24/11/2019
11:12:33
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[à archiver] Karty-Teyla, La guerre au bout du fil, V1

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Chaque citoyen tombé laissera à l'ennemi le traumatisme de son offensive. Qu'il nous ait atteint est déjà un échec, il n'y en aura pas de second.

AlinéaTelle avait été la première prise de parole publique de la Commissaire à la Défense. Ses apparitions dans le domaine de la presse ou des médias demeuraient des aubaines pour ceux qui pouvaient l'accueillir, tant elle se refusait à ce genre de mauvais spectacle. Et pourtant, elle était une femme d'exception. Oui, c'était la manière dont on la percevait, au sein de son pays. Presqu'une égale populaire à Angèle Orlovski. Elle était le symbole, fille d'ouvrière et pourtant partisane d'un des plus hauts postes que l'on pouvait avoir en Karty. Elle était la meneuse d'une des plus grandes armées au monde.

Taliska, elle, personnellement, s'accorde à penser une chose. Elle considère la guerre telle une horreur, mais l'inaction comme pire encore. Elle compose avec la doctrine politique de sa patrie, que chaque vie citoyenne soit inestimable et par dessus tout autre facteur. Elle pense de ses soldats des citoyens protégeant leurs frères, non un vulgaire facteur humain. Elle sait que Karty n'a jamais réellement été attaquée sur son territoire. Mais elle y pense. Et son idée lui est des plus simples, si un ennemi s'avise de s'en prendre à son pays et à ses citoyens, il faudra suffisamment le traumatiser pour qu'il ne recommence jamais plus. Si un jour le sol de Karty est foulé par le pied d'un autre militaire qu'un des siens, alors ce dernier sera marqué psychologiquement des générations durant.

Le patriotisme, pour Karty, ce n'est pas périr pour son pays, c'est d'avoir contraint l'ennemi de ce sort et pour un rien.

AlinéaLe soleil s'adoucissait sur les toits métalliques du complexe, une infrastructure perdue, quelque part dans la lointaine cambrousse. Ce n'était que le chic de l'armée Kartienne que de dissimuler toutes ses bases à travers le pays, un art où elle était passée maître. Il fallait bien protéger les centaines d'appareils aéronautiques de la République Fédérale, les disperser à travers l'ensemble du territoire de cette dernière s'était avérée l'option réalisée. Un bon quart des complexes de ce genre possédait un hangar souterrain et une piste de décollage minimaliste, ainsi que divers autres équipements, comme le bureau du personnage qui menait le bon fonctionnement de l'infrastructure.

Sa porte s'ouvre, et, sur elle, Taliska Strakhova. L'on peut apercevoir quelques détails, entre l'ouverture et la personne qui en sort, ses caractéristiques. Quelques secondes, pour voir une pièce plutôt en désordre: Un cadre posé sur sa face qui empêche de voir son contenu, des casiers à moitié ouverts qui suggèrent un travail de forcenée, une pile de dossiers posée à même le sol qui dépasse pourtant la hauteur du bureau. Bureau, élément central de la pièce, sur lequel reposent papiers, stylos divers, et, une tasse de thé à moitié fumante. Cet ensemble laisse à penser un départ à la va-vite, tiré d'une torpeur. Et oui, Taliska a pris la mauvaise habitude de dormir à son bureau, rentrer chez elle serait une perte de temps trop conséquente.

Les bottes de la militaire résonnaient d'un air répétitif et monotone, une cadence qui lui avait été apprise. Son uniforme lui était austère, pour une haute-gradée. Pour sûr, parmi les changements dans l'armée Kartienne, l'arrêt des amas de médailles sur les uniformes, des personnalités décorées et pourtant si inefficaces. C'était la parure des anciennes fastes que de s'afficher de la sorte, faire reluire son veston plutôt que de s'illustrer par des faits. L'ancien état-major, somme toute l'Empire de Karty.

De tels fonctionnements, Taliska en a horreur. Cela se traduit sur son allure vestimentaire: Un uniforme kaki simple, seuls une banderole rouge qui drape son buste et son képi dressé d'une fière étoile, symbole de victoire, viennent rehausser l'autorité et le grade de sa personne. En déambulant à travers le complexe, elle salut le vieil homme qui s'occupe de l'entretien comme le lieutenant gradé de la même manière, d'un simple hochement de tête.

Elle entra, enfin, dans la salle du centre de commandement. Le cœur du complexe, la bonne moitié du personnel y était: Des opérateurs radios affalés sur leur poste mais toujours performants, les pilotes des avions en retrait au fond de la salle jouant à des jeux de cartes, une réunion un peu plus sérieuse dans un coin de le salle avec des cartes annotées et des rapports raturés. Comme dans de nombreux lieux se ce type, se trouvait un léger promontoire surélevé d'où l'officier pouvait diriger la salle tel un chef d'orchestre. L'officier en question descendit de son piédestal, réhaussant maladroitement le col de son uniforme et s'apprêtant à saluer sa supérieur. Mais elle n'en fit rien. Non, au lieu de cela, elle ne fit que passer, sortant de la salle, qui était plus en ordre que lorsqu'elle y était entrée.

Avant sa destination, elle voit deux militaires, accompagnant ce qui semble être une famille de réfugiés, d'origine Kartienne probablement. Elle n'a pas la moindre idée de la raison de leur présence, cet élément lui est des plus accessoires. Mais l'enfant s'avance vers elle, acte auquel elle n'est assurément pas préparée. Un simple enfant, oui, pas pour elle. Elle est, avec ces petites créatures, d'une maladresse notable, un réel contraste avec son tempérament qu'elle affiche d'accoutumée.

«Mamannn, qui c'est la grande dame toute triste ?»
«Je...»
Le soldat Kartien s'avança.
«Aller viens petite, c'est pas le moment.»
«Le transport de ces citoyens est-il prêt ?»
«Affirmatif, dame Strakhova, nous les y emmenons justement.»
«Faites.»

La Commissaire continua sa marche. S'avançant dans les entrailles du complexe, elle n'avait pas oublié son objectif d'origine. Un qui pouvait bien faire trembler des régions, redéfinir divers conjonctures et émousser les agences de presse. Elle ouvrit la porte. Devant elle, une pièce éclairée, une table sur laquelle se trouvait un téléphone et quelques rudiments mobiliers. Elle se décida à d'abor saisir le rapport de documents, le feuilletant ça et là.

>Rapport de situation.
>Guerre de l'Ouest rouge.
>Royaume de Teyla.

Tôt le matin du 11 septembre 2018, à la suite de l'officialisation de la guerre Loduarienne, le Royaume de Teyla a effectué un communiqué gouvernemental. Ce dernier a notamment fait l'objet d'une neutralité et d'un appel à la paix de courtoisie et d'obligation sans réelle importance. Plus important: Le Royaume de Teyla a déclaré vouloir rapatrier ses citoyens, que l'empêchement de cette action ou leur mise en danger pourrait forcer leur intervention.

Outre mesure, une telle situation pourrait amener la potentialité de réconciliation ente Karty et Teyla, qui pourrait cerner la nouveauté d'une alliance plus juste[...]

Taliska se saisit d'un stylo, raye la deuxième partie, et y porte l'inscription "Partenaires de circonstances". Elle sait les relations qu'opposent son pays à celui de Catherine III, même s'il faut avouer qu'une haine partagée de la Loduarie peut être productive. Et, finalement, elle saisit le combiné, composant la ligne directe vers Manticore...

«Ici la Commissaire Strakhova, République Fédérale Kartienne.»

Affiche de propagande de la Commissaire Taliska Strakhova
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Julien Hallier, le Premier ministre du Royaume de Teyla et désormais président du Mouvement Royaliste et d'Union, regarda autour de lui cette salle réservée aux crises, cette pièce longue, basse, trop éclairée, qui avait pris depuis quelques années la fâcheuse habitude de s'animer avant même que les Premiers ministres de Sa Majesté n'y entrent. La crise des centrales nucléaires loduariennes bombardées, des crises qui étaient assez graves pour que le Premier ministre ait besoin d'entrer dans cette pièce qui n'était pas un bunker, mais une pièce de suivi des opérations et de contrôle des administrations. C'est-à-dire, dans un langage moins teylais, une salle de crise et de réunions.

Contrairement à son prédécesseur, Julien Hallier savait apprécier cette salle. Il l'appréciait pour ce qu'elle refusait d'être. Angel Rojas la détestait pour ce qu'elle refusait d'être. La salle n'avait pas les murs épais d'un bunker militaire, les appliques lumineuses murales pouvant s'allumer à chaque instant d'une lumière rouge, suivies d'une voix sans aucun doute calme parce que le protocole voulait que la voix soit calme pour limiter la panique. La salle avait cette spécialité de ne pas promettre la protection d'un bunker militaire. Par ses murs dignes de n'importe quelle pièce de la Résidence Faure, décorés, elle ne promettait pas l'invulnérabilité face à une attaque d'ampleur quelque soit sa nature. Située au rez-de-chaussée, à dix mètres de l'escalier permettant l'accès à un bunker souterrain de commandement, elle appartenait à cette catégorie de lieux que le Royaume de Teyla avait toujours su produire. Des lieux de pouvoir, pour des hommes de pouvoir, conçus pour que ces hommes de pouvoir se sentent là où ils devaient être, tout en créant un sentiment de malaise.

Ce sentiment ne venait pas d'une menace précise contre le pouvoir en place. Il venait de l'agencement de la pièce, des pièces plus exactement. Assez confortable pour recevoir un gouvernement, assez froide pour rappeler qu'un gouvernement, parfois, n'est qu'un organe posé entre la peur et la décision. La salle avait une froideur et un rappel brutal de la réalité. Dix mètres d'un escalier amenant à un bunker. Cela disait tout en silence. Julien Hallier, ancien président de l'Assemblée nationale, aimait ce rappel qu'il trouva utile, comme lorsqu'il sanctionnait des députés trop sûrs d'eux à la tribune et faisant un geste déplacé qui était contraire au règlement intérieur.

Il y avait ces murs, empreints de décorations, mais qui mentaient sur la nature de cette pièce. Les écrans incrustés dans certains endroits des différents murs semblaient révéler le mensonge aux personnes dans la pièce. En ce moment, les écrans affichaient une carte du Royaume de Teyla, de l'Eurysie de l'Ouest, de la Loduarie Communiste, de l'ancien pays appelé Antares, des images satellitaires, la situation aérienne et une veille sur les réseaux sociaux principaux des nations de l'Organisation des Nations Démocratiques et communistes. Drôle de monde, drôle de pièce.

Hallier connaissait les chiffres par cœur. Il les avait lus dans une note que lui avait passée sa sécurité, adjointe à une note de l'huissier de la Résidence Faure lors de son deuxième jour de mandat. Trente-cinq mètres de longueur et la moitié de largeur. Ce qui démontrait que cette pièce était spéciale était la hauteur de plafond. Dans cette pièce et dans les pièces qui ne sont que la continuité administrative de cette salle de crise, le plafond est bas, plus bas que dans les autres pièces de la Résidence Faure. L'éclairage est blanc, très blanc, et les ingénieurs ou les architectes avaient décidé qu'il n'y aurait pas un coin de la pièce qui ne serait pas parfaitement éclairé. Un générateur de secours existait quelque part, uniquement pour cette pièce, par précaution, jusqu'à ce qu'on remercie la précaution d'avoir été là.

Au centre de la pièce, une table longue et ovale. Elle pouvait accueillir, selon si les personnes se serraient ou non, jusqu'à vingt-deux personnes, un record établi sous Angel Rojas. Ça aussi, c'était dans la note de la sécurité et de l'huissier de la Résidence. Sur le mur de gauche, neuf écrans étaient exposés en trois rangées de trois. Ce soir-là, les trois du haut affichaient des cartes en temps réel, la frontière teylo-loduarienne, l'Eurysie de l'Ouest, et le territoire du Concordat de Sholat et quelques kilomètres de la frontière loduaro-sholate. Les trois écrans du bas, plus simples, plus lisibles pour des civils, projetaient les flux d'informations. C'étaient les veilles d'un gouvernement et d'une administration. Le premier écran affichait les dépêches AGP et les réseaux sociaux de l'Organisation des Nations Démocratiques. Un autre écran affichait les réseaux sociaux de la Loduarie communiste et du Concordat de Sholat, et le dernier écran, le plus à droite des trois, affichait une veille diplomatique du ministère des Affaires étrangères, tenue par Pierre Lore et ses équipes.

Les écrans du milieu, les plus susceptibles de changer ce qu'ils projetaient, affichaient pour l'instant de gauche à droite, les comptes de la Loduarie communiste et des insurgés et diverses factions de Sholat sur les réseaux sociaux, un écho international filtré avec des hashtags sur la guerre en cours et, en dernier lieu, les webcams des ministères et autres administrations, pour les ministres, généraux, etc., ne pouvant faire le déplacement pour diverses raisons, souvent la plus banale de toutes. Un déplacement dans le pays.

Le mur de gauche, lui, que les photos prises par des journalistes ne captaient jamais, offrait une porte vitrée et plusieurs écrans qui diffusaient des chaînes d'informations en continu, tantôt teylaises, tantôt étrangères cette nuit-là. Quelqu'un eut la bonne idée d'activer les sous-titres, car le son des multiples chaînes aurait rendu la situation chaotique. Le mur en face du Premier ministre n'avait qu'un seul écran, mais l'écran le plus grand de tous. Il pouvait afficher tout et n'importe quoi, avec un peu de compétence technique. Conférences entre diverses entités, visios avec des dirigeants étrangers, briefings d'état-major, cartes, projections de graphiques, etc. Au-dessus de l'écran, des horloges affichant l'heure dans différentes villes et capitales du globe terrestre.

Enfin, la porte vitrée donnait sur un ensemble de salles adjacentes. Un ensemble de pièces qui permettait à la machine de tourner.

Julien Hallier, Premier ministre du Royaume de Teyla et de Sa Majesté, avait toujours été frappé par cette violence discrète qui n'était dite par personne, mais décrite lors de la visite de la Résidence Faure par un officier de l'Armée, qui résumait l'organisation de cette salle de crise et des salles adjacentes. Cette violence discrète, tous les Premiers ministres du Royaume de Teyla l'avaient perçue, tous avaient réagi différemment. Certains, comme Pierre Lacombe, l'ignoraient, certains, comme Angel Rojas, en avaient peur et étaient intimidés par cette violence, d'autres, comme Julien Hallier, semblaient s'y trouver un supplément d'âme et de courage face à ce monde qui ne cesse de se détériorer depuis deux mille onze.

Julien Hallier se tenait là, depuis plusieurs minutes. À 2h10, la Résidence Faure avait publié un communiqué sur les événements en cours en Eurysie de l'Ouest. Un communiqué très prudent, car celui-ci, à la surprise générale, ne condamnait pas la Loduarie communiste. Est-ce une question de temps, est-ce autre chose ? Julien Hallier le savait, certaines personnes au Gouvernement aussi, le mystère restait sans aucun doute entier pour les nations étrangères. La Loduarie avait, semble-t-il au regard des premiers éléments qui remontaient, envahi le pays qui s'appelait anciennement Antares, dorénavant Concordat de Sholat.

Julien avait le combiné du téléphone collé à son oreille. Il écouta son interlocutrice. Il répondit assez sobrement, laconiquement, sur un ton neutre. Il ne faisait pas qu'écouter, il regarda les écrans et la note devant lui. Vingt lignes qui l'informaient que Karty avait tiré des missiles balistiques en direction de la Loduarie communiste et que ceux-ci avaient sûrement déjà frappé le sol loduarien.

- Commissaire Strakhova, c'est un plaisir, malgré les circonstances. C'était faux, un pur mensonge, ce n'était pas un plaisir. Julien Hallier, Premier ministre de Sa Majesté. Un rappel de sa fonction, pour que sa fonction soit prononcée et respectée comme le voudrait le bon usage diplomatique à Teyla.

Alors que Julien Hallier, le Premier ministre de Sa Majesté du Royaume de Teyla, avait terminé sa courte prise de parole à son homologue de la République fédérale kartienne, le silence qui aurait dû suivre n'exista tout simplement pas. À l'autre bout de la ligne sécurisée, la Commissaire Strakhova put entendre que la salle dans laquelle était le Premier ministre vivait. Des voix étouffées, lointaines, qui ne s'adressaient pas au téléphone mais qui existaient autour de lui, derrière lui, comme le murmure d'une crise qui vient de naître et dont le Royaume de Teyla venait de prendre pleinement conscience. Hallier ne connaissait pas ce bruit, du moins pas le bruit de l'administration qui émerge des méandres pour entourer le Premier ministre et le Gouvernement. En tant que député, puis président de l'Assemblée nationale, il savait, connaissait les moments de crise. Il en avait vécu plusieurs en tant que député avant deux mille douze, puis en tant que président de l'Assemblée nationale après les élections de deux mille douze. Mais l'administration était plus silencieuse, plus réduite aussi, autour d'un président de l'Assemblée nationale. C'étaient surtout les députés du camp de la majorité comme des oppositions qui faisaient du bruit, énormément de bruit, car le Royaume reste un régime parlementaire.

Mais ici, pensa-t-il brièvement, ce n'était pas le brouhaha des séances dans l'hémicycle, toujours plus bruyantes que les séances en commissions. Ce n'étaient pas les voix qui s'élèvent à une envolée lyrique audacieuse d'un des députés en pleine séance, ni ce député à la voix criarde qui demande un rappel au règlement pour la troisième fois durant la même heure, et ce n'était pas non plus comme le fait d'entendre sa propre voix demander le silence pour respecter la prise de parole d'un ministre ou d'un député. Ça aurait pu être le silence de ces hommes et femmes membres de la garde de l'Assemblée nationale sous les ordres du président de l'Assemblée nationale et du bureau de l'Assemblée, dont l'organigramme était si complexe que la géopolitique eurysienne ou les changements de régime au Morakhan ne faisaient pas peur à Julien Hallier. Ce n'était pas ce silence, pas aujourd'hui, pas lorsque l'Eurysie a la bonne idée de faire naître une crise régionale pour des territoires.

C'était différent dans cette salle de crise. Il y avait toujours ce bruit de fond qu'on entendait durant les séances, mais celui-ci semblait plus ordonné et plus silencieux. Une sensation qu'aura du mal à décrire Hallier tout au long de sa vie, mais cette sensation était bien présente. Le bruit de fond de l'appareil de l'État qui s'était mis en marche depuis plus d'une heure et qui continuait de monter en puissance. Hallier put entendre les pas de ces hommes et de ces femmes aux fonctions variées, des pas qui étaient à bien des égards rapides. Des portes au loin qui s'ouvraient et se fermaient, car la salle de crise n'était que l'une des salles d'un immense complexe de salles et de bureaux. Des civils croisaient des militaires et inversement. Chacun avait pris l'habitude depuis des décennies et la construction de cette pièce, mais aussi depuis les diverses crises qui ont émergé et ont fait naître des protocoles, des modèles officiels ou officieux et donné des précédents sur la gestion d'une crise, quelle qu'en soit la nature.

La pièce vivait pleinement et entièrement. Elle vivait plus qu'elle ne l'aurait dû quand le chef du gouvernement et l'un des chefs des armées (avec Sa Majesté Catherine III) parlait à une diplomate étrangère. La Commissaire pouvait entendre des voix lointaines, très lointaines. Une voix masculine qui disait : "La veille sur les médias loduariens, ça avance ? Ça donne quelque chose ?", puis une voix plus lointaine, la personne étant plus loin du Premier ministre : "Les données des missiles kartiens lancés que nous avons pu capter, je les donne au PM ?", une autre, féminine et militaire, répondit : "Passe par le directeur de cabinet, le nouveau. C'est lui qui trie les infos qui ne viennent pas des ministres. Il décidera si ça passe, si ça doit remonter à lui et comment." Hallier entendit la phrase et releva la tête une seconde. Il ne fit rien de plus.

Il regarda autour de lui, une dernière fois tout en écoutant les mots de la Commissaire. La Commissaire n'était pas sur haut-parleur, une conversation presque privée, si on oubliait les autres ministres, généraux et directeurs du renseignement présents dans la pièce. Deux traducteurs parlant le kartien étaient déjà présents. L'un dans la pièce, l'autre dans une pièce adjacente, écoutant la conversation et prêts à prendre le relais si le traducteur principal devait faire face à un problème. C'était le protocole diplomatique teylais. Le protocole, toujours le protocole avec le Royaume de Teyla.

Hallier, lui, se rappelait les mots de son prédécesseur lors de la passation de pouvoir, des mots dits dans le privé et qui sont restés dans le privé. C'était arrivé vers la fin de la conversation dans le bureau de travail de la Résidence Faure. Les deux hommes du même parti étaient seuls. Celui-ci avait refusé de se représenter, face à celui qui avait décidé que c'était son tour et qui avait vu juste.

- Julien. C'est terminé pour moi. Le monde ? Je crois qu'aussi pour lui sa fin approche.

- De quoi tu parles, Angel ? Je t'ai vu passer par toutes les phases mais l'apathie ou la peur, jamais.

Angel Rojas eut un sourire qui ne ressemblait pas vraiment à un sourire, qui était plus fin qu'un sourire, plus triste, mais qui disait que l'homme était en train de se libérer d'un poids qui pesait lourd, très lourd. Julien Hallier le comprit immédiatement.

- Peut-être que tu ne m'as jamais pleinement observé alors. Il y a des choses que j’ai cachées, Yasmine le sait. Pierre le sait. En plus de ce dont on a parlé avant, garde-les dans ton gouvernement. Ils seront là quoi qu'il arrive et ne sous-estime pas Pierre. Il a été élu député, il a pris une forme d'indépendance, mais il est apprécié par des membres du parti et c'est un homme qui reste fidèle malgré tout. Bref, si les renseignements font correctement leur travail, alors eux aussi le savent et ont eu l'amabilité de ne jamais rien me dire.

Angel Rojas ne le savait pas, mais les renseignements avaient bien les informations dont allait parler Angel Rojas. Catherine III avait eu et lu le dossier plusieurs fois depuis qu'elle l'avait lu la première fois. Elle ne savait pas quoi en faire, si ce n'est que le Royaume de Teyla courait peut-être une certaine forme de danger, celui de la détresse psychologique. Hallier ne dit rien, il laissa Angel Rojas continuer et Angel Rojas prit une grande inspiration.

- Ces choses, c'étaient des moments où mon corps lâchait, Julien. Où la respiration se bloquait, elle se bloquait et revenait toujours, c'était mécanique, je déteste cette mécanique, mais elle existait. Ça a commencé après les deux morts.

Angel Rojas regarda Julien Hallier dans les yeux et inversement. Le moment n'avait pas besoin d'être nommé par les deux hommes. Les deux morts, Corentin et Marie, tués par la Loduarie communiste sur le sol communiste proche, très proche de la frontière teylaise. Personne n'avait cru les Loduariens quant à la raison invoquée : la menace terroriste. Mais l'événement, dont les enquêteurs teylais ne purent jamais accéder au sol loduarien pour mener les recherches, était arrivé très tôt dans le premier mandat de Rojas et cette violence avait marqué Angel. Cela faisait maintenant cinq ans, mais personne n'avait oublié Corentin et Marie.

- Merde. Ce fut le seul mot prononcé par Hallier, avant que Rojas ne continue. Angel eut un rire bref, sans humour.

- Oui merde, Julien, dit-il la voix basse, sa main droite passant sur son visage. Je ne respirais plus, au sens le plus brutal du terme, Julien. Le sens d'un type assis à 2h00 dans sa salle de bain, tremblant, à quatre pattes et ne pouvant plus respirer, cette sensation que ton corps joue contre toi. Ce n'est pas tout. Ça s'est calmé, ça a presque disparu.

- Tu aurais dû le dire ou démissionner, Angel, pour ton bien.

Angel Rojas ne répondit pas à la question et continua.

- Puis les crises sont revenues. Tu te souviens de l'élection des communistes en Illirée ? Enfin, élection, plutôt un coup d'État. Hallier hocha la tête d'un mouvement franc. Les crises reprenaient à chaque fois que la Loduarie et Teyla s'affrontaient ou étaient très proches d'un affrontement. Mon corps et mon esprit, d'un commun accord, m'envoyaient des crises de panique. J'ai toujours pu les cacher.

- Et tu arrivais quand même à décider ?

- Oui, répondit Angel Rojas immédiatement sans avoir le temps de la réflexion. Le mensonge resta ce qu'il était. Un mensonge connu d'Angel Rojas et probablement vu par Julien. Je n'ai pas gouverné par la peur ou le hasard. J'écoutais les conseillers sur tous les sujets. J'écoutais l'intérieur du parti : les députés, les maires, les élus, les remontées de terrain. J'écoutais, je décidais et je tranchais quand il le fallait. Les ministres avaient plus de liberté qu'au début de mon mandat. Ça leur plaisait. Il y a peut-être eu un moment où mon esprit m'a joué un tour au moment d'une décision. Lors de l'interception des Loduariens en direction de l'Illirée.

- L'interception ? Je m'en souviens, dit Julien en cherchant dans sa mémoire. Les médias ont loué la main de fer teylaise. Un déploiement loduarien en l'Illirée aurait menacé Tanska, notre partenaire. C'était la bonne décision bien qu'on n'ait pas été loin d'une guerre, selon les médias.

- Oui, bah l'interception, c'était elle.

- Elle ?

- Sa Majesté Catherine III.

- Putain, Angel. Tu rigoles, j'espère ?

La phrase atterrit dans le bureau comme un missile de l'Ouwanlinda sur le Palais de l'Antégrade. Julien Hallier savait comment fonctionnait la double casquette de chef d'État inscrite noire sur blanc dans la Constitution. Il savait pourquoi, dans quelles circonstances et pourquoi ce mécanisme fut pensé et décidé. Il savait aussi que, dans la pratique, cela était plus compliqué que ce que disait la Constitution. La pratique était la vérité des lois, en était convaincu Hallier. Si Angel ne rigolait pas, alors cet équilibre avait changé pendant une nuit de crise. Une nuit de crise, comme aujourd’hui avec la Commissaire. La pensée traversa Julien avec amertume en repensant à ce dialogue.

- Non. Je ne rigole pas. Mais elle n'a pas donné l'ordre, elle ne l'aurait pas fait, pas tant que la sécurité nationale n'était intimement en danger. Du moins, c'est ce que je pense d'elle... Elle m'a convaincu de le donner. Je ne sais pas si ça change quoi que ce soit. Je cherchais à temporiser. Voulais-je éviter une guerre ou alors j'étais en train de paniquer ? Je ne sais pas, et je ne le saurais jamais, Julien. Cependant, pour Catherine, elle avait une position très tranchée sur ce qu'il fallait faire. Elle a vu quelque chose dans ma décision de temporisation. Une erreur gravissime selon elle. Il fallait faire comprendre où étaient nos limites au bloc de la Loduarie et à ses alliés, et par la force, pour les limites qu'on ne veut vraiment pas voir dépassées. Catherine III voulait les intercepter et faire feu si les chasseurs refusaient de faire demi-tour. Puis elle m'a fait comprendre que sa stratégie était meilleure que la mienne.


- On parlera des conséquences plus tard, Angel, et j'en vois beaucoup dont tu sembles ne pas avoir pris la mesure. La vraie question qui me vient c'est la suivante. Pourquoi tu me dis cela ? Je t'en remercie, car cela changera mes entrevues avec Sa Majesté.

- Parce que tu vas être Premier ministre, Julien. Tu dois savoir que ça peut coûter plus qu'on s'y attend en entrant dans ce bureau. Il y aura d'autres crises. Avec qui ? J'en sais rien. On est en guerre en Eurysie centrale et contre Carnavale. Le monde part en flammes, littéralement. Crise migratoire, crise économique mondiale, ou que sais-je. Ça peut arriver. J'ai appris deux leçons. Que le corps n'oublie pas et que les États ne devraient pas oublier, Julien. La Loduarie fut pour le corps, mon corps. Karty est pour l'État, avec un grand E, Julien.

- Karty encore ? Il n'y avait pas de traité de défense commune, tu le sais, Angel. Malgré ce qu'a pu dire la majorité des députés.

- Il y avait la parole d'un État à un autre. Dit-il en faisant un signe de la main que ce n'était pas débattable. Les dirigeants ont calculé si nous pouvions gagner la guerre si elle s'intensifiait. Ils ont décidé que non, alors ils ne sont pas intervenus malgré les mots qui ont été prononcés. Ce n'est pas seulement le non-respect de la parole qui me met en colère, mais c'est le déshonneur de cette décision. Et tu ne le sais pas, on ne l'a pas rendue publique, mais la DCA kartienne a tiré.

Hallier toussa de surprise, puis écarquilla les yeux, et il reprit avec une voix qui ne tentait pas de feindre la surprise :

- La DCA kartienne a tiré sur nous, tu es en train de me dire ?

- Sur nos missiles, c'est la même merde.

- Pas vraiment, Angel. Il y a une nuance à comprendre.

- Tout ça pour dire que le Royaume ne pouvait pas se permettre le luxe d'une réponse ferme à l'époque pour les deux décisions kartiennes. Deux guerres en cours, une force aérienne en plein combat, les stocks de missiles balistiques, notre hard power n'était plus là pour forcer les choses diplomatiquement. La patience était obligatoire pour trouver un moment où nous répondrions diplomatiquement par un geste fort et au-delà du symbolique. J'ai fait un choix, Julien, que je te demande de poursuivre. On vient du même parti et on a les mêmes valeurs, je crois. J'ai fait le choix qui fait que la mémoire est plus dangereuse que tous les actes précipités et que notre blessure.

- C'est bien formulé, j'imagine. Tu n'as pas terminé, n'est-ce pas ?

- En effet. Souviens-toi de ça. La Couronne n'oublie jamais. Les Premiers ministres changent, tout change dans nos institutions, sauf la Couronne, Julien. Oh, elle change peut-être de visage, mais beaucoup moins souvent que les visages de nos autres institutions. Nous avons nos archives nationales, elle a ses propres archives. Elle n'oublie jamais. Je n'ai pas sorti cette phrase en public pour ne pas alerter Karty, mais imagine cette phrase dans un discours à la nation après une décision contre Karty ?

- Ça aurait son effet. Mais je ne sais pas, Angel. La situation reste compliquée pour nous et je ne vais pas sanctionner Karty parce qu'ils sont devenus des communistes de droite.

Les deux chefs de gouvernement, l'un ancien, l'autre nouveau, rigolèrent ensemble face à la formule.

- Je ne te demande pas de sanctionner pour sanctionner, ou tout simplement de sanctionner. Non, je te demande de ne pas oublier. Il faut toujours parler avec cet État et l'écouter quand il voudra nous parler. Peut-être coopérer sur des sujets mineurs voire majeurs. Mais n'oublie jamais qu'à cause d'une parole non respectée, nos militaires sont morts, plus de morts qu'il n'aurait dû y en avoir avec l'intervention kartienne.

- Le jour où Karty sera dans la merde n'arrivera peut-être pas.

- Tu rigoles, Julien ? Je ne suis pas du tout d'accord. Toutes leurs relations diplomatiques sont des pétards qui ne demandent qu'à exploser. Le pays a évité la guerre jusqu'ici par lâcheté. Il est passé communiste pour la même lâcheté et pour se déguiser. La chancelière est restée la même. Ils ont changé de régime pour pouvoir se détacher, sans qu'on leur reproche, des traités qui ne leur plaisaient pas et n'avoir aucune diplomatie. Ils ont changé de régime pour qu'on ne puisse pas sanctionner la nation kartienne pour le non-respect de la parole. Ils diront, si ce n'est pas déjà le cas : "Vous nous reprochez des gestes d'un ancien régime que nous regrettons", en espérant que ça passe. Le régime a changé sa façade, mais leurs errements, que nos liens couvraient jusqu'ici, restent et nous ne serrons pas là pour les sauver.

Tu vas entendre beaucoup de gens te dire que le Royaume doit oublier certaines choses pour avancer.


- Et toi, tu penses l’inverse.

Angel hocha la tête, puis appuya sur un bouton sous le bureau. Un majordome passa la porte menant au bureau. Angel dit : "Un alcool fort pour moi." Il regarda Julien et dit : "Ta première commande en tant que Premier ministre dans ta nouvelle maison." Julien prit le temps de la réflexion et ferma les yeux. Puis il sourit : "Une crêpe au sucre, non deux," dit-il en regardant Angel et continua, "et en boisson un café noir, avec cinq sucres."

- Bien, monsieur le Premier ministre, dit le majordome en regardant Angel Rojas puis Julien Hallier. Il décida de se corriger directement : "Messieurs les Premiers ministres", puis il disparut.

- Je pensais que ça allait se terminer bientôt, dit Angel. Ça fait quoi, une heure qu'on est là-dedans ? Ils vont penser quoi, les médias ?

- Ils vont penser que nous parlons de sujets importants et c'est vrai. Et ils ne sauront pas que nous mangeons des crêpes en le faisant. Il gloussa et continua. Ou alors ils le sauront en temps voulu pour que ça devienne une anecdote d'historien, non préjudiciable pour toi et moi.

- Ca me convient. Je dois te parler de la fin du monde, pas de l'humanité. Cette nuance est importante.

- De quoi tu parles encore bordel Angel ?

- Un monde qui prend fin, je l'ai vu pendant cinq ans se dégrader, Julien. Et tous les sujets dont on a parlé se relient potentiellement par ça.

- La prochaine fois commence par ça, tu veux ? dit-il en levant les mains en l'air, et les deux personnes, après une seconde, se sont mises à rire.

Alors que la Commissaire Strakhova était à l'autre bout de la ligne, toujours sécurisée, Julien avait les yeux fermés en repensant à cette conversation. Puis il laissa son humanité gagner et dit à voix haute :

- Putain, Angel.

Ces deux mots lâchés sans préambule, sans autre considération que le souvenir d'un homme qui se souvenait d'un autre homme, surprirent la salle de crise. Le directeur de cabinet était en train de décider si la gravité de lâcher un "putain", suivi du prénom de l'ancien Premier ministre, était destiné à la Commissaire. La réponse était non dans l'esprit d'Hallier. Le directeur ne savait pas cela. Des conseillers et des ministres froncèrent les sourcils. Pierre Lore, déjà arrivé dans la pièce, crut comprendre le sens de ces deux mots, bien qu'il n'en fût pas sûr. Il prit un stylo dans la main et prit une note sur une feuille blanche.

Hallier rouvrit les yeux, la Couronne n'avait pas oublié.

L'appel à lieu après le tir des missiles, d'un comme accord en MP avec Karty pour que le timing soit le plus clair possible.
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La marche grise.

AlinéaLa marche grise est, pour Karty, bien plus qu'un chant orchestral. C'est un hymne fait d'honneur et de sang, d'hommage mais de tristesse, de mémoire puis de futur, en bref, il cerne la culture de la mort dans le pays. En Karty, le devoir de mémoire est des plus accomplis, ce n'est plus même une obligation désuète donnée par l'Etat, c'est une volonté du peuple. Ne pas oublier les sacrifices commis, se remémorer le sang versé pour l'accomplissement actuel, c'est là quelque bribe de cette culture. Cela ne consiste cependant guère à célébrer l'ancienne vie d'un grand homme, mais bien plus encore la cause commune et l'ensemble du sang versé. La mort est, bien évidement, une tristesse. Mais elle est aussi amenée comme une épreuve, rude certes, qui renforcera résilience, maturité et compréhension. La mort, en Karty, c'est se souvenir du trépas des anciens comme une leçon paradoxalement bienveillante, à quelle cause servira votre vie ? La marche grise est, surtout et avant tout, un requiem.

Un requiem.

Au delà de la simple définition, un chant liturgique en l'honneur des défunts, cette culture s'est muée. Elle a perdu le sens religieux, tout d'abord, en Karty l'on dit requiem tout chant qui célèbre la mort, tout en particulier à l'occasion de la vie de soldats, désormais. Le requiem, c'est aussi le nom que porte le chasseur d'excellence Kartienne: Aujourd'hui, tout membre de l'état-major nommera les Requiems l'aviation militaire de son pays. Et ces aéronefs, portant paradoxalement mort et volonté, entament leur baptême en ce moment même. Des dizaines, non, des cinquantaines plus encore: Des centaines d'appareils en route, le baptême du ciel.

Par delà le vol, par delà les cieux.

Car ce ne sont pas seulement les merveilles de l'aviation Kartienne qui se déplacent, c'est l'amirauté qui épouse les vagues, c'est aussi la mesure balistique qui s'impose. Plus d'une centaine, elle aussi, qui se dirige droit vers le territoire Loduarien. Si l'ensemble des nations sujettes au traversement de ces appareils ont été prévenues, le Royaume de Teyla a eu l'occasion d'observer une brillante mais lointaine arrivée sur ses radars. Et c'est pour l'instant ce que les Teylais savent, des missiles, pas les autres opérations. Pas l'arrivée d'une des plus grosses armadas aériennes du monde, pas son groupe aéronaval qui la soutient. Mais ces requiems, chants ou aéronefs, viennent souligner un élément. Si la salle de crise au Royaume de Teyla était bordait d'informations, celle en Karty, l'on pouvait plus se demander si c'en était réellement une.

Deux salles de crise, et pourtant deux visions opposées.

Taliska pouvait entendre le chahut qui couronnait l'ambiance au Royaume de Teyla, parmi conversations, hurlements et peut-être pleurs. La Commissaire, elle, se trouvait dans une petite salle grisâtre et sécurisée, seulement décorée de quelques meubles rudimentaires. A quoi bon aller plus loin ? Le femme devra inéluctablement se mouvoir à un autre complexe dans la journée, changeant à ce tempo toutes les semaines: C'était le protocole en de pareils temps. Mais les deux salles possédaient un point commun, pour sûr, des écrans. Un seul pour la Kartienne, qui affichait une carte des territoires Antariens. Ceux capturés. Et la situation n'était réellement pas encourageante, l'armée Loduarie avait progressé, trop. Quelle gloire d'humilier un pays quinze fois inférieur au sien ? La Loduarie est, désormais, vue comme ce qui se fait de pire en Karty. Et l'ambiance générale se voulait comme telle, caricatures, unes de journaux, diverses émissions, tout jusqu'aux œuvres littéraires: De la dystopie, entre autres.

Et ces requiems ?

Que viennent-ils illustrer ? chants ou aéronefs, ils démontreront la volonté de fer de Karty. La situation pouvait s'avérer bien plus compliquée que prévue, la République Fédérale Kartienne donnera l'assaut. Elle donnera cette attaque aérienne, une deuxième si elle ne suffit guère. Elle aidera sa sœur Antarienne, coûte que coûte et quoiqu'il advienne. La Loduarie peut bien gagner cette bataille, plus une guerre, Volkingrad l'assommera de frappes balistiques sur frappes balistiques. Que chaque citoyen tombé laisse à l'ennemi le traumatisme de son offensive. S'attaquer à l'Antares, c'est s'attaquer à Karty. Par des accords, par l'Histoire ou la culture, les deux pays sont et seront liés: A jamais. Et si l'argument ne convient pas au plus retissant, il en résulte de la sécurité du peuple: La diaspora Kartienne en Antares.

Pour l'Etoile Antarienne.

Karty se battra. Elle assassinera et infiltrera s'il le faut. Cela laissa passer un regard à Taliska, ses prunelles se dirigeant vers le bureau reculé de la pièce. Sur ce dernier, se trouvait un dossier qui confirmait la bonne et toujours présence de la cantatrice, l'agente de liaison en Antares. Lorsque Taliska aura fini d'y porter son attention, il sera détruit: Aucune trace de sa présence ne sera tolérée, elle ne relèvera que de la mémoire. Et désormais, la Commissaire devait s'intéresser à Teyla, sonder sa position, peut-être les convaincre d'en prendre une. Il pouvait avoir les mésaventures du passé, elle en avait conscience, mais elle avait ce devoir.

Et ce n'était pas non plus un plaisir, pour elle, qui déteste la caste diplomatique.

«Excellence Teylaise,

Je vous retire la bonne parole diplomatique du résumé situationnel dans lequel se trouve votre région. La Loduarie a attaqué notre alliée l'Antares, Volkingrad lui est liée par des accords et -si cela ne vous convainc pas- par la culture, le peuple Antarien est notre frère, nombreux sont les Kartiens sur son territoire.

Je sais nos deux pays sous une mauvaise passe, sieur Hallier. Je sais votre perception à notre égard, un pays instable à la succession certaine de régimes, qui ne vous a guère soutenu dans vos objectifs. Je n'ignore pas aussi que nous avons un ennemi en commun. Nous ne pourrons revenir sur ce passé. La République Fédérale est cependant prête à le reconnaître, prête à entamer la continuité d'anciens accords avec votre pays, et surtout prête à la réconciliation.

Sans doute avez-vous eu la surprise d'une déjà intervention Kartienne sur la Loduarie. Ce pays ne pacifie guère comme il prétend. Je pense pouvoir affirmer que nos deux pays savent tous deux cette évidence, la Loduarie cherche simplement à étendre son espace vital.

La question demeure, accepteriez-vous un autre vassal d'une puissance problématique, Loduarienne cette fois, et à votre porte. L'évolution du conflit n'est pas encourageante pour l'Antares, l'armée Loduarienne progresse à trop grand pas. La République Fédérale Kartienne œuvre pour lutter contre ce péril, et cette attaque balistique n'est qu'un premier pas.
»

Affiche de propagande de la Commissaire Taliska Strakhova
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Quelque part dans Manticore, pendant que des nations se parlent ou apprennent à se parler.

Julien Hallier écouta avec intensité, tant la réponse dans la langue d'origine de la Commissaire que la version traduite par l'un des traducteurs. Une habitude qu'il avait prise en tant que président de l'Assemblée nationale lorsqu'il recevait des délégations étrangères à son ancien poste, son ancienne fonction. Il ne comprenait pas la langue de la nation, des nations de la République Fédérale. Hallier parlait le teylor, ce qui était déjà assez suffisant selon lui. Non, il n'écoutait pas pour comprendre les mots et encore moins le sens, mais il écoutait pour prendre connaissance du ton sur lequel étaient déployés ces mots. Il trouvait depuis toujours que le ton, même pour des diplomates professionnels, était plus ardu à cacher ou à changer et que les efforts demandés étaient plus importants que simplement dire des mots auxquels on ne croyait pas.

Assis à quelques mètres, le traducteur principal, autant professionnel que possible et habitué à être appelé lors de sa permanence, termina la traduction en teylor avec une neutralité qui était sûrement une neutralité de façade. Il n’y avait pas la moindre bribe d'émotion dans sa voix lorsqu’il prononça les mots "cette attaque balistique n’est qu’un premier pas." Hallier tourna la tête vers Lore. Le traducteur parlait assez fort pour que le cercle assez proche du Premier ministre entende. Pierre Lore faisait partie de ce cercle et ce que voyait Hallier lui disait que le ministre des Affaires étrangères du Royaume de Teyla avait entendu la phrase, la dernière, et avait décidé de la retenir comme lui. Pierre Lore avait cessé d'écrire. Il tenait son stylo de la main gauche alors qu'il était droitier, ce qui était le signe que le stylo avait bougé assez pour révéler que Lore fut perturbé et qu'il réfléchissait aux conséquences de cette phrase, tout comme Julien Hallier le faisait et sûrement d'autres personnes dans la salle de crise.

Julien Hallier ne trouva rien chez la Commissaire Strakhova qui lui fît penser à une diplomate comme on l'entendait à Teyla. Elle ressemblait plus à une militaire qu'on avait mise en relation avec Teyla, car sûrement le régime kartien, ce nouveau régime communiste, estimait que c'était une affaire avant tout militaire que diplomatique, ou que les deux concepts étaient intrinsèquement liés et que la chose militaire l'emportait malgré tout, de peu ou de beaucoup, impossible de le dire. La franchise de la première phrase l'orienta vers cette direction et sa façon très laconique d'annoncer que les frappes ne sont qu'un début, l'orientait dans la même direction.

Hallier prit une inspiration. Il y avait, à cet instant, plusieurs Julien Hallier dans la pièce qui se battaient entre eux dans la réflexion du Premier ministre de Sa Majesté. Le premier, celui de l'Assemblée nationale, voulait répondre à la Commissaire avec la même franchise de la Commissaire qu'il pratiquait parfois dans l'hémicycle ou dans ses couloirs, ses entrailles. Parler de réconciliation en pleine nuit, alors qu'une guerre se déclenchait, était quelque peu opportuniste. Cependant, il se souvenait que les Affaires étrangères avaient reçu des missives de la République fédérale kartienne laissées sans réponse. Pierre Lore avait envoyé une note par semaine, demandant la position de Teyla sur ces missives pour faire une réponse. Pierre Lore avait fait son travail là où Angel Rojas et lui-même ne l'avaient pas fait pour diverses raisons. La Résidence Faure avait laissé un vide, qu'il regrettait à cet instant précis.

Le deuxième Julien Hallier présent, le Premier ministre qui l'était depuis un an et demi, voulait gagner du temps, le communiqué visait à cela, en outre. Gagner du temps à propos du monde, de sa majorité et des oppositions. Il ne connaissait que trop bien les équilibres au sein de la nation teylaise pour savoir qu'il allait avoir besoin d'un peu de temps pour entendre toutes les factions internes qui allaient parler dans les prochaines minutes et heures, que ça soit publiquement ou en privé. Enfin le troisième, c'était le Premier ministre qui se rappelait des mots d'Angel Rojas dans le bureau de la Résidence Faure et la phrase qu'ils n'avaient jamais dite publiquement.

Il répondit avec le délai de latence dû à la traduction teylaise des mots kartiens :

- Commissaire Strakhova. Je note la franchise.

Il ne remerciait pas, il nota. La nuance était grande, très grande. Il ne dit pas qu'il allait lui aussi entrer dans la conversation en retirant une partie de la bonne parole diplomatique. Le cadre n'allait pas aussi être facilement fixé par les Kartiens et cela démontra que le Royaume de Teyla était plus que méfiant vis-à-vis du régime kartien, il le combattait, si ce n'est sur le terrain militaire ou de la propagande, il le combattait dans les conversations diplomatiques. Peut-être que le mot combat est trop fort, mais Julien Hallier n'en trouva pas un autre dans son esprit.

Je vais commencer par le mot réconciliation que vous avez prononcé. C'est un mot important, mais outre que cela soit un mot diplomatique, la formulation dont vous l'avez formulé, Commissaire, est un mot qui engage. Le Royaume de Teyla le prend ainsi. Pour que cela fasse sens, pour que la réconciliation puisse se faire, et je ne dis pas que le Gouvernement de Sa Majesté soit favorable à cela, il faut reconnaître ce qui a eu lieu, dans des conversations bilatérales pour commencer, et publiquement lors d'un discours. Je cite vos mots, vous dites "la République fédérale est prête à le reconnaître." Vous êtes prête à reconnaître, vous ne reconnaissez pas encore. C'est une nuance qui ne m'échappe pas, Madame la Commissaire. Je me rappellerai de ce qui a été dit ce soir et de ce qui n'a pas été dit, tout en me rappelant du contexte.

Je rajouterais, Commissaire, ce que dirait un Premier ministre qui se prémunit de toute surprise future. Je ne suis pas favorable à décider d'une réconciliation au regard du contexte actuel et plus encore de ce qui s'est passé entre nos nations.


Les mots étaient durs, mais ils étaient aussi parfaitement teylais dans leur portée. C'est-à-dire que cette formulation fut travaillée par Pierre Lore pour répondre aux missives diplomatiques kartiennes et que le Premier ministre avait vu cette proposition et ce qu'elle disait. Enfin, elle disait pour ceux qui savent, donc pas la nation kartienne, que le Premier ministre était d'accord avec Pierre Lore sur ce dossier, du moins sur cette phrase. La phrase disait pour ceux qui savent lire l'État teylais et pour ceux qui savaient que la phrase fut préparée, bien que remodelée par le Premier ministre de Sa Majesté pour que la phrase passe bien dans le contexte de la conversation, que le Royaume de Teyla refusait le tempo kartien. La nation kartienne avait choisi précédemment le moment où le Royaume de Teyla se battait sur deux fronts pour peut-être rouvrir la conciliation, laissée sans réponse par deux Premiers ministres. Aujourd'hui, sûrement par les événements dont le Premier ministre commençait à bien prendre conscience, le rapport de force selon les renseignements, la non-intervention de la Clovanie, la diplomatie kartienne avait choisi les premières heures d'une nouvelle guerre. Le Premier ministre teylais répondait par la position teylaise et là, encore une fois, le Royaume de Teyla ne laissa pas la nation kartienne poser le tempo.

En dernier lieu, et sûrement le plus important, les derniers mots du Premier ministre teylais permettaient d'ouvrir des portes sans en fermer. Tous les chemins du possible restaient praticables un autre jour.

Concernant la Loduarie communiste, Commissaire à la Défense de la République Fédérale Kartienne, le Royaume de Teyla n'est pas surpris par ce qui se passe. La nation qui était autrefois l'Antares, et qui ne l'est plus, était préoccupée il y a quelques années de cela par la possible expansion de la Loduarie communiste sur son sol. Nous ne sommes pas surpris. Le langage de la Loduarie communiste est ce qu'il est, et je puis vous rassurer que nous ne croyons ni le langage des autorités du Concordat, ni encore celui de la Loduarie communiste. Malheureusement, nous avons une expérience tout à fait constante et douloureuse des mensonges loduariens et de la brutalité du régime.

Hallier nota sur un papier : "Pas encourageant pour l'Antares, les premiers combats selon la Commissaire.", puis lança le papier au milieu de la table et ce fut un officier militaire qui eut le déplaisir ou le plaisir de le lire en premier, ce qui rendit jalouse la moitié des personnes présentes autour de la table.

Le Royaume de Teyla prend note des avancées réelles du conflit rapportées par la République fédérale et nous vous remercions d'avoir partagé ces informations.

Hallier en avait terminé. Pierre Lore avait repris ses notes. Le monde de Pierre Lore continuait d'exister, bien que quelque peu perturbé. Hallier avait entendu les mots sur les traités. Il n'avait pas réagit.
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La saxophonisteLa saxophoniste, Gloria Odélia, Musée des Beaux Arts de Volkingrad


La valse ternaire.

La valse ternaire est une des musiques à connotation de "jazz" les plus connues en Karty, et paradoxalement son auteur lui est inconnu.

AlinéaEt pendant que le jazz s'épanouit à Manticore, il resplendit à Volkingrad. Semble-t-il que cette culture populaire soit partagée des deux pays, en dépit de ce que peuvent penser les deux adversaires. Car oui, deux soldats de deux camps opposés qui s'affrontent. Un ton peut-être diplomatique, l'ensemble de son terrain étant miné. Mais n'est-ce pas là le chic des mines, que d'être dissimulées ? Une joute verbale s'engage, chaque mot servant à défendre une position, à rappeler un passé ou à prononcer une contre-volonté. Julien Hallier l'a bien compris, Taliska n'a rien d'une diplomate. C'est une militaire. Là où le ministre Teylais se fourvoie, en revanche, c'est avant tout sur la raison d'avoir cette interlocutrice à l'appareil. Non, la République Fédérale ne considère pas la diplomatie comme une extension de la guerre. Volkingrad a essayé la voie diplomatique avec la Loduarie, et de nombreux autres pays avec elle: Gallouèse, Antares, même l'Azur. Mais la diplomatie n'est pas un langage que comprend la Loduarie, et pour reprendre les paroles d'une diplomate cette fois, d'un autre pays de surcroît: "Le seul langage que le fascisme comprend, ce sont les armes", par la Commissaire Mila Horny de la Fédération Estalienne. Ici il ne s'agit pas de fascisme mais de la tyrannie rouge, quoique la Loduarie pratique tout autant la répression, est tout aussi totalitaire et suive les règles de succession de la monarchie: Comble pour un régime communiste, anti-élite. Or, si sieur Hallier connaît si bien et depuis si longtemps la Loduarie, l'on le lui répondrait que Karty agit en conséquence. La diplomatie a chuté pour la guerre de l'Ouest rouge, l'affaire est aux mains de l'armée en Karty, sous aval du Sénat et de l'exécutif en arrière-plan. Et comment parler de diplomatie lorsque la République Fédérale l'a essayé avant même la guerre, nul retour Teylais à la clef.

Militaire ou diplomate ?

Une militaire face à un diplomate, plus exactement. Le ministre Hallier peut bien disséquer le propos de Taliska tel l'instituteur de grammaire à son académie, il n'en reste pas moins un homme d'affaires diplomatiques, retranché dans son bureau luxueux et bien loin de toute réalité. Taliska, elle, est une fille d'ouvrière, et militaire de carrière. Elle a vu l'usine, vu la réalité de la guerre, le sang, la mort et la poussière. Et aujourd'hui, elle voit la frontière reculer, les villes tomber et surtout, la cause bafouée d'Hommes face à leur trépas. Bien plus pragmatique, c'est le mot de la fin, la réalité de Volkingrad. Pour reprendre encore une fois le mot diplomate et étranger, "les Kartiens bien qu'inconstants par le fait sont aussi extrêmement pragmatiques", Zhao Qian de l'Empire Xin. Finalement, la qualité militaire de Taliska lui confère cette perception, sieur Hallier hésite encore.

«Volkingrad avait acté, acte et actera toujours cette volonté de réconciliation. Tout comme elle sera prête à reconnaître les erreurs passées puisqu'elles en sont. Tandis que nous conversons, les lignes Antariennes reculent, vous possédez encore le luxe d'hésiter.

Excellence Teylaise, je ne suis pas une diplomate, vous l'avez bien compris. Volkingrad a essayé, comme d'autres pays, d'user mère diplomatie face à la Loduarie. Vous connaissez ce pays, vous ne serez pas étonnés par conséquent d'apprendre que cet usage n'a servi à rien.

Je ne contredis pas votre argumentaire puisque je l'accepte. Peut-être est-il trop tôt pour la réconciliation, mais Karty agira quoiqu'il advienne, tout comme vous n'avez pas le besoin d'aimer notre pays pour comprendre ce qu'il se passe.

Je vous appelle car la Loduarie redessine aujourd'hui les frontières de votre région par la force. L'Antares perd ses villes, ses hommes, et bientôt sa possibilité d'agir seule. Volkingrad se dit prêt à vous informer de ses opérations, sous certaines réserves que vous devinerez facilement. J'espère plus simplement que lorsque vous déciderez d'autre chose que d'observer cette guerre, il restera encore une Antares à observer.
»

Affiche de propagande de la Commissaire Taliska Strakhova
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Un chasseur Teylais qui patrouille dans le sud de Teyla.

La première chose que fit le Premier ministre (et non le ministre !) Julien Hallier après la prise de parole de la Commissaire à la Défense fut de noter une formule sur une feuille, qu'il garda pour lui. La formule était "vous possédez encore le luxe d'hésiter." La formule était sûrement faite pour être frappante, Hallier reconnaissait qu'elle l'était et que cela fonctionnait. La formule était frappante par sa tournure mais surtout, pensa Hallier, parce qu'elle était en partie vraie. Ce n'était pas toujours une diplomate au sens strict du terme comme on le voulait dans la culture teylaise, mais cette phrase fit recalculer quelque chose à Hallier concernant son interlocutrice. Le temps qu'avait dicté Teyla était le reproche de cette phrase, enrobée dans une formule pas frontale, pas dégradante, mais actant la situation tout en comparant la situation à celle d'Antares.

Cependant, après quelques secondes de silence et de réflexion, il trouva ses mots :

- Commissaire Strakhova. Nous avons le luxe d'attendre selon vos mots. Ils sont exacts et à la fois il manque le pourquoi.

Un bruit de chaise se fit entendre, Hallier se leva, le fil du téléphone pendant de son oreille jusqu'à la table ; des clics se firent entendre. Deux photographes payés par la Résidence Faure prenaient des photos, tout en ne prenant pas en photo le mur qu'on ne prenait jamais en photo. Hallier avait compris comment fonctionnait la communication moderne, mais il resta naturel dans ce geste. Les photographes avaient pour consigne de prendre le Premier ministre sous trois angles. De face, le visage entier, l'expression faciale saisie dans la concentration de l'écoute ou de la parole, le combiné du téléphone collé à l'oreille, les yeux baissés sur la note ou levés vers l'écran principal. De profil, parce que le profil disait tout sur la fonction et la gravité du moment pour ceux qui verraient cette photo. De dos, offrant ce dos et seulement le fil qui pendait, avec en fond les diverses personnes assises autour de la table et les gens qui se déplaçaient dans la pièce.

Ce qui était naturel dans ce geste, c'était ce qui le commandait. Le geste ne fut pas commandé par le besoin ou l'envie de se faire photographier. Le directeur de cabinet, ayant briefé et donné les consignes par messages aux photographes avant leur arrivée, avait quant à lui anticipé que ça pouvait arriver. Non, le geste fut commandé par le besoin d'être debout pour dire ce qui allait être dit, car cela représentait les morts du Royaume de Teyla.

Le terme "luxe" n'est pas le plus adéquat à la situation. Le Royaume de Teyla a travaillé de concert avec les nations qui font ce monde dans le sens où elles existent diplomatiquement, afin de créer une sécurisation de l'espace Ouest Eurysien et notamment teylais. Je me permets de faire un rappel, Commissaire, mais les relations antérieures entre le Royaume de Teyla et, à l'époque, le Saint Empire de Karty participaient à cette sécurisation, descendant jusqu'à vos territoires. L'Organisation des Nations Démocratiques et tout un tas de relations diplomatiques bilatérales qu'entretient le Royaume convergent, en partie, dans ce sens. Offrir au Royaume et à ses citoyens ce luxe, mais aussi aux nations qui le veulent. Ce qui se passe aujourd'hui n'est pas une surprise, comme nous l'avons dit, Commissaire.

Mais ce qui se passe particulièrement aujourd'hui pour la nation kartienne n'est pas une surprise. Nous ne savions pas si vous alliez intervenir militairement, c'était l'inconnu. Mais la perte de pouvoir contraintre la Loduarie du pire en Eurysie de l'Ouest, nous l'avons anticipée, Commissaire. La nation kartienne n'a pas vu, ou alors elle s'est aveuglée car cela l'arrangeait, que les affrontements en Eurysie centrale étaient intrinsèquement liés à la sécurisation de tout l'ensemble de l'Eurysie centrale et de l'Ouest. Le Royaume de Teyla n'est pas, et n'a jamais été, dans le confort d'une nation lointaine qui peut se permettre le luxe d'observer les morts s'empiler en Antares ou ailleurs, Commissaire. Depuis deux mille douze et le meurtre de deux Teylais par la Loduarie communiste, que nous n'oublions pas, nous ne sommes pas dans le luxe, mais dans la réalité dans sa forme la plus brutale.

Les combats que nous avons menés en Eurysie centrale, l'engagement de notre force aérienne et de nos missiles balistiques Commissaire n'est pas étranger à la situation que vous décrivez aujourd'hui. C'est en bien des points, malheureusement, croyez en ce terme je vous prie, la conséquence la plus logique des événements en Eurysie centrale et de la perte de l'alliance entre le Royaume et la République. Je vous demande, Commissaire, de m'écouter pour ce qui suit avec un peu d'attention, car c'est un point que la nation kartienne a, je le crains, toujours refusé de regarder en face, et qui pourtant explique pourquoi ce soir votre allié perd ses villes.

Tout d'abord, le Royaume de Teyla s'est battu en Eurysie centrale, contre des nations qui ne sont pas la Loduarie communiste, mais qui sont malgré tout des bras armés de la Loduarie communiste. Je parle du Grand-Kah notamment. Il est connu publiquement que le Grand-Kah a fourni par le passé une assistance dont la nature est révélatrice d'une partie de son projet géopolitique. En outre, Commissaire, cette assistance s'est toujours faite à notre connaissance afin d'affaiblir le monde libéral ou des projets dont ils ont une peur panique qu'ils deviennent leurs adversaires ou soient trop puissants, pour ralentir les projets géopolitiques des Communautés du Grand-Kah. L'Eurysie centrale était un point d'affrontement indirect contre la Loduarie communiste, bien que ce ne soient pas les raisons principales qui ont fait que le Royaume de Teyla s'est engagé, je le reconnais. Cependant, ce travail contribuait à un travail que nous faisons depuis longtemps et dont j'ai déjà parlé, la sécurisation de l'Eurysie de l'Ouest, dont la nation kartienne faisait partie et dont vous faites toujours partie géographiquement.

Et c'est précisément ici, Commissaire, que la non intervention kartienne a joué un rôle important cette nuit. Vous avez démontré cette nuit que vous disposez d'une force balistique et, selon les rapports de vente des industriels teylais, vous disposez aussi d'une force aérienne importante et technologique, faite pour une confrontation contre la Loduarie communiste, car elle fut pensée pour tirer sur des modèles loduariens. Enfin, nos modèles que nous vous avons vendus, j'entends. Vous avez regardé, même fait plus que cela.


Hallier fit un bruit de bouche, un soufflement de dépit se rappelant que la DCA kartienne avait tiré sur des missiles de l'alliance hostalienne.

Vous avez fait un choix que le Royaume de Teyla a déploré diplomatiquement en privé et parfois en public. Ce choix, Commissaire, fut l'un des derniers chaînons manquants à la Loduarie communiste. Vous n'avez pas agi quand, du point de vue teylais, il aurait fallu agir. Manticore ne sait pas si les raisons dictées dans les missives de l'époque sont les vraies raisons, mais qu'importe. Vous avez laissé croire à la Loduarie communiste que la nation kartienne n'allait pas aider ses partenaires. Votre liste de partenaires comprend Antares, nous le savons tous les deux. Par bien des aspects, cette non-intervention kartienne provoque les événements de ce soir. La Loduarie s'est peut-être trompée sur votre volonté de respecter vos engagements envers Antares, vos actes le démontrent, mais elle ne s'est pas trompée sur le fond de la posture kartienne telle qu'elle l'avait observée à l'époque. C'est cette analyse qui a conditionné la prise de décision Loduarienne. Il me semble, sans en être certain, que sous des formulations différentes de cette nuit, la diplomatie teylaise a à l'époque averti que ces deux zones géographiques étaient liées entre elles. Nous sommes malheureux d'apprendre que nous avions raison, visiblement.

Voilà pourquoi, Commissaire, le mot "luxe" n'est pas le bon. Le Royaume de Teyla n'a pas le luxe d'attendre. Il a la patience d'un État qui a fait son travail à temps, et qui n'a pas l'intention d'en faire un autre à la place d'un État qui ne l'a pas fait.

Vous n'avez pas demandé une action teylaise, une intervention ou peut-être une utilisation, mais je ne me fais guère d'illusions sur les raisons de cet appel. Si vous avez d'autres demandes, formulez-les, Teyla y répondra positivement ou défavorablement, nous y répondrons.

Concernant votre proposition de nous tenir informés des opérations nous la prenons, mais faisons simple. Nous souhaitons connaître seulement les opérations étant proches du territoire teylais ou d'un des membres de l'Organisation des Nations Démocratiques et du Duché de Gallouèse, afin de pouvoir informer ces nations dans des temps qui leur permettent de se préparer et de ne pas paniquer plus que nécessaire.
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La grande vague de BuchtaLa grande vague de Buchta, Gloria Odélia, Musée des Beaux Arts de Volkingrad

AlinéaPendant que l'Ouest s'enflammait, et que la joute téléphonique s'épanouissait, la culture Kartienne n'avait aucunement sourcillé. Elle s'épanouissait toujours, malgré un contexte de guerre, par le jazz, son architecture, ses coutumes: C'était, entre autres, l'exemple des surfeurs de Buchta, toujours sous l'aile des vagues épousant le bord de mer. Mais Taliska ne jouissait pas d'un tel climat, elle combattait en diplomatie. Mais assumer la conséquence diplomatique était le rôle d'Angèle, point celui de Taliska. Alors elle reprit la parole, consciente de cette réalité.

«Excellence Teylaise, nous pouvons passer notre temps à analyser des faits passés. Ça n'est pas de mon ressort, pas plus que ça le serait du vôtre. J'ai reconnu votre argumentaire, je le reconnais encore. Le Saint Empire de Karty ne vous a pas prêté main forte par le passé, je n'ai pas eu la prétention de le réfuter.

La Commissaire n'enchaîna pas son propos par le fil conducteur habituel, une pause infime que le très bon analyseur pouvait percevoir. Elle n'hésitait pas, non, c'était autre chose. Mais peu importe: La Commissaire avait bien des mots pour reprocher à Teyla, tout comme Teyla reprochait à Karty: L'ensemble des appareils Teylais dans l'armée Kartienne ont été purgés. Mais peu importe.

Je vous prie de ne pas garder ce propos précis comme un échange acté. Je n'étais pas en fonction lors de la crise Hotsalienne, j'étais suffisamment proche de l'appareil armé, cependant, pour savoir que le Saint Empire de Karty était tout sauf prêt à soutenir votre intervention. Je ne vous parle pas d'envie ou de volonté, mais bien de capacité, l'armée impériale était bien trop faible pour assumer les conséquences d'une telle prise de position.

Je m'interroge, Excellence du Royaume de Teyla. Vous dites avoir agi en Hotsaline pour préserver un équilibre régional, mais vous ne souhaitez pas agir pour ce même équilibre lorsqu'il se trouve à votre frontière. Je n'ai pas formulé de demande explicite il est vrai. Nous demandons à Manticore de cesser sa simple observation en intervenant directement contre la Loduarie, afin de préserver des raisons que vous défendiez autrefois.

Mais je ne me fais pas d'illusion sur votre réponse. Tout comme je ne vois aucun lien entre l'Hotsaline et la Loduarie, le Kah ou l'Estalie nous ont assuré leur non intervention à cet égard. Si Teyla sait se souvenir de nos fautes, j'espère qu'il se souviendra de ces mains tendues qui n'ont pas trouvé réponse.

Quant à cette collaboration au niveau des renseignements de nos opérations, la condition évidente semble justement un non-partage de ces derniers. Je crois Volkingrad assez lucide pour savoir décider, désormais, de qui doit être prévenu ou non. Plus simplement, votre pays sera informé, à condition qu'il garde l'information pour lui et lui seul.

Que vous le vouliez ou non, le danger est à votre porte, et les mots n'y changeront rien.
»

Affiche de propagande de la Commissaire Taliska Strakhova
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Quelque part un homme se balaidait en plein Manticore, dans la ville de l'Amour, de nuit.

- Vous soulevez le point sur une probable contradiction entre l'engagement teylais en Hostaline et notre posture actuelle vis-à-vis des événements actuels en Eurysie de l'Ouest entre la Loduarie communiste, le Concordat et la République Fédérale de Karty. Permettez-moi d'y répondre, avec une pensée rapide, au regard de la précipitation des événements de cette nuit, qui accélère le calendrier de chaque chancellerie eurysienne pour ne pas dire mondiale. En Hostalie, le Royaume de Teyla est intervenu dans un cadre, Commissaire. Celui d'un accord bilatéral de défense entre le Royaume de Teyla et la Confédération Kresechnie. Ce cadre était écrit, Commissaire, et plus encore, ce fut un cadre voté et ratifié par les moyens de ratification prévus par les deux États.

Pour revenir à cette nuit, et poursuivre sur la contradiction que vous soulevez, la Loduarie communiste a commencé un bombardement intensif et très certainement le début d'une invasion du Concordat. Vous réagissez à l'attaque d'une nation qui est votre alliée, par la Loduarie communiste. Je ne conteste pas cela et je ne le contesterai pas à l'avenir publiquement comme en privé, Commissaire. Cependant, Commissaire, le Royaume de Teyla s'inscrit dans le cadre de ses traités et de ses lois internes. Si même j'acceptais ce soir que le Royaume de Teyla accepte d'intervenir pour défendre un pays en pleine guerre civile, alors je ne pourrais pas prendre cette décision seul. La Constitution teylaise me donnerait les voies et les moyens d'y arriver, mais toujours avec l'accord du Parlement.


Julien Hallier ne dit pas qu'il aurait très sûrement obtenu cette déclaration de guerre. Cependant, le débat aurait soulevé, plus que s'il ne posait aucune loi de déclaration de guerre au Parlement, que le Royaume de Teyla avait enchaîné les conflits ces dernières années sous le mandat d'Angel Rojas et que la guerre contre la Principauté de Carnavale continuait très certainement. Un débat parlementaire sur une déclaration de guerre à la Loduarie communiste, en soutien à un État du Concordat de Sholat que l'opinion publique teylaise connaissait à peine et dont la frontière la plus proche était à plusieurs milliers de kilomètres, aurait servi à mesurer les réelles capacités militaires du Royaume de Teyla. Sous le mandat d'Angel Rojas, le Royaume de Teyla avait, malheureusement pour beaucoup et pour l'économie, enchaîné les conflits militaires et les crises amenant proche d'un conflit militaire. De la Loduarie communiste en passant par la Principauté de Carnavale jusqu'à la République Translavique, le Royaume de Teyla avait bel et bien enchaîné les conflits militaires.

Ces conflits avaient potentiellement épuisé les stocks militaires, les stocks de munitions et mis à mal la maintenance des systèmes d'armes teylais. Julien Hallier ne voulait pas tester, aujourd'hui, tout cela, alors que la menace de la Principauté de Carnavale existait encore et que peut-être d'autres menaces plus urgentes allaient éventuellement émerger. Le Royaume de Teyla, sous son mandat, pensait Julien Hallier, pouvait sûrement tenir le front d'une Loduarie communiste prise sous le feu teylais, kartien et du simulacre d'armée du Concordat, mais il n'allait pas prendre le risque. Sur le plan extérieur, le Royaume de Teyla devait faire la paix et non la guerre pour ses relations publiques et internationales, il en avait conscience, c'était son opinion. Tout le monde, dans le gouvernement, n'était pas d'accord, surtout à propos de la Loduarie communiste. L'attaque de la Loduarie communiste ouvrait une fenêtre d'opportunité pour mettre fin définitivement à la menace loduarienne et beaucoup voulaient en profiter, ça aussi c'était un fait.

En parlant de faits, Julien Hallier pensa à d'autres faits, ceux qui sont indissociables de toutes les démocraties. Le débat parlementaire aurait fait monter à la tribune de l'Assemblée nationale et de la Chambre des nobles des chiffres que le Gouvernement voulait ne pas voir apparaître dans l'espace public, pour ne pas révéler les faiblesses de l'armée teylaise aux yeux de ses adversaires. La question de savoir si le Royaume disposait encore de la capacité de défendre simultanément son propre territoire contre les missiles balistiques carnavalais et de projeter des forces armées en territoire étranger et n'ayant aucune frontière avec le Royaume de Teyla, Julien Hallier voulait la laisser sans réponse. Une atttaque depuis la frontière loduarienne était impossible, il n'avait pas la science militaire en lui, mais il savait que l'avis de l'État-major général disait "non" pour passer par la frontière, zone très montagneuse, trop montagneuse.

Et l'opposition aurait, avec raison, fait monter à ces mêmes tribunes la question du développement des jeunes générations teylaises qui auront vécu beaucoup trop de périodes de conflits, n'encourageant pas à un développement sain et sans soucis. Ceux qui étaient adolescents en deux mille onze, lorsque les tensions avec la Loduarie communiste ont commencé, ont vécu durant toute leur adolescence avec un conflit armé en Eurysie centrale, l'invasion d'une nation fasciste par le Royaume de Teyla, Caratrad et la République Fédérale de Tanska, la menace loduarienne et translave, celle du régime rouge brun et scientiste, les tirs de Carnavale sur Estham puis sur des aérodromes militaires teylais. Ils avaient atteint, pour certains d'entre eux, en cette année, l'âge de la majorité. Pas des adultes à proprement parler, mais assez pour être majeurs au Royaume de Teyla.

Et dans le dernier calcul d'un Premier ministre, comme dit précédemment, il y avait le calcul d'un politicien teylais. Celui d'un homme qui devait naviguer à travers les courants et les institutions, même les plus anciennes, le Parlement. La Constitution exigeait qu'une déclaration de guerre soit votée, dans les mêmes termes, par les deux chambres législatives (Assemblée nationale et Chambre des nobles). Il pouvait convoquer des sessions privées, des sessions rapides, mais pas cette nuit, il faudrait attendre au minimum quelques heures pour que les deux chambres puissent se réunir, voter, et plus réalistiquement plusieurs jours pour que la loi puisse faire la navette proprement. Oh, Julien eut un sourire et sa main agrippa plus fortement le combiné du téléphone en repensant aux subtilités de la loi et de la Constitution, qui permettaient l'emploi de la force armée sans une déclaration de guerre. Mais Julien Hallier n'avait aucune envie d'user de son capital politique pour la nation kartienne et l'ex-nation antarienne qui n'avaient rien fait pour approfondir les liens avec le Royaume quand le Royaume l'avait voulu.

"Commissaire, je vais conclure ma prise de parole sur ces mots. Le Royaume de Teyla n'enclenchera aucune réponse armée ce soir, ni dans les jours à venir, si la Loduarie communiste n'enclenche aucune action hostile contre le Royaume ou ses partenaires. Nous choisissons le même chemin que le Grand-Kah et l'Estalie à ce titre. Votre réponse concernant les informations conforte le Royaume de Teyla dans son choix, la confiance n'étant pas près d'être rétablie.

Cependant, nous espérons que la Loduarie communiste échouera dans sa tâche de conquête de l'État du Concordat. Le Royaume de Teyla possède une industrie de la Défense, qui je crois à fait ses preuves de ses capacités et de la valeur du matériel produit sur le champ de bataille, à notre dépend parfois. Vous avez pu appréciez le matériel teylais notamment au niveau de l'aviation. Il va de soi que les portes des industriels de la défense teylaise ne sont pas totalement fermées à votre république. "

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AlinéaLe bureau de la Commissaire était vide. Pour cause, elle l'avait quitté: Occupée à se battre contre ce ministre de Teyla. Mais que cachait ce cadre, sur le bureau de la femme ? Ce portrait, face cachée, que rescellait-il d'elle ? Une photo de famille ? Un amour éperdu ? Un idole dissimulé ? Rien de tout cela, si ce n'est une appréciation d'enfance. La Commissaire repensait à cette tendre enfance, même si nourrie du sort ouvrier. Il s'agissait d'un chanteur étranger, sûrement Alguareno par ses traits, et surtout son langage. Elle se remémora cette chanson qu'elle avait tant entendu jeune, pourquoi cela lui revenait-elle ici, maintenant ? Elle le savait: Cette chanson avait tout de la mélancolie. Or, la République Fédérale Kartienne sa patrie devait, doit et devra se battre seule. Sans Teyla, c'est une certitude.

«Volkingrad prend compte de vos perceptions, considérations et espérances. Bons baisers de Karty, monsieur Hallier.»

Les perceptions et les considérations attachent le Royaume de Teyla et son gouvernement. Les diplomates Kartiens, notamment Angèle, ont fini par cerner le mot de la diplomatie Teylaise: Revancharde. Elle n'oublie pas, pire encore, elle saisit vos moindres faits et gestes contre vous. Le premier ministre affirme que les armements Teylais ont profité à Karty, c'est omettre que Karty a purgé l'ensemble de ces armements par le plan de quatre ans. Il prétend que son Royaume suit les règles des traités, lorsque lui-même s'est indigné du non-respect Kartien vis-à-vis d'une parole non-écrite et jamais dite. Et, finalement, il se complet derrière le mur des vertus Teylaises, alors qu'au final, Manticore est simplement enchaîné par ses propres conflits. Tout cela Angèle l'aurait su, mais Taliska y a répondu plus simplement. Bons baisers de Karty. Une phrase, maxime culturelle parfois, qu'on s'est accordé à lui décerner. Elle n'est ni hautaine ni irrespectueuse, il s'agit d'un gage de compréhension mais de refus.

Et ces espérances ? Pour autant, le ministre Hallier avait prêché la défaite Loduarienne, ayant même sollicité le giron industriel Teylais. La Commissaire avait haussé un sourcil, chose que son interlocuteur ne pouvait pas voir. Souhaiter la victoire du Concordat de Shaula, tandis que l'on a guère condamné la Loduarie ? Il s'agissait d'un jeu Teylais, dame Strakhova ne pouvait rien en obtenir, et elle l'avait bien compris. Cependant, une vision devait différer entre les deux pays, matérialisés de part et d'autre des combinés téléphoniques. Manticore devait sans doute croire qu'une fois le Concordat battu, c'en serait fini de l'Antares. Mais le soutien Kartien ne s'arrêtera guère à cette défaite, pas tant qu'il restera un Antarien pour souhaiter la liberté de sa nation. La Loduarie Communiste ne pourra asservir plus de trente millions d'habitants éternellement, à moins de génocide. Karty agira avant, aux côtés des Antariens. La République Fédérale Kartienne avait imaginé la défaite Antarienne avant même de lui prêter main forte, Volkingrad avait d'innombrables cartes dans sa manche avant d'épuiser son jeu. Et à ce moment, il s'agira d'en prendre subtilement un autre. Taliska pensait: Il était fin temps de contacter le colonel Cadio Oye Valera. Elle se recoiffa de son habit militaire, avant de quitter définitivement la salle.

Affiche de propagande de la Commissaire Taliska Strakhova
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