24/03/2020
00:45:18
Index du forum Continents Aleucie Brocelynwood

Activités intérieures - Famille Royale & Intrigues de Palais

Voir fiche pays Voir sur la carte
175

Famille Royale & Intrigues de Palais


Sont recensées ici les informations et le RP interne relatif à la Famille Royale, ce qui comporte une importance particulière pour le futur du Royaume de Brocelynwood.
253
Fiche : Généalogie de la Famille Royale depuis William Ier

Pour zoomer : Cliquez ici

Cela permet d'avoir une vue d'ensemble des principaux héritiers. Évidemment, l'ensemble de la Famille et des fratries ne peuvent être représentées, car la généalogie serait trop étendue et trop complexe.
Dynastie
18581
Le dîner des dissidents ?

Table diner

En cette soirée de juin 2019, le Prince George et son épouse Grace, la Duchesse d’Hollowford, organisent une réception confidentielle dans leur Château situé à proximité de la ville la plus royaliste de Brocelynwood. Au sein de la Famille Royale, et il en a toujours été ainsi, la capacité à assurer la défense de sa caste n’a d’égale que celle - dans l’ombre - à réaliser des coups bas, des vengeances, des trahisons dans la défense de ses propres intérêts personnels. Il n’était donc nullement étonnant pour le frère du Roi, Erik, Duc de Lornbridge, de recevoir cette invitation secrète à peine quelques jours après les résultats des élections et le remaniement des Secrétaires Royaux.

Les choses étaient un peu différentes pour le deuxième invité. Après avoir occupé pendant 7 ans la fonction de Secrétaire Royal au Culte, précédées par plusieurs années de grande proximité avec la Famille Royale et le Roi lui-même, Melvin McBride n’était bien sûr pas étranger à ce petit monde. Mais le fait de ne pas en être pleinement membre ne permet pas d’intégrer si facilement tous les codes et toutes les pratiques. Cela est d’autant plus vrai pour ce Pasteur, toujours resté très éloigné et ignorant des intrigues politiques au sens large. En 2012, il venait presque de nulle part lorsque Johnlyn IV l’avait propulsé par intérêt à cette éminente fonction. La prudence était donc de mise et les sous-entendus à éviter. Plutôt qu’un courrier, le couple princier a décidé de charger un employé de transmettre le message à l’oral, directement au domicile du Pasteur, et en sa seule présence. “Sous aucun prétexte, vous ne devez mentionner ce dîner à une quelconque personne, qu’il s’agisse d’un ami proche, de votre épouse, d’un membre de la Famille Royale, du Roi lui-même, du Prince George lui-même par téléphone, ou cela pourra vous coûter directement la vie”, avait dit et répété le messager. Ces mises en garde et menaces directes étaient certainement démesurées par rapport à l’enjeu mais le Prince et le Duchesse ne pouvaient absolument pas prendre le risque que la nouvelle soit ébruitée, au risque d’un effondrement de leur stratégie.

Pour Melvin McBride, la situation créa un stress intense pendant les près de dix jours séparant cette invitation peu conventionnelle et engageante de ladite soirée. Digérant déjà mal le fait d’avoir été écarté du Secrétariat Royal au Culte quelques jours plus tôt, le Pasteur se demandait bien ce que ces membres de la famille royale pouvaient encore avoir contre lui.

Ils étaient donc quatre autour de cette immense table, réunis pour ce fastueux dîner illuminé de cent feux de bougies. Après plusieurs années passées au plus haut sommet de l’Etat et de l’Eglise Protestante, Pasteur McBride avait l’habitude des situations peu confortables. Tout en ayant le sentiment de ne pas être pleinement à sa place, il savait tant bien que mal se contenir et jouer son rôle de personnalité haute-placée et considérée du Royaume de Brocelynwood, bien qu’en partie méprisé par la Famille Royale. Il avait le sentiment de parvenir à faire une impression convenable, mais il s’impatientait à ce qu’on en vienne enfin aux faits. Son esprit avait élaboré mille scénarios ces derniers jours, beaucoup peu reluisants, mais l’angoisse naît du néant et de l’incertitude. Il était enfin temps de remplir ce vide.


- Quel plaisir, du homard en entrée. Il est vrai que j’ai maintes fois rappelé ma jouissance à la simple l’idée que ce crustacé rencontre le chemin de mon palais, souligna sarcastiquement le Duc Erik.

- Mon oncle, vous n’en goûterez pourtant jamais d’aussi prestigieux et affiné”, lui rétorqua le Prince George.

- En effet, j’imagine bien que comment celui-ci a été délicatement recueilli par des mains alderii de Tintellin Cove, à tel point qu’il mériterait d’être labellisé ‘produit aleucien’, n’est-ce pas ?”.

Tout le monde se mit à rire et Melvin McBride leur emboîta le pas par politesse, mais n’était nullement d’humeur.

Sans surprise, les discussions prirent rapidement une tournure politique, chacun tentant d’offrir son analyse des résultats des élections. Mais il était palpable que personne ne souhaitait encore toucher au cœur du sujet. Au contraire, chaque sujet sérieux était finalement ponctué sous l’angle de l’anecdote et de l’humour, comme cette tirade du Prince George.

- Pour je ne sais quelle motivation, Dieu a été bon avec eux au point de leur offrir cinq sièges, mais qui peut croire qu’ils iront au-delà ? Brocelynwood n’a jamais été et ne sera jamais communiste. Nous pouvons jouer à nous faire peur mais réfléchissons-y sérieusement pendant deux minutes. Visualisez : près de douze millions de sujets façonnés pendant plus de deux siècles par une lignée royale prestigieuse - et j’ajoute ! - issue elle-même de plusieurs siècles de dynasties austariennes non moins prestigieuses, et ces millions de sujets choisiraient subitement un dirigeant à l’air gueux et alcoolique, le couteau entre les dents, sous prétexte qu’il a fait le pitre et pu raconter quelques sottises à la télévision devant Philip Morland ? Ma foi. Personnellement, je n’ai aucune crainte.

Melvin McBride percevait bien que le thème des échanges tendait à se rapprocher progressivement de la question du nouvel exécutif, ce qui amènerait nécessairement à aborder son cas personnel. Cela n’a évidemment pas manqué. Après un silence de quelques brèves secondes, la duchesse Grace finit d’avaler une gorgée, pose son verre d’eau, et se tourne vers McBride.
- Pasteur, nous tenions à vous dire, le Prince et moi-même, à quel point nous avons été étonnés et, je dirais même émotionnellement marqués par votre remplacement peu délicat au Secrétariat Royal au Culte. Me permettez-vous de vous demander comment vous vivez cette situation ?

Craignant un piège, la réponse de McBride s’essaya à un subtil équilibre entre crédibilité et politiquement correct, jugé moins risqué qu’une honnêteté trop affirmée.
- Duchesse, je suis particulièrement reconnaissant de cette marque d’attention. Il est, je vous l’accorde, des épreuves qui soient plus agréables dans la vie d’un homme. Mais je respecte la décision du Souverain et je serais bien mal placé pour avoir un quelconque sentiment revanchard lorsque mes instincts personnels semblent se confronter à la réalité de mon destin et à la volonté de Dieu. Il ne fait aucun doute que le Révérend Whitlock est l’homme de la situation.

Prince George surenchérit :
- Je vous admire. La sagesse des Hommes d'Églises m’a toujours stupéfait. Permettez-moi de vous contredire, Pasteur. Ce sont plutôt je ne sais quels instincts personnels qui ont guidé ce choix de mon père, et seule ma position m’empêche de dire tout le mal que j’en pense. Vous n’avez pas été bien traité, Pasteur. Pas après tout ce que vous avez donné pendant ces sept années, et la loyauté dont vous avez fait preuve. On dit même que vous étiez le principal artisan du Traité avec Westalia en septembre dernier et que vous avez impressionné Monsieur Takajiwa en personne. La pratique est de ne pas remplacer le Secrétaire Royal au Culte, encore moins sans la moindre raison valable.

Cela suscita un sentiment partagé chez McBride. Il avait à la fois conscience que ces flatteries n’étaient pas pleinement franches, et traduisaient plutôt la mise en place d’une stratégie bien huilée, dont il ignorait encore la teneur. Dans le même temps, il se sentit dès cet instant soulagé de constater qu’il n’était visiblement pas une cible, et davantage l’objet d’une valorisation que son ego ne parvenait pas pleinement à mettre de côté.

- Voilà un éloge que je ne me permettrais pas d’adresser à moi-même, mais dont je suis profondément touché, soyez-en assuré, tout particulièrement venant de votre part. Momentanément, cette situation me pèse. Il arrive même que, dans mon for intérieur, je la vive comme injuste. Mais la politique a ses raisons que la raison ignore. Et je respecte au plus haut point notre Monarchie pour oser quelconques plaintes.

Involontairement,cette dernière phrase offrit un nouvel angle argumentatif à la Duchesse qui prit soin à détailler méthodiquement et calmement sa démonstration.
- Pasteur, vous dites que vous respectez au plus haut point la Monarchie. Vous imaginez bien que nous sommes particulièrement bien placés pour partager votre considération. Avec le Prince George, nous pensons justement que c’est la Monarchie qui n’est pas respectée. Notre système repose sur des traditions. L’une d’elle est de reconduire à vie le Secrétaire Royal au Culte, et non pas de le remplacer à la première élection venue. Comme le Roi, bien qu’à un autre niveau, vous représentez la permanence et la stabilité de la nation liée à Dieu pour l’éternité. Vous n’êtes pas un vulgaire Ministre de gouvernement socialiste placé sur un siège éjectable pour complaire à divers intérêts politiciens. Cette situation est un exemple parmi d’autres d’un affaiblissement de notre Monarchie. Cet affaiblissement est aujourd’hui en partie causé - et cela m’attriste au plus haut point de le dire - par le Monarque lui-même. Nous pensons que vous comme nous, dont les vies, les âmes et le devoir sont liées au Royaume ne pouvons, ni ne devons, rester les bras croisés”.

L’attention des hôtes étaient à son maximum, comme si chacun était captivé par les mots, la prestance et le charisme de la Duchesse Grace. Elle ajouta :
- Qu’en dites-vous, Duc Erik ?

L’homme s’éclaircit la gorge et tenta de se convaincre :
- Nul n’ignore ici la haine profonde que je voue à mon frère, pas même Pasteur McBride me semble-t-il. J’ai toute confiance dans le fait qu’il vous l’a évoqué. Oui, car évidemment, cette haine est mutuelle. Bon. En tout état de cause, je ne sais dans quelle combine vous tentez de m’entrainer et aussi tentante soit-elle, je ne serai pas celui par qui tout l’édifice s’écroule.

- Mon Oncle, pourtant vous n’ignorez sans doute pas que le nouveau Premier Secrétaire Spécial du Roi n’est autre que Valemont.

George avait fait mouche.
- Cet arriviste ! s’exclama Erik.

Devant cette réaction qu’il avait tant espéré, le Prince se laissa emporter par l’enthousiasme et la colère.
- Comme je l’ai maintes fois entendu dans ma vie, la Famille Royale n’est jamais apparue aussi unie que depuis l’arrivée sur le trône de mon père en 1985. Il faut lui reconnaître cette capacité à mettre les conflits sous le tapis, faire taire les divisions, ne pas les ébruiter au-delà des murs de nos palais et châteaux. Mais qu’avons-nous à perdre à ce que cela change aujourd’hui ? Il est allé trop loin. Nous sommes la risée sur la scène internationale. La Royauté n’a jamais été aussi impopulaire. Il a maltraité Pasteur McBride. En nommant Valemont, il a exprimé sa préférence pour sa succession. Pire qu’une préférence, il a fait un choix. Il m’écarte, moi, l’homme aîné, au profit de ma sœur, sous prétexte qu’elle soit née deux ans plutôt que moi. A Brocelynwood, la Reine a toujours été l’épouse du Monarque, jamais celle qui règne. Pire qu’une préférence, pire qu’un choix, il m’enlève publiquement ma dignité de Prince héritier !

Prince George pensait avoir créé un moment d’une grande tension dramatique. Cela tourna au ridicule lorsque le Duc de Lornbridge, après quelques secondes de pause, éclata de rire.
- George, avez-vous déjà eu la moindre dignité ? Trêve de plaisanterie. Il y a bien des années, je croyais beaucoup en votre sœur Mary. Elle a une finesse d’esprit qui vous échappe parfois, même si rien n’est inéluctable. Mais son mariage avec cet idiot d’Edmund Valemont a changé bien des choses. A mon âge un peu avancé, je commence à me faire tant bien que mal à la pratique du pouvoir de mon frère. Pour autant, je ne suis pas sûr d’accepter le fait que Valemont devienne le Roi par alliance. Du moins, j’ose espérer que cela se jouera après ma mort plutôt qu’avant.

Devant ces règlements de comptes familiaux, Pasteur McBride commençait à se sentir de trop.
- Monsieur le Duc, Monsieur le Prince, Madame la Duchesse, j’ai particulièrement apprécié ces échanges et ce repas. Je crois qu’il va être temps pour moi de prendre congé. Et j’ai bien sûr parfaitement conscience de la confidentia…

La Duchesse d’Hollowford réagit aussitôt :
- Pasteur, vous nous feriez offense ! Rasseyez-vous donc. Mon mari a dit bien des mots qui dépassent sa propre pensée. Mais ce qui nous réunit aujourd’hui est bien plus grand que ça et bien plus grand que nous. Nous avons besoin de vous pour construire l’avenir, faire évoluer notre Monarchie, voir au long-terme. Le Roi n’a plus la possibilité d’avoir cette hauteur de vue, c’est une des malédictions du trône - passez-moi l’expression.

Pendant que Melvin McBride commençait à se rasseoir, le Duc Erik montra des signes plus engageants, davantage convaincu par la vision de la Duchesse Grace que par la blessure egotique du Prince.
- Madame la Duchesse, pourquoi n’êtes-vous pas la fille légitime du Roi.

George lança un regard noir à son oncle, sentant la fureur monter en lui devant cet affront d’une rare violence. Mais il n’était pas en position d’avoir une quelconque réaction, et chacun fit comme si cette assertion n’avait jamais existé. Il poursuivit :
- Vous avez raison. Il ne s’agit pas de se précipiter ou de faire tomber des têtes. Mais comme l’a dit le Prince, il est probablement le moment de ne pas rester parfait spectateur. Et nous avons tous notre rôle à jouer ici. Y compris vous, Pasteur.

Devant l’intérêt appuyé de tous les membres de la Famille Royale, Melvin McBride décida d’adopter une posture moins passive et commença à affirmer ses opinions, désormais certain qu’elles allaient dans le sens de ses interlocuteurs.
- Au plus près du Roi jusqu’à il y a de ça quelques jours, j’ai pu moi-même constater cet éloignement entre la Monarchie et les brocéliens. Il existe une élite protestante et royaliste plus proche de notre population, et je crois en faire partie, peut-être vous-mêmes aussi, mais elle est de plus en plus mise à l’écart. Le Roi ne le voit plus. L’impopularité nous guette, et je crains qu’elle ait déjà commencé à surgir.

Un sourire narquois commença à se dessiner sur les lèvres du Prince George.
- Dites le publiquement !

Tandis que le Pasteur McBride commençait tout juste à balbutier un début de réponse, Grace réagit.
- Mon cher, cessez de vous précipiter. Écoutez votre oncle. Nous devons être bien plus subtiles, ou la haine légitime à l’encontre de votre père entraînera la haine à l’encontre du Royaume et nous entraînera tous.

- Et que suggérez-vous ? s’agaça le Prince.

- Nous ne pouvons nous octroyer le luxe d’être considérés comme des vulgaires traitres en quelques jours. La ficelle ne peut pas être aussi grosse, y compris par la voix légitime du Pasteur McBride.

- Votre épouse a raison, ajouta le Duc Erik. Dans votre propre intérêt, soyez fin stratège, ou laissez la Duchesse l’être pour vous. Le Roi et l’héritage du trône par Princesse Mary et ce Valemont doit être fragilisé, progressivement, subtilement, sans que cela n’entache toute la Monarchie. L’usure du pouvoir touche les supposées démocraties en quelques mois, mais quoiqu’on en dise, finit aussi par atteindre les Empires et les Royaumes. Mais il faut parfois un petit coup de pouce. Au sein du Royaume et de l’Eglise, des figures doivent émerger, profondément pro-royalistes, mais plus populaires, plus proches des brocéliens.

- Evidemment, ces figures ne peuvent pas venir de la famille royale elle-même, du moins dans un premier temps… suggéra la Duchesse d’Hollowford.


Pendant quelques secondes, tout le monde se tut.
Simultanément, les regards commencèrent à se tourner vers le Pasteur, qui préféra opter pour la boutade.
- Si vous pensez à ma personne pour donner un nouvel élan à notre Monarchie, j’en suis fort honoré, mais il faut que vous sachiez que je ne suis aucunement candidat à la succession.

- Pasteur, comme vous êtes taquin, répondit la Duchesse avec un léger rire. Je suggère que mon époux endosse cette responsabilité lorsque son heure viendra. Pour autant, vous êtes justement celui qui peut donner ce nouvel élan, et contribuer à fissurer cette aura illégitime qui surplombe notre Monarque. Vous êtes compétent, populaire, vous avez connu les arcanes de l’intérieur et vous êtes maintenant presque extérieur à tout ça. Et vous avez été injustement brisé.

- J’entends votre analyse, Madame la Duchesse. Et je suis tout à fait prêt à prendre au sérieux votre proposition, prendre ma part, non pas pour détruire le Royaume, ce qu’aucun de nous souhaite faire ici, mais dans l’intérêt de celui-ci. A ce stade, je vais simplement me permettre de paraphraser le Prince : que suggérez-vous ?

- Vous pourriez, commença la Duchesse, aller devant les médias pour expliquer tout le mal que vous pensez du Roi, toutes les erreurs que vous avez vu de vos propres yeux. Vous pourriez même jouer au lanceur d’alerte et révéler un secret bien gardé. Vous pourriez vous mettre à la tête d’un parti royaliste dissident, en vous assurant que quelques membres de l’Assemblée Unique vous suivent.

- Exactement ! s’enthousiasma le Prince.

- Sauf votre respect, je…, tenta Erik.

- Mais ce n’est pas ce qu’il faut faire, coupa Grace. Ou plutôt, c’est précisément ce qu’il faudra faire, mais bien plus tard. Aujourd’hui, cela serait balayé d’un revers de la main, car vous seriez perçu comme la bête blessée qui fait feu de tout bois par pure vengeance. Restez un homme public et construisons votre image d’homme raisonné et raisonnable, expérimenté, défenseur de la Monarchie et proche des brocéliens. Progressivement, vous pourrez faire part, avec parcimonie, de désaccords. Puis, de critiques… Et plus personne ne pourra prétexter que cela n’est pas sincère.

Le Duc Erik fit mine d’applaudir, agréablement surpris par la finesse stratégique de la Duchesse d’Hollowford.

- J’entends, j’entends, reprit McBride. Je dois vous avouer que j’étais au départ assez sceptique, mais vous êtes en train de me convaincre que j’ai un rôle à jouer. Un rôle qui ne me semble pas être particulièrement déplaisant. Je dois simplement vous faire part d’une petite inquiétude.
Il fit une courte pause, avant de poursuivre :
- J’ai dû passer sept années à devoir frustrer mon élan naturel pour m’adapter à chaque micro-stratégie et chaque micro-décision du Monarque, de Monsieur Rowanstone, ou encore de Monsieur Philips. Si aujourd’hui je souffre de ma nouvelle situation, et je ne m’en cache pas, je souhaite retrouver une liberté de parole, une liberté de ton. Nous pouvons collaborer mais pour cela, nous devons être partenaires. Bon, j’espère être parvenu à faire comprendre mes intentions.

- Mais c’est tout naturel, Monsieur McBride. C’est précisément là où voulait en venir mon épouse. Retrouvez votre liberté, votre naturel, profitez de ne plus être dans votre costume étriqué de Secrétaire Royal. Nous ne vous demandons rien de plus.

Le Prince George avait répondu du “tac-au-tac”, sans particulièrement analyser les implications concrètes de ses propos. Il avait surtout perçu l’opportunité de rassurer mécaniquement le Pasteur devant sa seule objection, ce qui était probablement la meilleure chose à faire dans son propre intérêt.

- J’ai une première suggestion concrète à vous soumettre. En tant que Duchesse d’Hollowford, ville la plus royaliste du Royaume, je constate qu’il y a aujourd’hui dans notre ville le club de football le plus respectable du Royaume. Et je le dis immédiatement : mettons tout de suite de côté nos idées sur ce sport, elles n’ont aucune importance. Il se trouve que cette équipe commence à être soutenue par des défenseurs de la Monarchie, tandis que le Roi continue à présenter ce sport comme l’ennemi absolu. Je fais le pari que nous ne saurons lutter contre la popularité d’un sport qui n’est plus uniquement celui des communistes, mais aussi de la bourgeoisie. Le Duc de Lornbridge en sait quelque chose.

Erik acquiesça et la Duchesse poursuivit :
- Voulons-nous vraiment d’un loisir qui rassemble socialistes, communistes et bourgeois, que tout oppose par ailleurs, contre les royalistes ? Je fais plutôt l’analyse que le football deviendra demain dans les villes, ce qu’est aujourd’hui le rugby dans nos campagnes. Alors, ne voudriez-vous pas assumer l’idée de faire un don à l’équipe d’Hollowford, très respectée dans notre ville ? Cela aurait un double intérêt pour votre image comme pour les résultats de notre ville.

- Je ne peux évidemment pas vous confirmer quoique ce soit ce soir, répondit le Pasteur McBride. Je vais cependant aller dans votre sens : j’ai moi-même constaté l’intérêt croissant de la communauté de croyants pour cette activité, dès lors qu’elle n’est pas saccagée par les agitateurs communistes. Et l’Eglise doit aussi avoir cette écoute, à condition de ne pas rogner sur ses principes. Je vais considérer sérieusement votre proposition.

- Pour un homme de ma génération, expliqua le Duc Erik, cette optique m’est particulièrement désagréable. Mais j’ai bien saisi l’objet et, somme toute, je n’ai pas besoin de m’impliquer directement dans ce projet. Ce qui est certain, connaissant mon frère, c’est qu’il s’entétera dans cette guerre au football, et je ne peux lui donner tort sur le fond. Mais si vos présupposés sont réels, cela pourrait se retourner contre lui.

- Ces analyses sur la sociologie du sport à Brocelynwood sont fort intéressantes, s’impatienta le Prince George. Soyons subtiles et progressifs, répétez-vous tous inlassablement. Soit. Mais devons-nous pour autant perdre nos objectifs ? Ma soeur et Valemont vont-ils continuer à se pavaner pendant tout ce temps ?

Il se leva, frappa du poing sur la table en lançant fortement :
- Ne devrions-nous pas plutôt révéler la FAUTE de Princesse Mary ?!

Tout le monde se tût. McBride constata immédiatement que le Duc Erik et la Duchesse Grace avaient le regard grave et figé. Un long silence s’installa, soudainement brisé par le Duc, crispé, envahi par une colère immense.
- Comment oses-tu ? Fais cela, et je te briserai le cou avant même que tu vois de tes propres yeux comment toute notre famille courra à sa perte. Ne te crois pas invincible, George.

Le Prince George s’avança lentement vers son oncle, calmement, froidement. Il le fixa avec un air sarcastique.
- Avez-vous peur que soit révélé aux yeux de tous comment vous avez couvert ma soeur ?

A ces mots, le Duc de Lornbridge fracassa sa coupe de champagne aux pieds de George. Sans formuler la moindre réponse, il se leva et partit.
L'Autre Royalisme


1er Février 2020, demeure du Prince George et de Grace, Duchesse d'Hollowford

Grace : Je viens de m’entretenir avec ce cher Melvin !

George : Grand bien te fasse.

Grace : Oh ! Tu serais donc jaloux ? Qu’est-ce qui te perturberait autant ? Que je cause des maux à ton cœur, à ton ego, ou bien la peur viscérale d’une honte absolue étalée aux yeux du Royaume et du monde ? Je vois déjà les titres “Scandale : les frasques de la Duchesse avec le Pasteur McBride”.

La Duchesse rit alors à gorge déployée tandis que le Prince a le visage très fermé.

George : Idiote. Bientôt un an que nous réfléchissons à tout ça et nous sommes déjà ridicules ! Absolument ridicules ! Quel était le plan ? Faire un don à l’équipe de football d’Hollowford ! Vraiment ? Tout le monde a déjà oublié. L’utilité aura été proche du néant. Pour un club qui perd tous ses matchs. Et pendant ce temps, mon père et Valemont ont été empêtrés dans les évènements à Tintellin Cove, ont été maltraités par les décisions de Justice. Et nous ? Quel profit avons-nous tiré de tout ça ? Aucun. Et personne n’en a rien eu à faire de son don à un club de foot. Comment ai-je pu oser vous suivre ? C’est une insulte que je me suis fait à moi même.

Grace : Une fois n’est pas coutume : tu ne comprends rien. Oui, c’est un épiphénomème, surtout au regard des résultalts qui ont suivi. Mais pourtant c’est le plus important. Il est apparu publiquement avec une image plus sympathique, plus moderne, presque légèrement subversive. Nous construisons son ethos. Il fallait éviter à tout prix qu’il renvoie l’image de celui qui venait se venger après la perte de son poste. Nous devons bâtir sur des fondations solides, George.

George : Peut-être alors est-il temps de passer à l’étape suivante ? Mais… je ne voudrais brusquer personne ici.

Grace : Oui.

George : Alors notre bon Pasteur va-t-il dire publiquement ses quatre vérités au sujet du Roi ?

Grace : Non.

George : Est-ce une plaisanterie ?

Grace : Non.

George : Mais parle à la fin ! Cessez tous de me considérer comme un abruti impulsif. Vous prenez des grands airs pour échafauder des plans subtiles et bien réfléchis, mais a-t-on encore constaté la moindre efficacité ?!

Grace : Je te conseille de ne pas agir seul. Duc Erik veut affaiblir son frère par simple vengeance personnelle. Crois-tu qu’il croit en toi pour l’héritage du trône ? Aucunement. Ne fais pas de faux pas, ou bien il n’hésitera pas à te lâcher à la première occasion. Il a toutes les armes en main pour cela.

George : Duc Erik n’a pas de plan car il est pleinement satisfait de la situation actuelle. Alors que nous avons un moyen très simple d’écarter Mary de la succession une bonne fois pour toutes, et la question serait réglée. Cette loi bonnes mœurs était l’occasion rêvée.

Grace : Décidément, ton refrain n’a toujours pas évolué. Pourtant, tu as parfaitement conscience qu’une telle révélation ferait tout s’écrouler et nous emporterait avec. Le secret est tenu depuis trop longtemps .

George : Dans ce cas là, dévoile donc ton plan parfait. Je t’écoute.

Grace : McBride va annoncer la création de son parti. C’est une question de jours ou de semaines. Il vient de me le confirmer.

George : Et sans critiquer le Monarque ? Comment est-ce possible ?

Grace : Tu ne comprends pas le bouleversement que cela représente. Il n’a pas besoin de déployer des attaques personnelles à l’encontre du Roi, de Valemont ou qui sais-je. Le simple fait d’avoir un parti défenseur de la Monarchie qui s’inscrit comme concurrent du Parti Royaliste, ça va être un séisme et attirer l’attention. Ce sera déjà considéré comme un affront, inutile d’être plus direct que cela. Rappelle toi : désintéressé, non revanchard, avec des idées à défendre. Voilà qui ne te définirait point. Et qui ne définit certainement pas le Pasteur McBride non plus. Mais cela doit être son image publique, c’est aussi simple que ça.

George : Ces perspectives sont déjà un peu plus entendables. Mais si l’initiative n’est suivie d’aucun effet, ce sera l’humiliation. Or entre l’antécédent du club d’Hollowford et les bourdes à répétition dont il est capable, permets moi d’émettre quelques réserves.

Grace : C’est un risque. Mais que nous pouvons nous permettre de prendre. Car il se ridiculisera seul. Puisque tout le monde sait bien qu’aucun membre de la famille royale ne serait lié à une telle initiative de haute trahison politique.

George : Je m’interroge tout de même sur un point. Si l’initiative est complètement déconnectée d’un quelconque membre de la famille royale, et nous sommes même supposés la considérer d’un mauvais œil, à quel moment tirerai-je profit de ce contexte politique ?

Grace : Tu vas encore me maudire. Mais l’enjeu se situe toujours à plus long-terme. Laisse-moi te raconter cette histoire d’un Pasteur bien établi, sérieux, qui a occupé les plus hautes fonctions, fidèle aux valeurs et aux traditions du Royaume. Ce Pasteur défend un projet politique calme, posé, plus moderne, ferme sur ses principes mais sans excès. Il est profondément attaché à la Monarchie et la respecte au plus haut point. Il est capable de dialoguer avec le Parti Conservateur-Réformiste, ça le crédibilise. Il est parfois maladroit, ça le rend humain. Il gagne en popularité, car il offre un débouché à cette partie des brocéliens profondément attachée à la Monarchie mais qui n’apprécie pas sa radicalisation.
Une fois cela en place, George, et seulement à ce moment-là… annonce publiquement ton intérêt pour ce parti, pour ce projet, présente toi comme la branche de la famille royale moderne et réformatrice, avec le soutien, le moment venu, du Duc Erik. Face à Mary et sa défense sans nuances de la ligne Johnlyn IV, beaucoup réclameront ton postérieur assis sur ce fichu trône.

George : Si l’on veut que ce parti fonctionne, il ne doit pas être une coquille vide. Les brocéliens détestent les coquilles vides. Il doit dégager quelque chose de suffisamment fort, sans appeler à la Révolution.

Grace : Le Pasteur McBride veut défendre un projet de nouvelle Constitution, comme compromis devant faire consensus large. Il souhaite assumer l’idée que si les actuels Royalistes s’arc-boutent sur tout, ils perdront gros. Un peu comme si la meilleure défense de la Monarchie qui puisse exister, c’est de la réformer, la moderniser. Sur tout autre sujet, il n’aura qu’à se contenter de garder une ligne classique et traditionnelle en apportant des nuances et des éléments de modernité. Avec son style direct et parfois hésitant, il pourrait apparaitre proche de la population. Le pari n’est pas sans risque, mais il y a gros à gagner.

George : Avant toute chose, il va falloir qu’il attire dans son escarcelle plusieurs membres de l’Assemblée Unique. Pressions, chantages, cadeaux, il faut user de tout. Au moindre faux-pas, tout peut tomber à l’eau. Mais ce n’est pas le pire. Si le moindre lien avec nous est établi, c’est notre mort assurée. Et je ne suis pas sûr de l’évoquer au sens figuré. Il faut des intermédiaires, aussi sûrs qu’efficaces.

Il marque une pause.

Mais tout ceci a le mérite d’être enfin excitant.


Le monstre de leurs ambitions

Melvin McBride (Tony Burke)


Malgré son impatience initiale, maintes fois réitérée, Prince George avait fini par être particulièrement convaincu par le plan esquissé par son épouse.
Il l’avait amendé avant de le faire sien.
Seulement quelques semaines plus tard, il eut le malheur de constater à quel point c’était un échec retentissant.

Il n’avait pas caché son agacement devant l’idée saugrenue de rapprocher McBride d’un club de football respectable afin de le rendre plus populaire. Mais il y avait de toute façon peu de bénéfices à en tirer à court-terme, y compris dans le meilleur de cas.
Cette fois-ci, c’était le coup de poker, et il devait déboucher sur un coup de théâtre.
Il sentait son pouls s’accélérer à chaque fois qu’il imaginait les gros titres : “McBride crée son propre parti royaliste !”, “Coup de tonnerre : le parti Royaliste n’a plus la majorité”, “Le Roi a-t-il toujours la main ?”. Il rêvait de la descente aux enfers de son Père, affaibli politiquement, de plus en plus lâché, puis de sa propre émergence comme figure populaire, appréciée, adulée. “Enfin un Prince proche de nous”. C’est ce que diraient les brocéliens, c’est certain.

Bien sûr, le plan n’était pas sans risque. Malgré les précautions extrêmes, il était impossible de parer à toute éventualité qu’un lien soit établi entre la démarche et une partie de la famille royale. Mais il lui a semblé qu’ils avaient échappé à cette terrible issue.
Le mode de mise en échec a été beaucoup plus terre à terre.

Des membres de l’Assemblée Unique ont bien été démarchés dans l’espoir de former un nouveau parti monarchique, distinct du Parti Royaliste. Dans l’idéal, un minimum de cinq membres aurait été parfait, retirant au Parti Royaliste - complété des cinq membres désignés par le Roi - sa majorité absolue. Sur le papier, cela aurait été retentissant et inédit, quand bien même cela ne changerait pas nécessairement en profondeur les rapports de force politiques.
Par le biais d’intermédiaires de confiance et dépendants, une dizaine de membres ont été sollicités car ils remplissaient un des deux critères suivants : une ligne politique relativement dissidente par rapport à celle officielle du parti et donc du Roi, ou des antécédents les amenant à avoir un intérêt tout particulier à la trahison.

Au début des échanges, beaucoup ont déployé une oreille attentive. Jusqu’au moment critique.
Dès lors que le nom de Melvin McBride était prononcé comme leader de ce nouveau mouvement, les réactions ont alterné entre éclats de rires, réactions outrées, ou de subtiles entre deux tels que “c’est une plaisanterie ?”.
Les intermédiaires avaient pour directive d’avancer progressivement puis, en cas d’hésitations finales, sceller les accords par des moyens si nécessaire déloyaux. Mais ils ne
sont jamais parvenus jusqu’à cette ultime étape, tant personne n’y a cru.

Les cerveaux de l’opération, membre de la Famille Royale, avaient bien conscience qu’il n’y avait pas que des avantages à faire porter l’image publique de la dissidence par l’ancien Secrétaire Royal au Culte. Mais ses faiblesses présentaient aussi des intérêts, car ils considéraient McBride comme influençable et n’ayant pas son propre agenda caché.
Cependant, ils avaient clairement sous-estimé son effet repoussoir au sein du monde politique royaliste brocélien.
Pour le Prince, malgré cette forme de désillusion, les objectifs restaient inchangés : affaiblir l’actuel Monarque, son père, puis se présenter progressivement comme alternative à l’héritage de la Couronne légitimement envisagée par le Roi, celui de sa sœur aînée la Princesse Mary.
Mais il fallait revenir au point de départ et envisager d’autres moyens.

En réalité, non, ce n’était pas vraiment un retour au point de départ. Le clan Erik-George-Grace avait maintenant une nouvelle épine dans le pied.
Lors d’un coup de téléphone à son neveu, le Duc Erik affirma : “McBride nourrit maintenant des ambitions”.
Cette phrase surprit et fit bouillonner George : “quelles ambitions ?! Personne ne veut plus de lui ! Qu’il soit ambitieux dans son coin, cela ne nous regarde plus”, répondit-il.
Le Duc se contenta de le contredire par un laconique : “Cela n’est pas si simple. Il veut avoir un rôle à jouer”.
En premier lieu, George se dit “grand bien lui fasse, si ça lui fait plaisir d’y croire”. Mais dans le même temps, il avait bien compris le sous-entendu de son oncle à son ton.
Plus qu’une envie, McBride avait certainement formulé des exigences. Et il était maintenant impossible de les ignorer. Ce fichu Pasteur en savait déjà trop. C’est maintenant lui qui les tenait. Cet idiot les tenait !
S’il révélait les velléités de complot internes à la Famille Royale, et que des membres de l’Assemblée ne parvenaient pas à le nier, c’en était fini des ambitions de Trône, si ce n’est pire.


Pour sa part, Melvin McBride avait effectivement fait le choix de ne plus être humilié par la Famille Royale.

Au commencement de sa jeune vie d’adulte, il avait senti un vent de bonheur et d’enthousiasme le parcourir lorsqu’il était alors jeune Pasteur d’une petite Eglise locale. Sa manière de prononcer ses sermons était appréciée et reconnue de tous. Auprès des brocéliens, les imperfections de son art oratoire donnaient une tonalité plus humble. Sur le fond, il était fidèle à la ligne traditionnelle de l’Eglise. Son niveau de maitrise et de connaissance de la Bible, dès le début de sa carrière, impressionnaient. Pour les protestants, la Bible est l’autorité suprême en matière de foi. Ainsi, chez les fidèles brocéliens, y compris profondément conservateurs et attachés à l’autorité, la posture moins surplombante de ce Pasteur, proche des gens, ne paraissant pas instrumentaliser la Bible à ses propres fins, ou l’interpréter selon ses propres critères, entrait complètement en résonance avec leur propre foi.
Melvin McBride prit rapidement de l’importance au sein de l’Eglise protestante, sans perdre en popularité, faisant simplement face à quelques jalousies ici et là.

Tout bascula lorsqu’en 2012, le Roi l’appela à la surprise générale à prendre la place suprême du protestantisme brocélien, en qualité de Secrétaire Royal au Culte. Par ce choix, Johnlyn IV était allé volontairement à contre-courant des plus ambitieux au sein de l’Eglise.

McBride continua à fonctionner comme il l’avait toujours fait, mais il dût rapidement constater qu’il n’était plus réellement à sa place
. Il n’était pas familier des intérêts, stratégies, et tactiques politiques. Surtout, il ne pouvait plus faire figure d’autorité grâce à sa compétence et sa popularité. Il devait maintenant représenter l’autorité, en tant que telle, infaillible, sans faiblesse. Sa simplicité apparente, ses hésitations, ne lui donnaient plus un caractère humble. De cette nouvelle position, il était régulièrement perçu comme étant peu digne d’intérêt et peu sérieux. Ce mépris était évident du point de vue du Roi, qui ne pouvait cependant pas se dédire trop vite, et de ses collègues Secrétaires Royaux. Cela venait aussi des brocéliens eux-mêmes, car les attendus à l'égard du Secrétaire Royal au Culte du Royaume sont bien différents de ce que tout un chacun attend de son prêtre.
Malgré tout, dans une organisation politique telle que le Royaume, on ne procède pas à des remaniements politiques à tout va et le Secrétaire Royal au Culte bénéficie par nature d’une aura littéralement extra-ordinaire. Chez les royalistes et dans la vie politique, personne ne s’enthousiasmait à l’idée que le Pasteur McBride était Secrétaire Royal, de même que Melvin McBride ne s’enthousiasmait pas de ce qu’il vivait dans ses fonctions. Il se sentait coupé des brocéliens, notamment protestants, et de l’élan qu’il suscitait à leur égard dans sa précédente vie. Mais “l’aventure” se poursuivit, sans tourner au cauchemar. Lorsque le Roi décida de lancer l’Organisation International pour le Protestantisme à l’été 2018, il le fit malgré la place centrale que cela donnerait à McBride.

En juin 2019, lorsqu’il fut démis de sa fonction après les élections des membres de l'Assemblée Unique, McBride le vécut comme une humiliation. La vie aux sommets du Royaume avait beau être synonyme d’anxiété, nul homme n’accepte redescente aussi brutale. Lorsqu’il fut intégré au plan des dissidents de la Famille Royale, il comprit évidemment qu’il était utilisé. Il le vit cependant comme une opportunité, malgré une fois encore le malaise qu’il éprouvait à faire partie des manigances d’un monde trop éloigné de lui. Il faut dire que le choix avait été extrêmement contraint.

Quelques mois plus tard, lorsqu’on lui expliqua les réactions des membres de l’Assemblée Unique et comprit que les conspirateurs étaient prêts à le lâcher, son amour propre le conduit à se dire qu’il n’accepterait plus de vivre un tel niveau d’humiliation. Il comprit les cartes qu’il avait en main et, spontanément, il en fit part au Duc Erik. Il sentit la pression qu’il avait sur ses épaules, le risque qu’il prenait. Mais il savait aussi qu’il avait fait mouche.

Au fil des jours, son plan s’élabora. Il ne savait pas quel en serait le prix. Mais il sentait, viscéralement, qu’il lui faudrait bientôt passer à l’action.
D’un côté, le prédicateur adulé et proche du peuple.
De l’autre, l’homme ambitieux et fort de son expérience aux plus hautes fonctions.
Sans nul jouer cette fois-ci l’équilibriste, il allait enfin pouvoir réunir ces deux versions de lui-même.


Haut de page