16/07/2019
08:27:39
Index du forum Scène Internationale Diplomatie internationale

Le Grand Tour - Velsna/Grand Ling

10387
Le Grand Tour

Le Grand Ling


a
Représentation non fidèle du Patrice Bernaba Albirio


Il était une fois, l'histoire d'une simple greffière...


Devant le pavillon provisoire monté à l'intention du logis de son excellence Rocco Ascone, une curieuse file s'agglutinait progressivement aux premières heures du matin. Dans cet immense camp où les velsniens affluaient en un nombre toujours plus grand au fil des heures, ceux ci se rassemblaient autour des pavillons gouvernementaux. L'emplacement du "camp" (mais on pourrait tout autant l'appeler un village) avait été décidé suivant la proximité aux accès aéroportuaires, à proximité de la mégalopole de Neijing, pas à plus d'une vingtaine de kilomètres de la capitale impériale. Pour la plupart, c'était avec une grande curiosité (et non sans que le climat fasse couler de la sueur sur les fronts) que l'arrivée dans ce pays s'était faite. Neijing paraissait d'une jungle urbaine verticale bien étrange, pour des gens vivant dans une ville où les plus grands bâtiments flirtaient péniblement avec six étages. Mais revenons à cette fille d'attente. Tout d'abord, qui était ce Rocco Ascone ? A coup sûr, le Maître des Balances était bien connu dans la cité velsnienne, mais aucunement en cette patrie. Membre du gouvernement communal, souvent dans l'ombre de personnalités plus puissantes, plus majestueuses que lui, son excellence le Sénateur Ascone n'en était pas moins une figure clé du système républicain. Pour cause, il avait un surnom: la banque. Là où la plupart de ses confrères du Gouvernement communal étaient des vétérans de la Guerre des Triumvirs ayant un certain mépris pour les affaires financières, déléguant à plus compétents qu'eux, Rocco Ascone était bien loin de cette image de soldat. Toutes les questions budgétaires du Gouvernement communal passaient par lui à un moment ou à un autre. Fiscaliste implacable et travailleur acharné en manque de sommeil chronique, on disait de lui qu'il disposait d'un véritable don pour trouver de l'argent, qu'importe les moyens employés, qu'importe la moralité requise à les obtenir ou non. A Velsna, on s'amusait souvent à dire autour des tables lors des diners, qu'il valait mieux finir son assiette avant que Rocco Ascone ne vienne la finir.

Mais dans le cadre du Grand Tour, le Maître des Balances n'était pas là pour finir l'assiette de qui que ce soit, mais plutôt pour dresser les couverts que son excellence le Patrice de Velsna ainsi que ses proches, salissaient à tout bout de champ. Derrière l'organisation et la logistique monstrueuse impliquée par le Grand Tour, c'était la main de Rocco Ascone qui signait les chèques, qui comptait le moindre centime de ces fonds en partie procurés par l'Etat velsnien lui-même. Le Sénat de la cité était pingre sur les questions budgétaires, aussi fallait-il composer avec des ressources calculées des mois en avance du démarrage du Grand Tour. 350 millions de florius, c'était là l'addition théorique finale qui devait être atteinte par les frais du Grand Tour en fin de boucle. Et si le Grand Ling n'était que la deuxième étape, l'argent, lui, avait tendance à s'évaporer beaucoup trop rapidement, sous le poids des frais de trajet, des salaires des fonctionnaires, des frais de représentation et de sécurité du Patrice...c'était un miracle s'il restait des cheveux à Rocco Ascone. Et dans cette file qui attendait dans la chaleur et l'humidité du Ling, c'est toute une partie du personnel dédié aux questions financières, à l'expertise géopolitique, à la logistique du Grand Tour qui figuraient.

Ces gens en robe rouge amples et en chapeaux de velours carrés qui y faisaient le plantin, les bras chargés de livres et de notes, étaient la cheville ouvrière de l'administration velsnienne: les greffiers sénatoriaux. Partout où des représentants de la République allaient, ils suivaient comme des guêpes s'agglutinent autour du sucre. A intervalle régulier, le secrétaire personnel de Rocco Ascone sortait du pavillon pour faire signe à l'un d'entre eux d'entrer: certains ressortaient tout rouges de honte après que l'on ait entendu au travers des murs les hurlements de rage du Maître des Balances, d'autres en sortaient soulagés.

Attardons nous sur une d'entre elles, en plein dans cette file de malheureux prêts à être livrés en sacrifice. Une petite femme menue, jeune d'apparence, dont les cheveux roux coupés courts dépassent du calot. Elle supporte dans ses bras l'équivalent de la moitié de son poids en dossiers. Le secrétaire d'Ascone ressort de la tente, pose son regard sur chacun des greffiers, avant que celui-ci ne se porte sur le visage rond de la jeune femme.

a
Signora Fiorella Bernoldi, une greffière sénatoriale velsnienne tout ce qu'il y a de plus ordinaire et terriblement banal

"Signora Bernoldi. C'est à vous. Vous êtes en retard."


La jeune femme pénètre dans une petite salle où des greffiers personnels du Maître des Balances sont déjà au travail sur leurs bureaux. Ils marquent une courte pause à son arrivée, avant de reprendre comme si de rien n'était. Lorsqu'on la fait rentrer dans le logis d'Ascone, celui-ci ne daigne lever les yeux pour la saluer, et poursuis ses gribouillages. Des comme elles, il en a vu beaucoup.

"Signora Bernoldi. Prenez place je vous prie. Nous avons fort affaire."

Il pose enfin son stylo et défait les lunettes de son nez.

"Bernoldi...Vous êtes la fille du Sénateur Enrico Bernoldi ?"

"Oui excellence, Fiorella Bernoldi."


Le monde des greffiers était petit, et la plupart d'entre eux venaient de bonnes familles, comme celle de la jeune femme. Rocco Ascone sourit, il se souvient...

"Vous savez ce qu'on dit sur votre père dans les couloirs du Sénar, Fiorella ?"

"Non ?"

"Qu'il est si corrompu qu'il serait capable de tout voler dans une pièce, sauf un poêle à bois allumé."


La greffière baisse les yeux. Elle voudrait l'insulter, mais elle ne peut pas: cet homme a assez de pouvoir pour faire disparaître un nom de famille de l'album sénatorial pour plusieurs générations. Rocco Ascone n'est pas une personne agréable à vivre: il marche à la moquerie, à l'humiliation et au mauvais mot. Alors elle encaisse sans rien dire, et rebondit, l'air pâle.

" Vous vouliez me voir excellence ?"

"Oui. En effet. Nous avons besoin...enfin, le Patrice de Velsna serait intéressé par votre profil en vue de sa rencontre avec la cour impériale du Grand Ling."

"De quoi son excellence a t-elle besoin ?"

"De quoi son excellence a besoin ? A première vue, je dirais, au choix une éducation complète, une aide pour écrire son propre prénom, des connaissances dans à peu près tous les domaines de compétences de la plupart des sciences excepté l'art de la guerre. Mais je vous rassure, nous vous demandons pas de refaire l'intégralité de son éducation. Nous essayons sans succès de le faire depuis de longues années. Non, votre tache ne sera pas aussi herculéenne, nous ne sommes pas des monstres. J'ai remarqué dans votre dossier que vous êtes diplômée à l'Ecole de philosophie politique du Canal, avec une mention économie, et que vous avez travaillé sur des sujets relatifs aux économies du Nazum médian. Est-ce vrai ?"

"Euh. Oui excellence."

"Est-ce également vrai que vous êtes capable de tenir une conversation en lingois ?"


La jeune femme hésite.

"Oui, plus ou moins, excellence."

"Plus ou moins...c'est toujours mieux que ce que nous disposons à l'heure actuelle. Cela fera l'affaire."


Rocco Ascone se lève de sa chaise, empile une suite de dossiers, et vient alourdir la charge que la greffière tenait déjà sur ses bras.

"Félicitations, vous serez la traductrice de son excellence Albirio dans le cadre de la rencontre avec la cour impériale. Votre travail sera en deux points: premièrement, vous ferez contact entre les partenaires privés velsniens et le gouvernement lingois. Le Grand Ling est un pays qui relève de grandes potentialités économiques, dont nous nous devons de profiter. Ils ont des besoins que nous pouvons satisfaire, et inversement. Mais ça, ce sera la partie facile de votre travail. Avec les autres greffiers, vous aurez la très lourde tâche d'empêcher le Patrice de provoquer un incident diplomatique avec nos hôtes. Cette tâche est lourde, jeune femme, je vous préviens. Hésitez pas à déformer ses propos auprès des lingois si il dépasse les bornes, et empêchez le faire de faire...des gestes obscènes."

" Des gestes obscènes ?"

" Au repas d'hier, il s'est mis à imiter un nazumi en tirant sur ses yeux, et en prenant un accent...assez désagréable. C'est de ce genre de chose qu'il faudra vous méfier. Encore hier lors d'une réunion, il a confondu le Grand Ling avec l'Empire Xin: tout porte à croire qu'il ne soit pas capable de faire la différence entre les deux. Aussi...de manière générale il est de l'intérêt de notre cité qu'il parle le moins possible. Cela aurait été avec plaisir d'assister à cette réunion, mais comme vous le voyez, j'ai beaucoup de travail et pour être honnête, j'ai déjà donné en babysitting."


Le Maître des Balances lui tape sur l'épaule, en souriant.

"Aussi, signora Bernoldi, bonne chance."



Le jour même, sur la route de la cour impériale...



Une file de véhicules de facture velsnienne et raskenoise avance en cortège en direction du lieu de rendez vous. Fiorella Bernoldi est là, en orang d'oignon sur la banquette arrière de la Steiner de tête, en compagnie de cinq autres greffiers, tout de rouges vêtus, comme elle. En face, le Patrice de Velsna, en habits de cérémonie, les yeux braqués sur son smartphone. Aucun bruit excepté des bruits de hurlements frénétiques émanant du haut-parleur de son portable se font entendre à l'arrière de la voiture, et qui font grand sourire à Bernaba, lequel paraissait déjà las de son séjour au Grand Ling, préférant s'avachir devant les calembours de son humoriste favori.


"Haha...le fion..."


Le Patrice laisse échapper des éclats de rire incontrôlés, sous le regard inquiet de Fiorella. A t-il seulement révisé son texte introductif ? Bernaba lâche enfin son portable au bout de vingt trop longues minutes de transport. Il lève alors le regard vers la greffière: son visage lui rappelle quelque chose...

" Signora Bernoldi. Seriez vous la fille d'Enrico ?"

"Euh. Oui excellence."


Le Patrice éclate de rire.

"Oui ! Je me souviens de lui! Pendant le coup d'état de Scaela, votre père a réussi à s'en sortir parce qu'il avait resquillé la séance sénatoriale, il avait choisi ce jour là pour vider une partie des réserves du Palais des Patrices. Quand il est revenu au Sénat il y avait déjà plus personne !"

Curieusement, le rire d'Albirio était assez communicatif pour faire rire la jeune femme sur un anecdote mettant en scène son propre père.

" Votre père a ses défauts, mais c'est un type bien. Faut juste éviter de lui donner les clés de la bijouterie. Il est très doué à la chasse ! Je préfère avoir affaire à des types comme lui que des traîtres ou des pisse-froid. "


De toute évidence, il parlait là de Rocco Ascone.

" Bref, votre père a ses mérites. J'ai hâte de voir de quoi vous êtes capable. J'ai cru comprendre que vos vous y connaissiez en ushong ?"

"En lingois."

"Oui. En lingois."

"Nous avons l'opportunité de conclure plusieurs partenariats aujourd'hui, excellence. Industrie ferroviaire, télécom, armement, agroalimentaire et grande distribution..."

"Oh vous savez, cela, ce n'est pas mon problème ! La question, c'est si ces accords nous permettront de disposer de nouveaux alliés militaires dans la région. Disons que si on disposait de batteries de missiles à quelques encablures de la Poetoscovie, la "nation littéraire" commencerait à faire autre chose qu'avoir les yeux sur des bouquins et le nez fourré dans notre cul. Vous avez bien vu à quel trou à merde ressemble le Nazum, à tel point que nous avons dû envoyer mon cher Alessandro Benedetti régler son compte au Dyl Milath. J'ai l'impression que sur ce continent, les choses se règlent par la force davantage que par la raison. Cela tombe bien, j'aime me battre."



Le convoi arrive au point de rendez vous. (Je laisse la présentation de l'accueil au bon plaisir de Lord.)


Appendice et aide au RP:

Pour le confort de Lord, cette liste de personnages est présente pour échanger après la rencontre avec Albirio si il veut. Ces personnages sont majoritairement présents au "Village" temporaire monté par les velsniens à la sortie de la capitale lingoise.

Inventaire des personnages velsniens présents au Grand Tour


Premier cercle de confiance du Patrice du Velsna:
  • Bernaba Di Albirio: Patrice de Velsna.
  • Carlos Pasqual: Maître de la Garde.
  • Sofia Si Saltis: Maîtresse de l'Arsenal.
  • Alessandro Benedetti: Maître des Jugements et chargé de communication de l'ONC pour l'OND.
  • Matteo Di Grassi: Sénateur et ancien membre du Gouvernement communal.
  • Clara Di Grassi: Epouse de Matteo Di Grassi.
  • Patrizio Di Grassi: Garde personnel du Patrice de Velsna.
Autres membres du Gouvernement communal et sénateurs de la majorité:
  • Rocco Ascone: Maître des Balances.
Sénateurs de l'opposition:
  • Lupo Cadorna: Doyen du Sénat, et membre du groupe des Optimates.
  • Dom Mogador Altarini: Hégémon de la Dodécapole et membre du groupe des optimates.
  • Alfondo Rufinus Portelli: Sénateur social-démocrate et juge de la Plèbe des Comices Proletari.
  • Lucio Campora: Chef de file des sénateurs libéraux.
  • Enrico Bertaggia: seul sénateur eurycommuniste à avoir accepté de faire le Grand Tour.
Patronat velsnien:
  • Girolamo Strama: PDG du groupe automobile Strama.
  • Giovanni Falieri: Directeur du Groupe bancaire Falieri.
  • Plusieurs représentants de la Société des honnêtes armateurs velsniens (SAV).
  • Des représentants du Groupe Laurenti Alfonso, principal pourvoyeur de transport naval et ferroviaire du pays.
  • Divers représentants de secteurs d'entreprises ayant des intérêts potentiels au Grand Ling: semi-conducteurs, grande distribution, secteur viticole etc...

Haut de page