Falko Meyer – Si les réserves existes ? La réponse est oui à 100 %, et dans des proportions plus que conséquentes, mais ce qui nous ravit le plus, c’est que ces gisements soient d’une très bonne qualité avec une porosité interne très appréciable permettant une exploitation relativement aisée, pour les conditions locales j’entends. Si vous le voulez bien, nous allons commencer par le commencement.
Falko Meyer se leva de son siège et se dirigea vers l’écran. Pendant qu’il marchait, il appuya sur un bouton d’une télécommande et le projecteur s’alluma, affichant alors la carte dressée par les géologues de 1970.

Falko Meyer – Ce que vous voyez à l’écran est la carte des gisements qui fut dressée par les géologues ayant travaillé sur le projet dans les années 1970. Comme vous pouvez le voir, celle-ci n’est pas entièrement complète, s’arrêtant à votre frontière maritime. Les premiers mois, ceux alloués à l’exploration, nous ont permis de dresser une carte plus précise des gisements intégrant les zones en dehors de vos eaux. Nous avons également pris la liberté de leur donner un nom, mais si ceux-ci ne vous conviennent pas, nous pourrons naturellement les changer.

Ainsi, comme vous pouvez le voir, c’est Kigliq qui domine largement en termes de taille, avec près de 1717 km², il est plus de cinq fois plus grand que les deux autres gisements présents dans vos eaux. Cependant, la taille ne fait pas tout, comme nous allons le voir. À cet effet, nous avons deux nouvelles à vous apporter, l’une bonne, l’autre moins je le crains. Pour commencer, la bonne nouvelle. Généralement, quand on est extérieur au monde pétro-gazier, quand on pense pétrole ou gaz, on pense gisement de pétrole d’un côté et gisement de gaz de l’autre. Ce type de gisement existe, on dit alors que c’est un gisement de gaz sec pour le gaz et un gisement de pétrole sans dôme pour le pétrole. Cependant, il existe dans de nombreux cas des champs dits pétro-gaziers possédant pétrole et gaz en quantité exploitable.
Maintenant que j’ai fini la présentation, figurez-vous que les champs Ujarak et Puriviq entrent dans cette catégorie, en effet, ceux-ci disposent, d’après nos analyses, de pétrole en quantité exploitable.

Comme vous pouvez le voir sur l’écran, voici les champs Ujarak et Puriviq, le contour noir représente la délimitation du champ, quant aux points rouges, ceux-ci représentent la délimitation de vos eaux territoriales. Au sein de chaque gisement, la couleur gris clair représente le gaz, quant aux taches noires, celles-ci représentent les zones où du pétrole a été identifié. Ainsi, Ujarak possède deux colonnes de pétrole, l’une d’environ 14 mètres d’épaisseur et l’autre d’environ 19 mètres. Puriviq, quant à lui, ne dispose que d’une seule colonne de pétrole mais plus grande et faisant dans les 22 mètres d’épaisseur.
Ce que vous voyez affiché à l’écran représente les réserves estimées des deux gisements, ainsi que la part se trouvant dans vos eaux. Ainsi, Puriviq semble être celui qui, entre guillemets, vous appartient le plus, car 85 % de son pétrole et 79 % de son gaz sont localisés chez vous. Ujarak, lui, est disons plus décevant car moins de 50 % de son gaz et de son pétrole sont localisés dans vos eaux.
Cependant, il y a une nuance à apporter. Pour le pétrole, ce que je viens de dire est valable, celui-ci étant assez visqueux, il se déplace lentement donc on peut tout à fait dire que ce qui se trouve sous vos pieds est à vous, car vos voisins auront du mal à pomper cette réserve-là. En revanche, pour le gaz, c’est très différent. Pour faire simple, l’exploitation d’un gisement de gaz revient à faire baisser la pression dans le réservoir. Cela a pour effet que si vous faites baisser la pression localement, cette baisse de pression va se propager dans tout le réservoir (si celui-ci est continu). Ainsi, en extrayant du gaz dans votre partie du gisement, vous allez rapidement en réalité produire du gaz se trouvant chez vos voisins, car celui-ci aura migré. Il existe de nombreux cas de gisements transfrontaliers qui ont été entièrement siphonnés par l’un des deux pays avant même que l’autre ne se rende compte que le gisement s’étale de son côté de la frontière.
C’est pourquoi, à ce niveau-là, je me dois de vous mettre en garde car vous avez globalement deux solutions :
- Solution 1 : Vous ne dites rien à vos voisins et vous extrayez le gaz, vous l’extrayez le plus rapidement possible pour prendre la plus grande part du gâteau. On appelle cela une course à la production, globalement vous voulez produire le plus vite possible pour empêcher l’autre de produire.
- Solution 2 : Vous vous mettez d’accord avec vos voisins pour partager la production, par exemple si 50 % du gisement se trouve chez vous alors 50 % de la production vous revient.
Bien évidemment, c’est la solution 2 que nous vous recommandons car la solution 1 provoquerait nombre de conflits inutiles nuisant aux deux parties. Bien, maintenant, parlons du gros morceau, à savoir Kigliq. Comme pour les deux gisements précédents, je vais vous faire un léger exposé. Pour commencer, les gens extérieurs au monde pétro-gazier voient souvent un gisement comme un immense lac souterrain rempli de pétrole ou comme une immense cavité remplie de gaz, mais cette vision est totalement fausse. En réalité, il faut voir un gisement comme une grosse éponge qui peut contenir un fluide, ce fluide peut être de l’eau, du gaz, du pétrole ou un mélange des trois. Cette éponge a une certaine qualité, permettant donc que plus ou moins de fluide soit contenu dedans et indiquant également la facilité avec laquelle ledit fluide peut circuler. Le problème, c’est que cette qualité peut varier au sein d’un même gisement, la porosité comme la perméabilité peut changer. Généralement, cette variation est faible, mais dans le cas de Kigliq, ce n’est pas du tout le cas. C’est pour cela que nous avons dû forer plus de puits qu’initialement prévu, nous devions être en capacité de localiser les différentes zones pour en estimer les réserves et les possibilités d’exploitation.

Sur cette carte, nous avons modélisé l’évolution de la porosité du gisement. Au sud, en vert clair, celle-ci est parfaite, le gaz circulant assez facilement. Dans la zone du dessus, en vert gris, la porosité baisse légèrement mais reste tout à fait convenable, le gaz circulant toujours plus ou moins librement avec cependant quelques difficultés. Encore plus haut, en vert foncé, la baisse de porosité devient plus conséquente, pour l’exploiter il faudra donc un nombre de puits accru car, comme le gaz circule moins, ce sera à nous d’aller le chercher. Jusque-là, on restait dans des porosités acceptables, mais la dernière zone, elle, passe dans un tout autre niveau. En réalité, celle-ci tient plus du non conventionnel, comme le gaz de réservoir compact, que du gisement de gaz classique. Si un jour celle-ci doit être mise en exploitation, cela se fera au travers de puits horizontaux et de fracturation hydraulique mais surtout d’un coût de développement bien supérieur.
Également, je n’aborde pas ici la problématique des frontières car cela n’est en réalité pas un problème, la frontière ouest donnant sur des eaux n’appartenant à personne et la frontière nord étant dans la zone de faible porosité.
Ici, vous pouvez voir la quantité de gaz en place par zone et la quantité de gaz récupérable sans utiliser de techniques non conventionnelles telles que la fracturation hydraulique.
Falko marqua alors une pause, regardant en même temps que son interlocuteur le tableau affiché à l’écran, puis quelques secondes plus tard, il se saisit d’un verre d’eau, but quelques gorgées, puis reprit.
Falko Meyer – Voilà ce que je pouvais vous dire sur les réserves en place pour vos trois gisements. Si vous avez des questions, n’hésitez pas, dans le cas inverse, je continue dans ce que nous vous préconisons pour le développement des ressources.