30/05/2019
12:52:09
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[Latrua - Norland] Première rencontre

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Aéroport Llewelyn Patterson

Rencontre datée du 10 mai 2019 in rp.

Il est 10 heures à Windsdale-Vinddal, il fait plein soleil et 15 degrés (contrairement à ce qu'on voit sur la photo). On arrive au beau milieu du printemps sydlandais, marqué par des températures douces et par le retour de la faune urbaine dans les rues. Comme pour la visite de Duve, la présidente de Norland et le Statsminister attendent sur la piste 1 de l'hôpital de la capitale Llewelyn Patterson. Ils attendent Mr Shulichenko, président de la République de Latrua ainsi que son mari. C'est un évènement particulièrement excitant pour la présidente de la fédération, car c'est la première fois qu'un dirigeant venu d'Eurysie pose les pieds aux États-Unis de Norland.

"Il fait beaucoup plus doux qu'en janvier, vous ne trouvez pas ?" Demande d'un air peu sérieux le Statsminister à Mme Vestergaard.
"Qu'en janvier ? Non... Ça ne doit être qu'une impression." Répond Margrethe, s'empêchant de rire face au trait d'humour honteux de son ami.

Les minutes passent, et peu à peu, Margrethe s'impatiente de voir son homologue eurysien arriver.
"Vous disiez qu'ils devraient arriver à quelle heure ?" Demande la présidente.
"Entre 10h10 et 10h30. Vous arriverez à attendre encore un peu." Lui répond Henning Brandt.

Un avion se fait à ce moment de plus en plus visible et, à 10h20, atterrit finalement sur la piste.
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en-tête
10/05/2019, Aéroport Llewelyn Patterson
Avion présidentiel

Так красиво

L'avion présidentiel était en vol depuis près de six heures. L'aéronef fendait le ciel matinal, traversant stratus, cirrus, cumulus et nimbostratus, laissant derrière lui de fines lignes de condensation qui disparaîtraient en seulement quelques heures. Il avait décollé dans un ciel noir, avait traversé l'horizon, croisant un nouveau soleil, et il se mouvait maintenant dans un ciel bleu. Sa carlingue, arborant les couleurs de la bannière latruante, commençait à être chauffée à blanc par l'astre brillant, s'éclairant soudain par endroit d'une lumière aveuglante.
Plus bas, 30 000 pieds plus bas, l'océan s'écoulait, paisible, imperturbable, masse animée d'eau, monstre aquatique, tantôt d'huile, comme mis en cage, tantôt déchainé, libéré trop impudemment. Quelques bateaux, pétroliers ou chalutiers, cohabitaient sur cette étendue qui n'avait jamais trouvé de maître. Quelques hommes et femmes tentaient, fébriles, de traverser la mer félonne, espérant comme tant avant eux d'atteindre bon port.

Voilà de quoi avait été composé le rêve de Sergey. Il accompagnait, protocole oblige, son mari, Vasiliy Shulichenko, actuel Président de la République du Latrua, en voyage officiel en Aleucie du Nord. Le convoi, dans lequel ils avaient embarqué, était arrivé à trois heures quarante-cinq du matin, une heure beaucoup trop matinale pour lui, au pavillon présidentiel de l’aéroport de Vrarany. Alors dès que l'avion avait quitté le sol, il s’était plongé dans un profond sommeil. Un sommeil long, un sommeil entrecoupé de rêves, de songes, d'images plus ou moins colorées, de moment à la beauté différente, à la lumière chancelante. Un sommeil bénéfique, réparateur, dont il fut tiré par un rayon de soleil lui caressant la joue. Depuis, il regardait en alternance, à travers l'un des hublots de la chambre présidentielle, les changements de couleur du ciel, et son mari, assoupi sur l'un des deux canapés de la pièces.

Vasiliy dormait à point fermé, comme un enfant. Il s'était changé, ayant troqué cravate, veste, veston et chemise pour un simple pull bordeaux. Dessus, les lettres Se.Sh, les initiales de son mari, avaient été dessinées. Ce pull était un des nombreux cadeaux, goodies de tournée, que Sergey lui offrait. Il est vrai qu'il ne lui seyait pas tant, la couleur chaude ne s'accordant que difficilement avec les cheveux blonds, mais Vasiliy tenait à porter le porter. Cela faisait sourire Segey. Son mari, tout président soit-il, restait indéniablement fan du chanteur qu'il était. Lors de ses concerts, Vasiliy redevenait le jeune homme un peu timide, trempé jusqu'à l'os, qu'il avait rencontré à la sortie d'un show, il y a de cela vingt-et-un ans. Il redevenait cet étudiant en sciences politiques lui tendant une photo légèrement décolorée pour que lui, jeune chanteur, lui signe un autographe. Il redevenait ce petit blondinet qu'il avait conduit dans un des rares bars encore ouvert, avec qui il avait discuté une nuit durant, qu'il avait quitté au petit matin en lui jurant qu'ils se reverraient.

La suite fut complexe, plus lente, plus douce. Ils se revirent, une fois, deux fois, plein de fois. Ils discutèrent, lui parlant de son frère, mort trop tôt, Vasiliy expliquant comme il était dur pour lui de s'intégrer dans la bonne société vararnyenne. Ils venaient tout deux de la campagne latruante, de familles plutôt modestes. Ils vivaient les mêmes épreuves au même moment, lui, étoile montante du théâtre et de la chanson latruante, Vasiliy, étudiant brillant destiné au plus hautes sphères de l’État. Et ils se revirent, se découvrirent, s'apprivoisèrent mais toujours en tant qu'amis, jamais en tant qu'amants. Fusse sa faute, peut-être. Il est vrai qu'à l'époque, il n'arrivait pas encore à mettre des mots sur ce qu'il ressentait. Lui, jeune chanteur ayant si souvent défrayé la chronique par ses liaisons avec tout ce que Vrarany pouvait compter de jeunes trentenaires, se sentait de plus en plus attiré par un homme qu'il avait croisé, par hasard, à la sortie d'un concert.
Ce fut Vasiliy qui l’amena à prendre conscience de ce sentiment qui l’animait depuis plusieurs mois. Il le plaqua contre le mur d'une ruelle et l'embrassa dans une ambiance crépusculaire, près d'un soleil finissant, d'un jour mourant. Ce baisé, au saveurs orangées, fut le premier d'une longue série de découvertes. Celles d'une bouche, d'un visage, d'yeux, de lèvres, de cheveux, d'un corps, de muscle et d'un amour. Ils s'aimèrent, se marièrent, vécurent cachés du reste du monde pendant dix ans, se battirent pour avoir enfin des enfants, se tournèrent vers la GPA, vers l'étranger, accueillirent un garçon puis une fille et tous cela en poursuivant leur carrière respective.

Sergey regardait attentivement le visage de son mari. Il aimait ce visage. Il ne se lassait jamais de l'observer, à toute heure de la nuit ou de la journée, de voir et de revoir cette bouche fine et rosée, de découvrir et de redécouvrir ces sourcils si souvent broussailleux, de toucher et de retoucher ces cheveux dorées trop souvent ordonnés. Il aimait profondément, sincèrement son mari. Il l'aimait comme il n'avait jamais aimé personne. Il l’aimait et il l'admirait. Il l'admirait pour ce qu'il était devenu, un homme politique reconnu, un père attentionné, un mari à l'écoute, un amant passionné, un ami réconfortant. Il l'admirait pour sa volonté farouche de devenir enfin parent. Il l'admirait d'avoir caché pendant si longtemps leur amour, d'avoir souffert en silence.

Cette souffrance, ils l'avaient partagé, elle avait grandit au creux de leurs reins, s'était invité dans leur vie. Ils l’avaient affronté ensemble, repoussé main dans la main, soudés. Et puis, lorsque Vasiliy devint Président, tout changea. Ils pouvaient enfin s'afficher en tant que couple, en tant que deux hommes, deux pères, deux amants, deux mariés. Depuis, ils ne rataient aucune occasion pour voyager ensemble, pour partager les bonheurs de l'un et de l'autre, pour montrer au monde que oui, il est possible d'aimer une personne de même sexe, d'être heureux, d'avoir une famille et même de diriger un pays. La visite en Norland serait une nouvelle occasion pour les deux amoureux de montrer cette complicité. Comme d'habitude, Sergey ne participerait pas aux échanges diplomatiques, s'en tenant au programme élaboré par le pays hôte. Mais il s'en fichait. Il aimait découvrir de nouvelle culture et prenait très à cœur son rôle de Premier mari. Il se devait de représenter le Latrua et il le ferait, une nouvelle fois, avec zèle et dévotion.

Il fut tiré de ses rêveries par une annonce du commandant de bord. L'avion entamait sa descente vers la capitale norlandaise. Ils arriveraient dans une vingtaines de minutes. L'annonce grésillante avait tiré Vasiliy du sommeil dans lequel il était plongé. Il commençait à ouvrir légèrement les yeux, acclimatant tant bien que mal à la lumière projetée par les appliques. Sergey se leva et s’assit à côté de son mari. Il le prit dans ses bras et embrassa tendrement ses cheveux blonds. Vasiliy leva la tête le regarda. Ils s'embrasèrent et entre deux baisés, Sergey glissa :

"Je t'aime.
- Moi aussi,
lui répondit Vasiliy."


***

L'avion présidentiel était immobilisé sur le tarmac de l'aéroport Llewelyn Patterson. Vasiliy s'était changé, rangeant le pull rouge au placard et lui préférant un costume trois pièces gris anthracite. Il se tenait près la porte de l'appareil, son aide de camp à ses côtés, tenant à bout de bras plusieurs dossiers. Le Président de la République attendait son mari. Ce dernier tardait à arriver, prenant plus de temps que prévu pour arriver. Vasiliy consulta sa montre : 10:25. Les portes ne tarderaient pas à s'ouvrir et il devrait descendre. Il ne pouvait pas concevoir de fouler le sol aleucien sans avoir à son bras son mari.
Alors que la trotteuse de l'objet marquait, frénétique, sadique, fanatique, le passage des secondes, il entendit des bruits de pas dans le couloir, des bruits légèrement étouffés par la moquette bleue au sol. Sergey apparut dans le long couloir, portant un costume bordeaux, l'un des rares vêtements fantaisistes de sa garde-robe officielle. Cette tenue tira un sourire à Vasiliy qui tendit son bras à son mari pour que ce dernier le prenne.

Au même moment, la porte s'ouvrit, laissant s'engouffrer un air frais dans l'appareil. Lorsque leurs yeux furent habitués à la lumière du jour, Vasiliy entraîna son mari sur la passerelle. Les deux hommes descendirent la vingtaine de marches, main dans la main, se souriant par moment. Ils arrivèrent, à deux, sur le sol goudronné de la piste et s'avancèrent vers la Président fédérale.

PRMPR
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