09/01/2020
17:32:12
Index du forum Scène Internationale Diplomatie internationale

[Latrua - Eurysie] Table ronde : "L'Eurysie : quel avenir ?"

en-tête
26/08/2019, Palais des Congrès de LitvîteePalais des Congrès de Litvîtee

Le Palais des Congrès de Litvîtee était plein à craquer. Plus de 10 000 personnes avaient fait le déplacement depuis les quatre coins du pays. Tous étaient venus assister à la table ronde la plus importante des rencontres de Litvîtee, une table ronde réunissant plusieurs des dirigeants eurysiens. Une table ronde qui semblait être la dernière du Président latruant. Vasiliy Shulichenko arrivait en effet au terme de son mandat et avait été, en partie, l'instigateur de cette rencontre. Il voulait permettre de créer un espace de réflexions, transpartisan, faisant fi de nombreux clivages, un espace qui permettrait de penser ensemble le futur du continent. Un continent en proie à des guerres de toute nature. Des affrontements terrestres, aériens, maritimes ; économiques, politiques, diplomatiques et culturels. Le Président Shulichenko attendait donc beaucoup de cette table ronde.

Cependant, si la présidence latruante était à l'initiative, elle n'avait pour autant pas choisi la journaliste qui serait en charge de ses échanges. C'était donc Tanya Romanova qui mènerait les débats. Journaliste de la presse écrite, elle était en charge du suivi du Chef de l’État ainsi que de la couverture des grands événements internationaux. Habituée à ce genre de rencontre entre dirigeants, elle s'assit donc dans un des sièges en velours blancs, prit un micro et lança officiellement la rencontre :

"Mesdames, Messieurs,

Merci infiniment d'être venus si nombreux et nombreuses et bienvenu à vous. Nous sommes aujourd'hui réunis pour parler de l'avenir de notre continent : l'Eurysie. Un continent qui, depuis plusieurs décennies, plonge de plus en plus profond dans la guerre, la destruction et la peur. Notre continent ne cesse de devenir une zone de non-droit, la risée du reste du monde. Or, cette perte continuelle de contrôle, de puissance et de crédibilité ne peut que nous affaiblir durablement, nous rendre plus vulnérables aux attaques économiques et politiques extérieures. Et face à cet affaiblissement, peu de solutions existent et notre futur semble peu reluisant.

C'est pourquoi, aujourd'hui, plusieurs hauts responsables politiques eurysiens, plusieurs grands Chefs d’État ont décidé de se réunir dans cette salle et de parler de l'avenir du continent. Avec eux, nous analyserons les menaces politiques, militaires et économiques qui sont présentes sur notre sol. Nous parlerons de coopération économique, politique et militaire. Nous chercherons ensemble quelles seraient les solutions à apporter pour qu'enfin, l'Eurysie soit apaisée. Nous imaginerons le monde de demain, un monde enfin pacifié, un monde enfin uni. "L'Eurysie : quel avenir" ça commence maintenant !

Avant que nos débats ne commencent, j'aimerais que les différents interlocuteurs rassemblés aujourd'hui puissent se présenter de manière très brève. Monsieur le Président, si vous voulez bien commencer. "


Journaliste
804
Vasiliy prit le micro devant lui :

"Merci beaucoup Madame Romanova pour cette introduction. Bonjour à toutes et à tous, merci de vous être déplacés en nombre pour assister à cette table ronde. Je me présente, même si nombre d'entre vous me connaisse. Je m'appelle Vasiliy Shulichenko et je suis Président de la République du Latrua depuis 2010, soit depuis près de 10 ans.

Je suis un politique de centre-droit, libéral économiquement et socialement. J'ai une formation en sciences politiques et en relations internationales et j'ai, avant d'entrer en politique, fait carrière dans la diplomatie en tant que conseiller, qu'attaché ministériel et que consul, principalement en Aleucie et en Afarée.

Je me permettrais, avant de passer la parole, dire que je pense que les discussions qui vont avoir lieu sont importantes, qu'elles nous permettront d'avoir des échanges francs et constructifs, c'est pourquoi je suis très heureux d'être parmi vous aujourd'hui. "



PR
AlinéaLa République Fédérale Kartienne, et plus personnellement dame Orlovski, étaient toutes deux réellement impressionnées de la prise d'initiative convaincue et réussie de leur allié Latruant. Réunir une partie non-négligeable des pouvoirs d'Eurysie, et même du monde, était déjà une réussite. Mais un tel événement pouvait encore tourner à de mauvaises augures de part son nombre, il ne fallait guère se reposer sur ses lauriers. Une fois la prise de parole du président Latruant clôturée, Angèle se prononça à son tour.

Citoyenne Angèle Orlovski
«Mesdames, messieurs,

c'est en tant que représentante du peuple de la République Fédérale Kartienne que je m'énonce. Mon passé est déjà connu de la plupart, je tâcherais simplement de conforter le propos de sieur Shulichenko: Qu'un tel événement puisse avoir lieu est une chance, observer la venue des dignitaires de tout bord ou horizon est encourageant.

Je vous remercie.
»
Logo diplomatique

Le camarade Ernst Schmid : Bonjour à toutes et à tous.

Je me présente, je suis le camarade Ernst Schmid, haut représentant de la nation altrechtoise et délégué provisoire du Gemeinden. Je représente donc non seulement ma nation mais également notre communauté du Gemeinden. Pour faire simple, je suis à la tête d'une nation que beaucoup des interlocuteurs ici même décrivent comme communaliste "de marché". Nous défendons donc des valeurs socialistes, économiquement plutôt de marché. Je suis notamment connu pour avoir aidé à la révolution en Altrecht et être l'initiateur de notre politique de pacifisme et de rapprochement entre les peuples plutôt que de confrontation.


https://i.postimg.cc/sx8Swtzd/Ernst-avion.png
Ursulin Folcanon

Ursulin Folcanon

- Ursulin Folcanon, de la Principauté de Carnavale. Quelle perte de contrôle et de puissance ? Parlez pour vous.
708
Mesdames et messieurs,

Je me présente également à mon tour. Je suis Guillaume III, Prince de la Principauté de Falkenberg depuis 2012, pays que j'ai l'honneur de représenter. Falkenberg est une petite Monarchie parlementaire et constitutionnelle d'Eurysie occidentale, membre du Saint-Empire Wardon.

Nous vivons aujourd'hui dans une Eurysie traversée par d'importantes tensions : rivalités, conflits, et crises qui ne cessent d'éprouver nos États et nos peuples. Pourtant, malgré nos différences, nous partageons une histoire, parfois des langues et surtout une responsabilité : préserver la stabilité régionale, dans l'intérêt des citoyens que nous représentons.

C'est donc en pleine conscience que je forme le souhait que cette table ronde puisse remettre la géopolitique Eurysienne sur le droit chemin.

Je vous remercie.






Guillaume III
Chapitre 1 : l'économie


"Merci beaucoup Madame est Messieurs pour ce tour de table. Je pense que notre public a pu se familiariser avec vos fonctions respectives et votre parcours professionnel. Avant que nous ne commencions nos échanges, je me dois de poser le cadre de cette table ronde. Je me dois de vous rappeler que notre discussion sera régie par le respect, le respect de l'autre, de sa parole et de ses propos. Je vous demanderais donc de ne pas vous interrompre et de carder le ton cordial que vos responsabilités obligent. Je me dois, enfin, de vous dire qu'en cas de non-respect de ses règles de bienséances, nos échanges s'interrompront. Charge donc à vous de les faire durer et de les amener jusqu'à leur terme.

Ceci étant dit, entrons à présent dans le premier chapitre de cette table ronde, un chapitre consacré à l'économie. Vous représentez en effet tous, Madame, Messieurs, des systèmes économiques, des ambitions différents. Néanmoins, deux grandes tendances peuvent être identifiées. Il y a parmi vous les libéraux, adorateur de la dérégulation et de la baisse systématique des taxes, et les socialistes qui tentent tant bien que mal de concilier économie de marché et choix sociaux. Ces deux grandes tendances sont très différentes autant dogmatiquement que dans la pratique. Une opposition qui, si elle est d'abord d'ordre économique, devient de plus en plus politique.

Mais avant de parler des tensions économiques qui émaillent notre continent, il me semble important de mieux comprendre ce qu'est le socialisme de marché et en quoi sa mise en application peut créer des frictions avec les économies libérales. Si je devais reformuler : socialisme de marché et libéralismes sont-ils voués à s'opposer, et si oui pourquoi ?
Pour lancer nos débats, je me tourne vers vous Ernst Schmid, votre pays étant décrit comme "communaliste de marché".



Journaliste
10286
[center]Son Excellence Louis d'Antrania, Ministre des Affaires Etrangères de Sa Majesté// Johan Wadephul, Ministre des Affaires Etrangères actuel de la République Fédérale d'Allemagne ou nazi-Land pour les intimes.

Table ronde en Eurysie ; une entreprise vouée à l’échec ?

Louis d’Antrania souriait ; rarement on avait vu un rassemblement aussi important ! C’était à la fois réjouissant, amusant, angoissant, innovant et ambitieux. Une concoction d’épithètes si opposés et pourtant si nécessaires pour décrire cet amas de têtes couronnés, de présidents mandatés, de ministres ou de députés venus représenter des États. Un véritable forum informel, une sorte de réunion semi-officielle rassemblant l’Eurysie toute entière ! Si l’initiative était louable, si elle était tout à l’honneur du président du Latrua, il n’en restait pas moins certains que la situation ne devait que dégénérer. Quelle idée sincèrement de rassembler l’intégralité des mèches d’une véritable poudrière et de brandir un immense lance-flamme et de balancer plusieurs grenades et d’espérer que ça n’explose pas. C’était d’une naïveté confondante ; une innocence puérile et une ingénuité de bon sauvage. D’hommes n’ayant vécus que d’amour et d’eau fraîche et découvrant subitement la dure réalité politique ; celle de la vie contemporaine, celle de la realpolitk, celle du cynisme s’étant si bien enraciné dans le monde, qu’il était impossible de l’extraire. Comme la moule accrochée à son rocher, comme la sangsue à sa proie, comme la puce au rat. Il était tout simplement impossible d’envisager un débat dépassionné dans un monde où chaque opération de communication est un crédit politique d’une valeur inouïe. Seulement, tout en étant une valeur universelle, devrions-nous dire une constante géopolitique mondiale depuis le XIXe siècle, ce cynisme se mâtine ici et là de particularités. Et voici qu’il s’accommode d’un internationalisme socialiste à l’extrême occident, et voilà qu’il se pare ici des attributs du pan-afaréeisme dans certaines contrées tandis que là-bas il devient volontiers nativiste, et finalement dans certaines régions, il triomphe en portant les armes du (néo)conservatisme… Voilà donc une sacrée peinture, ou du moins de sacrés mélanges ; ici rouge, ici bleu, là brun, là vert ou jaune… Finalement, l’idée restait la même mais elle était badigeonnée d’un sympathique vernis moral. Une façade politique tâchant de cacher la crasse immoralité des gouvernants depuis des siècles. Il fallait tant bien que mal donner l’illusion de son bon droit à ruiner, écraser, dominer et coloniser ses voisins. Il fallait à tout prix se donner un semblant de conscience pour devenir le Parangon, l’illustration, l’image même de la vertu et de la moralité quand on pille, quand on brûle, quand on tue, quand on massacre pour quelques tonnes d’or, quelques hectares de terre ou quelques de miles de mer en plus.

C’est de là que viennent les universalismes ; ces impérialismes se drapant de la toge de la République, de la Civilisation, du Bien. Alourdis de leurs lauriers, ces Gengis Khan modernes s’autorisent à briser des modèles politiques ancestraux pour apporter la Démocratie, ou du moins leurs démocraties. Ces monarchies balayées par les salacots pour apporter les lumières des républiques et des parlements. Ces fondements sociaux brisés pour convenir à de nouvelles normes, qui dans tout les cas sont objectivement les meilleures ! Enfin ; qui oserait douter de la vertu même des Droits Humains ? Qui oserait questionner une liberté individualiste ? Une égalité destructrice ? Une fraternité creuse ? Qui oserait affirmer que réduire à feu et à sang un État est une bonne chose si c’est pour rétablir la démocratie ? Cette nouvelle mission universelle, civilisatrice, que les alliances libérales brandissent comme casus belli légitimant des centaines de morts, un mépris assumé de la souveraineté des États, le balayage en règle du droit inaliénable des États à se gouverner comme bon leur semble. De l’autre côté, la situation n’est guère reluisante ; les altermondialistes ne sont rien d’autres que des impérialistes déçus de ne pouvoir profiter du gâteaux que se partagent les puissances traditionnelles. Comme un enfant capricieux, un groupe d’adolescent rancuniers, ils organisent leurs propres fêtes de leur côté. Et voilà donc qu’Axis Mundi profitent allègrement des agneaux lâchés sur la scène internationale pour les dévorer quand Aserjuco ou Agartha chassent des gazelles égarées. L’émancipation populaire, concept à la fois si vendeur et si fumeux, n’est rien d’autre qu’une mise sous tutelle qui brandit le peuple comme un témoin de moralité. Un coup d’État organisé, pensé, dirigé à distance par une bande de marionnettistes manipulant leurs poupées avec plus ou moins de subtilité. Les fils sont plus ou moins grossiers, les différences de tons plus ou moins palpables… Difficile en effet d’être certains que les services secrets estaliens commanditant des attentats ou des meurtres sont des humanistes n’ayant à cœur que le bonheur de l’Humanité. Tout comme il serait osé d’affirmer que l’O.N.D bombardant les civils carnavalais est la preuve ultime de la nécessité d’une démocratie universelle, tentaculaire embrassant et engluant le monde autour d’un idéal fermenté. De son côté, l’O.N.C ne vaut guère mieux ; Messalie va être sacrifiée, la question en vérité est de savoir comment donner une bonne image à l’autel du profit et à Lograno, grand prêtre chargé d’ouvrir le poitrail de cette Messalie vascillante à grand coup d’obsidienne et surtout d’obus.

Quand à l’Eurysie, qu’était-elle mis à part l’arène qui poussait les Princes, les Secrétaires-général, les Présidents et les Commissaires à s’affronter ? Les universalismes, monarchiques, démocratiques, socialistes s’entrechoquaient comme des électrons libres. Des taureaux fous qui s’écornent, des coqs qui se battent à coup de griffes ou de becs. Le ring était immense, la diversité de peuples, de religions et d’idéologies telles qu’il devenait étonnant de voir une telle poudrière ne pas exploser. Les impérialismes se débridaient, les antagonismes ethniques devenaient communs, les haines religieuses tenaces et pourtant, loin de s’enflammer dans une guerre continentale, le monde restait calme. Antrania conservait sa tranquille assurance, Fortuna s’enorgueillissait de sa flotte, Manticore malgré la guerre à Carnavale gardait son calme… Même dans le chaos le plus absolu, une règle dominait, déterminait une ligne rouge que nul ne pouvait franchir ; les forts resteraient forts, et les faibles resteraient leurs proies. Même dans le chaos, un ordre subsistait. Même dans la cacophonie la plus absolue, une mélodie, certes faible, certes sourde, demeurait. La nature, tout comme l’homme a horreur du désordre. La Création, et par sa suite l’Homme, a doté les êtres d’une surprenante capacité à s’organiser, à agencer la Nature d’une telle manière que jamais elle n’est soumise au désordre. Les prédateurs chasseront toujours les proies. Tout comme les grandes puissances trouveront dans les faibles des cibles de choix. Si la nature n’a pas offert aux bêtes l’éthique, elle a donné à l’homme cette vague perception du Bien et du Mal, de ce qu’il est bon et de ce qui est mauvais. Dès lors le décideur est obligé devenir cynique pour pousser ses pions ; une invasion est toujours de bon ton quand on argue que l’on fait cela uniquement pour la démocratie et non pour écouler des tonnes et des tonnes d’opium ou de babioles…

- « Puisque semble t’il les présentations sont de mises, je me présente. Le protocole oblige n’est-ce pas ? Je me permets donc de citer la titulature complète, les us et coutumes antériniens sont particulièrement sur le sujet, veuillez donc m’excuser de la certaine longueur de cette entrée en matière. Je suis Son Excellence Louis d’Antrania, « Frère » de Sa Majesté Louis VI d’Antérinie et de Marcine et Grand Duc de Sempecer et ministre des Affaires étrangères. Je ne doute pas une seule seconde que tant de phrases pour si peu doivent faire sourire les plus fervents républicains de cette salle, ai-je tort ? Je représente, vous l’avez compris l’Empire Confédéral Uni lors de cette table ronde, de cette assemblée informelle des Grands du continent, qui je n’en doute pas une seule seconde se évidemment suivie d’accords tout à fait officiels. Je vous prie, Majestés, Excellences et Éminences de pardonner ces logorrhées qui doivent vous paraître bien longues pour quelques salutations… Mais je ne suis pas habitué à tout ces regards, à ces plateaux télévisés bondés et la présence de tant de monde… Que c’est intimidant ; ne pensez-vous pas ? Et surtout c’est tout de même original de mener une quasi rencontre diplomatiques devant les caméras et surtout sur un sujet aussi… comment dire… Aussi vaste !

Comment en effet aborder une question aussi vaste que des milliers de rapports ne feraient qu’effleurer ? J’ai du mal à croire que nous pourrions, ici explorer toutes ces questions ? Ne serait-ce pas tenter, pour nos amis philosophes, de définir le but de l’existence, l’État parfait, l’homme dans toute sa complexité et dans toutes ses particularités… C’est un exercice difficile, d’autant plus que l’on invite ici les responsables d’un tel foutoir. Imaginez inviter le pyromane expliquer les raisons de l’incendie qu’il a déclenché. Je ne vise personne évidemment, mais les conflits sont suffisamment nombreux pour dénicher les exemples à la pelle. Je suis persuadé qu’un tel débat ne peut-être qu’un immense fleuve ; un océan où les arguments se rencontreront sans jamais s’entrechoquer ; ils se croiseront mais ne s’accrocheront pas. Pire, non content de poser un sujet aussi vaste, aussi piégeur, aussi passionnant qui ne manquera certainement pas de déchaîner les passions, nous tenterons en plus de trouver une solution à un tel problème ! Que voulez-vous que je puisse dire. Comment ne pas tomber dans un débat partisan ; comment ne pas voir le débat idéologique pointer le bout de son nez ? Comment ne pas imaginer les camarades de Marhënies accuser le Grand Capital de ce désordre et les Imperator de Leucytalée voir en ce chaos la conséquence logique de la désagrégation de la Magna Rhêmia ? J’ai envie de vous dire que nous venons d’entrer dans une forêt noire, que nous tentons de suivre un chemin ténu, un mince sentier de terre battu et que le risque de se perdre est le danger constant qui nous guette tous ici présents ! C’est le loup qui rôde autour de nous et qui menace de nous avaler tout crus si l’on s’éloigne de petit chemin.

Mais bien entendu, le problème principal n’est pas le hors sujet, mais les débats stériles. Hansel et Gretel peuvent se perdre, tomber aux mains de la méchante sorcière, mais ils y survivront s’ils restent unis. Que se passe t’il alors quand ils se querellent ? Ce débat est à l’image de cette fable. Regardez-nous ; nous pouvons avoir un débat certes hors sujet, mais tout à fait productif, fertile en idées et pouvant amener des conséquences positives, une compréhension mutuelle… Des bénéfices certains, peut-être superflus, mais toujours enrichissants… Mais alors imaginez que les points principaux de nos discussions sont des points voués à devenir des pommes de discorde moderne… Vous pensez bien que les risques de voir des belligérants utiliser cette tribune télévisée pour se justifier ou bien pour distribuer des tacles, si vous me permettez l’expression. Le débat deviendra vite vain lorsque les participants s’échangeront en permanence la table. Le débat sera voué à devenir stérile et les puérilités, les sensibleries et la susceptibilité de certains ne feront qu’accroître un malaise grandissant. Et c’est là ce que j’identifie comme le grand écueil de ce débat, qui de toutes manières est déjà pris en Charybde et Scylla, entre le marteau et l’enclume. Et il nous sera bien difficile d’éviter les multiples récifs, les fosses et les pièges que nous tendra cet océan qui s’étend, dorénavant, à perte de vue devant nous. Mais je ne doute pas une seule seconde du professionnalisme de Madame Romanova, que je salue respectueusement à l’occasion. Et j’espère que les Majestés, les Excellences et les camarades présents ici, dans une si prestigieuse institution, sauront se comporter comme des adultes. Et non comme des enfants gâtés. 
»
Image de M. Konstentin Borisovitch Val Kalinenko, Urjad-gojnik (Ministre des affaires étrangères) du Zagroyat de Morakhan, actuellement en titre sous le gouvernement Velikov I
Image de M. Konstentin Borisovitch Val Kalinenko, Urjad-gojnik (Ministre des affaires étrangères) du Zagroyat de Morakhan, actuellement en titre sous le gouvernement Velikov I.

M. Val Kalinenko prit la parole après ses prédécesseurs, et, au nom du Zagroyat de Morakhan et du gouvernement de M. Velikov, déclara :

« Chers diplomates et représentants des nations eurysiennes,

C’est en tant que fidèle serviteur de l’illustre Zagroyat de Morakhan, et au nom de Sa Majesté Zagroyale le Zagroy Michel III de Morakhan, que je m’exprime aujourd’hui.

Nous émettons les plus grandes réserves sur la manière dont Mlle Romanova a organisé cette rencontre. Une véritable rencontre diplomatique digne de ce nom exige clarté, concision, ordre et sécurité : l’identité des participants doit être connue à l’avance. Cependant, par égard pour nos frères slaves et pour l’honneur de cette terre slave qui nous accueille, nous acceptons de participer malgré tout.

Je suis Konstentin Borisovitch Val Kalinenko, ministre des Affaires diplomatiques du Zagroyat de Morakhan, mandaté directement par Sa Majesté le Zagroy et par Son Excellence M. Velikov, Ministre-Président.

Nous saluons l’initiative d’un rassemblement des nations d’Eurysie, à condition qu’il serve d’abord et avant tout les intérêts du monde slave. Car c’est ici, en terre slave, que bat le cœur de notre civilisation. Nous, Slaves, n’avons pas à rougir de notre identité : nous sommes un peuple guerrier, conservateur, spirituel et fier, qui a versé trop de sang pour défendre l’Eurysie contre les invasions venues de l’Est comme de l’Ouest (Moritonie, Kaulthie, Sytalie, et bien d'autres).

Cependant, soyons lucides. Comme l’a justement souligné Son Excellence Louis d’Antrania, les différences idéologiques insurmontables rendent illusoire tout consensus véritable. Un État socialiste ou libéral-cosmopolite ne pourra jamais s’entendre avec une nation qui défend sa souveraineté, ses traditions et son sang. Le mondialisme, le progressisme et le libéralisme sont des poisons qui dissolvent les peuples. Un gouvernement qui prône l’ouverture sans limite des frontières, l’immigration sans limite, ou l’effacement de l’identité nationale ne peut être un partenaire de discussion fiable.

Nous souhaitons donc clarifier la situation avant tout : le Zagroyat de Morakhan refuse de sacrifier l’intérêt supérieur de la nation slave sur l’autel de l’utopie universaliste. Nous ne négocierons jamais notre survie culturelle, notre sécurité frontalière ni notre liberté politique.
Nous participerons donc à ces discussions, non par naïveté, mais pour défendre avec fermeté la voix d’une Morakhan souveraine, chrétienne et slave. Nous veillerons à ce que cette assemblée ne devienne pas un cheval de Troie pour les idéologies qui ont déjà tant affaibli notre race et notre civilisation.

Que Dieu, Seigneur des Armées, protège le peuple slave et guide les nations qui restent fidèles à leur sang et à leur terre.

Slava Morakhan ! Slava vsem Slavyanam ! »
988
"Je vous remercie Messieurs pour vos deux interventions riches et très intéressantes. Cependant, je vous prierais de bien vouloir respecter les consignes qui sont les miennes ainsi que le découpage thématique qui rythme ces échanges. Nous reviendrons bien évidemment sur le point politique et sur les divergences qui peuvent rendre impossible une réflexion eurysienne commune.

Nous sommes, pour l'instant, sur des thèmes plus économiques que politiques. J'ai posé une question à Monsieur Schmid, représentant de la nation altrechtoise et délégué provisoire du Gemeinden, sur les divergences économiques. Je vous prierais de laisser répondre Monsieur Schmid, d'écouter avec attention sa réponse, et d'attendre que la parole vous soit distribuée, il en va de la bonne tenue de notre débat. Je suis maîtresse du temps et de la sérénité de nos échanges.

Ceci étant dit, Monsieur Schmid, je me permets de vous reposer ma question : qu'est-ce que le socialisme de marché et en quoi sa mise en application peut créer des frictions avec les économies libérales. Le socialisme de marché et le libéralisme sont-ils voués à s'opposer, et si oui pourquoi ?"


Journaliste
2132

Le camarade Ernst Schmid : Merci pour vos présentations à tous, je vais vous répondre vis-à-vis des interrogations sur le communalisme de marché et son rapport au libéralisme. N’étant pas un économiste, je vais essayer de faire au mieux pour simplifier cette économie complexe. Je tiens également à prévenir : ce lieu n’est pas un tribunal, notre économie ne concerne que nous, et tout manque de professionnalisme ne sera répondu que par un long silence. Très bien.

Notre économie est donc complexe, elle adopte des principes évidemment socialistes mais a toujours des côtés libéraux. Prenons des exemples : en Altrecht, les "patrons" n’existent plus, il n’y a que des groupes citoyens qui s’autogèrent dans la gestion et la prise de décision de leurs entreprises. Autre point très important : une grande partie de notre économie est nationalisée, comme l’énergie, l’industrie ou encore l’agriculture. Les peu d’entreprises encore indépendantes font partie du secteur tertiaire comme la restauration ou le divertissement, mais sont soumises aux mêmes règles de fonctionnement que les entreprises nationalisées.

Ainsi, cet aspect fait de nous une nation communaliste et libertaire, inspirée du système estalien principalement, avec évidemment celui du Grand Kah. Cependant, notre identité économique se révèle très libérale sur le plan international, entre concurrence des prix, instauration de faibles taxes voire inexistantes sur certains secteurs : nos marchés sont accessibles à toute entreprise, évidemment soumise à nos règles très spécifiques de gestion, ce qui incombe souvent de créer une branche dédiée à l'Altrecht, mais qui est ouverte aux entreprises étrangères. Nos entreprises elles-mêmes ont la possibilité de conquérir des marchés internationaux sans restriction de la part du gouvernement, qui préfère une économie libre et sans trop d’intervention de l’État vis-à-vis de l’international.

Enfin, notre nation vend au plus offrant, peu importe sa couleur politique ou son passé, mais pour être tout à fait honnête, les citoyens peuvent émettre des pétitions pour soumettre au vote à l’assemblée populaire certains pays à, disons… éviter. Notamment, c’est le cas de notre bon ami Carnaval, qui se voit fermer notre commerce. Sans rancune personnelle évidemment.

J’espère avoir pu éclairer le fonctionnement de notre économie entre communalisme libertaire sur notre territoire et libéralisme à l’international, via notre système mixte.


https://i.postimg.cc/sx8Swtzd/Ernst-avion.png
184
Ursulin Folcanon

Ursulin Folcanon

- Sans rancune monsieur Schmid, nous essayons de toute façon au maximum d'éviter d'importer depuis les pays sous-développés. C'est une question de qualité des produits vous comprenez...

Le camarade Ernst Schmid semblait esquisser un rictus, sachant pertinemment que les Carnavalais allaient encore répondre avec leur touche d'humour bien à eux. Mais ayant parlé du "professionnalisme" de cette rencontre, il ne rétorqua pas et passa outre. Il s'étonne même que ce dernier n'ait pas attaqué l'économie altrechtoise.

903
"Je vous remercie, Monsieur Schmid pour votre réponse. Si je synthétise votre intervention, et je parle sous votre contrôle, le système dit de "communalisme de marché" est socialiste en ce qui concerne la politique économique intérieure et libéral quand il s'agit des marchés internationaux. Il semblerait donc, à la lumière de votre témoignage, que les blocages qui peuvent exister entre économies communalistes et économies capitalistes libérales sont plus d'ordre idéologique que réellement économique.

Pour répondre à cette question, je me tourne vers vous, Monsieur Louis d’Antrania, et vers vous, Monsieur Ursulin Folcanon. Il me semble important que vous nous présentiez vos deux fonctionnements marchands et économiques et que vous nous donniez votre éclairage sur cette question d'opposition plus idéologique qu'économique : selon vous, l'affrontement se joue-t-il vraiment sur les marchés ? L'économie crée-t-elle des tensions entre deux États idéologiquement différents ? Monsieur d'Antrania, la parole est à vous."


Journaliste
11445
[center]Son Excellence Louis d'Antrania, Ministre des Affaires Etrangères de Sa Majesté// Johan Wadephul, Ministre des Affaires Etrangères actuel de la République Fédérale d'Allemagne ou nazi-Land pour les intimes.

Quels sauvages que ces républicains.

Louis s’était rembruni quand cette journaliste l’avait aimablement recalé ; comment pouvait-on ainsi parler à des hommes d’une telle importance. Mais comment lui en vouloir ? C’était un antérinien, un homme qui tenait aux apparences, aux faux-semblants ; les Excellences étaient des apostrophes primordiales ; centrales, nécessaires dans les relations. Comment différencier le ministre du député, le Prince des seigneurs, le Grand des courtisans… Il est bien difficile en vérité de ne pas adopter un tel comportement ; la différence fondait la société toute entière ; en établissant une hiérarchie entre les puissants et les administrés. Un « monsieur » de convenance ne suffit pas ; il faut plus, il faut que l’on puisse comprendre, différencier. L’Antérinie avait le mérite d’assumer sa cohérence ; elle n’était pas comme ces nations hypocrites qui osait faire de l’égalité la valeur morale ultime, une sorte de quête éternelle tout aussi désirable que le Graal alors que dans les faits, la réalité, la vraie vie, cette égalité tant vantée n’était qu’une façade. Tout les hommes naissent libres et égaux, n’est-ce pas ? Il semblerait que dans ces sociétés là, certains naissent plus égaux que d’autres. Quelques centaines, quelques milliers de familles concentrent l’intégralité du pouvoir, elles possèdent, elles dominent, elles écrasent de leur superbe la Plèbe, la masse, la populace en prétendant traité sur un pied d’égalité avec elle. À l’instar de ces patrons qui tutoient leurs employés avant de les remercier ; tout cela n’est qu’une hypocrisie de façade : les « camarades », les « citoyens » ne sont rien d’autres qu’un simulacre de fraternité, une ineptie visant à persuader la majorité qu’elle vaut tout autant que cette minorité qui renonce hypocritement à ses titres pour mieux gouverner.

Comment en effet une journaliste pouvait-elle oser s’adresser ainsi à cette Excellence qui menait depuis une décennie la politique internationale de l’Antérinie ; elle n’était que journaliste, un beau parleur payer pour mentir. Un escroc transformant l’information en un véritable produit de consommation, l’altérant avec des considérations morales hors de propos, la saupoudrant de quelques diffamations, l’amputant de détails clés ; à la fin ce n’était plus un fait, ce n’était rien d’autre qu’un produit transformé, édulcoré. On se permettait quelques analyses sur le sujet en mandatant des « experts » ressassant en permanence de lointains cours suivis parresseussement en facs. Cette foire d’empoigne que l’on nomme « monde de l’information » qui se targue de la respectabilité et du professionnalisme était une escroquerie ; et voilà que cette journaliste osait s’adresser ainsi à un homme aussi honorable et bien en vue que lui ! Il en était outré ; et voilà que cette dernière échangeait avec le président ; l’Antérinien crut exploser ; comment pouvait-on dire « Monsieur » à un homme aussi important, aussi fort, occupant un siège si prestigieux ?

On y reconnaît bien les républiques ; ces choses que l’on encense comme l’aboutissement de la méritocratie, la base même de la démocratie ; quelle plaisanterie. Comment pouvait-on s’adresser au Prince, au Premier des Citoyens, au Consul en disant simplement « Monsieur » ! Quelle injustice, quelle barbarie, quelle manque de manières ! Où est donc passé le respect du protocole, comment pouvait-on à ce point sombrer ? Son Excellence le Président de la République peut-il être simplement réduit à Monsieur ? Comme si c’était un citoyen lambda, un citoyen oublié et oubliable ? Cet homme dirige un pays, représente un peuple, commande des armées et voilà que l’on appelle ce dernier « Monsieur ». Quelle suprême hypocrisie, quelle indignité injustifiable. Comment peut-on accepter une telle chose ? C’est inadmissible, c’est même impensable ; c’est donc cela la déchéance républicaine ? Être voué à devenir une coquille vidée de sa substance, tentant le tout pour le tout pour sauver les apparences de l’égalité ? Faire croire que le dernier des clochards a la même importance que le Président ? Ce n’est pas possible, c’est impensable. Cette manipulation si grossière ne peut marcher ! À moins que le peuple, se contentant de cette miette, de l’illusion de se dire tout aussi important que les élites est complice de cela ; est victime de sa propre hubris. Il n’est plus la populace, il fait parti de ces « Messieurs ». Les titres, que l’on a si longtemps désiré, que l’on a tant chéri, que l’on a tant cherché se sont donc effacés ? L’ambition a t’elle cédée devant la paresse ? Car un titre n’est pas seulement une médaille, c’est un statut social durement acquis, une preuve de notre réussite ; un Monsieur ne vaut pas une Excellence, un Honorable ou un Sérénissime.

Mais sinon, quelle différence y a t’il entre une république et une monarchie ? Les titres et la couronne ont été jeté à bas, eux qui étaient si nécessaire pour l’unité de la patrie, de la nation, pour éviter le délitement et maintenir l’héritage des ancêtres ; voilà qu’ils étaient indésirables. Ceux qui ont fait l’Histoire sont devenus persona non grata ; un parasite, un souvenir honteux. Ceux qui ont fait la patrie deviennent encombrants… Et voilà donc que la république, grande, belle, pétrie d’idéaux balaie avec une populace excitée les fondements de l’Ancien Régime. Le Roi est mort, vive le Président. Ce dernier est au mieux une marionnette dans les mains du Parlement, nids de coquins et de voleurs, au pire le chef des brigands ayant commis un braquage électoral ; ayant menti avec suffisamment d’aplomb pour prétendre représenter un peuple qu’il n’a vu que dans les films, qu’il n’a lu que dans littérature. Un peuple qu’il n’a jamais approché, une simple masse informe à peine bonne pour voter. En claire, ce que l’on nomme la populace, la gueuserie, la roture. Le Nouveau Régime se contente des apparences, mais il conserve en substance les réflexes de la pire des aristocraties ; de la bourgeoisie. Celle là qui méprise plus que tout la foule ; celle là qui s’en est extraite pour mieux la dédaigner. La bourgeoisie est une nouvelle aristocratie, immorale, bâtarde, mais immensément riche. Les mensonges et les filouteries sont un gagne-pain des plus rentables… Cette même bourgeoisie qui a mis à bas le Trône, l’Autel et la Tradition pour se constituer en nouvelle chevalerie, celle des banques, celle de la finance, celle des Grandes écoles. Voilà donc ce qui a remplacé la « tyrannie » monarchique, une « démocratie » faisant du mirage de l’égalité une oasis.

Mais voilà que la journaliste s’adresse à Monsieur d’Antrania, le ministre dut se retenir de fusiller du regard cette simple citoyenne… Monsieur d’Antrania, quelle plaisanterie, quel manque évident de manières…

- « Justement, je pense que l’on aborde pas vraiment la question ; pour moi l’économie est par nature prédatrice. Toute les sociétés cherche à acquérir le plus de richesses, le plus d’or pour financer leurs projets ; les socialistes pour mener à bien des projets déficitaires, les libéraux pour remplir les coffres des banques. Pour moi tout État est impérialiste ; toute société humaine est impérialiste. Dès lors il est à mon sens absurde d’accuser le socialisme de prédation, tout comme il est absurde d’accuser le Grand Capital d’être un loup. Pour la simple et bonne que nous sommes tous des loups, des prédateurs en puissance du moins. L’impérialisme, qui se résume à imposer la loi du plus fort au plus faible est propre à toute les sociétés civilisées. Le problème ne vient pas d’un système de santé gratuit, ou d’une éducation abandonnée au secteur privé ; le problème vient de notre condition humaine, de notre brutalité inhérente. Je vous le dis, même si nous sommes les plus belles création de Dieu, nous restons des barbares, nous restons des sauvages ; dès la seconde génération, à en croire les Écritures bibliques, nos ancêtres se sont entre-tués. Caïn a tué Abel par jalousie ! Rendez-vous compte !

Je ne vous demande pas de croire ; je veux simplement que vous en saississez la profondeur ; l’homme est un loup pour l’homme pour reprendre les mot du célèbre philosophe ; l’homme surtout est fondamentalement égoïste. C’est à dire qu’il ne pense qu’à lui, ce qui l’amène à accumuler uniquement pour lui-même et pour lui-seul (voire pour sa famille). Et dans cette logique de montée en puissance, ce qui me manque, je le prends à l’autre. Soit par le commerce, soit par la force. Je veux donc je prends, peu importe la manière tant que je l’obtiens. C’est le fondement même de l’impérialisme ; un État veut quelque chose de son (lointain) voisin, dès lors il le force à se soumettre ; il le sujette. La logique change seulement d’échelle, mais vous le constatez, le principe reste absolument le même. Je peux comprendre que cela soit parfaitement déprimant, mais ça a le mérite d’être lucide, l’homme n’est pas un petit être de Lumière pervertit par la société qu’il a lui-même crée ni un monstre inexorablement attiré par le côté obscur ; simplement il ne pense qu’à ses intérêts. Le rendant donc capable du pire pour obtenir ce qu’il souhaite.

Donc savoir si un système économique rends impérialiste c’est superflu, c’est même idiot. Nous devrions plutot interrogé le système moral qui motive et qui justifie ces systèmes économiques. Le socialisme ce n’est pas uniquement l’expropriation généralisée, c’est aussi la révolution généralisée à l’échelle internationale. Donc finalement, c’est un casus belli pour imposer aux faibles sa conception. C’est le triomphe de l’internationalisme qui se déguise en guerres de libération du prolétariat contre une bourgeoisie égoïste. C’est la Loduarie qui part à la conquête de l’Antares, c’est le Kah qui s’ingère en Afarée… Dès lors, le socialisme est éminemment impérialiste. Mais ça ne dédouane en rien le libéralisme ; l’Organisation des Nations Commerçantes peut difficilement prétendre à l’altermondialisme équitable quand elle a coulé une flotte entière qui s’entraînait. Tout comme certains de ses membres s’assument comme des Empires, de véritables puissances interventionnistes n’agissant que dans leur seul intérêt. En ce sens là, ces nations sont plus honnêtes que celles qui se cachent derrière des principes moraux pour violer la souveraineté et l’indépendance des États. C’est terriblement tragique, je l’admets, mais c’est encore une fois parfaitement naturel. Le conflit est un moyen parmi d’autres pour obtenir ce que l’on veut ; un grand homme n’a t’il pas rappelé que la « guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens ? » autrement dit, ou bien la diplomatie prédatrice fonctionne, ou bien le conflit devient la seule solution pérenne.

Même lorsque les nations choississent le pacifisme, elle tiennent rarement cette ligne ; je vous l’avoue mais l’Antérinie n’a presque jamais porté les armes hors de ses frontières depuis plusieurs décennies ; nous avons rarement intervenu sur des théâtres extérieurs, trop occupés que nous étions à protéger notre souveraineté intérieure. Et pourtant voilà que depuis deux ans, nos armées se mobilisent sur une multitude de fronts ; nos vedettes rapides escortent des vaisseaux de marchandise à destination du Chandekolza, nos vaisseaux de guerre cernent la Zentralafarea contre le Grammatika en menaçant de s’attaquer aux meneurs du Bloc Eurysien, je crois me souvenir que l’Altrecht a été concerné par la situation par ailleurs, et enfin nous avons mis sous quarantaine les côtes kartiennes. Il est bien difficile pour nous de nous dire pacifiste à l’heure actuelle, nous serions-même qualifiés de bellicistes par les défenseurs les plus acharnés du désarmement. En cela donc vous avez bien du mal à croire qu’il ait été possible que nous ne soyons restés que de simples figurants sur la scène internationale. Et beaucoup d’entre vous doivent sourire en voyant que je ne regrette d’aucune manière cette période.

La géopolitique internationale est une jungle, c’est la loi du plus fort, ou du moins de celui qui sait s’entendre avec les lions. Si la Pravoslavie avait su s’entendre avec Velsna, elle n’aurait pas eu à s’inquiéter des ingérences du Slaviensk et de l’intervention de la Grande République. Dans ce monde on accorde bien trop d’importance aux principes moraux pour expliquer les interventions militaires. Je reprends l’exemple loduarien ; pas moins de cent milles soldats mobilisés dans une « opération humanitaire » qui se limite à l’occupation du terrain par l’armée régulière loduarienne… Je vous le dit, il est difficile de ne pas rire face à ce prétexte ; si l’Antares s’était allié à Teyla, à la Gallouèse ou à la Clovanie, j’ai bien du mal à imaginer la camarade Aube prendre d’assaut Margot avec une telle coalition en face. Tout comme personne n’ose s’attaquer à la principauté de Messolvarde ; et pourtant des régimes bien moins liberticides, bien moins odieux, furent renversés par une coalition de chevaliers de la géopolitique soutenus par des financiers chevronnés ; pour quelle raison ? Simplement parce que Sa Majesté a su se faire des amis influents, comme Velsna ou Sylva… Nous le voyons, la morale, l’éthique, la démocratie, les droits de l’homme ne sont que des mots creux ; les puissants s’attaqueront aux faibles, c’est nécessaire, c’est comme cela que tourne le monde.

Pour répondre à votre question, madame, je reste convaincu que le problème ne vient pas d’un système économique en particulier ; il vient de notre nature profonde. Seulement, la morale ou l’idéologie sont des justificatifs légitimant notre impérialisme, et donc les conflits en cours. 
»
Haut de page