Il est six heures. Il est six heures et le froid se fait mordant à la gare de Schilderhausen, une ville d’importance moyenne située à la frontière vahro-katienne. Le ministre Oskar Sauer est nerveux : comment justifiera-t-il l’absence de Schneider à une rencontre, a priori, entre dirigeants ? Tandis qu’il scrute les environs, une douleur lancinante due à son ulcère lui parcourt le corp : " UNE CHAISE, SUR LE CHAMP ! ", braille-t-il alors, titubant et se tordant sous la douleur. Les conditions ne sont en effet pas les meilleures mais, à défaut d’autre choix, le voilà qui attend l’émissaire kartien sur un minuscule tabouret en bois dont le grincement résonne à chaque mouvement.
Avec lui, seuls sont présents une dizaine de soldats mal équipés — une vingtaine peut-être, il ne prit pas la peine de réellement les compter. Il savait que cela l’énerverait. Faute de moyens, il devra accueillir l’émissaire par une simple poignée de main. La brume s’accroche aux rails rouillés comme une mauvaise habitude. Tandis qu’Oskar Sauer serre les dents, le visage blafard sous la lumière crue des lampadaires, il aperçoit au loin la locomotive de l’émissaire.
Alors que la bête de métal ralentit dans le fracas des freins grippés aux rails, puis que la porte du wagon blindé s’ouvre, le vieux ministre se lève, il ajuste nerveusement son col élimé, tentant de masquer le tremblement de ses doigts avant de saisir la boîte de cigares luxe, seul gage d’hospitalité qu’il ait à offrir.

- Cliché de la gare de Schilderhausen, déserte. -