avait l'impression d'assister à un véritable foutage de gueule, ça ou bien les stations radios étaient hors service et ne pouvaient que diffuser cela. Il n'y avait rien de clair dans cette situation, et à chaque itération, encore plus de questions.

"Vyttä Ëva !"

Cela faisait maintenant plus de deux heures qu'elle écoutait, comptait chaque répétition, chantait l'hymne comme une folle. À ce stade, elle était convaincue que cela allait durer des jours, et que cela ne servait à rien d'attendre. Mais malheureusement, elle ne pouvait pas tout simplement éteindre la radio et passer à autre chose. D'autant plus qu'il n'y avait pas d'autre chose à faire. Le pays était paralysé, vraisemblablement. Et elle devait être la première à savoir pouquoi.

C'est alors qu'à 17h49 très exactement, l'hymne se coupa net. Il continuait à retentir dans les oreilles de l'agente, bien entendu, mais sa source avait disparu. À présent, enfin, une voix l'avait remplacée.

Presque immédiatement, elle se remit sur son qui-vive. Une voix. Un discours. Et pas de n'importe qui. En effet, nul autre que Kessler en personne. Quelque chose s'était déroulé pour qu'il prenne la parole, et pas qu'une légère affaire. Quelque chose de gros. Sans attendre, elle se mit à noter chaque mot du discours prononcé par l'homme à travers le haut parleur, annotant les tournures, écrivant dans la marge quelques réflexion. Elle écrivait plus vite que l'homme ne parlait, remplissant page après pages de notes diverses et variées, se créant déjà un petit réseau d'idées dans sa tête, sursautant à chaque bout de phrase ou indice remarquable. Elle disséquait la prise de parole comme un cadavre, de façon méthodique, presque sans aucune réflexion spontanée ou parasite. Encore une fois, une véritable machine.

Le discours avait été plus court qu'elle ne le pensait. Et c'était mieux, ça ne compliquait pas son travail plus que cela. En jetant un rapide coup d'oeil au véritable manuscrit qu'elle venait d'écrire, elle repéra trois points importants qu'elle avait souligné et surligné: La fin de l'ère volkiste, la dissolution et les élections. Rien que ça.

Pour la première fois de la soirée, elle s'adossa au dossier de cette chaise en bois qui l'avait supportée tout l'après midi. D'un coup sec, elle débrancha la radio. Son travail était accompli.

À présent, tout était un peu flou. En théorie, elle devait recevoir des ordres sous peu, et communiquer ces informations au JASH si celui-ci n'avait pas su déjà. Et en théorie aussi, c'était ce moment là qui lui permettait de trouver du repos sans penser à ce qui allait suivre. Car ce n'était pas à elle de prendre la plume de ce qui devait advenir. Pas encore.

Ainsi, Cécile Rapaz se retrouvait seule avec ses pensées, l'espace d'une dizaine de minutes, réfléchissant aux dernières deux heures qu'elle venait de vivre. En fin de compte, rien de si dramatique. Pour elle, en tout cas. Mais tout de même quelque chose qu'il fallait évacuer. Elle jeta un coup d'oeil à sa Frescaline avant de marmonner.

"C'est bon."

Elle avait besoin de fumer. Au diable le couvre-feu, elle se cachera dans une ruelle. Et si elle se fait attraper, elle passe facilement pour une vacancière de l'hôtel. Ce qu'elle voulait, c'était oublier. L'espace d'un instant.

Et ainsi, sous ce réverbère, en un seul mégot, une seule cigarette, s'envola dans l'atmosphère la fumée noire d'un bon ou mauvais présage selon celui qui le reçoit.

* * *

Rentrée à l'hôtel, après son aventure qui au final n'avait causé point de remous même aux yeux de la réceptionniste qui l'avait vu débarquer après le couvre feu, en larmes après ce qui s'était déroulé aujourd'hui. Comme beaucoup, elle avait probablement perdu des individus proches durant les coups de feu, mais son travail et les limitations l'obligeaient à rester. Après tout, elle ne voulait pas rentrer chez elle pour découvrir que son petit appartement avait été bombardé et par conséquence, éventré. Elle ne pouvait que rester là et larmoyer. Mais au final, c'était mieux pour les comptes de Cécile qui pu rentrer dans sa chambre sans rajouter le moindre mot.

Il était tard et elle avait évité de descendre pour le dîner, ce qui ne la dérangeait pas pour autant. Mais si elle voulait avoir une chance de dormir, elle allait devoir le faire avant que la faim ne s'installe, et donc le plus tôt possible. Tout ce qui lui restait à faire c'était de jeter un coup d'oeil à son ordinateur portable pour voir si il y avait du nouveau.

Et visiblement, c'était le cas.

Rien de bien spécial. Une nouvelle mise à jour mineure de FishOS, le système opératif corvun par excellence. Tout le monde l'utilisait, des civils jusqu'au militaires, mais ce n'était pas vraiment tant cela qui intéressait mademoiselle Rapaz. C'était plutôt son seul canal de communication direct avec le créateur de la distribution, autrement dit Jupiter en personne, cyberopératrice en chef du Fisheye. C'est elle qui transmettait au JASH, et c'est par elle que le JASH transmettait à Cécile. Et tout cela, sans passer par aucune porte utilisée communément ou moins par les espions, puisque le service était littéralement propriétaire de FishOS lui même.

En installant la mise à jour, qui en réalité n'était finalement qu'un leurre très bien déguisé, la jeune femme se pencha sur le journal interne des changements techniques apportés par celle-ci. Des lignes de détails techniques, petites histoires que les développeurs aimaient glisser, parfois quelques remarques aux utilisateurs. Et une phrase qui dans ses yeux et ses yeux seuls n'avait rien à faire là.

du lebst? gut. bleib.

Tu es vivante ? Bien. Reste.

Tout simplement. Voilà les ordres qu'elle avait attendu. Visiblement, le JASH savait, et avait été assez rapide pour lui trouver une mission. Le "Reste" ici avait tout son sens. Cécile savait pertinemment ce qui allait suivre. Elle allait bientôt recevoir un appel avec des détails supplémentaires, des listes d'instructions et... des acolytes.

La jeune femme soupira. Visiblement, la chute du gouvernement avait attiré l'attention des renseignements, et ils voulaient envoyer des renforts. Comme elle était la seule déjà sur place, le rôle de gérante de quelconque opération qui allait être prévue lui revenait. Cela voulait aussi dire devoir gérer des personnes. Tout ce dont elle rêvait...

Visiblement, le destin auquel elle croyait si pieusement ne lui avait pas souri aujourd'hui. Qui sait, peut être qu'avec quelques prières à Shaula et à Höllër, elle allait retrouver une vie plus clémente...

* * *

"Allô Cäcilie ?"

Il était passé huit heures du matin, dans la gare de Kern. Il y avait beaucoup de monde qui passait par là, surtout des angoissés cherchant à quitter cet enfer, ou bien des personnes ayant tout perdu la veille venus mendier. Des propagandistes clamaient des slogans, des vendeurs cherchaient à écouler leur stocks par peur de voir les prix se faire pulvériser par les chamboulements et de manière générale, une panique constante et sans appui. Heureusement pour Cécile encore une fois, elle n'était pas dans cette boucle là. Elle cherchait seulement à passer un coup de fil dans une cabine téléphonique vraisemblablement très demandée. Mais sa dépêche pour venir chercher la première place dès le matin lui avait offert le privilège de regarder par la vitre la file s'allonger derrière elle plutôt que d'en faire partie.

Que ces gens là ne s'excitent pas, se disait elle en les voyant déjà marmonner. Elle n'était pas là pour papoter.

Elle répondit d'un ton sérieux à l'interpellation qu'elle venait d'entendre.

"C'est moi. Du nouveau je suppose ?"

"En effet. Déjà, faut s'attendre à ce que les wagons ne soient pas livrés."

"Je m'en doutais bien après ce qui s'est passé hier."

"C'est pas grave, ça ne fera pas de mal à nos affaires. Au contraire, c'est comme du métal. Ça se travaille."

"Donc on reste sur notre objectif de fixer une implantation de la holding sur la société de livraison ?"

"Et de production."

Cécile souffla un juron, en Deutschkorvus cette fois, à travers le micro de l'appareil, visiblement non très satisfaite de cette réponse.

"Verdammt..."

"Tu sais très bien que ce secteur est clé, ne t'en déplaise."

"Dis moi au moins qu'il ne sera pas compliqué à gérer ?"

"Je te laisse voir ça par toi même, nous on a du travail de notre côté. On te paye pour une mission et une mission seule."

"Mais est-ce que la réunion de CA s'est déroulée déjà ? Ou il faut encore attendre ?"

"C'est très simple Cäcilie. Il n'y aura pas de réunion de CA tant qu'on aura pas déjà établi une base solide. Je te demande de nous construire une fondation de production stable et prometteuse. Et puis, on vendra au meilleur acheteur."

"Donc tout ça c'est juste préliminaire ?"

"En effet. Et je t'avertis tout de suite, la compétition est déjà présente. Donc il va falloir mettre le gaz sur les industriels."

"Quelle compétition ? Si ce n'est qu'une phase préliminaire ?"

"La compétition a déjà passé la phase préliminaire, Cäcilie. On est en retard. Notre objectif est simple, c'est les dépasser en termes de quantité et de qualité de produit. Il ne pourront rien faire tant qu'on est sur le marché aussi. Et avec les premiers appeleurs d'offres kartiens, je te le dis tout de suite, y'a moyen de trouver un monopole qui nous mette pas en position d'antitrust."

"Mais donc, on a affaire à qui exactement ?"

"On sait pas. Mais on n'est pas les premiers venus sur l'offre. Et beaucoup, beaucoup d'entreprises internationales veulent leur part du camembert. Sauf que nous, on a la possibilité de prendre des parts là où il n'y en a pas."

"Très bien. Je suppose que je reçois tout ça par fax ?"

"Ça ou bien Alix te le transmettra. Que Dieu te garde des mauvaises surprises."

"Merci. À la prochaine fois."

Elle raccrocha le téléphone avant de soupirer et d'annoncer à voix basse devant elle.

"J'aurais dû m'y attendre. Lorsqu'une maison brûle, il n'y a pas de porte fermée à clé..."

Derrière elle, des dizaines d'hommes s'étaient mis à broncher et à lui hurler dessus, la poussant à quitter son poste et le laisser au prochain. Reprenant conscience du moment, elle s'exécuta, sortit de la cabine et s'excusa à la foule avant de s'éclipser pour refaire route vers son hôtel.

La production.

Malgré le caractère codé de la discussion, Cécile avait compris et savait à quoi elle devait avoir à faire maintenant. On la mettait en effet sur un travail d'expansion du réseau clandestin Corvun, chose qu'elle n'avait pas spécialement envie de faire, mais qui en plus de cela lui demandait de coordonner une équipe. Décidément, cela allait être une véritable expérience...

Déjà, avant même que les instructions n'arrivent à elle, elle échafaudait déjà dans sa tête des dizaines de plans sur comment elle aurait fait cela, et ce qu'elle devait prévoir pour les personnes qui allaient devoir travailler avec elle. La porte d'entrée principale était de toute évidence la holding, et probablement le JASH allait assigner la partie administrative à quelqu'un d'autre. Mais pour le reste, elle ne savait vraiment pas ce qui pouvait se profiler à l'horizon. Une seule façon de le savoir existait vraiment, jeter un oeil à son ordinateur pour voir quelle mise à jour l'attendait.

Ainsi, une fois dans sa chambre, c'est la première chose qu'elle fit. Elle ouvra la machine, se dirigea sur la page des mises à jour et installa la dernière version.

Dans le journal, elle prit soin de lire chaque entrée pour y trouver un signal concret, quelque chose qui lui était adressé, notamment là où elle avait l'habitude de trouver ce genre d'adresse. Cette fois-ci seulement, pas de texte. Pas de phrase ni de paragraphe. Une suite de caractères, rien de plus.

Dans les yeux de quiconque, cela n'avait rien d'important, et surtout ne représentait rien en soi. Mais Cécile connaissait ce motif. Ce n'était nul autre qu'un lien Collebac, un site presse papiers très utilisé pendant la Guerre des Ombres et popularisé durant le Schwarzpunkt.

Sans hasiter, elle se dirigea sur le site pour y coller le lien et ainsi révéler une page avec un tableau. C'était la liste des personnes qu'on comptait lui envoyer.

Déjà, la bonne nouvelle. Une agente du JASH dont elle avait entendu parler, Gemma Venturi, allait faire partie du groupe. La liste commençait bien, mais malheureusement pour Cécile, ce nom là était la fin de ce qu'elle allait apprécier de cette minuscule liste. En effet l'entrée suivante ne disait pas grand chose, simplement "52 akten folgen".

La jeune femme dû relire cette phrase trois fois avant de l'intérioriser complètement. Elle s'étrangla au fur et à mesure que ses yeux balayaient cet arrangement de lettres: cinquante deux dossiers suivront. Elle n'avait déjà pas les nerfs pour gérer une petite équipe, mais devoir traiter autant de dossiers ? Cette mission semblait déjà un enfer avant qu'elle n'en soit un.

Mais cela n'était rien comparé aux deux dernières lignes qui agirent presque comme un coup de grâce.

Tobias Ehrl, Lunéa Mahlmeister. Et plus loin sur la même ligne, les mêmes caractères face à ces noms. JGK-4.

La jeune femme soupira. Le Jadgruppe Korvus 4. Dieu si elle en avait entendu parler. C'était tout simplement la version musclée du JASH, spécialisée dans les opérations plus frontales, un peu du style ex-MIRA, lorsque l'élément de discrétion avait disparu ou qu'un assassinat était nécessaire pour continuer. En théorie, le JASH et le JGK-4 devaient se compléter. Mais le problème était que ce dernier était paragouvernemental, et donné sa nature, n'avait aucune raison d'écouter ceux qui pourtant les employaient.

La réalité, c'est que ces deux unités avaient uni leurs forces par des accords, mais leur coopération n'avait pas encore été prouvée à grande échelle. Et le fait que cela tombe sur Cécile était certainement absurde. Ses camarades avaient tous décrit l'organisation comme une faction rebelle d'opérateurs sans merci, de véritables têtes brûlées voire des fanatiques. Mais personne ne savait vraiment de quoi ils parlaient, et il était très probable d'ailleurs que le JGK-4 pensait de même du JASH. Ainsi, ce n'était point qu'une mission qui pesait sur les épaules de mademoiselle Rapaz, mais la réputation et la crédibilité des accords entre les deux entités. Si l'opération venait à échouer, et qu'une implantation déraillait à cause d'un problème interne, le gouvernement corvun perdait un pari important.

Visiblement, cela allait être une épreuve. Mais on ne pouvait point douter, ni attendre. Comme l'avait dit son interlocutrice plus tôt, ils étaient arrivés en retard sur l'affaire, et la déstabilisation du pays n'allait pas durer.

Après tout, c'est maintenant qu'il fallait rentrer. Lorsqu'une maison brûle, il n'y a pas de porte fermée à clé...
21380
[🗲] Ankunft
Kapöli (🗲): Toÿmynöt

Cécile Rapaz

Cécile Rapaz


Il était tôt dans les environs de Nominativnberg, la ville était silencieusement en train de se réveiller sans trop d'accroc. Cette journée était tout à fait normale, il faisait peut être un peu frisquet pour mi-août, mais le soleil était déjà très haut dans le ciel et les passants commençaient à se démultiplier dans les rues. C'était dans ce genre de ville que deux individus parcourant les trottoirs le pas décidé auraient voulu vivre: coupé du monde, où cataclysmes et séismes ne viennent pas secouer la routine. En réalité, ils y vivaient déjà, tout ce qu'ils ressentaient c'était un peu de mal du pays. Après tout, c'était leur première mission à l'étranger, et poser pied en dehors de Grand Rigault ne les enchantait pas plus que cela.

Heureusement, on les avait rassurés. Après tout, l'objectif de l'initiative était de pousser ses patients à chercher le confort là où il n'y en a point, et apprendre à se construire ce que la cité leur offre depuis leur admission. Cela leur avait certainement pris du temps et de la solidité d'esprit à accepter, mais à présent ils étaient focalisés sur la mission qui leur avait été attribuée. Bien sûr, cela ne voulait pas dire que les coups de blues disparaissaient complètement, mais comme tout désormais, ils faisaient partie du quotidien et faisaient sourire plus que de pleurer. Après tout, c'était une raison de plus pour mener à bien leur mission.

Ainsi, le jeune homme et la jeune femme marchant les avenues de la périphérie de la ville grammatikaise souriaient, l'air innocents, en route vers leur prochain point de contrôle en plein milieu de la journée. Ces deux personnages, ce n'était nul autre que Tobias Ehrl et Lunéa Mahlmeister.

Typiquement Skorpiens, l'un étant grand, musclé, blond aux yeux clairs et la deuxième petite, tout aussi blonde mais aux yeux bruns, ils formaient de l'extérieur le couple de touristes parfaits venus d'un autre pays germanophone direction la Vahrénie pour ses montagnes et sa capitale. Personne n'aurait jamais deviné que ces deux individus étaient des agents surentraînés du JGK-4, en route pour Kern et prêts à rencontrer le contact du JASH à qui on les avait assignés.

Eux aussi avaient leurs petits préjugés sur cette organisation gouvernementale. Certains de leur camarades leur avaient dit qu'ils étaient apparemment arrogants, qu'ils se croyaient au dessus de la loi et qu'ils traitaient le Jagdgruppe Korvus 4 comme un simple sous-traitant. Mais la réalité était bien différente, les hautes cellules des deux départements se connaissaient bien et se fréquentaient, encore fallait-il en convaincre les opérateurs qui allaient réellement travailler en simultané.

Les deux avaient grandi à la cité Grand Rigault de l'Underspace Initiative 5, et comme beaucoup d'entre eux avaient décidé de s'inscrire très tôt dans le programme du JGK-4, portés par le groupe des "Apôtres de Jade", soit Vesper, Céleste, Cléo et Estéban. Lunéa avait d'ailleurs eu des discussions très proches avec la médic' du groupe, et les deux avaient été sélectionnés pour cette mission justement car ils étaient considérés les plus raisonnables du groupe. Après tout, pour une première mission, il fallait faire bonne impression plus que tout, et dans celle-ci les muscles n'allaient pas compter autant. Du moins, c'est ce que le centre de commandement espérait voir.

Après quelques minutes de marche seulement, le duo pénétra dans un petit appartement dans un quartier calme, certainement bien moins peuplé que le Centreville, ce qui était parfait pour leur couverture. Tobias inséra la clé dans le verrou avant d'ouvrir grand la portière sur une chambre quasi vide à l'exception d'une table, quelques chaises et deux sacs à dos.

La sobriété était un point fort de la nouvelle unité, on limitait le plus possible le contact humain lorsque celui-ci n'était pas nécessaire de sortes à ce qu'un agent démasqué ne puisse pas entraîner dans sa chute tout un réseau, ni même les individus avec lesquels il travaille. Et de toutes façons, ils avaient été formés en tant qu'opérateurs pour ne pas poser de questions. C'était tout de même curieux aux yeux de Lunéa.

"Oida..."

"Un problème Lunéa ?"

"Ils auraient pu nous mettre un canapé au moins. Et de l'eau, je crève de chaud."

"Ils auraient pu, oui. Mais ils ne l'ont pas fait. On n'est pas là pour s'en plaindre."

"C'est plus une question de sympathie, si tu veux."

"On dirait que quelqu'un rejette Höllër..."

"Nicht im Traum ! Je ne me plains pas. Je constate seulement que l'hospitalité n'est pas là. L'hospitalité n'est elle pas valeur fondatrice aussi ?"

"On va bien s'entendre dis donc..."

"Oh, me fais pas cette tête !"

"Quoi ? J'ai tort ?"

"On s'entendait si bien jusque là Tobias."

"Mh... Bon. Concentrons nous plutôt sur la mission."

"C'est vrai. Tu crois que l'eau du robinet est potable ?"

"Essayes toujours."

La jeune femme se dirigea vers la cuisine tandis que son acolyte inspecta le colis qui leur avait été livré. Deux gros sacs de camping, avec à l'intérieur tout le matériel pour passer la montagne, bivouaquer et ne pas mourir de faim. Il y avait aussi une carte avec un itinéraire, tracée au stylo, avec des instructions de la brûler. Tobias se gratta la tête en cherchant à comprendre ce qu'on leur demandait exactement par là, mais dans tous les cas il savait qu'il pouvait encore contacter le centre tant qu'ils n'étaient pas en Vahrénie.

Alors qu'il vidait les sacs, une exclamation joyeuse se fit entendre depuis la cuisine prononcée par Lunéa.

"Idÿ Kürvö ! Tobias ! Devine quoi !"

Le jeune homme releva soudainement la tête pour voir devant lui, le sourire aux lèvres, Lunéa tenant dans sa main droite une bouteille entière de whisky Slackton, Label Trèfle. Il n'en revenait pas.

"Oh putain..."

"Je retire ce que j'ai dit. Finalement, je l'aime bien cet endroit."

"De même pour moi. Pour le coup, ça je ne m'y attendais pas. On boit un coup maintenant ?"

"Non, on attends d'avoir passé le col des Aldans. Je crois que ça sera plus glamour."

"Mhm, peut être bien. En tout cas, en voilà une bonne nouvelle."

"Je te le fais pas dire. Label Trèfle en plus, ils ont fait l'effort de nous filer quelque chose de correct."

"C'est sûr que c'est pas du label Makaire, mais au moins c'est pas du Carreau."

"Alors ? Monsieur se plaint ?"

"Nullement. Je suis très content."

"Bah quand même, c'est quelque chose ! C'est quoi le trèfle, trente florins la bouteille ? Quarante ?"

"Dans ces environs là."

"Et toi tu voulais du Makaire ? À deux cent cinquante florins le pot ?"

"Je n'ai jamais dit ça !"

Lunéa se mit à rire.

"Allez, je te taquine. Dis moi plutôt ce que t'as trouvé."

"Bof, pas grand chose. Des affaires, des armes. Une carte aussi."

"Ils ont déjà un itinéraire ?"

"Oui, il me semble que ça vient des Kartiens ça."

"Ah bon ? Eux aussi ils font passer du monde ?"

"Les Kartiens nous ont prêté une montagne, on ne demande pas à qui. Cela ne nous regarde pas."

"C'est vrai."

"Quoi qu'il en soit, à en croire les instructions, on va devoir la brûler."

"Ouais, je crois pas qu'on en aura besoin tant que ça."

Tobias leva un sourcil, confus.

"Pourquoi ? Tu va mémoriser le trajet ?"

"Quelle question. Je l'ai toujours fait."

"Attends, tu es sûre de la chose ?"

"Je suis très forte en orientation, je croyais qu'on t'en avait parlé ?"

"On ne me l'a pas fait remarquer, non."

"Eh bien maintenant tu sais. On devrait se mettre en route à mon avis si on veut passer le col avant la tombée de la nuit."

Tobias jeta un dernier coup d'oeil à la carte qu'il avait entre les mains avant de la passer à son acolyte.

"Bon. Tiens. Brûle là une fois que tu as fini."

"Ça marche. On s'active ?"

"Tu m'as vraiment donné envie avec le Slackton. Mais d'accord..."

Les deux ne perdaient pas de temps malgré cette petite discussion de route. Méthodiques comme on les avait entraînés, ils préparèrent leurs affaires et commencèrent leur marche sans broncher et sans regarder derrière eux. Et alors que le soleil se couchait, ils n'étaient plus que des points noirs figés entre deux montagnes.

La traversée avait duré bien moins que prévu, sûrement dû au pas sportif qu'ils avaient décidé de prendre, motivés par le goût de l'alcool qui les attendait. Ils avaient peu conversé, et cela était mieux pour l'un comme l'autre. Lunéa se concentrait pour bien se rappeler du chemin à suivre et le mémoriser pour tracer un futur couloir de fuite pour leurs opérateurs, tandis que Tobias réfléchissait ou priait. Il était certainement le plus pieux de la mission, sans que cela ne compromette quoi que ce soit, mais pour quelqu'un de l'extérieur il paraissait sacrément curieux de combiner une personne athée avec quelqu'un comme cet homme. Mais de toutes façons, cela n'avait rien à voir avec ce qui devait être fait. Car au final, c'est tout ce qui comptait.

Et ainsi, le duo du JGK-4 était en route, tranquillement, marchant à travers les montagnes pour bientôt rejoindre Kern.

* * *

"Bonjour Bonjour ! Les papiers, je suppose ?"

Gemma Venturi était comme à son habitude d'une humeur radieuse, ses bras grands ouverts comme ses lèvres, démasquant un sourire bien trop confiant pour la situation dans laquelle elle se trouvait. Rien n'était en ordre avec ce personnage, ni son accoutrement, ni sa façon de parler. Habillée comme un homme d'affaires, jupe longue et cravate verte, chemise aux manches remontées et surtout des lunettes de soleil emplies de personnalité, c'était le genre de femme qui vous donnait du fil à retordre et qui finissait par passer partout avec la seule force de sa volonté. Et aujourd'hui n'allait pas faire exception à la règle, très loin de là.

Ainsi elle se présenta devant les douaniers de la gare de Kern, après un voyage non sans accrocs mais dont elle préférait ignorer l'existence comme tout bon businessman avec ses affaires, et à présent se trouvant en face de la dernière barrière entre elle et sa mission. Bien évidemment, cette personnalité ressortait du lot, et il était difficile d'oublier quelqu'un d'aussi inoubliable. Malgré cela, il ne serait venu en tête à personne qu'il s'agissait de l'agente la plus culottée du JASH.

"Euh, oui. Vos papiers. Vous avez l'air de bonne humeur madame..."

Le douanier en question était un peu perturbé par ce qu'il avait devant lui, comme si sourire était un crime. Mais cela ne dérangeait en rien Gemma qui décida de pousser sur cette ligne là.

"Mademoiselle, je vous prie ! Et quoi ? On ne peut pas sourire un beau jour d'été ?"

"Mes excuses mademoiselle. Certainement. C'est simplement... Inhabituel."

"Sacré pays de merde dans lequel vous vivez alors, vous me rappellerez de ne pas y venir en vacances !"

Gemma était experte dans l'art de la provocation. Presque à chaque fois qu'elle parlait à quelqu'un, elle suscitait ou bien engendrait une réaction de la part de son interlocuteur, et c'est ce qu'elle cherchait à faire là. Elle ne voulait pas qu'on s'attarde sur ses papiers, donc la meilleure façon de les distraire aurait été de les ramener sur un terrain dont elle savait vraisemblablement tout, autrement dit le côté légal.

Et en effet, le douanier avait été contrarié par ce qu'il venait d'entendre, et comme tout bon utilisateur de petit pouvoir, il décida de faire exactement ce qu'il croyait juste pour effacer ce sourire si brillant qu'il jalousait de la face de cette demoiselle. En demandant un contrôle aléatoire.

"Mademoiselle, je vais vous demander d'ouvrir votre valise."

Touché. Elle avait eu exactement ce qu'elle cherchait. À présent, rien ne pouvait arrêter le monologue qui allait suivre.

"Ouvrir ma valise vous dites ? C'est le manque de luminosité qui vous déroute ? Monsieur, vous savez bien qu'il s'agit d'une mallette, et qui plus est à coque double ! C'est ce que vous comptez inspecter ?"

"Je vous demande pardon ?"

"Je dois vraiment vous rappeler les normes que vous êtes censé connaître mieux que moi ? Je vous prie de m'excuser, c'est presque risible. Selon votre loi, notamment la section sur le transport de documents sensibles ou bien à usage diplomatique et financier, rangés spécifiquement dans les mallettes certifiés à cet us, cela demande une autorisation d'un chef-lieu certifié ou d'une brigade de police documentaire sur place pour pouvoir consulter l'intérieur. Non seulement cela, mais il s'agit d'un voyage ferroviaire, sur un train qui n'est pas arrivé à l'heure. Vous voyez mon billet ? Onze heures vingt trois. Je suis arrivée il y a cinq minutes, disons dix en étant généreux, cela veut dire un retard de sept minutes, allant au delà de la tolérance de cinq minutes sur les retard. Donc, juridiquement parlant, je suis ce qu'on peut qualifier de pressée. Donc en plus des autorisations que vous devez obtenir, les personnes qualifiés pour ouvrir et osculter tout ce qui se trouve dans cette mallette doive faire cela dans un délai maximum de vingt minutes à partir du moment où la fouille est débutée. Et je ne vous apprends rien en vous disant qu'une fouille débute au moment où le consentement est demandé, c'est à dire ce que vous avez fait il y a quelques minutes. L'heure tourne donc, et si j'en crois votre organisation, cela ne vous laissera même pas le temps de passer le coup de fil que vous avez besoin de passer. Ah, mais j'oublie ! Pas de coup de fil, puisque ce sont des documents qui renferment potentiellement des secrets financiers. Votre loi ne protège-t-elle pas les individus comme moi même d'exercer leur fonctions tout à fait bénéfiques pour le pays dans lequel vous vivez ? Qui plus est, vous voyez bien sur mes papiers que le motif de mon déplacement est purement et simplement question d'affaires, de business si vous préférez ce terme là. Vous aurez peut être remarqué mon accent, je viens investir dans votre pays. Et pour y arriver, dans votre pays, prendre le train n'était que la partie la plus simple. Je n'aime pas enfreindre les règles, et encore moins ceux qui le font. Et donc, je me suis renseignée. Ainsi pour tout vous dire, je me vois franchement insultée de vous devoir réciter vos droits comme les miens et vous rappeler ce que vous pouvez ou ne pouvez pas faire. Après, je vous en prie, n'y voyez aucune indiscrétion, je parle simplement et honnêtement pour vous éviter plus de complications que cela. Après tout, vous n'allez pas demander à vos collègues si ils connaissent la norme que vous avez oublié, n'est-ce pas ?"

Le douanier était absolument ahuri. Il ne savait pas quoi répondre à tout cela, coincé de tous les côtés, sans aucune intention d'appeler à l'aide sur une question qui semblait si évidente qu'une étrangère savait la citer. Il jeta un coup d'oeil à la mallette avant de balbutier.

"C'est que..."

"Que ? Vous connaissez la norme, n'est-ce pas ?"

"Tout à fait. Je n'avais pas compris qu'il s'agissait d'une... mallette à double coque."

"Oh, ce n'est point grave, à zyeuter les passants toute la journée, votre rétine doit être certainement fatiguée. Tenez, si cela peut vous rassurer, vous avez tout à fait le droit de fouiller mon sac à main à la place. Après tout, celui là n'est pas couvert par aucune norme, ça pourrait peut être changer avec tous les remous politiques que vous vivez !"

Pendant que la jeune femme riait de bon coeur, le jeune policier inspectait nerveusement le sac à main sans vraiment rien chercher, simplement pour éloigner les regards de ses collègues qui commençaient à se poser des questions sur la personne qu'il avait en face. Il ne voulait certainement passer pour un nigaud et se ridiculiser face à ses amis qui sans doute étaient plus instruits sur les manuels de formation qu'il n'avait lu qu'a moitié, en sachant que de toutes façon, c'était lui qui avait le pouvoir. Décidément, il avait trouvé une personne capable de le battre à domicile.

En réalité, bien que l'homme ne connaissait évidemment pas la norme, Gemma non plus. Elle doutait même du fait qu'une norme comme celle-ci puisse vraisemblablement exister. Mais elle ne cherchait pas à être réaliste. Elle cherchait à faire ce qu'elle faisait tout le temps, c'est à dire donner l'impression quelque peu angoissante qu'un parfait étranger sait faire votre travail mieux que vous même. Et elle avait réussi.

Il ne lui aura pas fallu plus que cinq minutes pour sortir de la gare, sourire plus large que tout, respirant l'air de la ville à plein poumons et avec une mallette renfermant des documents qui allaient contribuer à l'implantation d'un réseau ici même. C'était là donc une scène typiquement signée Gemma Venturi.

Mais à présent, il fallait rencontrer son contact à Kern, une jeune femme du nom de Cécile Rapaz qui attendait sagement dans un appartement au nom de la holding dont la businesswoman allait prendre les commandes bientôt. Elle hésita ainsi à prendre les transports, ce qu'elle refusa finalement de faire en optant pour une promenade en plein soleil. Après tout, tant qu'il faisait beau et qu'il ne lui fallait qu'une vingtaine de minutes de marche, elle n'allait pas s'enfermer dans un bus, un tramway ou pire, un métropolitain. Et puis, des passants, ça ne se pose pas de questions. Des passagers, bien plus.

C'est ainsi que mademoiselle Venturi se dirigea sans trop de problèmes au lieu de rendez-vous, au troisième étage d'un bâtiment fort sympathique, pénétrant dans le hall comme si tout le monde n'attendait qu'elle, et en quelques sortes c'était bien le cas. À peine avait elle sonné qu'on lui ouvra et fut accueillie par sa collègue du JASH ainsi que deux autres individus assis sur un canapé au fond de la salle. Presque immédiatement, en serrant les mains de tous avec force.

"Bonjour Bonjour, vous ne savez pas à quel point je suis honorée d'être là, à vos côtés bien sûr ! Je me présente, Gemma Flavia Venturi, mais appelez moi simplement Gemma. Pas besoin de faire l'accent. Je suppose que vous n'avez pas reçu trop d'informations, moi non plus je vous rassure. Tout est là dedans, dans ma mallette, je n'attends plus que l'ordre du jours qui devrait être fixée par son excellence, mademoiselle Rapaz, ou devrais-je dire Rapp. Je suppose que c'est vous ? Ah, mes excuses, vous préférez qu'on se tutoie ?"

Tobias assis au fond avec Lunéa se frotta les yeux, soupirant et marmonnant un juron. Décidément, il n'avait pas l'énergie pour répliquer celle de sa nouvelle partenaire.

"Idÿ kürvö..."

Cécile fit mine de ne pas entendre et chercha a calmer la nouvelle venue avec un tour de présentations.

"Euh... Oui, en effet. On vient à peine d'arriver, donc je suppose qu'il est temps pour quelques présentations. Gemma, je suppose que tu es du JASH n'est-ce pas ?"

"En effet, et fière de l'être !"

"Très bien. Et vous deux, je suppose que vous faites partie du JGK-4 ?"

Tobias répondit fièrement et brièvement.

"Ja. Tobias Ehrl."

À côté de lui, Lunéa se présenta avec la même sobriété.

"Lunéa Mahlmeister."

Gemma redoubla de curiosité et de bonne humeur.

"JGK-4 ? En personne ? Honorée ! Je suis peut être la seule, mais je trouve l'idée de nous faire collaborer excellente, après tout nos deux services ont une expertise étendue dans plusieurs domaines différents et il n'y a aucune raison qu'on puisse pas travailler ensemble, mis à part du ressentiment. Boh, je reste optimiste sur cet aspect là de toutes façons !"

Tobias était encore une fois légèrement agacé, et il n'allait pas le cacher plus longtemps que nécessaire.

"T'es drôlement excitée pour une mission à haut risque comme celle-ci."

"Si je le suis ! C'est mon domaine les affaires, après tout. Nous sommes tous ici car nous savons faire notre travail, n'est-ce pas ? Vous n'allez pas me demander de tenir un revolver, et je ne vais pas vous demander de tenir des négociations !"

"Mais pourquoi, tu faisais quoi avant le JASH ?"

"Rien de trop spécial, j'étais anciennement opératrice à la bourse CorvEx, j'ai aussi participé à la fusion qui a donné Alker SLCA. Disons que le JASH m'a recruté plus pour mes nerfs que ma discrétion."

"Et Cécile ?"

La jeune femme se tourna vers le reste du groupe avant de se présenter.

"Rien de trop spécial. Je combattais à Gardevant avant de finir dans le JASH. Je suis à Kern depuis trois semaines."

"Donc tu as pu voir ce qui s'est passé avec tout le bordel là ?"

"Sous ma chambre d'hôtel."

"Sympa. De notre côté, on a traversé les Aldans pour venir ici. On sort tous les deux de Grand Rigault, et on va faire en sortes que le réseau ait des portes d'entrée et de sortie fonctionnelles. Pas d'interventions, pour l'instant."

"Je vois. Donc vous n'avez pas d'armes j'espère ?"

"Bien sûr que si, on a nos revolvers et des T3."

"Je te demande pardon ?"

"Quoi ? Tu veux rester en vie quand ça tourne au vinaigre ?"

"Je veux surtout que ça ne tourne pas au vinaigre à cause d'armes à feu, surtout dans un climat comme celui-ci !"

"Un réseau sans route de fuite, c'est une liste de prisonniers."

"Et un réseau avec des armes de si tôt, c'est une liste de pendus !"

Lunéa s'interposa verbalement, sentant que la situation déraillait, tandis que Gemma s'assied en tailleur sur une chaise en bois, admirant le spectacle de la querelle.

"Eh oh ! On se calme, ça va pas commencer déjà. On va faire un truc plus simple, on cachera les armes autre part, loin de la planque. Comme ça si l'un d'entre vous se fait attraper, vous pourrez pas dénoncer. Pas besoin de s'énerver là dessus dès le début. Einmal reden, dann nie wieder."

Cécile soupira avant d'accepter.

"Voilà. Merci Lunéa."

La jeune femme haussa les épaules malgré les remerciements, suivi de Tobias qui soupira à son tour avant de lâcher.

"Très bien. Par contre, c'est de l'organisation en plus. Et on n'est pas les seuls du JGK-4 qui vont venir à Kern."

"Je le sais bien, on est censés être un poste de triage pour l'opération Holzwurm. Une cinquantaine d'agents au total répartis en réseau. Une fois que ce réseau existera, il sera plus facile d'y entretenir des armes à feu. Mais là, la compagnie n'existe même pas pour l'instant. Ce n'est pas une bonne idée."

Tobias broncha mais ne répondit rien. De son côté, Gemma se mit à rire.

"Bahahah, déjà à s'engueuler ! On est frères et sœurs pourquoi tant de haine ? L'un n'est pas content de faire le mercenaire et l'autre n'est pas content de devoir jouer à la garderie. Mais il n'y a ni garderie, ni mercenaires. On fait tous partie de la même famille voyons. On obéit tous aux mêmes lois. C'est pas le moment pour les convictions, allez. J'ai quelque chose pour vous remonter le moral."

Elle se leva subitement pour aller chercher son sac à main et en tira deux bouteilles de schnaps achetées vraisemblablement à la gare de Kern. Enfin, achetées, c'est un grand mot. L'une des deux portait encore son antivol...

"Du Schnaps, ça vous dit ?"

Les deux de la JGK-4 se regardèrent entre eux avant que Lunéa ne lâche.

"C'est bon, je crois qu'on a déjà eu notre dose aujourd'hui..."

Tobias ajouta.

"Depuis quand tu es raisonnable sur ces choses là toi ?"

La jeune femme lui jeta un regard foudroyant qui lui fit rapidement comprendre qu'elle n'avait aucune envie de discuter de cela devant les autres. Au contraire, Cécile soupira avant de marmonner.

"Bon... Allez, une petite goute. C'est le premier jour."

Gemma se plia de rire.

"Ahahah ! Voilà ce qu'on veux voir !"

Il fallait dire malgré le caractère assez incongru de la chose que le rire de Gemma était très contagieux, et au fur et à mesure qu'elle coulait quelques verres l'atmosphère s'était détendue et les agents rigolaient doucement aussi. Au final, certainement ils avaient leurs différents comme deux entités étatiques ou paraétatiques qui se respectent et sont imposés à la coopération, mais les embûches n'étaient vraisemblablement que des rites de passage.

Après la soirée d'échange où les deux de l'initiative finirent par accepter de boire à leur tour, Cécile se retira dans sa chambre en congédiant le reste du groupe et ainsi mettant fin à la première soirée de rencontres. À présent, il fallait travailler, et ils avaient du pain sur la planche.

Sur un bureau, à côté une pile de paperasse nettement organisée, un tableau effaçable avec un compteur. 0/52. Elle effaça le premier nombre pour y inscrire un quatre à la place. Alors que le groupe s'était réuni, déjà quatre agents corvuns avaient fait route séparément depuis les Aldans pour venir à Kern. Eux étaient stationnés dans un autre appartement tenu temporairement, ce qui laissait entendre que la première mission pour les infiltrés allait être de régulariser ces personnes et de leur trouver un logement permanent.

L'opération Holzwurm était donc en train de se mettre en place.

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https://zupimages.net/up/26/40/a5jf.png
L'Amirale Ernova, responsable des forces de projection du CAK, se rend à la frontière militarisée Vahro-Kartienne auprès de la Colonelle Ninenko pour 'évaluer l'avancée des opérations'.

Contexte (HRP)Contexte (HRP) a écrit :Evènement public et exploitable. Un autre RP, non exploitable cette fois, viendra compléter.
31022
[🗲] Die Ausschreibung
Kapöli (🗲): Toÿmynöt

Gemma Venturi

Gemma Venturi


La ville de Kern était certainement resplendissante malgré le climat assez morose qui s'était installé dans les rues depuis maintenant plusieurs semaines. Et pourtant, cela n'empêchait pas les visiteurs osés et les hommes d'affaires en quête de nouvelles sources de revenus de profiter de ce qu'ils avaient devant leurs yeux. Après tout, le travail pouvait attendre si cela signifiait se promener sous le soleil pour une fois.

Ce n'était pas le cas de Gemma et Cécile, en voiture, fonçant à travers le trafic et manquant de griller quelques feux rouges au passage. Etaient-ils en retard ? Peut-être étaient-ils pourchassés ? Non, Gemma était juste au volant de l'appareil.

Comme le voulait son personnage, c'était une jeune femme qui riait trop fort, s'habillait trop bien et conduisait trop vite. Si Cécile avait été berné par son jeu d'acteur de modèle pour la société et appliquante assidue des règles de la route, elle n'avait pas osé bouger alors que le compteur de l'automobile caressait sans cesse le chiffre cinq kilomètres heures au dessus de la limite de vitesse. L'italophone avait remarqué la détresse de sa camarade, et sans lever les yeux de la route elle s'exclama.

"Ne t'inquiète pas, on est tout à fait en règle. Tant qu'on reste cinq kilomètres heures au dessus de la limite et pas au dessus, on n'est pas en infraction. Pas ma faute si ils conduisent tous comme des paralysés !"

Cécile n'était certainement pas convaincue par cela, et même si elle ne connaissait que sa collègue depuis peu de temps elle avait appris à se méfier de son assurance. Pourquoi voler si proche du soleil en tant qu'Icare si voler bas ne changeait absolument rien ? Mais dans les faits, elle eut du mal à s'indigner autant qu'elle était plus tendue qu'autre chose. Qui plus est, ce comportement l'agaçait. Comment se faisait-il qu'une agente aussi culottée donne l'impression d'avoir vécu dans cette ville depuis sa naissance alors que Cécile y avait passé déjà un mois seule et à observer chaque recoin mais donnait toujours l'impression d'être une touriste ?

Cette dernière était constamment de bonne humeur, voyait des occasions partout et bavardait toujours sans s'arrêter. Et justement, malgré le fait qu'elle conduisait à plein gaz, Gemma essaya de lancer une discussion pour dégourdir sa partenaire.

"Alors, il paraît que tu viens de Gardevant ?"

"De Tricy originellement. Je suis partie à Roncevaux un peu avant la guerre, pour après aller à Gardevant durant celle-ci et j'y suis restée."

"Pas mal, c'est sympa Tricy."

"Non, c'est une ville de merde."

"Sympa, je note. Je l'éviterai alors."

"Quoi, tu comptais t'y rendre ?"

"J'aimerais bien faire un petit tour du pays tant que j'ai des jambes, si tu vois ce que je veux dire !"

Cécile hocha doucement la tête avant de lui retourner sa question.

"Et donc toi, tu es originaire d'où ?"

"Moi ? Roxbourg, pas la base militaire je te rassure, le quartier chic à côté."

"Roxbourg ? Eh bah dis donc..."

"Mon père à toujours voulu rester à côté des installations militaires parce qu'il était convaincu que les lorenzistes allaient envahir le pays d'une minute à l'autre. Bon, finalement le vieux avait pas tort, mais on s'en est sortis."

"Et j'imagine que tu as fait tes études à Margaux ?"

"Hein ? Etudes ?"

"Tu n'as pas fait d'études ?"

"Nan, pas pour moi. Problèmes de riche. Bon, plus sérieusement, je me suis faite virer de ma classe préparatoire, à Sainte-Octane."

"Hein ?"

"Ouais, c'est pas pour moi tout ça. Je serai finie à la rue si ça n'avait pas été pour la guerre civile, mon père ne voulait pas me filer un sou. Et il a eu raison, je me suis fait les miens."

"Donc tu bossais où pendant 2018 ?"

"Bosser c'est un grand mot... Là aussi, je t'avoue que je n'ai pas été très honnête sur mon CV..."

Cécile n'en revenait pas. Cette femme avait-elle triché pour en venir là où elle était en ce moment ?

"Attends, tu as triché pour être là ?"

"Ah non ! Non, jamais. Si le JASH m'a prise c'est pour mes compétences. Tu vois, la MIRA m'avait déjà repérée et m'avait demandé de me pencher sur un cas qu'ils recherchaient. Un certain Luca Corbino, recherché pour une dizaine de chefs de fraude. Du coup, je passais mes après-midis à faire semblant de travailler, voyager ça et là en justifiant mes trajets par des voyages d'archives ou de rencontre avec des inspecteurs, en réalité j'étais en train de vider leurs comptes. Ils ont fini par me choper, mais c'est arrivé alors que Corvus les avait renversés, et je me suis faite libérer dans la semaine. Après ça je suis devenue brokeuse à CorvEx."

"Et c'est là que le JASH t'a remarqué ?"

"Alors... Longue histoire. Mais j'ai essayé de les arnaquer aussi..."

"Tÿkürvö..."

"Eh, écoute. C'est pas ce dont le JASH a besoin ? Une arnaqueuse ?"

"Je ne sais pas si c'est vraiment le bon terme. Déjà ce qu'ils voudraient c'est quelqu'un qui ne mente pas sur son CV et qui sait conduire."

"Je sais très bien conduire, regarde !"

"Ah bon ? Tu conduisais comme ça toi quand tu as passé le permis ?"

"Le Permis ?"

Cécile se retourna immédiatement vers elle, son visage exprimant un mixe de panique et de consternation, bouche bée et yeux grands ouverts.

"Tu... Tu n'as pas le permis ?"

Gemma tourna lentement la tête, son sourire disparut l'espace d'une seconde. Et puis d'un coup, elle fut prise d'un fou rire.

"Je déconne ! Je déconne, tu aurais dû voir ton visage ! Mon Dieu !"

"Putain Gemma..."

"Ou pas..."

"Ça fait même pas une semaine et déjà tu me fais chier. Je t'assure que si ça continue comme ça !"

"Allez, pète un coup ! C'est bon là, on est là pour s'amuser !"

"Non justement, on n'est absolument pas là pour s'amuser."

"Pourquoi, tu n'aimes pas ton métier ? Moi si, et ça m'amuse. Je vais pas te retirer le balai que t'as dans le cul."

"Idÿ kürvö näj..."

"Allez, changeons de sujet, de quoi tu veux parler d'autre ? On a encore de la route, le trafic est vraiment merdique dans cette ville."

"Tu pourrais commencer par m'expliquer en détail ce que tu comptes faire et où on va exactement ?"

"Bah alors c'était pas toi la big boss de l'équipe ?"

"Je t'emmerde, dis moi."

"Bon alors, en gros. Là ce qui se passe c'est qu'on a un gros problème avec les nouveaux arrivants. Ils sont a Kern dans un appart temporaire, ils ont pas de papiers réglos, pas de logement et pas de taff. N'importe qui qui leur pose des questions démasque le réseau entier. Là ça va, c'est juste quatre personnes. Mais on en attends quarante huit autres, donc ça craint. Ce qu'il nous faut, c'est des mains dans les affaires de la commission."

"C'est à dire, la commission ?"

"La Commission de Restructuration Nationale, bien sûr ! C'est là où tout ce qu'on veut se croise. Déjà, les emplois. La holding peut facilement en créer si elle rachète quelque chose. Puis les logements, il faut trouver des appartements qui soient pas surveillés. Enfin, des papiers en règle pour que les mecs aient une existence administrative crédible. La Commission valide les privatisations, donc les emplois, elle tient les registres des biens qui changent de main ou bien qui restent vides, en particulier les appartements des familles qui sont parties depuis le sept août. Si on trouve quelqu'un qui veut bien nous servir de contact de l'intérieur, ça devient très intéressant pour nous. Et ça nous évite de devoir faire une infiltration nous-mêmes sur plusieurs mois. La vérité, c'est qu'on pourrait, mais on s'y est pris bien trop tard et on a pas plusieurs mois devant nous. Karty a besoin de nous."

"C'est joli tout ça, mais tu comptes faire ça comment ?"

"C'est simple, je me pointe, je fais du bruit et je sépare les imbéciles des gens qui savent vraiment ce qu'ils font. Le problème avec tous les fonctionnaires c'est qu'ils partagent un réseau de cinq neurones, et tu peux pas construire un réseau là dessus. Je l'ai déjà fait plein de fois avec l'administration antarienne. Cazzo, c'était si simple avant. Antares était tellement facile à corrompre, il suffisait de rouler une cigarette à un employé et il vous était éternellement redevant. Maintenant avec Corvus c'est une autre histoire..."

"C'est pour ça que tu as préféré bosser pour nous plutôt que contre ?"

"C'est l'idée. En Corvus on est plus assez cons pour laisser passer une clown comme moi dans les mailles du filet. Mais comme tu le vois, c'est pas le cas pour les autres pays. Et puis c'est vachement chiant d'être recherché, peut même pas appeler les vieux sans avoir à racheter un burner tous les deux jours..."

"Désolé, mais c'est juste ahurissant d'entendre ça d'une meuf comme toi."

"Bah quoi ? J'ai l'air trop jeune pour parler de ces trucs là ?"

"Bah c'est surtout qu'on dirait que tu joues la comédie."

"C'est le principe Cécile. C'est tout le principe..."

Avant que la jeune femme ne puisse répondre, la voiture s'arrêta soudainement et Gemma tira violemment le frein à main vers l'arrière. Ils étaient arrivés, et visiblement la conversation avait été si captivante que Cécile ne s'en était même pas rendue compte.

Sans attendre, la jeune italophone sortit du bolide et ouvra le coffre pour y extraire sa fameuse mallette à double coque, prête à faire tomber l'institution qui se trouvait devant elle. Un bâtiment grand, presque un peu trop grand pour la quantité d'employés qui s'y trouvaient.

En effet, depuis la chute de l'ancien régime, la commission se trouvait dans un espèce de vide juridique sans nom. Ils n'avaient pas encore reçus d'ordres du gouvernement d'arrêter les opérations ou bien de les diversifier, ce qui faisait que l'institution était figée dans le temps et continuait à tamponner sans vraiment avoir de raisons d'arrêter. C'était la proie la plus facile aux yeux de Gemma, un département aveugle et obsolète qui n'a pas suivi le train des actualités, le meilleur endroit pour y trouver des dissidents.

Suivie de Cécile qui cherchait à se faire discrète, elle entra d'un coup dans l'établissement en poussant violemment la double porte et en prenant une grande inspiration dès son entrée. Devant elle, des guichets vides et certains remplis, des personnes dormant dans un espace d'attente et des lumières au néons blancs grésillant toutes les secondes. C'était la décadence administrative par excellence, et Gemma en était la reine dès à présent.

Ignorant complètement les quelques personnes attendant leur tour, elle s'avança vers le guichet principal pour y poser d'un coup sec et bruyant sa mallette, assez bruyant pour réveiller tous les fonctionnaires qui travaillaient derrière le comptoir. Sans attendre et un large sourire aux lèvres, ajustant ses lunettes de soleil, elle commença son discours avec un sympathique accent italien.

"Bonjour Bonjour, je viens pour déposer le dossier de ma holding pour le rachat d'un atelier de réparations de wagons près du dépôt de Kern. Dans cette mallette j'ai tous les papiers qui doivent être tamponnés par la commission ainsi que les chartres et normes de sécurités signées par les actionnaires. Seulement, j'aurai quelques questions à vous poser sur les procédures de certifications, je suppose que vous pourrez m'y renseigner ?"

Il était évident au premier coup d'oeil que le visage du fonctionnaire tenant le guichet s'était vidé de cette seule phrase de toute son énergie et avait perdue d'une seconde à l'autre le peu de couleurs qu'il avait. Dans sa tête, le désespoir le plus profond et la chose la plus horrible qui peut vous arriver dans cette position: une citoyenne qui sait ce qu'elle fait, ce qui au final était plutôt rare avec la complexification des systèmes administratifs. Mais évidemment, au fil du temps, les fonctionnaires avaient appris à faire moins et à oublier leur formation puisqu'ils ne couvraient jamais de personnes avec des besoins si spécifiques.

Il se tourna lentement pour regarder ses camarades qui, eux non plus, n'avaient pas la moindre idée de où commencer. Ainsi, prenant son courage à deux mains, il se râcla la gorge avant de répondre.

"Euh... Oui, dites moi ?"

Gemma se gratta rapidement le nez avant d'ouvrir sa mallette et commencer à la vider de ses papiers alors qu'elle expliquait.

"Voyez-vous, la holding a déjà travaillé sur des secteurs notamment pétroliers, dans les mers et aussi sur les autoroutes avec les différents transports liés à ces thématiques là. Les normes de sécurités propres à ces secteurs d'activité étaient bien connues des actionnaires, cependant avec les renouveaux de votre pays nous désirons investir dans de nouveaux projets, notamment les réseaux de trains et rails trans-eurysiens. Sauf que, voyez-vous, les normes de sécurité sont bien différentes. La raison pour laquelle les personnes investissent chez nous plutôt qu'autre part est parce qu'on privilégie cet aspect là. J'aimerais donc en savoir plus sur la norme de sécurité sur les ateliers d'entretiens, notamment et en particulier celle sur les accouplages locomotive-wagon."

Le fonctionnaire se frotta les yeux lentement avant de soupirer. Décidément, ce n'était pas sa journée.

"Euh... Oui, cette norme... Les accouplages, vous dites ?"

"C'est bien cela."

"Euh..."

L'homme fit mine de rechercher quelque chose sur son ordinateur pour pouvoir lui répondre. Mais le seul vrai outil qu'il avait à sa disposition et celui qu'il utilisait toujours, c'était de lui souligner une imprécision qui lui demandait de revenir une autre fois, en priant qu'il ne serait pas celui à devoir tamponner au final.

"Alors... Déjà, il faut avoir rempli le formulaire de sécurité sur les machines à usage industriel, je ne peux pas vous aider sans cela."

Gemma ne dit point un mot et avança devant lui un formulaire parfaitement rempli et signé, recto verso, propre. L'homme rétorqua immédiatement.

"Madame, il ne peut pas être recto-verso."

Sans trembler, elle reprit le papier, le rangea dans sa mallette et en ressortit deux, représentant le formulaire exact, encore plus propre, mais sur deux papiers différents. L'homme les inspecta rapidement avant de répondre.

"Il vous faut aussi les approbations de vos lignes de crédit."

Gemma en sortit les documents, de trois banques différentes, une à côté de l'autre sur le comptoir.

"Malheureusement madame, ils doivent venir d'une seule banque seulement."

Elle répondit sagement.

"Pas depuis 2015. Et c'est mademoiselle."

Complètement désarmé, le fonctionnaire ne pouvait faire autre chose que de rechercher cette fameuse norme dont elle demandait les soins, autrement dit de faire son travail.

"Euh... Très bien, mademoiselle... De quelle norme parliez vous tout à l'heure ?"

"Celle de la sécurité des accouplages locomotive-wagon."

"Vous n'avez pas un code ou un article ?"

"C'est pas votre travail ça ?"

"Si mais je... Euh... Ça me simplifierai la tâche."

"Vos camarades sont pas là pour vous aider ?"

"En théorie..."

Il se retourna pour dévisager ses collègues et les tirer eux aussi à l'intérieur de la tombe qu'il venait de se creuser.

"Dites... Vous en savez quoi à propos de la norme de sécurité des accouplages pour les trains ?"

Tous se regardèrent les uns les autres avant de donner des réponses feignant l'assurance.

"Ah oui... Oui, les accouplages... Je ne me souviens pas du code non plus..."

"Peut-être qu'il faut demander à Franz, lui il doit savoir ?"

"Non, il aime pas être dérangé pour des évidences comme celles-ci."

Pendant ce temps, Gemma roula des yeux, soupirant. Décidément, il n'y en avait pas un pour rattraper l'autre.

C'est à ce moment là qu'une femme assise au fond du bureau se râcla la gorge pour attirer l'attention. Tout le monde se tourna vers elle, incrédules, Gemma la première.

"Excusez moi... Mademoiselle ?"

"Venturi. Gemma Flavia Venturi."

"Mademoiselle Venturi, je dois être honnête, en dix ans que je travaille ici je n'ai jamais entendue parler d'une norme de sécurité des accouplages qui nous regarde. Celles-ci devraient normalement se trouver sous la section de la sécurité ferroviaire générale. Pour tout vous dire, je doute même qu'elle existe."

Le sourire de Gemma s'élargit peu à peu jusqu'à donner un museau mesquin et presque farceur quand à cette réponse là. Doucement, elle baissa ses lunettes de soleil pour révéler ses iris vert émeraude et regarder la fonctionnaire dans les yeux.

"Rappelez moi comment vous vous appelez, mademoiselle je suppose ?"

"Kranjc. Mojca Kranjc."

"Mademoiselle Kranjc, vous ne savez pas à quel point j'apprécie votre honnêteté. Si de toute évidence il y a un problème avec mes requêtes, le problème sera réglé auprès des actionnaires. Comme je l'ai bien fait comprendre à votre collègue, notre connaissance de la loi vahre nous est encore floue. Ainsi je suis heureuse de ne pas avoir perdu mon temps ici."

Tandis qu'elle se mit à ranger ses affaires, elle rajouta.

"Je serai de nouveau à vous une fois cette imprécision réglée. Bonne journée à vous ! Tu viens Cäcilie ?"

Tout le monde était incrédule. Les fonctionnaires, les premiers, tous sauf Mojca étaient abasourdis. Ils étaient prêts à passer la journée sur des registres pour une demande absolument insolite, et la jeune femme timide au fond du bureau fut celle qui leur épargna ce supplice. Et Cécile surtout, ayant assisté à la scène comme spectatrice, n'avait aucune idée de ce qui venait de se dérouler. Seule Mojca restait impassible, gardant les yeux sur l'italophone alors qu'elle se dirigea vers la sortie en remontant ses lunettes de soleil sur son museau, calculant déjà son prochain coup.

* * *

Deux jours à jouer les vautours. C'était typiquement un coup du JGK-4, et c'était ce pour quoi Lunéa et Tobias s'étaient entraînés. Deux jours à observer de loin et de près l'atelier de réparations de wagons, les quais militaires, les bâches et ses horaires absurdes. Des travailleurs différents tous les jours, sûrement embauchés le jour même, vestiges d'un pays qui a connu une scission récente. Pendant ces deux jours, il n'y avait que cela dans la tête des deux opérateurs.

Mais ce soir là, ils n'avaient plus de questions. Que des réponses.

Ils avaient mis à bon profit leur temps passés à regarder pour en savoir assez sur l'angle d'attaque avec lequel ils allaient aborder cette entreprise, et cet angle là était Paul. De ce qu'ils avaient observé, c'était lui qui était à la tête de l'atelier, et son emploi du temps était celui d'un ministre, travaillant bien trop tard et mangeant toujours tout seul. Hier soir, les deux protagonistes avaient pris leur courage à deux mains pour venir lui parler durant une pause rapide en lui offrant une cigarette. Leur motivation ? Voir les rails. Ceux qu'ils ont eu ? Un dîner en tête à tête avec l'homme pour discuter de tout ça. Au travail, il n'avait pas la tête ni l'esprit, ni même le temps pour quelconque visite. Après tout, il préférait sacrifier du temps libre que du temps de travail, et c'était justement ce qui arrangeait les deux.

C'est ainsi que le duo de l'initiative se retrouva dans une brasserie ouvrière à attendre leur plats face à un vieil homme lessivé par une nouvelle journée interminable mais pourtant prêt à recommencer le jour suivant. Il ne se rasait visiblement pas depuis longtemps, avait encore du goudron et de la graisse sur les mains et présentait toutes sortes d'égratignures sur ses coudes et ses avant-bras. C'était typiquement un ouvrier des rails de Kern, et l'uniforme en polycoton n'était que la cerise sur le gâteau.

Alors qu'ils attendaient leurs plats, Lunéa fut la première à briser la glace tandis que Tobias les regardait, bras croisés.

"Monsieur Hörnig, si je peux me permettre, vous n'auriez pas dû nous accorder votre temps libre comme cela, déjà qu'il me semble que vous n'en avez pas assez."

Celui-ci répondit d'une voix rauque, mi-amusée.

"Voyons, mademoiselle... Appelez moi Paul, si vous comptez sérieusement faire affaire on doit apprendre à se connaître mieux que cela... Et pas d'inquiétudes pour ce qui est de mon emploi du temps."

"Je vous crois sur parole alors, je dois dire que vous êtes plus sympathique que la plupart des personnes avec qui nous avons l'habitude de traiter."

"C'est que la sympathie est tout ce qu'il nous reste, mademoiselle... Comment vous appelez vous déjà ?"

"Lunéa Mahlmeister, si je vous appelle Paul alors appelez moi par mon prénom aussi."

"Je vois... Lunéa alors. La sympathie, c'est tout ce qu'il nous reste. Avant, nous étions bien plus neutres. Nous plaisantions, oui. Il y avait de la bonne humeur. Nous étions heureux car nous voulions l'être. À présent, si nous semblons heureux, c'est que nous n'avons pas le choix."

"Le changement de régime à autant chamboulé vos affaires ?"

"Non, pas vraiment. Mais mon ancienne équipe s'est séparée du jour au lendemain. Entre ceux qui ont démissionné, ceux qui se sont enfuis avec leurs familles et ceux qui ne sont... plus parmis nous..."

"Je comprends ce que vous ressentez. Nous avons eu une situation similaire avec un groupe de camions citernes sous le sigle de la holding que nous représentons. Un séisme avait frappé une autoroute et le conducteur était mort. Cela avait suffi pour chambouler toute l'équipe. Je n'imagine donc pas ce que vous avez vécu avec les manifestations."

Paul resta silencieux un instant avant de reprendre sur un tout autre sujet.

"Donc ces rails. Je dois être honnête, je ne comprends pas comment nombre d'entreprises ont pu passer à côté. Vivement quelqu'un qui prenne la gestion du lieu."

"En effet, étendre les opérations en Vahrénie peut sembler quelque peu suicidaire surtout en ce moment, mais avec les privatisations et les lignes de crédit très avantageuses, ce pays ne demande que de l'investissement. Le rail est la meilleure option pour nous dans notre avis, nous ne croyons pas en la possibilité d'exploiter le littoral pour des activités pétrolières auxquelles nous sommes habitués."

"Cela est vrai. Mais le problème avec la logistique de chemin de fer est que la Volksarmee gère cet aspect là. D'habitude cela est assez pour faire fuir quiconque investirait."

"On a de très bons lobbyistes et avocats, ne vous en faites pas. Nous avons tout vécu, de l'ex-administation antarienne à celle kartienne. Celle de la Vahrénie n'y fait exception. Je parie qu'en ce moment même des avocats sont à la Commission de Restructuration Nationale pour obtenir des baux commerciaux là où ils ne peuvent pas acheter."

"Pourquoi acheter si l'on peut prendre un bail après tout ?"

"Cela ne vaut clairement pas la peine, surtout avec les taux d'intérêt actuels. Les prêts sont pratiquement gratuits, les lignes de crédit le sont encore plus. Acheter et s'endetter avec un taux d'intérêt moindre revient à louer, sauf que nous possédons le bien dans un cas et pas dans l'autre."

"Vous devez vraiment croire en l'avenir de ce pays pour réfléchir de cette manière..."

Tobias se racla la gorge pour se retenir de rire, car après tout cette opération allait leur coûter une fortune. Paul avait évidemment raison, ils n'allaient jamais rembourser leurs lignes de crédit avec leurs profits, mais c'était le prix à payer pour entretenir un réseau. Et puis, si le pays disparaissait, leurs dettes allaient disparaître aussi. Le JASH n'allait donc pas saigner des florins tant que cela.

De son côté, Lunéa ignora son camarade et continua de parler. Un serveur leur avait apporté leurs plats, mais malgré cela la discussion continua alors qu'ils se restauraient.

"Vous savez, que le pays ait un avenir ou non, toute affaire est une bonne affaire. Surtout dans un domaine aussi flexible que celui-ci. Les personnes n'auront pas toujours besoin de certains produits, mais réparer des trains, personne ne peut s'en passer. Que l'économie soit désastreuse, il faut une logistique fonctionnelle pour la relancer. Et si tout va pour le mieux, il en faut de même pour lui donner de l'haleine. On ne croit pas au bon avenir du pays, nous parions simplement sur une évolution de la situation. Qu'elle empire ou s'améliore, nous serons gagnants après tout. Nous perdons si les choses restent comme elles sont."

"C'est vrai que c'est une bonne manière de voir la situation. Mais actuellement, c'est une véritable épave. J'embauche des sans-emploi pour des contrats journaliers, je passe mes journées à la commission pour figer le statut de l'entrepôt, je parle à un mur lorsque j'écris à la Volksarmee et ils s'énervent lorsque je ne leur parlent point. Je continue d'encaisser des profits sans avoir l'autorité de les toucher. En somme, je fais du bénévolat pour un patron qui n'existe pas."

"Je dois dire que vous êtes le plus assidu des bénévoles dans ce cas."

"Je n'ai pas le choix. Si j'arrête de travailler, le dépôt meurt. Et si c'est le cas, je me ferai jeter en prison par une armée qui en dépend."

"Mais n'ont ils pas des alternatives ?"

"Si, mais pas dans le coin. Et ils préfèrent exploiter les travailleurs coincés dans une zone grise de la loi plutôt que d'apporter des solutions."

"Je vois, c'est assez typique finalement."

"Mais sinon, tout est en règle, et c'est un grand plus. J'ai eu la chance de renouveler tous les contrats de sécurité avant que le régime ne tombe, on ne peut pas faire mieux. Ces trucs là sont un casse-tête à produire, il faut qu'un inspecteur de la commission se rende personnellement sur les lieux. Je connais des collègues qui doivent renouveler les leurs mais aucun inspecteur n'est plus disponible ou ne peut plus exercer ses fonctions. Ils ne peuvent même plus travailler dans leur propre société."

"Hm, intéressant. Dites leur que si ils veulent une bonne avocate, on en connaît une."

Paul hocha de la tête avant de reprendre.

"Tout compte fait, vous rendriez plus service à moi qu'a vous en rachetant l'atelier. À y repenser, j'aurai dû vous l'accorder, cette visite..."

"Vous savez, on n'est point là pour faire du tourisme. Donc notre emploi du temps est très flexible. Je serai plus inquiète pour le vôtre."

Paul ricana avant de répondre.

"Vous savez, une cigarette et de l'alcool fort c'est juste ce qu'il faut pour garder la tête froide. Il n'y a aucune raison de s'inquiéter tant que je ne manque pas de l'un ou de l'autre."

Lunéa s'essuya les lèvres avant de se tourner vers Tobias, le regardant dans les yeux. Tous deux se dévisagèrent l'espace d'une seconde, leur repas fini, tous deux avec la même idée en tête.

La jeune femme se redressa, posa un coude sur la table et lâcha.

"Alcool fort vous dites ? Un petit digestif, ça vous tente ?"

Paul se frotta le nez en souriant avant de répondre.

"Soit, j'ai gagné au poker ce midi avec les autres farfelus que j'ai embauché. Je pourrais bien m'offrir un petit verre."

Tobias réagit immédiatement, sans bouger, les bras croisés.

"Vous plaisantez ? C'est moi qui invite."

"Absolument pas, c'est moi qui vous ait proposé de dîner !"

"Vous vivez sur des parties de poker avec des chômeurs, ne nous faites pas pitié. On vous invite cette fois et toutes les autres fois que vous voudrez dîner avec ou sans nous."

Lunéa ajouta presque immédiatement.

"Et n'est-ce pas vous qui disiez que la sympathie était tout ce qu'il vous restait ? On participe comme on peut."

Paul soupira, large sourire aux lèvres, acceptant de se faire inviter vu sa situation.

Mais au fil des secondes, son sourire s'effaça progressivement, comme si une pensée parasite était venue conquérir le peu de bonne humeur qu'il lui restait encore pour le faire douter. Lentement, son visage se troublait laissant échapper de l'appréhension et de la peur, son sang se glaçait et son regard balayait les environs en quête de quelqu'un qui serait en train de les regarder ou bien de les écouter.

Après un petit soupir, il annonça.

"À vrai dire... Il y a autre chose. C'est la raison pour laquelle je cherche acheteur..."

L'homme releva la tête pour regarder Lunéa dans les yeux.

"Je ne veux plus jamais qu'on tire sur des innocents depuis mes trains."

Avant que les deux ne puissent réagir, une jeune femme entra d'un coup dans la brasserie, tout le monde se retournant pour river leurs regards sur elle. C'était évidemment Gemma, qui d'autre ?

L'italophone n'avait pas changé d'un poil depuis le matin même, elle n'avait pas perdue son énergie et sa chemise semblait encore tout droit sortie de sa garde-robe sans aucune pliure. Décidément, elle était venue chercher ses deux acolytes pour les ramener au bercail.

Jetant un rapide coup d'œil aux alentours, elle approcha la table où se trouvaient les agents pour venir saluer l'invité qu'ils avaient devant eux tandis que tout le monde se demandait qui pouvait bien être cette folle.

"Bonsoir Bonsoir ! Je me présente, Gemma Flavia Venturi, je viens vous piquer ces deux là pour un débriefing, je suis certaine que cela nous vous dérangera en rien !"

L'homme était quelque peu consterné, mais joua tout le même le jeu, plutôt charmé par cette introduction si franche.

"Paul Hörnig, ravi. Nous discutions simplement, ne vous en faites pas, qui plus est je crois que nous sommes tombés d'accord pour pousser l'affaire plus loin."

Lunéa intervint, essayant de justifier la prise de position de sa camarade.

"En effet, je pense que nous le sommes. D'ailleurs, l'avocate dont je vous parlais, la voici."

Gemma se mit à rire fort, comme si elle venait d'entendre la meilleure blague de sa vie.

"Avocate ! Trop d'honneur ! Je suis simple consultante légale, pas besoin de m'honorer sur ces abords là ! Pourquoi, sieur Hörnig chercherait il une consultation ?"

L'homme se frotta la tête, riant à son tour, infecté par la bonne humeur de la nouvelle arrivante.

"En réalité, il y a peu que vous puissiez faire, c'est un problème de la commission et les vides juridiques qui ont suivi la chute du régime..."

"Porca troja, cette commission ! Que des mésaventures !"

"En effet..."

"Bon, vous devriez vous revoir à nouveaux si le dîner s'est si bien déroulé, surtout qu'ils doivent à présent partir si vite, n'y voyez pas de l'indiscrétion à votre égard. Les actionnaires préfèrent simplement les réunions en fin de journée et ne connaissent pas la notion de décalage horaire !"

"Ah, c'est donc cela ! Très bien, de toutes façons nous devons nous revoir pour une visite, c'est certain."

Tobias sourit enfin pour la première fois de la rencontre alors qu'il se levait de table suivi par les deux autres.

"Evidemment, nous reviendrons vers vous au plus tôt."

Après un tour de serrages de mains et autres sympathies diverses et variés, Tobias se retira pour aller régler et Lunéa resta avec Paul pour continuer à entretenir une conversation avec l'homme. Seule Gemma demeurait seule, impénétrable et inébranlable dans sa bonne humeur, attendant sagement qu'on l'interpelle pour reprendre le volant et ramener les agents au bercail.

Mais du coin de l'oeil, entre le visage et le verre obscur de ses lunettes de soleil bloquant son visuel avant, elle aperçut quelque chose. Ou plutôt quelqu'un.

Sans tourner la tête, elle comprit que c'était un homme, assis au bar, fatigué. Probablement ivre. Un regard fugace suffit pour déterminer qu'il n'était pas en pleine forme. Et pourtant, tout le monde semblait l'ignorer.

De l'extérieur, la jeune femme demeurait sans réaction. Mais à l'intérieur, de la douleur. Des souvenirs, des cauchemars et encore plus de douleur. Dans son regard vide, il n'y avait qu'agitation mêlée à de la consternation. Et surtout, les voix.

Des murmures. Des cris parfois. Tous unis pour former un appel, une plainte. Une pulsion.

Mais Gemma n'est pas quelqu'un qui malgré les apparences agit selon ses pulsions. Elle n'aurait pas céder à quoi qu'il fut en train de se dérouler dans son esprit. Et justement, elle ne le fit pas.

Elle secoua rapidement la tête pour se défaire de cette impression soudaine pour aller rejoindre ses compagnons qui commençaient à se diriger vers la sortie, lui faisant signe de venir.

Et sans rajouter un mot, elle reprit sa personnalité habituelle, mettant les gaz dès qu'elle fut assise sur le siège conducteur et fonçant dans les rues de la ville à la limite de la légalité.

* * *

"Bon, première vraie journée de travail. On commence par quoi ?"

Cécile se tenait face aux trois autres, quelque peu fatigués par leur travail de la journée, attendant de prendre la parole pour le debrief. Mais évidemment, Gemma n'était pas là pour attendre d'être interpelée directement.

"Le travail à la commission était bien plus simple que prévu. Un tour de passe et on a Mojca dans la poche !"

Cécile soupira avant de répondre.

"Gemma, j'apprécie ton talent, mais là faut se calmer. Il faut approcher Mojca sur plusieurs semaines, c'est pas quelque chose qui s'improvise."

"Quand est qu'il a été question d'improvisation ?"

"Je dis simplement que tu as été bien trop visible à la commission, c'est pas notre mode opératoire habituel."

"Dixit qui exactement ? Personne ne soupçonne celle qui parle trop fort. J'ai une gueule d'espionne à ton avis ? Arnaqueuse peut-être, mais espionne loin de là. Et je les met au défi de trouver une question à laquelle je ne peux pas répondre."

"C'est justement ça le problème Gemma, on ne veut pas de questions tout court."

"Et pourtant c'est que qui nous a valu notre cible. À ton avis, il servait à quoi mon théâtre ? Cette pauvre femme est la seule de cette bande de moutons qui ose douter. Et quelqu'un comme ça, c'est quelqu'un d'intelligent, quelqu'un qui sait faire. On peut pas juste prendre un mec au hasard, il paniquera comme il a paniqué avec moi et sonnera l'alarme. Et tu veux savoir où on a touché le jackpot ? Mojca est slovène de toute évidence. Soit un peuple réprimé depuis cinquante ans dans le pays. On peut pas trouver mieux pour la cellule Kommission."

"D'accord, j'aurais tout de même préféré faire ça plus lentement."

"On a pas le temps Cécile. On a été mis là dessus en urgence à la demande de Karty, et Corvus étant Corvus ils ont décidé non seulement de faire les choses plus rapidement mais mieux. Là où Karty enverra peut être quelques agents, on en envoie cinquante deux et nous en rab. Voyons Cécile, on n'est pas là pour faire de l'observation, on doit être prêts à démonter l'Etat si il faut ! Et ça, ça demande des nerfs !"

"Bon écoute... On en reparlera... Mais je veux faire partie des opérations aussi, je veux pas juste être là à regarder. N'y vois pas de la manie, mais j'aime pas regarder et laisser faire."

"C'est très juste, et j'aurai besoin de toi. Pour les prochaines étapes en tout cas."

"Bon... Très bien. C'est pour la cellule Kommission. Sinon, je suppose que vous deux vous avez bossé sur la cellule Rail ?"

Lunéa et Tobias se regardèrent entre eux avant que ce dernier ne répondre.

"On a trouvé un contact nous aussi. Paul Hörnig. Il a très mal vécu les fusillades, semble être résistant sans l'être. On peut lui faire confiance, mais on va creuser tout de même. On peut commencer à employer certains de nos agents comme cheminots et mécanos dans l'atelier pour régulariser leur statut en attendant que la Kommission se forme."

"Parfait. Combien de nouveaux arrivants aujourd'hui ?"

"Onze. On doit procéder rapidement au rachat si on veut en accueillir d'autres."

"Ça marche. On pourra bientôt commencer la mise en œuvre de la cellule Süd."

"On est d'accord."

"Bon. Je crois qu'on mérite tous du repos. Pour l'instant pas de problèmes à l'horizon. On reste sur nos gardes, ces dans ces moments là que les choses commencent à tanguer d'habitude."

Ils hochèrent tous de la tête avant de se dire bonne nuit et se séparer dans leurs chambres respectives.

Encore une fois, Cécile se retrouva à présent seule. Seule face à ce tableau effaçable. Et d'un coup de stylo, une inscription qui vint remplacer la précédente.

15/52.

5510
Roman en Vahrénie
Deuxième chapitre, partie 1

Natan Eraski
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AlinéaConfions leur les forges et les aciéries. C'était le propos qu'avait tenu Walther Gortner à Heinrich Draxler et Viktor Seger lorsqu'il était encore en fonction, défunt prédécesseur de Jonathan Kessler.

Ah, la Vahrénie ! Quel charmant pays !

Hier pire dictature fasciste charriée par la communauté internationale, aujourd'hui pays en transition libérale soucieux de redorer son blason, et demain —certainement— la meilleure opportunité économique de la décennie.

Si le propos de Gortner avait été privé, son application ne l'était pas !

En effet, les lois fascistissimes n'étaient plus, ou tout du moins elles tendaient à disparaître. Telle neige fondant au soleil, la Vahrénie tombait d'elle-même de pressions diplomatiques. Poussées —plus de force que de gré— dans le long chemin de la démocratisation, les autorités Vahres —sous la personne de Gortner même— avaient opté en tout premier lieu pour la libéralisation de l'économie ainsi que la privatisation des domaines où elles étaient autrefois omniprésentes. En d'autres termes, la Fédération Estalienne avait obtenu de la Vahrénie des concessions, et ce sur le plan économique: Sans l'ombre d'un réel mouvement. Comme s'il s'agissait d'un plateau d'échecs, le joueur Vahrénien ayant replacé ses pions sans même la pression du mouvement des pièces adverses, avec plutôt le regard simplement menaçant du joueur Estalien. Oh oui bien sûr, il y avait peut-être les maîtres Velsniens ou Kartiens en arrière, mais c'était bien le joueur Estalien qui avait fait plier le Vahrénien d'un simple regard noirci. Mais cela, paradoxalement, ce n'était absolument pas ce que souhaitaient les Estaliens. Une faille créée dans la défense ? Oui, mais elle était économique. L'Estalie avait à souhait des réformes sociales, ou bien elle devrait envoyer ses armées les instaurer par la force. La démocratie réelle ou la guerre, c'était là l'ouverture Estalienne: Et en aucun cas elle ne visait l'économie. Mais après tout, en aucun cas il ne s'agissait d'échecs n'est-ce pas ? Non, puisqu'il s'agissait de géopolitique. Une victoire donc, mais une victoire dont les conséquences n'étaient pas désirées par son auteur.

...

La bourse de Volkingrad était un endroit singulier. Singulier oui, mais tout un pan de la capitale. Comment l'imaginer sans le Capitole, sans le Kremlin, sans la Place Etoile, sans beaucoup de choses en fait mais surtout: Sans la bourse ? Cette haute tour qui regroupait les hautes finances de la République Fédérale Kartienne, le fleuron des actionnaires: L'élément capitaliste par excellence. Ne devrait-il pas s'agir d'un bâtiment controversé, dans un pays socialiste voire carrément libertaire ? Oui, ça devrait. Mais tout comme l'Union Kahtanaise, la République Fédérale Kartienne n'avait aucun scrupule à exploiter les marchés extérieurs pour se financer, tout en prohibant la pratique capitaliste à l'intérieur même de chez soi. Puisque l'économie Kartienne était sous le giron de l'Etat par un certain prisme de dirigisme, y pratiquer les délires actionnariaux y était fort compliqué. Mais à l'étranger, c'était une toute autre histoire. Puisque la plupart des pays étaient libéraux, Karty en profitant. Ainsi, les actionnaires et traders pariaient sur l'extérieur, d'où la présence de cette haute tour. Cette pratique —tout aussi singulière que la tour— était le quotidien de certains, au hasard de Stanislas Orlovski, le mari de la Gouverneure Kartienne.

Stanislas était trader à la bourse de Volkingrad, les chiffres le connaissaient, et il connaissait les chiffres. Il avait appris à les connaître, tout comme ses collègues au bureau. Il conversait même, à l'instant, avec l'un d'eux. Tous deux étaient dans un élégant costume.

«Financer KFC, la donne du siècle, je te l'ai dit Natan ! Même l'Etat s'y est mis !»

Stanislas riait de bon coeur, visiblement heureux de ses investissements. L'autre lui répondit.

«Je me fends la poire bordel de merde.»

Il semblait moins heureux, mais pas moins intéressé.

«Oh, fais pas ton rabat-joie ! C'est arrivé à tout le monde de rater l'ascenseur quelques fois... Puis bon, je te rappelle que j'investis pour l'Etat, je représente la banque publique moi ! Mon taff, c'est du sérieux !»

Stanislas n'était pas exactement trader, donc. Il jouait le même rôle, mais pour le compte d'une des banques étatiques. Il investissait, jouer avec les actions... Un trader sans l'être.

«T'as surtout été pistonné mon vieux.»

«Quoi ?!»

Il prit un air faussement indigné, agitant les bras comme pour se défendre d'un procureur mal avisé.

«Moi ? Moi ?! MOI ?! Moi je suis pistonné ?»

«Fais pas semblant hein, Stan... Tu dois clairement ton poste à Angèle. T'es pistonné, 'je te l'ai dit'.»

«Parle pour toi... J'étais à ce poste avant que ma femme arrive au pouvoir je te signale. Puis bon, les chiffres parlent pour moi.»

«CQFD...»

Tous deux se mirent à rire, de leur propre langage qui devenait une véritable déformation professionnelle, sans doute. Natan reprit, une fois à peu près calmé.

«M'enfin, tu m'enlèveras pas qu'avoir la Gouverneure Orlovski en tant qu'épouse... Ça pourrait t'apporter des informations en or, parfois.»

«Trust le process.»

«Me dis pas que tu t'es mis avec elle pour ça ?»

«Natan... Choisis donc tes futures paroles avec délicatesse et soin.»

«Donc c'est oui ?»

«Donc tu peux aller te faire foutre.»

Riant, il répondit.

«Roh ça va, ça va.»

«Paie ta déception, tu casses du sucre juste parce que t'es pas encore casé à ton grand âge.»

Stanislas changea enfin de sujet après quelques instants. Il prit un air sérieux.

«Une information en or, t'en veux une ?»

«Euh... Bah ouais carrément ?»

«La Vahrénie.»

«Ce trou paumé ? Tu veux en tirer quoi comme profit ?»

«C'est vrai que c'est ce qu'on peut en penser, et c'est pour ça que c'est une occasion. Creuse le sujet, je te jure que ça vaut le coup.»

«Et elle vient d'où cette info ?»

Il haussa les épaules. Impatient, Natan reprit.

«La Vahrénie tu dis.»

Il acquiesça.

«Mhm.»

...

De retour chez lui, Natan fouilla le sujet. De fond en comble, se rendant compte —peu à peu— qu'un paradis se dressait en face de lui. Il ne se demanda pas une seule seconde pourquoi Stanislas lui avait fourni cette information. Et c'est vrai, pourquoi l'avait-il fait ? Mais il n'y réfléchit pas. Non au lieu de cela, il saisit le combiné de son téléphone de bureau, bien décidé à appeler un vieil ami. Car après tout, il fallait être de la partie.
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