16/06/2019
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[RP] Au théâtre baïshanais

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AU THÉÂTRE BAÏSHANAIS




« La vie au Baïshan est comme une mise en scène
Les masques s'échangent sous les projecteurs
Les danses et les couleurs nous ramènent
À des époques passées que l'on pleure





Certains vivent comme dans un drame
D'autres sont les personnages d'une comédie
À Baïshan, les chants sont le langage des âmes
Tantôt joyeuses et tristes, criant la vie
 »
白山之地 人生如戏
灯影之下 面具频移
舞影流转 色彩依稀
往昔如梦 令人叹息

或困于悲 沉于剧中
或逐欢笑 流于戏里
白山之歌 皆诉心声
忽喜忽悲 皆为此生

Poème baïshanais


    Ce sujet est dédié à raconter dans de petits écrits anecdotique la vie au Baïshan, sans suivre de personnage en particulier. Les écrits raconteront la vie de l'intérieur, les répercussions des politiques du gouvernement, les fêtes et les coutumes, les moments de vie, comme de petites scénettes illustratives.
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    5 mai 2019
    Meitianyu, province de Sanzhou


    Tiao Haiying était un ancien professeur dans le village. Il avait étudié et transmis ses connaissances toute sa vie, et était reconnu comme le sage de Meitianyu. Ici, on l'appelait Lao Tiao, comme un titre honorifique, témoignant du respect qu'avaient les villageois pour leur aîné.
    Meitianyu était un petit groupement de maisons modestes qui engendraient principalement des fermiers. Cette province du sud, proche des montagnes humides, représentait la plupart des rizières du pays. Une fierté pour le Baïshan, une vie de labeur pour les habitants.
    Le vieux Tiao parcourait les livres de sa bibliothèque. Certains ouvrages avaient fait le voyage depuis l'autre bout du monde, d'autres avaient fait le voyage depuis l'autre bout du temps. Tous étaient disposés méticuleusement sur les étages murales de la maison Tiao. Le vieil homme glissait les doigts sur les reliures, emportant parfois quelques poussières, et s'arrêtait sur certaines œuvres pour le retirer de l'étagère. Bien qu'isolée, Meitianyu ne passait pas entre les lois, et Lao Tiao sélectionnait avec dépit les livres étrangers interdits par le Parti.
    Les années samiennes, l'oeuvre youslève, avait fait le trajet depuis Sedjan, offert par un ancien élève. Si Lao Tiao ne comprenait pas la langue, le cadeau gardait une valeur sentimentale. Aussi, il ajouta à contrecœur l'ouvrage à la pile censurée. Mais avant, il prit soin d'arracher la première page, celle portant le titre, pour la plier soigneusement et la garder dans sa poche, relique de ce présent à détruire.

    Lao Tiao entendit un cognement, fort et violent, sur sa porte d'entrée. Il sursauta. Ils n'avaient pas idée de frapper ainsi chez un vieillard comme lui, fragile.
    — J'arrive. Dit-il en se dirigeant lentement vers la porte.
    Malgré ses douleurs, il marchait sans canne. À cet âge-là, il était difficile de garder sa dignité, alors Tiao Haiying faisait tout pour garder le peu qu'il lui restait.
    Quand il ouvrit la porte, il constata la présence de la milice culturel, en charge de vérifier que les œuvres interdits étaient bien rendus au gouvernement. Ils entrèrent, sans rien demander.
    — Monsieur Tiao, nous ne vous avons pas vu amener vos ouvrages pour la Grande Vérification.
    — Vous savez, j'ai beaucoup de livres, j'ai mis du temps à trier. Ils sont ici, sur cette table.
    Deux des trois agents commencèrent à récupérer les livres et à les embarquer dans des cagettes. Le troisième pénétra un peu plus dans la demeure du vieil homme et commença à inspecter la bibliothèque. La fouille était méticuleuse : si le titre du livre n'était pas inscrit sur l'arrête, il sortait l'ouvrage pour consulter la couverture, puis l'intérieur. De temps en temps, il retirait un livre et le jetait à terre.
    — Celui-ci doit être emporté.
    Lao Tiao regardait avec tristesse le spectacle. Comment pouvait-on traiter tant de travail avec aussi peu de respect ? Certains auteurs avaient dédié leur vie entière à écrire ces livres.
    — Les Mémoires de Hu Zhangyu... Interdit.
    — Monsieur... s'interposa Lao Tiao. Je ne comprends pas, c'est une œuvre baïshanaise !
    — Interdite. C'est une œuvre corrompue qui n'entre pas dans le cadre des valeurs traditionnelles baïshanaises.
    — Je... Comment allons-nous montrer à nos élèves les dangers de certaines valeurs si on les interdit ?
    L'agent s'avança vers Lao Tiao. Son allure imposante, son casque et ses armes, lui donnaient un air menaçant. Comme une machine, il répondit :
    — Ces œuvres sont interdites. Les mauvais exemples ne sont pas à enseigner.
    Puis il jeta le livre avec le tas qu'il venait de créer.
    Lao Tiao posa ses yeux cachés par ses lunettes rondes sur sa vieille bibliothèque. Des trous béants entre les livres montraient l'ampleur de la censure. Tout ce savoir, il n'en avait plus accès, comme de vieux souvenirs qui s'évaporent et qui ne se transmettront jamais.
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    8 mai 2019
    Huizhou, province de Chuanbei


    Les vases s'écrasèrent sur le tas de déchets qui jonchait la place de Huizhou et s'éclatèrent en fragments. Ils faisaient partie d'une collection imitant les fameux Vases Impériaux de Mazaticue, patrimoine du Paltoterra antique. Ils étaient beaux. Mais ils avaient le malheur de venir d'ailleurs.
    Depuis le début d'après-midi, les habitants, parfois escortés de la milice culturelle, venaient jeter leurs œuvres interdites dans l'enceinte créée sur la place. Un petit enclos délimité par des barrières en métal, et surveillé. Comme dans toutes les villes du Baïshan, des agents entraient chez les gens et épiaient leurs maisons pour en retirer les interdits.
    Plus tôt dans la journée, la milice avait même procédé à une arrestation. Un agent de la WBL avait retiré la collection de DVD Des Camarades et des Hommes des mains d'une dame, passionnée de la Loduarie. La série avait une telle valeur émotionnelle pour cette femme qu'elle s'emporta et tenta de récupérer ses biens.
    — Rendez-moi ça ! Criait-elle. C'est à moi ! En plus, c'est communiste, je vois pas en quoi c'est interdit !
    L'agent de la brigade culturelle, bien plus costaud, n'eut que très peu de mal à arracher les pochettes des doigts de cette dame, et la repoussa avec violence. Mais elle ne se laissa pas faire et commença à frapper le policier. Son mari, qui tenta de s'interposer entre les deux individus, reçut un coup qui le fit tomber à terre. Appelé en renfort, un autre agent de la WBL s'occupa de plaquer la femme à terre avant de la menotter. La femme et son mari furent évacués de leur habitation et emporté dans un véhicule de convoi. L'on ne rigole pas avec la loi.

    C'est dans cette ambiance tendue que se déroulait la collecte des œuvres interdites. Tout ce qui pouvait rappeler d'autres pays ou des valeurs occidentales étaient réquisitionné par la brigade et jeté dans l'enceinte de la Place Populaire de Huizhou. Les objets se cassaient déjà par leur maltraitance, avant même qu'on cherche à les détruire.
    Une petite fillette, aux boucles élégantes, s'avança vers les grilles. Elle portait dans ses bras un ours en peluche. Elle pleurait, mais avançait sans s'arrêter en essuyant ses larmes. Il fallait être forte, c'est ce qui lui avait dit sa mère. Elle ne comprenait pas pourquoi sa peluche devait être jetée. Après tout, qu'y avait-il de mal à ce qu'elle porte dans ses mains, un cœur bleu où était inscrit "I love Fortuna". C'était vrai en plus, elle avait beaucoup aimé ce voyage en Eurysie avec ses parents !
    Un agent se dressa en face d'elle. Son ombre se projetait sur sa petite silhouette, l'englobant toute entière.
    — Qu'est-ce que tu nous apportes, ma petite ?
    La fillette leva le nounours devant elle, en direction du grand homme devant elle. Celui-ci s'agenouilla pour se mettre à sa hauteur. Puis, il sortit un couteau. La petite baïshanaise eut presque peur à la vue de l'arme, mais regarda ce que fit l'homme. Il coupa les liens qui retenaient le cœur dans les mains de l'ourson, et récupéra l'inscription qui posait problème.
    — Il est moins vilain comme ça ton ourson. Dit-il en tendant la peluche à la gamine.
    La fillette récupéra son doudou et le serra fort dans ses bras. Elle regarda l'homme lui sourire.
    — Merci, monsieur.

    Le soir, à Huizhou, comme à Meitianyu, et comme dans tous les villages du Baïshan, des feux éclairaient la nuit. Les habitants ne fêtaient pourtant pas grand chose, mais le pays tout entier se réunissait autour de ces fumées qui emmenaient avec elles les souvenirs d'une culture qui s'efface et l'odeur irritante de la Nouvelle Révolution.
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