AlinéaTelle avait été la première prise de parole publique de la Commissaire à la Défense. Ses apparitions dans le domaine de la presse ou des médias demeuraient des aubaines pour ceux qui pouvaient l'accueillir, tant elle se refusait à ce genre de mauvais spectacle. Et pourtant, elle était une femme d'exception. Oui, c'était la manière dont on la percevait, au sein de son pays. Presqu'une égale populaire à Angèle Orlovski. Elle était le symbole, fille d'ouvrière et pourtant partisane d'un des plus hauts postes que l'on pouvait avoir en Karty. Elle était la meneuse d'une des plus grandes armées au monde.
Taliska, elle, personnellement, s'accorde à penser une chose. Elle considère la guerre telle une horreur, mais l'inaction comme pire encore. Elle compose avec la doctrine politique de sa patrie, que chaque vie citoyenne soit inestimable et par dessus tout autre facteur. Elle pense de ses soldats des citoyens protégeant leurs frères, non un vulgaire facteur humain. Elle sait que Karty n'a jamais réellement été attaquée sur son territoire. Mais elle y pense. Et son idée lui est des plus simples, si un ennemi s'avise de s'en prendre à son pays et à ses citoyens, il faudra suffisamment le traumatiser pour qu'il ne recommence jamais plus. Si un jour le sol de Karty est foulé par le pied d'un autre militaire qu'un des siens, alors ce dernier sera marqué psychologiquement des générations durant.
AlinéaLe soleil s'adoucissait sur les toits métalliques du complexe, une infrastructure perdue, quelque part dans la lointaine cambrousse. Ce n'était que le chic de l'armée Kartienne que de dissimuler toutes ses bases à travers le pays, un art où elle était passée maître. Il fallait bien protéger les centaines d'appareils aéronautiques de la République Fédérale, les disperser à travers l'ensemble du territoire de cette dernière s'était avérée l'option réalisée. Un bon quart des complexes de ce genre possédait un hangar souterrain et une piste de décollage minimaliste, ainsi que divers autres équipements, comme le bureau du personnage qui menait le bon fonctionnement de l'infrastructure.
Sa porte s'ouvre, et, sur elle, Taliska Strakhova. L'on peut apercevoir quelques détails, entre l'ouverture et la personne qui en sort, ses caractéristiques. Quelques secondes, pour voir une pièce plutôt en désordre: Un cadre posé sur sa face qui empêche de voir son contenu, des casiers à moitié ouverts qui suggèrent un travail de forcenée, une pile de dossiers posée à même le sol qui dépasse pourtant la hauteur du bureau. Bureau, élément central de la pièce, sur lequel reposent papiers, stylos divers, et, une tasse de thé à moitié fumante. Cet ensemble laisse à penser un départ à la va-vite, tiré d'une torpeur. Et oui, Taliska a pris la mauvaise habitude de dormir à son bureau, rentrer chez elle serait une perte de temps trop conséquente.
Les bottes de la militaire résonnaient d'un air répétitif et monotone, une cadence qui lui avait été apprise. Son uniforme lui était austère, pour une haute-gradée. Pour sûr, parmi les changements dans l'armée Kartienne, l'arrêt des amas de médailles sur les uniformes, des personnalités décorées et pourtant si inefficaces. C'était la parure des anciennes fastes que de s'afficher de la sorte, faire reluire son veston plutôt que de s'illustrer par des faits. L'ancien état-major, somme toute l'Empire de Karty.
De tels fonctionnements, Taliska en a horreur. Cela se traduit sur son allure vestimentaire: Un uniforme kaki simple, seuls une banderole rouge qui drape son buste et son képi dressé d'une fière étoile, symbole de victoire, viennent rehausser l'autorité et le grade de sa personne. En déambulant à travers le complexe, elle salut le vieil homme qui s'occupe de l'entretien comme le lieutenant gradé de la même manière, d'un simple hochement de tête.
Elle entra, enfin, dans la salle du centre de commandement. Le cœur du complexe, la bonne moitié du personnel y était: Des opérateurs radios affalés sur leur poste mais toujours performants, les pilotes des avions en retrait au fond de la salle jouant à des jeux de cartes, une réunion un peu plus sérieuse dans un coin de le salle avec des cartes annotées et des rapports raturés. Comme dans de nombreux lieux se ce type, se trouvait un léger promontoire surélevé d'où l'officier pouvait diriger la salle tel un chef d'orchestre. L'officier en question descendit de son piédestal, réhaussant maladroitement le col de son uniforme et s'apprêtant à saluer sa supérieur. Mais elle n'en fit rien. Non, au lieu de cela, elle ne fit que passer, sortant de la salle, qui était plus en ordre que lorsqu'elle y était entrée.
Avant sa destination, elle voit deux militaires, accompagnant ce qui semble être une famille de réfugiés, d'origine Kartienne probablement. Elle n'a pas la moindre idée de la raison de leur présence, cet élément lui est des plus accessoires. Mais l'enfant s'avance vers elle, acte auquel elle n'est assurément pas préparée. Un simple enfant, oui, pas pour elle. Elle est, avec ces petites créatures, d'une maladresse notable, un réel contraste avec son tempérament qu'elle affiche d'accoutumée.
«Mamannn, qui c'est la grande dame toute triste ?»
«Je...»
Le soldat Kartien s'avança.
«Aller viens petite, c'est pas le moment.»
«Le transport de ces citoyens est-il prêt ?»
«Affirmatif, dame Strakhova, nous les y emmenons justement.»
«Faites.»
La Commissaire continua sa marche. S'avançant dans les entrailles du complexe, elle n'avait pas oublié son objectif d'origine. Un qui pouvait bien faire trembler des régions, redéfinir divers conjonctures et émousser les agences de presse. Elle ouvrit la porte. Devant elle, une pièce éclairée, une table sur laquelle se trouvait un téléphone et quelques rudiments mobiliers. Elle se décida à d'abor saisir le rapport de documents, le feuilletant ça et là.
>Guerre de l'Ouest rouge.
>Royaume de Teyla.
Tôt le matin du 11 septembre 2018, à la suite de l'officialisation de la guerre Loduarienne, le Royaume de Teyla a effectué un communiqué gouvernemental. Ce dernier a notamment fait l'objet d'une neutralité et d'un appel à la paix de courtoisie et d'obligation sans réelle importance. Plus important: Le Royaume de Teyla a déclaré vouloir rapatrier ses citoyens, que l'empêchement de cette action ou leur mise en danger pourrait forcer leur intervention.
Outre mesure, une telle situation pourrait amener la potentialité de réconciliation ente Karty et Teyla, qui pourrait cerner la nouveauté d'une alliance plus juste[...]
Taliska se saisit d'un stylo, raye la deuxième partie, et y porte l'inscription "Partenaires de circonstances". Elle sait les relations qu'opposent son pays à celui de Catherine III, même s'il faut avouer qu'une haine partagée de la Loduarie peut être productive. Et, finalement, elle saisit le combiné, composant la ligne directe vers Manticore...
«Ici la Commissaire Strakhova, République Fédérale Kartienne.»
