
Les plaques tectoniques qui se confrontent au sein du haut conseil
Le haut conseil est la tête de la république : c’est de lui qu’émanent toutes les décisions impérieuses. Mais c’est une tête où plusieurs idées se côtoient. Pour bien comprendre les forces souterraines en jeu, il faut connaître les blocs d’idées qui siègent au conseil suprême.
Le premier bloc est religieux. Le clergé défend l’idée énoncée par l’imam Ferydun Mirza, celle d’une démocratie islamique qui unirait l’humanité dans la paix. Le pouvoir doit être au service des croyants, en pratiquant la shura et en obéissant à Allah par la charia. Cette idéologie est largement partagée dans le clergé, mais pas dans la population. Parfois, les lois tribales priment sur la charia, et bien qu’une grande partie de la population croie en l’islam, tous ne font pas confiance au clergé. Pour beaucoup, la religion doit être prise en compte dans la politique, mais sans y dominer. Au haut conseil, cette idée est défendue par l’imam Siyavash Do.
Le deuxième bloc défend l’idée d’une république mercantile. Selon cette vision, l’État doit s’employer à maximiser les profits économiques du plus grand nombre. Elle repose sur la théorie selon laquelle plus un grand nombre de personnes s’enrichit, plus l’ensemble de la société est heureux. Le parallèle entre profit économique et développement personnel relève presque de l’amalgame. Dans la société, cette idée est partagée essentiellement par une classe aisée et urbaine, la culture du pays ne prônant absolument pas la richesse matérielle. Bien que peu répandue dans la population, les personnes qui la défendent disposent de moyens d’influence. Au haut conseil, cette idée est défendue par Gordafarid.
Le troisième bloc est militariste. Ses partisans réduisent l’État à sa définition la plus primaire : un groupe d’individus disposant du monopole de la violence sur un territoire défini. Pour eux, plus un État peut déchaîner sa violence, plus il est fort. C’est une logique primitive, qui repose sur la désignation d’ennemis ou de cibles à abattre. Selon cette pensée, faire de la politique, c’est savoir désigner un ennemi capable de rassembler assez de monde pour imposer l’idée de la violence. Cette idée est sans doute la moins populaire, mais ses partisans font beaucoup de bruit et sont très endoctrinés. Au haut conseil, c’est Gord Afarid qui défend cette idée.
Le quatrième bloc défend le républicanisme civique. Pour ses membres, l’État doit enseigner l’art d’être citoyen, c’est-à-dire être respectueux et dévoué à la société, en respectant ses conventions et ses lois, qui régulent et facilitent la vie en groupe. Le respect des institutions, qui représentent la collectivité, doit primer sur les choix individuels. Ils diffèrent des légalistes en ce que les textes de loi ne sont pas pour eux un absolu, mais un outil d’entente dans la société. Cette idée est largement répandue dans la société, où l’accord par le compromis est vu comme son fondement. Elle est défendue au haut conseilpar Tir Andaz et Kave Ahangar.
Le cinquième et dernier bloc est celui du républicanisme moderniste. À leurs yeux, la république doit moderniser le pays, même à marche forcée. Ils prônent le progrès technologique et un mode de décision fondé sur les experts. Le progrès technologique est pour eux la source, et non le résultat, du progrès économique et social. Cette idée trouve son public, mais plus on s’éloigne des villes, moins elle est comprise et entendue. Au haut conseil, Tahir Zal et Kam Ram s’accordent sur cette vision.
Ce sont ces blocs qui s’entrechoquent au haut conseil. Le temps nous dira lequel prendra le dessus pour élever la république à l’altitude des montagnes, sans oublier qu’elle reposera toujours sur les autres. Ou peut-être s’enfoncera-t-elle toujours plus profondément, creusant une faille où reposera la république.