05/11/2019
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[RP interne] L'ombre noir du changement

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PROLOGUE : “Il ne suffit que d’une étincelle…”

Ghetto hamajak de Malveris

Ghetto hamajak de Malveris, banlieue de Southcoal, Sud de Dakantia, 16 mai 2019…

Tout le monde ne parle que des élections en ce moment, à la télévision, sur Internet, à la radio, même dans les bars. Le pays a beau être dans un apogée économique, il n’arrive pas à se stabiliser politiquement peu importe qui prend la tête de ce dernier, depuis quelques années. Au centre des discussions, la “question hamajak” revient régulièrement sur le devant de la scène dans ce genre d’élection, avec d’un côté la gauche qui met tout en œuvre pour s’attirer les faveurs de cet électorat ethnique et de l’autre la droite qui rejette de nombreuses fautes sociétales sur cette minorité native, afin de servir un peu plus ses ambitions électorales. Au milieu de tout cela, une bonne partie des hamajaks n’ont que faire de ces élections ou de qui peut bien être élu au final, avec pour finalité plus d’un tiers d’entre eux qui ne vont même plus voter lorsque la Grande République les appels aux urnes. Faire de Westalia “la plus grande puissance d’Aleucie” ou encore “construire une société égalitaire et humaine”, toutes ces expressions de politiciens ne sont qu’un ramassis de promesses utopiques, sans intérêt et bien souvent de grands mensonges pour mieux flatter l’électorat qu’ils visent précisément, le défaut de vivre dans une société à la culture des campagnes politiques permanentes. Malgré l’émergence d’une véritable force politique pro-hamajak en 2013, le Mouvement Social Hamajak, qui devient de plus en plus influent dans les communautés natives, une bonne partie de l’électorat qu’il vise a déjà perdu confiance envers le système démocratique. Pour beaucoup, le MSH n’est qu’un parti pour les hamajaks appartenant à la classe moyenne, hors des ghettos ou dans les zones protégées, pour ceux nostalgiques d’une époque qu’ils n’ont jamais connue. Certains veulent plus d’autonomie, d’autres souhaitent l’indépendance et sont prêts à prendre les armes pour y parvenir, à l’image du Southern Hamajak Liberation Front, dont les recruteurs arpenteraient toujours les quartiers à la recherche de “nouveaux soldats” pour leur cause, mais beaucoup savent que le SHLF n’est qu’un visage comme un autre de la criminalité hamajak, que cela soit un gang ou un soit disant “groupe de libération”, tous trempent dans le meurtre et les trafics en tout genre. L’ère Hardenbor a grandement contribué au repli sur soi de la communauté hamajak, qui n’attend plus grande chose de ceux d’en haut, de ces politiques et de leurs grandes promesses, c’est presque devenu l’écho d’un autre monde que le leur…

Atepa Matoskah est de ce genre à ne pas s’intéresser à la politique, puisqu’il juge que cela ne changera pas grand-chose à sa situation actuelle. Ce dernier vit dans une région à majorité hamajak, dans le sud de l'État-Républicain de Dakantia, une région particulièrement touchée par la pauvreté et où la majorité des hamajaks survivent grâce à des emplois précaires, pour ceux qui en possède seulement un... En effet, comme pour beaucoup de ghettos hamajaks, à l’image de ceux de la côte Ouest, ces vastes régions urbaines sont en proie à la criminalité et à l’insécurité de façon globale. La police a de grande difficulté à faire exercer leur autorité dans ces régions, tout particulièrement la police de Dakantia, dont les politiciens locaux ont voulu réduire leurs pouvoirs et les méthodes appliquées, afin de “lutter contre la discrimination ethnique systémique et les violences policières”, une utopie qui n’a juste aidé qu’à faire plus prospérer le monde du crime régional, où seules les forces policières fédérales représentent un véritable danger pour les criminels, mais en sous-effectif claire en comparaison du besoin réel. Atepa a un parcours classique dans ce genre de ghettos, il est le cinquième enfant d’une famille pauvre, avec un père qui travaille jour et nuit pour subvenir à sa famille, une chance pour lui que ce dernier eut été encore présent, contrairement à d’autres familles. Il est contraint d’aller à l’école jusqu’à ses seize ans, avant de rejoindre avec plusieurs de ses amis le gang local, où deux de ses frères sont déjà membres.

Vente de drogues, trafic d'armes, rackets, extorsions, cambriolages… Les activités ne manquent pas pour cet adolescent qui découvre au grand dam de ses parents que travailler pour un gang, c’est pouvoir gagner de l’argent facile, bien plus facilement que s’il travaillait à s’en tuer comme son père. A dix-huit ans, il ne se présente pas lorsqu’on l'appelle pour faire son service militaire d’un an, mais comme beaucoup d’hamajaks des ghettos, il n’est jamais réellement inquiété pour ce qui est considéré comme un crime fédéral. La même année, il tue pour la première fois une autre personne, au cours d’un affrontement armé en plein centre de Southcoal, qui comptabilisera dix morts, dont quatre innocents passant dans le coin, de quoi faire la une des journaux en pleine période électorale de 1991, qui verront Victor Hardenbor et son parti arriver au pouvoir la même année. Deux ans plus tard, sa copine de l’époque tombe enceinte et donne naissance à des jumeaux, quelque chose qu’il interprète comme une charge financière supplémentaire, alors que son père le chasse du domicile familial et qu’il est contraint de louer un appartement précaire dans le nord du quartier. Pour subvenir au besoin de ses enfants et de leur mère, il se retrouve contraint d’accepter des boulots encore plus risqués de la part de son gang. Il participe à l’exécution d’une taupe au sein du gang et à l’assassinat d’un chef de bande rivale, tout cela au cours de l’année 1994, de quoi enflammer le quartier dans une guerre de gangs qui ramènera les forces d’intervention spéciales de la police fédérale sur place. Malheureusement pour lui, cette dernière organise une descente dans une maison où sont organisées les activités de son groupe, une opération policière violente, puisque sur les dix personnes présentes ce jour-là, quatre vont être tuées par la police, dont son frère aîné, et les autres arrêtées violemment, lui compris.

Il est directement amené devant un tribunal fédéral, jugé pour trafic d’armes, complicité d'assassinat et insoumission pour ne pas avoir fait son service militaire sans justificatif. Le juge fédéral le condamne à une peine de vingt ans de prison, une peine finalement inférieure à celle qu’il aurait pu avoir s’il avait été jugé un an plus tard, où un durcissement de la loi avait été voté par la majorité conservatrice au Sénat. En prison, seule sa femme et ses enfants viennent lui rendre visite, le reste de sa famille lui reprochant la mort de son frère aîné, tué le jour de son arrestation. Au cours de son incarcération, il se fait discret et commence à regretter ses actions passées et ses activités criminelles qui l'ont privé de sa liberté, se rappelant les avertissements de son père sur un avenir qu’il avait déjà prédit quelques années plus tôt. Il travaille au sein de la prison et cherche à faire table rase de son passé. En 2009, après quinze ans derrière les barreaux, un juge fédéral lui accorde sa demande de libération conditionnelle, pour sa bonne conduite. Alors qu’il sort de prison, sa femme lui impose un divorce et demande une pension pour ses enfants qu’elle garde. Il se retrouve à nouveau devant un juge, local cette fois-ci, mais son parcours de criminel joue grandement contre lui et sa femme obtient toutes les revendications qu’elle a présenté, avant d’apprendre qu’elle avait eu le soutien financier de celui qui allait devenir son nouveau mari, un notaire austarien vivant à Northcoal. Il se retrouve alors contraint de prendre plusieurs emplois précaires en même temps, vivant dans un appartement d’une taille ridicule, au centre du ghetto hamajak de Malveris, toujours en banlieue de Southcoal. Fin 2014, en marchant dans la rue, il se retrouve au milieu d’un groupe de quatre jeunes hamajak, qui se font contrôler par la police fédérale, un contrôle dans lequel il est embarqué, avant que celui-ci ne dégénère à cause de l’attitude des autres hamajaks, qui bouscule un policier et l’insulte. Résultat, il est embarqué pour outrage à agent en groupe et il est de nouveau condamné à six mois de prison devant la justice fédérale, avec une amende de 50 000 Talirs, qu’il n’est pas en capacité de payer et pour lequel il est obligé de s’endetter.

A sa seconde sortie de prison, en 2015, Atepa Matoskah a désormais quarante-deux ans, fatigué par toute la volonté qu’il met à essayer de s’en sortir légalement, il se tourne de nouveau vers la criminalité et complète ses fin de mois en transportant de la drogue d’un quartier à un autre, à Southcoal, mais cela reste loin de pouvoir rembourser sa dette ou de pouvoir assurer correctement les pensions qu’on lui impose de payer à son ex-femme, qui elle vit confortablement à Northcoal. Il a besoin de plus, beaucoup plus, une obsession de plus en plus croissante à vouloir se sortir de sa situation actuelle. Au sein du quartier, Atepa est bien connu des membres du gang pour lequel il travaille régulièrement, certains le prennent en pitié pour son histoire ou sa vie actuelle, d’autres n’hésite pas à abuser de sa soif d’argent pour lui demander n’importe quoi et l’utiliser pour réaliser leurs basses besognes. Celui qui était à leur place des décennies plus tôt, n’est plus que l’ombre de l’homme fière qu’il était, désormais seul et encore plus pauvre.

Aujourd’hui, Atepa vient de perdre son travail à une supérette du coin, où il faisait le ménage tous les soirs, soit une perte de revenu importante, à cause d’un nouveau manager ayant des problèmes pour gérer sa colère et qui l’a finalement déverser entièrement sur le quarantenaire hamajak, tout cela après trois ans sans aucune reproche. On est le 14 mai 2019 et il ne sait désormais pas comment il va pouvoir payer l’argent qu’il doit à la fin du mois, alors qu’il est de plus en plus difficile de trouver du travail à Southcoal, il n’a même pas les moyens de pouvoir quitter cette ville dans cette situation. Au début du mois, un de ses anciens camarades, qui avait été arrêté avec lui en 1994, l’avait appelé, lui apprenant qu’il avait réussi à avoir un poste à la mine de charbon détenu par le Northern Mining Alliance. En Dakantia, travailler pour NMA, c’est une opportunité incroyable, peu importe le poste dans lequel on est embauché. Comme disait son père, “racler les chiottes dans les bureaux de NMA restera infiniment plus rentable que tous les boulots que tu trouveras dans ce ghetto”. En effet, malgré certains travaux à risque, le salaire est confortable, bien plus que tout ses petits boulots qu’il fait depuis plusieurs années désormais. Son ami avait réussi à devenir proche de son chef chez NMA et il lui avait promis de glisser son nom lors de la prochaine période de recrutement ce mois-ci. Enfin, peut-être qu’une lumière d'espoir commençait à percer le quotidien si tragique d’Atepa. Au même moment, son téléphone se met à sonner, ce n’est pas son ami, mais son contact chez le gang pour lequel il travaille ponctuellement. On ne lui donne pas directement du travail cette fois, on lui demande de se rendre dans une impasse dans le ghetto, où on lui donnera directement ses prochains ordres. Il ne faut pas faire attendre ce genre de personne et il s’exécute immédiatement, arrivant sur le lieu du rendez-vous. Sur place, plusieurs voitures et quelques membres du gang entours un autre homme : le chef de ce dernier, caractérisé par ses fausses dents en or. Il s’approche d’Atepa avec un grand sourire et commence à lui parler :

“Atepa, Atepa… Quel plaisir de te voir aujourd’hui, notre meilleur partenaire et le plus fidèle qui soit. On ne se croise pas souvent, mais je sais que tu fais du très bon travail avec nous”, dit-il d’un ton enjoué.

Le quarantenaire, quant à lui, n’est pas très à l’aise avec cette approche. Pourquoi le chef d’un gang viendrait perdre de son temps à rencontrer une petite main comme lui ? Ce dernier ne lui laisse pas le temps de répondre et reprend directement :

“Tu sais, ton histoire est bien connue dans le ghetto, une histoire tellement tragique et pourtant si commune. Tout le monde a beaucoup de respect pour tous les efforts que tu fais pour te sortir de ta misère, je suis le premier à en avoir beaucoup pour toi.”

Il se rapproche de lui et lui passe son bras gauche autour du cou, dans un signe de confiance très artificiel, entraînant le quarantenaire dans sa marche, côte à côté, avant de parler beaucoup moins fort qu’avant :

“Je sais que tu as de gros problèmes d’argent en ce moment. Cela peut arriver à tout le monde, mais pour toi cela doit être encore plus difficile à vivre. Figure-toi que je suis un chef plein d’empathie et comme ton histoire m’a touchée, je suis prêt à te donner du boulot”, dit-il avec une grande gestuelle tout en lui parlant.

Atepa lui répond alors nerveusement :

“Du… boulot ? Du transport ?”

Le chef ricane un instant avant de lui répondre :

“Non... Non, pas ce genre de boulot à deux balles, là. Ça, c’est pour survivre que tu fais ça.”

Il s’arrête subitement, se positionne devant lui avant un très grand sourire doré et pose simultanément ses mains sur les épaules de l’hamajak :

“Atepa, moi, je te parle ici d’un boulot qui va rapporter gros, très gros. Pour toi et pour moi. Je sais que tu es quelqu’un qui a une certaine expérience avec notre monde, grâce à ta jeunesse, et moi, j’ai besoin de quelqu’un d’aussi expérimenté que toi pour ce travail.”

Atepa n’avait pas l’habitude d’être autant flatté de la sorte, mais il répond d’un ton un peu méfiant :

“Mais tout ça, c’était il y a plus de vingt ans ! Regarde ce que je suis devenu aujourd’hui, pourquoi moi ? Quel est ce travail ?”

Le chef hoche la tête de droite à gauche, d’un air un peu déçu.

“Mon pauvre Atepa, tu te sous-estimes grandement, je sais que tu pourras le faire sans problème. Écoute, je ne peux pas t’en parler en détail ici, ce n’est pas possible. Tout ce que je peux te dire, c’est que le boulot vient de l'extérieur et que nos clients sont prêts à te rencontrer personnellement.”

“L’extérieur”, dans le jargon local, cela signifiait “le monde en dehors du ghetto”, donc un travail qui implique des partis et des personnes qui vont bien au-delà d’un simple gang hamajak local. Sans prévenir, le chef lui donne un bout de papier, avec l’inscription suivante d’indiquée : “302 9TH SOUTHCOAL SC 43012-0010”.

“C’est dans l’usine désaffectée de la WIC, rend toi sur place dans deux jours à 18h. Ils t’attendront pour discuter avec toi. N’oublie pas que c’est moi qui t'envoie, donc fais attention à ce que tu diras et acceptes le boulot, tu ne le regretteras pas.”

Atepa n’avait décidément pas eu le loisir de pouvoir en caser une au cours de cet échange, alors que le chef de gang lui tape sur l’épaule avant de partir avec le reste de ses troupes. Il ne sait définitivement pas sur quoi va porter ce boulot, mais il est clair d’une chose : il n’a pas vraiment le choix que d’y aller et probablement pas plus de choix que de l’accepter. De toute façon, il a besoin d’argent, de beaucoup d’argent, s’il veut pouvoir finir la fin du mois sans voir la banque débarquer chez lui pour lui prendre le peu de chose qu’il lui reste et augmenter encore plus la dette qu’il possède. S’il veut survivre, il n’a pas d’autre choix que d’y aller.

Les deux jours qui ont précédé la date du rendez-vous ont été très longs pour l’hamajak, il n’a pas arrêté d’avoir des questions sur ce qui l’attendait : qui veut le rencontrer ? Un gang majeur de l’Ouest ? Il paraît qu’ils étendent leur influence dans le nord maintenant. Une mafia madrerianne ? Ce sont déjà des fournisseurs en armes et en drogues pour les gangs locaux. A moins que cela ne soit les Kyōkai qui débarquent à Southcoal ? Ils sont actifs à Northcoal, mais ils sont en froid avec les gangs du sud, est-ce que le chef tenterait de bosser avec eux pour prendre en influence dans le coin ? Les possibilités ne manquent pas, tout comme les raisons, sauf qu’il ne sait toujours pas quel est son rôle dans toutes ces histoires, ni même pourquoi il a été choisi pour faire ce travail dont il ne sait pour le moment rien. Pour cela, il n’a pas d’autre choix que de confronter ces fameux “clients”. Ainsi, il se rend en voiture jusqu’à l’usine désaffectée de la WIC, pour Wei Industrial Corporation, l’un des plus gros industrielles du pays, qui a fermé cette usine en 2011, en raison de l’insécurité locale qui a grandement impacté le fonctionnement de l’usine et provoquant inévitablement un nouvel appauvrissement des quartiers alentours, ces infrastructures ayant été abandonnées par les Wei depuis lors. D’habitude, le grand portail pour entrer sur le parking de cette grande bâtisse est fermé, mais il est surprenamment ouvert aujourd’hui, probablement une invitation à pénétrer à l’intérieur. En avançant prudemment, Atepa remarque une voiture noire et un homme entièrement masqué qui lui fait signe de venir vers lui, au milieu de ce grand espace goudronné entièrement vide, si ce n’est cette mystérieuse présence. L’hamajak sort de sa voiture, vieille et en piteux état, en comparaison avec celle face à lui, dont la valeur vaut sûrement largement plus que tout ce qu’il possède. L’homme en noir ne parle pas, mais présente un bout de papier avec indiqué : “Pas de geste brusque. Vous allez être bientôt reçu par la personne que vous êtes venu voir. Avant cela, vous allez être fouillés. Soyez coopératif et vous pourrez rejoindre votre rendez-vous”. La situation devenait encore plus étrange, qui pouvait bien être aussi important pour qu’il soit fouillé avant même de rencontrer ce qu’il suppose être le client ? Tout particulièrement cette fouille qui s’effectue avec des détecteurs, dont il n’est pas vraiment capable d’expliquer la fonction, et des palpations, probablement pour voir s’il a une arme. Après cinq longues minutes, l’homme masqué lui fait signe de le suivre jusque dans le bâtiment, où ils entrent par une sortie de secours, qui les mènent dans un couloir alternant entre obscurité et un léger éclairage naturel par la lumière de fin de journée qui traverse les fenêtres industrielles sur leur gauche.

Auguste

Au bout d’un moment, l’homme en noir fini par l’amener devant une porte où à l’ouverture révèle une lumière chaleureuse, qui laisse rapidement place au décor de la pièce dans laquelle il vient de rentrer : une sorte d’ancienne salle de stockage assez grande, avec au milieu de cette dernière deux sofas rouges de qualité qui se font face, séparés par une table basse sur laquelle se trouve un service à thé. Sur le sofa qui pointe vers l’entrée, se trouve un homme au visage découvert, habillé d’un trois pièces gris et qui semble d’ethnie austarienne, ou peut-être madrerianne ? En tout cas, une ethnie à la peau blanche. Autour de lui, quatre autres hommes entièrement en noir, identique à celui qui l'a amené jusqu’ici, mais armés de pistolets-mitrailleurs ou d’armes de poing. Ce n’est pas un simple gang qu’il a en face de lui, mais comme il en avait le doute jusqu’à présent, le gros bonnet d’une organisation bien plus importante. L’homme est en train de boire dans une tasse de thé avant de voir l’hamajak entrer dans la pièce. Il pose alors délicatement sa tasse sur la table basse face à lui, avant de se lever très souriant et d’accueillir son invité.

“Monsieur Atepa Matoskah, c’est un plaisir de pouvoir enfin vous rencontrer. Je vous en prie, ne soyez pas mal à l’aise avec moi, prenez place sur ce sofa. Je me suis dit qu’il était important que vous soyez confortable pendant nos échanges, alors j’ai fait venir du mobilier de qualité. Après tout, je serai particulièrement impoli de ne pas vous accueillir de la sorte alors que je vous ai fait déplacer jusqu’à moi. Oh ! Quel étourdi je suis, je ne me suis pas encore présenté, vous pouvez m’appeler… Auguste. Celui avec qui vous allez faire affaire aujourd’hui.”

“Enchanté, Monsieur… Auguste”, répond d’un ton toujours aussi nerveux l’hamajak, avant de prendre place dans le sofa face à celui de son interlocuteur.

“J’étais justement en train de consommer un thé des plus sublimes, qui vient directement du Nazum. Les lingois appelle cela de la “Brume Céleste”, une merveille historique produite depuis plus de mille ans, à plus de 1300 mètres d'altitude par des moines, uniquement pour la consommation de l’Empereur du Grand Ling et de ses proches. Je n’ai jamais mis les pieds dans cet Empire et c'est d'une complexité monstrueuse pour en obtenir. Mais vous voyez, j’ai quand même un très bon ami à moi qui a réussi à en avoir et qui m’a partagé un peu de cette sublime découverte. Lorsque l'on y pense réellement, je trouve cette dédication millénaire à la production de ce thé vraiment fascinante. Peut-être souhaitez-vous-y goûter, Monsieur Matoskah ?”

Atepa ne sait pas trop quoi répondre à cet individu qui se fait nommer “Auguste”. Est-ce qu’il était venu pour parler de thé ? Il ne pense pas ça, mais c’est peut-être juste le caractère un peu extravagant de la personne face à lui. Très honnêtement, l’hamajak n’avait jamais bu de thé de sa vie, enfin, pas de thé préparé de la sorte, il n’avait aucune idée de quelle valeur il pouvait avoir, ni même où pouvait bien être le Grand Ling sur une carte. Mais ce qui est sûr, c’est que ce thé semble valoir très cher, peut-être même plus cher que la voiture à l’extérieur. De toute évidence, cet “Auguste” semblait tout faire pour impressionner le pauvre habitant de ghetto qu’il est, et il y a clairement un, si ce ne sont pas plusieurs mondes qui les séparent socialement, un aspect que son interlocuteur semble bien accentuer depuis son arrivée. Ainsi, Atepa fait seulement un geste de la tête pour dire qu’il ne souhaite pas y goûter.

“Vraiment ? C’est bien dommage, mais vous êtes maître de ce que vous souhaitez faire.”

En l’état, Atepa n’est pas vraiment maître de la situation, très loin de là, il le sait parfaitement, alors que ses mains tremblent légèrement de peur de ne pas savoir dans quoi il a mis les pieds. De toute évidence, il ne serait pas judicieux de demander plus d’information sur son interlocuteur, s’il ne rentre pas dans les détails sur qui il est, ce n’est sûrement pas un hasard. Auguste reprend une gorgée de son thé et reprend à nouveau la conversation.

“Vraiment délicieux.

Oh ! Mes plus plates excuses, nous sommes bien évidemment là pour parler du travail que je souhaite vous confier, Monsieur Matoskah. Voyez-vous, ce que je vous demande n’est pas une chose aisée, mais j'aurai besoin que vous… Éliminiez quelqu’un pour moi. Un contrat d’assassinat en toute somme.”


“Vous… Assassinat… Quoi ?”, il répond dans la panique.

Atepa n’est vraiment pas à l’aise dans cette situation et voilà qu’on lui demande de tuer quelqu’un, à nouveau. Il se rappelle de la dernière fois à laquelle il avait participé à un assassinat et cela lui a détruit sa vie, il n’avait clairement pas envie de recommencer quelque chose du genre. Auguste sort d’une petite mallette un dossier qu’il dépose sur la table et fait signe à Atepa de le consulter, avant que celui-ci ne découvre très rapidement la cible de l’assassinat.

“Vous voulez que je butte █ █ █ █ █ ?! Vous êtes complètement fou ! Je n’ai même pas les moyens de le faire !”, s’exclame-t-il pour la première fois à voix haute, se levant de son siège, avant de se rasseoir, se rappelant de la situation dans laquelle il se trouve.

Son interlocuteur sourit puis ricane quelques instants.

“Monsieur Matoskah, je vous assure, si nous faisons appel à vous, c’est que vous êtes LA personne dont nous avons besoin pour cette mission.”

Il fait signe à un de ses gardes de s’approcher. Ce dernier range son arme de poing et s’approche avec une mallette épaisse, visiblement sécurisée, qu’Atepa n’avait pas remarqué en arrivant. L’homme en noir la pose sur la table basse et déverrouille cette dernière, pour y révéler des tas de billets bien rangés à l’intérieur.

“Il y a dans cette mallette un total de 200 000 Talirs, de quoi largement payer vos dettes et de vivre confortablement pendant plusieurs années. Considérez le contenu de cette dernière comme un avancement sur le paiement final. Si vous acceptez et que vous réussissez votre mission, je vous promet quatre autres mallettes aussi bien remplies que celle-ci.”

“200 000… Fois cinq, ça fait… Un million de Talirs ?!”, s’écrit-il après avoir eu quelques difficultés à faire le calcul.

Avec autant d’argent, non seulement il pourrait se débarrasser de toutes ses dettes, mais il pourrait aussi quitter ce foutu ghetto et partir vivre sur la côte Ouest, dans les beaux appartements de la Mégalopole ! Mais tout cela semble trop beau pour être vrai. Le visage d’Atepa passe en quelques minutes de la peur, à la joie et finalement au doute… Auguste se réinstalle dans son siège et affiche un grand sourire, pour répondre dans un ton plus rassurant.

“Oui, mon cher Monsieur. Vous serez l’heureux propriétaire d’un million de Talirs, de quoi vous faire rentrer dans la charmante catégorie des millionnaires, bien que je vous recommande de ne pas trop les fréquenter, ce sont souvent de grands snobs. Mais mon offre ne s’arrête pas là. Après avoir éliminé votre cible, vous ne pourrez bien évidemment pas rester sur le territoire national, nous n’avons aucun intérêt de vous perdre après le succès de votre mission. Nous nous sommes arrangés pour vous faire quitter le pays depuis la côte Ouest, d’où vous rejoindrez le Nazum pour vous y réfugier, à bord d’un navire marchand. Je suppose que fuir Westalia avec ce joli million ne vous dérangera pas, non ?”

Le quarantenaire prend quelques instants pour réfléchir. Gagner un million et repartir faire sa vie à l’étranger, n’est-ce pas le rêve ultime ? Quelque chose digne d’un rêve que les gens comme lui ne peuvent même pas se permettre d’espérer atteindre un jour. Très clairement, le travail proposé est extrêmement dangereux, trop pour un homme comme lui, mais la récompense est beaucoup trop tentante pour ignorer une telle opportunité. De toute façon, il en sait désormais beaucoup trop pour ressortir d’ici sans accepter au risque de se faire tuer par son “client”, il comprend mieux maintenant pourquoi le chef lui avait dit d’accepter. Il n’est pas un assassin professionnel, mais s’ils sont prêts à le payer pour faire ce sale boulot, il est prêt à le faire, mais il reste encore une très grande interrogation… Comment ?

“Écoutez, personnellement, je suis partant pour le faire votre boulot, votre assassinat, là. Mais moi, je ne suis pas un assassin de grand calibre, hein ? J’ai déjà tué et je sais me servir d’armes à feu, mais je n’ai actuellement aucune ressource ou plan pour accomplir cela. Vous voyez, je suis très limité en termes de moyen…”

“Ne vous inquiétez pas, nous avons déjà tout préparé pour vous. Tout ce que vous aurez à faire, c’est d’appuyer sur la gâchette pour tuer votre cible, rien de plus simple. Tous les détails sont dans le dossier, consultez le maintenant, parce que vous ne pourrez par l’emporter en sortant d’ici.”

Le dossier est écrit de façon très simple, presque adapté pour une personne comme lui, sans trop de détails, mais juste ce qu’il faut pour comprendre quoi faire. Il tourne une page et voit l’image d’un vieux fusil de sniper qu’il connaît bien, ne cachant pas sa surprise sur son visage.

FP-V1

“Je vois que vous avez remarqué ce bon vieux FP-V1, ces fusils de snipers viétiques sont vraiment pratiques et faciles à utiliser pour ce genre de travail, ce n’est pas étonnant que les communistes qui l'utilisaient durant la guerre étaient considérés comme de véritables terreurs sur le champ de bataille. Ne vous inquiétez pas, le fusil vous sera mis à disposition le moment venu.”

Les fusils FP-V1 ont été produits en grande quantité durant la guerre de 58-63 par les viétiques, qui en ont fait une arme fétiche sur le champ de bataille, ayant emporté la vie de milliers de soldats westaliens et lermandiens. Ils en ont abandonné des milliers dans la nature lors de leurs défaites successives et avec un bon réseau en Lermandie ou en Dakantia, là où ils ont combattu en Westalia, il est possible de s’en procurer sur le marché noir. Des armes intraçables et qui circulent facilement dans le monde criminel, tellement qu'Atepa avait même eu l'occasion de pouvoir en essayer une dans sa jeunesse. La suite du dossier précise également le lieu où aura lieu l’assassinat : devant l’hôtel Malborg, dans le centre de Southcoal, à quelques pas de la célèbre marche des mineurs, cette grande route piétonne qui borde le Golfe Argenté, dans la ville, un lieu très prisé des touristes et des habitants, qui viennent également profiter du parc adjacent. Pour être exact, il est indiqué qu’Atepa devra se positionner depuis la fenêtre de la chambre 7-41B de l'hôtel, où le fusil sera mis à sa disposition et depuis laquelle il devra tirer sur sa cible.

“Votre cible sera sur l’estrade qui sera montée sur la place au pied de l’hôtel. Pour récupérer les clés de la chambre, présentez-vous à la réception comme "Monsieur Robertson", nous vous donnerons les papiers nécessaires pour cela la veille. N’oubliez pas la procédure qui est indiquée, vous devez arriver à 12h, votre cible arrivera autour de 14h et il faudra que vous l’éliminiez exactement à 14h30, pas une minute de plus ou de moins. C’est une condition vitale pour la réussite de votre mission. Gardez bien en tête la route pour s’échapper dans l’hôtel, après avoir exécuté votre contrat, il faudra l’emprunter immédiatement et très rapidement pour que nous puissions vous faire quitter la scène. Un de mes hommes vous attendra, alors mémorisez bien.”

Le plan pour l’assassinat est très procédurier, avec les minutes exactes auxquelles il devra réaliser chacune de ses actions. Il allait devenir le rouage d’un grand mécanisme finement conçu par son interlocuteur et pour lequel il ne devait visiblement pas se présenter comme une mauvaise pièce. A la moindre erreur, il pouvait sentir qu’il allait rapidement passer de futur millionnaire à nourriture pour poisson dans les eaux voisines de la mer intérieure. Cependant, voir Auguste insister sur la nécessité et les procédures pour sa fuite à de quoi le rassurer intérieurement. De par la nature de ce qu’il va faire, c’est tout à fait normal que ses interlocuteurs ne souhaitent pas qu’il tombe entre les mains de la police, ce serait très dommageable pour eux et encore pour lui, parce qu’il est sûr qu’il finirait ses jours en prison cette fois-ci.

“Dans ces conditions… J’accepte d’être votre assassin. Je tuerai █ █ █ █ █ sans aucune hésitation et avec une réussite plus que certaine”, déclare l’hamajak d’un ton assez confiant.

“Fantastique ! Votre assurance ne peut que me rassurer dans votre choix, mon ami. Vous allez nous rendre un très grand service et nous allons faire de vous un homme riche, Monsieur Matoskah. Je vous souhaite bonne chance pour votre mission, dans un mois très exactement. Nous aurons l’occasion de nous revoir une dernière fois, j’espère que nous pourrons trinquer à notre réussite ce jour-là”, s’exclame Auguste en levant sa tasse de thé et d’en boire une nouvelle gorgée, dans un grand sourire.

Le garde ferme la mallette plein de billets et la remet à Atepa, avant de l’inviter à quitter les lieux, saluant une dernière fois son interlocuteur et ce client si généreux de proposer l’opportunité d’une vie. En sortant, l’hamajak ricane discrètement et déclare tout doucement, d’un grand sourire :

“Millionnaire… Ah ah ah…”

Pour lui, la chance va enfin tourner dans son sens. Il allait pouvoir vivre la vie de luxe que son ex-femme lui avait reproché de ne pas avoir pu lui apporter, il allait pouvoir “envoyer foutre” cette maudite banque et ces vampires de la finance, qui lui volent le moindre Talir qu’il gagne. Il va fuir le pays, donc plus de dette à rembourser, plus de problème avec la justice, juste une vie de richesse et de liberté totale. Quelques minutes après qu'Atepa ait quitté les lieux, Auguste termine le contenu de sa tasse thé et s’exprime :

“Ce thé est quand même quelque chose d’incroyable, c’est comme si nous avions un liquide contenant un poids historique de toute la culture d'un peuple. Quelque chose qui traverse les âges et les Empires, par la volonté de petites mains qui s’efforcent depuis plus d’un millénaire à perpétuer cette tradition. Une loyauté aussi fascinante que respectable. Voilà quelque chose que nous manquons cruellement dans notre pays, ce respect de la loyauté qui est tellement propre aux populations originaires du Nazum… Bah ! Le plus important est que cette opération soit une réussite, n’est-ce pas ? Après tout, comme disait un proverbe lingois… A moins qu’il soit jashurien ?

Peut-importe l'origine… Celui-ci disait “Il ne suffit que d’une étincelle… pour provoquer les plus grands incendies”, il ne restera plus qu’à nous pencher sur la fructueuse reconstruction qui suivra derrière.”


Un garde s’approche et parle très respectueusement à Auguste, avec un accent assez prononcé :

Ura Kanrei… Le Seigneur attend, nous devons retourner au domaine.”

Auguste regarde sa montre, puis se retourne vers le garde.

“Oui… Oui ! Où avais-je encore la tête ? Quittons ce lieu bien triste et reprenons le chemin du retour. Notre maître souhaite entendre mon rapport après tout.”
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CHAPITRE 1 : En tuer un pour en rendre fou des millions

Hôtel Malborg

Centre de Southcoal, hôtel Malborg, adjacent à la place Newlands et à proximité de la marche des mineurs, le 16 juin 2019.

Southcoal, seconde ville la plus importante de l'État-Républicain de Dakantia, est également l’un des centres historiques de l’extraction du charbon depuis la fin du XIXème siècle en Westalia. On y extrait toujours ce précieux minerai dans les mines en dehors de la ville, qui représentent toujours la principale activité et la première source de revenus pour cette dernière. Pour autant, l’industrie du charbon n’a pas connu de très bons jours ces dernières décennies au sein de la Grande République, avec une baisse drastique de la demande alors que les centrales à charbon se font moins nombreuses, l’évolution de technologies majeures qui ne nécessitent plus son utilisation comme combustible ou encore le fait que le charbon a une utilité domestique beaucoup moins importante qu’à sa grande époque. Si sa sœur jumelle, Northcoal, a réussi à mieux s’en sortir en devenant une place financière importante pour le marché des ressources naturelles, Southcoal a de grandes difficultés pour se moderniser et reste très dépendante du charbon pour survivre. Ainsi, la ville est donc malmenée par les mêmes problèmes qui touchent cette filière, voyant à la fin des années 80 une augmentation du chômages provoquées par la crise économique de l’époque, avant que la politique de renforcement du développement nucléaire comme principale source d’énergie en Westalia ne vienne frapper d’un grand coup le Dakantia, amenant la fermeture partielle ou totale de plusieurs mines. C’est ce genre d’événements qui ont grandement contribué à la pauvreté de Southcoal, tout particulièrement pour la communauté hamajak qui était grandement dépendante de ces activités économiques et qui a été la première à sombrer dans la criminalité généralisée, à la fin des année 80, et à s’isoler indirectement dans ce que les observateurs de l’époque appelleront les “ghettos hamajaks”, ces quartiers populaires à l’origine peuplé d’ouvriers et de mineurs, mais qui vont progressivement être délaissés par les autorités locales, incapables d’avoir le budget nécessaire pour entretenir correctement sa périphérie, avant de l’abandonner presque totalement depuis lors. Faisant grimper l’insécurité à un niveau particulièrement élevé, Southcoal est considérée comme l’une des villes les plus dangereuses du pays et une plaque tournante des trafics illégaux en tout genre, ainsi que l’un des points chauds de la “crise des ghettos hamajaks” dans les années 90.

De façon générale, Dakantia est un État-Républicain historiquement ancré à gauche, avec une dominance des socialistes depuis plusieurs décennies désormais. Dans cette logique politique, Southcoal n’y échappe pas en étant une ville où la majorité de la population, principalement ouvrière, vote pour des partis de gauche ou pro-hamajak depuis tout autant de temps. Malgré tout, la population locale commence à se tourner progressivement vers les partis de droite, tout particulièrement le New Order of Westalia ou le Parti National Westalien, propulsé par la progression des discours sécuritaires et anti-hamajak, qui gagnent beaucoup de popularité au sein des communautés austariennes et nipozams de la ville, soit la majorité des habitants qui vivent dans le cœur historique de cette dernière et les populations les moins sujettes à la pauvreté locale. Ce phénomène n’est pas encore à un stade où l’on peut considérer qu’il va renverser l’hégémonie socialiste dans la région, très loin de là, mais il est particulièrement notable dans les propos tenus par certains citoyens qui, bien que se revendiquant comme des électeurs socialistes, mettent en avant les enjeux sécuritaires qui touchent particulièrement la seconde ville de Dakantia. Cela donne donc une certaine marge de manœuvre à la droite radicale ou à l’extrême-droite pour partir à la conquête d’un nouvel électorat, que cela soit l’Alliance Asfortienne ou l’Union Horvanxienne, qui financent de plus en plus leur présence dans ces “villes socialistes en proie à l’insécurité et à la violence”.

Le centre de Southcoal, bien que lui aussi sujet à quelques problèmes d’insécurité provoqués soit par des débordements d’affrontements en provenance des ghettos, soit par les sans-abris drogués dans les rues mal famées, reste malgré tout une zone beaucoup plus agréable et propre que la périphérie de la cité. On y retrouve d’importants gratte-ciels construits dans les années 70 et 80, pour la majorité, mais également de grandes structures pouvant dater de la fin du XIXème ou du début du XXème siècle, à l’image du grand pont en acier de Southcoal qui passe au dessus du bras de mer qui coupe la ville en deux et qui permet de relier la partie sud et la partie nord de cette dernière, ou encore d’anciens immeubles qui ont été reconvertis en hôtels ou bureaux, pour ceux bien entretenus et proche du centre, ou en logements sociaux, pour ceux plus vétustes et en bordure du centre. C’est une partie de la ville qu’Atepa Matoskah ne traverse que très rarement, les personnes en provenance du ghettos n’étant pas très bien vues dans ces parties et la police fédérale beaucoup plus présente qu’à l’extérieur. Southcoal était loin d’être la ville la plus impressionnante de la Grande République, lorsqu’on la compare à New Landor ou Kaijotoshi, mais pour un hamajak des ghettos comme Atepa, voyager au pied de ces imposants immeubles, adjacents à ces larges avenues inondés de voitures et de personnes, cela était clairement quelque chose de bien différent de ce qu’il avait l’habitude de voir, n’ayant jamais quitté les environs depuis sa naissance, pas même pour effectuer ses peines de prison. En tant qu’hamajak, il peut se fondre rapidement dans la masse, grâce à la présence particulièrement importante de sa communauté, même au centre de la cité, là où dans d’autres villes majeures, il aurait pu attirer un peu trop l’attention.

Sa destination est l’hôtel Malborg, comme indiqué dans les instructions qu’on lui a donné il y a de cela un mois. Il est 11h du matin, une heure avant la pause-déjeuner des personnes travaillant dans les bureaux, mais pourtant, les rues semblent déjà tant bondées aujourd’hui. Toujours selon les instructions, il gare sa voiture dans un parking souterrain à environ deux cents mètres de l'hôtel, pour ne pas attirer trop l’attention avec ce “tas de ferraille”, comme il l’appel, au bruit de moteur bruyant et à l’épaisse fumée qui sort du pot d’échappement. De toute façon, il n’en aura plus besoin à partir de maintenant, c’était la dernière fois qu’il la conduirait, son client ayant arrangé sa fuite à partir d’une autre voiture, probablement bien plus rapide et confortable que la sienne. Dans ses mains, une valise particulièrement simple, contenant quelques effets personnels qu’il souhaite emporter lorsqu’il partira vivre à l’étranger, lorsque ce “maudit contrat” sera terminé pour de bon. Il arrive dans ce grand hôtel, propre et à l’entrée majestueuse, un lieu qu’il n’avait jamais approché d’aussi près de sa vie. Il entre dans le hall, bien bondé à cette heure par ce qui semble être une nuée de touristes venues “du sud”, comme on appelle ceux qui vivent dans la mégalopole, mais aussi d'employés qui transportent les bagages vers les chambres et ceux qui guident les clients souhaitant manger au restaurant de l’hôtel, plus tôt que la moyenne. Contrairement à l’extérieur, sa présence fait tache au sein de cette assemblée, il est le seul hamajak présent dans le hall, en jogging qui plus est. Un homme qui semble être un agent de sécurité le dévisage du regard, comme s’il savait déjà ce qu’il allait faire dans quelques heures. L’employé s’approche et lui adresse la parole d’un ton méprisant :

“Vous cherchez quelque chose en particulier Monsieur ? Vous êtes sûr que vous ne vous êtes pas perdu en entrant dans l’hôtel ?”

“No… Non. J'ai réservé une… chambre au Malborg”, répond d’un ton particulièrement nerveux Atepa, renforçant la méfiance à son égard.

“Vraiment ? On n'a pas trop l’habitude de voir des gens de… votre genre dans notre établissement, tout particulièrement avec le meeting qui approche. J’espère que vous ne me mentez pas Monsieur, parce que vous me paraissez très suspect à l’instant.”

“Je vous jure que c’est la vérité ! Je n’oserai pas vous mentir !”

“Très bien, dans ce cas, allons voir à la réception si ce que vous dites est vrai…”

C’était le genre de traitement qui était habituel à l’égard des hamajaks dans des lieux qu’ils n’ont pas l’habitude de fréquenter, encore plus lorsque ces derniers semblent sortir tout droit des ghettos… L’agent de sécurité attrape par le bras Atepa et le force à avancer vers la réception, un air de supériorité et de dédain, comme s’il venait d’enfin pêcher un gros poisson, déjà labellisé comme un criminel à ses yeux. Cet employé était le parfait archétype de l’homme qui s’est fait recaler durant la phase de recrutement pour entrer dans la police, s’est réorienté dans la sécurité et profite de sa position pour abuser de ses pouvoirs, un “powertrip”, comme on dit. Les deux hommes sont alors présent devant la réception, où un homme dans la trentaine s’approche d’eux, coupe de cheveux courte noir et bien peigné, typé nipozam, aux petites lunettes rondes et à l’air particulièrement professionnel. À la vue de l’hamajak pris au bras par l’agent de sécurité, le réceptionniste perd son sourire et soupire comme si ce n’était pas la première fois que cela se produisait. Après quelques secondes à se regarder dans le blanc des yeux, l’agent ordonne alors à Atepa :

“Bon, vous voulez récupérer les clés de votre chambre ou pas ? Allez-y, je vous regarde.”

“Oui… Oui, je vais faire ça”, répond-il d’un ton toujours aussi nerveux.

“Bonjour Monsieur… Je viens pour la réservation au nom de Monsieur Robertson…”, dit-il en s’adressant au réceptionniste.

“Un instant, je vous pris.”

Le réceptionniste cherche sur son ordinateur une réservation au nom qu’Atepa vient de donner. L’hamajak commence à suer au niveau du front, par la peur que l’information ne remonte pas sur l’écran face au réceptionniste, renforçant le regard suspicieux de l’agent de sécurité qui le tient toujours au niveau du bras. Au bout de quelques minutes, de très longues minutes pour l’hamajak, le réceptionniste lève le nez de son ordinateur et lui répond par la positive :

“Nous avons bien une réservation au nom de Monsieur Albert Robertson, une chambre classique avec un lit simple, pour une nuit et disponible à partir de maintenant. Si vous êtes bien Monsieur Albert Robertson, est-ce que vous avez avec vous vos papiers d’identité et l’attestation de réservation qui vous a été envoyée ?”

Atepa cherche dans une de ses poches et sort tout un tas de papier en même temps. Quelques heures plus tôt, avant de partir, il avait trouvé dans sa boîte aux lettres les documents demandés par le réceptionniste, transmis par son client comme annoncé il y a un mois, impressionné par le fait que même ces faux papiers d’identité avaient sa photo, quelque chose qu’il n’avait pas donné lors de leur rencontre mi-mai. Il pose les papiers sur le comptoir, en fait le trie pour donner ceux nécessaires, sous l'œil méfiant et à la fois surpris de l’agent de sécurité.

“Voilà… Tout est présent”, annonce-t-il en donnant les documents au réceptionniste, qui les regarde attentivement.

“Tout semble être en ordre, Monsieur Robertson. Voici les clés de votre chambre, la 7-41B, au 7ème étage, sur l’aile à votre droite. Vous pouvez prendre l’un des ascenseurs qui sont présents dans cette direction. Je vous souhaite un bon séjour à l’hôtel Malborg.”

Atepa récupère les clés de sa chambre, alors que l’agent de sécurité lui lâche le bras. Alors que ce dernier semble s’en aller, sans aucune excuse, le réceptionniste lance un regard insistant et jugeur sur l’agent, qui se retourne en marmonnant quelque chose qui semble traduire son agacement, avant de s’adresser une dernière fois à Atepa.

“Bon.. séjour à l’hôtel Malbord. Très cher client…”, déclare-t-il d’un ton très peu enjoué et légèrement agacé, avant de s’éloigner rapidement.

L’hamajak s’empresse de rejoindre l’un des ascenseurs qu’on lui a indiqué, côtoyant d’autres clients qui le regardent d’un air étrange, lui faisant clairement sentir qu’il était un intrus au sein de cet hôtel, avant de rejoindre le septième étage et de chercher sa chambre et d’y rentrer rapidement, verrouillant la porte derrière lui. Il pose sa valise sur le lit et explore la pièce, bien plus grande que son appartement, beaucoup plus confortable aussi, et bien que cela soit loin d’être la chambre la plus chère de l’hôtel, ce confort et cette décoration sont un luxe pour un hamajak des ghettos. Cependant, aucune trace du fusil, qui aurait pourtant dû se trouver là. Il y a un mois, on lui avait indiqué que tout lui serait fourni sur place, l’arme comprise, donc il commence naturellement à se poser des questions et à s’inquiéter du déroulé des événements. “Et si je ne pouvais pas accomplir ma tâche ?”, il commença à penser, beaucoup plus inquiet des conséquences de la colère de son client que de ne pas empocher l’argent. Au bout de quelques minutes à tourner en rond dans la pièce, on frappe à sa porte et une enveloppe est glissé sous cette dernière, à sa destination. Il ouvre ce qu'on vient de lui livrer et il est indiqué : “Sous le lit, dans l'emballage plastique. Détruisez cette lettre”. Atepa regarde sous son lit et découvre un grand amas de plastique, qu’il tire pour le mettre sur la petite table ronde au coin de la pièce. En déballant ce qu’il vient de trouver, tel un cadeau de Noël, il découvre un FP-F1 en très bon état et en inspectant, il découvre que le chargeur est plein, dix cartouches au total pour accomplir son objectif, pas d’autres munitions, mais un silencieux à monter sur l’arme le moment venu. L’arme d’un crime particulièrement cruel, pas encore commis, mais qui va lui permettre de sortir de cette vie de misère et de vivre confortablement pour le restant de ses jours, à l’étranger, loin du chaos de ce pays de fous.

L’hamajak regarde sa montre, il n’est même pas encore midi. Il s'assoit sur son lit avant de laisser aller ses pensées. Est-ce qu’il ne va pas trop loin cette fois ? Est-ce que ce n’est pas trop dangereux de faire un coup pareil ? Personne dans le ghetto n’avait participé à un assassinat de cette taille par le passé et le plus important qu’il y a pu avoir… Et bien, c’était celui pour lequel il s’était fait coffrer dans le passé. Le doute commence à envahir son esprit, ce travail va être du quitte ou double, il n’y a déjà plus de retour en arrière possible et avoir des regrets maintenant ne lui apportera rien que de la souffrance. Mais il commence déjà à s’imaginer les répercussions de ses actes, la police qui va forcément encercler tout l’hôtel et rapidement trouver sa position, c’est obligatoire. Et si le plan de fuite du client ne réussit pas ? C’était la première fois qu’il avait un doute à ce sujet, rien ne pourrait garantir encore qu’il pourrait s’en sortir indemne. On lui avait donné pour consigne, après avoir éliminé sa cible, de prendre immédiatement l’ascenseur pour rejoindre le 1er étage, traverser tout le bâtiment pour rejoindre l’aile opposée à celle où il se trouve et de se jeter dans le grand conduit où le linge sale est déposé par les employés. Il est alors censé atterrir dans la buanderie de l’hôtel, où un complice va le récupérer pour sortir par une issue de secours qui donne directement sur l’extérieur, toujours depuis la même pièce, où une voiture est là aussi censée les attendre dans une ruelle adjacente, derrière un grillage. Il n’a pas d’autre choix que de faire confiance à ce plan et d’espérer qu’il n’y aura aucun obstacle et… Que le client tienne parole. Après tout, il n’avait presque pas dépensé les 200 000 Talirs qu’on lui avait donné le mois dernier, uniquement pour payer son loyer et les mensualités qu’il doit à la banque, aucune grande dépense qui pourrait éveiller des soupçons. Il compte bien se faire plaisir une fois le million dans sa poche, pas ici, mais bien à l’étranger.

Il se relève alors du lit et observe l’extérieur depuis sa fenêtre, il doit après tout savoir où il va devoir tirer, plus ou moins. En contrebas, il a une large vue sur la place Newlands, adjacente à l’hôtel. Une estrade est en train d’être installée, pendant que des techniciens installent un grand écran à l’arrière de cette dernière ou installent des drapeaux westaliens tout autour. Il n’y a pour le moment pas grand monde, si ce n’est le personnel chargé d’installer le matériel en prévision du meeting à venir. Il n’avait jamais assisté à un tel événement en personne, si ce n’est avoir vu des séquences de personnalités politiques à la télévision, tenant des discours pour lesquels il n’éprouve généralement pas un grand intérêt. Il observe le pupitre installé sur l’estrade, c’est là qu’il devra tirer, c’est là qu’il que se trouvera la cible qu’il devra abattre dans un peu plus de deux heures désormais. En se retournant vers son lit, il remarque qu’il n’a pas encore jeté l’enveloppe et la lettre avec les instructions. Il se rend au niveau de la salle de bain, où se trouvent les toilettes. Il déchire en plusieurs morceaux ces derniers, les jette à l’intérieur et tire la chasse pour ne laisser aucune trace. Il retourne de nouveau sur son lit, assis face à la fenêtre à observer et à attendre l’heure fatidique.

Atepa en train d'observer le meeting politique, depuis sa chambre d'hôtel.

Perdu dans ses pensées, il ne fait pas vraiment attention au temps qui passe et à la foule qui se rassemble autour de l’estrade, sur la place, ni même des personnes qui commencent à s’adresser au public, avant l'arrivée de sa cible. Au bout d’un moment, il est sorti de son état par ce qu’il interprète comme les acclamations de la foule et il voit en contrebas un homme en costard s’approcher du pupitre, il regarde sa montre, il est déjà 14h, plus que trente minutes et tout cela va se terminer, pour lui et pour sa cible… Les haut-parleurs extérieurs sont forts et il n’a même pas besoin d’ouvrir la fenêtre pour entendre ce qu’il se passe, pour entendre celui à qui il va ôter la vie…

“Patriotes de Southcoal, fidèles westaliens, accueillez avec force l’homme qui va nous sauver de la crise, qui va purger le pays de la racaille et qui va apporter une nouvelle ère de grandeur à notre Grande République ! Applaudissez… Alfred Eisendorf ! Notre sauveur !”, s’exclame dans un micro une personne sur l’estrade, tendant son bras vers le candidat de l’Union Horvanxienne.

Sur la place, il doit y avoir plusieurs milliers de personnes, beaucoup plus qu’attendu selon les estimations de l’équipe de campagne du candidat nationaliste, pour un territoire profondément socialiste. Ce n’est pas autant que ce qu’il peut rassembler à New Landor ou Atawa, mais un tel attroupement démontre bien une chose : les idées horvanxiennes prennent racine dans ces terres qui leurs étaient pourtant si hostiles, quelques années en arrière. Alfred Eisendorf salue la foule avec un grand sourire, sous les applaudissements et acclamations de ses partisans, avant de s’approcher du microphone présent sur son pupitre et de faire signe aux spectateurs de le laisser parler.

“Southcoal… Une ville qui a grandement contribué à la construction de la puissance de notre pays, dont les vaillants mineurs ont extrait le précieux charbon qui a permis de faire fonctionner trains, bateaux, centrales et chauffages à travers tout le territoire, et même à l’international !”

La foule applaudit.

“Pourtant, regardez dans quel état votre si belle cité a été abandonnée par les autorités qui ont pourtant fait le serment de la protéger et de la servir. Des décennies de politiques socialistes, des promesses d’une vie meilleure, de meilleurs salaires, de l’emploi garantie… Que des mensonges d’une gauche décadente qui, par son incompétence et son aveuglement, a choisi de détruire petit à petit ce que vos parents, ce que vos grands-parents et leurs parents avant eux ont construit avec tant de passion !”

Le public hue, pour faire savoir leur mécontentement des politiques locales décidées par les socialistes.

“A Southcoal, comme dans toutes les villes contrôlées par la gauche, le chaos règne et l’insécurité est devenue reine de nos rues. Qui peut encore, aujourd’hui, sortir dehors le soir sans risquer d’être braqué par un criminel, tué pour un regard de travers, violé par les bêtes qui peuplent ces quartiers de racailles. Oui, je parle bien de ces repaires à criminels, ces zones de non-droit pour lesquelles ni le gouvernement fédéral, ni le gouvernement local ne font quelque chose pour corriger une situation qui n’a que trop duré. Sous des prétextes d’inclusions raciales et d’intégration des minorités, ces traîtres à la nation désarment notre police et donnent des droits à des gens qui tuent nos frères et sœurs en toute impunité !

Si j’ai fait le choix de me présenter comme candidat à ces présidentielles, c’est entièrement par amour de mon pays ! Voir, jour après jour, la racaille communiste et hamajak tuer et détruire sans conséquences me brise le cœur et m’oblige à faire quelque chose ! Nous ne sommes pas dans de simples élections cette année, c’est une lutte de grande résistance entre les fiers patriotes que nous sommes, contre les tyrans et les détraqués qui veulent détruire tout ce qui fait Westalia !”


La foule acclame Alfred Eisendorf, ce dernier reprenant au milieu des acclamations.

“Nous devons reconquérir notre pays ! Nous devons le nettoyer de la racaille hamajak ! Le purger définitivement des communistes ! Éradiquer tous les mouvements terroristes anti-westaliens ! C’est maintenant (Now) que nous devons le faire ! C’est maintenant (Now) que l’ordre doit être rétabli ! C’est maintenant (Now) que nous devons déployer nos forces armées et nos forces policières, ces héros du quotidien à qui nous devons donner le pouvoir nécessaire pour atteindre une Westalia propre ! C’est maintenant (Now) ! Maintenant (Now) ! Maintenant (Now) !”

La foule s’exclame encore plus qu’avant, criant des “Now” à répétitions en même temps que le candidat en train de s’exprimer.

A la suite de cette première partie, Alfred Eisendorf poursuit son discours en critiquant les décisions récentes et passées du gouvernement fédéral, soutenant également une position diplomatique de “renouveau de la grandeur westalienne” encore plus radicale que son rival conservateur. Atepa regarde à nouveau sa montre, il est 14h25, plus que cinq minutes avant de tirer sur sa cible. Il pousse le lit derrière lui pour faire de la place, ferme légèrement les rideaux, juste assez pour ne pas être vue, mais aussi suffisamment pour viser avec son arme. Il apporte une chaise pour s'asseoir, mais également pour se servir du dossier comme support pour son arme. Il ouvre la fenêtre, équipe le silencieux, positionne son arme, ajuste le viseur, place sa montre dans l’angle intérieur de la fenêtre, afin de visualiser le temps en direct, et vise la tête du candidat, sans tirer pour le moment. Atepa sue en grande quantité et ses mains tremblent tellement il a peur de ce qu’il va faire. Tuer Alfred Eisendorf ? C’est un peu comme déclarer la guerre à la moitié du pays, tout le monde connaît cet homme, certains le fanatisent à l’extrême, d’autres le détestent à mort. Pour l’hamajak qui va lui prendre la vie, il n’y a pas spécialement de haine envers ce dernier, bien qu’il ne l’apprécie clairement pas pour des raisons évidentes. Non, la peur vient plutôt dans le fait que ce qu’il va faire va profondément changer le cours des élections, le cours de l’histoire westalienne, un poids peut-être trop lourd pour ses épaules. Alfred Eisendorf, ce n’est pas n’importe qui, et il va justement être tué par n’importe qui, contre un million de Talirs, voilà la valeur de cet homme aux yeux de ses clients. Les jeux politiques sont beaucoup trop complexes pour savoir pourquoi ces derniers veulent sa mort, probablement des opposants de ce dernier ? En-tout-cas, s’il réussit à s’échapper de là, ce qu’il se passera en Westalia ne sera clairement plus son problème.

Les aiguilles tournent et 14h30 arrive, c’est maintenant qu’il doit frapper. La cible, de son côté, continue son discours toujours aussi radical :

“...Nous sommes en guerre de toute part. D’un côté des communistes décomplexés planifient leur révolution dans l’ombre, d’un autre les hamajaks qui pactisent avec les idées anti-westaliennes planifient la destruction de la Grande République et de l’autre, des nations jettent leur sale regard sur notre pays, souhaitant le déstabiliser, le contrôler, voir même l’éradiquer de la carte ! Nous devons prendre tous conscience de cette réalité, le gouvernement doit arrêter de nous mentir sur l’état réel du pays ! Tout le monde peut être la victime que l’on pleurera demain, tuée par nos ennemis ! Cela peut être vous, cela peut être vos parents, cela peut être vos enfants, cela peut aussi être moi-même !”

A la fin de cette phrase, Atepa ouvre le feu sur Alfred Eisendorf, un coup tiré qui part directement vers le fondateur du New Order of Westalia.

“Hein ?”, fait entendre le candidat à travers son microphone, dans un ton différent de celui qu’il avait jusqu’à présent.

Le tir n’atteint pas sa cible. Ce dernier n’a pas été entendu, grâce au silencieux et à l’environnement, mais la balle s’est tout de même logée dans le pupitre du candidat. L’impact l’a fait brusquement bouger, face à une foule qui n’a pas encore compris ce qu’il s’était passé et un Alfred Eisendorf qui comprend tardivement ce qu’il vient de se passer, laissant transparaître son caractère d'ancien militaire :

“A couv… !”, s’écrit-il en voyant l’impact de la balle qui a traversé le pupitre, pour se loger dans l’estrade.

Son équipe de protection se rue sur l'estrade pour l’entourer, mais c’est trop tard, un second tir est de nouveau réalisé et il traverse de part et d’autre le crâne du nationaliste, mettant fin à sa vie de façon très brutale. Son corps s’écroule au sol et les agents de protection se chargent de le déplacer en le protégeant, le protocole l’exigeant jusqu’à l'arrivée d’un médecin pour confirmer ou non la mort. En contrebas, c’est la panique totale, la foule se disperse en masse, certaines personnes sont piétinées par d’autres, des enfants perdent leurs parents dans le mouvement de foule et leurs pleurs s'entendent à travers les spectateurs en fuite. La police est rapidement déployée sur les lieux, mais le temps qu’ils trouvent la position d’Atepa, il devrait avoir le temps de fuir. Cependant, il y a un problème majeur dans ce qu’il vient de se passer, un problème critique qui paralyse de peur et d’incompréhension l’hamajak : ce n’est pas lui qui a tiré le second coup de feu. Est-ce qu’il y aurait d’autres assassins qui auraient été engagés par son client ? Ou peut-être qu’il n’était pas le seul à en vouloir à la vie du Sénateur candidat aux présidentielles.

Il n’avait pas le temps de réfléchir à tout cela, il se retourne derrière lui, repositionne le lit et commence la procédure de fuite. Cette dernière commence par un ordre étrange, mais pour lequel il n’a pas d’autres choix que de se plier, il doit remettre l’arme là où il l’a trouvé et dans le même état. Pourquoi son client voudrait quelque chose comme ça ? Mais Atepa n’a pas l’esprit très clair à l’instant, il a peur de se faire attraper par la police et commence à récupérer l'emballage plastique pour l’entourer autour de son fusil, mais cela ne passe pas, il a oublié d’enlever le silencieux, l’obligeant à défaire le tout, enlever l’accessoire et à tout refaire. Dans la panique, il perd beaucoup de temps et alors qu’il se dirige vers sa valise pour fuir, il entend des coups de feu qui visent sa porte, à côté de la poignée de porte. La porte s’ouvre avec fracas et un groupe de policiers équipés d’armes de poing et de pistolets-mitrailleurs fait irruption dans la pièce. Un grand homme barbu, qui semble être leur chef, pointe son arme en direction d’Atepa et, sans qu’il puisse réagir d’une quelconque façon, ouvre plusieurs fois le feu, le touchant exclusivement à la poitrine, le faisant s’écrouler au sol. Le policier se retourne vers les autres, en train d’observer le corps de l’hamajak au sol, puis s’exclame d’une voix grave et autoritaire, à l’accent madrerian :

“Ne restez pas là ! Sécurisez-moi ce putain d’étage !”

Les hommes s’exécutent immédiatement sans dire un mot. Le policier reste quant à lui dans la pièce et s’approche d’Atepa, qui n’est pas encore mort. Avec de grandes difficultés, ce dernier pose une ultime question à celui qui vient de lui tirer dessus :

“Pour... Pourquoi ?”

Pour seule réponse, le policier positionne son arme en direction de la tête de l’hamajak et ouvre le feu une seule fois. L’air stoïque et imperturbé par l’exécution qu’il vient de réaliser, l’agent sort de sa poche une fiole contenant une douille correspondant exactement à celle déjà présente sur le sol, éjectée de l’arme lors du premier tir réalisé par Atepa. Il débouchonne la fiole et fait tomber cette seconde douille sur le sol. De toute évidence, ce policier n’est pas qu’un simple policier, sûrement quelqu’un en lien avec toute cette histoire qui devient de plus en plus difficile à comprendre. Au bout de quelques minutes, un agent parti plus tôt revient dans la chambre et fait son rapport à son supérieur :

“L’étage est sécurisé, chef ! J’ai entendu un nouveau coup de feu de votre côté, quelque chose s’est produit ?”

Le chef tourne son regard vers le corps gisant de l’hamajak qu’il vient d’abattre, pendant quelques secondes, puis le retourne en direction du jeune agent qui vient de lui poser la question. D’un ton calme, il lui répond d’abord :

“Ce salaud a essayé de récupérer quelque chose sous le lit. Probablement une arme, j’ai vu quelque chose d'emballé qui y ressemble”, dit-il en pointant du doigt la zone en question.

“Bon, dépêchez vous de signaler que nous avons abattu le tireur et que la situation est sous contrôle dans l’hôtel”, complète-t-il d’un ton plus autoritaire.

Le jeune agent fait signe qu’il va exécuter l’ordre et s'éclipse à nouveau de la chambre.

Finalement, pour Atepa, rien ne s’est passé comme prévu. Il n’a pas tué la personne qu’on lui a demandé de tuer, il n’a pas réussi à fuir la police, il n’aura pas son million de Talirs et il a perdu la vie dans tout cela. Une chose est sûre, pour la police et le monde entier, Atepa est celui qui vient de commettre l’irréparable, celui qui a allumé la poudrière d’une simple étincelle dans un pays de plus en plus polarisé et aux discours politiques de plus en plus violents. Heureusement pour lui, il ne sera pas là pour voir tout le chaos qui va suivre cet événement. Il a été manipulé, utilisé et jeté comme il l’a toujours été tout au long de sa vie. Un fils décevant, un criminel raté, un père qui n’a jamais aimé ses enfants et quelqu’un d’obsédé par l’argent au point que cela lui a finalement coûté la vie. A qui la faute dans tout cela ? La société dans laquelle il a vécu ? Ou simplement sa trop grande naïveté qui fut sa plus grande faiblesse, mais aussi le plus grand plaisir de tous ceux qui l'ont manipulé jusqu’à aujourd’hui, jusqu’à ce qu’ils aient jugé bon qu’il ne leur était plus utile. Un mort n’a pas de remords, Atepa n’est désormais plus qu’un corps inerte, le nouveau bouc émissaire de la violence, fermant le dernier acte de sa vie dans ce rôle qu’il n’a pas choisi.

Un homme observe au loin le chaos.

Un peu plus loin, sur la marche des mineurs, au bord du bras de mer du Golfe Argenté, un homme avec des lunettes de soleil, un chapeau beige, un manteau marron et un costume trois pièces gris est en train de lire le journal sur un banc. Face à lui, le chaos des personnes qui sont en train de fuir la place Newlands, à un peu plus d’une centaine de mètres. Il n’a pas vraiment le regard porté sur le journal, mais bien sur ce qu’il se passe en face de lui, dans un calme le plus total. Après quelques instants, un homme typé nipozam s’approche de lui et ne dit aucun mot. Il porte de nouveau son regard sur le journal et s’exclame :

“N’est-ce pas formidable ? Vambrace va donner un concert à Northcoal, dans trois semaines. J’adore ce groupe, pas vous ? Dans leur dernier album, ils parlent de la conquête de Dakantia… “Blackhill”, je crois que c’est le nom du titre qui en parle ou comment les westaliens se sont lancés dans une guerre incontrôlable et chaotique en remportant une seule victoire, après avoir traversé la rivière Patten…”

L’homme debout à ses côtés ne dit pas un mot.

“Le fleuve n’est qu’à une heure de route après tout, c’est presque comme si nous l’avions traversé pour venir ici et accomplir tout cela, n’est-ce pas ?”

Lerouge-dono…”, s’exprime enfin l’homme.

“Oui, je sais, nous sommes venus en avion, mais nous l’avons tout de même survolé ? Les temps changent et les moyens aussi. C’est bien toute la signification poétique de cette magnifique rivière !”

L’homme ferme le journal et se lève de son banc, observant une dernière fois la scène au loin, alors que les sirènes d’ambulances et de polices peuvent être entendues de toute part, les rues adjacentes commençant à être fermées par les forces de l’ordre.

“Bon, je crois qu’il est temps pour nous de quitter les lieux.”

Les deux hommes se dirigent vers une voiture noire en bas de la rue, croisant des policiers qui leur font signe de quitter rapidement les lieux. Une fois à l’intérieur, un second homme typé nipozam démarre le véhicule et commence à le déplacer à travers la ville, tandis que le premier s’installe sur le siège passager avant. A l’arrière, un autre homme typé austarien ou madrerian donne un téléphone à celui qui semble être leur chef, un appel est en cours. A l’autre bout du fil, une voix parle dans un ton très solennel, presque dans une façon de s’exprimer à l’ancienne, trahissant son âge avancé :

Ura Kanrei, s’exprime la voix.

“L’opération est un succès, Eisendorf est mort. Nos contacts sur place me l'ont confirmé et le second tireur n’a pas été appréhendé. Le bouc émissaire a fait son travail à la perfection, jusqu’au bout, et il devrait le continuer pour l’éternité. Notre équipe de metteurs en scène a déjà terminé son travail avant même le coup final, pour que tout soit en ordre dans le récit officiel.”

“...”, la voix ne répond pas, seulement une respiration est entendue.

“Comme d’habitude, vous aviez raison, Mon Seigneur. Il aura vraiment fallu en tuer un…”, commence-t-il à prononcer, avant de se faire interrompre par la personne à l’autre bout du fil.

“...Nanbyakuman nin mono hitobito o kuruwaseru tame ni.”, complète la voix en dialecte de Kamishiwa, d’un ton qui laisse une impression particulièrement forte. Une phrase que l’on pourrait traduire par “...Pour en rendre fou des millions”.

“Procédez à la suite, Ura Kanrei, s’exprime une dernière fois la voix.

“Il en sera fait selon vos désirs, Mon Seigneur”, répond d’une voix très sérieuse et respectueuse l’homme dans la voiture, avant que la personne au bout du fil ne raccroche.

“Bien, direction Columbia, nous avons encore à faire, messieurs.”
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CHAPITRE 2 : Subterfuge

Intérieur du Sénat

Columbia, Sénat de la Grande République, pendant le discours de Simeon Belagri, dans les tribunes du parlement, le 5 juillet 2019.

La situation au sein de la Grande République est une véritable tragédie, le gouvernement fédéral n’a tout simplement pas le contrôle sur ce qui est en train de se produire au sein du pays. L’assassinat d’Alfred Eisendorf a provoqué une réaction en chaîne qui est désormais complètement hors de contrôle, dans un contexte politique tendu où les communautés hamajaks et les groupes horvanxiens n’attendaient qu’une bonne excuse pour se lancer dans une guerre ethnique ouvert et de plus en plus sanglante, alors que presque tous les jours, depuis l’attaque sur le village de Sawati, l’actualité est faite par les attentats terroristes du Southern Hamajak Liberation Front ou une nouvelle action horvanxiennes visant à “pacifier” ces natifs qu’ils jugent comme problématique pour la survit du pays, tout particulièrement au cours de ces “opérations de pacification” que lance à intervalle régulier le nouveau gourou de l’extrémisme en Westalia, Bill Helst, et sa petite armée de fanatiques capable de commettre les pires atrocités du monde. Pas plus tard qu’hier, le SHLF a publié une vidéo où ses membres ont égorgé des policiers qu’ils avaient capturé plus tôt, appelant à une “grande guerre d’indépendance contre l’occupant colonial”, de quoi enrager les horvanxiens, qui ont répondu par la violence en pendant le double de “terroristes” hamajaks, dans une autre vidéo. Lorsqu’un camp s’enfonce un peu plus dans la violence, l’autre redouble d’efforts et d’inventivité pour se montrer encore plus violent et sanglant que son rival.

On parle bien évidemment ici des grandes organisations qui orchestrent ces massacres à grande échelle, en toute impunité et profitant de la faiblesse de l’exécutif qui est incapable de réagir rapidement. Rien qu’avec cela, on se retrouve dans une situation où les atrocités sont Reine, et où la loi du plus violent fait foi. Pour autant, ce qui rend réellement incontrôlable cette situation, ce ne sont pas les actions de ces organisations en tant que telle, mais plutôt l’impact qu’elles ont sur la population westalienne. D’un côté, les hamajaks, particulièrement ceux qui vivent dans des ghettos ou d’autres quartiers populaires, se remémorent les difficiles années de la crise qui les avaient frappé entre la fin des année 80 et jusqu’au cours des années 90, où l’arrivée au pouvoir de Victor Hardenbor Sr. avait grandement contribué à la constitution d’une nouvelle forme d’oppression et de répression à leur égard. Ils se remémorent des lois construites spécifiquement contre leur communauté, de la violence policière et de la quasi-indifférence de la population concernant ces événements, qui avaient provoqué, en l’espace d’une dizaine d’années, plus d’un millier de morts à la suite de répressions des gangs et des manifestations, tout particulièrement entre 1992 et 1993, tout comme lors d’opérations policières, et surtout militaires, violentes dans leurs quartiers. Si le gouvernement fédéral actuel ne semble pas s'orienter vers ce genre de méthode radicale, ils considèrent largement que leurs vies sont désormais à risque, avec la nécessité de se protéger eux même de toute menace, par tous les moyens possibles. C’est ce qu’il se passe à New Eringam, dans le ghetto de Felbord, c’est une réaction à ce qui est en train de se passer un peu partout dans le pays. Bien évidemment, les gangs hamajaks, bien que très désunis à l’échelle nationale, partagent un fonctionnement et des objectifs similaires entre eux : celui d’élargir leur contrôle sur le territoire qu’ils occupent déjà et de se présenter comme une “alternative” à un gouvernement qu’ils présentent depuis plusieurs décennies comme oppresseur et anti-hamajak, peu importe les couleurs politiques de ceux au pouvoir. Contrairement aux années 90, ces gangs ont eu beaucoup plus de temps pour s’organiser, pour un événement qui n’a rien d’une surprise pour eux. Ils se sont rapprochés de la population, ils se sont restructurés pour être beaucoup plus solide en cas de nouvelle crise des ghettos, prêt à en découdre. New Eringam n’est qu’un exemple radical de ce qu’ils sont prêts à faire pour se “protéger”, probablement avec l’aide discrète du SHLF, mais le problème de ces “gangs défiant l’autorité ouvertement”, n’est pas un cas isolé à cette ville du sud du pays, cela concerne presque tous les territoires avec une forte minorité hamajak dans la mégalopole.

Qu’en est-il de l’impact que provoquent les horvanxiens ? Il faut là aussi revenir un peu en arrière pour comprendre. Si leurs idées sont bien plus anciennes que la Grande République elle-même, leur popularité au sein de cette dernière n’est en réalité que très récente, un peu plus d’une vingtaine d’années, avec une croissance importante au cours des années 90 et une évolution libre sous l’ère Hardenbor, tout le long des années 2000 et du début des années 2010. Pour les plus radicaux d’entre eux, tout particulièrement ceux que l’on appelle les fondamentalistes, la guerre ethnique contre les hamajaks est inévitable et ils se considèrent comme des héros dont la quête est de sauver le pays de la vermine native. On les qualifie de “fondamentalistes” par le fait qu’ils ont une interprétation très radicale des pensées et de la vie de leur “prophète”, le dictateur Henry Horvanx. Selon eux, les hamajaks ont toujours représenté une menace pour la société de par leur “caractéristique raciale à toujours choisir la violence et à refuser l’intégration”, se justifiant que l’ancien autocrate militaire a d’abord voulu leur pardonner, prenant en exemple le fait qu’Henry Horvanx a épargné la vie du célèbre chef Makkapitew, certains exagérant l’action comme celle d’une “vision qu’il aurait reçu de Jésus” à apporter la paix en Westalia, en réinterprétant certains passages de son livre autobiographique, une rhétorique religieuse courante dans ce milieu. Ils se présentent également comme des anticapitalistes convaincus, considérant Henry Horvanx dans cette même catégorie, pour avoir arrêté et purgé les “westals” de la société, de riches individus ayant posé les bases du proto-capitalisme à la westalienne, et qu’il faudrait faire de même avec les élites actuelles, qu'ils considèrent comme corrompues et passives, à l'image des westals avant eux. Si ce sont les plus radicaux des horvanxiens, leurs idées étant loin d’être populaire au sein de la population, les citoyens qui n’aiment pas les hamajaks sont quant à eux une catégorie très importante de cette dernière. Depuis l’assassinat d’Alfred Eisendorf, ces derniers on beaucoup moins de gène à exprimer leurs opinions au sujet de cette communauté qu’ils méprisent, des opinions simplistes qui se répandent et convertissent de plus en plus de personne, provoquant naturellement une colère de plus en plus populaire à l’égard des hamajaks, qui deviennent ainsi le bouc émissaire de tous les maux de la société. Il n’est donc pas inhabituel de voir des rassemblements de ces horvanxiens se réunir un peu partout dans le pays, parfois avec violence, d’autres fois non, pour exprimer leur avis sur la situation, en étant extrêmement critique sur la gestion du pays par le gouvernement fédéral actuel.

En ce 5 juillet 2019, le Président fédéral Simeon Belagri va se rendre au Sénat de la Grande République pour s’exprimer devant les élus, mais également devant la nation, puisque son discours va être retransmis en direct à la télévision, au cours de l’après-midi. Pour de nombreux observateurs, le chef de l’État va enfin s’exprimer sur la position à mener pour son gouvernement, peut-être pour enfin trancher entre les deux camps qui s’oppose au sein de l’exécutif fédéral, entre ses partisans belagristes, plutôt dans la modération, et les Ministres de droite, qui veulent mettre en place des mesures radicales. A cette occasion, la quasi-totalité des Sénateurs va être présente dans l'hémicycle du Palais Horvanx, cet imposant édifice qui avait servi de résidence personnelle à l’ancien dictateur, avant d’être réaménagé pour accueillir le Sénat, par son successeur, John Moriss, et conservé comme telle lors de la mise en place de la Grande République. A l’entrée, de nombreux journalistes ont fait le déplacement, prennant en photo les différentes personnalités majeures qui viennent assister à cette séance exceptionnelle… Une occasion si particulière que le bâtiment est entièrement encerclée de policier pour éviter tout débordement, alors que des manifestations horvanxiennes sont attendues du côté de la Place de la Révolution, qui se trouvent juste en face. Il est particulièrement rare que le chef de l’État s’exprime au Sénat de la sorte, en dehors des cérémonies officielles, un lieu généralement réservé à son Premier ministre fédéral, le Président fédéral favorisant plutôt le Congrès Suprême pour s’exprimer exceptionnellement. Ce choix représente bien la volonté de Simeon Belagri à vouloir reprendre en main le gouvernement, en opposition avec l’approche plutôt discrète de ses prédécesseurs dans ce genre de cas, pour ne pas trop s’associer à quelconques mauvais choix politiques publiquement.

Il n’y a pas que des sénateurs qui assisteront à ce discours, mais également d’autres élus, comme des délégués du Congrès Suprême, des représentants des États-Républicains et, encore plus étonnant, des citoyens comme les autres, qui ont pu avoir la chance de réserver une place pour cette occasion. Si ces élus viennent à titre personnel, nul ne peut ignorer la présence d’un des plus importants d’entre eux dans le Palais Horvanx : le Président du Congrès Suprême, Victor Hardenbor Jr., également principal rival de Simeon Belagri et grand favoris pour les élections présidentielles qui vont survenir, dans un peu plus d’un mois. Le candidat conservateur entre par la grande porte du Sénat et salue aussi bien les journalistes que les curieux observant la scène derrière la muraille de policiers quelques mètres plus loin. Il entre dans le hall pour accéder à l'hémicycle, où il est accueilli comme un dirigeant déjà élu par ses partisans, dans une mise en scène particulièrement bien préparée. Il est rapidement entouré par les journalistes accrédités pour cet événement, alors qu’il n’est techniquement qu’un observateur “comme les autres” dans ces lieux.

“Qu’attendez-vous de cette déclaration, Monsieur Hardenbor ? Est-ce que vous pensez que le Président fédéral va répondre à vos attentes aujourd’hui ?”, commence à lui demander un journaliste, braquant toutes les caméras sur le candidat.

“Le pays est actuellement dans une situation catastrophique, résultat du laxisme installé par la gauche et les bélagristes. Aujourd’hui encore, les bélagristes font obstruction à ce que n’importe quel autre gouvernement aurait déjà décidé d’appliquer : un retour à l’ordre direct et ferme. Je ne pense pas que Monsieur le Président fédéral va annoncer de quelconques décisions concrètes. Cela sera uniquement du subterfuge électoral, pour gagner du temps jusqu’à la défaite qui l’attend dans quelques mois. Les westaliens ne veulent plus de Simeon Belagri et de sa clique, son discours va appuyer mes propos et les prochaines élections vont les prouver.”

Les différents sénateurs présents dans le hall commencent à se diriger vers l’hémicycle, dans la pièce adjacente, alors qu’un membre du personnel du Sénat indique aux journalistes de gagner la tribune qui leur est dédiée, criant d’autres questions au représentant du Parti de l’Union Républicaine, qui leur adressera un sourire formel avant de se retourner et d’avancer vers des escaliers un peu plus loin. En effet, lui aussi s’en va rejoindre sa propre tribune qui lui est dédiée. Il n’assistera pas à ce discours à côté des autres spectateurs, sa stature lui permettant de s’installer dans l’une des quelques tribunes présidentielles qui se trouvent au-dessus de l’hémicycle. Contrairement à son entrée très médiatique, il se positionne dans une tribune assez discrète, à l’écart et peu visible en contrebas. Les délégués de son groupe qui l'ont accompagné s’en vont rejoindre d’autres places qu’on leur a attribué, le Président du Congrès Suprême se retrouvant seul jusqu’à arriver devant une porte face à laquelle se trouve un grand homme en costard, avec une oreillette, à la stature imposante et typé nipozam. Celui qui s’apparente à un garde salue très respectueusement le politicien en se courbant, sans dire un mot, Victor ne répondant que par un geste de main pointant vers la porte, sans aucune surprise sur son visage. L’homme imposant s’exécute alors, frappe trois fois à la porte et l’ouvre, pour laisser place en tout premier à la tribune, mais également la vue sur l’hémicycle, alors que les Sénateurs finissent de s’installer et que le Président fédéral ne va pas tarder à arriver. Dans cette tribune, il n’y a que deux sièges, dont l’un est déjà occupé par une personne… Un homme habillé d’un trois pièces gris, se retournant avec un léger sourire narquois lorsque le candidat rentre et s’approche de lui, se levant pour l’accueillir, la porte se fermant derrière après son passage.

Auguste Lerouge et Victor Hardenbor Jr.

“Monsieur Hardenbor, c’est toujours un plaisir de vous revoir”, s’exprime en premier l’homme déjà présent dans la tribune, lui tendant sa main pour le saluer.

“Monsieur Auguste Lerouge, vous êtes venu aux premières loges pour assister aux événements d’aujourd’hui. Cette tendance risque de vous poser défaut un jour.”

“Que voulez-vous, j’adore être le spectateur de ce que j’entreprends”, lui répond Auguste avec un grand sourire.

Les deux hommes se serrent la main, puis s’installent dans leur siège, avant que Victor Hardenbor Jr. ne reprenne la parole :

“Votre Maître n’est pas avec vous ? J'aurais pensé qu’il aurait voulu assister à ces événements en personne.”

“Mon Seigneur n’est pas aussi excentrique que moi, je le crains. Mais rassurez-vous, il est bien à Columbia pour observer les événements. Il est justement avec votre père, en train de discuter de la suite à donner à notre coopération.”

Victor porte alors son regard vers l’hémicycle, en direction de l’imposant bureau du Président du Sénat et de ses Vice-présidents, proche du pupitre depuis lequel le chef de l’État va bientôt s’exprimer, dans quelques minutes.

“Tout le succès de cette opération réside dans sa préparation. Ce que nous sommes en train de réaliser est terrifiant, nous jouons avec le feu. Si nous le maîtrisons, notre victoire sera totale, sinon, il nous consumera tous, des plus grands jusqu’aux plus humbles.”

Le ton pris par le conservateur semble donner l’impression qu’il était en train de citer un personnage ou le contenu d’un livre, ce qui sera rapidement confirmé par son interlocuteur.

“Je vois que la littérature est-nazumie reste toujours un domaine qui vous passionne, peut-être devrais-je demander à Mon Seigneur de vous partager quelques œuvres de sa bibliothèque personnelle ?”

“Je vous remercie de votre proposition, nous pourrons reparler de cette idée lors du dîner que nous aurons avec lui la semaine prochaine…”

La discussion est interrompue par de puissants coups de bâton contre le sol, mettant fin au brouhaha dans l’hémicycle et poussant les derniers sénateurs qui ne sont pas encore installés à gagner leur siège. Au micro, le Président du Sénat, Ronald Abek, s’exprime à toute l’assemblée :

“Élus de la nation, veuillez vous levez pour accueillir son Excellence le Président fédéral de la Grande République de Westalia, Simeon Belagri.”

Tous les sénateurs se lèvent de leur siège, alors que le chef de l’État entre dans les lieux et se dirige vers le pupitre depuis lequel il va tenir son discours. Il fait signe à tous les membres de la chambre basse de s'asseoir, avant de commencer à s’exprimer :

“Citoyens de la Grande République, Élus de la nation…”, commence-t-il son discours.

L’ensemble du Sénat reste extrêmement silencieux durant toute la durée de la prise de parole de Simeon Belagri, très attentif à ce qu’il va dire. Son intervention sur la situation actuelle est quelque chose de très attendue par la scène politique westalienne, mais également par la population, puisque le Président fédéral détient le pouvoir nécessaire pour prendre des décisions fortes dans ce genre de contexte d’instabilité, il a pour rôle de faire figure de boussole dans ces temps troubles…

“Je suppose qu’il est inutile de vous poser la question, mais vous êtes également déjà au courant de ce qu’il va annoncer aujourd’hui, n’est-ce pas ?”, reprend la conversation, d’une voix plus basse, le Prince Hardenbor, pendant le discours du Président fédéral.

Auguste Lerouge tourne légèrement et lentement la tête vers le Président du Congrès Suprême, répondant d’un ton narquois :

“Bien évidemment, nos agents à l’intérieur du gouvernement sont tout aussi bien informés que vos propres informateurs à l’intérieur de celui-ci. Tout comme nous savons déjà quel va être votre prochain mouvement politique.”

“Je n'en ai aucun doute. Justement, nous allons y arriver dans un instant.”

Le Président fédéral termine son discours devant l’assemblée. Il est applaudi par ses partisans du Front Populaire et Démocrate, ainsi que par une partie de la gauche socialiste, qui approuve le choix de Simeon Belagri d’une approche modérée et portée vers le social sur le long terme. D’un côté, la droite semble particulièrement silencieuse sur ses bancs, alors qu’elle occupe pourtant une majorité de l’hémicycle depuis 2017 (en comptant tous les mouvements politiques, sans considération de leurs alliances). Au début, ce sont les Sénateurs affiliés au New Order of Westalia et au Parti National Westalien qui se lèvent de leur place et quittent l’assemblée, ce qui ne représente aucune surprise considérant leur opposition totale au gouvernement et aux annonces faites par le chef de l'État. Cependant, alors que les derniers sénateurs nationalistes quittent les lieux, c’est désormais au tour de ceux des groupes du Parti de l’Union Républicaine et du Parti Libre et Démocrate de faire de même. Encore pire, ce sont également les Ministres de droite qui se lèvent de leur banc pour rejoindre le mouvement de foule. Les représentants de la droite quittent le Sénat en silence, de l’autre côté, les bélagristes et le reste de la gauche s’indignent de ce choix, criant à leur égard, les accusant de briser l’unité du pays à un moment crucial de son histoire. En réalité, ce qui est en train de se passer est un mouvement préparé de longue date, la droite n’a jamais eu l’intention de jouer la carte de la coopération avec la gauche sur cette question, ce n’est pas une question d’idéologie qui se présente ici, mais une manœuvre purement politique visant à discréditer les décisions du gouvernement fédéral, notamment à des fins électorales.

“Nos ministres vont déposer leur démission d’ici la fin de journée. Ce qui va provoquer la chute du gouvernement Kaylor. Belagri le sait déjà depuis quelques jours et il a déjà préparé un nouveau cabinet pour remplacer l’actuel, mais tout cela ne changera rien à nos plans”, commente Victor.

Auguste Lerouge se lève de son siège et réajuste ses vêtements, suivi de son interlocuteur. L’homme de l’ombre regarde sa montre, puis ouvre son téléphone, où des notifications de messages apparaissent. Il se tourne une nouvelle fois vers le Président du Congrès Suprême et s’adresse à lui.

“Nos metteurs en scène ont préparé le terrain pour le dernier acte de cette journée forte en rebondissement. Il est désormais temps pour l’acteur principal de se placer sous les projecteurs. Toute la réussite de cette journée ne dépendra que de votre capacité à bien jouer face à votre public.”

Au même moment, le garde qui se tenait devant la porte ouvre la porte et laisse sortir les deux hommes de leur tribune. Au bout du couloir donnant accès aux différentes tribunes, on peut remarquer qu’il y a de l’agitation, alors que des membres du personnel du Palais Horvanx semblent diriger les spectateurs vers une autre sortie que la grande porte du hall. Rapidement, un de ces membres du personnel rejoint les deux hommes et leur demande de le suivre pour prendre une sortie alternative. A l’extérieur, des manifestants horvanxiens se sont rassemblés devant les portes du Sénat et pour exprimer leur vive colère concernant les décisions que vient d’annoncer Simeon Belagri, ces mêmes manifestants déjà présents depuis plusieurs heures sur la place de la Révolution. A travers l’entrée vitrée du Palais, on peut voir un groupe de policiers en équipement anti-émeute bloquer l’accès au Sénat. Les manifestants crient, mais ne semblent pas forcer le passage pour autant, pour le moment en tout cas… Au moment de passer par le hall, pour rejoindre une autre sortie, Victor Hardenbor Jr. s’échappe au membre du personnel et se dirige vers la sortie principale, là où se trouvent les manifestants.

“Monsieur… Attendez !”, s’exclame en panique le membre du personnel, qui s’en va le suivre.

“Nous allons voir si l’histoire va s’écrire sous nos yeux ou non. Voyons si le Prince Hardenbor saura égaler le Président d'acier. En tout cas, quelle audace !”, s’exprime une dernière fois Auguste avant de quitter les lieux avec les autres personnes présentes dans les tribunes.

Victor Hardenbor Jr.

En ouvrant la porte, Victor Hardenbor Jr. se retrouve face à une marée humaine, probablement composée de deux ou trois milliers de personnes en colère et scandant des slogans anti-Belagri. Il y a des policiers dans tous les sens qui se ramènent pour renforcer la protection du bâtiment. Pour accéder à l’entrée principale du Sénat, il faut prendre l’un des deux escaliers de pierres qui se rejoignent, déjà entièrement occupé par les manifestants, laissant seulement le perron du palais encore sous contrôle pour protéger son accès, une position parfaite pour le candidat afin d’être visible de tous. Lorsqu’il apparaît devant les manifestants, ces derniers l'acclament en criant son nom, démonstration d’une foule qui lui est déjà favorable. Il répond à ces acclamations en saluant cette dernière. En contrebas, un homme qui galvanise la foule avec un microphone et des haut-parleurs voit le candidat conservateur arriver et se joint à l’accueil positif de ce dernier :

“Citoyens, contrairement à ces lâches qui se cachent dans le Palais, seul un élu a eu le courage de se présenter face à nous, le grand patriote Victor Hardenbor Jr., présent devant vous !”

Alors que les manifestants augmentent les acclamations, l’homme avec les haut-parleurs fait passer un microphone sans fil à travers la foule, qui finit par arriver étrangement sans problème au Président du Congrès Suprême, qui s’empresse de prendre la parole.

“Amis patriotes, Chers Concitoyens, j’entends votre colère devant les annonces faites par le Président fédéral, je partage votre dégoût et cette même colère concernant des décisions prises par un lâche qui ne fait qu’avancer ses pions politiques pour espérer en vain de remporter les prochaines élections. Il fait la séduction de l'électorat de gauche qui ne veut plus de lui, il prépare l’après de ces présidentielles, où il va sans aucun doute retourner dans les bras des socialistes, encore plus dépendant qu’il ne l’était il y a quatre ans !

Notre pays est en guerre ! Oui, notre pays fait face à un conflit aussi ancien que notre existence, un conflit que nous, conservateurs, avions conclu en rétablissant l’ordre, la paix et l’unité sur l’ensemble du pays, il y a plus de vingt ans. Tout un travail réduit en cendres par le laxisme et l’incompétence des bélagristes et de la gauche à gouverner correctement le pays ! Ils ont voulu accorder un traitement de faveur à une minorité ethnique et voilà où nous en sommes aujourd’hui, à affronter des terroristes qui massacrent par dizaine, que dis-je, par centaines des innocents pour assouvir leur soif de violence et atteindre leurs objectifs immoraux et profondément anti-westaliens !”


La foule acclame le candidat de l’Alliance Asfortienne, alors que la police ne semble pas l'arrêter, ni même le personnel du Palais Horvanx, présent derrière lui, trop terrifié par les conséquences que cela pourrait avoir à agir de la sorte, aussi bien par la personne concernée, que par la réaction de la foule. Après quelques instants, Victor reprend son discours :

“Il faut lutter ! Lorsque notre pays est insulté, agressé et violé de la sorte, il faut se lever et se battre pour ce dernier ! Pour que ce que nous avons construit pendant des décennies ne soit pas détruit de la main d’incompétents, pour que notre société ne soit la victime d’extrémistes et de leurs idées nauséabondes !

La faute n’est pas dans les institutions, mais dans ceux qui les contrôlent ! Pour les vaincre, il n’y a qu’une seule solution viable et possible : gagner les élections ! Si je suis candidat, c’est parce que je porte un programme pragmatique et ancré dans la réalité, dans ce que vous souhaitez réellement pour notre pays, pour votre quotidien ! Ce combat que je mène, je ne le mène pas seul et je ne peux pas le mener seul ! C’est un effort collectif, où vous pouvez devenir les premiers contributeurs de ce meilleur futur qui est à portée de nos mains. En août, vous devez répondre présent, à mes côtés, pour battre Belagri et sa clique, dans une victoire si éclatante qu’ils ne pourront plus jamais espérer détruire notre pays une fois de plus !”


Le Prince Hardenbor s’avance alors vers les manifestants, passe à travers les policiers qui ne l’empêchent pas de passer et s’exprime alors une nouvelle fois :

“La gauche vous traite comme des parias, comme des extrémistes... Cela signifie qu’ils ont peur de vous ! Peur de la colère juste et populaire que vous portez ! Moi, je suis prêt à vous écouter. Rejoignons ensemble la Place de la Révolution, où j’écouterai vos revendications personnellement !”

Dans la foule, plusieurs personnes appellent les manifestants à entamer une marche pour rejoindre la place de la Révolution, entraînant un mouvement de foule autour de Victor Hardenbor Jr., qui semble maître de la situation, dans un mouvement politique que même son père n’a jamais réalisé durant toute sa carrière. En réalité, cette situation n’est pas un hasard pour le candidat, une mise en scène particulièrement bien préparée et nécessaire pour le candidat conservateur. En réalité, les meneurs de cette manifestation sont des complices de cet homme de l’ombre avec qui il a échangé précédemment, Auguste Lerouge, des hommes dont l’objectif a été d'attirer une foule devant le Sénat, afin de créer cette scène surréaliste. Aussi bien l’homme avec les haut-parleurs que ceux rabattant les manifestants jusqu’à la place, voir même certains policiers, sont avec le candidat depuis le début, des gardes du corps étant même infiltré au sein de cet attroupement pour s’assurer de la sécurité du fils aîné des Hardenbor dans ce bain de foule important. Cette scène avait pour objectif de donner à Victor Hardenbor Jr. l’élément dont il manque le plus : une stature populaire, celle d’un homme capable de gérer une crise. En maîtrisant une foule de protestataires en colère et en les éloignant du Sénat, il se forge l’image d’un homme puissant et populaire, protégeant les institutions et à l'écoute du peuple, pour avoir l’ascendant sur cet aspect face à son principal rival, Simeon Belagri, mais aussi pour reprendre à son compte une partie de l’image d’Alfred Eisendorf, celle d’un “homme de la situation”, séduisant les citoyens en reprenant à son compte l’amour qu'a la population pour le concept de l’homme providentiel, ce qu’il souhaite incarner dans ces élections.

Désormais, l'État est encore plus affaibli qu’avant, mais la figure et l’influence de Victor Hardenbor Jr., quant à elle, ne s’en trouve que plus puissante, tout comme celle de ses mystérieux alliés qui semblent tirer les ficelles dans l’ombre…
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