15/01/2020
15:21:57
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C'est la police !

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C'est la police

- Monsieur Venbranle ? Ne craignez rien monsieur c'est la police, la police carnavalaise. Vous voulez bien ouvrir la porte s'il vous plait ?

- Il ne va pas ouvrir, Estragon.

- Mais si il va ouvrir je le connais.

- On devrait défoncer sa porte...

- Pour une visite de courtoisie ? Certainement pas.
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Votre appel a été transféré à l'appareil mobile de votre correspondant.

— Allo c'est qui ?

— ...

— Estragon ! Eh comment y va moins fort Gauthierry je suis au téléphone

— ...

— On est justement en train de sortir du garage ! Attendez regardez sur votre droite.

Le chauffeur fait un drift sur le trottoir. Julonin ouvre la portière de la limousine.

— Montez, on va au resto !
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Limousine

- Hop-là, on monte. Bonjour monsieur Venbranle, bonjour maître Gnioble. Je le prononce correctement ? Maître Gnioble est l'avocat de monsieur Venbranle. J'espère qu'on ne vous dérange pas ? Ce ne sera pas long de toute façon, non non. Vous connaissez monsieur Caramel ?

- Bonjour bonjour ! Spacieuse votre voiture, ça donne envie de mettre des gosses à l'arrière.

- Monsieur Caramel travaille pour mademoiselle Castelage.

- Oh, je donne un coup de main c'est tout.

- Oui oui. Alors monsieur Venbranle, pardon encore de vous embêter...

- Au fait, Améthyste vous fera parvenir un panier garni dans les prochains jours, elle est fort satisfaite de votre travail de propagandiste et sait reconnaitre un vrai patriote.

- Oui oui... mais on n'était pas venu pour ça.

- C'est important de le dire quand même !

- Oui oui c'est vrai...

- La Principauté a une dette envers vous, monsieur Venbranle. La Cité noire est généreuse avec ceux qui lui sont utiles, n'en doutez pas.

- Non non... mais ce n'est pas l'objet de notre visite.

- Absolument pas c'est vrai.

- Monsieur Venbranle, vous êtes vous rendu sur les Îles Marines récemment ?
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Le turboréacteur de la voiture la fait s'engager dans le trafic chaotique de la Cité Noire. L'accélération a tout juste fait trembler le champagne dans les coupes à bulles.

— C'est bien gentil à vous de vous déplacer pour me le dire, Monsieur Caramel. Alors trinquons. À Carnavale !

— À Carnavale.

— À Poupette !

Julonin prend une petite gorgée.

— Soit dit entre nous, je n'ai fait que mon devoir. C'est fou aujourd'hui les gens n'ont plus aucune notion de travail ou de mérite. Et la guerre elle va se finir toute seule ? Où sont les autres : mes concurrents ? absents. Mes adversaires ? disparus. Beaucoup de promesses mais peu de cran. Comme quoi Commissaire, vous voyez bien que vous n'avez pas misé sur le mauvais cheval.

— C'est bien réciproque.

— Quand à la dette, ne vous en faites pas Monsieur Caramel : un Castelage paie toujours ses dettes non ?

— Un Effraie de Méandre je crois, Venbranle.

Julonin ignore Gauthierry.

— Monsieur Venbranle, vous êtes-vous rendu sur les Îles Marines récemment ?

— Pas depuis le début de la guerre, Commissaire.

Les grattes-ciels ténébreux défilent à toute vitesse.

— Mais ça m'est arrivé, oui. Enfin, quoi que je n'ai plus d'amis sur place. Quelques séjours ces dernières années, pour les affaires principalement. Je connais assez bien certains coins. Quand nous récupérerons l'archipel, j'espère que nous pourrons réouvrir la base spatiale. Pourquoi cette question ?

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La limousine intérieur cuir

- Oula la vitesse...! ça fait des guilis au ventre...

- Allez tchin tchin, à Carnavale et à Améthyste !

Colin Caramel fait semblant de boire son champagne avant de renchérir :

- Je ne vous le fait pas dire. Quoique Saint-Malkin s'est prise une balle sur le front du quartier des léproserie il y a deux semaines je crois, la presse n'en a pas parlé parce que c'est un sniper ami qui l'a confondu avec une lépreuse... enfin peu importe.

- Oui oui, peu importe.

Ils l'écoutent répondre sur les Marins. Martin Estragon se lisse la moustache.

- Très bien très bien, monsieur Venbranle et avez vous mené des affaires sur place ? Par un intermédiaire peut-être ? Ou une compagnie tierce ? Auriez vous eu vent de ce genre de chose de la part d'un de vos amis ? Collaborateurs ?

- Employeurs ? Mécènes ?
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— Hmm laissez-moi réfléchir..

Julonin ferme les yeux pendant trente secondes le temps de faire le tour de son palais mental.

— ... prenez votre temps.

— Excusez-moi, c'est que je ne saurai répondre à votre question sans manquer de pudeur et ma pudeur m'honore.

— Commissaire Estragon, s'il s'agit d'un contrôle fiscal, mon cabinet pourra pourvoir au nécessaire au nom de mon client, intervint Gauthierry. Il est fréquent que les personnes interrogées puissent moins bien répondre sur leur patrimoine que leur conseil juridique.

L'avocat jette un oeil vers Colin Caramel. Le sbire de la financière fait un beau contrôleur fiscal. Julonin, rouvrant les yeux :

— Vous savez Commissaire, c'est assez limité, je fais surtout dans la brocante et la seconde main. Il y a aux Marines des pelletées de vieux trucs qui n'intéressent plus personne. Ce qu'il faut, c'est savoir fouiller. Mais j'ai appris vous savez !

Il fourre la main dans sa poche pour y chercher quelque chose.

— Mes parents nous faisaient fréquemment descendre à Brisaigüe quand nous étions petits.

C'est une île de villégiature. Il se met à fumer.

— Tous les étés des années quatre-vingts nous revenions à Carnavale depuis le Makota. Nous faisions une escale aux Marines en juillet, c'est bon pour les poumons et là-bas il fait beau plusieurs fois par jour n'est-ce pas. Je m'y suis fait quelques amis au fil des ans, nous faisions des châteaux de sable avec les ordures dérivant depuis la capitale. Vous savez celles qu'on tirait au missile, mais si Monsieur Caramel rappelez-vous. Ah du bon temps ça oui ! On se marrait bien. C'est beau l'enfance, il faudrait n'y jamais revenir au temps passé des souvenirs ceux de l'enfance sont les pires ceux de l'enfance vous...

Il s'éclaircit la voix.

— Quand la Déréalisation est survenue, nous avons cessé de revenir à Carnavale. Mais j'avais gardé contact. J'ai roulé ma bosse avec eux au début de ma carrière d'entrepreneur indépendant. Du recyclage, principalement. De l'orpaillage aussi. On était très forts pour trouver des trucs.

— De la contrebande ?

— Oh, de là à dire qu'on faisait de la contrebande, quand même non. Nous ne vendions que des trucs dont plus personne ne veut. Mais tout ça c'était il y a longtemps Commissaire, et vous savez comme ça se passe le monde des affaires, on ne peut faire confiance à personne, il ne me reste plus beaucoup d'amis de cette époque-là. Mais je ne vais pas vous raconter ma vie non plus.

Il fait une moue, la voiture arrive dans le quartier, ralentit à hauteur des ponts qui s'enjambent allègrement, arcades sous lesquelles brillent des lampions orientaux.

— Vous restez dîner avec nous ?

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La limousine intérieur cuir

- Non non ce n'est pas un contrôle fiscal, c'est une enquête de routine, vous savez, les gens puissants comme vous développent des intérêts, et les intérêts des uns entrent parfois en collusion avec les intérêts des autres alors la police enquête, oui oui, pour éviter les frictions inutiles. Commissariat Central se tient au courant, rien de plus, non non, d'ailleurs s'il y avait un problème je vous en aurai informé bien sûr oui oui...

L'agent spécial Caramel ne dit rien et se contente d'observer avec curiosité l'intérieur de la voiture. Estragon reprend :

- Ah vous aimez chiner ? C'est un formidable passe temps oui oui surtout à Carnavale où on trouve toute sorte de choses d'un passé révolu, pour ma part j'aimerai faire le scaphandrier dans les quartiers inondés un jour mais ça ne s'improvise pas, non non. Alors vous faites du tourisme aux Marines ? Moi je ne pourrai pas, non non, c'est trop rude là-bas, ça manque de confort.

- Loin de nous l'idée de vous accuser de quoi que ce soit monsieur Venbranle, vous permettez que je vous appelle Juju ? Les Carnavalais sont débrouillards et le recyclage est une excellente façon de préserver la planète. Simplement nous gardons un oeil sur les transactions impliquant du matériel potentiellement dangereux, il ne faudrait pas qu'on commence à construire des thermogives dans les sous-sols vous comprenez ? On reste dîner Estragon ?

- Ah bin c'est que...

- C'est oui ! Allez ! Plus sérieusement puisque vous serez bientôt notre nouveau maire vous devez savoir qu'il y a une petite tension autour de tout ce qui touche aux sous-marins. On en construit, l'OND essaye de nous les bousiller, elle n'y arrive pas, bref c'est la vie. En plus avec ces canicules qui nous tombent dessus, tout le monde étouffe...

- Oui oui.

- Vous ne faites pas dans la contrebande de purificateur d'air à tout hasard ? Si c'est le cas il faut nous le dire mais ne vous inquiétez pas, motus.

- Oui oui.
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