28/12/2019
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Apex Uuqtinut - Une histoire de gaz round 2

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L’Uuqtinut, petit pays de l’Aleucie du Nord coincé dans le passage de Barthélémy, pour ne pas dire totalement paumé entre les glaces à cause de son climat. Pourtant, malgré sa petite taille et sa relative inaccessibilité la moitié de l’année, l’Uuqtinut a le potentiel d’un géant, mais celui-ci est bien caché, presque inaccessible. Sur terre, le pays ne dispose que de maigres ressources, il faut dire que celui-ci est très petit, plus petit que le lac d’Osterwald et le lac de retenue d’Auberlof, ce dernier dépassant le pays de 500 km2. Non, son potentiel ne se trouve pas sur terre, mais bien en mer, à des milliers de mètres sous le plancher océanique, à cette profondeur, d’immenses poches de gaz naturel reposent patiemment, n’attendant qu’à être exploitées.

En réalité, tout cela n’est que supposition, car aucun forage n’a été réalisé jusque-là, du moins aucun forage n’a atteint les dites poches de gaz, ceci expliquant que malgré les années, aucune entreprise n’ait investi dans le pays. Mais tout cela changea en 2018 lorsque l’entreprise raskenoise Apex Energy s’intéressa au dossier et décida que celui-ci valait la peine d’être regardé de plus près. Ainsi, le mastodonte de l’énergie contacta le gouvernement de la nation aleucienne avec pour objectif d’obtenir des droits d’exploitation au travers d’une rencontre.

Cette rencontre pleine d’enjeux fut couronnée de succès, ainsi, Apex se mit au travail, cela en envoyant plusieurs navires sur zone, dans un premier temps pour sonder le sous-sol, dans un second pour le forer directement. À cause du climat exigeant du pays, cette tâche normalement compliquée se transforma en véritable enfer, les navires ne pouvant opérer que pendant une période restreinte, soit à cause des icebergs dérivants, soit à cause de la mer complètement gelée. À cause de cela, un travail qui aurait dû prendre de 6 mois à 1 an s’étala sur presque 2 ans, mais aujourd’hui enfin, ce travail est terminé et l’avion qui vient de décoller de l’aéroport d’Eberstadt s’apprête à délivrer les nouvelles.

Assistant – Vous pensez que ça va leur plaire monsieur Meyer ?

Falko Meyer – Que cela leur plaise ou non, c’est ce qu’on a constaté, tu peux faire mentir une personne, mais il est difficile de faire mentir la roche, en partant de ce principe-là, il faut se concentrer sur les bonnes nouvelles.

Assistant – Je comprends mais…

Pilote – Ici votre capitaine, je vous demande de bien serrer votre ceinture, nous amorçons la descente.

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Ukluk Umiaktorvik, Ministre des Relations avec l'Étranger de la République Native d'Uuqtinut, attendait ses visiteurs sur le bord de la piste du petit aéroport de Juunaitit. Il avait hâte de pouvoir leur parler de nouveau, pour en apprendre plus sur ce projet gazier qui signifiait tant pour l'avenir de la petite nation de 80.000 habitants. Il ne restait plus qu'à espérer que les forages avaient donné des résultats concluants.

Dès que la délégation d'Apex sorti de leur grand aéronef, il s'avança pour leur serrer la main.


Bienvenue en Uuqtinut !
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Descendant de l’avion, Falko Meyer put apercevoir Ukluk Umiaktorvik, Ministre des Relations avec l'Étranger, attendant sur le tarmac son invité. Après des salutations rapides, le groupe rejoignit en voiture le lieu où se déroulerait la rencontre.

Falko Meyer – Avant toute chose, je tiens à vous dire que c’est un plaisir de vous revoir, Monsieur le ministre. Pour rentrer dans le vif du sujet et étant donné que cela fait plus d’un an et demi depuis notre dernière rencontre, laissez-moi revenir sur les événements.

Comme vous le savez, il y a maintenant plus d’un an et demi, votre nation et mon entreprise ont signé un partenariat visant l’exploration de vos eaux à la recherche de ressources en hydrocarbures. Comme vous le savez également, les eaux de votre pays sont, disons, impraticables en dehors des périodes estivales à cause de la glace recouvrant l’océan, c’est d’ailleurs pour cela que la campagne d’exploration a duré plus longtemps que sur d’autres projets. Durant cette période, nos équipes ont en premier lieu ratissé des centaines de km² avec nos navires sismiques afin d’affiner les données que vous possédiez déjà. Une fois chose faite, ce fut à nos navires de forage d’entrer en scène. Initialement, nous avions prévu de forer 6 puits, soit 2 par prospect. Cependant, comme je vous l’avais expliqué lors de notre précédente rencontre, l’industrie de l’exploration pétrolière ressemble parfois à une loterie : malgré toute l’expertise du monde, personne ne peut garantir le résultat avant d’avoir foré. Ainsi, c’est le prospect du nord du pays qui nous a posé le plus de soucis et, au lieu des 2 puits initialement prévus, nous avons dû en forer 6. Cela n’a pas été gratuit et nous avons dû dépenser 600 millions de dollars internationaux en plus. Cela représente une certaine somme, mais comme nous vous l’avions annoncé, Apex Energy couvrait l’ensemble des besoins financiers, donc vous n’avez rien à craindre à ce niveau-là.

Donc, pour résumer, nous avons sondé le sol, puis nous l’avons foré et maintenant nous sommes en capacité de vous donner les résultats de nos travaux. Nous ne sommes plus comme il y a un an et demi, c’est-à-dire dans l’incertitude ; aujourd’hui, nous avons quelques réponses à vous apporter.

Premièrement, ce que nous pouvons vous dire, c’est que votre sous-sol marin dispose bel et bien d’hydrocarbures avec une majorité de gaz, mais comme vous avez pu le comprendre, nous avons rencontré des difficultés.

Jusque-là, le visage de Falko était celui d’une personne contente, arborant même un léger sourire, pas un sourire moqueur, mais le sourire de quelqu’un content que le projet sur lequel il travaille avance enfin. Cependant, lorsqu’il aborda les difficultés rencontrées, son visage s’assombrit quelque peu et son sourire s’effaça, laissant même échapper un léger soupir. S’enfonçant dans son fauteuil, il se saisit de son verre d’eau et marqua une pause.
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Ukluk Umiaktorvik, Ministre des Relations avec l'Étranger de la République Native d'Uuqtinut :

Je me doute effectivement que les régions polaires ne sont pas aussi simples à exploiter que votre pays tempéré. Et c'est bien à cause de cela que nous ne vous avons contactés que très récemment, puisque pendant des décennies, nous ignorions totalement la présence de ces grandes richesses sous nos banquise. Les poches de gaz sont-elles conséquentes ?
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Falko Meyer – Si les réserves existes ? La réponse est oui à 100 %, et dans des proportions plus que conséquentes, mais ce qui nous ravit le plus, c’est que ces gisements soient d’une très bonne qualité avec une porosité interne très appréciable permettant une exploitation relativement aisée, pour les conditions locales j’entends. Si vous le voulez bien, nous allons commencer par le commencement.

Falko Meyer se leva de son siège et se dirigea vers l’écran. Pendant qu’il marchait, il appuya sur un bouton d’une télécommande et le projecteur s’alluma, affichant alors la carte dressée par les géologues de 1970.

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Falko Meyer – Ce que vous voyez à l’écran est la carte des gisements qui fut dressée par les géologues ayant travaillé sur le projet dans les années 1970. Comme vous pouvez le voir, celle-ci n’est pas entièrement complète, s’arrêtant à votre frontière maritime. Les premiers mois, ceux alloués à l’exploration, nous ont permis de dresser une carte plus précise des gisements intégrant les zones en dehors de vos eaux. Nous avons également pris la liberté de leur donner un nom, mais si ceux-ci ne vous conviennent pas, nous pourrons naturellement les changer.
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Ainsi, comme vous pouvez le voir, c’est Kigliq qui domine largement en termes de taille, avec près de 1717 km², il est plus de cinq fois plus grand que les deux autres gisements présents dans vos eaux. Cependant, la taille ne fait pas tout, comme nous allons le voir. À cet effet, nous avons deux nouvelles à vous apporter, l’une bonne, l’autre moins je le crains. Pour commencer, la bonne nouvelle. Généralement, quand on est extérieur au monde pétro-gazier, quand on pense pétrole ou gaz, on pense gisement de pétrole d’un côté et gisement de gaz de l’autre. Ce type de gisement existe, on dit alors que c’est un gisement de gaz sec pour le gaz et un gisement de pétrole sans dôme pour le pétrole. Cependant, il existe dans de nombreux cas des champs dits pétro-gaziers possédant pétrole et gaz en quantité exploitable.

Maintenant que j’ai fini la présentation, figurez-vous que les champs Ujarak et Puriviq entrent dans cette catégorie, en effet, ceux-ci disposent, d’après nos analyses, de pétrole en quantité exploitable.
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Comme vous pouvez le voir sur l’écran, voici les champs Ujarak et Puriviq, le contour noir représente la délimitation du champ, quant aux points rouges, ceux-ci représentent la délimitation de vos eaux territoriales. Au sein de chaque gisement, la couleur gris clair représente le gaz, quant aux taches noires, celles-ci représentent les zones où du pétrole a été identifié. Ainsi, Ujarak possède deux colonnes de pétrole, l’une d’environ 14 mètres d’épaisseur et l’autre d’environ 19 mètres. Puriviq, quant à lui, ne dispose que d’une seule colonne de pétrole mais plus grande et faisant dans les 22 mètres d’épaisseur.

Ce que vous voyez affiché à l’écran représente les réserves estimées des deux gisements, ainsi que la part se trouvant dans vos eaux. Ainsi, Puriviq semble être celui qui, entre guillemets, vous appartient le plus, car 85 % de son pétrole et 79 % de son gaz sont localisés chez vous. Ujarak, lui, est disons plus décevant car moins de 50 % de son gaz et de son pétrole sont localisés dans vos eaux.

Cependant, il y a une nuance à apporter. Pour le pétrole, ce que je viens de dire est valable, celui-ci étant assez visqueux, il se déplace lentement donc on peut tout à fait dire que ce qui se trouve sous vos pieds est à vous, car vos voisins auront du mal à pomper cette réserve-là. En revanche, pour le gaz, c’est très différent. Pour faire simple, l’exploitation d’un gisement de gaz revient à faire baisser la pression dans le réservoir. Cela a pour effet que si vous faites baisser la pression localement, cette baisse de pression va se propager dans tout le réservoir (si celui-ci est continu). Ainsi, en extrayant du gaz dans votre partie du gisement, vous allez rapidement en réalité produire du gaz se trouvant chez vos voisins, car celui-ci aura migré. Il existe de nombreux cas de gisements transfrontaliers qui ont été entièrement siphonnés par l’un des deux pays avant même que l’autre ne se rende compte que le gisement s’étale de son côté de la frontière.

C’est pourquoi, à ce niveau-là, je me dois de vous mettre en garde car vous avez globalement deux solutions :

  • Solution 1 : Vous ne dites rien à vos voisins et vous extrayez le gaz, vous l’extrayez le plus rapidement possible pour prendre la plus grande part du gâteau. On appelle cela une course à la production, globalement vous voulez produire le plus vite possible pour empêcher l’autre de produire.
  • Solution 2 : Vous vous mettez d’accord avec vos voisins pour partager la production, par exemple si 50 % du gisement se trouve chez vous alors 50 % de la production vous revient.

Bien évidemment, c’est la solution 2 que nous vous recommandons car la solution 1 provoquerait nombre de conflits inutiles nuisant aux deux parties. Bien, maintenant, parlons du gros morceau, à savoir Kigliq. Comme pour les deux gisements précédents, je vais vous faire un léger exposé. Pour commencer, les gens extérieurs au monde pétro-gazier voient souvent un gisement comme un immense lac souterrain rempli de pétrole ou comme une immense cavité remplie de gaz, mais cette vision est totalement fausse. En réalité, il faut voir un gisement comme une grosse éponge qui peut contenir un fluide, ce fluide peut être de l’eau, du gaz, du pétrole ou un mélange des trois. Cette éponge a une certaine qualité, permettant donc que plus ou moins de fluide soit contenu dedans et indiquant également la facilité avec laquelle ledit fluide peut circuler. Le problème, c’est que cette qualité peut varier au sein d’un même gisement, la porosité comme la perméabilité peut changer. Généralement, cette variation est faible, mais dans le cas de Kigliq, ce n’est pas du tout le cas. C’est pour cela que nous avons dû forer plus de puits qu’initialement prévu, nous devions être en capacité de localiser les différentes zones pour en estimer les réserves et les possibilités d’exploitation.
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Sur cette carte, nous avons modélisé l’évolution de la porosité du gisement. Au sud, en vert clair, celle-ci est parfaite, le gaz circulant assez facilement. Dans la zone du dessus, en vert gris, la porosité baisse légèrement mais reste tout à fait convenable, le gaz circulant toujours plus ou moins librement avec cependant quelques difficultés. Encore plus haut, en vert foncé, la baisse de porosité devient plus conséquente, pour l’exploiter il faudra donc un nombre de puits accru car, comme le gaz circule moins, ce sera à nous d’aller le chercher. Jusque-là, on restait dans des porosités acceptables, mais la dernière zone, elle, passe dans un tout autre niveau. En réalité, celle-ci tient plus du non conventionnel, comme le gaz de réservoir compact, que du gisement de gaz classique. Si un jour celle-ci doit être mise en exploitation, cela se fera au travers de puits horizontaux et de fracturation hydraulique mais surtout d’un coût de développement bien supérieur.

Également, je n’aborde pas ici la problématique des frontières car cela n’est en réalité pas un problème, la frontière ouest donnant sur des eaux n’appartenant à personne et la frontière nord étant dans la zone de faible porosité.

Ici, vous pouvez voir la quantité de gaz en place par zone et la quantité de gaz récupérable sans utiliser de techniques non conventionnelles telles que la fracturation hydraulique.


Falko marqua alors une pause, regardant en même temps que son interlocuteur le tableau affiché à l’écran, puis quelques secondes plus tard, il se saisit d’un verre d’eau, but quelques gorgées, puis reprit.

Falko Meyer – Voilà ce que je pouvais vous dire sur les réserves en place pour vos trois gisements. Si vous avez des questions, n’hésitez pas, dans le cas inverse, je continue dans ce que nous vous préconisons pour le développement des ressources.
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