28/12/2019
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Visioconférence - Aleucie de l'Est et Liberalintern (Brocelynwood/Empire du Nord/Duve/Valtern/Liberalintern)

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Sécurité de l'Aleucie de l'Est et Liberalintern
Suite à l'adhésion de la République de Valtern à l'Internationale Libertaire


Date : 20 août 2019

Mode : Visioconférence

 (image d'illustration)


Participants :

  • Royaume de Brocelynwood : Julian WESTBRIDGE (Secrétaire Royal aux Affaires Aleuciennes) et Stephen PHILIPPS (Secrétaire Royal à la Politique Etrangère et aux Armées)
  • Empire du Nord
  • République de Duve : Monsieur DOÜT (Député d'Honneur)
  • République de Valtern : Elodie TREMBLEY (Présidente de la République), Mathieu DESJARDINS (Médiateur du Peuple)
  • Liberalintern / Internationale Libertaire, représentée par Edmeon LARTILLOT-CALANDRE (Grand Kah)



Ordre du jour (courrier d'invitation) :

  • "La sécurité de nos pays (Duve, Empire du Nord, Brocelynwood) vis-à-vis du Liberalintern dans sa globalité
  • La sécurité de la façade maritime est-aleucienne, en tant que point d’entrée sur le continent et espace d’échanges commerciaux intensifs, vis-à-vis du Liberalintern
  • Les influences et ingérences potentielles du Liberalintern en Aleucie"
Royaume de Brocelynwood


Stephen PHILIPPS, Secrétaire Royal à la Politique Etrangère et aux Armées

Stephen Philipps (Ignazio Cassis)

Bonjour à tous, je vais procéder à l’introduction de cette visioconférence en tant qu’hôte officiel de la réunion au nom du Royaume de Brocelynwood, car les parties impliquées aujourd’hui dépassent l’Aleucie. Puis Monsieur Julian Westbridge rentrera dans le vif du sujet des négociations, en sa qualité de Secrétaire Royal aux Affaires Aleuciennes fraîchement nommé.

Je rappelle en premier lieu le contexte. La République de Valtern a exprimé au premier semestre de cette année son souhait, nouveau, de rejoindre l’organisation internationale dénommée “Liberalintern” ou “Internationale Libertaire”. Avec nos homologues de l’Empire du Nord et de la République de Duve, nous avons publié une déclaration commune dans laquelle nous exprimions à la fois nos inquiétudes et étions en demande de garanties. Pour rappel, cette organisation internationale s’oppose à la fois à des systèmes politiques et économiques comme les nôtres, et promeut la Révolution, ce qui implique la force des armes. L’événement que constituait cette adhésion n’était donc pas anodin, puisque le Liberalintern n’avait jusqu’à ce jour aucune présence en Aleucie.

Rapidement, en parallèle et sans tenir compte dans un premier temps de notre démarche, la République de Valtern a formalisé son adhésion à cette organisation internationale et comme cela été rapidement rendu publique, ce qui a provoqué de nouvelles réactions, en partie par des canaux plus informels. La République de Valtern a cette fois-ci reconnu la légitimité de notre démarche et de nos inquiétudes exprimées dans le premier courrier.

Toutes les parties ici présentes ont exprimé ou confirmé leur volonté d’entamer un dialogue, d’où la proposition de cette visioconférence dont nous, Royaume de Brocelynwood, avons formalisé l’invitation en mettant à l’ordre du jour les trois points suivants, intrinsèquement liés entre eux, et qui s’affichent devant vous. Ils ont en commun de questionner la menace potentielle, physique comme d’influence, représentée par le Liberalintern sur l’Aleucie en intégrant cette nouvelle donnée qu’est l’appartenance du Valtern à l’organisation.
Monsieur Westbridge, je vous laisse poursuivre.





Julian WESTBRIDGE, Secrétaire Royal aux Affaires Aleuciennes

Julian Westbridge (Sebastian Kurz)

Bonjour à tous, je m'inscris dans la continuité des déclarations de Monsieur Philipps.

La question des garanties de sécurité nous est posée à la fois en tant que désormais voisins du Liberalintern, ce qui est une nouveauté, via l’appartenance de Valtern à l’organisation, mais aussi et plus globalement dans un enjeu de sécurité du littoral est-aleucien. C’est un enjeu majeur pour le Royaume de Brocelynwood, et je me permets de le dire aussi au nom de l’Empire du Nord et de la République de Duve. Nos trois nations avons un certain nombre de points communs nous permettant de penser la sécurité de cet espace maritime. Mais force est de constater que nous avons des approches fondamentalement plus divergentes avec la République de Valtern, et nous nous inquiétons que cela fasse échec à cette sécurisation, pourtant fondamentale pour protéger notre continent des menaces extérieures mais aussi assurer le commerce.
Nous y reviendrons de façon beaucoup plus précise.

Il y a donc un certain nombre de questions concrètes à évoquer aujourd’hui. Si vous me permettez, épargnons-nous de trop long discours sur les intentions et les promesses qui, sincères ou non, n’engagent que peu. Attardons-nous sur les faits objectifs et les rapports de force réels.

Il semble par exemple être de notoriété publique que la République de Valtern a des intentions pacifistes, ce qui nous est régulièrement affirmé et répété. Soit. Nous sommes prêts à y croire. Pour notre part, nous n’imaginons pas d’ici quelques semaines la République de Valtern inventer un casus belli quelconque pour envoyer seule des missiles sur notre Royaume. Nous pouvons nous accorder là-dessus. Au-delà des intentions, il y a surtout le fait que la République de Valtern n’est pas spécifiquement en position de force pour avoir une attitude belliqueuse.
Mais si l’on considère la situation de façon plus globale et à plus long-terme : la République de Valtern n’a pas noué un simple pacte de défense mutuelle avec telle ou telle autre puissance : elle a rejoint une organisation qui a un projet idéologique très net d’expansion de l’idéal libertaire. Nous avons déjà cité vos statuts dans nos différentes communications, je ne vais pas vous en faire une nouvelle lecture.
Ce n’est donc pas de l’armée du Valtern dont nous nous méfions particulièrement et directement aujourd’hui. Mais nous nous interrogeons sur la manière dont le Valtern va constituer un point d’appui stratégique du Liberalintern pour ce projet d’expansion, par des moyens militaires comme d’influence.

Au nom du Royaume de Brocelynwood, je vous confirme qu’il est impensable pour nous de nous trouver face à la moindre présence militaire; dans cette région de l’Aleucie (territoire du Valtern, eaux internationales à proximité de la côte), de la part de nations du Liberalintern non-aleuciennes. Nous serions évidemment aussi particulièrement attentifs à tout appui ou pilotage militaire, par des moyens plus détournés et indirects, de la République de Valtern depuis l’extérieur. Ce sont des points sur lesquels nous souhaitons entendre le positionnement de la République de Valtern comme du Liberalintern.
Mais nos homologues de la République de Duve et de l’Empire du Nord veulent peut-être compléter mes propos.
Dehors, le grand soleil illuminait déjà tout Valtern d’une clarté presque insolente pour un début de matinée, mais Elodie n'avait guère le temps de s'y attarder : la visioconférence avec trois des pays aleuciens ne tardera pas à débuter. Elle portait une robe blanche cintrée, d’une coupe sobre et précise qui épousait sa silhouette avec une élégance naturelle et une liberté totale de mouvement. Le tissu fluide et noble tombait avec grâce jusqu’à mi-mollet, sans aucune touche de couleur, sans ceinture ni accessoire superflu, simplement la pureté du blanc républicain. Ses cheveux blonds tombaient librement sur ses épaules, ondulant légèrement sous la brise légère qui entrait par les fenêtres entrouvertes, et ses gestes restaient mesurés, précis, comme toujours lorsqu’elle se préparait à porter la voix de tout un peuple. À ses côtés, silencieux et présent, se trouvait Mathieu Desjardins, le Médiateur du Peuple. Grand et serein, il portait son costume noir strict rehaussé de cette cravate bleu. Il ne disait rien pour l’instant, respectant ce moment de concentration où Élodie rassemblait ses pensées avant la visioconférence. Dans son esprit, les pensées se succédaient avec une clarté limpide. Elle pensait à cette visioconférence imminente avec les représentants aleuciens, ces voisins qui exprimaient leur vigilance après l’adhésion de Valtern à l’Internationale Libertaire.

Quelques instants s'écoulèrent sans que les représentants de la République de Duve et de l'Empire du Nord ne se prononcent, n'ayant rien à rajouter aux propos déjà complets de Stephen PHILIPPS et Julian WESTBRIDGE.

« Je tiens d’abord à vous remercier sincèrement pour cet échange et pour la vigilance que vous exprimez à l’égard de notre adhésion. C’est avec respect que nous accueillons vos préoccupations, car elles témoignent d’une responsabilité partagée envers la stabilité de notre façade Est aleucienne. Je m’appelle Élodie Trembley, Présidente de la République Démocratique Socialiste de Valtern. À mes côtés se trouve Mathieu Desjardins, le Médiateur du Peuple.

Valtern n’a jamais considéré son adhésion à l’Internationale Libertaire comme un caprice du moment ou un souhait nouveau surgi brusquement dans le débat public. Cette décision constitue au contraire le fruit d’une réflexion mûrement conduite, étalée sur plusieurs années, durant lesquelles tous les scénarios possibles ont été envisagés avec rigueur et honnêteté. Positifs comme négatifs. Nous avons pesé les avantages d’une appartenance à un réseau international partageant des valeurs de solidarité, d’émancipation populaire et de critique de l’ordre capitaliste dominant. Nous avons aussi mesuré avec lucidité les risques : les réactions prévisibles de voisins attachés à d’autres modèles politiques, les suspicions qui pourraient naître, les tensions diplomatiques potentielles sur la façade aleucienne. Rien n’a été ignoré. Nous savions pertinemment que certains pays aleuciens, attachés à des structures plus traditionnelles, monarchiques ou libérales, émettraient des réserves sur leur propre sécurité. Cette probabilité a été étudiée en profondeur. Nous l’avons intégrée dans notre calcul souverain. Et pourtant, nous avons décidé de poursuivre. Non par provocation, mais parce que nous n’avons aucune intention mauvaise, aucune volonté de déstabilisation, aucune stratégie cachée d’ingérence. Si nous avons intégré ces craintes dans notre réflexion sans renoncer à notre choix, c’est précisément parce que notre adhésion s’inscrit dans une continuité logique de ce que nous sommes et de ce que nous ne voulons pas être. Valtern n’entre pas dans le Liberalintern les yeux fermés. Les voisins qui s’inquiètent aujourd’hui ont donc face à eux non pas un État imprudent, mais une république qui a pris le temps de la réflexion et qui assume pleinement les conséquences de ses choix souverains.

Par ailleurs, nous refusons catégoriquement d’être réduits à un simple relais d’influence étrangère. L’idée selon laquelle Valtern deviendrait automatiquement un point d’appui stratégique passif du Liberalintern nous paraît à la fois réductrice et inexacte. Valtern n’est pas, et ne sera jamais, le prolongement mécanique d’une organisation internationale sur le continent aleucien. Nous restons un État souverain qui prend ses propres décisions. Notre adhésion ne signifie pas que nous abdiquons notre autonomie stratégique. Au contraire, elle l’enrichit d’un espace de dialogue supplémentaire, tout en préservant notre capacité à dire non quand cela nous semble nécessaire. C’est précisément cette souveraineté que nous tenons à affirmer face aux interrogations sur la manière dont Valtern pourrait constituer un point d’appui stratégique. Nous comprenons que cette question soit posée. Elle reflète une inquiétude géopolitique légitime. Mais nous répondons avec clarté : Valtern décide seule de ses orientations. Notre armée reste une force défensive, orientée vers la protection du territoire, l’accueil humanitaire et le soutien logistique en cas d’agression contre des partenaires. Elle n’est pas conçue pour servir de base arrière à quiconque. Nos infrastructures, nos ports, nos aéroports restent sous contrôle national strict. Réduire Valtern à un simple « point d’appui » revient à nier notre histoire, notre modèle et notre philosophie politique. Nous ne sommes pas un pion sur l’échiquier d’autrui. Nous sommes un acteur conscient, enraciné, qui choisit ses partenariats en pleine liberté. De la même manière, nous tenons à répondre à l’idée selon laquelle il faudrait rester particulièrement attentifs à tout appui ou pilotage militaire depuis l’extérieur. Valtern est un État souverain, libre de ses alliances, de ses partenariats et de ses coopérations internationales. La coopération avec une Internationale Libertaire, ou avec tout autre partenaire, ne doit pas être assimilée systématiquement à une ingérence étrangère ou à un pilotage occulte. Cette assimilation automatique révèle parfois davantage les craintes de ceux qui l’expriment que la réalité valternienne. Si certains voisins imaginent que nous pourrions devenir trop perméables à des influences lointaines, cela en dit peut-être plus sur la faiblesse qu’ils s’attribuent eux-mêmes dans une position similaire que sur notre propre solidité institutionnelle. Valtern a construit des garde-fous puissants : révocabilité des élus, référendums d’initiative citoyenne, Médiateur du Peuple, conseils de travailleurs dans les secteurs stratégiques, consultations populaires. Notre modèle empêche précisément qu’une influence extérieure puisse prendre le pas sur la volonté populaire. Nous n’accepterons pas d’avoir à justifier chacune de nos décisions militaires ou diplomatiques auprès de puissances étrangères. Cela doit être dit avec fermeté, même si elle reste mesurée. Une confiance régionale durable ne peut pas fonctionner si un seul État est placé sous suspicion constante, comme si sa souveraineté était par nature suspecte. Valtern est prête au dialogue exigeant et transparent. Nous sommes ouverts à des échanges bilatéraux approfondis, à des visites croisées, à des mécanismes de vérification mutuelle si cela peut apaiser les esprits. Mais nous refusons la mise sous tutelle de fait que représenterait une exigence permanente de justification. Ne voyez pas en mes mots une quelconque offense.

De notre côté, nous sommes prêts à croire à la volonté réelle de coopération régionale que vous affirmez dans vos déclarations. Nous retournons volontiers cette formule : là où vous exprimez une vigilance, nous choisissons de voir une porte ouverte au dialogue. Nous prenons acte de votre disponibilité à établir des liens diplomatiques directs et nous y répondons positivement. La confiance ne naît pas de la méfiance réciproque figée, mais d’actes concrets répétés. Valtern est prête à ces actes. Nous invitons ceux qui doutent à venir constater par eux-mêmes la réalité valternienne : un pays où l’État est contrôlé par le peuple, où la nature est protégée sans figer le progrès humain, où les corps sont émancipés sans rompre les équilibres collectifs. Cette position n’est pas improvisée. Elle s’inscrit dans la continuité profonde de ce que Valtern a toujours été. Depuis le Pacte de Dawnshore en 1821, nous avons appris à ne jamais choisir entre des réalités apparemment contradictoires. Entre socialisme démocratique et liberté individuelle assumée, nous avons construit un équilibre vivant. Il en va de même pour notre présence internationale. Nous superposons notre ancrage aleucien et notre appartenance au Liberalintern. Nous ne renonçons ni à l’un ni à l’autre. Face aux inquiétudes exprimées, nous proposons donc non pas une défiance symétrique, mais une ouverture exigeante. Nous sommes prêts à croire à votre volonté de coopération régionale, comme nous vous invitons à croire à notre sincérité. Nous refusons d’être réduits à un relais. Nous affirmons notre souveraineté pleine et entière. Nous n’accepterons pas une suspicion constante qui empoisonnerait les relations futures. Le dialogue doit être réciproque, respectueux des identités de chacun. Valtern apporte à la façade Est aleucienne non pas une menace, mais une expérience : celle d’un socialisme. Cette explication, loin d’être exhaustive, vise à poser les bases d’une compréhension mutuelle plus profonde. Nous pourrions encore développer pendant des heures sur la manière dont notre histoire nous prépare à ces défis diplomatiques, sur la façon dont le valternien, langue-pont née organiquement du brassage des peuples, incarne notre méthode politique même dans les relations internationales, sur la manière dont la jeunesse symbolise cette capacité à porter l’ancien et le nouveau sans rupture. Mais l’essentiel est dit : Valtern a choisi en conscience, en pleine souveraineté, et reste ouverte au dialogue tout en posant clairement ses lignes rouges.

Camarades, représentants du Royaume de Brocelynwood, de la République de Duve, de l’Empire du Nord, je termine ici cette première intervention en ayant voulu poser clairement, sans détour et avec toute la profondeur que notre république exige de nous, qui nous sommes vraiment, comment nous décidons, et jusqu’où nous sommes prêts à aller dans le dialogue sincère et la transparence radicale. C’est pourquoi, après avoir exposé notre position avec toute la clarté, la fermeté et la franchise nécessaires, je laisse maintenant la parole au représentant de l’Internationale Libertaire, afin qu’il puisse à son tour s’exprimer librement, pleinement et sans filtre sur ces questions qui nous occupent tous aujourd’hui. »
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L'écran se scinda pour laisser apparaître le visage d'Edmeon Lartillot-Calandre. Le représentant du Grand Kah, traditionnellement dépêché à Velsna mais mandaté en cet instant pour porter la voix du LiberalIntern, avait l'allure soignée d'un diplomate de métier. Son port de tête assuré et l'élégance de son expression trahissaient ses années d'expérience et, peut-être, de recherches universitaires. Son doctorat en affaires étrangères et son long parcours dans les arcanes de la diplomatie eurysienne lui donnaient un profil somme toute très conformes à ce dont on était en droit de s'attendre de la part du Grand Kah. Les agitateurs et les experts de la barricade étaient exclus du Commissariat aux Affaires Extérieures depuis qu'Actée était aux affaires.

Le représentant prit quelques secondes pour observer chacun de ses interlocuteurs, puis prit la parole d'un ton délibérément posé. Son timbre était plein d'une courtoisie toute artificielle.

« Excellences, Messieurs les Secrétaires Royaux du Royaume de Brocelynwood, représentants de l'Empire du Nord et de la République de Duve. Madame la Présidente Trembley, Monsieur le Médiateur. Nous vous remercions d'avoir initié cette discussion. La diplomatie, en tant qu'institution garante de la survie des États modernes, ne saurait exister sans la confrontation franche des perspectives. C'est ce pourquoi nous saluons l'initiative du Royaume de Brocelynwood, à savoir l'ouverture de ce canal de discussion. Je me présente à vous, Edmeon Lartillot-Calandre. Je parlerai au nom du Directoire Collectif de l'Internationale Libertaire.

Je tiens, en tout premier lieu, à souscrire intégralement et sans la moindre réserve aux propos liminaires de la Présidente Élodie Trembley. L'Internationale Libertaire n'est pas un bloc impérial fonctionnant par la satellisation de ses membres, ni une structure supranationale cherchant à s'arroger la politique étrangère de ses composantes. Valtern est une nation souveraine, partenaire à part entière de notre alliance, et qui n'a de comptes à rendre qu'à ses propres citoyennes et citoyens. J'irai même jusqu'à dire que, comme dans toute région du monde où l'expérience libertaire a pu prospérer, séparer l’État du Valtern de ses citoyennes et citoyens reviendrait à séparer la chair de la peau. Nous refusons par conséquent toute logique d'ingérence, qu'elle vienne du LiberalIntern – ce qui est contraire à nos statuts je vous le rappelle – ou qu'elle vienne de nations voisines s'arrogeant un droit de regard sur les traités librement consentis par une démocratie véritable.

Bien.

Messieurs Philipps et Westbridge, vous avez exprimé, avec une clarté dont je vous sais gré, vos inquiétudes quant à la sécurité de l'Aleucie Orientale et aux risques d'ingérences potentielles de notre organisation en son sein. Vous avez pris soin d'évoquer la Déclaration d'Intention du LiberalIntern, et je suppose que c'est la phrase "la Révolution ne connaît pas de frontières" qui cristallise vos appréhensions. Dès-lors, ma réponse pourrait se militer à un commentaire du préambule que vous évoquez de façon parcellaire. Par exemple, le paragraphe précédent indique clairement la proclamation selon laquelle les peuples ont le droit inaliénable, et je cite, d'organiser leurs sociétés sans ingérence. Je ne pense pas que cet exercice soit néanmoins très intéressant. Ce préambule – et les articles qui le suivent – expriment clairement l'idée d'un universalisme humaniste et non-coercitif. Et nous savons que votre lecture inquiète de ces valeurs à moins à voir avec le contenu réel du texte qu'avec des suspicions que vos propres conditions matérielles, de classe et idéologique vous poussent à adopter. Citer la charte et faire un simple commentaire matérialiste de son contenu ne saurait donc calmer vos inquiétudes puisque celles-là sont, essentiellement, issues du monde beaucoup plus abstrait des idées.

Tout de même, je vous invite à lire cette maxime en oubliant un instant la lecture militariste qui caractérisait la diplomatie impériale d'il y a deux siècles pour adopter celle qui sied aux hommes d'État que vous êtes : la Révolution que nous portons n'est pas un produit d'exportation militaire. L'aspiration à la dignité, à l'autogestion, à la justice sociale et à la préservation du vivant sont des idées, et les idées, Messieurs, peuvent il est vrai inspirer au-delà de nos tracés géographiques. Cela étant, si une idée inspire, elle n'en devient pas pour autant le fait d'une subversion armée, ou d’État. Plus généralement il vous faut comprendre que n'exportons pas le progrès social à la pointe des baïonnettes. Personne n'aime les missionnaires armés, nous d'autant moins que nous condamnons les impérialismes.

Accordons-nous sur ceci : il est primordial que nous dissipions ici toute confusion quant à notre doctrine militaire. L'Internationale Libertaire se conçoit avant tout comme un outil de consolidation et de sécurisation stricte des pays libertaires. Cette organisation n'est pas un outil impérialiste, ou un pacte d'agression. Nos accords sont défensifs. Il n'existe au sein du LiberalIntern aucun mécanisme d'agression conjointe.

Vous vous inquiétez ensuite, légitimement au vu de vos intérêts nationaux, de la sécurité de la façade maritime d'Aleucie Orientale, et de la fluidité des échanges commerciaux. Vous disiez vouloir revenir mais permettez moi déjà de ramener le débat à la réalité des faits historiques et économiques les plus strictement observables. Le LiberalIntern n'est en rien l'ennemi de la stabilité commerciale. Faut-il rappeler que, pendant de longues années, les principales routes commerciales entre l'Aleucie et l'Eurysie furent garanties, pacifiées et permises par le LiberalIntern lui-même, via l'axe commercial historique reliant Kotios et le Pharois au Lofoten et à Saint-Marquise ?

Si la situation régionale a évolué et s'est dégradée cette doctrine de sécurisation des flux s'est prolongée et est d'ailleurs actuellement en train de se reconsolider activement via nos partenariats avec le Norland. Je dois aussi évoquer, dans le même ordre d'idée, l'initiative dite du Collier de Perles mondial, portée par les Communes Unies du Grand Kah, autre de nos pays membres. Celui-là propose, il est vrai, des investissements qui s'accompagnent de normes sociales et écologiques que beaucoup d'acteurs économiques issus de systèmes plus dérégulés trouvent incompatibles avec le plus pur intérêt de l'accumulation capitalistique. Nous l'assumons. Force est de constater que beaucoup d'États, de travailleurs et de travailleuses à travers le monde trouvent à ces investissements un intérêt majeur dans le cadre de leur développement humain, structurel et pacifique. L'Histoire de l'économie démontre que l’amélioration des conditions de production de valeur marchande est corrélée à l'amélioration du pouvoir d'achat et du niveau de vie des travailleurs et travailleuses, et à la planification d’État, servant de base économique à tout ce que nous avons qualifié, dans notre histoire moderne, "miracles économiques". Cela étant je ne viens pas vous faire un cours d'économie. Simplement rappeler qu'à l'heure actuelle, les pays du LiberalIntern investissement massivement dans la création de normes infrastructurelles - et des infrastructures associées. Ports, rails, routes, réseaux de fibre optique, centrales énergétiques renouvelables. L'Eurysie, l'Afarée, le Nazum et le Paltoterra sont ainsi relié par ce formidable réseau commercial. On pourrait rarement trouver plus stable.
»

Lartillot-Calandre marqua une courte pause. Il ajusta légèrement sa posture, et sa voix se chargea d'une pointe de sévérité.

« J’en viens à présent à la formulation de votre déclaration conjointe et aux "garanties de sécurité spécifiques" que vous exigez de la République de Valtern.

Loin de moi l'idée de manquer de respect à vos institutions, mais cette exigence trahit une conception des relations internationales que le LiberalIntern ne saurait avaliser. Vos gouvernements voient, dans l'adhésion du Valtern à nos instances, la promesse d'une déstabilisation. Vous lisez nos statuts comme le préambule d'une agression symétrique ou occulte. Vous demandez à Valtern de justifier de sa souveraineté, comme si l'adoption d'un modèle démocratique et socialiste constituait, en soi, une déclaration d'hostilité à l'égard de vos monarchies ou de vos républiques. Or, Valtern n'a aucune garantie sécuritaire ou de bonne conduite à vous fournir, outre celles qui figurent déjà dans sa propre Constitution. Constitution qui, vous le savez aussi bien que moi, encadre strictement ses forces armées dans une doctrine purement défensive et interdit les ingérences unilatérales.

Exiger d'un État souverain qu'il se justifie de ses alliances diplomatiques revient à nier cette souveraineté. En revanche, si vous cherchez de réelles garanties concernant la stabilité de la région, c'est l'Internationale Libertaire qui vous les offre. Je vous renvoie à l'Article 4 de notre déclaration d'intention, c'est à dire au respect et la défense commune.

Le parapluie de l'Internationale est désormais déployé sur Valtern. Toute agression contre la République de Valtern, qu'elle prenne la forme d'une action militaire, d'une pression économique asymétrique telle qu'un blocus ou des sanctions ciblées, ou d'une campagne de déstabilisation orchestrée par le renseignement, sera considérée comme une agression contre l'ensemble du LiberalIntern. N'y voyez aucune malice, mais l'Internationale Libertaire existe très spécifiquement pour répondre aux agressions répétées dont on été victimes les expériences libertaires au cours de l'Histoire. Combien de communes écrasées par leurs voisins ? Combien de pays pacifiques, adoptant le socialisme démocratique pour se faire aussitôt briser par des blocus, des sanctions, des opérations coup de poing ?

Le fait est que Valtern est désormais sanctuarisée. C'est une excellente nouvelle pour vous : puisque personne n'osera lever la main sur nos camarades, émettre des pressions diplomatiques, économiques ou occulte, il n'y aura aucune raison pour que nos camarades nous demandent de l'aide. Le statu quo devrait donc être préservé.
»

Il esquissa un très léger sourire, une concession infime à la chaleur humaine.

« La diplomatie, Messieurs, n'est pas la fatalité du ressentiment. Nous ne sommes pas ici pour instaurer une guerre froide stérile en Aleucie de l'Est. Nos systèmes politiques, nos lectures de l'Histoire et nos modèles sociaux divergent fondamentalement, c'est vrai. Le Royaume de Brocelynwood assume une identité religieuse et monarchique prépondérantes, une économie libérale et des structures sociales que nous jugeons, disons-le avec tact - antithétiques à nos principes d'égalité et aux intérêts du genre humain.

Vous nous jugez sans doute avec la même sévérité.

Ces divergences idéologiques n'impliquent pas la nécessité de l'affrontement. Le LiberalIntern a d'immenses défis à relever. L'Aleucie aussi. De la reconstruction post-Estham aux difficultés rencontrées par certains pays tel que le Westalia. Ni vous, ni nous ne voulons je pense ouvrir un front d'hostilités franchement inutiles sur la côte orientale du continent. Ainsi, une coexistence pacifique et respectueuse est souhaitable. Le commerce peut et doit se poursuivre. Les échanges universitaires ou civils n'ont aucune raison d'être entravés. Cela se verra entre vous, le Valtern, et nos membres si vous le souhaitez.

Alors. Vous demandiez de la clarté et des éclaircissements, et il me semble y avoir répondu. Quant à l'intégration de Valtern au LiberalIntern, c'est une réalité que la communauté internationale doit désormais intégrer à ses équilibres. La question qui se pose à vous aujourd'hui n'est donc plus d'obtenir d'improbables garanties, mais bien de choisir la nature de vos relations de voisinage.
»
Julian WESTBRIDGE, Secrétaire Royal aux Affaires Aleuciennes


Madame Trembley, Monsieur Lartillot-Calandre, nous vous remercions pour vos prises de parole franches. Vous avez pu exprimer et développer les intentions qui sous-tendent vos démarches, tant bien au niveau de la République de Valtern que de l’Internationale Libertaire. Nous constatons que vous manifestez, face à nous, une lecture extrêmement pacifiste de vos choix et stratégies. Nous en prenons note, tout en continuant à considérer que les textes officiels du Liberalintern comme son historique peuvent laisser place à des interprétations un tant soit peu divergentes.
A notre niveau, nous rappelons par la même occasion que le Royaume de Brocelynwood assure sa défense et prévient la montée de menaces, mais n’a jamais mené de guerre d’expansion territoriale ou de changement de régime.

Mais finalement, peu importe : considérons que nous n’avons pas d’a priori et que nous avons tout à fait la volonté de vous prendre au mot. Car, dans tous les cas, nous le savons bien : entre des nations dont les logiques diffèrent à ce point, la situation peut rapidement évoluer et, à la fin, ce sont les rapports de force, les réalités matérielles et les positions stratégiques de chacun qui compteront. Envisager la discussions et même, assumons-le, la négociation en ce sens permettra de ne pas donner une importance démesurée aux déclarations d’intention de chacun. Cela vaut pour le débat sur les paragraphes qui constituent les textes du Liberalintern, qu’il n’est effectivement pas pertinent de poursuivre outre mesure, j’en conviens Monsieur Lartillot-Calandre. De même, nous n’avons aucunement un intérêt particulier à présumer que la République de Valtern souhaite être réduite à un rôle de “relais” d’autres puissances. A ce propos, l’évocation de la République de Valtern comme pouvant représenter un intérêt dans la stratégie globale du Liberalintern ne signifie pas que cela réduise votre nation à cela, ou qu’aucun idéal ne sous-tende votre démarche, quoique nous pensions évidemment dudit idéal. Mais passons.

Au-delà des intentions donc, mon rôle ici est de parvenir à construire un environnement objectivement favorable et sécurisant pour le Royaume de Brocelynwood. C’est dans ce même intérêt, en symétrie, que vous rappelez que l’Internationale Libertaire dans son ensemble est prête à s’en prendre à quelconque nation mettrait en place des mesures coercitives contre la République de Valtern. Parmi ces mesures, vous ne citez pas uniquement les agressions militaires mais aussi les “sanctions ciblées”.
Finalement, lorsque nous rentrons dans les détails concrets, nous voyons bien que le risque qu’un désaccord diplomatique relativement profond avec la République de Valtern puisse mener à un conflit beaucoup plus grave et large, n’est pas une réalité si éloignée de nous. C’est la raison pour laquelle, je le dis en toute transparence, nous continuerons à renforcer notre coordination et soutenir nos développements respectifs avec l’Empire du Nord et la République de Duve afin de tenir le rapport de force, dans la même visée préventive que celle que vous décrivez.

Vous affirmez qu’”une coexistence pacifique et respectueuse est souhaitable”. En effet. Passons donc à la construction concrète. Essayons de poser les bases d’un pacte.

Premièrement, nous pourrions acter le principe d’une non-agression mutuelle qui nous engagerait tous ici, autour de la table, nations comme organisations. Cela aurait l’ambition de graver dans le marbre les intentions des uns et des autres martelées depuis le début de nos échanges. Ce pacte ne vaudrait plus dès lors qu’il serait rompu de fait par une partie, ou en annonçant en sortir avec un an de préavis.

Deuxièmement, il est nécessaire d'acter que le commerce maritime le long de la façade orientale aleucienne doit être garanti et en aucun cas entravé. Il faut que la République de Duve, le Royaume de Brocelynwood et l’Empire du Nord puissent en assurer la sécurité. Actuellement, un accord Duve / Brocelynwood mène à la circulation de deux patrouilleurs dans la zone, mais il sera amené à évoluer et notamment en incluant l’Empire du Nord.

Troisièmement, nous devons acter le principe d’une absence de présence militaire (au sens large) de nations du Liberalintern - hors Valtern - sur les terres est-aleuciennes. Cela comprend le territoire de la République de Valtern et les eaux à proximité des côtes orientales du continent. Ce principe ne serait évidemment pas valable en cas de nécessité à porter secours à la République de Valtern, dans une situation d’agression, vous permettant d’assurer le respect de vos propres engagements mutuels. En dehors de ce type de situation exceptionnelle, notre proposition va dans le sens des propos de Madame Trembley qui a rappelé que les “infrastructures, ports, aéroports (...) restent sous contrôle national strict”.

Bien sûr, je dégage ici une série de grands principes mais chacun des points sera à affiner afin d’éviter des divergences majeures d’interprétations.
Au fil de la discussion, Monsieur Doüt, dont c'était la première rencontre internationale, n'avait pas parlé, le Royaume de Brocelynwood ayant bien résumé les préoccupations de la République de Duve. Monsieur Richard Roé, Ministre des Armées et de la Défense Nationale et Madame Carline Garrity, Ministre des Affaires Étrangères, l'accompagnaient dans cette rencontre. Pendant les prises de paroles succesives de la République de Valtern et du représentant du Liberalintern, ils avaient tous deux chuchotés des paroles à Monsieur le Député d'Honneur, le conseillant. Mais on pouvait cependant voir que Monsieur Roé était plus agité et plus "prodigueur" de conseils, puisque Monsieur le Député d'Honneur lui disait régulièrement : "Je sais, ne vous inquiétez pas". Après les propos du Royaume de Brocelynwood, Monsieur Doüt, Député d'Honneur, pris la parole :

" Je me permets ici de prendre la parole pour compléter celles de Monsieur Westbridge.

Je tiens tout d'abord à réaffirmer que la République de Duve n'a jamais remis en cause la souveraineté de la République Démocratique Socialiste de Valtern. Son peuple, et heureusement, est libre de son choix et nous respectons le choix de la République de Valtern, si vous me permettez ici d'abréger son nom. Je vous remercie aussi des propos clairs et précis que vous nous avez partagés pour répondre à nos inquiétudes, justifiez ou non d'après vous, et que cette clairvoyance nous a permis de mieux comprendre la raison de l'intégration de la République de Valtern.

Cependant, je ne peux vous cacher que, malgré vos rassurantes et pacifiques paroles, le peuple de ma République pourrait avoir peur et, et c'est ici que mes propos rejoignent ceux du Royaume de Brocelynwood, qu'il est nécessaire de signer un pacte concret pour assurer à tous et à toutes de nos volontés non-agressives entre nous et de la garantie de la sécurité pour le commerce en Est Aleucie. Je tiens à rappeler aussi que la sécurité du commerce est une question importante pour ma République, puisque nous faisons partie des pays responsables de la sécurité de la Passe Lofoténoise, ou Passage de Barthélémy, avec l'Oskallie et le Norland, du moins nous l'estimons. En cela, j'insiste, et je le redis, pour que nous signons un pacte concret garantissant la sécurité du commerce, dans l'avantage de tous.

Pour finir, je tiens à réaffirmer que les propositions du Royaume de Brocelynwood sont approuvées et soutenues par la République de Duve et que la coexistence pacifique que vous avez invoquée est largement souhaitée par la République de Duve.
François-Adolphe Rouzet, Grand Chancelier Impérial et Premier Ministre de Sa Majesté par intérim - << Je vous remercie, Monsieur Westbridge. Je crois également pour ma part que le Royaume de Brocelynwood et la République de Duve ont eu le mérite de formuler avec clarté des préoccupations qui, qu'on les juge fondées ou excessives selon notre nation, existent bel et bien dans nos opinions publiques respectives. Et notre diplomatie ne consiste pas à nier les inquiétudes, elle consiste à leur donner une issue raisonnable. En ce sens, il me semble au vu des prises de paroles éclairantes, que nous poursuivons tous cet objectif.

Permettez-moi donc de commencer par un constat simple. Je souhaite rappeler que l'Empire du Nord ne considère pas la République de Valtern comme un ennemi. Tout comme il ne considère pas par principe le LiberalIntern comme une menace, encore moins une menace militaire systémique. Il serait toutefois surprenant de ne pas prendre quelques précautions, au regard des intérêts contradictoires qui ont parfois animé nos relations.

Je le dis conséquemment sans détours, parce qu'il me semble que beaucoup de malentendus naissent lorsque les États parlent longuement autour d'une idée sans jamais la nommer. Nous ne sommes pas réunis aujourd'hui, certes par écrans interposés, parce que des navires de guerre croisent à l'horizon ou parce que des armées se mobilisent le long d'une frontière. Il n'est rien de tout cela et cela est bienheureux. Nous sommes réunis parce qu'un changement diplomatique important est intervenu dans notre région et que plusieurs gouvernements ont estimé nécessaire d'en comprendre les implications. Le LiberalIntern était déjà présent, il est vrai, par d'une part Reaving que l'on ne doit pas oublier, mais qui est une commune bien paisible sur notre continent. D'autre part par le commerce, les alliances, les partenariats, ou d'anciens partenaires tels que l'Astérie. Le changement est peut-être quelque part symbolique par l'intégration d'un État complet en Aleucie au LiberalIntern, et, car l'Internationale Libertaire n'est pas une organisation comme les autres, de par son caractère révolutionnaire. Et je rejoins le propos de monsieur LARTILLOT-CALANDRE, la révolution n'est pas systématiquement une affaire d'armes.

Je crois avoir entendu, dans les propos de Madame la Présidente Trembley, quelque chose qui mérite d'être relevé. Vous avez rappelé que votre adhésion résultait d'une décision souveraine, réfléchie et assumée. Sur ce point, je n'ai aucune raison de vous contredire. L'Empire reconnaît pleinement à la République de Valtern le droit de choisir ses partenaires, ses alliances et ses orientations diplomatiques. Au même titre que l'Empire l'a également fait par sa participation à de nombreuses organisations internationales. De la même manière, je crois que nos partenaires doivent être entendus lorsqu'ils soulignent qu'une adhésion à une organisation internationale produit mécaniquement des effets géopolitiques qui dépassent parfois les intentions initiales de ses membres. Il n'y a là aucune accusation, simplement un changement de variable dans nos équations stratégiques. Sa portée n'est pas absolue, mais existe sous une forme ou une autre, et c'est là l'objet de cette discussion.

J'ai également écouté avec attention Monsieur Lartillot-Calandre. Je dois reconnaître qu'il est toujours agréable de rencontrer des diplomates capables de défendre une position avec davantage de références historiques que de décibels. Cela est appréciable de se remémorer le chemin parcouru. Par là, vous avez rappelé que le LiberalIntern ne recherche pas la confrontation en Aleucie. J'entends cette affirmation et je n'ai aucune difficulté à l'accueillir favorablement. À vrai dire, si je pensais que le Grand Kah ou les autres membres de votre organisation nourrissaient le projet immédiat d'ouvrir un nouveau théâtre de rivalité sur notre continent, je doute que nous serions aujourd'hui assis autour de cette table à discuter de mécanismes de confiance dans une atmosphère d'écoute si productive.

L'Histoire nous enseigne d'ailleurs une leçon assez constante : les puissances qui souhaitent réellement s'affronter évitent généralement de consacrer autant de temps à la conversation. Cela étant dit, l'Histoire enseigne également autre chose. Les crises naissent rarement des intentions déclarées. Elles naissent davantage des perceptions, des incompréhensions, des mécanismes automatiques d'alliance et des interprétations divergentes d'un même événement. Je crois que nous devons tous garder cela à l'esprit. La déclaration commune qui s'est faite n'est pas tant une panique morale et sécuritaire, mais à mon sens une volonté d'accorder la perception commune et le récit commun de cette intégration.

L'Empire n'est pas particulièrement préoccupé par les capacités militaires propres du Valtern. Ce n'est un secret pour personne. Et à ce titre la décennie qui s'est écoulée nous a permis une reconstruction de notre architecture de défense militaire et diplomatique qui sur le point des confrontations armées nous donne lieu d'être plutôt sereins. Ce qui nous intéresse davantage est la préservation d'un environnement stable autour du détroit de Port-Hafen et plus largement de la façade orientale aleucienne. Cette stabilité constitue un intérêt partagé. Elle l'est pour Brocelynwood. Elle l'est pour Duve. Elle l'est pour l'Empire. Et c'est d'ailleurs pour ces raisons que nous avons construites ensemble des mécanismes de sécurisation des côtes orientales de l'Aleucie, dans le but de garantir la quiétude commerciale, de renforcer les liens sécuritaires de nos pays et de lutter contre la piraterie résurgente, héritière de l'effondrement pharois ou des nouveaux vecteurs - du moins, des vecteurs ayant pris de l'importance par la disparition d'un pôle pharois peu ou prou coordonné - du Nazum du sud, notamment au Wanmiri, et dans l'Océan d'Espérance, autour de la côte occidentale de l'Aleucie et du Paltoterra par des groupes de mercenaires aux armements croissants.

J'ose croire qu'elle l'est également pour Valtern et pour les membres du LiberalIntern dont les ambitions commerciales traversent déjà plusieurs océans. Or lorsqu'un intérêt est partagé, la sagesse consiste généralement à partir de ce terrain-là avant de disserter sur tout ce qui nous sépare. Et je vois en cette convergence d'intérêt la plus sûre << garantie >> que ne voit pas le jour ni tentions, ni oppositions fâcheuses. C'est pourquoi je crois que les propositions avancées par le Royaume de Brocelynwood méritent d'être étudiées avec sérieux, mais également avec souplesse, car je perçois aussi dans la prise de parole de monsieur LARTILLOT-CALANDRE des pistes pertinentes.

L'idée générale d'une non-agression réciproque me paraît compréhensible mais pas forcément nécessaire. [Il regarda le représentant kahtanais avec, presque imperceptiblement, notamment pour les autres, une légère insistance supplémentaire, pour lui signifier qu'il avait bien pris en compte les échanges entre Lac Rouge et Haguevieil] L'Empire se montre très prudent vis-à-vis de ce qui serait susceptible d'être une prophétie autoréalisatrice. Si i n'y a aucunes volontés d'agression et que des preuves informelles par la coopération ou d'autres choses tangibles sont trouvées vis-à-vis de cela, il n'y aurait aucune raison de se parer d'une tension qui n'existe pas ou plus. Ce qui compte est de créer un état de fait, politique, économique ou sécuritaire, permettant à chacun de dire à ses citoyens que la voie empruntée est celle du dialogue et que la réalité des faits et des échanges effectués est celle d'une situation incontestablement de paix, et que cela a été renforcé par ce même dialogue. Un pacte de non-agression, soumis aux mêmes perceptions humaines et rhétoriques que toute chose, n'aurait dans sa formulation que le mot agression qui soit retenu par nos citoyens. Un pacte de non-agression sous entendrait qu'une agression était possible, et nos discussions nous ont prouvées je l'espère que non.

Concernant la liberté de navigation et la sécurité maritime, je crois que nous touchons probablement au domaine où les convergences sont les plus nombreuses. Les navires marchands ignorent les querelles idéologiques avec une remarquable obstination. Ils préfèrent les routes sûres aux débats idéologiques et aux déclarations d'intention. L'Empire serait donc favorable à l'exploration de mécanismes communs renforçant la libre circulation commerciale dans la région ainsi que sa sécurité. L'effondrement de certains pays et l'importance croissante d'autres nous amènent régulièrement a devoir repenser cela. Et sur le sujet de la sécurité et la liberté de navigation, il me semble que les nations de la région aurait tout à gagner à ce que le Valtern puisse être associé dans une certaine mesure aux mécanismes existants entre le Brocelynwood, Duve et ma nation. De même que pour assurer aux craintes les plus vives qu'une hostilité et que de quelconques confrontations ne verront pas le jour entre les nations régionales et la sphère libertaire, des coopérations ciblées et précises peuvent être envisagées avec le Kah ou l'Internationale sur des sujets convergents comme la sécurité commerciale.

Quant à la question plus sensible des présences militaires extérieures, j'ai espoir que nous parvenions à éviter les formulations qui risqueraient de transformer une mesure de confiance en sujet de crispation pour des causes tout à fait futiles d'incompréhension. Dans cette discussion, il n'y a pas de conflit et pas de perdants. Il ne doit y avoir que des vainqueurs de cet échange. L'objectif est de faire en sorte que personne n'ait un jour besoin de tester les limites des engagements de ses alliés. Si nous parvenons à bâtir ce climat suffisamment prévisible, cette question deviendra bien moins importante qu'elle ne paraît aujourd'hui.

Au fond, je crois que nous sommes tous confrontés à un choix assez simple. Nous pouvons considérer l'arrivée du Valtern au sein du LiberalIntern comme le premier chapitre d'une rivalité régionale dont chacun écrira ensuite les épisodes avec une application méthodique. Ceci serait insensé, infondé, contre-productif, un non lieu absolu et une prophétie autoréalisatrice. Ou bien nous pouvons considérer cet événement comme une réalité nouvelle appelant de nouveaux mécanismes de dialogue et d'intérêt imbriqués. L'Empire préfère la seconde option parce qu'après les épreuves que notre continent a traversées ces dernières années, et après celles que mon propre pays continue de traverser encore aujourd'hui, je suis arrivé à la conclusion que certaines rivalités sont suffisamment coûteuses pour mériter d'être évitées avant même leur naissance.

C'est donc dans cet esprit que l'Empire abordera la suite de cette discussion : avec vigilance, naturellement, comme en tout lieu et tout moment ; avec lucidité, certainement ; mais aussi avec la conviction qu'il existe en Aleucie et dans le monde assez d'intérêts communs pour que des nations profondément différentes puissent coexister sans se chercher des ennemis là où il serait plus utile de trouver des interlocuteurs, voir des partenaires. >>
La première prise de parole du représentant de l’Empire du Nord avait des allures de sagesse et de raison, et sur la forme ne s’en prenait frontalement à personne. Sur le fond, c’était en réalité un énorme coup dur pour le Royaume de Brocelynwood. Le Royaume n’était pas dupe sur le fait que l’Empire du Nord n’était pas sur la même ligne idéologique et stratégique que la sienne ; les échanges de missives préalables à la déclaration commune et à l’organisation de cette visioconférence l’avaient démontré. Mais ils avaient suffisamment d’intérêts similaires pour être parvenus à une position officielle commune, malgré les plus ou moins subtiles différences d’approche.

Du point de vue de Westbridge et Philipps, les propos tenus par François-Adolphe Rouzet devant la République de Valtern et le Grand Kah changeaient tout et faisaient totalement basculer le rapport de force. Malgré quelques bons points donnés au Royaume par principe et un début de prise de parole diplomate mais correct, les arguments visaient ensuite à rejeter les uns après les autres les propositions affirmées précédemment par Julian Westbridge et appuyées par la République de Duve. Le rejet de la demande de pacte de non-agression était une véritable surprise et vécu comme un quasi coup de poignard dans le dos. La diplomatie brocélienne comptait sincèrement sur l’Empire du Nord pour appuyer cette revendication, qui aurait permis de démontrer la volonté de pacification tout en parvenant à obtenir des garanties pour la protection de son territoire. Dans toute sa prise de position, l’Empire du Nord a souhaité démontrer la volonté de mettre un signe égalité et créer une capacité à coopérer entre tous les acteurs aujourd’hui autour de la table.

Le Royaume arrivait avec une intention différente, car il avait bien la volonté d’acter l’incompatibilité et la rivalité idéologique entre l’Empire du Nord, la République de Duve, le Royaume de Brocelynwood d’un côté et la République de Valtern, le Grand Kah, le Liberalintern de l’autre, en créant les conditions à la fois d’une paix et d’une mise à distance. Brocelynwood espérait avoir “poussé” l’Empire du Nord vers cette configuration, mais tout ceci venait donc de voler en éclat. Le Royaume ne pourra pas non plus capitaliser sur le refus de la revendication la plus minimale qu’est le pacte de non-agression après cette décrédibilisation préalable de la proposition par Monsieur Rouzet.

Sur la présence militaire du Grand Kah en Aleucie, il aurait été espéré qu’a minima l’Empire du Nord étudie le sujet plus en profondeur et propose une limitation, même si moins radicale que celle exposée par Westbridge. Or le Grand Chancelier Impérial a finalement exposé assez peu d’arguments factuels, se contentant d’affirmer qu’un climat de confiance suffira à ne plus faire de ce point un véritable enjeu. L’ensemble du positionnement nordiste traduisait une volonté de double jeu et ne pas froisser les pays du Liberalintern. Les représentants du Royaume de Brocelynwood étaient bien quant à eux “froissés” mais pas en position de force pour en faire subir des conséquences à l’Empire du Nord à ce stade, et François-Adolphe Rouzet comptaient probablement là-dessus.

Les cartes étaient maintenant plus clairement posées sur la table. A terme, cela devra contraindre le Royaume du Brocelynwood à repenser ses objectifs idéologiques et stratégiques en diplomatie internationale. En effet, en l’état actuel, il ne sera jamais suivi par l’Empire du Nord dans sa volonté de se protéger avec vigueur et anticipation de projets de type socialistes, indigénistes, révolutionnaires en Aleucie, à moins d’une menace bien plus immédiate et palpable.

Cela étant dit, l’acceptation du communiqué commun débouchant sur une prise de position assez opposée à l’étape des négociations mettait certes le Royaume dans l’embarras. Mais il démontrait que l’Empire du Nord avait aussi souhaité donner des gages à Brocelynwood et comptait toujours sur une bonne relation avec son voisin, quelques mois après la signature de leur traité majeur. Tout en tenant compte des réalités, c’est donc sûre de ses forces et en gardant la face que la diplomatie brocélienne devait aussi continuer à affirmer ses positions dans la suite des échanges.



Julian WESTBRIDGE, Secrétaire Royal aux Affaires Aleuciennes

Monsieur Doüt, Monsieur Rouzet, je vous remercie de vos réactions et compléments à nos propositions concrètes. Je ne puis que constater le parfait alignement de la République de Duve sur nos positions. Pour le reste, nous avons bien avec Monsieur Rouzet des objectifs similaires, mais effectivement quelques divergences d’approche sur les moyens nécessaires à mettre en œuvre pour les atteindre. A ce propos, cela démontre bien comment nous sommes arrivés dans cette rencontre non comme un bloc monolithique déjà constitué, soudé, organisé au préalable mais avec une approche constructive qui se poursuit ici même.

Je poursuis donc avec cette assertion : la rivalité ne signifie pas le conflit ouvert. Le fait de reconnaître l’existence d’une rivalité et une potentialité de tensions n’est pas ce qui mène à la guerre. Or quoiqu’on en dira, cette rivalité est un fait. Le Liberalintern mentirait en disant qu’il n’a aucune querelle avec notre modèle, qu’il ne compte pas sur une insurrection, a minima venant de l’intérieur, pour faire tomber et remplacer notre mode de société. De même, nous mentirions en affirmant que nous mettons sur un pied d’égalité toutes les organisations sociales et que nous ne percevons pas les régimes communistes et communalistes radicaux comme un menace existentielle.
Cela ne conduit pas systématiquement à l’ingérence, mais constitue bien le terreau de rivalités sous-jacentes. Nous demandons simplement de ne pas nier cet état de fait et d’y remédier en s’accordant sur les conditions d’une coexistence pacifique. C’est le sens d’un pacte non-agression et nous ne pensons sincèrement pas que la formation d’un tel pacte serait potentiellement l’erreur originelle créatrice de dissensions jusqu’alors complètement inexistantes.

Je ne vais pas trop m’étendre longuement afin de laisser les échanges se poursuivre, mais de ce point en particulier dépend les autres. En effet, si nous acceptons l’idée que des garanties doivent être mutuellement données à chacune des parties, alors la question de la présence militaire du Grand Kah dans notre région ne peut qu’être posée - pour ne revenir que sur ce point essentiel."
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