22/06/2019
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[RP interne] L'ombre noir du changement

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PROLOGUE : “Il ne suffit que d’une étincelle…”

Ghetto hamajak de Malveris

Ghetto hamajak de Malveris, banlieue de Southcoal, Sud de Dakantia, 16 mai 2019…

Tout le monde ne parle que des élections en ce moment, à la télévision, sur Internet, à la radio, même dans les bars. Le pays a beau être dans un apogée économique, il n’arrive pas à se stabiliser politiquement peu importe qui prend la tête de ce dernier, depuis quelques années. Au centre des discussions, la “question hamajak” revient régulièrement sur le devant de la scène dans ce genre d’élection, avec d’un côté la gauche qui met tout en œuvre pour s’attirer les faveurs de cet électorat ethnique et de l’autre la droite qui rejette de nombreuses fautes sociétales sur cette minorité native, afin de servir un peu plus ses ambitions électorales. Au milieu de tout cela, une bonne partie des hamajaks n’ont que faire de ces élections ou de qui peut bien être élu au final, avec pour finalité plus d’un tiers d’entre eux qui ne vont même plus voter lorsque la Grande République les appels aux urnes. Faire de Westalia “la plus grande puissance d’Aleucie” ou encore “construire une société égalitaire et humaine”, toutes ces expressions de politiciens ne sont qu’un ramassis de promesses utopiques, sans intérêt et bien souvent de grands mensonges pour mieux flatter l’électorat qu’ils visent précisément, le défaut de vivre dans une société à la culture des campagnes politiques permanentes. Malgré l’émergence d’une véritable force politique pro-hamajak en 2013, le Mouvement Social Hamajak, qui devient de plus en plus influent dans les communautés natives, une bonne partie de l’électorat qu’il vise a déjà perdu confiance envers le système démocratique. Pour beaucoup, le MSH n’est qu’un parti pour les hamajaks appartenant à la classe moyenne, hors des ghettos ou dans les zones protégées, pour ceux nostalgiques d’une époque qu’ils n’ont jamais connue. Certains veulent plus d’autonomie, d’autres souhaitent l’indépendance et sont prêts à prendre les armes pour y parvenir, à l’image du Southern Hamajak Liberation Front, dont les recruteurs arpenteraient toujours les quartiers à la recherche de “nouveaux soldats” pour leur cause, mais beaucoup savent que le SHLF n’est qu’un visage comme un autre de la criminalité hamajak, que cela soit un gang ou un soit disant “groupe de libération”, tous trempent dans le meurtre et les trafics en tout genre. L’ère Hardenbor a grandement contribué au repli sur soi de la communauté hamajak, qui n’attend plus grande chose de ceux d’en haut, de ces politiques et de leurs grandes promesses, c’est presque devenu l’écho d’un autre monde que le leur…

Atepa Matoskah est de ce genre à ne pas s’intéresser à la politique, puisqu’il juge que cela ne changera pas grand-chose à sa situation actuelle. Ce dernier vit dans une région à majorité hamajak, dans le sud de l'État-Républicain de Dakantia, une région particulièrement touchée par la pauvreté et où la majorité des hamajaks survivent grâce à des emplois précaires, pour ceux qui en possède seulement un... En effet, comme pour beaucoup de ghettos hamajaks, à l’image de ceux de la côte Ouest, ces vastes régions urbaines sont en proie à la criminalité et à l’insécurité de façon globale. La police a de grande difficulté à faire exercer leur autorité dans ces régions, tout particulièrement la police de Dakantia, dont les politiciens locaux ont voulu réduire leurs pouvoirs et les méthodes appliquées, afin de “lutter contre la discrimination ethnique systémique et les violences policières”, une utopie qui n’a juste aidé qu’à faire plus prospérer le monde du crime régional, où seules les forces policières fédérales représentent un véritable danger pour les criminels, mais en sous-effectif claire en comparaison du besoin réel. Atepa a un parcours classique dans ce genre de ghettos, il est le cinquième enfant d’une famille pauvre, avec un père qui travaille jour et nuit pour subvenir à sa famille, une chance pour lui que ce dernier eut été encore présent, contrairement à d’autres familles. Il est contraint d’aller à l’école jusqu’à ses seize ans, avant de rejoindre avec plusieurs de ses amis le gang local, où deux de ses frères sont déjà membres.

Vente de drogues, trafic d'armes, rackets, extorsions, cambriolages… Les activités ne manquent pas pour cet adolescent qui découvre au grand dam de ses parents que travailler pour un gang, c’est pouvoir gagner de l’argent facile, bien plus facilement que s’il travaillait à s’en tuer comme son père. A dix-huit ans, il ne se présente pas lorsqu’on l'appelle pour faire son service militaire d’un an, mais comme beaucoup d’hamajaks des ghettos, il n’est jamais réellement inquiété pour ce qui est considéré comme un crime fédéral. La même année, il tue pour la première fois une autre personne, au cours d’un affrontement armé en plein centre de Southcoal, qui comptabilisera dix morts, dont quatre innocents passant dans le coin, de quoi faire la une des journaux en pleine période électorale de 1991, qui verront Victor Hardenbor et son parti arriver au pouvoir la même année. Deux ans plus tard, sa copine de l’époque tombe enceinte et donne naissance à des jumeaux, quelque chose qu’il interprète comme une charge financière supplémentaire, alors que son père le chasse du domicile familial et qu’il est contraint de louer un appartement précaire dans le nord du quartier. Pour subvenir au besoin de ses enfants et de leur mère, il se retrouve contraint d’accepter des boulots encore plus risqués de la part de son gang. Il participe à l’exécution d’une taupe au sein du gang et à l’assassinat d’un chef de bande rivale, tout cela au cours de l’année 1994, de quoi enflammer le quartier dans une guerre de gangs qui ramènera les forces d’intervention spéciales de la police fédérale sur place. Malheureusement pour lui, cette dernière organise une descente dans une maison où sont organisées les activités de son groupe, une opération policière violente, puisque sur les dix personnes présentes ce jour-là, quatre vont être tuées par la police, dont son frère aîné, et les autres arrêtées violemment, lui compris.

Il est directement amené devant un tribunal fédéral, jugé pour trafic d’armes, complicité d'assassinat et insoumission pour ne pas avoir fait son service militaire sans justificatif. Le juge fédéral le condamne à une peine de vingt ans de prison, une peine finalement inférieure à celle qu’il aurait pu avoir s’il avait été jugé un an plus tard, où un durcissement de la loi avait été voté par la majorité conservatrice au Sénat. En prison, seule sa femme et ses enfants viennent lui rendre visite, le reste de sa famille lui reprochant la mort de son frère aîné, tué le jour de son arrestation. Au cours de son incarcération, il se fait discret et commence à regretter ses actions passées et ses activités criminelles qui l'ont privé de sa liberté, se rappelant les avertissements de son père sur un avenir qu’il avait déjà prédit quelques années plus tôt. Il travaille au sein de la prison et cherche à faire table rase de son passé. En 2009, après quinze ans derrière les barreaux, un juge fédéral lui accorde sa demande de libération conditionnelle, pour sa bonne conduite. Alors qu’il sort de prison, sa femme lui impose un divorce et demande une pension pour ses enfants qu’elle garde. Il se retrouve à nouveau devant un juge, local cette fois-ci, mais son parcours de criminel joue grandement contre lui et sa femme obtient toutes les revendications qu’elle a présenté, avant d’apprendre qu’elle avait eu le soutien financier de celui qui allait devenir son nouveau mari, un notaire austarien vivant à Northcoal. Il se retrouve alors contraint de prendre plusieurs emplois précaires en même temps, vivant dans un appartement d’une taille ridicule, au centre du ghetto hamajak de Malveris, toujours en banlieue de Southcoal. Fin 2014, en marchant dans la rue, il se retrouve au milieu d’un groupe de quatre jeunes hamajak, qui se font contrôler par la police fédérale, un contrôle dans lequel il est embarqué, avant que celui-ci ne dégénère à cause de l’attitude des autres hamajaks, qui bouscule un policier et l’insulte. Résultat, il est embarqué pour outrage à agent en groupe et il est de nouveau condamné à six mois de prison devant la justice fédérale, avec une amende de 50 000 Talirs, qu’il n’est pas en capacité de payer et pour lequel il est obligé de s’endetter.

A sa seconde sortie de prison, en 2015, Atepa Matoskah a désormais quarante-deux ans, fatigué par toute la volonté qu’il met à essayer de s’en sortir légalement, il se tourne de nouveau vers la criminalité et complète ses fin de mois en transportant de la drogue d’un quartier à un autre, à Southcoal, mais cela reste loin de pouvoir rembourser sa dette ou de pouvoir assurer correctement les pensions qu’on lui impose de payer à son ex-femme, qui elle vit confortablement à Northcoal. Il a besoin de plus, beaucoup plus, une obsession de plus en plus croissante à vouloir se sortir de sa situation actuelle. Au sein du quartier, Atepa est bien connu des membres du gang pour lequel il travaille régulièrement, certains le prennent en pitié pour son histoire ou sa vie actuelle, d’autres n’hésite pas à abuser de sa soif d’argent pour lui demander n’importe quoi et l’utiliser pour réaliser leurs basses besognes. Celui qui était à leur place des décennies plus tôt, n’est plus que l’ombre de l’homme fière qu’il était, désormais seul et encore plus pauvre.

Aujourd’hui, Atepa vient de perdre son travail à une supérette du coin, où il faisait le ménage tous les soirs, soit une perte de revenu importante, à cause d’un nouveau manager ayant des problèmes pour gérer sa colère et qui l’a finalement déverser entièrement sur le quarantenaire hamajak, tout cela après trois ans sans aucune reproche. On est le 14 mai 2019 et il ne sait désormais pas comment il va pouvoir payer l’argent qu’il doit à la fin du mois, alors qu’il est de plus en plus difficile de trouver du travail à Southcoal, il n’a même pas les moyens de pouvoir quitter cette ville dans cette situation. Au début du mois, un de ses anciens camarades, qui avait été arrêté avec lui en 1994, l’avait appelé, lui apprenant qu’il avait réussi à avoir un poste à la mine de charbon détenu par le Northern Mining Alliance. En Dakantia, travailler pour NMA, c’est une opportunité incroyable, peu importe le poste dans lequel on est embauché. Comme disait son père, “racler les chiottes dans les bureaux de NMA restera infiniment plus rentable que tous les boulots que tu trouveras dans ce ghetto”. En effet, malgré certains travaux à risque, le salaire est confortable, bien plus que tout ses petits boulots qu’il fait depuis plusieurs années désormais. Son ami avait réussi à devenir proche de son chef chez NMA et il lui avait promis de glisser son nom lors de la prochaine période de recrutement ce mois-ci. Enfin, peut-être qu’une lumière d'espoir commençait à percer le quotidien si tragique d’Atepa. Au même moment, son téléphone se met à sonner, ce n’est pas son ami, mais son contact chez le gang pour lequel il travaille ponctuellement. On ne lui donne pas directement du travail cette fois, on lui demande de se rendre dans une impasse dans le ghetto, où on lui donnera directement ses prochains ordres. Il ne faut pas faire attendre ce genre de personne et il s’exécute immédiatement, arrivant sur le lieu du rendez-vous. Sur place, plusieurs voitures et quelques membres du gang entours un autre homme : le chef de ce dernier, caractérisé par ses fausses dents en or. Il s’approche d’Atepa avec un grand sourire et commence à lui parler :

“Atepa, Atepa… Quel plaisir de te voir aujourd’hui, notre meilleur partenaire et le plus fidèle qui soit. On ne se croise pas souvent, mais je sais que tu fais du très bon travail avec nous”, dit-il d’un ton enjoué.

Le quarantenaire, quant à lui, n’est pas très à l’aise avec cette approche. Pourquoi le chef d’un gang viendrait perdre de son temps à rencontrer une petite main comme lui ? Ce dernier ne lui laisse pas le temps de répondre et reprend directement :

“Tu sais, ton histoire est bien connue dans le ghetto, une histoire tellement tragique et pourtant si commune. Tout le monde a beaucoup de respect pour tous les efforts que tu fais pour te sortir de ta misère, je suis le premier à en avoir beaucoup pour toi.”

Il se rapproche de lui et lui passe son bras gauche autour du cou, dans un signe de confiance très artificiel, entraînant le quarantenaire dans sa marche, côte à côté, avant de parler beaucoup moins fort qu’avant :

“Je sais que tu as de gros problèmes d’argent en ce moment. Cela peut arriver à tout le monde, mais pour toi cela doit être encore plus difficile à vivre. Figure-toi que je suis un chef plein d’empathie et comme ton histoire m’a touchée, je suis prêt à te donner du boulot”, dit-il avec une grande gestuelle tout en lui parlant.

Atepa lui répond alors nerveusement :

“Du… boulot ? Du transport ?”

Le chef ricane un instant avant de lui répondre :

“Non... Non, pas ce genre de boulot à deux balles, là. Ça, c’est pour survivre que tu fais ça.”

Il s’arrête subitement, se positionne devant lui avant un très grand sourire doré et pose simultanément ses mains sur les épaules de l’hamajak :

“Atepa, moi, je te parle ici d’un boulot qui va rapporter gros, très gros. Pour toi et pour moi. Je sais que tu es quelqu’un qui a une certaine expérience avec notre monde, grâce à ta jeunesse, et moi, j’ai besoin de quelqu’un d’aussi expérimenté que toi pour ce travail.”

Atepa n’avait pas l’habitude d’être autant flatté de la sorte, mais il répond d’un ton un peu méfiant :

“Mais tout ça, c’était il y a plus de vingt ans ! Regarde ce que je suis devenu aujourd’hui, pourquoi moi ? Quel est ce travail ?”

Le chef hoche la tête de droite à gauche, d’un air un peu déçu.

“Mon pauvre Atepa, tu te sous-estimes grandement, je sais que tu pourras le faire sans problème. Écoute, je ne peux pas t’en parler en détail ici, ce n’est pas possible. Tout ce que je peux te dire, c’est que le boulot vient de l'extérieur et que nos clients sont prêts à te rencontrer personnellement.”

“L’extérieur”, dans le jargon local, cela signifiait “le monde en dehors du ghetto”, donc un travail qui implique des partis et des personnes qui vont bien au-delà d’un simple gang hamajak local. Sans prévenir, le chef lui donne un bout de papier, avec l’inscription suivante d’indiquée : “302 9TH SOUTHCOAL SC 43012-0010”.

“C’est dans l’usine désaffectée de la WIC, rend toi sur place dans deux jours à 18h. Ils t’attendront pour discuter avec toi. N’oublie pas que c’est moi qui t'envoie, donc fais attention à ce que tu diras et acceptes le boulot, tu ne le regretteras pas.”

Atepa n’avait décidément pas eu le loisir de pouvoir en caser une au cours de cet échange, alors que le chef de gang lui tape sur l’épaule avant de partir avec le reste de ses troupes. Il ne sait définitivement pas sur quoi va porter ce boulot, mais il est clair d’une chose : il n’a pas vraiment le choix que d’y aller et probablement pas plus de choix que de l’accepter. De toute façon, il a besoin d’argent, de beaucoup d’argent, s’il veut pouvoir finir la fin du mois sans voir la banque débarquer chez lui pour lui prendre le peu de chose qu’il lui reste et augmenter encore plus la dette qu’il possède. S’il veut survivre, il n’a pas d’autre choix que d’y aller.

Les deux jours qui ont précédé la date du rendez-vous ont été très longs pour l’hamajak, il n’a pas arrêté d’avoir des questions sur ce qui l’attendait : qui veut le rencontrer ? Un gang majeur de l’Ouest ? Il paraît qu’ils étendent leur influence dans le nord maintenant. Une mafia madrerianne ? Ce sont déjà des fournisseurs en armes et en drogues pour les gangs locaux. A moins que cela ne soit les Kyōkai qui débarquent à Southcoal ? Ils sont actifs à Northcoal, mais ils sont en froid avec les gangs du sud, est-ce que le chef tenterait de bosser avec eux pour prendre en influence dans le coin ? Les possibilités ne manquent pas, tout comme les raisons, sauf qu’il ne sait toujours pas quel est son rôle dans toutes ces histoires, ni même pourquoi il a été choisi pour faire ce travail dont il ne sait pour le moment rien. Pour cela, il n’a pas d’autre choix que de confronter ces fameux “clients”. Ainsi, il se rend en voiture jusqu’à l’usine désaffectée de la WIC, pour Wei Industrial Corporation, l’un des plus gros industrielles du pays, qui a fermé cette usine en 2011, en raison de l’insécurité locale qui a grandement impacté le fonctionnement de l’usine et provoquant inévitablement un nouvel appauvrissement des quartiers alentours, ces infrastructures ayant été abandonnées par les Wei depuis lors. D’habitude, le grand portail pour entrer sur le parking de cette grande bâtisse est fermé, mais il est surprenamment ouvert aujourd’hui, probablement une invitation à pénétrer à l’intérieur. En avançant prudemment, Atepa remarque une voiture noire et un homme entièrement masqué qui lui fait signe de venir vers lui, au milieu de ce grand espace goudronné entièrement vide, si ce n’est cette mystérieuse présence. L’hamajak sort de sa voiture, vieille et en piteux état, en comparaison avec celle face à lui, dont la valeur vaut sûrement largement plus que tout ce qu’il possède. L’homme en noir ne parle pas, mais présente un bout de papier avec indiqué : “Pas de geste brusque. Vous allez être bientôt reçu par la personne que vous êtes venu voir. Avant cela, vous allez être fouillés. Soyez coopératif et vous pourrez rejoindre votre rendez-vous”. La situation devenait encore plus étrange, qui pouvait bien être aussi important pour qu’il soit fouillé avant même de rencontrer ce qu’il suppose être le client ? Tout particulièrement cette fouille qui s’effectue avec des détecteurs, dont il n’est pas vraiment capable d’expliquer la fonction, et des palpations, probablement pour voir s’il a une arme. Après cinq longues minutes, l’homme masqué lui fait signe de le suivre jusque dans le bâtiment, où ils entrent par une sortie de secours, qui les mènent dans un couloir alternant entre obscurité et un léger éclairage naturel par la lumière de fin de journée qui traverse les fenêtres industrielles sur leur gauche.

Auguste

Au bout d’un moment, l’homme en noir fini par l’amener devant une porte où à l’ouverture révèle une lumière chaleureuse, qui laisse rapidement place au décor de la pièce dans laquelle il vient de rentrer : une sorte d’ancienne salle de stockage assez grande, avec au milieu de cette dernière deux sofas rouges de qualité qui se font face, séparés par une table basse sur laquelle se trouve un service à thé. Sur le sofa qui pointe vers l’entrée, se trouve un homme au visage découvert, habillé d’un trois pièces gris et qui semble d’ethnie austarienne, ou peut-être madrerianne ? En tout cas, une ethnie à la peau blanche. Autour de lui, quatre autres hommes entièrement en noir, identique à celui qui l'a amené jusqu’ici, mais armés de pistolets-mitrailleurs ou d’armes de poing. Ce n’est pas un simple gang qu’il a en face de lui, mais comme il en avait le doute jusqu’à présent, le gros bonnet d’une organisation bien plus importante. L’homme est en train de boire dans une tasse de thé avant de voir l’hamajak entrer dans la pièce. Il pose alors délicatement sa tasse sur la table basse face à lui, avant de se lever très souriant et d’accueillir son invité.

“Monsieur Atepa Matoskah, c’est un plaisir de pouvoir enfin vous rencontrer. Je vous en prie, ne soyez pas mal à l’aise avec moi, prenez place sur ce sofa. Je me suis dit qu’il était important que vous soyez confortable pendant nos échanges, alors j’ai fait venir du mobilier de qualité. Après tout, je serai particulièrement impoli de ne pas vous accueillir de la sorte alors que je vous ai fait déplacer jusqu’à moi. Oh ! Quel étourdi je suis, je ne me suis pas encore présenté, vous pouvez m’appeler… Auguste. Celui avec qui vous allez faire affaire aujourd’hui.”

“Enchanté, Monsieur… Auguste”, répond d’un ton toujours aussi nerveux l’hamajak, avant de prendre place dans le sofa face à celui de son interlocuteur.

“J’étais justement en train de consommer un thé des plus sublimes, qui vient directement du Nazum. Les lingois appelle cela de la “Brume Céleste”, une merveille historique produite depuis plus de mille ans, à plus de 1300 mètres d'altitude par des moines, uniquement pour la consommation de l’Empereur du Grand Ling et de ses proches. Je n’ai jamais mis les pieds dans cet Empire et c'est d'une complexité monstrueuse pour en obtenir. Mais vous voyez, j’ai quand même un très bon ami à moi qui a réussi à en avoir et qui m’a partagé un peu de cette sublime découverte. Lorsque l'on y pense réellement, je trouve cette dédication millénaire à la production de ce thé vraiment fascinante. Peut-être souhaitez-vous-y goûter, Monsieur Matoskah ?”

Atepa ne sait pas trop quoi répondre à cet individu qui se fait nommer “Auguste”. Est-ce qu’il était venu pour parler de thé ? Il ne pense pas ça, mais c’est peut-être juste le caractère un peu extravagant de la personne face à lui. Très honnêtement, l’hamajak n’avait jamais bu de thé de sa vie, enfin, pas de thé préparé de la sorte, il n’avait aucune idée de quelle valeur il pouvait avoir, ni même où pouvait bien être le Grand Ling sur une carte. Mais ce qui est sûr, c’est que ce thé semble valoir très cher, peut-être même plus cher que la voiture à l’extérieur. De toute évidence, cet “Auguste” semblait tout faire pour impressionner le pauvre habitant de ghetto qu’il est, et il y a clairement un, si ce ne sont pas plusieurs mondes qui les séparent socialement, un aspect que son interlocuteur semble bien accentuer depuis son arrivée. Ainsi, Atepa fait seulement un geste de la tête pour dire qu’il ne souhaite pas y goûter.

“Vraiment ? C’est bien dommage, mais vous êtes maître de ce que vous souhaitez faire.”

En l’état, Atepa n’est pas vraiment maître de la situation, très loin de là, il le sait parfaitement, alors que ses mains tremblent légèrement de peur de ne pas savoir dans quoi il a mis les pieds. De toute évidence, il ne serait pas judicieux de demander plus d’information sur son interlocuteur, s’il ne rentre pas dans les détails sur qui il est, ce n’est sûrement pas un hasard. Auguste reprend une gorgée de son thé et reprend à nouveau la conversation.

“Vraiment délicieux.

Oh ! Mes plus plates excuses, nous sommes bien évidemment là pour parler du travail que je souhaite vous confier, Monsieur Matoskah. Voyez-vous, ce que je vous demande n’est pas une chose aisée, mais j'aurai besoin que vous… Éliminiez quelqu’un pour moi. Un contrat d’assassinat en toute somme.”


“Vous… Assassinat… Quoi ?”, il répond dans la panique.

Atepa n’est vraiment pas à l’aise dans cette situation et voilà qu’on lui demande de tuer quelqu’un, à nouveau. Il se rappelle de la dernière fois à laquelle il avait participé à un assassinat et cela lui a détruit sa vie, il n’avait clairement pas envie de recommencer quelque chose du genre. Auguste sort d’une petite mallette un dossier qu’il dépose sur la table et fait signe à Atepa de le consulter, avant que celui-ci ne découvre très rapidement la cible de l’assassinat.

“Vous voulez que je butte █ █ █ █ █ ?! Vous êtes complètement fou ! Je n’ai même pas les moyens de le faire !”, s’exclame-t-il pour la première fois à voix haute, se levant de son siège, avant de se rasseoir, se rappelant de la situation dans laquelle il se trouve.

Son interlocuteur sourit puis ricane quelques instants.

“Monsieur Matoskah, je vous assure, si nous faisons appel à vous, c’est que vous êtes LA personne dont nous avons besoin pour cette mission.”

Il fait signe à un de ses gardes de s’approcher. Ce dernier range son arme de poing et s’approche avec une mallette épaisse, visiblement sécurisée, qu’Atepa n’avait pas remarqué en arrivant. L’homme en noir la pose sur la table basse et déverrouille cette dernière, pour y révéler des tas de billets bien rangés à l’intérieur.

“Il y a dans cette mallette un total de 200 000 Talirs, de quoi largement payer vos dettes et de vivre confortablement pendant plusieurs années. Considérez le contenu de cette dernière comme un avancement sur le paiement final. Si vous acceptez et que vous réussissez votre mission, je vous promet quatre autres mallettes aussi bien remplies que celle-ci.”

“200 000… Fois cinq, ça fait… Un million de Talirs ?!”, s’écrit-il après avoir eu quelques difficultés à faire le calcul.

Avec autant d’argent, non seulement il pourrait se débarrasser de toutes ses dettes, mais il pourrait aussi quitter ce foutu ghetto et partir vivre sur la côte Ouest, dans les beaux appartements de la Mégalopole ! Mais tout cela semble trop beau pour être vrai. Le visage d’Atepa passe en quelques minutes de la peur, à la joie et finalement au doute… Auguste se réinstalle dans son siège et affiche un grand sourire, pour répondre dans un ton plus rassurant.

“Oui, mon cher Monsieur. Vous serez l’heureux propriétaire d’un million de Talirs, de quoi vous faire rentrer dans la charmante catégorie des millionnaires, bien que je vous recommande de ne pas trop les fréquenter, ce sont souvent de grands snobs. Mais mon offre ne s’arrête pas là. Après avoir éliminé votre cible, vous ne pourrez bien évidemment pas rester sur le territoire national, nous n’avons aucun intérêt de vous perdre après le succès de votre mission. Nous nous sommes arrangés pour vous faire quitter le pays depuis la côte Ouest, d’où vous rejoindrez le Nazum pour vous y réfugier, à bord d’un navire marchand. Je suppose que fuir Westalia avec ce joli million ne vous dérangera pas, non ?”

Le quarantenaire prend quelques instants pour réfléchir. Gagner un million et repartir faire sa vie à l’étranger, n’est-ce pas le rêve ultime ? Quelque chose digne d’un rêve que les gens comme lui ne peuvent même pas se permettre d’espérer atteindre un jour. Très clairement, le travail proposé est extrêmement dangereux, trop pour un homme comme lui, mais la récompense est beaucoup trop tentante pour ignorer une telle opportunité. De toute façon, il en sait désormais beaucoup trop pour ressortir d’ici sans accepter au risque de se faire tuer par son “client”, il comprend mieux maintenant pourquoi le chef lui avait dit d’accepter. Il n’est pas un assassin professionnel, mais s’ils sont prêts à le payer pour faire ce sale boulot, il est prêt à le faire, mais il reste encore une très grande interrogation… Comment ?

“Écoutez, personnellement, je suis partant pour le faire votre boulot, votre assassinat, là. Mais moi, je ne suis pas un assassin de grand calibre, hein ? J’ai déjà tué et je sais me servir d’armes à feu, mais je n’ai actuellement aucune ressource ou plan pour accomplir cela. Vous voyez, je suis très limité en termes de moyen…”

“Ne vous inquiétez pas, nous avons déjà tout préparé pour vous. Tout ce que vous aurez à faire, c’est d’appuyer sur la gâchette pour tuer votre cible, rien de plus simple. Tous les détails sont dans le dossier, consultez le maintenant, parce que vous ne pourrez par l’emporter en sortant d’ici.”

Le dossier est écrit de façon très simple, presque adapté pour une personne comme lui, sans trop de détails, mais juste ce qu’il faut pour comprendre quoi faire. Il tourne une page et voit l’image d’un vieux fusil de sniper qu’il connaît bien, ne cachant pas sa surprise sur son visage.

FP-V1

“Je vois que vous avez remarqué ce bon vieux FP-V1, ces fusils de snipers viétiques sont vraiment pratiques et faciles à utiliser pour ce genre de travail, ce n’est pas étonnant que les communistes qui l'utilisaient durant la guerre étaient considérés comme de véritables terreurs sur le champ de bataille. Ne vous inquiétez pas, le fusil vous sera mis à disposition le moment venu.”

Les fusils FP-V1 ont été produits en grande quantité durant la guerre de 58-63 par les viétiques, qui en ont fait une arme fétiche sur le champ de bataille, ayant emporté la vie de milliers de soldats westaliens et lermandiens. Ils en ont abandonné des milliers dans la nature lors de leurs défaites successives et avec un bon réseau en Lermandie ou en Dakantia, là où ils ont combattu en Westalia, il est possible de s’en procurer sur le marché noir. Des armes intraçables et qui circulent facilement dans le monde criminel, tellement qu'Atepa avait même eu l'occasion de pouvoir en essayer une dans sa jeunesse. La suite du dossier précise également le lieu où aura lieu l’assassinat : devant l’hôtel Malborg, dans le centre de Southcoal, à quelques pas de la célèbre marche des mineurs, cette grande route piétonne qui borde le Golfe Argenté, dans la ville, un lieu très prisé des touristes et des habitants, qui viennent également profiter du parc adjacent. Pour être exact, il est indiqué qu’Atepa devra se positionner depuis la fenêtre de la chambre 7-41B de l'hôtel, où le fusil sera mis à sa disposition et depuis laquelle il devra tirer sur sa cible.

“Votre cible sera sur l’estrade qui sera montée sur la place au pied de l’hôtel. Pour récupérer les clés de la chambre, présentez-vous à la réception comme "Monsieur Robertson", nous vous donnerons les papiers nécessaires pour cela la veille. N’oubliez pas la procédure qui est indiquée, vous devez arriver à 12h, votre cible arrivera autour de 14h et il faudra que vous l’éliminiez exactement à 14h30, pas une minute de plus ou de moins. C’est une condition vitale pour la réussite de votre mission. Gardez bien en tête la route pour s’échapper dans l’hôtel, après avoir exécuté votre contrat, il faudra l’emprunter immédiatement et très rapidement pour que nous puissions vous faire quitter la scène. Un de mes hommes vous attendra, alors mémorisez bien.”

Le plan pour l’assassinat est très procédurier, avec les minutes exactes auxquelles il devra réaliser chacune de ses actions. Il allait devenir le rouage d’un grand mécanisme finement conçu par son interlocuteur et pour lequel il ne devait visiblement pas se présenter comme une mauvaise pièce. A la moindre erreur, il pouvait sentir qu’il allait rapidement passer de futur millionnaire à nourriture pour poisson dans les eaux voisines de la mer intérieure. Cependant, voir Auguste insister sur la nécessité et les procédures pour sa fuite à de quoi le rassurer intérieurement. De par la nature de ce qu’il va faire, c’est tout à fait normal que ses interlocuteurs ne souhaitent pas qu’il tombe entre les mains de la police, ce serait très dommageable pour eux et encore pour lui, parce qu’il est sûr qu’il finirait ses jours en prison cette fois-ci.

“Dans ces conditions… J’accepte d’être votre assassin. Je tuerai █ █ █ █ █ sans aucune hésitation et avec une réussite plus que certaine”, déclare l’hamajak d’un ton assez confiant.

“Fantastique ! Votre assurance ne peut que me rassurer dans votre choix, mon ami. Vous allez nous rendre un très grand service et nous allons faire de vous un homme riche, Monsieur Matoskah. Je vous souhaite bonne chance pour votre mission, dans un mois très exactement. Nous aurons l’occasion de nous revoir une dernière fois, j’espère que nous pourrons trinquer à notre réussite ce jour-là”, s’exclame Auguste en levant sa tasse de thé et d’en boire une nouvelle gorgée, dans un grand sourire.

Le garde ferme la mallette plein de billets et la remet à Atepa, avant de l’inviter à quitter les lieux, saluant une dernière fois son interlocuteur et ce client si généreux de proposer l’opportunité d’une vie. En sortant, l’hamajak ricane discrètement et déclare tout doucement, d’un grand sourire :

“Millionnaire… Ah ah ah…”

Pour lui, la chance va enfin tourner dans son sens. Il allait pouvoir vivre la vie de luxe que son ex-femme lui avait reproché de ne pas avoir pu lui apporter, il allait pouvoir “envoyer foutre” cette maudite banque et ces vampires de la finance, qui lui volent le moindre Talir qu’il gagne. Il va fuir le pays, donc plus de dette à rembourser, plus de problème avec la justice, juste une vie de richesse et de liberté totale. Quelques minutes après qu'Atepa ait quitté les lieux, Auguste termine le contenu de sa tasse thé et s’exprime :

“Ce thé est quand même quelque chose d’incroyable, c’est comme si nous avions un liquide contenant un poids historique de toute la culture d'un peuple. Quelque chose qui traverse les âges et les Empires, par la volonté de petites mains qui s’efforcent depuis plus d’un millénaire à perpétuer cette tradition. Une loyauté aussi fascinante que respectable. Voilà quelque chose que nous manquons cruellement dans notre pays, ce respect de la loyauté qui est tellement propre aux populations originaires du Nazum… Bah ! Le plus important est que cette opération soit une réussite, n’est-ce pas ? Après tout, comme disait un proverbe lingois… A moins qu’il soit jashurien ?

Peut-importe l'origine… Celui-ci disait “Il ne suffit que d’une étincelle… pour provoquer les plus grands incendies”, il ne restera plus qu’à nous pencher sur la fructueuse reconstruction qui suivra derrière.”


Un garde s’approche et parle très respectueusement à Auguste, avec un accent assez prononcé :

Ura Kanrei… Le Seigneur attend, nous devons retourner au domaine.”

Auguste regarde sa montre, puis se retourne vers le garde.

“Oui… Oui ! Où avais-je encore la tête ? Quittons ce lieu bien triste et reprenons le chemin du retour. Notre maître souhaite entendre mon rapport après tout.”
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