07/06/2019
15:58:27
Index du forum Continents Nazum Moritonie

[Culture] Grande Encyclopédie de Moritonie

Voir fiche pays
1035
Logo du Ministère de la Culture
Logo du Ministère de la Culture.


Министерство на културата
Ministère de la Culture



Photo de Son Excellence l'Émir Abdul ibn-Zamek al-Zarašustra
Iossif Vavilov, Conseiller de la culture, de l'art, des sports, de la littérature, de l'histoire, des ethnies, gardien des sceaux, des symboles et des blasons et Maître héraldique de la Double-Monarchie Moryako-Moriton.


Le ministère de la Culture (en bulgare : Министерство на културата, Ministerstvo na kulturata) de la Double Monarchie Moryako-Moriton est le ministère chargé de superviser et de stimuler le travail culturel dans le pays et de préserver son patrimoine culturel. Il s'assure aussi du bon état des archives pour tous les documents officiels ; et agit aussi comme un « ministère de l'Histoire ».

Le Conseiller actuel est l'ancien Grand Chamberlan, Son Haute Excellence M. Iossif Vavilov, Conseiller de la culture, de l'art, des sports, de la littérature, de l'histoire, des ethnies, gardien des sceaux, des symboles et des blasons et Maître héraldique de la Double-Monarchie Moryako-Moriton ; et Duc d'Os Kervo.

Ce topic fera office d'encyclopédie ; tous les joueurs affiliés à la Moritonie/Grand Conseil Moryako-Moriton pourrons poster.

Culture
Histoire
0
Конно изкуство в Моритония
De l’art équestre en Moritonie



Photo d'un jeune Moriton qui apprend à monter à cheval
Un jeune Moriton qui apprend à monter à cheval.


Par Serap Gülay Pekkan, journaliste et Doctoresse
Sur la relation entre l’Homme et les équidés à travers l’Histoire,
Le vingt-sept septembre 2016.


La Moritonie est une terre située au Nazum du Nord-Est ; une terre de steppe séparant celles du Nazum du Nord et le reste du continent en verrouillant les terres situées entre la Grande Forêt — ou Pădure en blêmien — et la mer du Tahoku. Un État particulier s’il en est puisqu’il n’en est pas vraiment un, en cela que la Moritonie est encore officiellement une marche de l’Empire du Milieu de la Dynastie Xin, même si ces éléments Moritons, nos frères et sœurs des steppes Orientales, lui sont indirectement soumis car d’abord vassaux des princes d’une peuplade slave originaire d’Eurysie Orientale appelée Moryak : nos frères et sœurs des steppes Occidentales en Eurysie aussi appelées steppe Blême.

La Moritonie est un pays multinational en ce sens que plusieurs nationalités y cohabitent. Moritons, Moryaks, Nénètses, Juifs Mizrahim et Ushongs. À l’exception des Juifs Mizrahim et des quelques Ushongs, tous ces peuples ont en commun d’être ou d’avoir été nomades à un moment de leur Histoire ; les Moryaks ne sont-ils pas appelés les Slaves Nazuméens ? Si les Nénètses du Grand-Nord pratiquent l’élevage de rennes car cet animal est adapté au rude climat et aux pauvres sols Arctiques ; les Moritons et les Moryaks, eux, leur ont préféré le cheval à un point tel de le considérer comme un membre à part entière du clan. Ce faisant, la Moritonie à une forte tradition équestre ; l’équitation y est un sport national élevé même au rang d’art pour certaines de ses disciplines sur lesquelles nous reviendront.

La question maintenant qui peut se poser est la suivante : Pourquoi ce petit pays composé à quatre-vingt-dix pourcents de steppe voit-il les sociétés résidant en son sein être autant attachées à cet animal et à cette activité ?

Pour répondre à notre interrogation, il convient de connaître l’Histoire du cheval et de l’équitation en Moritonie puis son évolution par son adaptation au monde moderne pourtant prompt à l’industrie mais surtout à la vitesse propre aux sociétés Occidentales de l’Eurysie de l’Ouest et du Nord ainsi que de l’Aleucie.


L’apparition des Moritons remonte au Vᵉ siècle de notre ère avec la domestication du cheval par ces derniers ; c’est par ailleurs à ce même moment que ce peuple des steppes prend le nom de Moriton signifiant cavalier dans leur langue. Les Moritons ne domestiquent cependant pas le cheval pour du sport ou du loisir, ni même de la chasse. Par ailleurs, la domestication des équidés n’est pas limitée à une minorité de la société. Chaque clan (famille plus ou moins étendue) possède son élevage et chaque Moriton obtient son cheval à la naissance parmi les poulains nés à la même période, pour célébrer la venue d’un nouveau membre dans le clan puis la tribu. D’ailleurs, il n’est pas rare qu’un clan offre un cheval, ou un poulain, à un autre soit pour sceller un accord soit pour aider ou féliciter une naissance. Les chevaux sont donc utilisés par tous les Moritons, tous les individus d’un clan et d’une tribu, d’abord pour suivre, surveiller et faire paître les troupeaux domestiqués, puis progressivement pour tirer les iourtes démontées : la traction des Ger tereg (une yourte posée sur un grand chariot) se fait, elle, par des bœufs. Enfin, dans les débuts du Moyen Âge Eurysien, les équidés seront usités par les Moritons pour la guerre au point de devenir de véritables frères d’armes. On pourrait même se risquer à dire que ce sont les chevaux qui ont formé le Khaganat Moriton.

Mais pour comprendre comment s’est créé ce lien entre les Moritons et les chevaux Moritons, il faut connaître leur évolution respective. Le cheval Moriton est petit mais robuste à l’encolure large et à la tête rectangulaire ; non rasé ou tondu, il est recouvert d’une épaisse couche de poils lui permettant de se protéger des — très — basses températures en hiver. Concernant les robes, toutes celles possibles sont observables chez le cheval Moriton grâce à une préservation de ce dernier aux influences extérieures ; les robes que nous retrouverons le plus sont cependant les robes bai, alezane, isabelle et grise, souvent pie pour les robes bai et alezane.

Le cheval Moriton a évolué ainsi afin de survivre au rude climat des steppes, chaud en été et froid en hiver mais sec dans ces deux cas et le peuple Moriton a suivi cette même trajectoire, soit petits et trapus, faisant que les Moritons humains et équidés se complètent et s’entraident très bien pour vivre dans la steppe.



Maintenant que nous avons vu comment cette complicité s’est développée entre l’Homme et l’Équidé, nous pouvons nous diriger vers le cœur de notre sujet sur l’art équestre en Moritonie.

Par art équestre j’entends les disciplines équestres originaires de, ou importées en Moritonie et élevées au rang de sport national et même, c’est là notre sujet, d’art. Aussi ces disciplines au nombre de cinq sont : le Show Jumping, le dressage, le Baigaliin mor, la course et enfin le tir à l’arc monté.

Le Show Jumping et le dressage importée d’Eurysie Occidentale au XIXe siècle, respectivement de l’île de Caratrad et du Royaume de Teyla. Peu populaires chez les Moritons ethniques et les Moryaks issus de la classe moyenne a contrario de la noblesse ; principalement Moryak mais aussi Moriton dans une moindre mesure. Ces disciplines ont été, et sont encore, appliqué tel qu’elles ont été encadrées par leur fédération nationale respective. Ainsi le Show Jumping, comme en Caratrad, consiste en un parcours d’obstacles mobiles de trois types (Vertical, oxer, combinaison) que le couple cavalier-cheval doit franchir dans un ordre déterminé et en un temps impartis tout en évitant les fautes soit, faire chuter les obstacles sous couvert de quatre points de pénalité pour chaque obstacle tombé ou un point de pénalité par seconde entamée une fois le temps imparti dépassé. Cette discipline voit le jour dans la campagne Caratradaise et consistait originellement à permettre aux Caratradais pratiquant la chasse à court de développer leur technique afin de sauter les murets et murs de pierres divisant les propriétés dans le bocage Caratradais. L’importation de cette discipline au XIXe siècle est principalement due à un effet de mode et une volonté des tsars de Moritonie de s’occidentaliser ce qui explique pourquoi, toujours de nos jours, le saut d’obstacle est encore très élitiste ; les Moritons n’y ayant vu que peu d’intérêt à cette pratique Occidentale étant donné que leurs terrains de chasse, soit les steppes, sont plates et les rares établissements humains en leur sein n’installant pas de murs ou de murets pour les diviser.

Le dressage, lui, est donc originaire du Royaume de Teyla. Si le dressage existe, de facto, depuis la domestication du cheval, en particulier dans le domaine militaire, la discipline moderne n’apparaît qu’au XVIIIe siècle avec sa codification et son institutionnalisation par l’École Teylaise de Villedor. Idem que pour le Show Jumping, le dressage est un art équestre importé en Moritonie au XIXe siècle pour les tsars dans une volonté d’occidentalisation. Il s’agit d’une discipline encore très élitiste mais aussi très féminisée par le fait que, les femmes, au XIXe, ne prenait pas une part active à la chasse : discipline d’origine du Show Jumping Caratradais ; ce malgré les origines martiales du dressage et de ses mouvements.

Le dressage comme art équestre consiste, dans sa philosophie, à « révéler la beauté naturelle [du cheval] » selon les mots de l’écuyer Teylor Pierre Levett — fondateur et théoricien de l’École Teylaise de Villedor ainsi que l’inventeur de l’épaule-en-dedans : mouvement à l’époque révolutionnaire permettant l’assouplissement des chevaux. Par « révéler la beauté naturelle », Levett indique que les mouvements “du” dressage comme les passages, les piaffes ou les changements de pied, sont naturels aux chevaux. Aussi Levett théorise l’École Teylaise, et le dressage par extension, comme une amélioration, non une contrainte, du cheval et de ses mouvements afin de le rendre plus beau, élégant et majestueux qu’il ne l’est déjà. Cette amélioration voulue n’est cependant pas naturelle et le but recherché est alors de rendre invisible le plus possible les mouvements et demandes du cavalier au cheval. La discipline note les mouvements “améliorés” du cheval sur une échelle de zéro à dix en se basant sur des critères précis dont la technique mais aussi la précision, l’amplitude et enfin l’expression artistique. Les mouvements du dressage sont toujours accompagnés par la musique, la Moritonie ayant par ailleurs encore des compositeurs qui se spécialisent dans la composition musicale des épreuves de dressage.

Le troisième art équestre dont je vais parler est quant à lui purement Moriton. Le Baigaliin mor (le hunter IRL) se détache du Show Jumping Caratradais et du dressage de l’École Teylaise de Villedor car plutôt que de se concentrer sur la performance chronométrée et la précision technique ou encore de purifier les mouvements naturel du cheval, le Baigaliin mor se concentre, lui, et évalue la méthode que le cheval et son cavalier utilisent pour accomplir leur tâche. En fait, cette discipline met en avant une harmonie, élégante et sans effort afin de dégager une impression de facilité toute naturelle dans l’exécution de la tâche pour le couple cavalier-cheval, dans la plus pure tradition Moriton.

La discipline en elle-même consiste en pas un parcours de saut d’obstacle classique du Show Jumping Caratradais mais diffère dans son évaluation. Alors qu’en Show Jumping on évaluera la vitesse et les fautes techniques par le système de barres mobiles vu plus haut, le Baigaliin mor, évalue lui le rythme du couple cavalier-cheval. Ce dernier se doit d’être constant de l’entrée à la sortie du parcours, car c’est cette régularité qui témoigne de l'équilibre du cheval et de la justesse des interventions du cavalier. Une allure qui s'accélère ou se ralentit, révèle un manque d'harmonie ou une gestion imparfaite de l'effort. La trajectoire des sauts constitue un autre critère fondamental. Dans le Baigaliin mor, les paraboles régulières et économiques sont privilégiées. Un cheval qui saute systématiquement beaucoup plus haut que nécessaire gaspille son énergie, surtout que les chevaux Moritons restent bas au garrot, et révèle un manque de jugement ou d'expérience de la part du cavalier qui doit être son plus proche compagnon. A contrario, un cheval qui rase les barres montre une évaluation précise de l'effort nécessaire et une technique efficace.

La quatrième discipline équestre, internationale cette fois-ci mais ne rentrant pas spécialement dans l’art équestre ; tout au plus dans les traditions nationales : est la course. Même si je ne reviens pas sur ses règles, simple d’un bout à l’autre du globe, il est cependant intéressant de noter que les Moritons sont friands de cette discipline qu’ils pratiquent depuis le Moyen Âge dit Occidental et pratiquent une version d’endurance ou de longue distance étant donné que le cheval Moriton, grâce à sa morphologie, est un piètre galopeur, particulièrement sur la vitesse a contrario du [pur-sang] Banairaih.

Enfin, le dernier art équestre est le tir à l’arc monté. Discipline pas spécialement Moriton puisque l’on peut la retrouver chez les peuples yözids, talars et mhyr-münyuls ; elle n’en reste cependant pas moins utilisée par les Moritons depuis leurs débuts autant pour la chasse mais surtout pour la guerre. En effet, il s’agit avant toute chose d’un art-martial ayant permis aux Moritons de dominer l’ensemble du Nazum du Nord ainsi que de l’Eurysie Orientale et la corne de l’Afarée dont l’Empire Constitutionnel du Drovolski et le Califat d’Azur sont les lointains héritiers du Khaganat Moriton.

La discipline moderne consiste, elle, en une course balisée dans la steppe de quatre kilomètres en un temps allant de quatre à six minutes pour les couples les plus rapides. Si la vitesse n’est pas jugée, ce sont les tirs réussis des coureurs qui sont comptés comme au tir à l’arc classique soit un point de un à dix par cercle du plus excentré au centre absolu de la cible ; les archers ont eux des flèches dont les plumes de direction sont à leurs couleurs pour les différencier.

Ces courses sont réputées pour la maîtrise équestre et la témérité dont font preuve les archers montés Moritons.


Je conclurais ainsi mon propos sur le fait que la popularité des sports et des arts équestres dans la société Moriton permet une sublimation des traditions martiales Moritons, développées dans le cadre d’une terre pauvre en ressources et sujette aux aléas climatiques extrêmes de la steppe, dans des activités bien plus réglementées et non belliciste pour les nations extérieures et en particulier non mongols.

>>> Retour à l'index
8295
История на народа Моряк
Histoire du peuple Moryak



Les Moryaks qui découvrent leur nouvelle terre
Les Moryaks qui découvrent leur nouvelle terre — tableau d'Ivan Korolev, XXe siècle.


Le peuple Moryak est un peuple slave méridional, de la même famille que les polks venant de ce que l’on appelle aujourd’hui la Grande-Moryakie (région de Morakhan).

Au XVIe apparaît en Moritonie les premiers Moryaks. Ils fuient les famines et persécutions des zagroys de Morakhan, de leur terre natale : la Moryakie (actuellement Grande-Moryakie). Ils migrent dans tous le Nazum, en quête d’une terre habitable, tel des nomades. Ils débarquent à l'embouchure du fleuve qu'ils nommeront Zolotaya Reka. Ceux-ci s'étendront sur les terres fertiles de la côte, jusqu'à la limite avec les steppes et accessoirement la frontière avec la Horde d'Orkhon : descendante directe du Khaganat Moriton, mort avec Bugidai Khan.

La cohabitation entre les Moryaks et les Moritons, plus puissants, se passa pacifiquement pendant plus d’un demi-siècle. Cependant, au fur et à mesure que le temps avançait, les relations se tendaient entre les parties. Des conflits territoriaux, religieux, ethniques : les moritons accusaient les moryaks de spolier leur terre, en établissant des lieux de cultes orthodoxes sur les lieux sacrés des moritons. En 1672, le tsar Pierre III prend la décision de se vassaliser à l’Empire Xin — grande puissance de la région et ennemi juré des moritons — afin de se protéger en cas de conflit ouvert avec les khans. Pierre III obtint même des Xin une alliance de défense mutuelle, en échange de la vassalité du Tsarat de Petite-Moryakie.

Lorsque le khan de la Horde d'Orkhon apprend la nouvelle par l’un de ses émissaires, cela déclenche en lui une rage folle. Il rassemble ses hommes selon le système décimal établi par les grand qurultay du passé. C’est un système fait de dix en dix : on a d’abord l'arban (pluriel : arbat) qui est l'unité de base: un peloton de neuf hommes commandée par un chef (10 hommes au total) ; Un jaghun (pluriel : jaghut) comporte dix arbat, soit 99 hommes, plus le commandant (soit cent hommes au total) ; un minquan (pluriel : minqat), groupe de dix jaghut, soit 999 hommes, plus son chef ; et un tümen (pluriel : tümet), composé de dix mille hommes. Ces tümet sont parfois regroupés en corps d’armée (2 à 4 tümet), afin de faciliter leur commandement, ou pour mener des campagnes autonomes.

Il lance alors, en 1686, la guerre contre le Tsarat de Petite-Moryakie, en pensant que la guerre sera courte, en raison du petit territoire à conquester. Nonobstant, les bannières impériales Xin, qui, en vertu de leur nouvelle relation de suzerain avec le Tsarat, viennent s'impliquer dans le conflit et fondent sur les steppes moritons. Elles défont le système ancestral moriton par une stratégie pensée par rapport aux époques passées : les généraux Xin, instruits dans les arts de la guerre depuis l'enfance, avaient depuis longtemps étudié les méthodes des peuples des steppes. Ils savaient que la force du cavalier nomade résidait dans sa mobilité et dans la cohésion de ses unités décimales — chaque arban soutenant son jaghun, chaque jaghun répondant à son minquan, et ainsi de montée en montée jusqu'au tümen. Briser cette chaîne, c'était briser l'armée entière.

Les généraux Xin adoptèrent alors ce que leurs chroniqueurs appelèrent la Méthode du Filet et de l'Hameçon — 網鉤之法, Wǎng Gōu Zhī Fǎ. Elle reposait sur trois mouvements distincts et complémentaires.

Le premier mouvement était celui de l'Hameçon : une avant-garde légère, délibérément peu nombreuse, se portait à la rencontre des arbat moritons. Ces éclaireurs Xin, montés sur de petits chevaux résistants, feignaient la faiblesse et le désordre, reculant à la première pression ennemie, entraînant dans leur fuite les arbat — qui, fidèles à leur nature de cavaliers avides de victoire, se lançaient en poursuite, rompant ainsi leur discipline d'unité. Les arbat attirés se séparaient de leurs jaghut, et les jaghut de leurs minquat. Le filet décimal se déchirait de lui-même.

Le second mouvement était celui du Filet : pendant que l'Hameçon attirait l'ennemi, deux corps d'infanterie lourde Xin, déployés en ailes profondes de chaque côté du champ, avançaient lentement. Ces fantassins, armés de longues piques et protégés par des rangs de pavillons d'osier tressé — conçus pour briser l'élan des chevaux —, ne cherchaient point à poursuivre ni à attaquer frontalement. Ils fermaient, comme le ferait un pêcheur tirant les bords de son filet, encerclant les cavaliers dispersés qui avaient mordu à l'Hameçon. Coupés de leurs chefs, privés de la voix des tambours qui transmettaient les ordres du khan à ses tümet, ces cavaliers se retrouvaient isolés, incapables de reformer leurs unités.

Le troisième mouvement était celui de la Nasse : les artilleurs Xin, installés en arrière sur des chariots cuirassés que l'on nommait Fengche — les chars du vent —, ouvraient alors un feu de tonnerre avec leurs canons de bronze, visant non point les hommes mais les chevaux de réserve des moritons. Car les généraux Xin avaient compris une vérité que leurs propres ancêtres avaient payée cher face aux cavaleries des steppes : un cavalier sans cheval de rechange est un homme à pied. Priver le tümen de ses montures fraîches, c'était le condamner à une bataille longue — et dans une bataille longue, l'infanterie disciplinée triomphe toujours du cavalier épuisé.

Ainsi, là où le khan de la Horde d'Orkhon avait espéré une campagne rapide, menée à la manière des raids fulgurants de ses ancêtres, il se trouva face à une guerre d'étranglement, patiente et silencieuse comme pêcheur qui cherche son poisson. Comm dit un vieux proverbe Xin : 要釣到大魚,你需要一條長線, Yào Diào Dào Dà Yú, Nǐ Xūyào Yītiáo Chángxiàn. C'est-à-dire que Pour pêcher un gros poisson, il faut un long fil. Ses tümet, si redoutables en terrain ouvert et dans la furia d'une charge groupée, se révélèrent impuissants contre un ennemi qui refusait de jouer selon leurs règles ancestrales.

On note d’ailleur une citation de de Grysha Volokov, dit « le Boiteux », marchand de sel et d'ambre sur les rives de la Zolotaya Reka, rapportées par le moine Théodose de l'ermitage de Svyatoy Kamen, en l'an 1689 dans son Étude de Petite-Moryakie :

« Mon aïeul, que Dieu ait son âme, disait ceci des Branns — ceux du pays d'en bas, derrière les collines de Grande-Moryakie : qu'on ne les voyait jamais venir et qu'on les sentait longtemps après. Ces gens-là du khan, c'est pareil. Même odeur de cheval, même façon de regarder la terre comme si elle leur appartenait depuis toujours et pour toujours. »

Le conflit finit par se terminer onze ans plus tard, en 1697. La Horde d'Orkhon est dissoute et remplacée par le nouveau Tsarat de Petite-Moryakie : marche de l'Empire Xin.

Le peuple Moryak et prolifère en créant des grandes villes et des grands centres urbains, mêlant l’administration impériale de leur suzerain, et les traditions des steppes Blêmes.

Le XIXe marquent la naissance des nationalismes et autres sentiments nationaux. Partout dans le monde les peuples réprimés se révoltent — tantôt ça réussit, tantôt pas. Cela ne manque pas à l’Empire Xin, qui voit les moritons se révolter contre l’ordre établit. En 1867, et pour calmer les révolutionnaires, la tsarine Catherine Ière signe un décret faisant du Tsarat de Petite-Moryakie une monarchie constitutionnelle et signe le compromis Moryako-Moriton. Ce compromis fait du Tsarat une double-monarchie, avec deux capitales : Tsaryngrad et Bilandelgol (depuis la fusion de la “capitale” moriton Delgol, avec le camp nomade de Bilan), deux parlements consultatifs : la Douma d'Empire et le Grand Khoural d'Empire et enfin, donnant en plus au souverain le titre de Khan (ou Khatan au féminin), appuyant encore plus sa légitimité à gouverner.

C’est dans cette période que la Moritonie va conquérir les territoires insulaires nénètses de la Terre Sankta-Feodora. C’est aussi pendant cette période que les tensions entre le puissant Empire Mor et le Tsarat de Petite-Moryakie ont être les plus palpables, au sujet, notamment, de l’île de Poliznaya de jure sous contrôle moriton mais de facto sous contrôle et administration more — les mors n’ayant et ne reconnaissant toujours pas l’île de Poliznaya comme sous contrôle moriton.

Les Moryaks vont, durant le XXe siècle, développé le nationalisme culturel qui leur est propre, en, entre-autre, créant une Académie nationale moryak pour structurer la langue et éviter les dérives dialectales — comme ce qui est chose courante pour le moriate au Talaristan, par exemple. Ils feront des assemblés de philosophes, penseurs et hommes lettrés pour discuter de la possibilité d’éliminer la culture moriton de la nation qu’ils considèrent comme la leur. Bien sûr, ce n’est pas le cas de tous les moryaks, simplement d’une minorité, mais celle-ci a exercé quelques pressions sur le pouvoir central pour augmenter l’autonomie des régions moryaks et diminuer celle des moritons. Heureusement, ils n’auront pas le temps de transformer radicalement la société, et ils disparaîtront aussi vite qu’ils sont apparus.

Toutefois, de nos jours, ce genre de mouvements communautaristes, quelque peu revenus à la mode, recommencent à pulluler dans les cercles intellectuels et les membres de l'intelligentsia, dominé, bien-entendu, par les moryaks. Mêlés à la Franc-Maçonnerie et, très rarement, parfois, au mouvement très moderne du Simulationnisme, ceux-ci deviennent très dangereux et peuvent, en outre, par aucune fois, être rattachés à des sectes. Il est bienheureux de constater que c’est une très ridicule petite minorité.

En résumé, les moryaks sont un peuple slave, ayant fuit les persécutions, puis s’étant vassalisé à un puissant Empire local contre les autochtones, avant de les dominer, puis, en craignant une révolution, de leur donner de l’autonomie. C’est un très bon témoignage du régime actuel de la Moritone : un compromis, certes dominé par les moryaks, mais un compromis tout de même.

>>> Retour à l'index
Haut de page