Posté le : 10 mai 2026 à 12:54:37
Modifié le : 13 mai 2026 à 21:52:31
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Elodie Trembley a Ă©crit :Le soleil de juillet descendait lentement sur Rivemaude, teintant le ciel dâun or profond et gĂ©nĂ©reux qui semblait vouloir embrasser tout le pays avant de disparaĂźtre. Dans le grand salon du Palais de la PrĂ©sidence, transformĂ© pour lâoccasion en studio sobre et chaleureux, la lumiĂšre entrait encore Ă flots par les immenses baies vitrĂ©es ouvertes sur le lac Miskawa. Les derniers rayons caressaient les murs de pierre claire et venaient se poser, comme une bĂ©nĂ©diction, sur la silhouette dâĂlodie Trembley. Elle se tenait debout, droite et lumineuse, au centre de la piĂšce. Ă vingt-sept ans, la plus jeune prĂ©sidente de lâhistoire de la RĂ©publique DĂ©mocratique Socialiste de Valtern portait sur ses Ă©paules une prĂ©sence Ă la fois juvĂ©nile et profondĂ©ment ancrĂ©e. Son tailleur-pantalon fluide, dâun crĂšme doux rehaussĂ© de larges bandes turquoise aux revers et aux coutures, Ă©pousait sa silhouette avec Ă©lĂ©gance. La large ceinture turquoise, ornĂ©e de sa boucle en argent, marquait sa taille avec cette autoritĂ© tranquille qui Ă©tait devenue sa signature. Ses cheveux blonds tombaient librement sur ses Ă©paules, comme toujours, simplement retenus sur le cĂŽtĂ© par une petite barrette. La lumiĂšre du couchant jouait sur son visage, faisant briller ses yeux et soulignant la lĂ©gĂšre tension Ă©mue de ses lĂšvres. On voyait quâelle Ă©tait Ă©mue, mais pas anxieuse.
Un cameraman fit un lĂ©ger signe. Ălodie inspira profondĂ©ment, ferma les yeux une seconde, puis les rouvrit. La camĂ©ra sâapprocha lentement. Elle regarda droit vers lâobjectif, comme si elle regardait chaque valternien dans les yeux.
« Bonsoir Ă vous tous, mes chers camarades, mes frĂšres et sĆurs valterniens.
Ce soir, je ne mâadresse pas Ă vous depuis une estrade lointaine ou derriĂšre un pupitre froid. Je vous parle depuis chez nous, depuis ce Palais qui domine le lac Miskawa, depuis ce lieu oĂč bat le cĆur de notre RĂ©publique. Je vous parle comme je le fais toujours : simplement, sincĂšrement, et avec tout lâamour que je porte Ă notre terre et Ă notre peuple.
Aujourdâhui, le soleil se couche sur une journĂ©e particuliĂšre. Il y a quelques jours, nous avons envoyĂ© une lettre officielle au gouvernement du Royaume de Brocelynwood, porte-parole de la RĂ©publique de Duve et de lâEmpire du Nord. Une lettre longue, rĂ©flĂ©chie, Ă©crite avec le cĆur et la raison, dans laquelle nous rĂ©pondons Ă leurs inquiĂ©tudes exprimĂ©es publiquement aprĂšs notre adhĂ©sion Ă lâInternationale Libertaire. Ce soir, je veux vous parler de cette lettre. Je veux vous parler des peurs de nos voisins. Et surtout, je veux vous parler de nous. De ce que nous sommes. De ce que nous refusons dâĂȘtre. Et de ce que nous allons faire ensemble dans les semaines qui viennent. Car Valtern ne se cache pas. Valtern ne ment pas Ă son peuple. Valtern regarde la rĂ©alitĂ© en face, avec calme, avec fiertĂ©, et avec cette dĂ©termination qui nous a toujours permis de surmonter les tempĂȘtes.
Ce que nos voisins craignent, nous le savons. Ils craignent que notre adhĂ©sion Ă lâInternationale Libertaire ne soit le dĂ©but dâune instabilitĂ© sur le territoire aleucien. Ils craignent une ingĂ©rence, une ârĂ©volution sans frontiĂšresâ qui viendrait troubler leur ordre Ă©tabli. Ils craignent que Valtern, cette petite rĂ©publique socialiste joyeuse et enracinĂ©e, ne devienne malgrĂ© elle une porte dâentrĂ©e pour des changements quâils ne dĂ©sirent pas. Nous entendons ces peurs. Nous ne les mĂ©prisons pas. Nous ne les tournons pas en dĂ©rision. Nous les respectons, parce que nous savons, mieux que beaucoup dâautres, ce que signifie avoir peur de lâautre. Nous qui avons vu quatre peuples se faire la guerre pendant des dĂ©cennies, nous qui avons portĂ© dans notre mĂ©moire collective les cicatrices de la mĂ©fiance et de la violence, nous savons combien la peur peut ĂȘtre lourde, combien elle peut ĂȘtre lĂ©gitime.
Et pourtant, ce soir, je veux vous dire avec force : Valtern nâest pas une menace pour ses voisins. Valtern nâest pas venue pour dĂ©stabiliser, pour imposer, pour conquĂ©rir. Valtern est venue pour ĂȘtre elle-mĂȘme, plus pleinement et plus fiĂšrement que jamais.
Câest pour cela que nous allons lancer une grande consultation populaire nationale. Une consultation oĂč chaque valternienne, chaque valternien, du plus jeune au plus ancien, du plus isolĂ© jusquâaux quartiers animĂ©s, pourra sâexprimer directement sur la maniĂšre dont notre RĂ©publique doit rĂ©pondre Ă ces inquiĂ©tudes tout en restant fidĂšle Ă ce quâelle est. Ce ne sera pas une simple formalitĂ©. Ce sera un acte de souverainetĂ© collective. Ce sera Valtern dans ce quâelle a de plus beau : un peuple qui se parle, qui dĂ©bat, qui dĂ©cide, qui reste maĂźtre de son destin. Ce soir, je veux que vous sentiez, au plus profond de vous, cette fiertĂ© qui nous habite. Nous ne sommes pas un petit pays qui tremble devant les rĂ©actions extĂ©rieures. Nous sommes une rĂ©publique qui a su transformer des ennemis en frĂšres.
Et nous continuerons.
Parce que Valtern ne renonce Ă rien. Ni Ă sa joie, ni Ă sa robustesse, ni Ă son socialisme humain, ni Ă sa libertĂ©. Nous superposons tout cela, comme nous lâavons toujours fait. Et câest dans cette superposition que rĂ©side notre plus grande force.
Mes chers camarades⊠ce soir, je suis devant vous non pas seulement en tant que présidente, mais en tant que valternienne parmi les valterniens. Une jeune femme qui croit profondément en son peuple. Une femme qui sait que, ensemble, nous sommes capables de traverser cette nouvelle couche de notre histoire avec dignité, avec intelligence, et avec cette joie farouche qui nous caractérise. »
Ălodie Trembley marqua un lĂ©ger silence. Elle posa une main sur son cĆur un instant, comme pour y puiser de la force, puis reprit la parole dâune voix presque solennelle.
« Avant de vous parler de nous, de notre fiertĂ©, de notre chemin, je veux dâabord parler dâeux. De nos voisins. De ceux qui, en Aleucie, ont exprimĂ© publiquement leurs craintes aprĂšs notre adhĂ©sion Ă lâInternationale Libertaire. Le Royaume de Brocelynwood, la RĂ©publique de Duve et lâEmpire du Nord ont publiĂ© une dĂ©claration commune. Ils ont parlĂ© de vigilance accrue. Ils ont parlĂ© dâune nouvelle donne stratĂ©gique sur la façade Est du continent. Ils ont parlĂ© dâingĂ©rence possible, de rĂ©volution sans frontiĂšres, de risques pour leur stabilitĂ©, pour leur commerce maritime, pour leur sĂ©curitĂ©. Julian Westbridge, le SecrĂ©taire Royal aux Affaires Aleuciennes de Brocelynwood, a Ă©tĂ© plus direct encore : il a Ă©voquĂ© la nĂ©cessitĂ© dâune stratĂ©gie de sĂ©curitĂ© prĂ©ventive face Ă toute tentative dâimportation rĂ©volutionnaire violente. Je veux que vous entendiez ces mots comme je les ai entendus. Pas comme des attaques. Pas comme des insultes. Mais comme lâexpression sincĂšre dâune inquiĂ©tude profonde. Ils craignent que notre adhĂ©sion ne soit pas seulement un choix intĂ©rieur, mais le dĂ©but dâune vague plus large.
Et savez-vous quoi, mes chers camarades ? Cette peur est légitime.
Elle est lĂ©gitime parce quâils ne nous connaissent pas encore vraiment. Ils ne savent pas, ou pas suffisamment, ce que signifie ĂȘtre valternien. Ils voient un pays socialiste qui rejoint une Internationale libertaire, et leur imagination fait le reste. Ils voient les mots ârĂ©volutionâ, âabolition des rĂ©gimes oppressifsâ, âsans frontiĂšresâ, et ils entendent menace. Ils entendent dĂ©stabilisation. Ils entendent changement forcĂ©.
Nous pourrions nous offusquer. Nous pourrions nous indigner. Nous pourrions répondre par la colÚre ou le mépris. Mais ce ne serait pas valternien. Ce ne serait pas digne de nous.
Nous-mĂȘmes, enfants dâune terre qui a connu des dĂ©cennies de conflits sanglants entre quatre peuples, nous savons ce que signifie la mĂ©fiance. Nous avons portĂ© en nous, pendant des gĂ©nĂ©rations, la peur de lâautre, la crainte viscĂ©rale dâĂȘtre dominĂ©, assimilĂ©, effacĂ©. Nous avons connu le poids lourd des soupçons, des alliances fragiles scellĂ©es dans la nuit, des Ă©quilibres instables qui pouvaient basculer Ă tout moment dans la violence. Nous avons respirĂ© lâair chargĂ© de cendres aprĂšs les batailles. Nous avons transmis, de grand-mĂšre en petite-fille, de grand-pĂšre en petit-fils, cette mĂ©moire douloureuse qui habitait nos silences. Câest pourquoi, lorsque je lis leurs dĂ©clarations, je ne ressens pas de colĂšre. Je ressens une forme Ă©trange de reconnaissance. Je reconnais cette peur. Je la connais. Elle a habitĂ© nos ancĂȘtres. Elle a habitĂ© nos parents. Elle nous habite encore parfois, dans nos moments de doute. Mais nous avons choisi, il y a deux siĂšcles, de ne pas laisser cette peur dicter notre avenir. Nous lâavons posĂ©e sur la table du Pacte de Dawnshore. Nous lâavons regardĂ©e en face. Et nous avons dĂ©cidĂ© de la superposer Ă autre chose : Ă la volontĂ© de vivre ensemble, de partager les terres, de dĂ©cider ensemble, de construire une nation oĂč aucune identitĂ© ne serait Ă©crasĂ©e. Nous ne venons pas vers eux avec arrogance. Nous ne venons pas leur dire que leurs inquiĂ©tudes sont ridicules ou exagĂ©rĂ©es. Nous venons leur dire : nous comprenons. Nous comprenons que vous voyiez en nous une inconnue. Nous comprenons que vous craigniez pour votre stabilitĂ©. Nous comprenons que vous protĂ©giez ce que vous avez construit, comme nous protĂ©geons ce que nous avons construit. Nous comprenons que notre adhĂ©sion, en tant que premiĂšre nation aleucienne Ă rejoindre le Liberalintern, puisse reprĂ©senter pour vous un changement gĂ©opolitique majeur. Nous comprenons tout cela. Et câest prĂ©cisĂ©ment parce que nous comprenons que nous avons Ă©crit cette lettre dĂ©taillĂ©e et honnĂȘte.
Nous leur avons tendu la main.
Mes chers camarades, je veux que vous le sachiez : nous ne renions rien. Nous ne nous excusons de rien. Nous ne demandons pas pardon dâĂȘtre ce que nous sommes. Mais nous refusons Ă©galement de rĂ©pondre Ă la peur par la peur, au soupçon par le mĂ©pris, Ă lâinquiĂ©tude par lâarrogance.
Valtern est plus grande que cela. Valtern est plus mature que cela. Valtern est une nation qui a appris, dans sa propre histoire douloureuse, que la vĂ©ritable force ne consiste pas Ă Ă©craser la peur de lâautre, mais Ă lâĂ©couter, Ă la reconnaĂźtre, et Ă construire patiemment au-dessus dâelle quelque chose de plus grand.
Câest ce que nous faisons aujourdâhui.
Nous ne minimisons pas leurs craintes. Nous les prenons au sĂ©rieux. Nous les traitons avec le respect quâelles mĂ©ritent. Parce que nous croyons, au plus profond de nous, quâil est possible de vivre cĂŽte Ă cĂŽte sur cette cĂŽte Est aleucienne sans que nos diffĂ©rences deviennent des menaces. Nous croyons quâil est possible de superposer nos identitĂ©s, nos modĂšles, nos visions du monde, sans les dissoudre. Et câest pour cela que, dans les prochains jours, nous allons lancer une grande consultation populaire. Pour que chaque Valternien, chaque Valternienne, puisse sâexprimer sur cette question vitale : comment notre RĂ©publique doit-elle poursuivre son chemin, rester fidĂšle Ă elle-mĂȘme, tout en tendant une main sincĂšre Ă ses voisins ? »
Ălodie Trembley laissa un silence flotter dans le studio. Elle regarda la camĂ©ra avec une intensitĂ© nouvelle, comme si elle voulait que chaque valternien, dans chaque foyer du pays, sente quâelle sâadressait personnellement Ă lui.
« Et maintenant, mes chers camarades, je veux vous parler du cĆur de la question. Je veux vous parler de ce choix qui a fait couler tant dâencre et suscitĂ© tant dâinquiĂ©tudes chez nos voisins : notre adhĂ©sion Ă lâInternationale Libertaire.
Pourquoi Valtern a-t-elle fait ce choix ?
Ce nâest pas un caprice de jeunesse. Ce nâest pas une dĂ©cision diplomatique calculĂ©e dans lâombre. Ce nâest pas non plus une soumission Ă une mode internationale. Câest un acte profondĂ©ment rĂ©flĂ©chi, mĂ»ri pendant des mois, et qui sâinscrit dans la continuitĂ© la plus pure de ce que nous sommes. Nous avons adhĂ©rĂ© Ă lâInternationale Libertaire parce quâelle rĂ©sonne avec quelque chose de trĂšs profond en nous. Parce quâelle refuse, comme nous, certaines austĂ©ritĂ©s qui ont trop souvent figĂ© le socialisme dans des formes froides, rigides, parfois tristes. Et cela, mes amis, cela nous parle. Cela nous parle dans notre chair, dans notre histoire, dans notre maniĂšre si particuliĂšre dâĂȘtre socialistes. Depuis notre naissance, Valtern a toujours refusĂ© les choix binaires. Nous nâavons jamais acceptĂ© de sacrifier la joie pour la justice, la libertĂ© individuelle pour la solidaritĂ©, les racines pour lâavenir, la nature pour le progrĂšs. Nous avons choisi de tout garder. De tout superposer. Et câest exactement cette philosophie que nous retrouvons, vivante et vibrante, dans lâesprit qui anime lâInternationale Libertaire. Nous y sommes entrĂ©s non pas pour nous dissoudre, mais pour apporter notre couleur, notre saveur, notre lumiĂšre. Car oui, nous sommes un peuple socialiste qui aime le plaisir. Qui aime la beautĂ©. Qui aime le corps. Qui aime la fĂȘte. Et nous refusons de voir dans cette joie une trahison de nos idĂ©aux. Au contraire. Cette joie est une victoire. Elle est la preuve que nous avons rĂ©ussi Ă construire un socialisme qui ne sacrifie pas lâhumain sur lâautel de la rigueur idĂ©ologique. Notre adhĂ©sion nâest donc pas une rupture. Elle est une continuitĂ©. Elle est Valtern qui devient plus pleinement elle-mĂȘme sur la scĂšne du monde. Nous nâallons pas Ă lâInternationale pour recevoir des ordres. Nous y allons pour proposer, pour partager, pour enrichir.
Nous savons que ce choix inquiĂšte certains de nos voisins. Nous le comprenons. Mais nous leur disons, avec calme et fermetĂ© : notre adhĂ©sion ne nous Ă©loigne pas de vous. Elle nous permet dâĂȘtre plus authentiques, plus cohĂ©rents, plus forts dans notre volontĂ© de vivre en paix et en bonne intelligence avec tous les peuples de ce continent. Nous nâexportons pas notre modĂšle par la force. Nous ne cherchons pas Ă dĂ©stabiliser qui que ce soit.
Mes chers camarades, quand lâavion prĂ©sidentiel a dĂ©collĂ© de Rivemaude ce jour de juillet, jâai ressenti une Ă©motion immense. Jâai senti que Valtern tout entiĂšre volait avec nous. Pas pour se renier. Pas pour se soumettre. Mais pour offrir au monde ce que nous avons patiemment construit pendant deux siĂšcles : une maniĂšre dâĂȘtre socialiste. Câest cette Valtern-lĂ qui a adhĂ©rĂ©. Et câest cette Valtern-lĂ qui restera fidĂšle Ă elle-mĂȘme, quoi quâil arrive.
Nous nâavons pas adhĂ©rĂ© pour plaire. Nous nâavons pas adhĂ©rĂ© pour nous faire accepter. Nous avons adhĂ©rĂ© parce que câĂ©tait juste. Parce que câĂ©tait cohĂ©rent. Parce que câĂ©tait nous.
Et nous en sommes fiers. Profondément, tranquillement, joyeusement fiers.
Valterniennes, valterniens,
Camarades,
Ensemble, nous bùtissons l'avenir »
Allocution prĂ©sidentiel par Ălodie Tremblay,
Présidente de la République Démocratique
Socialiste de Valtern, sur TV1, TV7, V3 et V45