07/11/2019
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Activités intérieures - Famille Royale & Intrigues de Palais

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Famille Royale & Intrigues de Palais


Sont recensées ici les informations et le RP interne relatif à la Famille Royale, ce qui comporte une importance particulière pour le futur du Royaume de Brocelynwood.
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Fiche : Généalogie de la Famille Royale depuis William Ier

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Cela permet d'avoir une vue d'ensemble des principaux héritiers. Évidemment, l'ensemble de la Famille et des fratries ne peuvent être représentées, car la généalogie serait trop étendue et trop complexe.
Dynastie
18581
Le dîner des dissidents ?

Table diner

En cette soirée de juin 2019, le Prince George et son épouse Grace, la Duchesse d’Hollowford, organisent une réception confidentielle dans leur Château situé à proximité de la ville la plus royaliste de Brocelynwood. Au sein de la Famille Royale, et il en a toujours été ainsi, la capacité à assurer la défense de sa caste n’a d’égale que celle - dans l’ombre - à réaliser des coups bas, des vengeances, des trahisons dans la défense de ses propres intérêts personnels. Il n’était donc nullement étonnant pour le frère du Roi, Erik, Duc de Lornbridge, de recevoir cette invitation secrète à peine quelques jours après les résultats des élections et le remaniement des Secrétaires Royaux.

Les choses étaient un peu différentes pour le deuxième invité. Après avoir occupé pendant 7 ans la fonction de Secrétaire Royal au Culte, précédées par plusieurs années de grande proximité avec la Famille Royale et le Roi lui-même, Melvin McBride n’était bien sûr pas étranger à ce petit monde. Mais le fait de ne pas en être pleinement membre ne permet pas d’intégrer si facilement tous les codes et toutes les pratiques. Cela est d’autant plus vrai pour ce Pasteur, toujours resté très éloigné et ignorant des intrigues politiques au sens large. En 2012, il venait presque de nulle part lorsque Johnlyn IV l’avait propulsé par intérêt à cette éminente fonction. La prudence était donc de mise et les sous-entendus à éviter. Plutôt qu’un courrier, le couple princier a décidé de charger un employé de transmettre le message à l’oral, directement au domicile du Pasteur, et en sa seule présence. “Sous aucun prétexte, vous ne devez mentionner ce dîner à une quelconque personne, qu’il s’agisse d’un ami proche, de votre épouse, d’un membre de la Famille Royale, du Roi lui-même, du Prince George lui-même par téléphone, ou cela pourra vous coûter directement la vie”, avait dit et répété le messager. Ces mises en garde et menaces directes étaient certainement démesurées par rapport à l’enjeu mais le Prince et le Duchesse ne pouvaient absolument pas prendre le risque que la nouvelle soit ébruitée, au risque d’un effondrement de leur stratégie.

Pour Melvin McBride, la situation créa un stress intense pendant les près de dix jours séparant cette invitation peu conventionnelle et engageante de ladite soirée. Digérant déjà mal le fait d’avoir été écarté du Secrétariat Royal au Culte quelques jours plus tôt, le Pasteur se demandait bien ce que ces membres de la famille royale pouvaient encore avoir contre lui.

Ils étaient donc quatre autour de cette immense table, réunis pour ce fastueux dîner illuminé de cent feux de bougies. Après plusieurs années passées au plus haut sommet de l’Etat et de l’Eglise Protestante, Pasteur McBride avait l’habitude des situations peu confortables. Tout en ayant le sentiment de ne pas être pleinement à sa place, il savait tant bien que mal se contenir et jouer son rôle de personnalité haute-placée et considérée du Royaume de Brocelynwood, bien qu’en partie méprisé par la Famille Royale. Il avait le sentiment de parvenir à faire une impression convenable, mais il s’impatientait à ce qu’on en vienne enfin aux faits. Son esprit avait élaboré mille scénarios ces derniers jours, beaucoup peu reluisants, mais l’angoisse naît du néant et de l’incertitude. Il était enfin temps de remplir ce vide.


- Quel plaisir, du homard en entrée. Il est vrai que j’ai maintes fois rappelé ma jouissance à la simple l’idée que ce crustacé rencontre le chemin de mon palais, souligna sarcastiquement le Duc Erik.

- Mon oncle, vous n’en goûterez pourtant jamais d’aussi prestigieux et affiné”, lui rétorqua le Prince George.

- En effet, j’imagine bien que comment celui-ci a été délicatement recueilli par des mains alderii de Tintellin Cove, à tel point qu’il mériterait d’être labellisé ‘produit aleucien’, n’est-ce pas ?”.

Tout le monde se mit à rire et Melvin McBride leur emboîta le pas par politesse, mais n’était nullement d’humeur.

Sans surprise, les discussions prirent rapidement une tournure politique, chacun tentant d’offrir son analyse des résultats des élections. Mais il était palpable que personne ne souhaitait encore toucher au cœur du sujet. Au contraire, chaque sujet sérieux était finalement ponctué sous l’angle de l’anecdote et de l’humour, comme cette tirade du Prince George.

- Pour je ne sais quelle motivation, Dieu a été bon avec eux au point de leur offrir cinq sièges, mais qui peut croire qu’ils iront au-delà ? Brocelynwood n’a jamais été et ne sera jamais communiste. Nous pouvons jouer à nous faire peur mais réfléchissons-y sérieusement pendant deux minutes. Visualisez : près de douze millions de sujets façonnés pendant plus de deux siècles par une lignée royale prestigieuse - et j’ajoute ! - issue elle-même de plusieurs siècles de dynasties austariennes non moins prestigieuses, et ces millions de sujets choisiraient subitement un dirigeant à l’air gueux et alcoolique, le couteau entre les dents, sous prétexte qu’il a fait le pitre et pu raconter quelques sottises à la télévision devant Philip Morland ? Ma foi. Personnellement, je n’ai aucune crainte.

Melvin McBride percevait bien que le thème des échanges tendait à se rapprocher progressivement de la question du nouvel exécutif, ce qui amènerait nécessairement à aborder son cas personnel. Cela n’a évidemment pas manqué. Après un silence de quelques brèves secondes, la duchesse Grace finit d’avaler une gorgée, pose son verre d’eau, et se tourne vers McBride.
- Pasteur, nous tenions à vous dire, le Prince et moi-même, à quel point nous avons été étonnés et, je dirais même émotionnellement marqués par votre remplacement peu délicat au Secrétariat Royal au Culte. Me permettez-vous de vous demander comment vous vivez cette situation ?

Craignant un piège, la réponse de McBride s’essaya à un subtil équilibre entre crédibilité et politiquement correct, jugé moins risqué qu’une honnêteté trop affirmée.
- Duchesse, je suis particulièrement reconnaissant de cette marque d’attention. Il est, je vous l’accorde, des épreuves qui soient plus agréables dans la vie d’un homme. Mais je respecte la décision du Souverain et je serais bien mal placé pour avoir un quelconque sentiment revanchard lorsque mes instincts personnels semblent se confronter à la réalité de mon destin et à la volonté de Dieu. Il ne fait aucun doute que le Révérend Whitlock est l’homme de la situation.

Prince George surenchérit :
- Je vous admire. La sagesse des Hommes d'Églises m’a toujours stupéfait. Permettez-moi de vous contredire, Pasteur. Ce sont plutôt je ne sais quels instincts personnels qui ont guidé ce choix de mon père, et seule ma position m’empêche de dire tout le mal que j’en pense. Vous n’avez pas été bien traité, Pasteur. Pas après tout ce que vous avez donné pendant ces sept années, et la loyauté dont vous avez fait preuve. On dit même que vous étiez le principal artisan du Traité avec Westalia en septembre dernier et que vous avez impressionné Monsieur Takajiwa en personne. La pratique est de ne pas remplacer le Secrétaire Royal au Culte, encore moins sans la moindre raison valable.

Cela suscita un sentiment partagé chez McBride. Il avait à la fois conscience que ces flatteries n’étaient pas pleinement franches, et traduisaient plutôt la mise en place d’une stratégie bien huilée, dont il ignorait encore la teneur. Dans le même temps, il se sentit dès cet instant soulagé de constater qu’il n’était visiblement pas une cible, et davantage l’objet d’une valorisation que son ego ne parvenait pas pleinement à mettre de côté.

- Voilà un éloge que je ne me permettrais pas d’adresser à moi-même, mais dont je suis profondément touché, soyez-en assuré, tout particulièrement venant de votre part. Momentanément, cette situation me pèse. Il arrive même que, dans mon for intérieur, je la vive comme injuste. Mais la politique a ses raisons que la raison ignore. Et je respecte au plus haut point notre Monarchie pour oser quelconques plaintes.

Involontairement,cette dernière phrase offrit un nouvel angle argumentatif à la Duchesse qui prit soin à détailler méthodiquement et calmement sa démonstration.
- Pasteur, vous dites que vous respectez au plus haut point la Monarchie. Vous imaginez bien que nous sommes particulièrement bien placés pour partager votre considération. Avec le Prince George, nous pensons justement que c’est la Monarchie qui n’est pas respectée. Notre système repose sur des traditions. L’une d’elle est de reconduire à vie le Secrétaire Royal au Culte, et non pas de le remplacer à la première élection venue. Comme le Roi, bien qu’à un autre niveau, vous représentez la permanence et la stabilité de la nation liée à Dieu pour l’éternité. Vous n’êtes pas un vulgaire Ministre de gouvernement socialiste placé sur un siège éjectable pour complaire à divers intérêts politiciens. Cette situation est un exemple parmi d’autres d’un affaiblissement de notre Monarchie. Cet affaiblissement est aujourd’hui en partie causé - et cela m’attriste au plus haut point de le dire - par le Monarque lui-même. Nous pensons que vous comme nous, dont les vies, les âmes et le devoir sont liées au Royaume ne pouvons, ni ne devons, rester les bras croisés”.

L’attention des hôtes étaient à son maximum, comme si chacun était captivé par les mots, la prestance et le charisme de la Duchesse Grace. Elle ajouta :
- Qu’en dites-vous, Duc Erik ?

L’homme s’éclaircit la gorge et tenta de se convaincre :
- Nul n’ignore ici la haine profonde que je voue à mon frère, pas même Pasteur McBride me semble-t-il. J’ai toute confiance dans le fait qu’il vous l’a évoqué. Oui, car évidemment, cette haine est mutuelle. Bon. En tout état de cause, je ne sais dans quelle combine vous tentez de m’entrainer et aussi tentante soit-elle, je ne serai pas celui par qui tout l’édifice s’écroule.

- Mon Oncle, pourtant vous n’ignorez sans doute pas que le nouveau Premier Secrétaire Spécial du Roi n’est autre que Valemont.

George avait fait mouche.
- Cet arriviste ! s’exclama Erik.

Devant cette réaction qu’il avait tant espéré, le Prince se laissa emporter par l’enthousiasme et la colère.
- Comme je l’ai maintes fois entendu dans ma vie, la Famille Royale n’est jamais apparue aussi unie que depuis l’arrivée sur le trône de mon père en 1985. Il faut lui reconnaître cette capacité à mettre les conflits sous le tapis, faire taire les divisions, ne pas les ébruiter au-delà des murs de nos palais et châteaux. Mais qu’avons-nous à perdre à ce que cela change aujourd’hui ? Il est allé trop loin. Nous sommes la risée sur la scène internationale. La Royauté n’a jamais été aussi impopulaire. Il a maltraité Pasteur McBride. En nommant Valemont, il a exprimé sa préférence pour sa succession. Pire qu’une préférence, il a fait un choix. Il m’écarte, moi, l’homme aîné, au profit de ma sœur, sous prétexte qu’elle soit née deux ans plutôt que moi. A Brocelynwood, la Reine a toujours été l’épouse du Monarque, jamais celle qui règne. Pire qu’une préférence, pire qu’un choix, il m’enlève publiquement ma dignité de Prince héritier !

Prince George pensait avoir créé un moment d’une grande tension dramatique. Cela tourna au ridicule lorsque le Duc de Lornbridge, après quelques secondes de pause, éclata de rire.
- George, avez-vous déjà eu la moindre dignité ? Trêve de plaisanterie. Il y a bien des années, je croyais beaucoup en votre sœur Mary. Elle a une finesse d’esprit qui vous échappe parfois, même si rien n’est inéluctable. Mais son mariage avec cet idiot d’Edmund Valemont a changé bien des choses. A mon âge un peu avancé, je commence à me faire tant bien que mal à la pratique du pouvoir de mon frère. Pour autant, je ne suis pas sûr d’accepter le fait que Valemont devienne le Roi par alliance. Du moins, j’ose espérer que cela se jouera après ma mort plutôt qu’avant.

Devant ces règlements de comptes familiaux, Pasteur McBride commençait à se sentir de trop.
- Monsieur le Duc, Monsieur le Prince, Madame la Duchesse, j’ai particulièrement apprécié ces échanges et ce repas. Je crois qu’il va être temps pour moi de prendre congé. Et j’ai bien sûr parfaitement conscience de la confidentia…

La Duchesse d’Hollowford réagit aussitôt :
- Pasteur, vous nous feriez offense ! Rasseyez-vous donc. Mon mari a dit bien des mots qui dépassent sa propre pensée. Mais ce qui nous réunit aujourd’hui est bien plus grand que ça et bien plus grand que nous. Nous avons besoin de vous pour construire l’avenir, faire évoluer notre Monarchie, voir au long-terme. Le Roi n’a plus la possibilité d’avoir cette hauteur de vue, c’est une des malédictions du trône - passez-moi l’expression.

Pendant que Melvin McBride commençait à se rasseoir, le Duc Erik montra des signes plus engageants, davantage convaincu par la vision de la Duchesse Grace que par la blessure egotique du Prince.
- Madame la Duchesse, pourquoi n’êtes-vous pas la fille légitime du Roi.

George lança un regard noir à son oncle, sentant la fureur monter en lui devant cet affront d’une rare violence. Mais il n’était pas en position d’avoir une quelconque réaction, et chacun fit comme si cette assertion n’avait jamais existé. Il poursuivit :
- Vous avez raison. Il ne s’agit pas de se précipiter ou de faire tomber des têtes. Mais comme l’a dit le Prince, il est probablement le moment de ne pas rester parfait spectateur. Et nous avons tous notre rôle à jouer ici. Y compris vous, Pasteur.

Devant l’intérêt appuyé de tous les membres de la Famille Royale, Melvin McBride décida d’adopter une posture moins passive et commença à affirmer ses opinions, désormais certain qu’elles allaient dans le sens de ses interlocuteurs.
- Au plus près du Roi jusqu’à il y a de ça quelques jours, j’ai pu moi-même constater cet éloignement entre la Monarchie et les brocéliens. Il existe une élite protestante et royaliste plus proche de notre population, et je crois en faire partie, peut-être vous-mêmes aussi, mais elle est de plus en plus mise à l’écart. Le Roi ne le voit plus. L’impopularité nous guette, et je crains qu’elle ait déjà commencé à surgir.

Un sourire narquois commença à se dessiner sur les lèvres du Prince George.
- Dites le publiquement !

Tandis que le Pasteur McBride commençait tout juste à balbutier un début de réponse, Grace réagit.
- Mon cher, cessez de vous précipiter. Écoutez votre oncle. Nous devons être bien plus subtiles, ou la haine légitime à l’encontre de votre père entraînera la haine à l’encontre du Royaume et nous entraînera tous.

- Et que suggérez-vous ? s’agaça le Prince.

- Nous ne pouvons nous octroyer le luxe d’être considérés comme des vulgaires traitres en quelques jours. La ficelle ne peut pas être aussi grosse, y compris par la voix légitime du Pasteur McBride.

- Votre épouse a raison, ajouta le Duc Erik. Dans votre propre intérêt, soyez fin stratège, ou laissez la Duchesse l’être pour vous. Le Roi et l’héritage du trône par Princesse Mary et ce Valemont doit être fragilisé, progressivement, subtilement, sans que cela n’entache toute la Monarchie. L’usure du pouvoir touche les supposées démocraties en quelques mois, mais quoiqu’on en dise, finit aussi par atteindre les Empires et les Royaumes. Mais il faut parfois un petit coup de pouce. Au sein du Royaume et de l’Eglise, des figures doivent émerger, profondément pro-royalistes, mais plus populaires, plus proches des brocéliens.

- Evidemment, ces figures ne peuvent pas venir de la famille royale elle-même, du moins dans un premier temps… suggéra la Duchesse d’Hollowford.


Pendant quelques secondes, tout le monde se tut.
Simultanément, les regards commencèrent à se tourner vers le Pasteur, qui préféra opter pour la boutade.
- Si vous pensez à ma personne pour donner un nouvel élan à notre Monarchie, j’en suis fort honoré, mais il faut que vous sachiez que je ne suis aucunement candidat à la succession.

- Pasteur, comme vous êtes taquin, répondit la Duchesse avec un léger rire. Je suggère que mon époux endosse cette responsabilité lorsque son heure viendra. Pour autant, vous êtes justement celui qui peut donner ce nouvel élan, et contribuer à fissurer cette aura illégitime qui surplombe notre Monarque. Vous êtes compétent, populaire, vous avez connu les arcanes de l’intérieur et vous êtes maintenant presque extérieur à tout ça. Et vous avez été injustement brisé.

- J’entends votre analyse, Madame la Duchesse. Et je suis tout à fait prêt à prendre au sérieux votre proposition, prendre ma part, non pas pour détruire le Royaume, ce qu’aucun de nous souhaite faire ici, mais dans l’intérêt de celui-ci. A ce stade, je vais simplement me permettre de paraphraser le Prince : que suggérez-vous ?

- Vous pourriez, commença la Duchesse, aller devant les médias pour expliquer tout le mal que vous pensez du Roi, toutes les erreurs que vous avez vu de vos propres yeux. Vous pourriez même jouer au lanceur d’alerte et révéler un secret bien gardé. Vous pourriez vous mettre à la tête d’un parti royaliste dissident, en vous assurant que quelques membres de l’Assemblée Unique vous suivent.

- Exactement ! s’enthousiasma le Prince.

- Sauf votre respect, je…, tenta Erik.

- Mais ce n’est pas ce qu’il faut faire, coupa Grace. Ou plutôt, c’est précisément ce qu’il faudra faire, mais bien plus tard. Aujourd’hui, cela serait balayé d’un revers de la main, car vous seriez perçu comme la bête blessée qui fait feu de tout bois par pure vengeance. Restez un homme public et construisons votre image d’homme raisonné et raisonnable, expérimenté, défenseur de la Monarchie et proche des brocéliens. Progressivement, vous pourrez faire part, avec parcimonie, de désaccords. Puis, de critiques… Et plus personne ne pourra prétexter que cela n’est pas sincère.

Le Duc Erik fit mine d’applaudir, agréablement surpris par la finesse stratégique de la Duchesse d’Hollowford.

- J’entends, j’entends, reprit McBride. Je dois vous avouer que j’étais au départ assez sceptique, mais vous êtes en train de me convaincre que j’ai un rôle à jouer. Un rôle qui ne me semble pas être particulièrement déplaisant. Je dois simplement vous faire part d’une petite inquiétude.
Il fit une courte pause, avant de poursuivre :
- J’ai dû passer sept années à devoir frustrer mon élan naturel pour m’adapter à chaque micro-stratégie et chaque micro-décision du Monarque, de Monsieur Rowanstone, ou encore de Monsieur Philips. Si aujourd’hui je souffre de ma nouvelle situation, et je ne m’en cache pas, je souhaite retrouver une liberté de parole, une liberté de ton. Nous pouvons collaborer mais pour cela, nous devons être partenaires. Bon, j’espère être parvenu à faire comprendre mes intentions.

- Mais c’est tout naturel, Monsieur McBride. C’est précisément là où voulait en venir mon épouse. Retrouvez votre liberté, votre naturel, profitez de ne plus être dans votre costume étriqué de Secrétaire Royal. Nous ne vous demandons rien de plus.

Le Prince George avait répondu du “tac-au-tac”, sans particulièrement analyser les implications concrètes de ses propos. Il avait surtout perçu l’opportunité de rassurer mécaniquement le Pasteur devant sa seule objection, ce qui était probablement la meilleure chose à faire dans son propre intérêt.

- J’ai une première suggestion concrète à vous soumettre. En tant que Duchesse d’Hollowford, ville la plus royaliste du Royaume, je constate qu’il y a aujourd’hui dans notre ville le club de football le plus respectable du Royaume. Et je le dis immédiatement : mettons tout de suite de côté nos idées sur ce sport, elles n’ont aucune importance. Il se trouve que cette équipe commence à être soutenue par des défenseurs de la Monarchie, tandis que le Roi continue à présenter ce sport comme l’ennemi absolu. Je fais le pari que nous ne saurons lutter contre la popularité d’un sport qui n’est plus uniquement celui des communistes, mais aussi de la bourgeoisie. Le Duc de Lornbridge en sait quelque chose.

Erik acquiesça et la Duchesse poursuivit :
- Voulons-nous vraiment d’un loisir qui rassemble socialistes, communistes et bourgeois, que tout oppose par ailleurs, contre les royalistes ? Je fais plutôt l’analyse que le football deviendra demain dans les villes, ce qu’est aujourd’hui le rugby dans nos campagnes. Alors, ne voudriez-vous pas assumer l’idée de faire un don à l’équipe d’Hollowford, très respectée dans notre ville ? Cela aurait un double intérêt pour votre image comme pour les résultats de notre ville.

- Je ne peux évidemment pas vous confirmer quoique ce soit ce soir, répondit le Pasteur McBride. Je vais cependant aller dans votre sens : j’ai moi-même constaté l’intérêt croissant de la communauté de croyants pour cette activité, dès lors qu’elle n’est pas saccagée par les agitateurs communistes. Et l’Eglise doit aussi avoir cette écoute, à condition de ne pas rogner sur ses principes. Je vais considérer sérieusement votre proposition.

- Pour un homme de ma génération, expliqua le Duc Erik, cette optique m’est particulièrement désagréable. Mais j’ai bien saisi l’objet et, somme toute, je n’ai pas besoin de m’impliquer directement dans ce projet. Ce qui est certain, connaissant mon frère, c’est qu’il s’entétera dans cette guerre au football, et je ne peux lui donner tort sur le fond. Mais si vos présupposés sont réels, cela pourrait se retourner contre lui.

- Ces analyses sur la sociologie du sport à Brocelynwood sont fort intéressantes, s’impatienta le Prince George. Soyons subtiles et progressifs, répétez-vous tous inlassablement. Soit. Mais devons-nous pour autant perdre nos objectifs ? Ma soeur et Valemont vont-ils continuer à se pavaner pendant tout ce temps ?

Il se leva, frappa du poing sur la table en lançant fortement :
- Ne devrions-nous pas plutôt révéler la FAUTE de Princesse Mary ?!

Tout le monde se tût. McBride constata immédiatement que le Duc Erik et la Duchesse Grace avaient le regard grave et figé. Un long silence s’installa, soudainement brisé par le Duc, crispé, envahi par une colère immense.
- Comment oses-tu ? Fais cela, et je te briserai le cou avant même que tu vois de tes propres yeux comment toute notre famille courra à sa perte. Ne te crois pas invincible, George.

Le Prince George s’avança lentement vers son oncle, calmement, froidement. Il le fixa avec un air sarcastique.
- Avez-vous peur que soit révélé aux yeux de tous comment vous avez couvert ma soeur ?

A ces mots, le Duc de Lornbridge fracassa sa coupe de champagne aux pieds de George. Sans formuler la moindre réponse, il se leva et partit.
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