11/05/2020
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Apex Uuqtinut - Une histoire de gaz round 2

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L’Uuqtinut, petit pays de l’Aleucie du Nord coincé dans le passage de Barthélémy, pour ne pas dire totalement paumé entre les glaces à cause de son climat. Pourtant, malgré sa petite taille et sa relative inaccessibilité la moitié de l’année, l’Uuqtinut a le potentiel d’un géant, mais celui-ci est bien caché, presque inaccessible. Sur terre, le pays ne dispose que de maigres ressources, il faut dire que celui-ci est très petit, plus petit que le lac d’Osterwald et le lac de retenue d’Auberlof, ce dernier dépassant le pays de 500 km2. Non, son potentiel ne se trouve pas sur terre, mais bien en mer, à des milliers de mètres sous le plancher océanique, à cette profondeur, d’immenses poches de gaz naturel reposent patiemment, n’attendant qu’à être exploitées.

En réalité, tout cela n’est que supposition, car aucun forage n’a été réalisé jusque-là, du moins aucun forage n’a atteint les dites poches de gaz, ceci expliquant que malgré les années, aucune entreprise n’ait investi dans le pays. Mais tout cela changea en 2018 lorsque l’entreprise raskenoise Apex Energy s’intéressa au dossier et décida que celui-ci valait la peine d’être regardé de plus près. Ainsi, le mastodonte de l’énergie contacta le gouvernement de la nation aleucienne avec pour objectif d’obtenir des droits d’exploitation au travers d’une rencontre.

Cette rencontre pleine d’enjeux fut couronnée de succès, ainsi, Apex se mit au travail, cela en envoyant plusieurs navires sur zone, dans un premier temps pour sonder le sous-sol, dans un second pour le forer directement. À cause du climat exigeant du pays, cette tâche normalement compliquée se transforma en véritable enfer, les navires ne pouvant opérer que pendant une période restreinte, soit à cause des icebergs dérivants, soit à cause de la mer complètement gelée. À cause de cela, un travail qui aurait dû prendre de 6 mois à 1 an s’étala sur presque 2 ans, mais aujourd’hui enfin, ce travail est terminé et l’avion qui vient de décoller de l’aéroport d’Eberstadt s’apprête à délivrer les nouvelles.

Assistant – Vous pensez que ça va leur plaire monsieur Meyer ?

Falko Meyer – Que cela leur plaise ou non, c’est ce qu’on a constaté, tu peux faire mentir une personne, mais il est difficile de faire mentir la roche, en partant de ce principe-là, il faut se concentrer sur les bonnes nouvelles.

Assistant – Je comprends mais…

Pilote – Ici votre capitaine, je vous demande de bien serrer votre ceinture, nous amorçons la descente.

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Ukluk Umiaktorvik, Ministre des Relations avec l'Étranger de la République Native d'Uuqtinut, attendait ses visiteurs sur le bord de la piste du petit aéroport de Juunaitit. Il avait hâte de pouvoir leur parler de nouveau, pour en apprendre plus sur ce projet gazier qui signifiait tant pour l'avenir de la petite nation de 80.000 habitants. Il ne restait plus qu'à espérer que les forages avaient donné des résultats concluants.

Dès que la délégation d'Apex sorti de leur grand aéronef, il s'avança pour leur serrer la main.


Bienvenue en Uuqtinut !
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Descendant de l’avion, Falko Meyer put apercevoir Ukluk Umiaktorvik, Ministre des Relations avec l'Étranger, attendant sur le tarmac son invité. Après des salutations rapides, le groupe rejoignit en voiture le lieu où se déroulerait la rencontre.

Falko Meyer – Avant toute chose, je tiens à vous dire que c’est un plaisir de vous revoir, Monsieur le ministre. Pour rentrer dans le vif du sujet et étant donné que cela fait plus d’un an et demi depuis notre dernière rencontre, laissez-moi revenir sur les événements.

Comme vous le savez, il y a maintenant plus d’un an et demi, votre nation et mon entreprise ont signé un partenariat visant l’exploration de vos eaux à la recherche de ressources en hydrocarbures. Comme vous le savez également, les eaux de votre pays sont, disons, impraticables en dehors des périodes estivales à cause de la glace recouvrant l’océan, c’est d’ailleurs pour cela que la campagne d’exploration a duré plus longtemps que sur d’autres projets. Durant cette période, nos équipes ont en premier lieu ratissé des centaines de km² avec nos navires sismiques afin d’affiner les données que vous possédiez déjà. Une fois chose faite, ce fut à nos navires de forage d’entrer en scène. Initialement, nous avions prévu de forer 6 puits, soit 2 par prospect. Cependant, comme je vous l’avais expliqué lors de notre précédente rencontre, l’industrie de l’exploration pétrolière ressemble parfois à une loterie : malgré toute l’expertise du monde, personne ne peut garantir le résultat avant d’avoir foré. Ainsi, c’est le prospect du nord du pays qui nous a posé le plus de soucis et, au lieu des 2 puits initialement prévus, nous avons dû en forer 6. Cela n’a pas été gratuit et nous avons dû dépenser 600 millions de dollars internationaux en plus. Cela représente une certaine somme, mais comme nous vous l’avions annoncé, Apex Energy couvrait l’ensemble des besoins financiers, donc vous n’avez rien à craindre à ce niveau-là.

Donc, pour résumer, nous avons sondé le sol, puis nous l’avons foré et maintenant nous sommes en capacité de vous donner les résultats de nos travaux. Nous ne sommes plus comme il y a un an et demi, c’est-à-dire dans l’incertitude ; aujourd’hui, nous avons quelques réponses à vous apporter.

Premièrement, ce que nous pouvons vous dire, c’est que votre sous-sol marin dispose bel et bien d’hydrocarbures avec une majorité de gaz, mais comme vous avez pu le comprendre, nous avons rencontré des difficultés.

Jusque-là, le visage de Falko était celui d’une personne contente, arborant même un léger sourire, pas un sourire moqueur, mais le sourire de quelqu’un content que le projet sur lequel il travaille avance enfin. Cependant, lorsqu’il aborda les difficultés rencontrées, son visage s’assombrit quelque peu et son sourire s’effaça, laissant même échapper un léger soupir. S’enfonçant dans son fauteuil, il se saisit de son verre d’eau et marqua une pause.
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Ukluk Umiaktorvik, Ministre des Relations avec l'Étranger de la République Native d'Uuqtinut :

Je me doute effectivement que les régions polaires ne sont pas aussi simples à exploiter que votre pays tempéré. Et c'est bien à cause de cela que nous ne vous avons contactés que très récemment, puisque pendant des décennies, nous ignorions totalement la présence de ces grandes richesses sous nos banquise. Les poches de gaz sont-elles conséquentes ?
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Falko Meyer – Si les réserves existes ? La réponse est oui à 100 %, et dans des proportions plus que conséquentes, mais ce qui nous ravit le plus, c’est que ces gisements soient d’une très bonne qualité avec une porosité interne très appréciable permettant une exploitation relativement aisée, pour les conditions locales j’entends. Si vous le voulez bien, nous allons commencer par le commencement.

Falko Meyer se leva de son siège et se dirigea vers l’écran. Pendant qu’il marchait, il appuya sur un bouton d’une télécommande et le projecteur s’alluma, affichant alors la carte dressée par les géologues de 1970.

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Falko Meyer – Ce que vous voyez à l’écran est la carte des gisements qui fut dressée par les géologues ayant travaillé sur le projet dans les années 1970. Comme vous pouvez le voir, celle-ci n’est pas entièrement complète, s’arrêtant à votre frontière maritime. Les premiers mois, ceux alloués à l’exploration, nous ont permis de dresser une carte plus précise des gisements intégrant les zones en dehors de vos eaux. Nous avons également pris la liberté de leur donner un nom, mais si ceux-ci ne vous conviennent pas, nous pourrons naturellement les changer.
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Ainsi, comme vous pouvez le voir, c’est Kigliq qui domine largement en termes de taille, avec près de 1717 km², il est plus de cinq fois plus grand que les deux autres gisements présents dans vos eaux. Cependant, la taille ne fait pas tout, comme nous allons le voir. À cet effet, nous avons deux nouvelles à vous apporter, l’une bonne, l’autre moins je le crains. Pour commencer, la bonne nouvelle. Généralement, quand on est extérieur au monde pétro-gazier, quand on pense pétrole ou gaz, on pense gisement de pétrole d’un côté et gisement de gaz de l’autre. Ce type de gisement existe, on dit alors que c’est un gisement de gaz sec pour le gaz et un gisement de pétrole sans dôme pour le pétrole. Cependant, il existe dans de nombreux cas des champs dits pétro-gaziers possédant pétrole et gaz en quantité exploitable.

Maintenant que j’ai fini la présentation, figurez-vous que les champs Ujarak et Puriviq entrent dans cette catégorie, en effet, ceux-ci disposent, d’après nos analyses, de pétrole en quantité exploitable.
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Comme vous pouvez le voir sur l’écran, voici les champs Ujarak et Puriviq, le contour noir représente la délimitation du champ, quant aux points rouges, ceux-ci représentent la délimitation de vos eaux territoriales. Au sein de chaque gisement, la couleur gris clair représente le gaz, quant aux taches noires, celles-ci représentent les zones où du pétrole a été identifié. Ainsi, Ujarak possède deux colonnes de pétrole, l’une d’environ 14 mètres d’épaisseur et l’autre d’environ 19 mètres. Puriviq, quant à lui, ne dispose que d’une seule colonne de pétrole mais plus grande et faisant dans les 22 mètres d’épaisseur.

Ce que vous voyez affiché à l’écran représente les réserves estimées des deux gisements, ainsi que la part se trouvant dans vos eaux. Ainsi, Puriviq semble être celui qui, entre guillemets, vous appartient le plus, car 85 % de son pétrole et 79 % de son gaz sont localisés chez vous. Ujarak, lui, est disons plus décevant car moins de 50 % de son gaz et de son pétrole sont localisés dans vos eaux.

Cependant, il y a une nuance à apporter. Pour le pétrole, ce que je viens de dire est valable, celui-ci étant assez visqueux, il se déplace lentement donc on peut tout à fait dire que ce qui se trouve sous vos pieds est à vous, car vos voisins auront du mal à pomper cette réserve-là. En revanche, pour le gaz, c’est très différent. Pour faire simple, l’exploitation d’un gisement de gaz revient à faire baisser la pression dans le réservoir. Cela a pour effet que si vous faites baisser la pression localement, cette baisse de pression va se propager dans tout le réservoir (si celui-ci est continu). Ainsi, en extrayant du gaz dans votre partie du gisement, vous allez rapidement en réalité produire du gaz se trouvant chez vos voisins, car celui-ci aura migré. Il existe de nombreux cas de gisements transfrontaliers qui ont été entièrement siphonnés par l’un des deux pays avant même que l’autre ne se rende compte que le gisement s’étale de son côté de la frontière.

C’est pourquoi, à ce niveau-là, je me dois de vous mettre en garde car vous avez globalement deux solutions :

  • Solution 1 : Vous ne dites rien à vos voisins et vous extrayez le gaz, vous l’extrayez le plus rapidement possible pour prendre la plus grande part du gâteau. On appelle cela une course à la production, globalement vous voulez produire le plus vite possible pour empêcher l’autre de produire.
  • Solution 2 : Vous vous mettez d’accord avec vos voisins pour partager la production, par exemple si 50 % du gisement se trouve chez vous alors 50 % de la production vous revient.

Bien évidemment, c’est la solution 2 que nous vous recommandons car la solution 1 provoquerait nombre de conflits inutiles nuisant aux deux parties. Bien, maintenant, parlons du gros morceau, à savoir Kigliq. Comme pour les deux gisements précédents, je vais vous faire un léger exposé. Pour commencer, les gens extérieurs au monde pétro-gazier voient souvent un gisement comme un immense lac souterrain rempli de pétrole ou comme une immense cavité remplie de gaz, mais cette vision est totalement fausse. En réalité, il faut voir un gisement comme une grosse éponge qui peut contenir un fluide, ce fluide peut être de l’eau, du gaz, du pétrole ou un mélange des trois. Cette éponge a une certaine qualité, permettant donc que plus ou moins de fluide soit contenu dedans et indiquant également la facilité avec laquelle ledit fluide peut circuler. Le problème, c’est que cette qualité peut varier au sein d’un même gisement, la porosité comme la perméabilité peut changer. Généralement, cette variation est faible, mais dans le cas de Kigliq, ce n’est pas du tout le cas. C’est pour cela que nous avons dû forer plus de puits qu’initialement prévu, nous devions être en capacité de localiser les différentes zones pour en estimer les réserves et les possibilités d’exploitation.
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Sur cette carte, nous avons modélisé l’évolution de la porosité du gisement. Au sud, en vert clair, celle-ci est parfaite, le gaz circulant assez facilement. Dans la zone du dessus, en vert gris, la porosité baisse légèrement mais reste tout à fait convenable, le gaz circulant toujours plus ou moins librement avec cependant quelques difficultés. Encore plus haut, en vert foncé, la baisse de porosité devient plus conséquente, pour l’exploiter il faudra donc un nombre de puits accru car, comme le gaz circule moins, ce sera à nous d’aller le chercher. Jusque-là, on restait dans des porosités acceptables, mais la dernière zone, elle, passe dans un tout autre niveau. En réalité, celle-ci tient plus du non conventionnel, comme le gaz de réservoir compact, que du gisement de gaz classique. Si un jour celle-ci doit être mise en exploitation, cela se fera au travers de puits horizontaux et de fracturation hydraulique mais surtout d’un coût de développement bien supérieur.

Également, je n’aborde pas ici la problématique des frontières car cela n’est en réalité pas un problème, la frontière ouest donnant sur des eaux n’appartenant à personne et la frontière nord étant dans la zone de faible porosité.

Ici, vous pouvez voir la quantité de gaz en place par zone et la quantité de gaz récupérable sans utiliser de techniques non conventionnelles telles que la fracturation hydraulique.


Falko marqua alors une pause, regardant en même temps que son interlocuteur le tableau affiché à l’écran, puis quelques secondes plus tard, il se saisit d’un verre d’eau, but quelques gorgées, puis reprit.

Falko Meyer – Voilà ce que je pouvais vous dire sur les réserves en place pour vos trois gisements. Si vous avez des questions, n’hésitez pas, dans le cas inverse, je continue dans ce que nous vous préconisons pour le développement des ressources.
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Ukluk Umiaktorvik, Ministre des Relations avec l'Étranger de la République Native d'Uuqtinut :

Je peux en tous cas vous dire que mes services contacteront les autorités tuktuqivikaines pour que nous nous partagions le gisement de Kigliq, il n'est pas question d'asséner des coups dans le dos de notre allié de longue date. La majeure partie du gisement reste de toute façon en notre possession.
Du reste, je n'ai pas d'autre question pour le moment, vos explications sont claires et me conviennent, il faut dire que mon pays est chanceux de disposer de telles ressources au large de ses côtes !
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Falko Meyer – Bien entendu, Kigliq est un gisement au combien important de par sa taille et nous sommes ravis que vous preniez l’initiative de prendre contact avec les autorités tuktuqivikaines pour s’accorder sur une exploitation conjointe en bonne intelligence. Cependant, comme je l’ai dit précédemment, ce n’est pas Kigliq le plus important dans les relations avec vos voisins car sa partie nord, que vous partagez avec les autorités tuktuqivikaines, est très peu exploitable dans des conditions normales. Cela n’est en revanche pas le cas d’Ujaraq et Puviriq. Ainsi, à mon sens, c’est principalement sur ces 2 gisements que l’effort diplomatique devra être fait, que ce soit avec le Tuktuqivik qui est l’un de vos alliés mais également avec le Norland qu’il ne faut pas oublier car possédant la pointe sud d’Ujaraq.

Cela étant dit, je vais maintenant vous exposer ce que je considère comme le plan le plus adéquat à suivre pour le développement de vos ressources. Je tiens également à préciser que ce plan part du postulat que tout problème territorial ou litige avec vos voisins a été résolu. Bien, pour commencer, il faut aborder un point important, ce point, c’est l’exploitation d’Ujaraq et Puviriq, ceux-ci étant des gisements contenant à la fois du pétrole et du gaz, leur exploitation est plus complexe que s’il ne s’agissait que de pétrole ou de gaz séparément. Pour expliquer simplement, un gisement en lui-même contient une certaine quantité d’énergie, cette énergie provient notamment de sa pression interne. Ainsi, lorsqu’on produit, la pression baisse, ce qui entraîne plusieurs mécanismes dont l’expansion du gaz libre ou dissous, ainsi que, lorsqu’il existe, l’afflux de l’aquifère sous-jacent. Ces mécanismes fournissent l’énergie permettant de déplacer les hydrocarbures vers les puits producteurs. En cela, maintenir une pression élevée dans le réservoir est ce qui nous permet de maintenir cette énergie à des seuils élevés le plus longtemps possible et donc d’augmenter la quantité totale de pétrole qui pourra être récupérée.

Dans le cas d’Ujaraq et Puviriq, on pourrait se dire qu’il est possible de produire simultanément le gaz et le pétrole simplement en ouvrant les vannes et en faisant remonter les 2 fluides. Si c’est physiquement possible et même souvent le cas dans les exploitations, il s’agit en réalité d’une grosse erreur dans leur cas du fait de la faible épaisseur de la colonne de pétrole. Comme je l’ai dit précédemment, maintenir la pression dans le réservoir est ce qui permet de produire plus efficacement le pétrole, en produisant simultanément pétrole et gaz, nous allons rapidement faire baisser la pression dans le réservoir. Au début de l’exploitation, aucun effet ne sera visible, en revanche à moyen terme le débit baissera et cela bien plus vite que si la pression avait été maintenue, de même que le taux de récupération. Pour faire simple, extraire le gaz simultanément au pétrole compromet la récupération de celui-ci. Bien entendu, on pourrait se dire qu’il suffirait de faire remonter la pression a posteriori pour rendre ce pétrole de nouveau accessible mais cela n’est vrai qu’en partie, une part du pétrole restera inaccessible quoi qu’on fasse.

Ceci étant dit, vous avez toutes les cartes en main pour comprendre le pourquoi du comment des scénarios que je m’apprête à vous présenter. En premier, je vous exposerai les scénarios de développement de Kigliq car c’est celui qui a le plus d’impact mais surtout que quel que soit le scénario retenu, il n’aura presque aucun impact sur le développement des 2 autres gisements.
Donc Kigliq, comme vous l’avez vu, il s’agit d’un mastodonte de 3 509 milliards de m3 récupérables dont 3 397 conventionnels et donc exploitables relativement facilement. Initialement, nous avions prévu 3 scénarios que nous avions respectivement nommés :

  • Scénario Patrimoniale
  • Scénario équilibré
  • Scénario Opportuniste.

Cependant, j’ai fait le choix de ne pas vous présenter en détails le scénario patrimonial pour plusieurs raisons. Sans rentrer dans les détails, ce scénario part du principe que le gaz est à voir comme une ressource devant profiter au plus grand nombre de générations possible. En partant de ce postulat, la production est donc limitée, ce faisant, nos modèles arrivaient à une fin de production dans la première moitié du XXIIIᵉ siècle. Le fait que le gisement ait une grande durée de vie ne nous dérange en rien, il s’agit même plutôt d’une bonne chose. Cependant, le fait de conserver une production limitée pour faire durer le gisement implique que la demande pour cette ressource sera toujours là en 2150, ce qui est, convenons-le, difficile à affirmer. C’est pour cette raison que nous n’allons pas détailler ce plan, car même si dans l’absolu, un maximum de générations pourra profiter de cette ressource, celle-ci aura peut-être perdu de sa valeur bien avant que l’exploitation ne s’arrête. Nous ne le recommandons pas, mais nous l’avons intégralement modélisé et nous pouvons vous le présenter, si vous le souhaitez.

Bien, maintenant, parlons du scénario dit opportuniste, celui-ci prend à contre-pied le scénario patrimonial, il part du principe que, du fait de la transition énergétique, le gaz naturel perdra rapidement, à l’échelle du siècle, sa valeur. En partant de ce postulat-là, et pour maximiser la valeur du gisement, il convient de produire très rapidement la ressource, ainsi, la production serait portée jusqu’à 400 millions de m3 par jour, soit 146 milliards par an aux alentours de 2040, ce qui en ferait l’un des principaux producteurs mondiaux. Cependant, un tel niveau représenterait un rythme de production très accéléré, ainsi, d’après nos modèles, la production serait divisée par 2 aux alentour de 2050 et ne représenterait plus que 20 % de son pic en 2070. Pour le dire autrement, 72 % du gisement serait déjà épuisé en 2050 et 87 % en 2060. En moyenne, la production déclinerait à un rythme compris entre 5 et 10 % par an, marquant un déclin très rapide dû à l’exploitation accélérée du gisement. Le dernier puits, quant à lui, serait fermé vers 2090 avec une production en rien comparable avec son pic.

Enfin, il y a le scénario équilibré, celui-ci est, comme son nom l’indique, un compromis entre le scénario opportuniste et le scénario patrimonial, il cherche à maximiser la valeur du gisement ainsi que sa durée de vie pour que plusieurs générations puissent en profiter. De ce fait, la production est beaucoup plus limitée, mais également plus espacée dans le temps, là où le scénario opportuniste voyait les trois zones entrer en production en 6 ans, le scénario équilibré, lui, cherche à lisser la production. Ainsi, la zone la plus facilement productible serait mise en production en 2022, les deux autres zones, elles, seraient mises en production respectivement en 2040 et 2063, l’objectif étant de maintenir la production au-dessus des 60 milliards de m3 par an jusqu’en 2080. En comparaison, le scénario opportuniste, lui, ne serait plus qu’à 6 milliards de m3 à la même période.

Notez également que jusqu’ici, je n’ai pas parlé de la zone tout au nord, celle-ci s’apparentant à du gaz non conventionnel, nous avons fait le choix économique et environnemental de ne pas la mentionner. Si, tout de même, vous souhaitez développer cette ressource, sachez que celle-ci pourrait apporter environ une vingtaine de millions de m3 de gaz par jour de production. Dans le cas où vous voudriez développer cette ressource, sachez également que, même si Apex n’exploite actuellement pas de ressources non conventionnelles, nous avons développé des technologies plus propres que la fracturation hydraulique, je pense notamment à la FACS (Fracturation Assistée par Carbone Supercritique). Sans rentrer dans les détails, l’eau est ici remplacée par du CO2 supercritique mélangé à des tensioactifs agissant de manière analogue à l’eau sans une bonne partie de ses inconvénients.

Enfin, le scénario que je vous préconise est le scénario équilibré, la raison étant qu’il est, à mon sens, le plus pertinent car vous laissant le temps de voir venir la fin, contrairement au scénario opportuniste dont la chute serait difficilement compensable par d’autres activités. C’est également celui qui apporterait, à mon sens, la plus grande valeur à vos ressources.

Après avoir terminé la présentation des scénarios concernant Kigliq, Falko marqua une pause et prit un verre d’eau pour se désaltérer avant de poursuivre.

Falko Meyer – Bien, pour la suite, cela part du principe que toute question territoriale est réglée avec vos voisins et que les gisements sont exploités en tant qu’entités uniques et non comme des entités séparées par les frontières maritimes de vos États respectifs. Comme je l’ai dit précédemment, Ujaraq et Puviriq ont une structure géologique telle qu’il serait contreproductif de lancer l’exploitation du gaz tout de suite, car cela compromettrait la récupération du pétrole. Tout d’abord, vous devez savoir que le pétrole de ces 2 gisements est de très bonne qualité, il s’agit d’un pétrole léger peu soufré, ainsi, il est relativement facile à extraire, c’est pour cela que nous estimons qu’ils auront un très bon taux de récupération, à vrai dire parmi les meilleurs au monde. Nos modèles prédisent par exemple un taux de récupération supérieur à 70 % grâce aux plan de développement que je détaillerais plus bas. A titre de comparaison, nous estimons que le taux de récupération des supergéants du plateau de Crystal que nous exploitons à Rasken ne dépassera pas les 50 %.



À partir des informations que nous avons récoltées, nos équipes ont pu mettre en œuvre un scénario que nous jugeons le plus logique pour le développement de ces deux gisements. Initialement, je vous ai annoncé respectivement 301 et 835 millions de barils récupérables, cela est le cas pour la récupération primaire, cependant, comme notre objectif est de libérer le potentiel gazier, nous allons rapidement mettre en œuvre des techniques de récupération assistée. Ces techniques auront non seulement pour objectif d’augmenter le débit de pétrole, mais également d’augmenter le taux de récupération.

En premier lieu, nous allons injecter une partie du gaz de Kigliq dans les gisements, cette opération aura pour but de maintenir la pression dans le réservoir pour faciliter l’écoulement du pétrole. Dans un second temps, quand la production de Kigliq aura sensiblement augmenté, nous augmenterons le débit de gaz injecté, l’objectif sera de faire monter la pression dans le réservoir pour forcer le pétrole vers les puits de production. Ensuite, aux alentours de 2035, nous procéderons à des injections d’eau dans la partie inférieure du gisement, cela fera en quelque sorte grandir l’aquifère sous-jacent et poussera mécaniquement le pétrole vers le haut. Enfin, pour terminer, nous injecterons du CO2 supercritique pour fluidifier le pétrole afin de faire sortir les derniers barils économiquement récupérables. Nous estimons une fin de production en 2052 pour Ujaraq et 2062 pour Puviriq, du moins pour le pétrole, mais pour le gaz, cela est différent. Ainsi, nous envisageons de ne démarrer réellement la production de gaz de ces deux gisements qu’à l’horizon 2035, c’est-à-dire au moment où les injections d’eau commenceront. À partir de cette date, le gaz remontant avec le pétrole cessera d’être réinjecté pour être commercialisé, de même, le gaz provenant de Kigliq cessera progressivement d’être injecté.

Toutefois, je me dois de préciser un point, le calendrier que je viens de vous exposer n’est pas un programme définitif, il s’agit du scénario que nous jugeons techniquement optimal à partir des données dont nous disposons aujourd’hui. Cependant, avant même de forer le premier puits ou de signer le premier contrat, il est impératif que les questions territoriales et de répartition des gains soient réglées. Jusqu’ici, Apex Energy, que je représente, a uniquement traité avec votre nation, je pense maintenant qu’il serait intéressant d’organiser une troisième rencontre entre vos trois États respectifs et mon entreprise afin de régler ces questions. L’objectif de cette réunion ne serait plus de parler de géologie, celle-ci est désormais connue, mais de définir un cadre commun de développement : gouvernance des gisements, calendrier des investissements, répartition des coûts, mécanismes de partage des recettes et modalités d’exploitation. À notre sens, un tel accord profiterait à l’ensemble des parties. Les États maximiseraient la valeur de leurs ressources, tandis que nous disposerions d’un cadre stable nous permettant d’engager des investissements qui se chiffreront en dizaines de milliards de dollars internationaux, si ce n’est plus, durant les prochaines décennies.
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