21/10/2019
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Renouvellement des accords d'Hörder - [Rencontre Karty/Vahrénie]

Renouvellement des accords d'Hörder - [Rencontre Karty/Vahrénie]


Il est six heures. Il est six heures et le froid se fait mordant à la gare de Schilderhausen, une ville d’importance moyenne située à la frontière vahro-katienne. Le ministre Oskar Sauer est nerveux : comment justifiera-t-il l’absence de Schneider à une rencontre, a priori, entre dirigeants ? Tandis qu’il scrute les environs, une douleur lancinante due à son ulcère lui parcourt le corp : " UNE CHAISE, SUR LE CHAMP ! ", braille-t-il alors, titubant et se tordant sous la douleur. Les conditions ne sont en effet pas les meilleures mais, à défaut d’autre choix, le voilà qui attend l’émissaire kartien sur un minuscule tabouret en bois dont le grincement résonne à chaque mouvement.

Avec lui, seuls sont présents une dizaine de soldats mal équipés — une vingtaine peut-être, il ne prit pas la peine de réellement les compter. Il savait que cela l’énerverait. Faute de moyens, il devra accueillir l’émissaire par une simple poignée de main. La brume s’accroche aux rails rouillés comme une mauvaise habitude. Tandis qu’Oskar Sauer serre les dents, le visage blafard sous la lumière crue des lampadaires, il aperçoit au loin la locomotive de l’émissaire.

Alors que la bête de métal ralentit dans le fracas des freins grippés aux rails, puis que la porte du wagon blindé s’ouvre, le vieux ministre se lève, il ajuste nerveusement son col élimé, tentant de masquer le tremblement de ses doigts avant de saisir la boîte de cigares luxe, seul gage d’hospitalité qu’il ait à offrir.


Gare
- Cliché de la gare de Schilderhausen, déserte. -
Gloire du cheminot
Gloire du cheminot, Friedrich Hanzer, Musée des Beaux Arts de Volkingrad
AlinéaCe fut sous le règne du Kaiser Von München que le réseau ferroviaire de Karty, encore celui actuel, émergea. Bien sûr modernisé, ce dernier avait élevé la prouesse de relier l'ensemble des grandes villes Kartiennes par le chemin de fer. Une industrialisation qui avait été plutôt tardive, d'autant plus que les Kartiens en avaient eu les moyens techniques. La raison de cette non-production fut le coût exorbitant des grands travaux du baron Haüs à Volkingrad, sous le Règne du Kaiser Von Flitch, fils.

De nos jours, le train Kartien n'est plus utilisé majoritairement pour le fret ou les éminents membres du gouvernement, mais bien pour le transport civil. En outre, les trois Gouverneurs de la Présidence Fédérale usent du système aéronautique pour se rendre à l'étranger: Plus rapide, plus sûr, plus tout. Y compris pour se rendre au sein d'Etats frontaliers, que ce soit la Fédération Kaulthe ou encore la Manche Silice. Pour autant il y a cette exception faite, lors de l'entrevue de renouement avec la Vahrénie: Angèle ayant choisi le train...

Dans la mesure où d'accoutumée les trajets s'effectuaient par avion, l'escorte était elle aussi aérienne. L'adaptation s'était faite, aéronefs, hélicoptères et autres engins scrutant de près ou de loin la bonne destination du convoi. Toute cette belle escorte devra rester derrière les frontières, dit-on cependant qu'elles y resteront... Aux aguets pour assurer toute invitation incongrue...


AlinéaDame Orlovski se trouvait donc dans ce train, direction Schilderhausen. La Vahrénie qu'en savait-elle ? Peu de choses, réellement peu de choses. Simplement les quelques bribes que tout politiste amateur avait en tête, des accords poussiéreux et tacites qui ont perduré l'on ne sait trop comment, cernant le tout d'une non-interférence de part et d'autre de la frontière. Ce mois de mai 2019 marquait une certaine rupture, par conséquent, aucun diplomate Kartien n'ayant foulé le sol de son voisin de l'Ouest depuis 2014. La dernière interaction remontait même au Kaiser Von Blonski... Dans des moments forts lointains. A cela s'ajoutait la maigre connaissance du régime Vahr: Une dictature pourrie jusqu'à la moëlle, corrompue par des élites corporatistes, et une population asservie sous le joug d'un vieux, poussiéreux et antique dirigeant. Ce polémarque, ce "Hermann Schneider", avait effectivement avec lui l'ensemble des soutiens de l'armée. Rien d'officiel cependant, c'était de la simple déduction, une telle dictature ne pouvait que perdurer par le soutien militaire: Aussi inefficace soit-il. Angèle en était assurée, de cet élément, l'infériorité pure et simple de la Vahrénie au niveau de la puissance militaire. Rien ne pouvait réellement empêcher les Kartiens de lui réserver le même sort qu'au Grammatika, à noter la démocratisation par les armes. Mais elle croyait en la diplomatie, y compris avec de tels personnages.

Stanislas Duhon
«Angèle ?»

Elle fut tirée de ses pensées par son amant... Cette relation ne datait pas d'hier, non. Mais elle avait réussi à se camoufler, outrepasser les vues journalistiques, pour l'heure tout du moins... Elle leva la tête, attendant une suite...

«Allons il faut profiter de moi, ce n'est pas comme si on avait que très rarement l'occasion de se voir... Dis-moi ce qui t'obsèdes au point d'être aussi... Méditative ?»
«Méditative ?»
«Mhm ?»
«Rien, rien, pardon, tu as raison en plus...»

Elle jeta le document qu'elle tenait sur la table. Ce document, un plan détaillé du sous-marin d'attaque dernière génération de la République Fédérale: Le Kaïman. Et l'armée n'avait pas chômé, non, lançant en production plus de six exemplaires de cet appareil. Si le budget militaire avait encore été augmenté, cette fois à l'appui constitutionnel, ce n'était pas pour rien...

«Un sous-marin ?»
«Mhm, Cassian n'a pas manqué de me faire part du projet... Va savoir comment, on a réussi à lancer en un rien de temps quelques chantiers... Très bientôt on atteindra le dixième, nos complexes d'armements sont... Efficaces.»
«La résultante de la Loduarie si tu veux mon avis.»
«Evidement, que je le veux...»

Dit-elle en souriant presque bêtement, reprenant cependant son sérieux. Elle reprit.

«M'enfin faut se reconcentrer, dans moins d'une heure je suis devant les responsables de Vahrénie tu sais...»

...

AlinéaL'opinion d'Angèle sur le pays dans lequel elle se trouvait se forgea dès qu'elle posa pied à terre. Une gare aux apparences vieillottes de l'ancien siècle, des moyens d'accueil rudimentaires: Ni hymne, ni chant ni tapis rouge. Les services diplomatiques Kartiens n'avaient que faire de ces manières, l'important étant le dialogue et non la bâtisse dans lequel il se déroule... A noter cependant que la bâtisse choisie indique de nombreux éléments sur la volonté du pays hôte, et du pays en lui-même. Puis, elle repensa aux quelques gardes Kartiens, membres du Kray, restés dans le train, tout comme son amant. Ils n'étaient que 4. Pour autant, la différence de l'équipement de ces derniers avec la vingtaine de militaires Vahrs était telle qu'en cas de combat... Les quatre Kartiens gagneraient certainement. Mais il n'était pas question d'affrontement, non. La Gouverneure eut par ailleurs l'agréable surprise d'un présent Vahr: Une boîte de cigares de luxe. Un assortiment des meilleures gammes de thé de l'état d'Helmer fut offert en retour, avant une brève prise de parole d'Angèle.

«Excellence Vahr, c'est d'un réel plaisir que vos voisins vous saluent !»
"Madame Orlovski ! Le plaisir est partagé."

Oskar scrute brièvement les environs, tentant de faire abstraction de sa douleur. Il tend le bras dans la direction du salon d'honneur, à peine une dizaine de mètres plus loin.

"Si vous voulez bien me suivre !"


La salle dans laquelle a lieu l'entrevue est imposante. Les larges murs habillés de boiseries sombres disparaissent sous une tapisserie murale humide, quasiment trempée à certains endroits (ce qui, d'un côté, pourrait expliquer l'accablante odeur de moisissure), aux motifs style Renaissance. Au-dessus de la porte d'entrée, une trace rectangulaire de "propre" laissée par un portrait du Kaiser décroché à la hâte. Le centre de la pièce est occupé par une table massive en bois de chêne, presque neuve et toujours parfaitement vernie, seul objet de la pièce que le temps semble avoir épargné. L'éclairage, quant à lui, dépend d'un simple lustre de verre suspendu au centre de la pièce, dont seules quelques ampoules fonctionnent encore, faisant danser les ombres à la fois d'Oskar et d'Orlovski sur le papier peint.

"Herr Schneider a fait construire ce salon d'honneur en 2013 ; il le réservait autrefois à ses rares entrevues avec l'ancien Kaiser. Je vous prie d'ailleurs d'avoir l'amabilité d'excuser l'absence de Son Excellence... ses obligations l'ayant, pour ainsi dire, accaparé. Comme vous devez le constater... les conditions de votre accueil sont loin d'être idéales pour une rencontre d'une telle importance et nous en sommes navrés."

Il fit signe aux gardes les ayant suivis de quitter les lieux, laissant les deux responsables seuls dans la salle. Il s'installa, non sans peine, à la table sur laquelle était déjà en train d'infuser un thé dont il se servit une tasse avant d'inviter son interlocutrice à faire de même.

Ceci étant dit, il serait temps que l'on passe aux négociations des traités.

AlinéaA mesure que l'entrevue s'épanouissait, Angèle approfondissait son avis sur ce pays voisin qu'était la Vahrénie. Le lieu dans lequel elle se trouvait était décrépi, vieux, souillé: Si même la classe au pouvoir ne jouissait pas d'agréables conditions dans une dictature, qu'en serait-il de leurs habitants ? Comment vit le prolétariat Vahr ? Assurément, fort mal, et le mot en était bien pâle. Tout en faisant murir cette réflexion, elle accepta le thé, sans pour autant y prêter une réelle attention. La République Fédérale n'avait que très peu d'intérêt pour le sort de cette population, qui ne lui est point amie. Non, si Angèle réfléchissait à ce point, c'était à la manière d'ouvrir cette entrevue. Son homologue ne semblait guère dégourdi en matière diplomatique, il faut bien avouer que des années d'isolement en sont à l'origine. Elle avait en tête le rapprochement des autorités Vahres avec la Rimaurie, peut-être le sort Grammatikais pouvait-il s'étendre...

Citoyenne Angèle Orlovski
«Effectivement.

Excellence, tâchons d'être concis et d'aller droit au but: Nos deux pays sont opposés en tout point, notamment en ce qui concerne la nature du régime. Notre pays est une grande puissance militaire, le vôtre s'apprête à entrer sur la scène internationale. La République Fédérale Kartienne n'apprécie guère votre régime, tout comme votre rapprochement avec les autorités Rimauriennes lui déplaît. Je m'aviserais guère plus de vous évoquer le cas du Grammatika, qui s'est soldé par la chute du régime orthographiste au profit du bonheur populaire.

Nos deux pays ne seront pas alliés, c'est une évidence. Pourquoi avoir accepté cette entrevue, me diriez-vous ? La République Fédérale Kartienne vous propose ceci: Tant que vous n'interférez pas dans l'équilibre régional, elle vous aura en estime. Je puis même ajouter ceci, Excellence. Engagez vous sur les routes de la diplomatie, et la République Fédérale vous protégera. Vous resteriez pleinement souverains sous vos drapeaux, faites ce que bon vous semble à l'intérieur de vos frontières. Somme toute, un engagement de non-interférence et de calme, contre la protection de Volkingrad.
»
707
"Madame Orlovski, vous savez bien que nous ne sommes pas en mesure de nous opposer à la nation Kartienne ; nous avons bien vu ce qui arrive à ceux qui osent vous résister... S’il est vrai que nous n'avons pas d'autre choix que celui d'accepter, sachez que si nous le faisons, c'est avant tout par foi en la diplomatie.

Sachez cependant que la politique diplomatique que mène la Vahrénie ne regarde que la Vahrénie et elle seule ; il ne revient donc pas aux autorités kartiennes de choisir nos alliés.

Quoi qu'il en soit, nous sommes heureux que vous ayez choisi la voie diplomatique plutôt que de nous envoyer vos chars comme en Grammatika. Nous sommes prêts à nous engager dans un contrat de non-agression et de non-interférence avec Karty, à la condition du respect de notre souveraineté et de notre indépendance, aussi bien politique que diplomatique."
Citoyenne Angèle Orlovski
«La République Fédérale porte la diplomatie en son cœur, elle ne prétend pas à votre contrôle.

Admettons que, dans le découlement de votre rapprochement avec les Rimauriens, vous décideriez de l'installation de complexes militaires de leur pays, l'envoi de soldats sur votre sol. Sachez que Volkingrad considérera une telle action comme un affront, une ingérence. Vous dites accepter cette proposition à condition générale de non-ingérence... Ma foi, vous m'enverrez réjouie de m'apprendre ce que signifie exactement et trait pour trait ce mot, pour votre gouvernance.

Si la République Fédérale Kartienne vous protège, il me paraît évident que certaines concessions seront à amener, Excellence. La nature de votre régime n'est aucunement du goût de la scène internationale, prenez le cas de la Pravoslavnyy, du Navgrokra-sovonograd, et, dans notre cas, Grammatika. Volkingrad prendrait le risque de s'affirmer à vos côtés, par ces accords. Un minimum de logique à avoir... Karty préservera l'équilibre régional, avec, ou sans vous. Je me répète: Vous seriez libres de vos choix tant que l'équilibre régional et les intérêts Kartiens ne seront pas mis en danger.

Le sort en est jetté.
»
651
"Naturellement, si vos préoccupations concernaient la présence de forces rimauriennes à votre frontière, soyez assurée que celles-ci n'ont aucune place sur notre sol. Nous réaffirmons notre engagement envers une neutralité totale et indéfinie. Si, bien sûr, vous êtes toujours disposée à accepter une telle offre, alors le Völkstaat s'engage solennellement à maintenir une non-ingérence stricte dans les affaires régionales, à garantir officiellement le droit de passage à vos forces, notamment dans le cadre de vos opérations contre le régime rouge Loduare, et à sanctuariser notre territoire en n'y hébergeant aucune force étrangère, quelle qu'elle soit ; une politique de souveraineté que nous tenions d'ailleurs à cœur avant cette rencontre."
Citoyenne Angèle Orlovski
«Ainsi le point d'entente bilatérale s'est trouvé, la diplomatie sortira victorieuse entre nos deux pays, Excellence... Que pensez-vous de cette première ébauche ?»

Accords d'Oberstafel
Accords d'Oberstafel

Préambule: La République Fédérale Kartienne et l'Etat des Peuples Germaniques de Vahrénie, ci-après nommés les parties, déclarent un esprit de coopération et de cordialité communes par la signature du présent texte, ci-après nommé les Accords d'Oberstafel. Les Accords d'Oberstafel sont le fruit de l'évolution des Accords d'Hörder. Le présent texte entre en vigueur dès ratification des deux parties.

Article I:
Les deux parties reconnaissent mutuellement leur souveraineté sur leur sol, s'engagent à maintenir la passe du dialogue entre elles, tout en particulier en temps de crise, et à assurer un échange permanent d'infrastructures diplomatiques.

Article II:
Les deux parties s'engagent à respecter un pacte pacte de non-agression.

Article III:
La partie Vahre s'engage à n'accueillir aucune force armée étrangère à vocation de longue durée, que ce soit des hommes ou du matériel. Le simple transit n'étant pas sujet à un tel engagement, ce dernier ne devra guère excéder plus d'une semaine sur le sol Vahr.

Article IV:
La partie Vahr reconnaît la puissance Kartienne comme un acteur de stabilité régionale en Eurysie du Sud. Conséquemment, elle s'engage à n'effectuer aucun acte d'ingérence ni de déstabilisation en la matière, dans cette région, ou à l'encontre de la partie Kartienne.

Article V:
En vertu de l'article IV, la partie Kartienne assure la stabilité de l'Eurysie du Sud. En conséquence, elle s'engage à protéger la partie Vahr en cas d'agression, afin de préserver cette stabilité. A noter que la partie Kartienne pourra refuser cette aide si la partie Vahr se révèle à l'origine des tensions la concernant.

Article VI:
La partie Vahr accorde un droit de passage aux convois, commerciaux ou militaires, terrestres, maritimes ou aériens, de la partie Kartienne. En vertu de l'article III, ces transits ne devront s'étaler individuellement plus d'une semaine sur le sol Vahr. Par ailleurs, la République Fédérale Kartienne se devra d'informer à l'avance le passage de ses convois, par les canaux diplomatiques en compétence (HRP: Missive, ou discord si convoi sans réelle importance type livraison d'armements).
Oskar Sauer relut attentivement le document, l'article VI en particulier ; le droit de passage est une concession majeure, presque un obstacle à ladite souveraineté qu'il venait pourtant de défendre, mais Karty était en position de force et, face à l'alternative qu'est l'annihilation totale, le vieux ministre se devait d'être pragmatique.
Il saisit son stylo à plume en argent massif, dernier vestige de sa dignité de ministre, et apposa d'une main étonnamment ferme sa signature au bas du document.


"C'est une nouvelle ère qui s'ouvre entre nos deux nations, Madame Orlovski."

Il fit glisser le document, à présent signé de sa main, en direction de la Gouverneure avant de prendre une gorgée de thé, désormais froid.

"La Vahrénie respectera ses engagements, en retour nous osons espérer que cette protection ne se transforme pas en présence étouffante."
631
Citoyenne Angèle Orlovski
«Et la République Fédérale Kartienne respectera pareillement ces accords, Excellence Vahre, tout comme elle vous protégera en cas d'agression injustifiée. Notre but n'est pas de vous asservir, vous êtes, et resterez, souverains.»

AlinéaAngèle prit le document entre ses mains, comme pour l'analyser une dernière fois. Elle ouvrit un minuscule coffret, en sortit un encrier. Puis, elle aposa sa signature, comme il était coutume de le faire par tradition: À la plume.

Si, par cette action, la République Fédérale obtenait une "concession" par un droit de passage relativement permanent sur le territoire de la Vahrénie, les Vahréniens, eux, gagnaient bien plus: Éviter la fureur Kartienne, et même obtenir sa protection...
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