Posté le : 16 jui. 2026 à 22:54:16
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L'Autre Royalisme
1er Février 2020, demeure du Prince George et de Grace, Duchesse d'Hollowford
Grace : Je viens de m’entretenir avec ce cher Melvin !
George : Grand bien te fasse.
Grace : Oh ! Tu serais donc jaloux ? Qu’est-ce qui te perturberait autant ? Que je cause des maux à ton cœur, à ton ego, ou bien la peur viscérale d’une honte absolue étalée aux yeux du Royaume et du monde ? Je vois déjà les titres “Scandale : les frasques de la Duchesse avec le Pasteur McBride”.
La Duchesse rit alors à gorge déployée tandis que le Prince a le visage très fermé.
George : Idiote. Bientôt un an que nous réfléchissons à tout ça et nous sommes déjà ridicules ! Absolument ridicules ! Quel était le plan ? Faire un don à l’équipe de football d’Hollowford ! Vraiment ? Tout le monde a déjà oublié. L’utilité aura été proche du néant. Pour un club qui perd tous ses matchs. Et pendant ce temps, mon père et Valemont ont été empêtrés dans les évènements à Tintellin Cove, ont été maltraités par les décisions de Justice. Et nous ? Quel profit avons-nous tiré de tout ça ? Aucun. Et personne n’en a rien eu à faire de son don à un club de foot. Comment ai-je pu oser vous suivre ? C’est une insulte que je me suis fait à moi même.
Grace : Une fois n’est pas coutume : tu ne comprends rien. Oui, c’est un épiphénomème, surtout au regard des résultalts qui ont suivi. Mais pourtant c’est le plus important. Il est apparu publiquement avec une image plus sympathique, plus moderne, presque légèrement subversive. Nous construisons son ethos. Il fallait éviter à tout prix qu’il renvoie l’image de celui qui venait se venger après la perte de son poste. Nous devons bâtir sur des fondations solides, George.
George : Peut-être alors est-il temps de passer à l’étape suivante ? Mais… je ne voudrais brusquer personne ici.
Grace : Oui.
George : Alors notre bon Pasteur va-t-il dire publiquement ses quatre vérités au sujet du Roi ?
Grace : Non.
George : Est-ce une plaisanterie ?
Grace : Non.
George : Mais parle à la fin ! Cessez tous de me considérer comme un abruti impulsif. Vous prenez des grands airs pour échafauder des plans subtiles et bien réfléchis, mais a-t-on encore constaté la moindre efficacité ?!
Grace : Je te conseille de ne pas agir seul. Duc Erik veut affaiblir son frère par simple vengeance personnelle. Crois-tu qu’il croit en toi pour l’héritage du trône ? Aucunement. Ne fais pas de faux pas, ou bien il n’hésitera pas à te lâcher à la première occasion. Il a toutes les armes en main pour cela.
George : Duc Erik n’a pas de plan car il est pleinement satisfait de la situation actuelle. Alors que nous avons un moyen très simple d’écarter Mary de la succession une bonne fois pour toutes, et la question serait réglée. Cette loi bonnes mœurs était l’occasion rêvée.
Grace : Décidément, ton refrain n’a toujours pas évolué. Pourtant, tu as parfaitement conscience qu’une telle révélation ferait tout s’écrouler et nous emporterait avec. Le secret est tenu depuis trop longtemps .
George : Dans ce cas là, dévoile donc ton plan parfait. Je t’écoute.
Grace : McBride va annoncer la création de son parti. C’est une question de jours ou de semaines. Il vient de me le confirmer.
George : Et sans critiquer le Monarque ? Comment est-ce possible ?
Grace : Tu ne comprends pas le bouleversement que cela représente. Il n’a pas besoin de déployer des attaques personnelles à l’encontre du Roi, de Valemont ou qui sais-je. Le simple fait d’avoir un parti défenseur de la Monarchie qui s’inscrit comme concurrent du Parti Royaliste, ça va être un séisme et attirer l’attention. Ce sera déjà considéré comme un affront, inutile d’être plus direct que cela. Rappelle toi : désintéressé, non revanchard, avec des idées à défendre. Voilà qui ne te définirait point. Et qui ne définit certainement pas le Pasteur McBride non plus. Mais cela doit être son image publique, c’est aussi simple que ça.
George : Ces perspectives sont déjà un peu plus entendables. Mais si l’initiative n’est suivie d’aucun effet, ce sera l’humiliation. Or entre l’antécédent du club d’Hollowford et les bourdes à répétition dont il est capable, permets moi d’émettre quelques réserves.
Grace : C’est un risque. Mais que nous pouvons nous permettre de prendre. Car il se ridiculisera seul. Puisque tout le monde sait bien qu’aucun membre de la famille royale ne serait lié à une telle initiative de haute trahison politique.
George : Je m’interroge tout de même sur un point. Si l’initiative est complètement déconnectée d’un quelconque membre de la famille royale, et nous sommes même supposés la considérer d’un mauvais œil, à quel moment tirerai-je profit de ce contexte politique ?
Grace : Tu vas encore me maudire. Mais l’enjeu se situe toujours à plus long-terme. Laisse-moi te raconter cette histoire d’un Pasteur bien établi, sérieux, qui a occupé les plus hautes fonctions, fidèle aux valeurs et aux traditions du Royaume. Ce Pasteur défend un projet politique calme, posé, plus moderne, ferme sur ses principes mais sans excès. Il est profondément attaché à la Monarchie et la respecte au plus haut point. Il est capable de dialoguer avec le Parti Conservateur-Réformiste, ça le crédibilise. Il est parfois maladroit, ça le rend humain. Il gagne en popularité, car il offre un débouché à cette partie des brocéliens profondément attachée à la Monarchie mais qui n’apprécie pas sa radicalisation.
Une fois cela en place, George, et seulement à ce moment-là… annonce publiquement ton intérêt pour ce parti, pour ce projet, présente toi comme la branche de la famille royale moderne et réformatrice, avec le soutien, le moment venu, du Duc Erik. Face à Mary et sa défense sans nuances de la ligne Johnlyn IV, beaucoup réclameront ton postérieur assis sur ce fichu trône.
George : Si l’on veut que ce parti fonctionne, il ne doit pas être une coquille vide. Les brocéliens détestent les coquilles vides. Il doit dégager quelque chose de suffisamment fort, sans appeler à la Révolution.
Grace : Le Pasteur McBride veut défendre un projet de nouvelle Constitution, comme compromis devant faire consensus large. Il souhaite assumer l’idée que si les actuels Royalistes s’arc-boutent sur tout, ils perdront gros. Un peu comme si la meilleure défense de la Monarchie qui puisse exister, c’est de la réformer, la moderniser. Sur tout autre sujet, il n’aura qu’à se contenter de garder une ligne classique et traditionnelle en apportant des nuances et des éléments de modernité. Avec son style direct et parfois hésitant, il pourrait apparaitre proche de la population. Le pari n’est pas sans risque, mais il y a gros à gagner.
George : Avant toute chose, il va falloir qu’il attire dans son escarcelle plusieurs membres de l’Assemblée Unique. Pressions, chantages, cadeaux, il faut user de tout. Au moindre faux-pas, tout peut tomber à l’eau. Mais ce n’est pas le pire. Si le moindre lien avec nous est établi, c’est notre mort assurée. Et je ne suis pas sûr de l’évoquer au sens figuré. Il faut des intermédiaires, aussi sûrs qu’efficaces.
Il marque une pause.
Mais tout ceci a le mérite d’être enfin excitant.