07/11/2019
16:21:06
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Cycle de Naturalisation Harmonique (Nationale)

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Cérulie

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Episodes :
épisode 1
épisode 2
épisode 3
épisode 4
épisode 5
épisode 6
épisode 7
épisode 8
épisode 9
épisode 10

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Épisode 1 : les pleines continentales nord
CÉRULIEZONE NORD

La scène s'ouvre sur la présentatrice annonce les règles et le début du programme dans lequel les candidats doivent bâtir un camp avant la tombée de la nuit.
Sur l’écran géant, une phrase apparaît :
“Un citoyen ne cherche pas d’abord un toit. Il cherche une place dans l’ordre.”
Ils ont 3 heures pour créer un abri commun, un foyer sécurisé , une réserve d’eau, une répartition des rôles, une décision collective écrite dans le Registre d’Harmonie.
Le Point A est officiellement fait pour observer comment les candidats organisent un camp, répartissent les tâches et protègent les ressources communes.

Semaine 1 — Les steppes continentales du Nord

Au nord du continent, là où la carte perdait ses couleurs et où les plaines n’avaient plus assez d’arbres pour cacher les hommes, s’étendait une steppe maigre, sèche, balayée par un vent qui semblait venir de partout à la fois. On y trouvait parfois les restes d’une clôture, un poteau renversé, une borne de frontière à demi engloutie dans la boue, ou le squelette noir d’un pylône que la guerre avait vidé de ses câbles. Rien n’y poussait franchement. L’herbe y survivait basse, grise, râpeuse, couchée dans le même sens comme si un troupeau invisible l’avait piétinée depuis des années.
C’est là que le Cycle avait choisi de commencer.
Les autorités appelèrent cette ligne de cent kilomètres le Couloir d’Harmonie. Sur les cartes officielles, elle était tracée en rouge, nette, presque belle. Sur le terrain, elle n’était rien qu’une direction. Une promesse de fatigue. Une façon de dire aux candidats que même le vide pouvait devenir une épreuve si l’État décidait de lui donner un nom.
On disait, dans les communiqués du soir, que la première semaine aurait pour thème :
Créer l’ordre dans le vide.

Ce que les candidats ne tarderont pas à comprendre, c’est que l’ordre n’était jamais vide. Il venait toujours avec une caméra, une voix douce, un registre à signer, une dette à contracter.
scène d'ouverture
premier jour — Point A


Le premier hélicoptère déposa Jared Korvess sur la terre grise et repartit immédiatement.
Vingt-deux ans. Ancien soldat ennemi, disaient les documents. Candidat numéro quatre, disait l'écran géant. Il regarda l'horizon dans les quatre directions avec ce calme particulier des gens qui ont appris à évaluer un environnement avant même d'avoir décidé s'ils voulaient y rester. Il fit le tour du site à pied, nota la direction du vent dominant, repéra deux creux de terrain utilisables à l'ouest, localisa la caisse de matériel, ne l'ouvrit pas. Il s'arrêta à vingt mètres d'elle et attendit.
Ce qu'il ne fait pas : chercher les caméras. Il les avait déjà toutes placées mentalement avant d'avoir terminé son premier tour de périmètre. Un an de détention enseigne beaucoup sur la façon dont l'État regarde.
Ce qu'il pensait : Il serait encore vivant. Le gouvernement lui avait dit cela. Le gouvernement mentait sur la quasi-totalité des choses, mais sur celle-là, il avait accepté de croire. Il n'avait pas le choix. C'était la seule monnaie qu'il lui restait.
Çeçilia Sanchez arriva en troisième position, mais personne ne l'entendit descendre.
Dix-neuf ans. Enfant soldat, disaient les documents publics, avec la précision d'une couverture rédigée par des gens qui n'avaient jamais eu à en porter une. Elle toucha le sol, s'accroupit, et consacra deux minutes complètes à observer Jared depuis la lisière de l'herbe haute. Posture, regard, position des mains, direction des épaules. Elle construisit une évaluation provisoire en moins de temps qu'il n'en fallait pour formuler une question, s'approcha de la caisse de matériel, et fit l'inventaire sans un mot, avec la précision de quelqu'un qui comptait non pas pour savoir ce qui était là, mais pour noter ce qui manquait. Ce qu'elle notait, dans la partie de son esprit qui ressemblait à un rapport, Korvess. Cohérent avec le profil. Ce qu'elle ne montrait pas, elle savait exactement ce que Jared Korvess cherchait en regardant l'horizon.
Esteban Valdes arriva en quatrième position et fut le seul à sourire en posant le pied sur la steppe.
Seize ans. Ancien enfant soldat ennemi, disaient les documents.
Il regarda Jared, vit Çeçilia qui ne regardait plus dans sa direction depuis exactement le moment où il avait commencé à l'observer, ce qui était une façon de regarder, lut la phrase sur l'écran géant, et dit à personne en particulier :
–"Un citoyen ne cherche pas d'abord un toit. Il cherche une place dans l'ordre."
Il la relut.
– Ils ont mis du travail là-dedans, dit-il.
Jared lui jeta un regard bref. Çeçilia continua son inventaire.
Kaelor Sarrin arrive cinquième.
Vingt et un ans. Sujet réveillé, disaient les documents, maintenant il était là, dans la steppe, avec pour mission principale de ne surtout pas paraître trop capable trop vite.
Il descendit de l'hélicoptère lentement et resta quelques secondes immobile, le visage tourné vers le ciel. Puis il s'avança vers le groupe, s'arrêta à la distance exacte qui permettait d'entendre sans être mêlé, et posa les yeux sur la caisse de matériel.
– Y'a une source d'eau proche? dit-il.
Sa voix était un peu rauque, un peu hésitante. À l'intérieur, il avait déjà évalué le terrain, le groupe, et les deux ou trois façons dont cette semaine pouvait mal tourner.
Elara Myre arriva sixième.
Seize ans. Cérulienne déchue, disaient les documents. Haute trahison. Elle venait regagner sa Pureté. Elle toucha le sol, regarda le groupe, et marcha vers lui avec cette assurance apprise de quelqu'un qui a décidé très tôt que montrer de la peur coûtait plus cher que de l'avoir.
Elle regarda chaque visage. Elle cherchait quelque chose qu'elle n'aurait pas su nommer précisément, une fissure, peut-être. Une preuve qu'elle n'était pas la seule à être là pour une raison que le programme ne connaissait pas.
Elle croisa le regard d'Esteban. Il lui sourit.
Elle détourna les yeux immédiatement.
Ricla Vaes arriva la dernière.
Seize ans. Ancienne enfant soldat ennemie, disaient les documents. Retrouvée dans les hautes montagnes.
Elle avait pleuré dans l'hélicoptère. Pas de peur. D'une chose plus difficile à nommer : la conscience aiguë que chaque minute qui passait la rapprochait d'une épreuve dont elle connaissait déjà le prix Elle sécha ses yeux avant d'atterrir, arrangea son expression en quelque chose de présentable et descendit sur la terre grise.
Elle vit Jared. Ils se regardèrent. La caméra fixée à onze mètres à leur gauche zooma à un timing presque trop parfait. Aucun des deux ne dit rien. Aucun des deux ne sourit. Ce n'était pas de la froideur. C'était de la précaution : ils savaient tous les deux, sans se l'être dit, qu'ils ne pouvaient pas se permettre de montrer ce que ce regard signifiait.
Çeçilia, qui les observait depuis le coin de la caisse, nota mentalement.
Ricla finit par tourner les yeux vers le reste du groupe et dit, d'une voix qui ne tremblait presque pas :
– Je suis désolée d'être en retard. (elle a prit du temps pour essuyer ses larmes dans l'hélicoptère )
– Tu n'es pas en retard, dit Elara. Ils choisissent quand on arrive.
Un silence.
– Oui, dit Ricla. Je sais.
pov ecran

La présentatrice avait annoncé les trois heures depuis l'écran géant, la phrase sur l'ordre et le toit était restée affichée pendant cinq minutes, et maintenant ils étaient six autour d'une caisse avec trop peu de matériel pour tout le monde, et personne n'avait encore parlé de chef.
C'est Elara qui proposa la répartition. Elle le fit avec une économie de mots qui trahissait quelqu'un d'habitué à formuler clairement des choses dans des situations où le flou coûte cher. Jared et Kaelor pour l'eau, Ricla et elle-même pour les bâches, Çeçilia pour l'inventaire et la réserve, Esteban pour le feu.
— Et le Registre d'Harmonie, dit Esteban en désignant le carnet officiel sans le toucher encore.
— On écrit ce qu'on a décidé, dit Ricla.
— On a décidé ou elle a décidé ? dit Esteban, et il désigna Elara avec une courtoisie légèrement trop élaborée pour être innocente.
— Est-ce que ça change quelque chose pour l'instant ? dit Elara.
Esteban réfléchit exactement une seconde.
— Non, dit-il. Il prit le Registre.
présentatrice

Jared et Kaelor partent chercher l'eau.
Ils marchèrent en silence pendant plusieurs minutes.
Au bord du ruisseau, Jared commença à remplir les gourdes. Kaelor s'accroupit à côté de lui, vérifia la qualité de l'eau.
–T'as quel âge ? dit Kaelor.
–Vingt-deux ans.
Kaelor hocha la tête.
– La fille qui est arrivée en dernier, dit-il après un moment. Tu la connais ?
Jared continua de remplir les gourdes.
– On nous a récupérés au même endroit, dit-il. C'est dans les dossiers.
– Je sais ce qui est dans les dossiers comme tout le monde , dit Kaelor.
Jared leva les yeux. Kaelor le regardait avec cette expression particulière des gens qui n'ont pas besoin de finir leurs phrases parce que l'autre a déjà compris où elles allaient.
– Méfie-toi de ce que tu montres là-bas, dit Kaelor.
Jared ne répondit pas.
scene1

De l'autre côté du camp, Elara et Ricla montèrent les bâches.
Ricla était adroite. Elle nouait les cordes avec la mémoire des mains,
ce qui voulait dire qu'elle avait appris cela dans des conditions où on n'avait pas le temps de penser. Elara le remarqua sans le commenter.
Elles travaillèrent un moment en silence.
– Tu t'appelles vraiment Ricla ? dit finalement Elara.
Ricla ne s'arrêta pas de travailler.
– oui.
Elara considéra cette réponse. Elle connaissait cette façon de parler. Elle s'en servait elle-même.
– Le nœud que tu fais là va lâcher avec le vent de nuit. Il faut le faire en huit.
Elara regarda son nœud. Le refit.
Ce fut, pour cette première journée, la chose la plus proche d'une confidence qu'elles s'échangèrent.
scene2

Çeçilia fit l'inventaire. Esteban alluma le feu en moins de dix minutes.
Elle compta tout. Deux fois, pour la forme, une troisième mentalement avec la grille d'analyse réelle. La ration scellée : marquée une portion, ouverte à six. Le miroir métallique : pas d'usage officiel, trois usages pratiques, un usage de signalement. La hache émoussée : émoussée de façon trop uniforme. La carte incomplète : incomplète aux endroits précis qui forcerait une décision de groupe au moment de la traversée. Ce qu'elle cherchait en faisant l'inventaire, ce n'était pas les objets. C'était les réactions des autres autour d'elle pendant qu'elle les comptait. Esteban l'observait depuis le feu qu'il venait d'allumer. Elle le sentait sans le voir. Il avait des yeux qui travaillaient comme les siens, différemment, moins de protocole, plus d'instinct, mais dans la même direction. Puis il s'assit, ouvrit le Registre d'Harmonie, et resta un long moment le stylo levé sans écrire. il réfléchit, haussa la tête, jetant des regards à droite à gauche. Il finit par écrire dans le Registre, Noms, fonctions, heure, conditions météo. Tout ce qu'on attendait de lui. Puis, dans la marge basse de la page, en caractères réguliers et petits :
Cette liste de rôles fut acceptée sans vote. Elle fonctionne correctement. Elle ne dit rien de vrai sur les personnes qui la respectent.
Il referma le carnet. Le posa au centre du camp, bien en vue.
scene3

La nuit
La ration fut partagée en six parts égales. Personne ne proposa autre chose, et l'absence de discussion sur ce point fut peut-être la seule vraie décision collective de la journée.
Le feu tint jusqu'à minuit. Trois couvertures pour six personnes : Elara céda la sienne à Ricla, qui l'accepta avec moins de résistance qu'elle ne l'aurait fait si la fatigue n'avait pas déjà commencé à travailler contre ses défenses. Kaelor resta assis, dos au feu, face à l'obscurité, dans la posture de quelqu'un qui n'a pas encore décidé si ce dehors lui appartenait. Jared prit le premier tour de garde sans qu'on le lui demande.
Çeçilia sembla s'endormir.
Esteban regarda les étoiles et compta mentalement. Il arriva à un chiffre trop élevé pour être confortable et décida que c'était une bonne raison de dormir, parce que demain le chiffre serait le même et il vaudrait mieux être reposé pour faire semblant de ne pas le savoir.
Elara ne dormit pas. Elle regardait les six silhouettes autour du feu en train de mourir. Ricla s'endormit. Elle rêva des montagnes, ce qui était pire que de ne pas dormir, mais elle n'avait pas le choix là-dessus.
scene4

02h17 — Steppe continentale du Nord
L'écran s'alluma à deux heures dix-sept du matin.
Pas progressivement. D'un coup, avec le son, à un volume soigneusement calculé pour traverser le sommeil sans laisser le temps de se préparer à l'être réveillé. La voix de la présentatrice résonna dans le camp, nette et parfaitement indifférente à l'heure :

Candidats. L’épreuve de camp a été programmée. Présentez-vous à la structure de jeu dans cinq minutes. La participation est obligatoire.

Le feu s'était éteint depuis longtemps. La steppe était noire au-delà du périmètre des caméras.
Jared se leva le premier. Il dormait déjà mal.
Kaelor, qui n'avait pas dormi du tout, se leva sans commentaire, les yeux déjà ouverts.
Elara mit quelques secondes, s'assit, regarda l'écran, se leva.
Çeçilia avait les yeux ouverts avant que la voix ait terminé sa phrase. Elle attendit néanmoins un moment avant de bouger, comme si elle venait de se réveiller.
Ricla dormait profondément, ou presque. Elle mit le plus de temps. Esteban passa devant elle en allant vers la structure de jeu et dit, sans s'arrêter :
– Je saurais à qui faire confiance la nuit tombée la prochaine fois .
Elle se leva.
La structure de jeu était une tente à armature rigide, montée à vingt mètres du camp principal, éclairée de l'intérieur par une lumière jaune chaude qui, à cette heure, dans cet endroit, ressemblait à quelque chose de presque irréel. Une table ronde. Six chaises. Au centre, une boîte en bois sombre, fermée, avec un sachet de feutrine posé à côté.
Un panneau fixé à l'armature indiquait le nom du jeu.
Esteban le lut, s'assit, croisa les bras, et dit à voix basse :
Mafia de Cuba ? Un jeu pour une émission sur la réhabilitation civique.
Personne ne répondit, mais Çeçilia, qui prenait la chaise à sa gauche, tourna légèrement la tête vers lui, amusée.

L'écran intégré à la tente afficha les règles du jeu pendant deux minutes. La plupart les lurent. Esteban avait cessé de lire au bout de trente secondes et regardait les autres lire.
La désignation du Parrain fut tirée au sort par le programme.
Le nom afficha :
KAELOR SARRIN.Un silence.

Kaelor regarda l'écran, puis la boîte, puis les cinq visages autour de la table. Il prit la boîte sans cérémonie, l'ouvrit, compta le contenu en silence, les yeux seuls bougeant, puis referma le couvercle et glissa une main dans sa poche.
Personne ne vit combien il retirait.
Il posa ensuite la boîte devant Ricla, à sa gauche, avec le sachet de feutrine.
– Commençons,

scene5
433
x

musique de fondAUCUNE
Épisode 2 : Ce n'est qu'un jeu

iXi

L'épisode commence tout de suite là ou le précèdent c'est terminé.
Vol :
Kaelor ouvre la boîte sous la table. On entend un léger bruit de diamants. Il garde quelque chose pour lui, puis referme.
Personne ne sait combien.
Il pousse la boîte vers Ricla.

Ricla prend aussi le petit sachet en feutrine. Elle ouvre la boîte, compte en silence, puis son visage reste fermé.
Elle glisse une main vers le sachet.
Vous savez qu’elle a le droit d’écarter un jeton personnage. Vous ne savez pas lequel.
Puis elle prend quelque chose dans la boîte. Un geste court. Net.
Elle passe à Esteban.

Esteban ouvre. Il baisse un peu la tête.
« Jolie coup, Kaelor. Un peu vieille école, mais charmant. »
Kaelor ne répond pas.
Esteban fouille. Referme. Passe à Elara.

Elara soulève le couvercle. Elle laisse un silence.
Elle ne le regarde même pas. Elle se sert, puis transmet à Jared.
Jared ouvre à son tour. Il compte. Il fronce à peine les sourcils, puis prend quelque chose.
Il donne la boîte à Cecilia.

Cecilia l’ouvre. Elle observe longtemps. Trop longtemps, selon Esteban.
« Tu fais un plan de la boîte ? »
« Je vérifie ce que les autres prétendront avoir vu. »
Elle referme. Elle fait semblant de prendre quelque chose. Ou elle prend vraiment quelque chose. À ce stade, vous n’en savez rien.
La boîte revient à Kaelor.

Il l’ouvre.
Un long silence tombe.
Il regarde le contenu. Puis les cinq joueurs.
« Bien. On va parler. »

L’enquête commence
Kaelor ne commence pas par Esteban, alors que tout le monde s’y attend.
Il se tourne vers Jared.
« Quand tu as reçu la boîte, combien de diamants restaient-ils ? »
Jared répond vite.
« Six. Et un jeton. »
Ricla lève les yeux.
Cecilia ne dit rien.
Kaelor note sur un petit carnet.
« Quel jeton ? »
« Je n’ai pas à le dire. »
« Tu peux mentir. Tu peux aussi refuser. Les deux m’intéressent. »
Jared garde la même voix.
« Alors je refuse. »
Kaelor passe à Cecilia.
« Quand tu as reçu la boîte ? »
« Trois diamants. Un jeton. »
Elara se redresse.
« Faux. »
Kaelor tourne la tête vers elle.
« Continue. »
Elara pose ses mains sur la table.
« Quand Jared a reçu la boîte, il y avait plus que ce qu’il dit. S’il annonce six, il protège quelqu’un avant lui. Ou il protège son propre récit. »
Jared répond sans hausser le ton.
« Tu étais avant moi. Tu as donc intérêt à dire ça. »
Esteban claque la langue.
« Ah, enfin. Là, on commence à fabriquer de la tension utile. »
Ricla se penche vers Kaelor.
« Il faut reconstruire la chaîne. Pas les intentions. Les chiffres. Les jetons. Les contradictions. »
Kaelor hoche la tête.
« Ricla. Combien au départ ? »
Elle répond.
« Je ne le dirai pas maintenant. »
Esteban éclate presque de rire.
« Excellent. La personne qui a proposé ça refuse de donner la donnée centrale. »
Ricla le fixe.
« Une donnée donnée trop tôt devient un outil pour les menteurs. »
Cecilia approuve du bout des lèvres.
« Elle a raison. »
Kaelor change de cible.
« Esteban. Quand tu as reçu la boîte ? »
Esteban s’installe mieux sur sa chaise.
« Beaucoup de diamants. Plusieurs jetons. Une ambiance de trust défaillant. »
« Un nombre. »
« Onze. »
Ricla ne bouge pas.
Elara sourit.
Jared regarde la boîte.
Cecilia note ce chiffre dans sa tête, ou fait semblant.
Kaelor demande :
« Et quand tu l’as passée ? »
Esteban ouvre les mains.
« Moins. »
Kaelor laisse passer deux secondes.
« Esteban. »
« D’accord. Onze en entrant. Je passe avec onze diamants. Un jeton de moins. »
La table se fige.
Elara parle aussitôt.
« Tu dis avoir pris un jeton. »
« Je dis que j’ai laissé les diamants où ils étaient. Tu entends ce qui t’arrange. »
Ricla souffle :
« Si Esteban dit vrai, celui qui a pris beaucoup se trouve après lui. »
Jared répond :
« Ou Esteban construit un couloir pour nous y enfermer. »
Kaelor tapote une fois le carnet.
« Cecilia. Tu as dit trois diamants et un jeton. Qu’as-tu pris ? »
Cecilia garde son calme.
« Je ne réponds pas encore. Mais je peux dire ceci : si Jared avait six diamants avant moi, il ne m’a pas laissé trois par accident. »
Jared tourne la tête vers elle.
« Tu m’accuses ? »
« Je dis que ton chiffre crée un trou. »
Esteban lève un doigt.
« Ou alors quelqu’un avant Jared a menti. Ce qui est statistiquement probable autour de cette table. »
Kaelor regarde Elara.
« Quand tu as reçu la boîte ? »
Elara répond avec assurance.
« Dix diamants. Deux jetons. »
Ricla dit aussitôt :
« Impossible. »
Elara tourne lentement la tête.
« Pardon ? »
« Esteban affirme avoir reçu onze et laissé onze diamants avec un jeton de moins. Tu ne peux pas recevoir dix diamants et deux jetons. Pas avec cette version. »
Esteban sourit.
« Merci, professeure. »
Ricla ignore la pique.
« Donc Esteban ment, ou Elara ment, ou les deux. »
Kaelor demande :
« Elara, qu’as-tu pris ? »
« Rien que je doive révéler à la table. »
« Tu devais prendre quelque chose. »
« J’ai pris quelque chose. »
Cecilia intervient.
« Elle évite les chiffres après passage. C’est plus important que sa réponse. »
Elara réplique :
« Et toi, tu arrives à la fin avec une boîte presque vide et tu te poses en architecte de la vérité. Très commode. »
Kaelor lève la main.
Le silence revient.
« Tu es arrivée en dernier. Tu pouvais ne rien prendre si la boîte n’était pas vide. Tu pouvais devenir Enfant des rues. Tu pouvais aussi prendre le dernier jeton. »
Cecilia répond :
« Exact. »

« Vide tes poches ! »

La table retient son souffle.
Cecilia sort lentement sa main.
Un jeton.
Pas de diamant.
Kaelor a accusé à tort.
Il prend un Joker et le pousse vers elle.
Cecilia ne sourit pas.
« Tu viens de perdre une marge d’erreur. »
Esteban murmure :
« Ambiance familiale. »
Kaelor ne se justifie pas. Il inscrit quelque chose sur son carnet.
Il lui reste un Joker.
Le piège se resserre
Kaelor se tourne vers Ricla.
« Tu as écarté un jeton dans le sachet. »
Ricla répond :
« Oui. »
« Lequel ? »
« Je ne te le dirai pas. Pas tant que les menteurs peuvent s’en servir. »
Esteban applaudit deux fois, doucement.
« Magnifique. C’est légal, agaçant, et probablement utile. »
Kaelor l’ignore.
« Ricla, quand tu as passé la boîte à Esteban, combien de diamants ? »
Elle répond enfin.
« Onze. »
Esteban se redresse.
« Ah ! Merci. Voilà. Mon chiffre tient. »
Ricla ajoute :
« Mais je ne confirme pas ton histoire. Je confirme seulement ce que j’ai laissé. »
Kaelor fixe Esteban.
« Tu as reçu onze. Ricla confirme onze après son passage. Tu dis avoir laissé onze. Elara dit avoir reçu dix. »
Esteban hausse les épaules.
« Donc Elara ment. »
Elara se penche vers lui.
« Ou tu as pris plus que tu ne dis, puis tu as choisi un nombre assez proche pour survivre. »
Jared parle enfin.
« Elara dit dix. Moi je dis six. Cecilia dit trois. Si tout le monde dit vrai après Esteban, quelqu’un entre Elara et Cecilia a pris gros. »
Kaelor demande à Jared :
« Qu’as-tu pris ? »
Jared soutient son regard.
« Ce que j’ai pris n’est pas le centre. »
« Mauvaise réponse. »
« C’est la seule que j’ai. »
Elara intervient :
« Il se sacrifie trop bien pour être innocent. »
Jared tourne vers elle.
« Et toi, tu commandes trop bien pour être claire. »
Kaelor observe le trajet imaginaire de la boîte, de main en main.

Puis il dit :
« Jared. Vide tes poches ! »

Jared ferme les yeux une seconde.
Il sort des diamants.
Trois.
Kaelor les récupère et les pose devant lui.
Jared est éliminé. Il ne parle plus.
La table change aussitôt.
Elara garde son port droit, mais elle n’a plus le même appui dans la discussion.
Cecilia regarde les trois diamants, puis la boîte.
Ricla compte à voix basse :
« Il en manque encore. »
Esteban dit :
« Selon qui ? »
Kaelor répond :
« Selon moi. »
Il ne dit pas combien il avait retiré au départ. Bien sûr.
Esteban sourit moins.
Kaelor se tourne vers Elara.
« Tu as placé Esteban au centre du mensonge. Tu as donné un chiffre qui contredit le sien. Pourquoi ? »
Elara répond :
« Parce qu’il ment avec aisance. »
« Ce n’est pas une preuve. »
« Non. C’est une alerte. »
Esteban se penche en avant.
« Kaelor, je vais te faire gagner du temps. Accuse Elara. Elle a menti. Elle a essayé de déplacer l’enquête sur moi. Jared a confirmé qu’après elle, il restait six. Elle avait donc une fenêtre. »
Elara frappe la table du plat de la main. Pas fort. Juste assez.
« Tu veux qu’il dépense son dernier Joker sur moi. »
Esteban répond :
« Je veux qu’il arrête de regarder le type qui a donné un chiffre confirmé. »
Ricla corrige :
« Un seul chiffre confirmé. Pas ton action. »
Cecilia regarde Kaelor.
« Il reste une erreur possible. Après, si tu accuses mal, tu tombes. »
Kaelor ferme son carnet.
« Je n’ai pas besoin d’une autre erreur. »
Esteban ouvre les bras.
« Enfin. »

Kaelor dit :
« Esteban. Vide tes poches ! »

Et là, tout casse.
Avant qu’Esteban ne révèle quoi que ce soit, Ricla se lève d’un coup.

Elle crie :
« PAN ! »

Silence total.
Même Esteban ne plaisante pas.
Kaelor regarde Ricla.
Cecilia comprend la règle avant les autres.
Ricla était le Nettoyeur.
Elle vient d’utiliser sa capacité.
Esteban doit révéler sa prise.
Il sort un jeton.
L’Agent.
La table explose.
Pas avec des cris interminables. Avec ce bruit sec des chaises, des mains sur la table, des phrases qui se coupent.
Il voulait que Kaelor dise la phrase exacte.
Et Kaelor l’a dite.
Mais Ricla a tiré avant la révélation.
Comme Esteban était Agent, Ricla gagne seule.
Kaelor reste assis. Il regarde Ricla.
« Tu as mis quel jeton dans le sachet ? »
Ricla sort le sachet.
Le Fidèle.
Cecilia baisse les yeux vers son propre jeton. Tout le monde comprend que son rôle n’était pas celui qu’on croyait au départ.
Elara révèle ensuite qu’elle n’avait pas volé de diamants. Elle jouait une autre route vers la victoire, liée à son voisin de droite.
Jared, déjà éliminé, garde le silence, comme la règle l’impose.
Les diamants manquants ne reviennent pas tous.

écran noir de demi épisode sans aucun son ni voix ni couleur ni mouvement

Chers cérulien et cérulienne, ce que vous venez de voir montre que
l’Harmonie ne naît pas de l’innocence des individus, mais de leur obligation à rendre leurs actes lisibles.
Un peuple harmonique n’est pas un peuple sans mensonge. C’est un peuple où le mensonge ne peut jamais rester longtemps sans structure pour le révéler.
Nous sommes ici pour la révéler.
Le seul mensonge qui reste est celui qu'on emmène à la tombe
l'épisode reprend


Les premiers rayons du soleil commence à se montrer
L'écran affiche les résultats.
Vainqueurs : Esteban Valdes - Çeçilia Sanchez.
Éliminés : Kaelor Sarrin - Ricla Vaes - Jared Korvess - Elara Myre.
Kaelor pousse sa chaise, se lève, sort de la tente sans un mot.
Esteban regarde les deux jetons sur la table. Le sien. Celui de Çeçilia.
Il ramasse le sien, le fait tourner entre ses doigts.
- On rejoue ? dit-il.
Personne ne répond.
Dehors, la steppe est noire et froide. Il reste une heures avant l'aurore.

L'écran s'allume à 7h du matin.
Les règles défilent.
Quatre jours. Trente kilomètres par jour.
Départ autorisé à 8h, arrêt obligatoire à 20h.
Le premier à chaque camp choisit sa tente.
Le premier qui fini les 120km et qui arrive donc au bord de mer a un bonus et le dernier a un malus.
Celui qui n'arrive pas avant 20h dort sur place.
Et les brochés bleues. Ricla la porte déjà au bras gauche depuis la nuit.
La présentatrice confirme :
à chaque arrivée de camp, celui ou celle qui arrive avec une broche bleue reçoit un bonus supplémentaire. Quelle que soit sa position. Six chevaux attendent à cinquante mètres du camp. Un par candidat, assigné selon ce qu'ils ont choisie comme rôle ou comme vol dans l'épreuve précédente.
Ils ont et deux heures et quinze minutes pour seller et discuter stratégie.

À 7h58, tout le monde est à cheval.
scène2

Écran noir avec afficher dessus :
deux heures quinze avant le départ

Ricla approche Jared à distance du groupe. Elle ne fait pas de grand geste. Elle marche à côté de lui comme si elle avait simplement choisi la même direction.
Elle parle bas. Elle lui explique son plan.
Kaelor inspecte son cheval, la selle, les sangles, les points de frottement, les gourdes, les attaches. Il vérifie tout deux fois.
Cecilia décide d’attaquer fort. Elle selle vite, efficacement, presque trop bien. La caméra montre un focus sur ses mains.
Esteban décide donc de ne pas se jeter dans une stratégie trop visible au départ. Il observe les plans des autres en faisant semblant.

Écran noir avec afficher dessus :
Présent

six chevaux alignés dans la steppe, le camp derrière eux, l’écran encore allumé, la broche bleue de Ricla visible sur son bras gauche.

Le vent soulève la poussière.

La présentatrice annonce :
«Candidats, le trajet du Jour 1 commence dans deux minutes. La distance ne juge pas vos intentions. Elle juge seulement ce que vos intentions font à vos corps.»

Esteban murmure :«Charmant.»

À 8h00, le signal retentit.
son fond
Cecilia part vite. Pas au galop complet, mais dans un trot soutenu, presque agressif. Elle veut prendre la tête très tôt. Elara part aussi vite,elle veut rester assez proche de Ricla.
Ricla et Jared partent lentement, leur rythme paraît presque trop prudent. Le montage insiste là-dessus pendant que Cecilia s’éloigne, Ricla reste au pas. Esteban reste dans le groupe médian. Il regarde partir Cecilia, puis Ricla, puis Elara. Kaelor ferme presque la marche au début, mais volontairement. Il observe les chevaux, la respiration, la selle de chacun, les premières erreurs.

Vers la fin de la première heure, Elara ralentit pour se mettre à portée de Ricla et Jared.

Elle ne l’attaque pas frontalement. Elle parle avec une politesse presque douce.

«Tu sais que si tu arrives simplement avec la broche, même quatrième, tu gagnes encore quelque chose.»

Ricla répond :
«Je sais lire les règles.»

Elara continue :
«Alors tu comprends que tout le monde devra finir par te traiter comme un problème.»

Jared intervient :
«Ce n’est pas le moment.»

Elara regarde Jared.
«Tu parles pour elle maintenant ?»

Ricla ne s’énerve pas. C’est important. Elle sait ce qu’Elara veut. Elle garde son rythme. Mais Elara ne cherche pas seulement une réaction verbale. Elle accélère légèrement, dépasse Ricla, puis ralentit devant elle, l’obligeant à ajuster son cheval. Jared voit la manœuvre.
Il dit à Ricla :
«Ne suis pas.»

Ricla répond :
«Je ne suis pas.»

Mais la caméra montre que son cheval a relevé la tête. Il sent la tension.


Pendant ce temps, Cecilia creuse un écart. Elle ne se retourne presque jamais. Sa posture est basse, concentrée, stable.
À mi-matinée, elle est clairement première.
Le montage montre une carte stylisée : Cecilia devant, Esteban et Kaelor au centre, Elara/Ricla/Jared dans une zone de tension.

Cecilia sait qu’elle prend un risque : un cheval poussé trop tôt peut payer plus tard. Mais elle estime que le choix de tente vaut le coût.
Esteban voit Cecilia partir. Il pourrait la suivre, mais il sait que s’il force trop son cheval au Jour 1, il perdra la suite. Il choisit donc un rythme intermédiaire.
Il lance parfois des phrases à Kaelor, qui remonte progressivement.
«Tu vas faire semblant d’être lent pendant combien de kilomètres ?»
Kaelor ne répond pas.

Vers midi, les stratégies deviennent visibles.

Cecilia s’arrête brièvement, mais pas sur la piste principale. Elle choisit un léger creux à l’abri du vent. Elle fait boire son cheval, vérifie les sangles, mange peu.
Esteban arrive non loin après. Il aurait pu continuer, mais il s’arrête assez près pour créer un contact.
Esteban dit :
«Tu veux que je sois impressionné ?»

Cecilia répond :
«Non. Je veux que tu comprennes que je peux être utile.»

Plus loin, Kaelor s’écarte aussi de la piste, conformément à son plan. Il ne mange presque pas. Il vérifie surtout son cheval.
Ricla et Jared respectent leur alternance. Ils descendent de cheval pour marcher un peu à côté des montures. Ricla touche régulièrement l’encolure de son cheval, presque comme si elle s’excusait de lui demander quelque chose.
Elara les observe de loin.
Elle comprend que Ricla ne craquera pas vite. Il faudra user son environnement, pas elle directement.
Cecilia conserve la tête, mais son avance n’augmente plus. Son cheval commence à montrer des signes de fatigue contrôlée : respiration plus lourde, encolure humide, rythme moins souple.
Kaelor atteint son objectif : il passe les 25 km avant 16h00, comme prévu. Il n’est pas premier, mais il est dans une position très propre. Son cheval est encore stable. Il a économisé de l’énergie.
Esteban remonte doucement vers Cecilia. Elara continue sa stratégie contre Ricla. Elle tente plusieurs fois de créer un rythme instable : accélérer, ralentir, revenir, commenter.
Vers la fin de l’après-midi, le cheval d'Elara manque un appui dans une zone de trous de rongeurs. Pas de blessure grave, mais un mouvement brusque. Son cheval trébuche légèrement après une accélération mal placée. Elle se reprend bien, mais le groupe voit la scène. Elara ne répond pas. Elle est humiliée, mais elle garde son port droit. Ce moment calme sa stratégie pendant une heure.Ricla ne commente pas.

L'arrivée au camp intermédiaire 1
Le camp intermédiaire apparaît vers la fin de la journée : quelques tentes basses, un poteau de signalisation, un écran, une réserve d’eau, des barrières pour les chevaux. Le ciel est orangé, mais froid. Début de soirée.

Cecilia arrive première, probablement vers 18h18. Elle gagne le choix de tente. Elle est fatiguée, mais elle masque bien. Le cheval, lui, trahit davantage l’effort. Il souffle fort. Cecilia le remarque avant les caméras, desserre légèrement les sangles et murmure quelque chose que les micros ne captent pas. Elle a gagné le jour, mais elle a dépensé plus que les autres.
Elle choisit la meilleure tente : celle qui est le plus à l’abri du vent, proche de l’eau, lit confortable, pas trop proche de l’écran, vu sur les autres tentes.

L’écran annonce :

ÇEÇILIA SANCHEZ - PREMIÈRE ARRIVÉE
CHOIX PRIORITAIRE DE TENTE ACCORDÉ

Elle y dépose ses affaires, puis ne s’y installe pas immédiatement. À la place, elle reste debout devant l’entrée, les bras croisés, le visage légèrement tourné vers la piste. Elle attend. Lorsque Esteban apparaît enfin, deuxième, quelques minutes plus tard, elle ne sourit pas tout de suite. Elle le laisse approcher, le laisse comprendre qu’elle l’a vu arriver, puis seulement là, elle incline légèrement la tête. Esteban descend de cheval avec moins de rigidité qu’elle, mais pas avec autant de légèreté qu’il voudrait le faire croire. Il a encore son sourire, mais ses épaules sont plus basses. La journée l’a touché. Cecilia le remarque. Elle regarde son cheval, puis lui.

«Tu as gardé assez de force pour faire semblant que ce n’était pas difficile.»

Esteban souffle un rire bref.
«Et toi, tu as gagné assez proprement pour faire semblant que tu n’avais rien à prouver.»

Cecilia laisse passer une seconde. Son regard reste calme, presque doux.
«Peut-être que je voulais seulement être la première à choisir.»

Esteban jette un œil à la tente derrière elle.
«Et tu as bien choisi à ce que je vois»

Elle ne répond pas tout de suite. Elle ajuste lentement le gant de sa main droite, comme si la question n’avait aucune importance.
«Pas seulement.»

Esteban comprend. Son sourire change un peu. Moins moqueur. Plus attentif.
Cecilia s’approche d’un pas. Pas trop près. Juste assez pour qu’il baisse un peu la voix s’il veut répondre.
«Je préfère ça.”

«Tu préfères que je me méfie ?»

«Je préfère que tu comprennes que je ne donne rien par accident.»

Il la regarde, puis regarde la tente, puis revient à elle.
«C’est presque une invitation.»

Cecilia soutient son regard.

«Presque.»

Esteban sourit enfin franchement.
«Tu travailles toujours comme ça ?»

«Non.»

Elle marque une pause.
«D’habitude, je n’ai pas besoin de tente.»

Esteban rit doucement. Cecilia le laisse rire, puis se tourne vers l’entrée de la tente.
«Ton cheval a besoin d’eau. Toi aussi. Après, tu peux entrer.»

Il penche la tête.
«Je peux ?”

Elle le regarde par-dessus son épaule.
«Si tu veux continuer à faire semblant que c’est ton idée.»

Cette fois, Esteban ne répond pas immédiatement.
«Tu es beaucoup moins innocente que ton dossier essaie de le vendre.»

Cecilia baisse légèrement les yeux, puis les relève.
«Et toi, tu es beaucoup moins imprudent que tu veux en avoir l’air.»

Silence.
Le vent passe entre eux.
Puis Esteban prend la bride de son cheval et se détourne vers la réserve d’eau.
«Garde-moi une place, alors.»

Cecilia ne sourit qu’après qu’il lui a tourné le dos.


Le soir tombe

Cecilia et Esteban sont dans ou près de la meilleure tente. Leur alliance commence à se dessiner. Kaelor observe les chevaux. Il remarque que celui de Cecilia est attaché proche de celui d'Esteban.

scène3
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