2169年5月28日/30 juin 2019
Palais présidentiel de Haijing
— ...shèhuì... biàn bùkě bìmiǎn de... de zǒuxiàng fēnliè... yǔ... yǔ yǐ ?... yìhuà ?
— yìhuà... L'aliénation. « Lorsque les intérêts individuels érodent l’ordre collectif, la société dérive inévitablement vers la fragmentation et l’aliénation. »
Shaya réfléchit, puis demanda :
— Ça veut dire quoi, l'« aliénation » ?
— C'est... Hésita la tutrice. C'est une forme de folie provoquée par l'égoïsme et l'intérêt personnel. Continue de lire.
Au moment où la fillette se remit à lire, Po Dongfang entra dans la pièce. Il s'arrêta, les bras croisés, observant l'enfant lire comme un directeur d'école qui vérifie le bon apprentissage de ses classes.
— « Le véritable co... coll... collecti... visme. Le véritable collectivisme...
— ...n’est pas la négation de l’individu, mais la redéfinition de son mode d’existence. L’individu ne se conçoit plus comme une entité isolée, mais trouve son sens et sa valeur au sein du corps social. Cette relation n’est pas une contrainte, mais l’expression d’une liberté d’un niveau supérieur. » Sui Zijian, fondateur de la République Populaire du Baïshan. Récita Dongfang de tête. Est-ce que tu comprends au moins ce que tu lis ?
Shaya jeta un coup d’œil sur le texte, y espérant trouver le sens de sa lecture. Mais c'était bien trop compliqué pour une enfant de son âge. Alors, elle secoua la tête en signe de négation. Le président Po s'adressa à la gouvernante.
— Ne vous avais-je pas dit de lui faire lire des textes adaptés à son niveau ?
— M... Monsieur... Je... je n'ai trouvé que ce genre de livres au Palais. Il n... il n'y a pas de livres pour enfant !
— Et alors ? Vous ai-je interdit d'aller en acheter en ville ? Prenez donc vos affaires et allez chercher du travail ailleurs, je n'ai plus besoin de vous.
La regard de la tutrice se figea, rempli de panique.
— M... Monsieur... je suis désolée. Je vous promets que je vais en acheter un dès maintenant. Je vous en prie, laissez-moi une deuxièm...
Le regard sévère du président la coupa dans ses supplications.
— ...Je... je m'en vais. Je vous présente encore mes excuses. Dit-elle en se pliant plusieurs fois à d'amples révérences.
Puis, quand elle eut fini de rassembler ses affaires, la gouvernante sortit du bureau et quitta le Palais. Pour toujours.
— Tu fais des progrès en lecture. Constata Po Dongfang en feuilletant le livre de Sui Zijian que lisait Shaya à l'instant.
Bien que la fillette continuait de bégayait sur les mots compliqués, le Président trouvait la jeune fille plus investie dans ses leçons, et sa fluidité en lecture s'était améliorée.
— Père... Dit-elle, car c'est comme cela qu'elle l'appelait désormais. J'aimerais aller à l'école, comme tous les autres enfants.
Dongfang reposa le livre, visiblement surpris par le désir de l'enfant.
— Pourquoi ça ? Tu ne trouves pas ça plus confortable d'étudier ici ? Tu as des tuteurs qui te font des leçons personnalisées, qui t'enseignent les vrais outils pour guider et diriger.
— Je... je sais. Dit-elle, presque honteuse d'avoir l'impression de décevoir. Cela fait 3 ans que je suis ici, et je n'ai aucune compagnie de mon âge. J'apprends beaucoup, et j'en suis très reconnaissante. Mais j'aimerais apprendre avec les autres enfants, pour me faire des amis. En plus, je ne comprends pas pourquoi on m'apprend que tout le monde a la même valeur tout en me privant de vivre comme les autres baïshanais... Dans le livre, Sui Zijian a dit : « Dans une société socialiste, le développement de l’individu ne peut jamais exister en dehors du collectif. ». C'est vrai, non ?
— Hm... Po sembla pensif. Finalement, tu comprends plutôt bien ce que tu lis...
Shaya ne cacha pas son sourire, fière de recevoir ce pseudo compliment de la part du Président.
— Bien ! Nous te chercherons une école pour la rentrée prochaine.
Sur un pas affirmé, le chef de l'État quitta la pièce. Shaya reprit le livre et le serra dans ses bras comme s'il s'agissait d'une peluche.
— Trop bien ! Merci Sui Zijian, tu m'as sauvé la vie !