07/11/2019
16:17:39
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Second Dawn — The Cerulean Reintegration Trial (internationale)

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2

pays diffuseurs
Cérulie

Capitalia

infohrpcertaines informations ou scènes peuvent être ajouter ou enlever de la version internationale comme nationale
Episodes :
épisode 1
épisode 2
épisode 3
épisode 4
épisode 5
épisode 6
épisode 7
épisode 8
épisode 9
épisode 10
8631
AVIS INTERNATIONAL D’APPEL D’OFFRES
ACQUISITION DES DROITS DE DIFFUSION
SECOND DAWN — THE CERULEAN REINTEGRATION TRIAL
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RÉPUBLIQUE CÉRULIENNE
Ministère de la Vérité Populaire
Ministère de l’Unité Civique
Ministère des Relations Extérieures
Direction Interministérielle de Réhabilitation Civique et d’Intégration des Pupilles de Guerre

DOCUMENT : Avis international d’appel d’offres
OBJET : Acquisition des droits de diffusion du programme Second Dawn — The Cerulean Reintegration Trial
TITRE NATIONAL : Cycle de Naturalisation Harmonique
TITRE INTERNATIONAL : Second Dawn — The Cerulean Reintegration Trial
FORMAT : programme de survie, stratégie sociale, réhabilitation post-conflit et compétition civique
SAISON INITIALE : 12 semaines / 12 épisodes
DURÉE DES ÉPISODES : 45 minutes
ÉPISODE FINAL : 1h15
PREMIÈRE DIFFUSION CÉRULIENNE : samedi 20 juillet 2019, 19h00
STATUT : Ouvert aux diffuseurs publics, privés et plateformes partenaires agréées



La République Cérulienne informe les autorités audiovisuelles, chaînes nationales, groupes médiatiques, diffuseurs publics, plateformes internationales et organismes culturels partenaires de l’ouverture officielle d’un appel d’offres pour l’acquisition des droits de diffusion du programme international Second Dawn — The Cerulean Reintegration Trial.


I. Présentation générale

À la suite de la victoire cérulienne sur les territoires continentaux et de la prise en charge de plusieurs jeunes utilisés par les forces du Chaos, la République Cérulienne a institué un programme exceptionnel de réhabilitation, d’épreuve et d’intégration civique.

Ce programme, connu en Cérulie sous le nom de Cycle de Naturalisation Harmonique, est proposé à l’international sous le titre :

SECOND DAWN
The Cerulean Reintegration Trial

Pendant douze semaines, sept jeunes marqués par la guerre traversent une série d’épreuves de survie, de coopération, de stratégie, de confiance et de reconstruction. Chaque étape les confronte à une question simple :

Peut-on devenir autre chose que ce que la guerre a tenté de faire de nous ?

Le programme offre aux diffuseurs internationaux un format à haute intensité narrative, associant compétition, psychologie, aventure, reconstruction post-conflit, dilemmes moraux et progression individuelle.


TEASER OFFICIEL


II. Retranscription officielle du teaser international


NARRATRICE :

“After the war, seven young survivors were given one impossible chance.”

“They were found in the ruins of Chaos.”

“They carried its signs.”

“They learned its songs.”

“But no child is born Chaos.”

“Chaos is learned.”

“And so is belonging.”

“Twelve weeks.”

“Seven paths.”

“One trial.”

“To survive.”

“To trust.”

“To choose.”

“To belong.”

“Only those who endure the trial may earn a second dawn.”

SECOND DAWN

The Cerulean Reintegration Trial

SEVEN YOUTHS. TWELVE WEEKS. ONE CHANCE TO BELONG.

PREMIERES JULY 20, 2019

International Broadcast Rights Available

Traduction officielle française :


Après la guerre, sept jeunes survivants reçoivent une chance impossible.

Ils ont été trouvés dans les ruines du Chaos.

Ils ont porté ses signes.

Ils ont appris ses chants.

Mais aucun enfant ne naît Chaos.

Le Chaos s’apprend.

L’appartenance aussi.

Douze semaines.

Sept chemins.

Une épreuve.

Survivre.

Faire confiance.

Choisir.

Appartenir.

Seuls ceux qui traverseront l’épreuve pourront mériter une seconde aube.


Les 7 participants



III. Synopsis officiel

Dans un monde marqué par les conséquences d’une guerre continentale, sept jeunes récupérés dans les zones anciennement tenues par le Chaos sont placés dans un programme inédit de réhabilitation, de survie et d’épreuve civique. Chaque semaine, ils sont conduits dans un nouveau biome. Ils doivent y établir un camp, organiser leurs ressources, traverser un territoire difficile, résoudre une épreuve finale d’intelligence ou de stratégie, puis affronter les conséquences de leurs choix. Le public suit leurs alliances, leurs fragilités, leurs stratégies, leurs moments de courage, leurs erreurs, leurs conflits et leur progression vers une possible intégration.

Sept jeunes.
Douze semaines.
Une chance d’appartenir.


IV. Pitch commercial du programme

Second Dawn est un format international hybride mêlant :


  • survie en milieu naturel ;
  • stratégie sociale ;
  • épreuves d’intelligence ;
  • dilemmes humains ;
  • compétition par classement ;
  • récits personnels ;
  • reconstruction post-guerre ;
  • participation du public ;
  • identité visuelle forte ;
  • potentiel de produits dérivés et de campagnes nationales localisées.

Le programme se situe à la croisée de la compétition d’aventure, du jeu psychologique, du documentaire de reconstruction et du grand récit de transformation humaine.

Son intérêt repose sur une tension simple :

Ces candidats doivent-ils être regardés comme des survivants, des anciens instruments du Chaos, des futurs citoyens, ou des adversaires dans une épreuve ?

Chaque épisode permet au spectateur de suivre non seulement une compétition, mais une transformation.


V. Format de diffusion proposé

Le format complet proposé aux diffuseurs comprend :


  • 12 épisodes principaux de 45 minutes ;
  • 1 épisode final de 1h15 ;
  • capsules promotionnelles de 15, 30 et 60 secondes ;
  • portraits courts des candidats pour diffusion pré-lancement ;
  • bandes-annonces localisées selon la langue du territoire ;
  • pack graphique international : logo, titres, transitions, tableaux de score, typographies, habillages de vote ;
  • dossier de presse ;
  • kit réseaux et affichage ;
  • options interactives selon le niveau de licence acquis.


VI. Options commerciales et territoriales

Les pays, diffuseurs ou plateformes intéressés peuvent ajouter à leur offre plusieurs options permettant d’adapter la diffusion à leur territoire.


Option A — Produits dérivés officiels

Cette option donne au diffuseur ou au partenaire commercial le droit de produire, vendre ou distribuer des produits dérivés validés par la République Cérulienne.

Produits autorisés :


  • posters officiels ;
  • cartes de candidats ;
  • livrets de saison ;
  • badges numérotés ;
  • bracelets de soutien ;
  • affiches collector ;
  • albums visuels ;
  • bandes originales ;
  • vêtements promotionnels ;
  • éditions limitées du logo Second Dawn.

Tous les produits doivent être validés au préalable par la République Cèrulienne.

Option B — Personnage référent territorial

Cette option permet à un pays diffuseur de choisir un candidat spécifique comme figure promotionnelle principale sur son territoire. Le candidat choisi bénéficie alors de supports visuels exclusifs dans le pays concerné :


  • poster national exclusifs;
  • bande-annonce centrée sur son arc narratif ;
  • visuels de rue ;
  • mini-biographie exclusive;
  • thème musical utilisé dans la promotion locale.

Cette option permet à chaque territoire de construire une relation plus forte avec un personnage, sans modifier le déroulement officiel du programme.


Option C — Participation du public aux bonus, malus et styles d’épreuve

Les pays ayant activé cette option peuvent offrir à leur population une participation encadrée à certains choix de la semaine suivante. Les votes peuvent porter sur :


  • un bonus mineur à accorder à un candidat ou à une équipe ;
  • un malus temporaire à imposer ;
  • le style dominant d’une épreuve à venir ;
  • le type de difficulté d’un mini-jeu ;
  • le choix d’un binôme à observer ;
  • le candidat qui recevra un indice limité ;
  • le candidat qui devra répondre à une question publique ;
  • le thème émotionnel d’un segment bonus.

Les choix du public international sont intégrés dans la diffusion selon les limites prévues par la production centrale.


Option E — Carte en direct des biomes

La carte peut contenir :

  • présentation du biome de la semaine ;
  • zones de camp ;
  • itinéraire Point A — Point B ;
  • statistiques de difficulté ;
  • conditions météorologiques simulées ;
  • risques du terrain ;


VII. Conditions générales de candidature

Les offres devront préciser :


  • le pays ou territoire de diffusion ;
  • le diffuseur ou groupe audiovisuel demandeur ;
  • les options commerciales activées ;
  • les langues de diffusion ;
  • les garanties de respect de la charte narrative et visuelle ;
  • les propositions financières ou partenariales.

La République Cérulienne se réserve le droit :


  • d’accepter ou de refuser toute offre ;
  • de limiter certaines options à des pays partenaires ;
  • de valider les traductions ;
  • de contrôler les visuels promotionnels ;
  • de refuser toute modification portant atteinte au sens du programme ;
  • de suspendre les droits en cas d’usage hostile, diffamatoire ou contraire à la présentation officielle.


VIII. Restrictions de diffusion

Les diffuseurs sélectionnés ne pourront pas :


  • altérer le nom officiel du programme sans validation ;
  • présenter les candidats comme des criminels condamnés ;
  • présenter le programme comme une punition ;
  • diffuser des versions non approuvées ;
  • réutiliser les images dans un contexte de critique politique hostile ;
  • modifier les résultats officiels ;
  • produire des biographies non validées ;
  • contacter directement les candidats ;
  • présenter les options interactives comme déterminant entièrement le déroulement du Cycle.


Le programme présente plusieurs atouts


  • un format clair : 12 semaines, 7 candidats, une progression suivie ;
  • un fort potentiel émotionnel : guerre, trauma, choix, reconstruction ;
  • une mécanique compétitive lisible : classement, bonus, malus, élimination ;
  • une identité visuelle exportable : couleurs fortes, silhouettes, logo, fragments, route blanche ;
  • un potentiel de fidélisation : votes, choix, posters, personnages référents ;
  • une dimension culturelle : reconstruction, résilience, appartenance ;
  • une capacité de localisation : habillages, voix off, émissions d’analyse, produits dérivés ;
  • une rareté narrative : compétition de survie et de réintégration post-conflit.


XI. Formulaire finale d’appel

La République Cérulienne invite les États, diffuseurs et plateformes partenaires à soumettre leurs offres pour l’acquisition des droits de diffusion de Second Dawn — The Cerulean Reintegration Trial .


[b]le pays ou territoire de diffusion :[/b]
[b]le diffuseur ou groupe audiovisuel demandeur :[/b]
[b]les options commerciales activées :[/b]
[b]Personnage vedette (si l'option activée)[/b]
[b]les langues de diffusion (sous-titrage):[/b]
[b]les garanties de respect de la charte narrative et visuelle (oui obligatoire):[/b]
[b]les propositions financières ou partenariales :[/b]

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Épisode 1 : les pleines continentales nord
CÉRULIEZONE NORD

La scène s'ouvre sur la présentatrice annonce les règles et le début du programme dans lequel les candidats doivent bâtir un camp avant la tombée de la nuit.
Sur l’écran géant, une phrase apparaît :
“Un citoyen ne cherche pas d’abord un toit. Il cherche une place dans l’ordre.”
Ils ont 3 heures pour créer un abri commun, un foyer sécurisé , une réserve d’eau, une répartition des rôles, une décision collective écrite dans le Registre d’Harmonie.
Le Point A est officiellement fait pour observer comment les candidats organisent un camp, répartissent les tâches et protègent les ressources communes.

Semaine 1 — Les steppes continentales du Nord

Au nord du continent, là où la carte perdait ses couleurs et où les plaines n’avaient plus assez d’arbres pour cacher les hommes, s’étendait une steppe maigre, sèche, balayée par un vent qui semblait venir de partout à la fois. On y trouvait parfois les restes d’une clôture, un poteau renversé, une borne de frontière à demi engloutie dans la boue, ou le squelette noir d’un pylône que la guerre avait vidé de ses câbles. Rien n’y poussait franchement. L’herbe y survivait basse, grise, râpeuse, couchée dans le même sens comme si un troupeau invisible l’avait piétinée depuis des années.
C’est là que le Cycle avait choisi de commencer.
Les autorités appelèrent cette ligne de cent kilomètres le Couloir d’Harmonie. Sur les cartes officielles, elle était tracée en rouge, nette, presque belle. Sur le terrain, elle n’était rien qu’une direction. Une promesse de fatigue. Une façon de dire aux candidats que même le vide pouvait devenir une épreuve si l’État décidait de lui donner un nom.
On disait, dans les communiqués du soir, que la première semaine aurait pour thème :
Créer l’ordre dans le vide.

Ce que les candidats ne tarderont pas à comprendre, c’est que l’ordre n’était jamais vide. Il venait toujours avec une caméra, une voix douce, un registre à signer, une dette à contracter.
scène d'ouverture
premier jour — Point A


Le premier hélicoptère déposa Jared Korvess sur la terre grise et repartit immédiatement.
Vingt-deux ans. Ancien soldat ennemi, disaient les documents. Candidat numéro quatre, disait l'écran géant. Il regarda l'horizon dans les quatre directions avec ce calme particulier des gens qui ont appris à évaluer un environnement avant même d'avoir décidé s'ils voulaient y rester. Il fit le tour du site à pied, nota la direction du vent dominant, repéra deux creux de terrain utilisables à l'ouest, localisa la caisse de matériel, ne l'ouvrit pas. Il s'arrêta à vingt mètres d'elle et attendit.
Ce qu'il ne fait pas : chercher les caméras. Il les avait déjà toutes placées mentalement avant d'avoir terminé son premier tour de périmètre. Un an de détention enseigne beaucoup sur la façon dont l'État regarde.
Ce qu'il pensait : Il serait encore vivant. Le gouvernement lui avait dit cela. Le gouvernement mentait sur la quasi-totalité des choses, mais sur celle-là, il avait accepté de croire. Il n'avait pas le choix. C'était la seule monnaie qu'il lui restait.
Çeçilia Sanchez arriva en troisième position, mais personne ne l'entendit descendre.
Dix-neuf ans. Enfant soldat, disaient les documents publics, avec la précision d'une couverture rédigée par des gens qui n'avaient jamais eu à en porter une. Elle toucha le sol, s'accroupit, et consacra deux minutes complètes à observer Jared depuis la lisière de l'herbe haute. Posture, regard, position des mains, direction des épaules. Elle construisit une évaluation provisoire en moins de temps qu'il n'en fallait pour formuler une question, s'approcha de la caisse de matériel, et fit l'inventaire sans un mot, avec la précision de quelqu'un qui comptait non pas pour savoir ce qui était là, mais pour noter ce qui manquait. Ce qu'elle notait, dans la partie de son esprit qui ressemblait à un rapport, Korvess. Cohérent avec le profil. Ce qu'elle ne montrait pas, elle savait exactement ce que Jared Korvess cherchait en regardant l'horizon.
Esteban Valdes arriva en quatrième position et fut le seul à sourire en posant le pied sur la steppe.
Seize ans. Ancien enfant soldat ennemi, disaient les documents.
Il regarda Jared, vit Çeçilia qui ne regardait plus dans sa direction depuis exactement le moment où il avait commencé à l'observer, ce qui était une façon de regarder, lut la phrase sur l'écran géant, et dit à personne en particulier :
–"Un citoyen ne cherche pas d'abord un toit. Il cherche une place dans l'ordre."
Il la relut.
– Ils ont mis du travail là-dedans, dit-il.
Jared lui jeta un regard bref. Çeçilia continua son inventaire.
Kaelor Sarrin arrive cinquième.
Vingt et un ans. Sujet réveillé, disaient les documents, maintenant il était là, dans la steppe, avec pour mission principale de ne surtout pas paraître trop capable trop vite.
Il descendit de l'hélicoptère lentement et resta quelques secondes immobile, le visage tourné vers le ciel. Puis il s'avança vers le groupe, s'arrêta à la distance exacte qui permettait d'entendre sans être mêlé, et posa les yeux sur la caisse de matériel.
– Y'a une source d'eau proche? dit-il.
Sa voix était un peu rauque, un peu hésitante. À l'intérieur, il avait déjà évalué le terrain, le groupe, et les deux ou trois façons dont cette semaine pouvait mal tourner.
Elara Myre arriva sixième.
Seize ans. Cérulienne déchue, disaient les documents. Haute trahison. Elle venait regagner sa Pureté. Elle toucha le sol, regarda le groupe, et marcha vers lui avec cette assurance apprise de quelqu'un qui a décidé très tôt que montrer de la peur coûtait plus cher que de l'avoir.
Elle regarda chaque visage. Elle cherchait quelque chose qu'elle n'aurait pas su nommer précisément, une fissure, peut-être. Une preuve qu'elle n'était pas la seule à être là pour une raison que le programme ne connaissait pas.
Elle croisa le regard d'Esteban. Il lui sourit.
Elle détourna les yeux immédiatement.
Ricla Vaes arriva la dernière.
Seize ans. Ancienne enfant soldat ennemie, disaient les documents. Retrouvée dans les hautes montagnes.
Elle avait pleuré dans l'hélicoptère. Pas de peur. D'une chose plus difficile à nommer : la conscience aiguë que chaque minute qui passait la rapprochait d'une épreuve dont elle connaissait déjà le prix Elle sécha ses yeux avant d'atterrir, arrangea son expression en quelque chose de présentable et descendit sur la terre grise.
Elle vit Jared. Ils se regardèrent. La caméra fixée à onze mètres à leur gauche zooma à un timing presque trop parfait. Aucun des deux ne dit rien. Aucun des deux ne sourit. Ce n'était pas de la froideur. C'était de la précaution : ils savaient tous les deux, sans se l'être dit, qu'ils ne pouvaient pas se permettre de montrer ce que ce regard signifiait.
Çeçilia, qui les observait depuis le coin de la caisse, nota mentalement.
Ricla finit par tourner les yeux vers le reste du groupe et dit, d'une voix qui ne tremblait presque pas :
– Je suis désolée d'être en retard. (elle a prit du temps pour essuyer ses larmes dans l'hélicoptère )
– Tu n'es pas en retard, dit Elara. Ils choisissent quand on arrive.
Un silence.
– Oui, dit Ricla. Je sais.
pov ecran

La présentatrice avait annoncé les trois heures depuis l'écran géant, la phrase sur l'ordre et le toit était restée affichée pendant cinq minutes, et maintenant ils étaient six autour d'une caisse avec trop peu de matériel pour tout le monde, et personne n'avait encore parlé de chef.
C'est Elara qui proposa la répartition. Elle le fit avec une économie de mots qui trahissait quelqu'un d'habitué à formuler clairement des choses dans des situations où le flou coûte cher. Jared et Kaelor pour l'eau, Ricla et elle-même pour les bâches, Çeçilia pour l'inventaire et la réserve, Esteban pour le feu.
— Et le Registre d'Harmonie, dit Esteban en désignant le carnet officiel sans le toucher encore.
— On écrit ce qu'on a décidé, dit Ricla.
— On a décidé ou elle a décidé ? dit Esteban, et il désigna Elara avec une courtoisie légèrement trop élaborée pour être innocente.
— Est-ce que ça change quelque chose pour l'instant ? dit Elara.
Esteban réfléchit exactement une seconde.
— Non, dit-il. Il prit le Registre.
présentatrice

Jared et Kaelor partent chercher l'eau.
Ils marchèrent en silence pendant plusieurs minutes.
Au bord du ruisseau, Jared commença à remplir les gourdes. Kaelor s'accroupit à côté de lui, vérifia la qualité de l'eau.
–T'as quel âge ? dit Kaelor.
–Vingt-deux ans.
Kaelor hocha la tête.
– La fille qui est arrivée en dernier, dit-il après un moment. Tu la connais ?
Jared continua de remplir les gourdes.
– On nous a récupérés au même endroit, dit-il. C'est dans les dossiers.
– Je sais ce qui est dans les dossiers comme tout le monde , dit Kaelor.
Jared leva les yeux. Kaelor le regardait avec cette expression particulière des gens qui n'ont pas besoin de finir leurs phrases parce que l'autre a déjà compris où elles allaient.
– Méfie-toi de ce que tu montres là-bas, dit Kaelor.
Jared ne répondit pas.
scene1

De l'autre côté du camp, Elara et Ricla montèrent les bâches.
Ricla était adroite. Elle nouait les cordes avec la mémoire des mains,
ce qui voulait dire qu'elle avait appris cela dans des conditions où on n'avait pas le temps de penser. Elara le remarqua sans le commenter.
Elles travaillèrent un moment en silence.
– Tu t'appelles vraiment Ricla ? dit finalement Elara.
Ricla ne s'arrêta pas de travailler.
– oui.
Elara considéra cette réponse. Elle connaissait cette façon de parler. Elle s'en servait elle-même.
– Le nœud que tu fais là va lâcher avec le vent de nuit. Il faut le faire en huit.
Elara regarda son nœud. Le refit.
Ce fut, pour cette première journée, la chose la plus proche d'une confidence qu'elles s'échangèrent.
scene2

Çeçilia fit l'inventaire. Esteban alluma le feu en moins de dix minutes.
Elle compta tout. Deux fois, pour la forme, une troisième mentalement avec la grille d'analyse réelle. La ration scellée : marquée une portion, ouverte à six. Le miroir métallique : pas d'usage officiel, trois usages pratiques, un usage de signalement. La hache émoussée : émoussée de façon trop uniforme. La carte incomplète : incomplète aux endroits précis qui forcerait une décision de groupe au moment de la traversée. Ce qu'elle cherchait en faisant l'inventaire, ce n'était pas les objets. C'était les réactions des autres autour d'elle pendant qu'elle les comptait. Esteban l'observait depuis le feu qu'il venait d'allumer. Elle le sentait sans le voir. Il avait des yeux qui travaillaient comme les siens, différemment, moins de protocole, plus d'instinct, mais dans la même direction. Puis il s'assit, ouvrit le Registre d'Harmonie, et resta un long moment le stylo levé sans écrire. il réfléchit, haussa la tête, jetant des regards à droite à gauche. Il finit par écrire dans le Registre, Noms, fonctions, heure, conditions météo. Tout ce qu'on attendait de lui. Puis, dans la marge basse de la page, en caractères réguliers et petits :
Cette liste de rôles fut acceptée sans vote. Elle fonctionne correctement. Elle ne dit rien de vrai sur les personnes qui la respectent.
Il referma le carnet. Le posa au centre du camp, bien en vue.
scene3

La nuit
La ration fut partagée en six parts égales. Personne ne proposa autre chose, et l'absence de discussion sur ce point fut peut-être la seule vraie décision collective de la journée.
Le feu tint jusqu'à minuit. Trois couvertures pour six personnes : Elara céda la sienne à Ricla, qui l'accepta avec moins de résistance qu'elle ne l'aurait fait si la fatigue n'avait pas déjà commencé à travailler contre ses défenses. Kaelor resta assis, dos au feu, face à l'obscurité, dans la posture de quelqu'un qui n'a pas encore décidé si ce dehors lui appartenait. Jared prit le premier tour de garde sans qu'on le lui demande.
Çeçilia sembla s'endormir.
Esteban regarda les étoiles et compta mentalement. Il arriva à un chiffre trop élevé pour être confortable et décida que c'était une bonne raison de dormir, parce que demain le chiffre serait le même et il vaudrait mieux être reposé pour faire semblant de ne pas le savoir.
Elara ne dormit pas. Elle regardait les six silhouettes autour du feu en train de mourir. Ricla s'endormit. Elle rêva des montagnes, ce qui était pire que de ne pas dormir, mais elle n'avait pas le choix là-dessus.
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02h17 — Steppe continentale du Nord
L'écran s'alluma à deux heures dix-sept du matin.
Pas progressivement. D'un coup, avec le son, à un volume soigneusement calculé pour traverser le sommeil sans laisser le temps de se préparer à l'être réveillé. La voix de la présentatrice résonna dans le camp, nette et parfaitement indifférente à l'heure :

Candidats. L’épreuve de camp a été programmée. Présentez-vous à la structure de jeu dans cinq minutes. La participation est obligatoire.

Le feu s'était éteint depuis longtemps. La steppe était noire au-delà du périmètre des caméras.
Jared se leva le premier. Il dormait déjà mal.
Kaelor, qui n'avait pas dormi du tout, se leva sans commentaire, les yeux déjà ouverts.
Elara mit quelques secondes, s'assit, regarda l'écran, se leva.
Çeçilia avait les yeux ouverts avant que la voix ait terminé sa phrase. Elle attendit néanmoins un moment avant de bouger, comme si elle venait de se réveiller.
Ricla dormait profondément, ou presque. Elle mit le plus de temps. Esteban passa devant elle en allant vers la structure de jeu et dit, sans s'arrêter :
– Je saurais à qui faire confiance la nuit tombée la prochaine fois .
Elle se leva.
La structure de jeu était une tente à armature rigide, montée à vingt mètres du camp principal, éclairée de l'intérieur par une lumière jaune chaude qui, à cette heure, dans cet endroit, ressemblait à quelque chose de presque irréel. Une table ronde. Six chaises. Au centre, une boîte en bois sombre, fermée, avec un sachet de feutrine posé à côté.
Un panneau fixé à l'armature indiquait le nom du jeu.
Esteban le lut, s'assit, croisa les bras, et dit à voix basse :
Mafia de Cuba ? Un jeu pour une émission sur la réhabilitation civique.
Personne ne répondit, mais Çeçilia, qui prenait la chaise à sa gauche, tourna légèrement la tête vers lui, amusée.

L'écran intégré à la tente afficha les règles du jeu pendant deux minutes. La plupart les lurent. Esteban avait cessé de lire au bout de trente secondes et regardait les autres lire.
La désignation du Parrain fut tirée au sort par le programme.
Le nom afficha :
KAELOR SARRIN.Un silence.

Kaelor regarda l'écran, puis la boîte, puis les cinq visages autour de la table. Il prit la boîte sans cérémonie, l'ouvrit, compta le contenu en silence, les yeux seuls bougeant, puis referma le couvercle et glissa une main dans sa poche.
Personne ne vit combien il retirait.
Il posa ensuite la boîte devant Ricla, à sa gauche, avec le sachet de feutrine.
– Commençons,

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Épisode 2 : Ce n'est qu'un jeu

iei

L'épisode commence tout de suite là ou le précèdent c'est terminé.
Vol :
Kaelor ouvre la boîte sous la table. On entend un léger bruit de diamants. Il garde quelque chose pour lui, puis referme.
Personne ne sait combien.
Il pousse la boîte vers Ricla.

Ricla prend aussi le petit sachet en feutrine. Elle ouvre la boîte, compte en silence, puis son visage reste fermé.
Elle glisse une main vers le sachet.
Vous savez qu’elle a le droit d’écarter un jeton personnage. Vous ne savez pas lequel.
Puis elle prend quelque chose dans la boîte. Un geste court. Net.
Elle passe à Esteban.

Esteban ouvre. Il baisse un peu la tête.
« Jolie coup, Kaelor. Un peu vieille école, mais charmant. »
Kaelor ne répond pas.
Esteban fouille. Referme. Passe à Elara.

Elara soulève le couvercle. Elle laisse un silence.
Elle ne le regarde même pas. Elle se sert, puis transmet à Jared.
Jared ouvre à son tour. Il compte. Il fronce à peine les sourcils, puis prend quelque chose.
Il donne la boîte à Cecilia.

Cecilia l’ouvre. Elle observe longtemps. Trop longtemps, selon Esteban.
« Tu fais un plan de la boîte ? »
« Je vérifie ce que les autres prétendront avoir vu. »
Elle referme. Elle fait semblant de prendre quelque chose. Ou elle prend vraiment quelque chose. À ce stade, vous n’en savez rien.
La boîte revient à Kaelor.

Il l’ouvre.
Un long silence tombe.
Il regarde le contenu. Puis les cinq joueurs.
« Bien. On va parler. »

L’enquête commence
Kaelor ne commence pas par Esteban, alors que tout le monde s’y attend.
Il se tourne vers Jared.
« Quand tu as reçu la boîte, combien de diamants restaient-ils ? »
Jared répond vite.
« Six. Et un jeton. »
Ricla lève les yeux.
Cecilia ne dit rien.
Kaelor note sur un petit carnet.
« Quel jeton ? »
« Je n’ai pas à le dire. »
« Tu peux mentir. Tu peux aussi refuser. Les deux m’intéressent. »
Jared garde la même voix.
« Alors je refuse. »
Kaelor passe à Cecilia.
« Quand tu as reçu la boîte ? »
« Trois diamants. Un jeton. »
Elara se redresse.
« Faux. »
Kaelor tourne la tête vers elle.
« Continue. »
Elara pose ses mains sur la table.
« Quand Jared a reçu la boîte, il y avait plus que ce qu’il dit. S’il annonce six, il protège quelqu’un avant lui. Ou il protège son propre récit. »
Jared répond sans hausser le ton.
« Tu étais avant moi. Tu as donc intérêt à dire ça. »
Esteban claque la langue.
« Ah, enfin. Là, on commence à fabriquer de la tension utile. »
Ricla se penche vers Kaelor.
« Il faut reconstruire la chaîne. Pas les intentions. Les chiffres. Les jetons. Les contradictions. »
Kaelor hoche la tête.
« Ricla. Combien au départ ? »
Elle répond.
« Je ne le dirai pas maintenant. »
Esteban éclate presque de rire.
« Excellent. La personne qui a proposé ça refuse de donner la donnée centrale. »
Ricla le fixe.
« Une donnée donnée trop tôt devient un outil pour les menteurs. »
Cecilia approuve du bout des lèvres.
« Elle a raison. »
Kaelor change de cible.
« Esteban. Quand tu as reçu la boîte ? »
Esteban s’installe mieux sur sa chaise.
« Beaucoup de diamants. Plusieurs jetons. Une ambiance de trust défaillant. »
« Un nombre. »
« Onze. »
Ricla ne bouge pas.
Elara sourit.
Jared regarde la boîte.
Cecilia note ce chiffre dans sa tête, ou fait semblant.
Kaelor demande :
« Et quand tu l’as passée ? »
Esteban ouvre les mains.
« Moins. »
Kaelor laisse passer deux secondes.
« Esteban. »
« D’accord. Onze en entrant. Je passe avec onze diamants. Un jeton de moins. »
La table se fige.
Elara parle aussitôt.
« Tu dis avoir pris un jeton. »
« Je dis que j’ai laissé les diamants où ils étaient. Tu entends ce qui t’arrange. »
Ricla souffle :
« Si Esteban dit vrai, celui qui a pris beaucoup se trouve après lui. »
Jared répond :
« Ou Esteban construit un couloir pour nous y enfermer. »
Kaelor tapote une fois le carnet.
« Cecilia. Tu as dit trois diamants et un jeton. Qu’as-tu pris ? »
Cecilia garde son calme.
« Je ne réponds pas encore. Mais je peux dire ceci : si Jared avait six diamants avant moi, il ne m’a pas laissé trois par accident. »
Jared tourne la tête vers elle.
« Tu m’accuses ? »
« Je dis que ton chiffre crée un trou. »
Esteban lève un doigt.
« Ou alors quelqu’un avant Jared a menti. Ce qui est statistiquement probable autour de cette table. »
Kaelor regarde Elara.
« Quand tu as reçu la boîte ? »
Elara répond avec assurance.
« Dix diamants. Deux jetons. »
Ricla dit aussitôt :
« Impossible. »
Elara tourne lentement la tête.
« Pardon ? »
« Esteban affirme avoir reçu onze et laissé onze diamants avec un jeton de moins. Tu ne peux pas recevoir dix diamants et deux jetons. Pas avec cette version. »
Esteban sourit.
« Merci, professeure. »
Ricla ignore la pique.
« Donc Esteban ment, ou Elara ment, ou les deux. »
Kaelor demande :
« Elara, qu’as-tu pris ? »
« Rien que je doive révéler à la table. »
« Tu devais prendre quelque chose. »
« J’ai pris quelque chose. »
Cecilia intervient.
« Elle évite les chiffres après passage. C’est plus important que sa réponse. »
Elara réplique :
« Et toi, tu arrives à la fin avec une boîte presque vide et tu te poses en architecte de la vérité. Très commode. »
Kaelor lève la main.
Le silence revient.
« Tu es arrivée en dernier. Tu pouvais ne rien prendre si la boîte n’était pas vide. Tu pouvais devenir Enfant des rues. Tu pouvais aussi prendre le dernier jeton. »
Cecilia répond :
« Exact. »

« Vide tes poches ! »

La table retient son souffle.
Cecilia sort lentement sa main.
Un jeton.
Pas de diamant.
Kaelor a accusé à tort.
Il prend un Joker et le pousse vers elle.
Cecilia ne sourit pas.
« Tu viens de perdre une marge d’erreur. »
Esteban murmure :
« Ambiance familiale. »
Kaelor ne se justifie pas. Il inscrit quelque chose sur son carnet.
Il lui reste un Joker.
Le piège se resserre
Kaelor se tourne vers Ricla.
« Tu as écarté un jeton dans le sachet. »
Ricla répond :
« Oui. »
« Lequel ? »
« Je ne te le dirai pas. Pas tant que les menteurs peuvent s’en servir. »
Esteban applaudit deux fois, doucement.
« Magnifique. C’est légal, agaçant, et probablement utile. »
Kaelor l’ignore.
« Ricla, quand tu as passé la boîte à Esteban, combien de diamants ? »
Elle répond enfin.
« Onze. »
Esteban se redresse.
« Ah ! Merci. Voilà. Mon chiffre tient. »
Ricla ajoute :
« Mais je ne confirme pas ton histoire. Je confirme seulement ce que j’ai laissé. »
Kaelor fixe Esteban.
« Tu as reçu onze. Ricla confirme onze après son passage. Tu dis avoir laissé onze. Elara dit avoir reçu dix. »
Esteban hausse les épaules.
« Donc Elara ment. »
Elara se penche vers lui.
« Ou tu as pris plus que tu ne dis, puis tu as choisi un nombre assez proche pour survivre. »
Jared parle enfin.
« Elara dit dix. Moi je dis six. Cecilia dit trois. Si tout le monde dit vrai après Esteban, quelqu’un entre Elara et Cecilia a pris gros. »
Kaelor demande à Jared :
« Qu’as-tu pris ? »
Jared soutient son regard.
« Ce que j’ai pris n’est pas le centre. »
« Mauvaise réponse. »
« C’est la seule que j’ai. »
Elara intervient :
« Il se sacrifie trop bien pour être innocent. »
Jared tourne vers elle.
« Et toi, tu commandes trop bien pour être claire. »
Kaelor observe le trajet imaginaire de la boîte, de main en main.

Puis il dit :
« Jared. Vide tes poches ! »

Jared ferme les yeux une seconde.
Il sort des diamants.
Trois.
Kaelor les récupère et les pose devant lui.
Jared est éliminé. Il ne parle plus.
La table change aussitôt.
Elara garde son port droit, mais elle n’a plus le même appui dans la discussion.
Cecilia regarde les trois diamants, puis la boîte.
Ricla compte à voix basse :
« Il en manque encore. »
Esteban dit :
« Selon qui ? »
Kaelor répond :
« Selon moi. »
Il ne dit pas combien il avait retiré au départ. Bien sûr.
Esteban sourit moins.
Kaelor se tourne vers Elara.
« Tu as placé Esteban au centre du mensonge. Tu as donné un chiffre qui contredit le sien. Pourquoi ? »
Elara répond :
« Parce qu’il ment avec aisance. »
« Ce n’est pas une preuve. »
« Non. C’est une alerte. »
Esteban se penche en avant.
« Kaelor, je vais te faire gagner du temps. Accuse Elara. Elle a menti. Elle a essayé de déplacer l’enquête sur moi. Jared a confirmé qu’après elle, il restait six. Elle avait donc une fenêtre. »
Elara frappe la table du plat de la main. Pas fort. Juste assez.
« Tu veux qu’il dépense son dernier Joker sur moi. »
Esteban répond :
« Je veux qu’il arrête de regarder le type qui a donné un chiffre confirmé. »
Ricla corrige :
« Un seul chiffre confirmé. Pas ton action. »
Cecilia regarde Kaelor.
« Il reste une erreur possible. Après, si tu accuses mal, tu tombes. »
Kaelor ferme son carnet.
« Je n’ai pas besoin d’une autre erreur. »
Esteban ouvre les bras.
« Enfin. »

Kaelor dit :
« Esteban. Vide tes poches ! »

Et là, tout casse.
Avant qu’Esteban ne révèle quoi que ce soit, Ricla se lève d’un coup.

Elle crie :
« PAN ! »

Silence total.
Même Esteban ne plaisante pas.
Kaelor regarde Ricla.
Cecilia comprend la règle avant les autres.
Ricla était le Nettoyeur.
Elle vient d’utiliser sa capacité.
Esteban doit révéler sa prise.
Il sort un jeton.
L’Agent.
La table explose.
Pas avec des cris interminables. Avec ce bruit sec des chaises, des mains sur la table, des phrases qui se coupent.
Il voulait que Kaelor dise la phrase exacte.
Et Kaelor l’a dite.
Mais Ricla a tiré avant la révélation.

L'écran s'allume et la voix de la présentatrice s'active :
présentatrice a écrit :« Comme Esteban était Agent, Ricla gagne seule.
épreuve terminé veilleur retourner à votre camp ou de nouvelles instruction vous seront donner depuis l'écran. »
Kaelor reste assis. Il regarde Ricla.
« Tu as mis quel jeton dans le sachet ? »
Ricla sort le sachet.
Le Fidèle.
Cecilia baisse les yeux vers son propre jeton. Tout le monde comprend que son rôle n’était pas celui qu’on croyait au départ.
Elara révèle ensuite qu’elle n’avait pas volé de diamants. Elle jouait une autre route vers la victoire, liée à son voisin de droite.
Jared, déjà éliminé, garde le silence, comme la règle l’impose.
Les diamants manquants ne reviennent pas tous.

Les premiers rayons du soleil commence à se montrer
L'écran affiche les résultats.
Vainqueurs : Ricla Vaes
Éliminés : Kaelor Sarrin - Esteban Valdes - Çeçilia Sanchez - Jared Korvess - Elara Myre.
Kaelor pousse sa chaise, se lève, sort de la tente sans un mot.
Esteban regarde les deux jetons sur la table. Le sien. Celui de Çeçilia.
Il ramasse le sien, le fait tourner entre ses doigts.
- On rejoue ? dit-il.
Personne ne répond.
Dehors, la steppe est noire et froide. Il reste une heures avant l'aurore.

L'écran s'allume à 7h du matin.
Les règles défilent.
Quatre jours. Trente kilomètres par jour.
Départ autorisé à 8h, arrêt obligatoire à 20h.
Le premier à chaque camp choisit sa tente.
Le premier qui fini les 120km et qui arrive donc au bord de mer a un bonus et le dernier a un malus.
Celui qui n'arrive pas avant 20h dort sur place.
Et les brochés bleues. Ricla la porte déjà au bras gauche depuis la nuit.
La présentatrice confirme :
à chaque arrivée de camp, celui ou celle qui arrive avec une broche bleue reçoit un bonus supplémentaire. Quelle que soit sa position. Six chevaux attendent à cinquante mètres du camp. Un par candidat, assigné selon ce qu'ils ont choisie comme rôle ou comme vol dans l'épreuve précédente.
Ils ont et deux heures et quinze minutes pour seller et discuter stratégie.

À 7h58, tout le monde est à cheval.
scène2

Écran noir avec afficher dessus :
deux heures quinze avant le départ


Ricla approche Jared à distance du groupe. Elle ne fait pas de grand geste. Elle marche à côté de lui comme si elle avait simplement choisi la même direction.
Elle parle bas. Elle lui explique son plan.
Kaelor inspecte son cheval, la selle, les sangles, les points de frottement, les gourdes, les attaches. Il vérifie tout deux fois.
Cecilia décide d’attaquer fort. Elle selle vite, efficacement, presque trop bien. La caméra montre un focus sur ses mains.
Esteban décide donc de ne pas se jeter dans une stratégie trop visible au départ. Il observe les plans des autres en faisant semblant.

Cecilia remarque ses regards persistants :
« Tu n'a pas peur, Toi ? »
Il dira à Cecilia, avant le départ :
« Momento mori, momento vivere»
Cecilia répond :
«Vivamus, moriedum est »
Esteban pencha la tête et sourit surprit avant de laisser partir tous en la suivant du regard.

Écran noir avec afficher dessus :
Présent

six chevaux alignés dans la steppe, le camp derrière eux, l’écran encore allumé, la broche bleue de Ricla visible sur son bras gauche.

Le vent soulève la poussière.

La présentatrice annonce :
«Candidats, le trajet du Jour 1 commence dans deux minutes. La distance ne juge pas vos intentions. Elle juge seulement ce que vos intentions font à vos corps.»

Esteban murmure :«Charmant.»

À 8h00, le signal retentit.
son fond
Cecilia part vite. Pas au galop complet, mais dans un trot soutenu, presque agressif. Elle veut prendre la tête très tôt. Elara part aussi vite,elle veut rester assez proche de Ricla.
Ricla et Jared partent lentement, leur rythme paraît presque trop prudent. Le montage insiste là-dessus pendant que Cecilia s’éloigne, Ricla reste au pas. Esteban reste dans le groupe médian. Il regarde partir Cecilia, puis Ricla, puis Elara. Kaelor ferme presque la marche au début, mais volontairement. Il observe les chevaux, la respiration, la selle de chacun, les premières erreurs.

Vers la fin de la première heure, Elara ralentit pour se mettre à portée de Ricla et Jared.

Elle ne l’attaque pas frontalement. Elle parle avec une politesse presque douce.

«Tu sais que si tu arrives simplement avec la broche, même quatrième, tu gagnes encore quelque chose.»

Ricla répond :
«Je sais lire les règles.»

Elara continue :
«Alors tu comprends que tout le monde devra finir par te traiter comme un problème.»

Jared intervient :
«Ce n’est pas le moment.»

Elara regarde Jared.
«Tu parles pour elle maintenant ?»

Ricla ne s’énerve pas. C’est important. Elle sait ce qu’Elara veut. Elle garde son rythme. Mais Elara ne cherche pas seulement une réaction verbale. Elle accélère légèrement, dépasse Ricla, puis ralentit devant elle, l’obligeant à ajuster son cheval. Jared voit la manœuvre.
Il dit à Ricla :
«Ne suis pas.»

Ricla répond :
«Je ne suis pas.»

Mais la caméra montre que son cheval a relevé la tête. Il sent la tension.


Pendant ce temps, Cecilia creuse un écart. Elle ne se retourne presque jamais. Sa posture est basse, concentrée, stable.
À mi-matinée, elle est clairement première.
Le montage montre une carte stylisée : Cecilia devant, Esteban et Kaelor au centre, Elara/Ricla/Jared dans une zone de tension.

Cecilia sait qu’elle prend un risque : un cheval poussé trop tôt peut payer plus tard. Mais elle estime que le choix de tente vaut le coût.
Esteban voit Cecilia partir. Il pourrait la suivre, mais il sait que s’il force trop son cheval au Jour 1, il perdra la suite. Il choisit donc un rythme intermédiaire.
Il lance parfois des phrases à Kaelor, qui remonte progressivement.
«Tu vas faire semblant d’être lent pendant combien de kilomètres ?»
Kaelor ne répond pas.

Vers midi, les stratégies deviennent visibles.

Cecilia s’arrête brièvement, mais pas sur la piste principale. Elle choisit un léger creux à l’abri du vent. Elle fait boire son cheval, vérifie les sangles, mange peu.
Esteban arrive non loin après. Il aurait pu continuer, mais il s’arrête assez près pour créer un contact.
Esteban dit :
«Tu veux que je sois impressionné ?»

Cecilia répond :
«Non. Je veux que tu comprennes que je peux être utile.»

Plus loin, Kaelor s’écarte aussi de la piste, conformément à son plan. Il ne mange presque pas. Il vérifie surtout son cheval.
Ricla et Jared respectent leur alternance. Ils descendent de cheval pour marcher un peu à côté des montures. Ricla touche régulièrement l’encolure de son cheval, presque comme si elle s’excusait de lui demander quelque chose.
Elara les observe de loin.
Elle comprend que Ricla ne craquera pas vite. Il faudra user son environnement, pas elle directement.
Cecilia conserve la tête, mais son avance n’augmente plus. Son cheval commence à montrer des signes de fatigue contrôlée : respiration plus lourde, encolure humide, rythme moins souple.
Kaelor atteint son objectif : il passe les 25 km avant 16h00, comme prévu. Il n’est pas premier, mais il est dans une position très propre. Son cheval est encore stable. Il a économisé de l’énergie.
Esteban remonte doucement vers Cecilia. Elara continue sa stratégie contre Ricla. Elle tente plusieurs fois de créer un rythme instable : accélérer, ralentir, revenir, commenter.
Vers la fin de l’après-midi, le cheval d'Elara manque un appui dans une zone de trous de rongeurs. Pas de blessure grave, mais un mouvement brusque. Son cheval trébuche légèrement après une accélération mal placée. Elle se reprend bien, mais le groupe voit la scène. Elara ne répond pas. Elle est humiliée, mais elle garde son port droit. Ce moment calme sa stratégie pendant une heure.Ricla ne commente pas.

L'arrivée au camp intermédiaire 1
Le camp intermédiaire apparaît vers la fin de la journée : quelques tentes basses, un poteau de signalisation, un écran, une réserve d’eau, des barrières pour les chevaux. Le ciel est orangé, mais froid. Début de soirée.

Cecilia arrive première, probablement vers 18h18. Elle gagne le choix de tente. Elle est fatiguée, mais elle masque bien. Le cheval, lui, trahit davantage l’effort. Il souffle fort. Cecilia le remarque avant les caméras, desserre légèrement les sangles et murmure quelque chose que les micros ne captent pas. Elle a gagné le jour, mais elle a dépensé plus que les autres.
Elle choisit la meilleure tente : celle qui est le plus à l’abri du vent, proche de l’eau, lit confortable, pas trop proche de l’écran, vu sur les autres tentes.

L’écran annonce :

ÇEÇILIA SANCHEZ - PREMIÈRE ARRIVÉE
CHOIX PRIORITAIRE DE TENTE ACCORDÉ

Elle y dépose ses affaires, puis ne s’y installe pas immédiatement. À la place, elle reste debout devant l’entrée, les bras croisés, le visage légèrement tourné vers la piste. Elle attend. Lorsque Esteban apparaît enfin, deuxième, quelques minutes plus tard, elle ne sourit pas tout de suite. Elle le laisse approcher, le laisse comprendre qu’elle l’a vu arriver, puis seulement là, elle incline légèrement la tête. Esteban descend de cheval avec moins de rigidité qu’elle, mais pas avec autant de légèreté qu’il voudrait le faire croire. Il a encore son sourire, mais ses épaules sont plus basses. La journée l’a touché. Cecilia le remarque. Elle regarde son cheval, puis lui.

«Tu as gardé assez de force pour faire semblant que ce n’était pas difficile.»

Esteban souffle un rire bref.
«Et toi, tu as gagné assez proprement pour faire semblant que tu n’avais rien à prouver.»

Cecilia laisse passer une seconde. Son regard reste calme, presque doux.
«Peut-être que je voulais seulement être la première à choisir.»

Esteban jette un œil à la tente derrière elle.
«Et tu as bien choisi à ce que je vois»

Elle ne répond pas tout de suite. Elle ajuste lentement le gant de sa main droite, comme si la question n’avait aucune importance.
«Pas seulement.»

Esteban comprend. Son sourire change un peu. Moins moqueur. Plus attentif.
Cecilia s’approche d’un pas. Pas trop près. Juste assez pour qu’il baisse un peu la voix s’il veut répondre.
«Je préfère ça.”

«Tu préfères que je me méfie ?»

«Je préfère que tu comprennes que je ne donne rien par accident.»

Il la regarde, puis regarde la tente, puis revient à elle.
«C’est presque une invitation.»

Cecilia soutient son regard.

«Presque.»

Esteban sourit enfin franchement.
«Tu travailles toujours comme ça ?»

«Non.»

Elle marque une pause.
«D’habitude, je n’ai pas besoin de tente.»

Esteban rit doucement. Cecilia le laisse rire, puis se tourne vers l’entrée de la tente.
«Ton cheval a besoin d’eau. Toi aussi. Après, tu peux entrer.»

Il penche la tête.
«Je peux ?”

Elle le regarde par-dessus son épaule.
«Si tu veux continuer à faire semblant que c’est ton idée.»

Cette fois, Esteban ne répond pas immédiatement.
«Tu es beaucoup moins innocente que ton dossier essaie de le vendre.»

Cecilia baisse légèrement les yeux, puis les relève.
«Et toi, tu es beaucoup moins imprudent que tu veux en avoir l’air.»

Silence.
Le vent passe entre eux.
Puis Esteban prend la bride de son cheval et se détourne vers la réserve d’eau.
«Garde-moi une place, alors.»

Cecilia ne sourit qu’après qu’il lui a tourné le dos.


Le soir tombe

Cecilia et Esteban sont dans ou près de la meilleure tente. Leur alliance commence à se dessiner. Kaelor observe les chevaux. Il remarque que celui de Cecilia est attaché proche de celui d'Esteban.

scène3
15689
logo
ambiant
Épisode 3 : l'Alliance de Feu et de Glace
d
Le début d'épisode commence avec un montage de tous les autres candidats qui arrivent au premier camp dans l'ordre avec à chaque fois un écran noir indiquant l'heure d'arriver avant la scène.

18h45

Kaelor arrive troisième,
Il a respecté son plan. Il observe les tentes, les chevaux, les visages, l’état de celui de Cecilia qui est attaché proche de celui d'Esteban.

19h10

Ricla arrive quatrième, Jared est proche d'elle.
Elle n’est pas première, mais elle a encore la broche.

Une mélodie retentie et l’écran s'allume et a écrit :
mélodie
BROCHE BLEUE CONSERVÉE — BONUS ACCORDÉ À RICLA VAES.
POUVOIR PARTIR D'UN CAMP À 7H UNE FOIS
Jared arrive presque avec Ricla, mais légèrement derrière. Il a tenu son rôle de protection discrète.

19h40

Elara arrive dernière du groupe,
Elle n’est pas hors délai, donc pas de malus immédiat.
Elle garde une dignité froide. Mais la caméra montre ses mains lorsqu’elle descend de cheval, elles tremblent légèrement de rage contenue.

Le nuit tombe
Six tentes alignées sur une légère pente, une citerne d’eau, un enclos temporaire pour les chevaux, une zone de feu, trois projecteurs bas, et l’écran officiel dressé face à la steppe comme un autel administratif.
La nuit était tombée depuis longtemps, mais personne ne dormait vraiment. Le classement du Jour 1 restait affiché en petit dans un coin de l’écran.
1 - Çeçilia Sanchez
2 - Esteban Valdes
3 - Kaelor Sarrin
4 - Ricla Vaes — Broche bleue conservée
5 - Jared Korvess
6 - Elara Myre

La mention bleue près du nom de Ricla brillait plus que les autres.

Kaelor choisit une tente simple, proche de l’enclos, parfaite pour entendre les chevaux. Il mangea froid, assis à même le sol, puis replia soigneusement son emballage. Il ne parla à personne. Il ne regarda presque pas l’écran. À travers l’ouverture de sa tente, il observa. Puis il se coucha sans retirer ses bottes.

Ricla ne demanda pas à Jared de rester. Il resta quand même. Il s’installa à la belle étoile devant sa tente, à une distance suffisante pour ne pas paraître trop proche, mais assez près pour bloquer l’accès. Son corps faisait une barrière.
Ricla passa la tête hors de la tente.
- Tu ne vas pas dormir ?
- Si.
- Pas là.
- Si.
Elle le regarda. La broche bleue était posée contre la toile intérieure, mais encore fixée à son brassard. Ricla n’avait pas osé l’enlever. Tu ne peux pas faire ça quatre nuits, dit-elle. Jared répondit sans tourner la tête qu'elle doit aller se reposer. Ricla ferma lentement la tente. Mais elle ne dormit pas tout de suite. Elle écouta les pas, le vent, les chevaux, les froissements de toile, les petits bruits
Elara sortit de sa tente un peu plus tard. Kaelor la vit avant qu’elle ne fasse trois pas. Elle marcha d’abord vers la tente de Ricla. Puis s’arrêta. Jared était couché devant l’entrée, mais il ne dormait pas vraiment.
Elara tourna alors le regard vers les chevaux. Kaelor se leva.
- Le froid aide à penser ? demanda-t-il.
Elle se retourna comme si elle l’avait attendu.
- Le silence aide davantage.
-Alors tu es au mauvais endroit. Les chevaux parlent beaucoup la nuit.
Elle suivit son regard vers l’enclos.
- Tu m’accuses ?
- Non.
-Tu me surveilles.
-Oui.
La franchise la prit de court plus sûrement qu’une insulte.
- Tu fais cela avec tout le monde ?
- seulement ceux qui ont besoin d'aide.
Son visage se durcit.
-J’ai perdu une journée. Pas la guerre.
-Les gens disent cela juste avant de faire une bêtise pour le prouver.
Elara s’approcha d’un pas.
- Et toi ? Tu n’en fais jamais ?
- J’en fais. Mais rarement pour sauver mon orgueil.
Elle détourna les yeux une fraction de seconde.
-Si j’avais voulu agir, tu serais arrivé trop tard.
-Peut-être.
-Alors pourquoi être là ?
-Parce qu’un peut-être vaut mieux qu’un regret.
Elle resta silencieuse. Le vent passa entre eux, froid, sec.
-Tu crois pouvoir m’arrêter ? demanda-t-elle enfin.
-Cette nuit, oui.
- Et demain ?
- Demain, tu choisiras une autre manière de perdre.
La colère revint dans ses yeux, mais elle ne trouva pas de phrase assez bonne pour la porter.
Kaelor reprit, plus bas :
- Ou une première manière de les retrouver.
Cela, elle ne s’y attendait pas. Il la laissa avec cette phrase et retourna vers sa tente. Elara resta dehors encore quelques secondes, puis rentra.

Dans la tente de Çeçilia, la lampe basse donnait aux visages une couleur de braise. Esteban était assis contre un sac roulé, les jambes allongées, le regard plus éveillé qu’il ne voulait le montrer.
- Tu ne dors pas, dit-elle.
-Je dors mieux quand je ne suis pas dans la tente d’une fille qui m’a recruté avant le coucher.
- Tu es entré librement.
-C’est ce qui rend la chose vexante.

Elle s’assit face à lui.
-Tu aimes croire que personne ne peut t’amener où il veut.
-Et toi, tu aimes prouver le contraire ?
-Non. J’aime savoir qui s’en aperçoit.

Il l’observa. Elle ne baissait pas les yeux. Elle ne jouait pas la douceur, pas vraiment. Elle l’utilisait par moments, comme on utilise un tissu pour cacher une arme.
- Tu es dangereuse, dit-il.
- Tu n’es pas déçu.
-Non.

Le silence qui suivit fut plus honnête que la réponse. Plus tard, Çeçilia se leva.
-Je vais vérifier les chevaux.

Esteban tourna la tête.
-Tu vérifies beaucoup de choses, la nuit.
-Les choses cassent plus facilement quand personne ne regarde.
-Ou quand quelqu’un regarde au bon moment.

Elle lui adressa un léger regard.
-Tu viens ?

Il sourit.
- Tu viens de me dire que tu n’avais pas besoin de moi.
-J’ai dit que j’allais vérifier les chevaux. Pas que j’allais seule.

Il se leva.
Ils sortirent ensemble.
Ils passèrent près de l’enclos. Çeçilia posa une main sur l’encolure de son cheval, vérifia l’eau, les sangles, le sabot.
elle de Ricla était protégée par Jared.

- Il ne dort pas, murmura Esteban.
- Non.
- Tu comptais sur le contraire ?

Çeçilia ne répondit pas. Esteban regarda son profil.
Tu as un très joli silence quand tu ferme ta belle gueule.
- Tu est repoussant quand tu parle.
-Alors je ne le suis pas la plupart du temps.

Un bruit vint de la tente de Ricla. Une toile froissée. Jared se redressa aussitôt. Çeçilia resta immobile. Puis elle dit, assez fort pour être entendue :
- Le cheval de la première tente boit mal. Je voulais comparer les seaux.
Jared ne répondit pas. Il les regarda. Esteban leva une main, faussement innocent.
-Nuit charmante, Korvess.
Aucune réaction.
- Toujours aussi charmant.
Çeçilia posa une main brève sur l’avant-bras d’Esteban. Pas pour l’arrêter. Pour lui rappeler qu’elle décidait du moment où l’on continuait. Ils retournèrent vers leur tente. À mi-chemin, Esteban murmura :
- Tu étais réellement venue pour les seaux ?
- Non.
- Bien.
Elle le regarda.
-Bien ?
-J’aurais été déçu.
Elle détourna les yeux, mais pas assez vite pour cacher l’ombre d’un sourire.

Le jour se lève.
Les candidats sortirent un à un, plus silencieux que la veille. Les chevaux furent sellés. Les gourdes remplies. Les regards évités. Ricla vérifia d’abord la broche. Jared vérifia d’abord les alentours. Çeçilia vérifia son cheval plus longtemps que nécessaire. Esteban le remarqua.
- Il a moins aimé gagner que toi.
-Il n’a pas demandé à gagner.
- Personne ici n’a demandé grand-chose.

Elle serra la sangle, puis répondit :
-Certains demandent avec plus de bruit que les autres.

Il sourit.
-Tu me vises ?
-Tu t’es reconnu.

Plus loin, Kaelor observait la scène. Elara s’approcha de lui, tenant les rênes de son cheval.
- Tu comptes encore attendre que les autres se fatiguent ?
-Oui.

L’écran s’alluma à 7h00.
La présentatrice apparut, lumineuse, trop propre pour la boue froide du matin.
«Candidats, le Jour 2 commence. La distance du jour reste fixée à trente kilomètres. Départ à huit heures. Arrivée obligatoire avant vingt heures. Les avantages non utilisés demeurent attachés à leur porteur. La broche bleue reste active.»

À 8h00,
Çeçilia partit en tête. Mais pas comme la veille. Son rythme était plus lent. Esteban se plaça près d’elle, parfois devant, parfois à côté, jamais trop loin.
Kaelor avance seul, derrière lui, Elara commence à le suivre plus souvent que prévu. Elle déteste ça. Mais elle déteste encore plus rester seule avec ses pensées ces derniers temps. Ricla garde la broche bleue sur son bras gauche. Elle la sent plus qu’elle ne la voit. Comme une petite brûlure froide. Jared reste proche. Tu devrais la cacher mieux, dit il. C’est visible quoi que je fasse, répondit-elle.
Le cheval de Ricla commence à montrer de la fatigue.
«On ralentit » Dit il.
Elle le regarde.
Le soleil est déjà plus bas quand Elara change de rythme.
Elle se rapproche. Pas doucement. Pas intelligemment. Elle se glisse dans l’espace entre les chevaux comme une pensée mauvaise qu’on n’a pas invitée. Kaelor la voit. Il ne réagit pas. Cecilia la voit aussi. Elle plisse les yeux, mais ne bouge pas encore. Elara vise Ricla.
La broche.
Elle accélère d’un coup.
Son cheval souffle. Mais elle s’en fiche maintenant.
Elle arrive à hauteur de Ricla.
Jared comprend avant tout le monde.
«Écarte toi» dit il.

Elara sourit.
«Ou quoi ?»
x
Elle tend la main.
Un geste rapide, sale, précis.
La broche est à portée.
Deux doigts presque dessus.
C’est là que Jared bouge.
Pas un avertissement. Pas une discussion. Juste un choc. Son cheval coupe la trajectoire. Les deux montures s’accrochent.
Le sol est irrégulier. Les chevaux perdent l’équilibre et tout tombe.
Elara et Jared basculent ensemble, roulent dans la poussière, un mélange de bottes, de sang léger, de souffle coupé et de jurons étouffés et un bruit sec. Quelque chose dans la jambe de Jared réagit mal. Elara aussi reste au sol une seconde trop longue. Ricla s’arrête net.
- Continue, crie Jared, la voix cassée. Continue.

Ricla hésite une fraction.
Puis elle comprend.
Elle part. et la broche bleue disparaît dans la poussière qui avance.

Plus loin, Esteban ralentit. Il a vu une partie de la scène. Cecilia regarde en arrière, les yeux très calmes.
«On s’arrête ?» demande Esteban.
Elle ne répond pas.

Arès la chute
ambiant
Elara se redresse la première. Elle respire fort. Elle a mal, mais pas assez pour rester honnête avec elle-même. Jared essaie de se relever. Son cheval est blessé et donc finito pour la course rapide. Ils restent là quelques secondes. La course continue sans eux. Le monde ne s’arrête jamais pour deux corps par terre. Jared regarde son cheval. Puis la steppe. Puis Elara.

« On ne rattrapera pas le groupe avant demain matin. »
« Et alors ? » dit Elara.
« Alors, soit tu restes ici à attendre que ton cheval s’éteigne, soit tu m’aides à trouver un abri. »

Elle croise les bras, grimace.
« Pourquoi je t’aiderais ? »
« Parce que si tu restes seule, quelqu’un finira le travail que tu as commencé aujourd’hui. »

Silence.
Elara n’aime pas perdre. Mais elle déteste encore plus être inutile.
« Où ? »

Jared pointe une direction.
« Il y a une ferme à l’ouest. Je l’ai vue sur la carte du matin. Deux ou trois kilomètres. »

Elara souffle.
« Mauvais plan, ayy !!! »

Jared donne une partie de son bandage à Elara.
« Pour les côtes. Serre, mais pas trop. Tu peux marcher ? Parfait, on y va. »

Ils avancent lentement vers l’ouest. Jared tient son cheval par les rênes. L’animal boite, mais il peut marcher. Elara marche à côté de son propre cheval, une main sur les côtes. Chaque pas lui donne l’air d’avoir avalé un couteau. Ils ne parlent pas pendant les dix premières minutes. Ils contemplent les vastes terres fermières à l'horizon. Puis Elara dit :
« Elle ne s’est pas arrêtée. » tout en baissant la tête, pensive.

Jared ne la regarde pas.
« Je lui ai dit de continuer. »

« Pourquoi elle t’obéit ? Je sais que la plupart ici sont des enfants-soldats habitués à ça, mais personne n'obéit à l'autre entre eux, alors pourquoi vous deux, c'est différent ? »

« Ça ne l'est pas. »

« Elle l’a fait pourtant, elle t'a obéi comme un soldat obéit à un ordre, comme une personne obéit à l'harmonie. »

« Parce qu’elle a compris ce qu'on fait ici et notre but réel dans tout ceci. »

D'un coup, ses yeux s'écarquillèrent comme si elle attendait ce mot depuis un moment. Elara rit, puis regrette aussitôt à cause de ses côtes.
« Elle a compris quoi ? Abandonner quelqu’un qui te suit depuis le premier jour au sol, ce n'est pas grave ? »

Jared s’arrête. Il se tourne vers elle.
« Tu as essayé de lui arracher la broche à cheval. Tu as failli la faire tomber. Tu as blessé mon cheval. Ne parle pas d’abandon comme si tu venais d’inventer la loyauté. »

« Tu ne me connais pas, être un ex-enfant-soldat ne minimise en rien ce que quelqu'un peut subir en... » Elle ne finit pas sa phrase.

Ils reprennent la marche. La ferme apparaît plus tard, au bout d’une pente douce. Une bâtisse basse, en pierre claire, avec un toit sombre et un petit enclos. Rien d’héroïque. Une ferme qui a l’air d’avoir survécu à tout parce qu’elle n’a jamais attiré l’attention.
« Étrange, en Cérulie les fermes sont harmonisées ! » dit-elle, intriguée.
« Je s... Que signifie "fermes harmonisées" ? »
« Ah oui, c'est vrai, tu n'es pas de Cérulie. Ici, les fermes appartiennent toutes à l'État, les fermiers sont nourris, logés et payés en crédits par l'État, qui ramène des bénévoles lors des récoltes et des crunchs, et redonne l'excédent en fin de semaine ou de mois aux fermes qui sont censées être de très grande taille, reliées toutes entre elles. »
« Donc, que fait ici une petite ferme délabrée et recluse ? »

Un homme sort, vieux, large, avec des bras de quelqu’un qui a porté des seaux toute sa vie. Il regarde les deux jeunes, les chevaux, la poussière, la jambe blessée. Il sourit et ne pose qu’une question.
« Programme ? »

Jared répond :
« Oui. »

Le fermier soupire.
« Évidemment. J'ai reconnu le paysage lors de l'introduction. »

Il ouvre la barrière.
c

Sous le toit du fermier
Le fermier dit s'appeler Marrec. Sa ferme sent la laine humide, le lait chaud, le bois brûlé et les pommes de terre. C’est la première odeur humaine depuis deux jours. Il accepte de soigner le cheval de Jared et le met dans les mains d'une personne qui semble avoir l'âge pour être sa femme. Il ne promet rien. Jared accepte le verdict. Elara est assise près du poêle, un bandage autour des côtes. Elle tient une tasse de bouillon. Elle a voulu refuser, évidemment. Marrec l’a regardée comme on regarde un enfant qui essaie d’impressionner. Il lui dit :
« Hein, même des filles comme vous à qui l'harmonie a tout donné osent trahir. » Il la laissa réfléchir à ses mots.

La nuit tombe.
Dehors, le programme continue sans eux. Il y aura des classements, des annonces, peut-être des pénalités. Ici, il y a seulement le feu qui craque et un fermier qui semble effrayé et qui ne pose pas de questions indiscrètes, ce qui est une qualité rare que les Céruliens seuls possèdent.
Elara finit par dire :
« Tu penses qu'on va me reprocher ça combien de temps ? J'ai cru dans ma tête que si une personne qui vient de Cérulie comme moi gagne un combat contre une personne qui vient de l'extérieur, les gens se rallieraient derrière quelqu'un qui leur ressemble. Ce n'est pas ça qu'ils voulaient que je fasse en me mettant là ? »

Jared ne répond pas tout de suite. Il tient sa tasse de bouillon entre ses mains. Le fermier a mis trop de sel. Le feu claque dans le poêle. Marrec fait semblant de ranger des oignons. Sa femme, elle, ne fait même pas semblant. Elle écoute. Elle écoute comme une personne qui sait que les mur.....

Jared regarde Elara.
« Tu veux une réponse honnête ? »

« Non, Jared. Je préfère que tu me récites le manuel civique avec la voix de mon père fatigué revenant de sont tour de garde de 14h. »

Il boit une gorgée. Il grimace.
« Ce bouillon est une attaque. »

Elara baisse les yeux vers sa tasse. Elle ne sourit pas, mais sa bouche perd un peu de dureté. Jared repose la tasse.
« Ils voulaient que tu fasses exactement ce que tu as fait. »

Elle le regarde.
« Me ridiculiser ? »
« Non. Réagir. Montrer que la Pureté peut encore mordre. Montrer que Ricla n’est pas seulement une fille avec une broche, mais une cible étrangère. Ils voulaient une image simple. Toi contre elle. Cérulienne contre ennemie. Ordre contre chaos. Belle petite histoire. Facile à vendre avant le repas du soir. »

Elara fixe le feu.
« Et j’ai donné la scène. »
Elle serre la tasse plus fort.

« Tu pourrais mentir un peu. Ce serait charitable. »
« Je ne suis pas charitable. »
Cette fois, Jared sourit presque. Pas assez aux yeux de la caméra pour le vendre comme un moment tendre.

Elle reprend :
« Tu sais ce qui est drôle ? »

« Pendant des mois, la pièce était toujours plus blanche que la veille, pour me faire redevenir pure. Une pièce blanche, Jared. Blanche sur les murs. Blanche sur le sol. Blanche dans la nourriture. Blanche dans la lumière. Même leurs mensonges avaient l’air lavés. »

Elle touche le bandage autour de ses côtes.
« Et maintenant ils me mettent dans une steppe pleine de poussière, avec un cheval qui sent le cuir humide, un fermier qui met trop de sel, et toi qui me regardes comme si j’étais un piano désharmonisée . »

De l'autre côté de la pièce, la femme lance un torchon à son mari. Il l’attrape sans regarder. Beau geste. Probablement cinquante ans d’entraînement conjugal. Elara le regarde, surprise. Puis elle revient à Jared.
« Je pensais que si je battais Ricla, je redevenais quelque chose. Pas pure. Je ne crois plus à ça. Mais quelque chose d'utile à l'harmonie. Quelque chose qu’on ne peut pas jeter dans une pièce et oublier. »
Jared baisse les yeux vers ses bottes. La boue sèche forme des plaques sur le cuir.
« Elle a sa broche. Esteban a sa bouche. Kaelor a son silence. Cecilia a son regard terrifiant . Moi, j’ai l’air d’un type qui cherche une tombe avec mon nom dessus. Toi, tu avais quoi ? »

Elara avale lentement.
« Un pêché. »
«qu’ils t’ont donnée ? »

Elle relève la tête. Comme pour dire "Comment tu sais ça?"
Jared hésite. Pas longtemps.
« Parce qu’ici, quand quelqu’un fait vraiment une faute, ça pue la sueur, la peur, le sang, le mauvais choix, la mauvaise personne. Toi, ça sent autre chose. »

Elara lâche un petit rire sec. Ses côtes la punissent aussitôt.
« Aïe. »
« Bien fait. »
« Tu es immonde. »
« Tu as essayé de voler une broche à une inconnu dos de cheval au beau milieu des steppes. »
« D’accord, j'avoue, comment sommes-nous arrivés ici ? eheh»

Le silence revient. Mais il est moins froid. Dehors, le cheval de Jared gratte le sol. La bête souffre.
«Le programme adorera ça. Il adorait toujours les chutes qui pouvaient devenir pédagogiques.» Dit-elle en levant la tête.

Elara regarde vers la fenêtre. Il fait presque nuit.
« Ricla va y arriver ? »
« Oui. »
« Tu en es sûr ? »
« Oui. Elle a traversée bien pire.»

Elle hoche lentement la tête.
« Elle s’appelle vraiment Ricla hehe? Je ne sais pas d'où ça vient, mais c'est unique, je lui accorde ça »

Jared ne bouge plus. Marrec cesse de remuer ses oignons. Sa femme aussi s’arrête. Elara comprend qu’elle vient de marcher sur quelque chose.
e
Pendant ce temps, sur la route
Ricla arrive au Camp 2 peu avant la limite. Elle arrive poussiéreuse, les lèvres sèches, les yeux trop ouverts. Son cheval tremble un peu dans les jambes. Rien de dramatique.

L’écran s’allume dès qu’elle franchit la borne.

RICLA VAES, ARRIVÉE VALIDÉE.
BROCHE BLEUE CONSERVÉE.
BONUS SUPPLÉMENTAIRE MAINTENU.


Esteban, assis près de la citerne, relève la tête. Cecilia est debout à côté de lui. Elle a déjà lavé ses mains. Bien sûr. Elle lave toujours ses mains. Kaelor est arrivé premier. Il est arrivé comme une pierre qu’on aurait poussée depuis la montagne et qui aurait simplement refusé de s’arrêter. Son cheval est fatigué, mais propre. Pas blessé. Pas nerveux. Esteban est arrivé deuxième. Cecilia troisième, à quelques minutes derrière lui. Ce détail l’agace plus qu’elle ne le montre. Elle a voulu contrôler le rythme. Ricla arrive quatrième. Mais avec la broche. Esteban se lève. Il fait deux pas vers elle, puis s’arrête. Ricla descend de cheval. Trop vite. Elle manque de plier du genou, se reprend.
Esteban : « Jared n’est pas là !»
14102
z
ambiant

Épisode 4 : l'Alliance de Feu et de Glace partie 2

L’épisode commence avant le générique avec le bruit d’un stylo. La caméra est très proche de la page du Registre d’Harmonie. Vous voyez l’encre noire qui a bavé dans le papier humide. Vous voyez les noms écrits la veille, les fonctions, l’heure, la météo, les phrases propres qu’Esteban avait posées là dans le carnet.

Dans la marge basse, les petits caractères réapparaissent.
Cette liste de rôles fut acceptée sans vote. Elle fonctionne correctement. Elle ne dit rien de vrai sur les personnes qui la respectent.


Un écran noir. Une respiration amplifiée. Puis une phrase blanche, parfaitement centrée.
"Un citoyen perdu ne cherche pas son chemin. Il attend qu’on lui indique la bonne direction."



La voix de la présentatrice arrive par-dessus l’image et a écrit :
Dans tout groupe naissant, la sincérité précède l’ordre. Là où l’individu cache ses intentions, le Registre révèle la structure.

1

Le camp.
Esteban :
« Jared n’est pas là ! »
Ricla ne répond pas. Elle tient encore les rênes de son cheval, debout devant la borne d’arrivée, la poussière collée aux joues, la broche bleue au bras gauche.
L’écran confirme encore
RICLA VAES, ARRIVÉE VALIDÉE.
BROCHE BLEUE CONSERVÉE.
BONUS SUPPLÉMENTAIRE MAINTENU.


Esteban avance d’un pas.
« Où est Jared ? »

Ricla cligne des yeux. Une fois. Deux fois. Le vent lui arrache quelques mèches de cheveux de sous sa capuche.
« Il est tombé. »

Le camp se fige. Même Çeçilia, qui vient de laver ses mains dans l’eau froide de la citerne, cesse de frotter ses doigts. Kaelor lève la tête depuis l’enclos. Il ne montre aucune surprise. C’est presque pire. Son regard glisse vers la piste, vers la poussière encore suspendue au loin, vers la ligne de terrain où une chute aurait pu casser une jambe, un cheval, une personne.

Esteban parle plus bas.
« Tombé comment ? »

Ricla serre les rênes.
« Elara a essayé de prendre la broche. Jared l’a bloquée. Ils sont tombés. Les chevaux aussi. »
« Et tu es partie. »

Ricla tourne enfin la tête vers lui.
« Il m’a dit de continuer. »

Esteban rit une seule fois. Un son bref, laid, sans joie.
« Ah. Il t’a dit. Donc tout va bien. »

Çeçilia intervient.
« Elle avait la broche. Le règlement récompense la conservation. Elle a pris la décision correcte. »

Esteban se retourne vers elle. Çeçilia ne recule pas. Elle ne hausse pas la voix et continue.
« Ce n’est pas une question de préférence. C’est une question de survie dans une épreuve conçue pour punir l’hésitation. »

Kaelor était debout près de la citerne principale, la clé qu'il avait trouvé en arrivant premier bien serrer dans ses poings.

L’écran officiel vibra et afficha le classement.

1 - KAELOR SARRIN
2 - ESTEBAN VALDES
3 - ÇEÇILIA SANCHEZ
4 - RICLA VAES - BROCHE BLEUE CONSERVÉE
JARED KORVESS - NON ARRIVÉ
ELARA MYRE - NON ARRIVÉ


la voix de la présentatrice. a écrit :
«Candidats Jared Korvess et Elara Myre en situation de retard territorial. Leur arrivée au Camp 2 reste ouverte jusqu’à reprise du trajet harmonique. Les retards seront intégrés au score général.»

Esteban leva les yeux vers l’écran.
«Intégré au score général. Quelle délicatesse. Deux personnes sont peut-être en train de pisser le sang dans un fossé, mais ....»

Cecilia tourna la tête vers lui.
«Tu veux partir les chercher ?»

Il la regarda.
« Tu sais très bien qu’on ne peut pas.»
«Alors ne gaspille pas ta colère ici.»

Kaelor tenait la clé.
«Les chevaux d’abord.»

La citerne du Camp 2 était protégée par un coffrage métallique bas, peint en bleu administratif, avec un cadenas gros comme un poing. À côté, une caisse scellée portait l’inscription : RATIONS ÉQUINES ET HUMAINES, DISTRIBUTION SOUS RESPONSABILITÉ DU PREMIER ARRIVÉ.

Cecilia lut l’étiquette. Lentement. Le visage surpris. Kaelor sortit deux rations équines pleines. Une pour son cheval. Une autre, plus petite, qu’il garda dans sa main. Ricla vit le geste. Elle comprit avant qu’il parle. Il s’approcha d’elle.
«Ton cheval a besoin d’eau et de repos. Beaucoup plus que toi.»

Ricla gardait une main sur l’encolure de l’animal.
«Je sais.»
« Tu as deux avantages.»

Elle leva les yeux vers lui. Ses paupières étaient rouges de poussière.
« Tu veux acheter quelque chose.»
« Oui.»

Ricla demanda :
« Quoi ?»
«L’assurance que tu ne me désigneras pas pour l’épreuve individuelle de huit heures.»

Ricla regarda la citerne. Puis son cheval. Puis la piste vide.
«Contre quoi ?»
« Eau sans limite pour ton cheval ce soir. Ration complète. Accès avant les autres demain matin si tu pars à sept heures.»

Cecilia intervint.
«C’est généreux.»

Kaelor ne la regarda pas. Cecilia sourit à peine. Une couture au coin de la bouche.
Kaelor donna la ration. Puis il ouvrit la citerne. L’eau coula dans le seau avec un bruit énorme. Dans cette steppe sèche, ce bruit ressemblait à une insulte. Esteban tendit sa gourde. Kaelor la remplit à moitié.
« C’est tout ?»
« Minimum vital.»
«Tu veux rire ?»
« Non.»

Kaelor remplit aussi celle de Cecilia à moitié. Puis les deux autres, de la même quantité. Cecilia fixa la ligne d’eau dans sa gourde.
« Tu sais que ça ne tiendra pas pour demain.»
«C’est le but.»

Elle leva les yeux vers lui.
«Tu penses pouvoir gagner seul.»

Kaelor referma le cadenas.
Clac.
« Non.»

z

Ricla choisit sa tente en dernier. Elle attacha la broche à l’intérieur de son brassard, puis passa le brassard sous sa manche. Elle ne mangea que la moitié de sa ration. Le reste alla au cheval. Plus loin, Cecilia entra dans sa tente. Esteban la suivit quelques minutes après, mais pas tout de suite. Il resta dehors assez longtemps pour que cela ressemble à sa décision. À l’intérieur, elle avait posé sa gourde sur le sol, au centre, comme une preuve. Il faut la clé, dit-elle. Esteban s’assit.
« Bonsoir à toi aussi.»
«Tu y pensais déjà.»
«Peut-être.»
«Il dort près des chevaux. Il garde ses bottes. Il aura la clé sur lui ou sous son sac. Tu es plus léger que moi.»

Cecilia retira ses gants. Ses doigts portaient de petites marques rouges à cause des rênes.
« Kaelor veut partir devant avec un cheval intact. Si on le laisse gérer l’eau, demain il nous enterre tous à vingt kilomètres.»
«Tous ?»
«Moi. Toi. Ricla. Les deux autres s’ils reviennent.»
«Tu as vu Ricla arriver seule.»

Il ne répondit pas.
«Tu as vu ce que ça change.»
« Ça change qu’elle est seule.»
«Ça change qu’elle utilisera ses avantages. Et qu’elle me choisira probablement.»

Esteban leva les yeux.
« Parce que tu as rôdé autour de sa tente hier ?»
« Parce qu’elle est intelligente.»
«J’aime cette confession. Continue.»
« Si elle me bloque à huit heures, je perds du temps. Si Kaelor part avec la clé et son avance, il prend le Camp 3. Il choisit encore. Il décide encore. À la fin, tu feras tes grands yeux noirs devant une citerne fermée et tu plaisanteras sur la cruauté du mobilier.»

Elle remit ses gants.
«Va chercher la clé.»
« Tu demandes mal.»
« Va la chercher, Esteban.»

Il sourit enfin.
« Mieux.»

Il sortit.
Cecilia resta seule dans la tente. Elle attendit cinq secondes. Dix. Puis elle souleva le rabat arrière et regarda vers la tente de Ricla. Sous les projecteurs, Ricla était assise dehors, dos à la toile, un couteau minuscule posé sur ses genoux. Pas une arme de combat. Un outil.
Ricla regardait l’écran et l’écran, pour une fois, ne disait rien. Elle reste a découvert et face au plus de cameras possibles comme protection. Elle sait que les autres hésiteront davantage à l’agresser sous la lumière officielle. Çeçilia vérifie la tente de Ricla par l’arrière. Elle voit Ricla assise sous les projecteurs, prête, immobile, couteau posé sur les genoux. Ricla ne dort pas.

L’épisode coupe ensuite vers Jared et Elara, à la ferme de Marrec.

Ferme de Marrec.
Marrec et sa femme Ivenn soignent Jared, Elara et le cheval blessé. Ivenn bande les côtes d’Elara plus solidement. Elle applique un cataplasme sur la jambe de Jared. Marrec soigne le cheval de Jared, puis donne son verdict : le cheval ne pourra pas suivre le lendemain. Jared le savait déjà, mais l’entendre le force à accepter la perte. Elara prend alors une décision :
« On le laisse ici. »
Jared n’aime pas cette idée. Mais elle a raison. Si le cheval de Jared force, il mourra. Marrec accepte de le garder quelques jours. Ils savent que le lendemain sera dur. Ils devront rejoindre le Camp 2, puis parcourir les trente kilomètres du Jour 3. En réalité, ils auront trente-trois kilomètres à faire, avec des corps meurtris, un seul cheval utilisable, et aucune marge.
Il y a un montage flashback de leur conversation précédente, elle avait demandé si Ricla s’appelait vraiment Ricla. L’atmosphère avait changé. Jared s’était fermé. Elara revient mentalement sur ce point. Elle comprend que "Ricla" est peut-être un nom déplacé par l’État. Un nom imposé. Un masque.
q
Retour au camp 2
Il approche de l’enclos et de la tente de Kaelor. Il avance avec prudence. Il sait éviter les regards malvenues, profiter de la nuit, calmer un cheval par un souffle bas. Mais Kaelor ne dort pas.
Kaelor : « Cecilia t’a envoyé ? »
Esteban : « Je l'ai dépasser sur ça ! Surpris ? »
Kaelor : « Non. »
Esteban : « Alors pourquoi demander ? »

Kaelor porte la clé autour du cou, sous ses vêtements directement contre sa peau. Le vol devient presque impossible sans affrontement. Il sont très proche, Esteban pourrait frapper Kaelor. Il ne le fait pas. Esteban aime faire croire qu’il est impulsif, mais il sait se retenir. Il retourne donc vers la tente de Çeçilia sans la clé. Ricla, depuis sa tente, a entendu assez de leur échange pour comprendre les rapports de force. Elle sait que Kaelor a respecté le deal pour l’instant. Elle sait aussi qu’Esteban ne l’a pas agressée, malgré la pression de Çeçilia. Mais elle ne peut pas se permettre d’en faire une confiance. Elle ne dort pas. Elle pense à Jared. À sa chute. À sa voix qui lui a dit de continuer. Elara l’avait accusée d’obéir “comme une personne obéit à l’Harmonie”. Ricla déteste cette comparaison, mais elle sent qu’il y a dans son geste quelque chose de plus profond qu’un ordre.

6h12

Ricla prépare son cheval. Elle utilise les ressources négociées avec Kaelor. Elle ne prend pas de risque inutile. Elle sait qu’à 7h00 elle peut partir seule, avant tout le monde. Elle sait aussi que le Camp 3 offrira probablement un avantage supérieur au Camp 2. Son raisonnement est net : si le Camp 1 donnait une bonne tente, le Camp 2 donnait l’eau et les rations, alors le Camp 3 donnera mieux. Elle veut arriver assez haut pour en profiter, ou au moins survivre jusqu’à la prochaine récompense. Avant son départ, Kaelor lui confirme leur accord. Il lui demande qui elle a choisi pour l’épreuve de 8h00. Elle ne répond pas. Mais il devine. Ricla se présente à l’écran officiel. La machine reconnaît ses avantages. Elle active d’abord le départ anticipé. Puis elle entre le nom de la candidate désignée :
Çeçilia Sanchez.

L’écran a écrit :"Confirmez vous la contribution à l’évaluation harmonique d’un autre candidat ? "

Ricla répond :
« Je confirme »

7h00
Au moment de partir Ricla monte sur son cheval et vérifie tous une dernière fois, au moment de taper le haut de son bras avec sa main, elle ne sent rien, la broche ! Elle a disparue. Au même moment, Cecilia sort de sa tante comme si elle venait de se réveiller et lui crie délicatement :
«Je te souhaite une très bonne marche matinale»
Elle compris, mais il est trop tard ! Elle a déjà activer son bonus et il est 7h03, elle doit utiliser toute l'heure d'Avance qu'elle a et fonce plus fort et plus rapidement que prévus initialement vers le camp 3.

8h00
« Candidate désignée : Çeçilia Sanchez. »
Esteban est déjà prêt au départ avec Kaelor. Il ne reste pas. Il part sans un regard en arrière.

Çeçilia, elle, reste seule devant l’écran.

L’épreuve est une épreuve de mémoire de conformité : elle doit reconstituer des fragments des slogans et rappels matinaux du quotidien cérulien. Pour une personne non cérulienne, c'est presque mission impossible.

Elle regarde les fragments dans l'écran une fois. Elle fait parler sa logique, les règles de grammaire et de conjugaison. À 09H30, après plusieurs insultes en langue non cérulienne et non traduite, elle annonce les liste de phrases à voix haute. L’écran met plusieurs secondes à valider, elle attend stressée et agitée, ce qui l’humilie davantage. Puis elle réussit sans faute.
Elle a perdu du temps. Elle monte à cheval et part avec une colère froide.
« Très bien. » dit-elle pour elle même sans doute.
2

Pendant ce temps, Ricla avance seule dans la steppe. Elle adopte un rythme régulier. Elle utilise le terrain, quitte la ligne principale par moments, disparaît dans les creux. Kaelor remonte derrière elle plus tôt que prévu. Il la repère mais ne se jette pas dans une poursuite inutile. Il garde son plan. Il dépasse par la piste haute, sans s’épuiser. Esteban rattrape ensuite la roue de Kaelor. Il ne veut pas forcément le battre immédiatement. Il veut utiliser son rythme. Kaelor remarque qu’il est seul.

Kaelor : « Tu pense qu'elle t’aurait ralenti. »
Esteban : « Et toi, tu aurais attendu à ma place ? »
Kaelor : « Non. »
Esteban : « Au moins, on peut s'entendre sur ça. »

Ils continuent ensemble, tendus,
Çeçilia, elle, force son cheval pour rattraper. Elle sait qu’elle le met en danger. Elle vérifie sa respiration, son rythme, sa sueur. Elle n’est pas ignorante. Elle sait ce qu’elle fait. Mais elle accepte de payer avec la monture pour récupérer le temps perdu.

La ferme
De leur côté, Jared et Elara quittent la ferme à 8h. Marrec leur donne du pain, des gourdes, une couverture. Ivenn donne à Elara une bande supplémentaire et lui apprend conseille de faire attention avec ses côtes blessées. Elara remercie d’abord comme une bonne élève du registre. Ils laissent le cheval de Jared chez Marrec. Jared lui touche le front avant de partir. Il ne fait pas de grande déclaration. Jared et Elara montent à deux sur le cheval d’Elara, puis marchent, puis remontent. Leur progression est lente, douloureuse, maladroite. Ils doivent inventer une cadence commune. Elle a mal aux côtes. Lui a mal à la jambe. Le cheval ne peut pas porter deux personnes trop longtemps à cette cadence.

Ils arrivent finalement au Camp 2 vide, en retard. L’écran valide leur arrivée différée. Ils repartent presque aussitôt vers le Camp 3. Ils savent qu’ils ne rattraperont probablement pas la limite de 20h00. Mais ils doivent avancer. Elara monte la première. Ses côtes lui arrachent une grimace sale, Jared le voit. Il ne commente pas. Il vérifie la sangle, puis pose une main sur la croupe du cheval.
« On alterne toutes les heures.»

Elara souffle.
« On va perdre trop de temps.»
« Oui.»
« Tu pourrais dire autre chose.»
«Je pourrais. Ce serait faux.»

Elle ferme les yeux. Deux secondes. Puis les rouvre.
«Très bien. Monte.»

Jared hésite.
Elle le voit.
«Monte, Korvess. Je ne suis pas en verre. Et si je l’étais, ce pays m’aurait déjà .........................................................................»

La route du Camp 3 commence comme une plaie mal lavée. Trente kilomètres de steppe, mais pas la steppe presque plate du premier jour. Ici, le terrain se casse. Il se fend en bosses dures et en creux . La lumière du matin monte sans chaleur. Vous sentez la fatigue avant même de voir leurs visages. Jared garde une main sur la selle et l’autre près de sa jambe blessée. Elara tient droit par orgueil, puis par haine de son propre orgueil. Au bout de vingt minutes, elle comprend qu’elle n’aura pas assez de corps pour jouer longtemps.
« Stop, dit-elle.»
Jared descend immédiatement. Mauvais signe. Il attendait qu’elle craque. Elle descend à son tour, lentement, comme si quelqu’un lui ouvrait les côtes avec un crochet. Ils marchent.

La piste haute
Plus loin, Kaelor et Esteban ont quitté la piste centrale. Kaelor l’a décidé et Esteban a suivi parce qu’il a compris la logique qui est que moins de sable mou, meilleur angle vers le Camp 3, vue dégagée sur la plaine. Plus dangereux si le vent tourne. Mais Kaelor aime les risques.
Ricla court trop vite. Elle n’a plus la broche. Elle a encore l’avantage utilisé. Elle a encore son heure d’avance en train de saigner derrière elle. Mais l’objet a disparu. Le métal bleu qui la rendait visible, dangereuse, rentable. Elle repense au sourire de Çeçilia. Ricla voudrait ne pas comprendre. Mais son cerveau ne lui offre pas ce luxe. Elle voit la scène possible. Çeçilia pendant la nuit. Pas forcément dans la tente. Pas forcément en touchant Ricla. Une lame fine. Une main sous la toile. Le brassard. La broche arrachée sans bruit. Ou un complice. Ou le programme. Ou Kaelor. Ou Esteban.
Non.
Pas Esteban.
Elle ne sait pas pourquoi elle l’écarte si vite et ça l’énerve.
Son cheval trébuche.
Elle tire trop fort. L’animal relève la tête, nerveux.
« Pardon, dit-elle.»
Elle ralentit. Son cœur tape. Une pensée lui ravage le crâne : sans la broche, le bonus du Camp 3 ne tombera peut-être pas. Sans la broche, l’écran peut invalider tout ce qu’elle a gagné. Sans la broche, Jared est tombé pour un objet qui n’existe plus sur son bras.Alors elle fait quelque chose d’inattendu. Elle quitte la piste. Elle tourne à gauche, descend dans une gorge sèche, et disparaît du tracé officiel. Elle a vu quelque chose.
Au fond de la gorge, il y a un pylône effondré. Un vieux pylône de transmission, noir, tordu, à moitié mangé par la rouille. Les câbles ont disparu depuis longtemps. Le béton est fendu. Des plaques de métal jonchent la terre. Rien d’utile, à première vue. Ricla descend de cheval. Elle fouille. Elle a vu une trace. Fine. Récente. Une trace de botte qui n’appartient pas aux candidats qui portent tous le même dessin de botte. Ricla suit les trace et trouve au bout un bout de plastique en forme rectangulaire de la taille de sa main avec deux trous au milieu et semi transparent. Elle lève les yeux vers le ciel. Un drone stationne loin au-dessus de la gorge, petit insecte noir contre le matin.
e
a
ambiant

Épisode 5 : Dernière Ligne Droite

q
L’épisode commence sans musique. Une image fixe. Le pylône effondré, noir, tordu, les câbles arrachés depuis des années comme des nerfs qu’on aurait tirés hors d’un cadavre.
Ricla est accroupie dans la poussière. Dans sa main, l’objet rectangulaire semi-transparent. Deux trous au centre. Des traces de doigts sur le plastique. Rien d’officiel dessus. Aucun emblème. Aucun numéro. Aucun code visible. Au-dessus d’elle, le drone reste immobile. Ricla referme la main. Elle glisse l’objet sous sa veste, entre deux couches de tissu, contre sa peau. Le plastique est froid. Elle le sent immédiatement. Une saloperie venue d’un autre monde, propre, fragile, presque ridicule, plantée maintenant contre son ventre. Elle remonte sur son cheval. Elle ne regarde pas le drone. Ricla serre les rênes.
« Allez.»

Le cheval avance. Puis il accélère. Elle repart vers le Camp 3. Plus de gorge. Plus de détour. Plus de recherche. Elle a déjà perdu assez de temps pour trouver quelque chose qu’elle ne comprend pas. Le drone la suit. Terre cassée, herbe rase, plaques de boue sèche fendues comme une peau morte. Les sabots frappent le sol avec un bruit sec, régulier. L’objet contre son ventre cogne à chaque mouvement.
La caméra passe à une vue large. Ricla n’est presque plus qu’un point noir dans la steppe.

2
Elara ne parle pas.

Depuis le départ de la ferme, elle a gardé les lèvres fermées comme si chaque mot pouvait lui casser une côte. Jared marche à côté du cheval. Ils alternent. Une heure à deux sur la selle quand le terrain le permet. Puis marche. Puis Elara seule. Puis Jared derrière elle. Puis marche encore. Elara garde les yeux devant perdu dans ses pensées.
Elara serre les rênes.
Jared le voit.
« Tu vas trop serrer. Il va tirer.»

Elle relâche un peu.
« Désolée.»

Elara finit par dire :
« Tu fais ça pour elle.»

Jared ne tourne pas la tête.
« Quoi ?»
« Continuer comme ça.»

Il regarde le sol devant eux.
« Je continue parce qu’on doit arriver avant 8h»
« Non.»

Elle s’arrête presque. Lui aussi.
« Toutes tes actions ne se basent presque jamais sur toi, tu continues forcement pour quelqu’un.»

Le vent passe. Jared regarde le relais, puis les collines basses, puis le cheval. Il parle sans bouger les lèvres plus qu’il ne faut.
«Ici, les phrases sont plus que des mots.»

Elara comprend.

Jared reprend, plus bas.
«Quand une personne tombe, parfois on avance parce qu’elle a demandé. Pas parce qu’on accepte. Parce qu’on espère qu’elle comprendra qu’on reviendra autrement.»

Elara le regarde. Elle ne dit rien. Parce que Jared a raison.
«On alterne encore dans dix minutes.»

Jared hoche la tête.

3
Kaelor voit la trace de Ricla quitter la piste. Il s’arrête immédiatement. Esteban est déjà un peu devant. Il tire sur les rênes avec agacement.
« Quoi encore ?»

Kaelor descend de cheval.
«Elle est passée par là.»
«Qui ?»

Kaelor ne répond même pas. Il s’accroupit. Les sabots ont quitté l’axe officiel. Un détour sec vers la gauche.
Esteban regarde la piste secondaire.
«Si tu vas là-dedans, tu perds l’avance.»

Kaelor remonte en selle. Il suit la trace. Esteban reste planté là et pendant trois secondes, son visage montre de l'hésitation.
Il crache au sol.
«Bonne chasse»

Il repart par la piste principale. Kaelor descend vers la gorge. Son cheval n’aime pas le terrain. Les pierres roulent sous les sabots. Le vent change de direction. Les parois basses de la gorge renvoient les sons de manière confuse. Kaelor voit le pylône et la carcasse noire. Le béton fendu. Les plaques de métal. Il descend et il cherche. Il fouille et rien. Pas d’objet. Pas de broche. Pas de marque évidente. Il trouve la trace de botte. Il la regarde longtemps puis pose sa propre botte à côté.
Différent. Il prend une inspiration.
«Merde.»
Il remonte et ce précipite vers la route principale.

5
Çeçilia chevauche seule. Elle n’a pas rattrapé Ricla, pas encore. Sa colère n’a pas baissé, elle s’est raffinée. Elle arrive près de la ligne de crête. Le drone est là. Au-dessus du pylône abandonné. Çeçilia ralentit. Elle essaye de ne pas montrer sa surprise. Elle comprend. Çeçilia passe près du pylône sans s’arrêter. Ne pas regarder. Ne pas ralentir trop. Mais sa main serre les rênes jusqu’à blanchir. Çeçilia talonne son cheval.
«Allez.»

La bête repart et cette fois, elle ne la ménagera plus.

champ 3
Ricla arrive au Camp 3 à 16h41.
Première. L’écran s’allume. La présentatrice apparaît. Sourire doux. Cheveux parfaits. Petite main levée.
La présentatrice a écrit :« Candidate Ricla Vaes. Première arrivée au Camp 3. Accès prioritaire accordé. »
« Avantage du Camp 3 : contrôle de la distribution des vivres et de l’eau jusqu’au départ suivant. Logement prioritaire attribué. »

Rien.
Pas de bonus supplémentaire. Ricla descend de cheval. Ses jambes tremblent une fraction, puis tiennent. Elle va vers la tante et trouve une clé accroché au dessus de l'entrée, surement pour les réserves. Ricla emmène son cheval à l’enclos, le fait boire, le desselle elle-même. Elle vérifie les jambes, les flancs, les yeux, les naseaux. Puis elle entre dans la tente. À l’intérieur, c’est presque confortable. Lit de camp plus large. Couverture sèche. Petite lampe. Caisse de rationnement verrouillée. Bassine. Carte du secteur. Malle métallique. Ricla s’arrête. La boîte est vieille. Pas comme le reste. Pas réglementaire, pas bleue, pas scellée, pas marquée par l’administration cérulienne. Un rectangle noir avec deux boutons, une fente, une poignée. À côté, une autre petite chose : un rectangle de plastique transparent. Une coque autour d’un mécanisme. Ricla sort l’objet trouvé dans la gorge. Même forme. Même largeur. Les deux trous correspondent. Elle regarde la boîte noire. Elle ne sait pas ce que c’est. Alors elle fait ce qu’elle sait faire, elle essaye. Elle pousse l’objet dans la fente, ça bloque, elle retire, tourne, réessaie. Le plastique coince, puis glisse à moitié, elle appuie sur un bouton. Rien. Elle appuie sur un autre.
Un clac sec.
La boîte avale l’objet. Ricla sursaute malgré elle. La lampe grésille. Elle l’entend. Elle ne bouge plus. Puis elle appuie. Un grincement sort de l’appareil, n souffle comme une gorge pleine de poussière. Puis une voix très basse, déformée. Ricla se penche et la voix commence à dire :

« Daria. Si tu entends ceci, alors le canal propre est mort ou tu as été doublée par le Réseau. Ne fais confiance à aucun écran. La candidate Valerion n’est pas... »

Cut.
La série coupe.
e
7
Retour à Jared et Elara. Le soleil commence à descendre. La steppe garde un froid sec qui gratte les os. Elara marche maintenant. Jared est sur le cheval. Elle boite moins que lui, mais chaque inspiration lui coûte. Son bandage tire sur ses côtes et laissent passer le sang. Elle le regarde. Ses cheveux sont collés à ses tempes. Ses lèvres ont perdu leur couleur. Mais son port droit tient encore, cette putain de colonne blanche dressée au milieu d’un corps qui veut plier. Cette fois, Jared descend et marche à côté d’elle. Elle ne proteste pas. Puis Elara parle enfin.
« Tu n’aimes pas qu’on dise son nom.»

Jared ne répond pas.
« Pas Ricla. L’autre.»

Il regarde le sol.
«Je n’ai rien dit.»
« C’est précisément ton problème. Tes silences.»

Il la regarde. Cette fois, elle ne fuit pas.
«J’apprends, dit-elle.»

Il ne demande pas quoi. Elle n’explique pas et ils avancent.

8
Esteban arrive au Camp 3 à 17h06.
Deuxième.
Il franchit la borne avec un cheval sale, fatigué, mais encore solide. Il descend en souplesse, puis manque de glisser sur sa propre jambe engourdie.
Ricla sort de sa tente à ce moment-là. Elle a le visage plus pâle qu’avant. Esteban la voit. Il voit aussi qu’elle referme le rabat trop vite.
«Tu as l’air d’avoir caché un cadavre.»

Ricla verrouille la caisse de vivres.
«Tu es deuxième.»
«Oui. Kaelor est parti lécher des cailloux. Je lui ai laissé ce plaisir.»

Elle ne répond pas. Esteban s’approche d’un pas.
« Tu as trouvé quelque chose ?»

Ricla se retourne et le regarde trop vite. Il la remarque. Ah, dit-il. Donc oui.
«Occupe-toi de ton cheval.»

Il recule. Mais ses yeux vont à la tente.

9
Kaelor arrive à 17h29. Troisième. Il a perdu la deuxième place pour rien, ou presque. La pr`sentatrice le valide.
Kaelor descend. Il marche vers l’enclos. Il vérifie son cheval avant même de regarder les tentes. Esteban l’intercepte près de la citerne.
« Belle promenade ?»
« Oui.»
« Tu as trouvé ton fantôme ?»
«Ses empreintes.»

Esteban cesse de sourire.
«Quoi ?»

Kaelor boit une gorgée. Une seule. Puis rebouche sa gourde.
«Une trace de botte, pas celui candidats ni des fermiers.»

Esteban regarde vers la tente de Ricla.
« Elle a trouvé mieux que toi.»
« Probablement.»
«Tu vas lui demander ?»
« Non.»
« Pourquoi ?»

Kaelor le fixe.
«Parce qu’elle mentira. Je vais attendre qu’elle ait besoin de m'en parler pour qu'elle dise vrai.»
Esteban semble ne pas aimer cette réponse. et repart près du feux de camp.

10
Çeçilia arrive à 18h00.
Son cheval est au bord de la rupture. Elle descend et, pendant une fraction, sa main reste accrochée à la selle par vertige.
Elle se redresse.
Elle voit Ricla.
Elle voit Esteban.
Elle voit Kaelor.
Elle voit la tente principale.
Elle comprend immédiatement.
Ricla est arrivée première.
Ricla a eu la tente.
Le visage de Çeçilia ne bouge pas.

Elle avance vers l’enclos. Desserre les sangles. Vérifie le cheval mais ses yeux, eux, reviennent toujours vers la tente. Esteban la rejoint.
«Ça va ?»
« Oui.»
« Ton cheval n’est pas d’accord.»

Elle ne sourit pas.
Mauvais signe.
Il baisse la voix.
« Tu cherches quelque chose.»
« De l’eau.»
« Non.»

Elle tourne enfin les yeux vers lui et lui chuchote à l'oreille.

11
19h45.
Le ciel est devenu violet. Une ligne de poussière apparaît au sud-ouest. Ricla la voit la première. Elle se fige près de la citerne, deux silhouettes, un cheval. Jared et Elara. Le cheval avance de travers. Elara est en selle, pliée malgré elle et Jared marche à côté, une main sur la bride, l’autre près de sa jambe blessée. Il boite fort maintenant.
Ricla ne réfléchit pas. Elle court.
«Ricla ! crie Kaelor. »

Elle ne l’entend pas ou choisit de ne pas l’entendre. Kaelor se lève aussitôt et il suit.
Esteban reste assis près du feu naissant, les coudes sur les genoux. Il regarde Ricla courir vers Jared. Puis regarde la tente de Ricla. Puis Çeçilia. Elle n’est plus près de l’enclos. Il ne bouge pas. Dehors, Ricla atteint Jared à deux cents mètres de la borne.
«Monte, dit-elle.»

Jared secoue la tête.
« Non.»
«Monte.»
« Elle ne tiendra pas à deux plus toi qui cours.»

Kaelor arrive derrière.
«Elle ne doit pas tenir longtemps. Cent quatre-vingts mètres. On pousse.»

Elara tente de descendre.
«Non, dit Kaelor.»

Elle le fusille du regard.
« Pardon ?»
« Reste en selle.»
Jared veut protester. Ricla le coupe :
« Tais-toi.»

Il la regarde et elle le regarde aussi. Les cameras zooment aussi tôt. Ricla le sent et détourne légèrement la tête.
«On y va.»

Elara serre les dents si fort qu’elle a le goût du sang.
À 19h58, ils franchissent la borne.
L’écran a écrit :JARED KORVESS - ARRIVÉE VALIDÉE.
ELARA MYRE - ARRIVÉE VALIDÉE.

Elara manque de tomber en descendant. Jared la rattrape. Ricla voit le geste. Elle voit aussi qu’Elara laisse Jared l’aider. Ça la frappe de travers.

Pendant ce temps, Çeçilia entre dans la tente de Ricla. Lit. Sous le lit. Malle. Carte. Bassine. Couverture. Caisse. Petite table. Le lecteur. Elle le voit et son visage change enfin. Elle s’approche et Çeçilia regarde le rabat de la tente. Bruits dehors. Voix. Validation de Jared et Elara. Tous les regards sont tournés vers eux. Elle ressort.
Au dehors, personne ne semble avoir vu. Personne sauf Esteban. Il est toujours assis près du feu, immobile. Mais l’ouverture de la tente lui a donné juste assez. Çeçilia revient vers lui avec le visage calme. Esteban regarde les flammes.
« Tu as trouvé ton eau ?»

Elle s’arrête.
«Quoi ?»
« Tu cherchais de l’eau.»

Elle le fixe.
« Oui.»
«Dans la tente de Ricla ?»

Silence. Le feu craque. Çeçilia s’assoit à côté de lui, pas trop près.
Elle penche la tête.
« Tu veux m’accuser publiquement ?»
« Non.»
«Pourquoi ?»

Il tourne enfin les yeux vers elle.
«Parce que je veux comprendre avant.»

Elle sourit doucement. Esteban rit sans bruit.
«Tu me prends pour qui ?»

Elle se rapproche.
«Quelqu’un qui aime qu’on lui dise la vérité»
«Mauvaise analyse madame.»

Elle pose une main sur son poignet. Il ne la retire pas.
«Tu fouillais quoi ?»
« La broche.»

Cette réponse le surprend et ne sait pas quoi en faire. Elle le voit et se rapproche encore. Sa voix devient tendre.
« Viens.»
« Où ?»
« Dans la tente. Pas ici. Pas avec leurs oreilles qui nous scrutent de partout.»

Il ne bouge pas.
La scène coupe quand ils entrent dans la tente.
Le rabat se referme.
La lampe intérieure s’allume.
Dehors, le feu reste seul.

Ricla revient dans sa tente après s’être assurée que Jared et Elara ont de l’eau. Elle a donné plus que le strict minimum. Kaelor l’a vu, mais n’a rien dit. Çeçilia n’était pas là. Ricla entre. Tout paraît à sa place. Elle va vers le lecteur. Appuie. Rien. Elle fronce les sourcils. Appuie encore. Un clac mort. Elle retire la cassette, la remet. Rien. Elle tourne la boîte. Regarde les boutons. Secoue légèrement. Un petit grésillement. Puis silence. Son ventre se serre. Ricla reste immobile. Le visage vide. Elle remet lentement le lecteur sur la table. La cassette est encore là. La voix n’est plus accessible. Mais elle l’a entendue. Pas tout. Assez. Ricla prend la cassette et la cache ailleurs. Pas sous le lit. Trop simple. Pas dans la malle. Trop attendu. Elle la glisse dans la couture intérieure de sa couverture, dans une fente minuscule ouverte avec son couteau. Puis elle sort. Jared est près de l’enclos, en train de vérifier le cheval d’Elara. Elara est assise sur une caisse, une couverture sur les épaules, pâle comme un linge lavé.
Ricla s’approche de Jared.
«Il faut que je te parle.»
«Parle alors.»

ambiant
Ricla hésite. Jared attend.
«J’ai trouvé quelque chose,» dit-elle.
«Dans la gorge ?»

Elle lève les yeux.
«Tu sais ?»
«Je sais que tu caches quelque chose depuis que je suis arrivé.»

Elle regarde Elara. Jared suit son regard.
« Elle peut entendre.»
«Non.»
«Ricla.»
«Non.»

Sa voix casse presque, puis se referme.
«Tu lui fais confiance ?»

Jared ne répond pas tout de suite.
«Elle a compris que Ricla n’était peut-être pas ton nom complet. Elle ne l’a pas dit à l’écran. Elle me l’a dit à moi. Et elle a dit qu’elle ne le dirait pas.»

Ricla recule d’un pas.
«Tu lui as dit ?»
« Non»
«Alors comment elle...»
«Parce qu’elle sait des choses.»
«Elle ne sait rien.»

Jared la reçoit sans bouger.
«Elle sait une partie.»
«Mais elle est Cérulienne.»
«Oui tous comme t......»
«Elle a essayé de me prendre la broche.»
«Oui.»
« Elle nous a fait tomber.»
« Oui.»
« Alors arrête de parler comme si elle est dans notre camp.»
«Et toi, arrête de parler comme si tu était une personne propre qui choisie seulement les propres parmi les sales.»
Ricla le fixe.
«Je ne te dirai pas devant elle»

Elle s’en va seule et Jared ne la suit pas. Ricla retourne dans sa tente. Elle ferme et s’assoit sur le lit. Elle veut dormir mais Impossible. Elle regarde l’écran du camp à travers la toile entrouverte. Elle attend encore. Pas de broche. Pas de bonus porteur. Pas de mention. Elle était arrivée première. Même sans l’objet sur son bras, le programme aurait dû signaler celui qui vient avec elle. Mais là, rien, donc personne a la broche. Elle repense au lecteur. À la cassette. À la voix.

Jared s’assoit près du feu. Elara vient s’asseoir en face de Jared, avec lenteur. Chaque mouvement a un prix. Elara regarde les flammes. Il finit par parler :
«Elle ne te fait pas confiance.»
«Je sais.»
«Elle a ses raisons.»
« Je sais aussi. Chez moi, avant l’erreur... avant la faute, tout était prévu. Le lever, les vêtements, les phrases, les repas, les visites, les gestes. La Pureté avait une odeur. Lin propre. Pierre chaude. Savon sans parfum. Les couloirs étaient tellement blancs qu’on finissait par marcher plus doucement, comme si le bruit pouvait salir les murs.»
Jared se tend.
« Elara.»

Elle s’arrête.
«Quoi ?» elle se rend compte tout de suite après avoir parler.

Dans la tente d’Esteban, la lampe est basse. Çeçilia est assise sur le bord du lit de camp. Esteban reste debout un moment, les bras croisés.
«Tu as fait quelque chose dans la tente de Ricla.»

Elle retire lentement ses gants.
« Tu poses encore la question ?»
«Ah»
Elle s’approche.
Il la fixe.
Elle s’arrête tout près.Elle pose la main sur sa veste, près du col. Pas de geste brusque. Pas de prise. Juste une présence.
Il pourrait reculer mais ne le fait pas.

La tension reste suspendue, la caméra recule. La toile de la tente tombe dans le cadre. La lampe vacille. La scène coupe avant que la nuit choisisse pour eux.

Boom
23h17.
L’écran s’allume.
Tous les candidats se réveillent.
Jared était encore près du feu, somnolent.
Elara dort à moitié assise.
Esteban écarte le rabat de la sienne, chemise mal fermée,
Çeçilia apparaît derrière lui,

La présentatrice apparaît sur l’écran principal.
La présentatric a écrit :« Candidats. Félicitations pour votre progression jusqu’au Camp 3. Demain marquera la dernière ligne droite vers le Site B. »
« Afin de valoriser l’effort final, un dispositif exceptionnel sera appliqué. Le départ aura lieu demain à 12h00. Chaque cheval recevra une boîte scellée et un minuteur harmonique attachés à la selle. »

L’image change.
Une boîte noire.
Un petit minuteur fixé dessus.

La présentatric a écrit :« Toute boîte intacte à l’arrivée sera conservée par son porteur jusqu’à l’ouverture du Site B. »
« Si un ou plusieurs candidats arrivent après 18h00 au Camp 4, également nommé Site B, le dernier d’entre eux à franchir la ligne verra sa boîte détruite. La destruction de la boîte entraînera un malus au Site B. »
« Les boîtes ne doivent être ni ouvertes, ni déplacées, ni altérées avant l’arrivée. Toute tentative d’interférence sera considérée comme rupture harmonique majeure et le candidat sera automatiquement déchu. »
« Reposez-vous. Vous êtes vus. Vous êtes voulus. »

L’écran s’éteint.
Le noir revient.
Personne ne parle tout de suite.
Ricla serre la couverture autour d’elle.
La cassette est cachée dedans.

Demain, chaque cheval portera une boîte.
Demain, le dernier perdra la sienne.
Demain, le Site B ouvrira sa gueule.

z
9535
S
ambiant[youtube][/youtube]
ÉPISODE 6 : SITE B

a
ÉCRAN NOIR.
Un bruit de minuteur. Régulier. Mécanique. Puis la voix de la présentatrice, froide, enregistrée :
La présentatrice a écrit :
Candidats. Le Camp 4 se trouve à trente-deux kilomètres au sud-est. Le départ est fixé à 12h00. Vous avez quatre heures. Chaque minute compte. Chaque pas compte.

L'écran s'allume.

06H14. CAMP 3. STEPPE.
Le ciel est blanc. Pas de soleil visible, juste une lumière plate, froide, qui mange les ombres. Le vent fait claquer les rabats des tentes.
Ricla est assise sur son lit de camp. Dos droit. Yeux ouverts. Elle n'a pas dormi, ou si peu que ça ne compte pas. La cassette est toujours cachée dans la couture de la couverture. Elle pose la main dessus, une fraction de seconde. Comme pour vérifier qu'elle est encore là.
À l'extérieur, six chevaux dans l'enclos. Ils soufflent dans le froid du matin. Les six boîtes noires arrivent dans une caisse de transport bleue, portée par deux agents du programme. Chaque boîte est fixée à une selle par deux sangles métalliques. Chaque minuteur est déjà actif, il commence à compter à partir du moment de la fixation. Personne ne parle. Kaelor observe les boîtes. Il ne touche pas encore la sienne.
Esteban, lui, s'approche directement. Il pose un doigt sur le minuteur.

ESTEBAN
«Elle vibre.»

Kaelor tourne la tête.
«Quoi ?»
«La boîte. Elle vibre légèrement. Tu sens ?»

Kaelor s'accroupit. Pose sa paume à plat sur le métal noir. Un silence.
«Oui !»

Çeçilia est debout devant le petit miroir réglementaire. Elle attache ses cheveux. Elle regarde son propre reflet. Derrière elle, Esteban est appuyé contre le montant de la tente, les bras croisés.
ESTEBAN : Tu sais ce qu'il y a dedans.

Çeçilia finit d'attacher ses cheveux.
«Non.»
«Çeçiliaa !»
«Je pense savoir ce qu'il y'a dedans. C'est différent.»
«Et c'est quoi ?»

Elle sort.
Esteban reste dans la tente vide. Il regarde l'espace où elle était.

Jared est debout près de son cheval. Il vérifie la sangle avec méthode, trop serré, les flancs, pas assez, la selle bascule. Elara arrive. Elle boite moins qu'hier. Les côtes restent mauvaises, mais son visage s'est fermé sur la douleur. Elle regarde la boîte noire fixée à sa propre selle.
«Si c'est une punition déguisée....»
«C'est peut-être une récompense.»
«Une récompense dans une boîte qu'on ne peut pas ouvrir.»
«Oui.»
«hehheh»

CAMP 3 — 12H00
Six chevaux alignés. Six boîtes noires fixées aux selles. Six minuteurs qui battent.
La présentatrice apparaît sur l'écran. Sourire. Parfaite comme toujours.
LA PRÉSENTATRICE a écrit :« Candidats. Le Site B attend. La règle est simple : arrivez avant 18h00 ou perdez votre boîte. Le dernier à franchir la ligne après 18h00 verra sa boîte détruite. Ne touchez pas les boîtes. Ne les déplacez pas. Ne les ouvrez pas. Bonne route. »


L'écran s'éteint.
Un signal sonore retentit.
Çeçilia part la première. Comme toujours. Esteban part deuxième, dans le sillage de Çeçilia mais sans la coller. Il a sa propre vitesse aujourd'hui. Ricla part troisième. Rythme régulier. Tête basse. Kaelor part quatrième. Jared part cinquième, Elara à côté de lui — elle insiste pour ne pas être portée. Ils avancent. Le groupe s'est naturellement étiré. Çeçilia et Esteban devant. Ricla seule au milieu. Kaelor derrière Ricla, distance constante. Jared et Elara ferment, lentement mais régulièrement. Çeçilia ralentit légèrement pour laisser Esteban revenir à sa hauteur.

«Tu as la tête ailleurs ?»
«Je pense à beaucoup de choses, j'ai l'habitude»
«C'est la boîte.»
Il regarde devant lui.
«Elle vibre, Çeçilia. Les boîtes vibrent. Pourquoi ?»

Long silence. Le vent pousse la poussière.
«Ce n'est pas une bombe.»
«Comment tu sais ?»
«Parce qu'ils ne détruiraient pas leur propre programme.»

La piste traverse une zone rocheuse. Le sol est irrégulier. Les chevaux ralentissent naturellement — les pierres cassent le rythme.
C'est là qu'Esteban fait quelque chose .......
Il s'arrête.
Son cheval s'arrête. Esteban descend. Il met un genou à terre. Il fait semblant de vérifier un sabot. Çeçilia continue sans se retourner. Kaelor passe à sa hauteur. Esteban ne se relève pas tout de suite. Sa main est posée sur le sabot du cheval. Mais ses yeux sont sur la boîte noire. Il regarde le minuteur. Il regarde les sangles. Il regarde Kaelor. Çeçilia voit le Site B à l'horizon. Un groupe de structures basses, six tours individuelles qui dépassent comme des doigts au-dessus de la plaine. Elle ne s'arrête pas. Elle ne célèbre pas. Elle note l'heure, note la distance, recalcule. Elle peut. Elle arrive.
Esteban rattrape Çeçilia. Ils avancent côte à côte. Un temps. Leurs chevaux avancent en parallèle. Elle tourne la tête vers lui. Il fixe les tours à l'horizon. Ricla arrive en vue du Site B. Les tours. Elle les compte. Six. Elle regarde le minuteur de sa boîte : 00:39:52.
Trente-neuf minutes. Elle peut. Mais derrière elle, sur la piste, deux silhouettes. Jared et Elara. Encore loin. Trop loin peut-être. Ricla s'arrête. Son cheval s'ébroue. Elle recalcule. Si elle attend, elle risque de perdre sa propre position. Si elle n'attend pas, Elara perd sa boîte. Elara qui a essayé de lui arracher sa broche à cheval. Elara qui, d'après Jared, a tenu sa langue sur ce qu'elle sait. Ricla regarde les deux silhouettes. Elle regarde les tours. Elle regarde sa boîte. Kaelor arrive à sa hauteur.
«Ils n'arriveront pas.»
«Je sais !»
«Ta boîte est en jeu si tu t'arrêtes trop longtemps.»
«Je sais !!!»

Ricla talonne son cheval. Elle repart vers le Site B. Mais à un rythme moindre qu'elle pourrait. Juste assez pour laisser la distance se réduire derrière elle. Kaelor la suit. Il ne dit rien. Elara voit les tours. Elle regarde le minuteur. 00:19:47.
JARED : On pousse.
ELARA : Le cheval ne tiendra pas à plein galop.
JARED : Trot soutenu. Maximum. On pousse jusqu'à la borne.

Elara inspire. Ses côtes répondent par une douleur comme un couteau froid. Elle serre les dents.

c
Site B
ambiant[youtube][/youtube]Çeçilia franchit la ligne en premier.
L'écran s'allume.

ÉCRAN a écrit :ÇEÇILIA SANCHEZ — ARRIVÉE VALIDÉE — 17H31
BOÎTE NOIRE : INTACTE
ACCÈS TOUR 1 ACCORDÉ


Elle descend de cheval. Elle regarde sa boîte. Le minuteur s'est arrêté net. Elle pose la main dessus. Plus de vibration.

ÉCRAN a écrit :ESTEBAN VALDES — ARRIVÉE VALIDÉE — 17H34
BOÎTE NOIRE : INTACTE
ACCÈS TOUR 2 ACCORDÉ


Il descend. Il touche sa boîte. La vibration s'est arrêtée aussi. Il lâche un souffle. Il se retourne. Çeçilia est à dix mètres. Elle ne le regarde pas.

ÉCRAN a écrit :RICLA VAES — ARRIVÉE VALIDÉE — 17H47
BOÎTE NOIRE : INTACTE
ACCÈS TOUR 3 ACCORDÉ


Elle ne descend pas tout de suite. Elle regarde derrière elle. La steppe. La piste. Deux silhouettes. Encore loin. Le minuteur sur la borne affiche 00:02:47.

ÉCRAN a écrit :KAELOR SARRIN — ARRIVÉE VALIDÉE — 17H58
BOÎTE NOIRE : INTACTE
ACCÈS TOUR 4 ACCORDÉ


Jared et Elara. Le cheval souffle comme un soufflet de forge. Elara tient les rênes des deux mains, le corps plié sur la douleur, mais elle tient.

JARED : La borne est là. Quatre cents mètres.
ELARA : Je vois.
JARED : Ne lâche pas.
ELARA : Je ne lâche pas.

Le minuteur sur sa selle affiche 00:00:58.
Le signal retentit.
L'écran s'allume.
ÉCRAN a écrit :DÉLAI HARMONIQUE ATTEINT.
PROTOCOLE DE DESTRUCTION EN COURS.


Un silence de mort se propage lorsque deux silhouette heurtent le sol derrière la ligne d'arriver en sautant de leurs canassons.
BOOOOM......... La pluie tombant en même temps que le son retenti sauf que ciel été bleu. Rouge, du sang, celui des chevaux, et si ils étaient restés sur eux, et si ils n'avaient pas sauté. Jared est à genoux dans la poussière à vingt mètres de la borne. Elara est à côté de lui, debout à demi, une main sur le flanc du sien. Elle regarde ce qui reste. Elle ne dit rien. Çeçilia est la plus proche de la borne. Elle regarde la scène. Son visage révèle le choc avec ses yeux font le tour du terrain. Ricla s'arrête en voyant Jared dans la poussière.

ÉCRAN a écrit :JARED KORVESS — ARRIVÉE VALIDÉE — 18H00
MALUS SITE B ACTIF : BOÎTE NOIRE DÉTRUITE
ELARA MYRE — ARRIVÉE VALIDÉE — 18H00
MALUS SITE B ACTIF : BOÎTE NOIRE DÉTRUITE


Ricla s'approche de Jared. Elle s'accroupit à côté de lui dans la poussière.

«Tu saignes ?»
«Non.»
«Tu es sûr ?»

Il lève les mains. Regarde ses paumes. Poussière et sang recouvre presque toute sa peau. Rien d'autre. Ricla le regarde une seconde. Elle se relève.

SITE B 18H15
Six candidats. Six tours. Six portes métalliques. Devant chaque porte de chaque tour :

Tour 1 : Sanchez.
Tour 2 : Valdes.
Tour 3 : Vaes.
Tour 4 : Sarrin.
Tour 5 : Korvess.
Tour 6 : Myre.


L'épreuve commence à 19h00. Vos tours sont ouvertes.
Kaelor regarde les tours. Il les compte, puis il regarde Çeçilia. Elle marche déjà vers la Tour 1 sans regarder derrière elle. Esteban s'arrête devant la Tour 2 un instant puis il entre.

La présentatrice annonce aux candidats :
« Candidats. Ce que vous allez vivre maintenant s'appelle l'Épreuve de Résonance Identitaire. Le principe est simple. Des affirmations apparaîtront sur votre écran. Vous répondez VRAI ou FAUX. Il y a une limite de temps de 5min par question. Réfléchissez autant que vous le souhaitez. Si aucune réponse n'est donnée au bout de 5 min on considère que vous avez répondu faux. Bonne chance »

ECRAN NOIR

Sur fond blanc il y' a écrit : TOUR 1

La tour est petite. Propre. Froide. Un écran. Une chaise. Une table. Une caméra dans chaque angle supérieur. Pas de fenêtre.
La boîte noire est posée sur la table. Minuteur arrêté. Fermée.
Çeçilia s'assoit. Elle pose les deux mains à plat sur la surface froide de la boîte.
Elle attend. Puis le premier texte apparaît.

QESTION 1 a écrit :VOUS VOUS APPELEZ ÇEÇILIA SANCHEZ.


En dessous, deux rectangles.

VRAI
FAUX

Le minuteur démarre. 04:59. La caméra du coin gauche ajuste son angle. Elle sourit.

LA PRÉSENTATRICE a écrit :
« Candidats. La phase collective est terminée. Ce qui suit est individuel. Chaque candidat recevra une affirmation personnelle, puis sera invité à choisir entre une Action et une Vérité. Vos résultats restent dans vos tours jusqu'à la diffusion nationale. Une règle supplémentaire s'applique désormais. Toute erreur, une seule, entraîne la destruction de votre boîte. Immédiatement. »

On zoom sur l'écran de la salle de Çeçilia puis dézoome pour faire une transition sur la salle d'Esteban.

ESTEBAN
L'ÉCRAN a écrit :
« Si le système vous prouvait mathématiquement que Çeçilia est une agente double chargée d'exécuter Malaïse, vous voudriez l'étrangler de vos propres mains ce soir. »
« Vrai ou Faux ? »

Esteban lit la phrase une fois. Il la relit. Son visage ne change pas. Dix secondes.
Vingt secondes. Sa main monte vers les boutons. Elle reste en l'air. Il pense à Çeçilia dans la tente. Sa main sur son poignet. Viens. Il parle.
Il retire sa main.
Il regarde l'écran confirmer.
«Vrai.»

L'ÉCRAN a écrit :
« ACTION » OU « VÉRITÉ »
Il crie Action.
L'écran change. Un document apparaît. Format officiel.

ACTE DE CONDAMNATION - DÉCISION DU TRIBUNAL HARMONIQUE
Accusé(e) : MALAÏSE - Identité complète classifiée
Chef d'accusation : Espionnage contre la République Cérulienne
Verdict : COUPABLE
Sentence : Mort par pendaison
Exécution : Immédiate
Identité du bourreau désigné : ESTEBAN VALDES
Instruction : Confirmer votre acceptation pour valider l'exécution.
Deux options .
CONFIRMER en levant la main gauche.
REFUSER en levant la main droite
Esteban fixe l'écran. Sa boîte noire est sur la table. Fermée. Intacte. Le minuteur est arrêté. Il regarde la boîte puis regarde l'écran et pense à la règle. Sa main commence a tremblée légèrement.

KAELOR
L'ÉCRAN a écrit :
« Le gouvernement cérulien vous a sorti d'un état catatonique. »
« Vrai ou Faux ? »
Kaelor lit la question une fois, une seule. Il crie VRAI sans hésiter.

L'ÉCRAN a écrit :
« ACTION » OU « VÉRITÉ »
« Qu'est-ce que la cohorte CI-13-Ω manigance ? »
Kaelor porte son choix sur la VÉRITÉ. Il ne sursaute pas mais quelque chose dans son regard se resserre.
«CI-13-Ω ne manigance rien. Elle a déjà fait ce qu'elle avait à faire. »

ELARA
L'ÉCRAN a écrit :
« Vrai ou Faux : Vous regrettez d'avoir trahi l'Harmonie et la Nation.»
Après avoir laisser le minuteur atteindre 5 secondes.
Elle crie face camera «FAUX.»
z
La protection des candidats, la stabilité civique du public et le respect dû aux procédures de l’État imposent une suspension complète de la diffusion, des rediffusions et des extraits promotionnels du Cycle de Naturalisation Harmonique. Un communiqué complémentaire sera publié lorsque l’examen ministériel sera achevé.
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