23/01/2020
22:07:00
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Orage de septembre [Azur - Althalj]

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Visite de la Qari Ijja Shenna des
Tamurt N'Althaljj
au ksar de Manghadanem, du
Califat constitutionnel d'Azur




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La matinée de septembre était imprégnée par l'ozone brûlée, déferlant des hauteurs. Sur les contreforts des montagnes et entre les pics glacés, l'arrivée des masses humides et chaudes de la mer perturbait l'air sec et raréfié du continent, provoquant des tumultes électriques et la saison des orages : la plus azuréenne des saisons de l'année. Les aéronefs de la délégation de la Qari furent donc accueillis avec un soin méticuleux, balisé d'une constellation de stations météorologiques au sol, dans les montagnes, dans les villes ou bien dans les airs. Le réseau de ballons-sondes parsemant les cieux d'Afarée permettait d'éviter les violentes secousses atmosphériques, dont l'intensité en septembre en Azur dépasse les prévisions des utilisateurs non avertis. Au contraire parmi ces nuages noirs qui amènent autant la foudre et le tonnerre que de providentielles pluies de recharge, qui dégoulinent en crues le long des roches et remplissent les barrages, qui génèrent un flux hydroélectrique abondant et providentiel pour la société des vallées, les aéronefs de l'Althalj tracèrent un chemin d'oiseau vigilant et gagnèrent les aérodromes où ils se posèrent sans encombre.

Le Diwan surchargé avait conscience qu'une ère se clôturait dans les jours mouillés, brûlants et humides des orages de 2019. Les étendards althaljirs très longs étaient un champ de soie bleu et blanc. De marches militaires et de cérémonies officielles on se passera des descriptions. Plus sûrement des montagnes dont les pluies récentes rougissaient les affleurements, de ces pentes qui demain jailliraient de minuscules fleurs miraculeuses promises à une vie éphémère, de ces grondements souterrains où jaillissait la ressource divine, captée dans les gorges et les grottes d'une géologie unique au monde, creusée depuis des millénaires par les artisans irrigants facétieux et téméraires, les autorités azuréennes firent visiter la délégation althaljire. Une vapeur intenable saturait l'humidité chaude de l'air, bientôt giflée par les contrecoups furieux du désert proche, de bourrasques remplies d'un sable dangereux, abrasif, sec et violent, qui repousserait la moisson et faisait évoluer, comme du lait dans le café, les volutes de l'air tropical au-dessus du continent afaréen.

A cette latitude, là où se trouve le Plateau, berceau géologique, historique et économique du pouvoir azuréen, de sa société de cultivateurs des vallées, des châteaux de montagne, des barrages et des canaux d'irrigation, des palmeraies, des vignes, des rizières abondantes et secrètes au milieu d'un désert de pierre, l'air chaud n'est que timoré par les exhalaisons généreuses de la moisson tropicale. Les précipitations n'y sont que ponctuelles, intenses mais concentrées, et le mois de septembre, de recharge, de paix, de flux continus d'onde tiède sur les montagnes et leurs versants, est une exception dans l'année éblouissante d'un soleil sahrien ardent, qui dessèche la surface des argiles, fait craqueler les sables et soulève la poussière. L'air pur, qui brûle le souffle et duquel s'abritent les habitants sous des vêtements amples et des voiles de coton, se départit le reste de l'année des charges humides qui saturent septembre de parfums organiques.

C'était une bonne chose à savoir. Parmi les villages hissés au sommet des pics, dans la Dariane la plus traditionnelle et la plus pittoresque, des fonds de vallées heureux ont développé des jardins luxuriants. Le paradis est une enclave à l'ombre d'une retenue d'eau. Les palais y ont fleuri. L'oasis de Manghadanem, construit par la main des hommes après la redirection des eaux d'un oued, rivière temporaire de crue au milieu du désert, vers un lac artificiel et une palmeraie, est un exemple de ces résidences seigneuriales riches de l'eau et du commerce. Posée comme un joyau dans une campagne propice à rien si ce n'est au broutement des caravanes erratiques, l'oasis de Manghadanem surveille les contreforts des Monts Daria, abritait un grand caravansérail, des stocks de grains, des mosquées, des bains et des palais, et de ces temps médiévaux révolus et poussiéreux il reste un ksar étincelant. La délégation althaljire est invitée à y prendre le thé, derrière ses portes de fer ciselé et de titane.



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Des coussins sont disposés sur une terrasse abritée, encadrée par d'épais murs recouverts de mosaïques. Des orangers aux fruits dont la peau rugueuse se parsème de traînées rouges, des grenadiers dont les feuilles se hissent à peine hors du bois noueux, des amandiers dont on espère avec tendresse le retour des fleurs pâles, occupent des pots et des cadres. Le mobilier est en ébène, en acacia et en cèdre de Dariane. De majestueux arbres pluricentenaires ont sans doute été abattus brutalement dans les collines et les profondeurs de la forêt du Mirobansar pour confectionner ces tables sculptées, inscrutées de marquetterie, dans le luxe traditionnel consommé qui écoeure les amateurs d'art. Le kitsch azuréen a l'arrogance du Makhzen. C'est bien un truc d'Arabe.



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La Qari et ses sœurs ont été accueillies par celle qui est devenue la numéro deux du Diwan : la ministre du Développement. La sheikha Lubna bint Adel Sharim al-Qasîmi, qui porte la plupart du temps de petites lunettes à cause de sa myopie, a appris à sourire aux photographes grâce aux entraînements d'un coach. Elle gère les balances du commerce, les poids et les devises, les curseurs des investissements et c'est elle, qui comme tout pays qui n'a pas renoncé à sa tradition impériale, ajuste le cours des tarifs et des impôts aux intérêts de l'Etat. Ni libéralisme ni mercantilisme n'ont d'emprise idéologique sur l'esprit vif et l'intellect systémique d'al-Qasîmi, diplômée d'une grande université tanskienne. Ses doigts légèrement tordus sont repliés avec calme sur son ventre, ses yeux voilés arborent un sourire doux. Femme d'économie, Lubna est un poids lourd du Diwan, qu'elle a rejoint depuis une décennie. Elle sait comment marche l'institution. Elle a accompagné le Grand Vizir, gagné la confiance du Sérail, établi pour l'Azur un programme de croissance économique déjouant les prédictions malveillantes du Plan Gazier et de ses détracteurs. Sous les orages célébrés par les fêtes traditionnelles, le gouvernement est déjà entré en campagne pour les grandes cérémonies électorales de 2020. Elle, tient la barre du navire. Face à la nouvelle ère dont rêve Afaghani Pasha, philosophe et sensible, le coeur d'al-Qasîmi est serein. Nul ne songerait à dire d'elle qu'elle est brutale.

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A côté de la ministre, Fatma Jebbar Ramdhan a gagné sa participation à cette réunion composée exclusivement de femmes. Le Diwan a cru bien faire. Ramdhan n'est qu'au début de sa trentaine. Elle vient de l'entourage du doyen des oulémas, le vieux président conservateur du Majlis, al-Kayzari. Ses yeux brillent. Elle appartient à la frange radicale de la Nahda, et pas celle qui dévie vers la gauche. D'être la femme la mieux placée de la faction conservatrice au sein des institutions califales l'a propulsée à cette réunion. Elle est pourtant loin d'être bête et elle scrute ses notes. Aux côtés de la ministre, elle accroît par sa présence l'influence du régime religieux dont elle est une technicienne non dénuée d'ambitions, et de pieuses certitudes idéologiques.

Une troisième femme participe à écouter la Qari et les Athaljires. Elle a un sourire amusé qu'elle dissimule aussitôt.

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— Je suis Amra Bint Sayyid.

Elle connaît bien le Khalife.

— Vénérable Qari, nous vous souhaitons la bienvenue en Azur. Au nom du Diwan je vous remercie d'avoir accepté cette visite dans notre pays. C'est la première fois. Nous vous en remercions. J'espère que vu d'en haut le paysage vous a plu, et que les visites vous intéresseront, si votre âge vous le permet, grâce soit rendue à Dieu et qu'Il vous préserve.

Bruit de page qu'on tourne. Chapitre un : introduction. C'est la ministre al-Qasîmi qui mène la partie azuréenne.

— Vénérable Qari, Excellences Althaljires, j'aimerai vous présenter l'ensemble des points que nous souhaitons aborder avec vous. J'espère être la plus concise, et que notre dialogue irriguera de clarté le rapport entre nos deux pays. Je n'ignore pas le contexte et les conditions dans lesquelles celui-ci se trouve à cette heure. Le Diwan a présenté ses excuses pour l'opération visant la Maktaba. Permettez-moi de les réitérer ici.

Petit silence.

— Cet événement ne devrait pas se reproduire entre deux grands Etats afaréens engagés dans un but commun, même par des voies différentes. Il faut résoudre ce malentendu et travailler aux rapprochements qui peuvent être réalisés. Il ne faut pas abandonner le dialogue. Il faut nous parler et échanger pour que nous puissions revenir et restaurer les relations diplomatiques, car c'est le voeu du Diwan avec une nation-soeur.

Moyen silence.

— Nous voyons trois plans du dialogue qui doivent être abordés. Tout d'abord, sur le plan le plus étroit et le plus circonstanciel, nous ne pourrons pas ici faire l'économie d'un échange au sujet de ce que vous appelez judicieusement l'Écarlate. Ce sujet est comme une épée à deux fils : l'un nous tranche, Azuréens, au coeur de ce qui est l'état d'alerte générale donnée à nos forces armées en prévision d'une frappe dévastatrice du Pape Noir des Lucifériens contre notre pays. Cet homme a émis un ultimatum auquel l'Azur ne répondra jamais, ni à lui, ni à ses semblables colons, y compris les journalistes. Cette situation risquée est pour l'instant maîtrisée, mais que nous réserve l'avenir ?

Grand silence.

— Il y a pourtant bon espoir que le dialogue reprenne entre nous et sur ce sujet en général, car nous avons reçu la proposition de la Baskonie de tenir une conférence internationale à ce sujet. L'Azur a l'intention de rendre cette issue possible et de reprendre un travail strictement diplomatique, après les errements des ultimatums et la constatation que les embargos militaires ne peuvent se passer du concours des puissances hégémoniques, qui ont à la fin le droit de veto sur l'avenir de l'Afarée. Non, c'est bien le dialogue que le Diwan met au coeur de son action, par des paroles parfois excessives, mais jamais par des agressions ni des offenses humiliantes. C'est cela qui peut renouer le fil entre nos approches a priori hétérogènes. Mais avant de rechercher à raccommoder le fil, il convient de nous comprendre réciproquement. Aussi, Qari, Althaljires, je ne saurai que vous laisser exprimer d'abord votre vision de la situation et de sa résolution, à partir de ce que l'Althalj envisage comme projet, si ce n'est comme stratégie.

La pluie se remet doucement à tomber sur le jardin. Les roulements lointains d'un délicieux orage sont perdus dans les brumes montagneuses.

— Le deuxième plan de notre dialogue dépasse cette question excessivement épineuse et douloureuse pour les deux côtés. Il rejoint quelque chose de plus sensé, constructif et apaisant entre nos deux pays si différents l'un de l'autre. C'est celui que le Diwan souhaite proposer à l'Althalj : le rapprochement entre tous les pays Afaréens au sein d'un seul et unique collectif de dialogue diplomatique et de résolution des problématiques par la méthode pacifique et les principes universels. L'Azur a participé à la fondation d'une organisation continentale, le Pacte afaréen de sécurité, qui n'a pas vocation à se substituer ou à concurrencer le Forum afaréen de coopération du nord. Au contraire, nous envisagions qu'il en complétait les écueils et pouvait participer du renouveau afaréen, une véritable renaissance, que nous observons aujourd'hui. Bien qu'il soit critiquable, tout comme le Forum peut l'être, nous pensons qu'une opportunité réside dans le fait de promouvoir un rapprochement mutuel, une compréhension des visions réciproque, avec le voeu profond de réaliser l'unité du continent dans le respect des diversités. Ceci est une voie d'empuissantement des jeunes Etats qui nous constituent, et de direction collective vers un horizon pacifié. Il y a d'immenses chantiers qui peuvent être plus enthousiasmants à mener par la coopération que la guerre et la discorde, et nous sommes convaincus que les Afaréens au sens large sont déterminés à écrire ensemble plutôt que divisés les nouvelles pages de leurs histoires.

Des pêches au sirop, avec une crème parsemée de sésame pilé, distraient les papilles pour celles qui en veulent.

— Le troisième plan de notre dialogue relève du lien que l'Althalj et l'Azur veulent établir entre elles. Nous ne tenons pas à conclure des traités-carcans pour corseter la relation, mais à ouvrir tous les canaux de coopération qui peuvent l'être, dans le respect des intérêts réciproques. En vérité, le Diwan considère que nos deux pays sont perdants quand ils se divisent et s'affrontent, et que le continent n'en sort pas grandi. Nous considérons que l'éloignement n'est profitable ni à l'une, ni à l'autre, car cet éloignement provoque des étincelles et alimente des incendies qu'il faudrait songer à éteindre plutôt qu'à étendre. Aucunement l'Azur ne pourrait développer une politique sereine sans l'Althalj, car la lune althaljire éclipse les rayons de notre soleil si elle n'est pas alignée avec lui ; et réciproquement, aucunement l'Althalj ne pourrait rencontrer de succès véritable sans s'assurer d'une cohérence avec la force de l'Azur. Car nos deux pays sont assez puissants pour frayer un chemin isolé à chacun, au prix de la discorde, dont nous ne voulons plus. Parlons donc de ce que nous pouvons faire ensemble.




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14/08/2019
La qari Sofines Berek regarda par le hublot.

Les deux chasseurs Althaljirs avaient laissé l'avion de la Maktaba poursuivre son chemin dés lors qu'ils quittèrent les Territoires Libres Sahranes.
La fascination pour les paysages était universelle. Les couleurs, les ombres, les courbures, les reliefs doux et abruptes. La Femme était bien minuscule face au gigantesque que formaient les désert, les montagnes, les océans, les plaines vertes et les terres arides.

"Un climat et un paysage rudes façonneront des populations douces."

La Qari avait entendu et respecta le silence et la réflexion qui s'imposèrent. La qari Sofines Berek était sûrement la moins "patiente" de la Maktaba, toutefois elle disposait d'une clairvoyance reconnue sur les dossiers internationaux. Sa gestion du dossier de la Cramoisie et aujourd'hui l'Ecarlate avait été au coeur des sujets de tension avec Azur. L'approche lente de la gestion de la crise avait été à rebours de ses instincts qui furent partagés avec ceux de la Qari lors de l'entrevue avec le PDG Protecteur Petipont. Cette résilience montrait une force qui semblait ordinaire à la Maktaba, qui est toutefois un combat personnel commun à toutes personnes face aux responsabilités et aux choix.

Les dunes laissèrent place à une terre sèche et martelée par un soleil de plomb. La terre laissait paraître quelques aspérités rocheuses ici et là pour enfin révéler un paysage d'ébène parsemé de patchs de sables roussis. Les nervures et serpetins noirâtres sillonnaient le paysage pour s'unir et former une plaque épaisse et irradiant certainement une chaleur incommensurable. Au loin, des cônes de diverses tailles rappelaient que l'Afarée vivait encore de grandes transformations géologiques et gardait une inhospitalité localisée propre.

Et déjà au loin, derrière le brouillard de quelques sables virevoltants et dansants autour des marques du manteau de silicates, des montagnes coiffées de chapeaux blancs introduisaient le Levant. Plus au Nord, le Banairah, allié que les Tamurt n Althalj admiraient. Le Grand Frère du Levant et la Petite Soeur du Couchant, comme les Althaljirs se plaisaient à s'appeler, nouaient des relations exceptionnellement bonnes depuis l'unification des Tamurt n Althalj. La dimension militaire avait été mise en second plan, favorisant les sujets de partenariats dans l'Education, dans le commerce, la nécessité de créer des havres de prospérités de parts et d'autres du Nord de l'Afarée afin de tirer le continent et ses peuples vers des objectifs de réussites et de bien être.

Les nuages se firent plus nombreux en arrivant au dessus de la Cité du Désert. Et comme une frontière naturelle et délétère, les nuages sombres et orageux saisonniers d'Azur confirmèrent que l'avion arriveraient sous peu à l'aéroport régional de la Dariane, contournant la Tigrane.
Le tumulte de l'air chaud et humide accueillirent l'avion habitué à ceux de l'Altilal Amunjamda.

"La srine d'Icemlet et l'orage de la Dariane."

La Qari observa la qari envoûtée par les fenêtres entre les nuages lourds et gris permettant une vue splendide sur ce qu'Azur était devenu et devenait.
Les maisons traditionnelles flanquaient les rochers abruptes et arpentaient les terrasses verdoyantes et luxuriantes coincées entre deux reliefs arides.
Une route sillonnait vers la montagne, les véhicules s'y faufilant comme de petits fourmis.

Une pluie battante de quelques secondes seulement rinça l'extérieur des hublots, et comme transitoire, le soleil reprit place sur l'entendue de la Dariane sans entraves aucunes.
La sortie de l'avion et de l'aéroport n'avaient pas été médiatisées. La Maktaba n'avait pas annoncé officiellement son déplacement, soucieuse de se concentrer sur le fond et l'essentiel des échanges à venir avec Agatharchidès.

L'arrivée à l'Oasis et au caravansérail de Manghadanem ne fut pas sans une certaine admiration et nostalgie de cette vie autrefois simple, toutefois âpre et courte.
Les artisans et artistes Azuréens savaient ravir les yeux et les deux femmes Althaljirs comprirent assez rapidement qu'Azur avait préparé cette rencontre avec soin, chaque détail apposant sa signification, précise et marquée.

Le Grand Vizir n'était pas présent ? Qu'importe, les Althaljirs ne souhaitaient aucunement flatteries, mais bien une compétence diplomatique Azuréenne qui en fit la nation qu'elle est aujourd'hui. Et c'est en la sheikha Lubna bint Adel Sharim al-Qasîmi qu'Icemlet attendait une réciprocité intellectuelle. Elle ne déçut aucunement : respectueuse, ordonnée, préparée. Fatma Jebbar Ramdhan fit penser à certaines consoeurs de la Sororité et les représentantes de la Maktaba semblèrent à leur aise de disposer d'un contrepoids politique lors de cette entrevue tout l'émotion d'Amra Bint Sayyid fit sourire à son tour la Qari qui lui fit signe qu'un assistant, un homme tout habillé de blanc, disposait toujours d'une canne lorsque le corps grinçait.

La Qari Ijja Shenna et la qari Sofines Berek saluèrent les femmes azuréennes et s'intallèrent.
La Maktaba écouta avec attention, les sujets et priorités étaient donnés et les deux femmes Althaljirs hochèrent la tête.

La qari Sofines Berek prit la parole à son tour.




Nous vous remercions pour cette invitation.
Elle ne va sans dire que les Althaljirs prennent la main tendue des Azuréennes et oeuvrent à l'amélioration de nos coopérations.
Nous vous remercions par la même occasion de votre considération de l'Althalj.
Le Diwan a maintes fois salué l'Althalj par le passé pour son oeuvre Afaréenne et touche là où l'humilité d'un petit état en oublie ses dimensions.


Permettez moi de confirmer les nombreuses considérations du troisième plan.
Les Tamurt n Althalj sont bien entendu à l'écoute d'un renforcement de la coopération et des échanges avec Azur.
De nombreux dossiers peuvent être ouverts et discutés, qu'ils aient attrait à la culture, l'éducation, l'économie par exemple.
Soyez assurées de notre entrain.


Sur le second plan, elle convient de poser le sujet qui dispose de quelques parallèles avec le premier plan.
Ainsi, nous répondrons à votre demande du premier plan.


Lorsque le temps passe et que la jeunesse s'échappe comme un souvenir bienheureux et nostalgique, la réalisation de l'éphémère de la vie impressionne. Nous ne sommes pas seules à apprécier d'autant plus les levées du jour et les accomplissements journaliers. C'est en ce sens que l'émotion force la réflexion et l'empathie du pastiche nos aïeules : avec l'âge vient la sagesse, la raison et le sens de la vie.

Cette vie, longue ou courte, fut occise pour de nombreuses âmes en Afarée du Nord Ouest.


La qari regarda furtivement la Qari Ijja Shenna qui l'enjoint à continuer.


Les Tamurt n Althalj ne pardonneront jamais, cet acte intolérable.
Les responsables doivent être jugés et punis, c'est inéluctable.

Nous comprenons la rationalité de l'ultimatum et ses affres.
Nouées, nos gorges acceptèrent néanmoins le dialogue âpre,

Afin de préserver les vies de celles qui furent floutées,
A des fins diplomatiques, ces nouveaux visages responsabilisés.


La qari fit une pause. Il était évident que les Althaljirs ne pouvaient frapper un nouveau régime qui aurait peut être été une victime de la folie de celles et ceux à Carnavale qui poussèrent le bouton de la Cramoisie et qu'en cela la décision du dialogue et du long terme se révéla, à l'Althalj, comme une solution à l'Ecarlate.


La Force du Matriarcat Ilahmique était prête, toutefois une entrevue avec le PDG Protecteur Petipont, de l'époque, donna une perspective toute autre que celle constatée dans les premiers instants de la Cramoisie où la vaporisation ne suffisait pas et que le sang continuait à couler.

Y-a-t-il une possibilité de travailler avec les nouvelles instances dirigeantes afin de guérir ce qui peut l'être ? L'acte militaire n'aurait que continuer l'oeuvre des démons Cramoisiens. Elle faut sauver celles qui peuvent l'être.

Ainsi, le Royaume du Finejouri et les Tamurt n Althalj ont été invitées à observer et questionner la Kabalie Rouge sur ses intentions, son fonctionnement, ses conditions de survie actuelles et de la Justice qui n'a pas encore assigné et rendu verdict publiquement.
Elle est évident que de nombreuses questions s'amoncèlent. Qu'en est-il de l'actionnariat et de la place de la Maison Dalyoha en Kabalie Rouge ? Peut-on accepter que le Sahra continue d'être transformé par les impulsions scientifiques sans contraintes de l'Ecarlate ? La Kabalie Rouge est-elle une nation Afaréenne de facto ?

Les Tamurt n Althalj considèrent que l'Afarée et le monde a été mis face à une situation inédite et que l'immigration de masse a été un facteur essentiel de la prise de décision d'Icemlet afin de dialoguer avec l'Ecarlate. Nous avons été fortement éprises de la Crise des Courageux, ces migrations à travers le Sahra vers l'Eurysie, il y a de cela 10 ans à présent. De nombreuses Althaljirs ont été poussées des Territoires Libres Sahranes vers l'Althalj...

Quelle est la solution à l'Ecarlate ?
Elle faut dialoguer et inciter plutôt que contraindre autant que se puisse.
L'Ecarlate est prise au piège de l'agent chimique Cramoisie et mène le radeau de la survie dans un océan brûlant et stérile.
Lorsque tous les indicateurs sont au rouge, les tensions s'accélèrent et les patiences s'effritent.

L'Ecarlate devra prouver qu'elle mènera une Justice qui convainc face à l'ignominie des premiers instants de la Cramoisie.
L'Ecarlate devra se séparer de ses arsenaux chimiques. Nous devons pour notre part convaincre de l'avancée du dialogue et que la Kabalie Rouge ne risque pas un conflit armé, rendant son ultimatum caduc, obsolète.
L'Ecarlate devra rassurer et concrétiser son dessein d'intégration et de pérennisation auprès de ses peuples et voisines. Cela devra inclure un moratoire sur la mise en place de technologies invasives pour le Sahra et ainsi l'Afarée.

Ceci n'est qu'une once de ce qu'Icemlet attend de l'Ecarlate, toutefois donne une direction quant aux intentions Althaljirs.

Nous devons de prime abord conclure des réponses et observations, de premières demandes avant de pouvoir donner un calendrier qui faciliterait, tel un projet de construction, le suivi de jalons jusqu'à l'achèvement de l'oeuvre.


Vous devez disposer de questions à votre tour ?
Ce "plan" n'est pas parfait. Rien n'a disposé les nations à suivre une voie parfaite de résolution de cette catastrophe.
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— Vos paroles sont apaisantes, Qari Berek.

Amra baissa légèrement les yeux vers l'assiette de grenades qui était disposée pour agrémenter la conversation. Les deux autres représentantes azuréennes entendirent son la et la regardèrent attraper le fruit et l'ouvrir d'un coup de canif. Ses mains fines avaient la force d'une musicienne et la lame, perforant la peau rêche, découvrit les joyaux rubisés des grains qu'elle récupérait dans sa main pour les grignoter. On fit servir du thé.

— Il n'y a aucune incompatibilité entre votre position et la nôtre, réalisa la Ministre du Développement.

Al-Qasîmi énuméra les points d'accords.

— Justice, désarmement chimique et intégration régionale sont les termes mêmes de la Déclaration sur la Cramoisie. C'est cela que le Diwan a promu auprès de quarante Etats signataires, et bien que les Tamurt n'Althalj n'aient pas jugé avec confiance cette initiative, nous devons constater qu'avec ou sans ce texte, il y a bel et bien une entente de vue et une raison partagée entre nos deux pays.

Elle marqua une pause. Sa connaissance du dossier était plus fine que celle du Grand Vizir ou du Ministre des affaires étrangères ; pour elle les tourments diplomatiques relevaient de points de détails complexes dont les implications lui échappaient. En tant que pilote des monnaies et maîtresse des chiffres, lui importaient d'abord les retombées matérielles de ces virulentes conversations.

— La Déclaration n'est pas un objet fétiche pour le Diwan, mais un simple moyen de compter celles et ceux qui reconnaissent les principes d'une bonne issue au problème de l'Ecarlate. Le refus de la signer émis par l'Althalj a pu être précisément interprété comme une vision différente sur le fond. Mais vous venez d'affirmer ici une concordance sur le fond, à votre manière, avec nos propres aspirations. Cette concordance est de nature à apaiser considérablement toute inquiétude. En ce qui nous concerne, la signature de la Déclaration n'est qu'une preuve de bonne foi partagée avec l'ensemble de la communauté mondiale. Que l'Althalj souhaite demeurer plus secrète sur ses intentions, n'est aucunement de notre ressort pour nous en indigner : en effet vous confirmez devant nous une concordance sur l'importance de justice, de gestion des armes excessivement dangereuses que sont les bombes bactériochimiques mortelles, et de la nécessité, pour le bien des générations présentes et futures, à ce que les ponts soient restaurés entre les Kabaliens divisés par cette colonisation.

La ministre fit une pause, laissant le soin de compléter à Fatma Jebbar Ramdhan. La jeune secrétaire du Majlis, exerçant au titre de cette fonction une ample connaissance des dossiers et une intelligence virtuose des positionnements politiques, prit la parole.

— En ce qui concerne l'aspect précis et concret de ces trois éléments essentiels que contient la Déclaration, il y a un vide qui reste à remplir ; et c'est justement là que, du point de vue de l'Azur, s'arrête l'autorité de toute communauté internationale de principe, au profit de négociations concrètes et basées sur la réalité, pour faire aboutir ces points. Autant que l'Azur ne se désintéresse pas de ces clauses, il ne prétend pas les dicter.

— De même que vous avez eu, Excellences Althajires, des paroles apaisantes à notre égard, nous en aurons au vôtre : en adressant l'une des épines qui a jusqu'à aujourd'hui blessé notre relation bilatérale et notre capacité à dialoguer sur ce premier plan. L'Ecarlate est un problème et des solutions doivent incessamment être mises en oeuvre. Nous pourrions discuter longuemment des meilleures clauses à adopter ou des postures à coordonner : néanmoins vérifions d'abord quelque chose de très important, dont la nuance, hélas, n'aura pas été comprise entre nous. L'Azur n'a pas vocation à être le ferment d'aucune guerre contre la Cramoisie. Planifier une reconquête violente, pilotée par nous, n'a jamais été notre objectif. En ce sens, les plans diplomatiques présentés l'ont été fait sincèrement. C'est d'être perçus comme des instruments d'une guerre à venir qui les a affaiblit à vos yeux, ainsi qu'aux yeux d'un grand nombre d'Etats pusillanimes.

— Il faut pourtant bien faire quelque chose.

C'était Amra qui venait de couper Lubna. Celle-ci lui lança un regard avant de reprendre.

— De même que nous ne voulons pas de la guerre, hélas nous n'avons pu l'exclure. Car autrement de quel levier disposer sur la situation ? Comme nous le voyons, il n'y a nul langage diplomatique, économique ou politique qui puisse infléchir la volonté de la Colonisation. C'est donc ce double défi que l'Azur a relevé jusqu'ici : ne jamais mettre le doigt dans l'engrenage d'une guerre, en collant d'aussi près que possible à ce scénario, afin que tous, en Cramoisie, dans notre opinion publique, et dans le monde, conscientisent l'évidence : s'il n'y a pas de justice, il n'y aura pas de paix.

Elle proposa un deuxième service de thé.

— Quels que soient les désaccords et les risques qui ont émaillé la période récente, nous pouvons constater que pour l'Althalj comme pour l'Azur, les irritants essentiels ont été évités. D'une part il n'y a eu aucune frappe de l'Azur, ni d'ailleurs d'aucun pays, contre la R.A.D., ce que vous venez d'énoncer comme une potentialité déplorable. D'autre part, il n'y a eu nullement d'abandon du sujet sur le plan diplomatique et politique. Aujourd'hui, la mission diplomatique althaljire et finejourie se déroule sans obstacle causé par l'Azur ou bien par d'autres pays. Finalement, nous tenons ensemble une ligne de crête qui fonctionne et cela mérite d'être souligné.


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— Vous l'avez dit, de nombreuses questions s'amoncèlent et c'est aujourd'hui le rôle que l'Althalj s'est donnée d'y apporter des réponses par l'observation et le dialogue des autorités sur place. Le Diwan l'accepte. Nous ne souhaitons aucunement que les immigrés carnavalais en Afarée, conduits là par errance et mégalomanie de la colonisation, souffrent davantage de conséquences délétères. Avec l'aide de Dieu l'Althalj pourra apporter des réponses aux questions qui s'amoncèlent et sur ces réponses, tous participeraient à bâtir des solutions d'une paix pérenne et d'une justice. Le Diwan s'interroge seulement sur le calendrier et les modalités de ce processus. Avec des éléments tangibles, celui-ci serait défendable auprès du Conseil afaréen de sécurité et du Sérail.

Une brise fraîche descendant de la montagne, passant encore à travers les buissons de thym et de tamaris épars, amena les parfums frais d'une pluie récente et le souffle légèrement glacial des hauteurs. Les voiles des tentures s'agitèrent.

— Nous vous remercions également d'avoir noté l'importance suprême du moratoire sur les expériences Dalyoha en Afarée. Le Diwan n'ignore pas la nécessité de faire face à la dévastation de l'Ecarlate pour que les habitants, quels qu'ils soient et sans considération à ce stade des modalités institutionnelles de leur présence sur le territoire, puissent vivre dans un pays détoxifié, fertile et viable. Heureusement, de nombreuses solutions alternatives à la toute-puissance Dalyoha existent, et de mieux en mieux nous espérons que les populations dépendantes de la R.A.D. puissent les saisir. Dans tous les cas, l'Afarée ne jouera pas selon les règles de Carnavale.

Al-Qasîmi eut un geste de la main, comme si elle chassait une mouche, ou promettait quelque chose.

— Ce premier plan de notre dialogue s'annonce bien. Car de lui dépend le deuxième plan : le rapprochement de tous les pays à l'échelle continentale. En admettant une commune entente de vues sur la marche à suivre, l'Althalj et l'Azur rouvriraient la porte au dialogue continental entre le Pacte et le Forum, car c'est de ces deux organisations et de leur réconciliation que dépend l'unité réelle du continent, en incluant, avec optimisme, les Kabalies et tout autre pays ou enclave qui s'y trouverait. L'unité n'est pas une pétition de principe pour nous : c'est une nécessité que le dialogue permette à tous, à égalité, de déterminer les conditions du continent. Déjà notre Afarée est en pleine renaissance, un exemple dans le monde, issue d'une longue tradition initiée par l'Althalj, perpétuée aujourd'hui par un grand nombre de nos Etats volontaires.

Ramdhan reprit le fil du propos.

— C'est en ce sens que nous souhaitons interroger, comme cette épine écarlate se trouve au coeur de tout dialogue continental, comment le Forum de coopération nord-afaréen envisage la participation à une conférence internationale en Baskonia, tel que ceci a été proposé, sur la question de l'Ecarlate. Et ainsi, ce que le Forum en attend, de même, savoir ce qu'il attend de l'Azur dorénavant que le dispositif d'embargo sur les importations d'armes contre la R.A.D. semble avoir montré ses limites.

Sur ces mots, Fatma intercepta un regard lancé par Amra, dont une goutte de jus de grenade coula le long de la lèvre comme une larme de sang.


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Le silence prit place et avait peut être été plus long qu'escompté.

La qari Sofines Berek échangeait quelques regards avec la Qari comme si elles se comprenaient sur la suite et les réponses à apporter aux questions de la délégation d'Azur.
Les détails importaient, Azur souhaitait comprendre l'instance qarienne, la posture d'Icemlet et par cette entremise ce qu'elle se disait à huis clos au sein du Forum de Coopération d'Afarée du Nord sur l'Ecarlate et en parallèle du Pacte Afaréen de Sécurité.

Chaque chose en son temps, la qari Sofines Berek reprit la parole.


La Déclaration mondiale sur la Cramoisie ou la Déclaration commune sur le problème de la Cramoisie et ses solutions entre dans les initiatives internationales visant à sonder et trouver légitimité dans l'opposition et la mise en place d'actions face à la catastrophe de la Cramoisie. Elle a rassemblé en effet de nombreuses nations qui ont donné une réponse consultative plus qu'une réelle affirmation et profession de foi. Elle faut commencer quelque part et cette initiative n'a aucune été dénigrée. Icemlet s'inquiète généralement de l'utilisation d'un aval consultatif international.
Le contenu de cette déclaration a marqué la Sororité et la Maktaba qui, bien qu'elle rejoint la communauté internationale dans le désarroi émotionnel et se sent un devoir de ne point négliger l'ignominie, se sont abstenues de formuler une réponse à cette déclaration du fait de l'article 3. Les Tamurt n Althalj ne reconnaissent pas les objectifs de décolonisation portés par le Pacte Afaréen de Sécurité comme leurs.
Elle doit être claire que les objectifs de décolonisation en Afarée sont à discuter, les moyens entrepris à discerner. Le FCAN a en partie statuer sur un tel point en acceptant des Etats Partenaires issus de la colonisation précédente de l'Afarée. A ne pas confondre avec la néocolonisation et l'initiative de la Clovanie au Gondo... Un sujet à débattre plus tard, mes avis.


La Qari Ijja Shenna fit un petit geste avec ses doigts, comme un réflexe et la qari Sofines Berek passa à la suite, avec une fluidité parfaite.


La diplomatie du PAS a certes déconcerté les Tamurt n Althalj qui en lisant ses Plans ne voyaient qu'une issue possible dés lors que l'Ecarlate ne pourrait vraisemblablement coopérer et satisfaire ses demandes entières dans le contexte actuel : l'action armée se dessinait à terme et en cela l'avertissement et la demande d'Icemlet de prendre du recul sur la rationalité du PAS faillit. Les logiques du PAS peuvent être aussi un sujet de débat, et nous saluons l'action de trouver solution et accompagner sans effacer la contrainte afin d'obtenir un objectif clair de finalité. Nous ne remettons pas en cause la sincérité de l'approche. Le rapprochement entre des clauses et objectifs sincères et une rationalité qui ne peut que converger vers un échec diplomatique et donc une action armée place les nations du PAS au sein même des responsabilités d'une partie de l'augmentation des tensions et de l'escalade verbale et potentiellement à terme militaire. Certes désigner le PAS comme le ferment belliciste ne peut être écarté si nous en croyons certaines déclarations de ses membres vis à vis de l'Ecarlate, toutefois le catalyseur par maladresse et parce que ce destin est réservé à une droiture...

Est ce que les Tamurt n Althalj ont une meilleure approche ? Ilâh nous le dira.
Pour ce qui est du calendrier et des modalités du processus, nous entendons les frustrations. La voie actuelle prend du temps et nous ne pouvons affirmer que nous aurons toutes les réponses et conclusions dans un temps imparti. Peut être que le Royaume du Finejouri a une vue plus structurée que le Roi partagera au PAS quant au jalon de conclusions. Icemlet ne se donne pas le temps de la complaisance, mais bien le temps de la compréhension et réflexion. L'Ecarlate dispose d'une nouvelle gouvernance, qu'est ce que cela signifie sur le terrain ? Nous y travaillons.


Des ombres passèrent par dizaines sur le sol de la pièce illuminé par le soleil d'Azur. Les oiseaux volaient en groupe et formaient de belles ondulations dans le ciel épargné par les nuages gris se reposant le long des hauts reliefs.


Nous ne pouvons parler au nom du Forum en ce qui concerne le deuxième plan.
Elle n'est nullement nécessaire de réitérer des excuses quant aux évènements qui ont entaché nos relations, néanmoins la posture d'Icemlet est claire. Nous espérons mieux, nous escomptons améliorer la coopération entre l'Althalj et Azur. Elle ne faut pas oublier que la confiance a été brisée et rebâtir celle-ci ne se fera pas par ce seul entretien.
La méfiance qui s'est dessinée est peut être parallèle à celle de certains membres du FCAN qui refusèrent l'adhésion de certaines nations Afaréennes en son sein du fait de valeurs ou actes contraires à ses membres et ses intentions. Le FCAN ne peut pas actuellement travailler main dans la main avec des nations membres du PAS qui n'établissent aucunement une sphère de stabilité et prospérité régionalement.
Les Tamurt n Althalj peuvent concevoir néanmoins que le FCAN participe à une conférence internationale sur l'Ecarlate. Peut être que les conclusions seront instrumentales avant un tel évènement.
Icemlet ne connaît guère la posture de Baskoal Herria qui reste très discrète de manière générale. Cette proposition de médiation qui entre dans les moeurs historiques ne dispose de peu d'exemples récents de succès...


La Qari Ijja Shenna posa sa main sur celle de la qari Sofines Berek et précisa avec une voix douce.


... mais pourquoi pas en effet. Le FCAN sera consulté.


Et de but en blanc,


Si Ecarlate répond positivement, dans des latitudes d'acceptabilité quant aux nombreux points de stabilité, de politique, d'environnement et de justice, quelle sera la posture du PAS vis à vis d'une nation de Kabalie Rouge ?
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— L'Azur s'attend à de bonnes surprises de la part de la Kabalie rouge.

Amra sollicita d'un geste un servant, qui fit couler, depuis la tige argentée d'un arrosoir, un filet d'eau claire sous lequel elle fit passer ses doigts maculés du jus de grenade.

— Qari Sofines, let's agree to disagree, comme on dit à Tanska.

Lubna Sharim al-Qasîmi regroupa ses mains sur ses genoux, et reprit, à la suite de la prise de parole des Althaljirs, le fil de la conversation.

— Vous avez dit : Icemlet s'inquiète de l'utilisation d'un aval consultatif, en exprimant votre scepticisme vis-à-vis du multilatéralisme qui s'est manifesté contre la Cramoisie. Il y a là une divergence qu'on peut constater sans en déduire une adversité entre nos Etats. De votre côté, l'attitude consiste à participer le moins possible aux ensembles collectifs et aux mouvements associant une pluralité de pays, par prudence vis-à-vis de la direction que ces mouvements peuvent prendre du point de vue de votre propre intérêt. C'est une position que nous constatons partagée par bien des Etats sur la planète, l'Azur n'a aucune intention de vous en blâmer. Pour autant, le Diwan, tel qu'il est présidé depuis trois ans par Jamal al-Dîn al-Afaghani, notre Grand Vizir, privilégie justement le multilatéralisme. Nous préférons des mouvements d'ensemble, des coopérations, des alignements de plusieurs partenaires, plutôt que des initiatives solitaires. En matière de sécurité et d'équilibre stratégique, nous poursuivons l'objectif de construire ce multilatéralisme qui est à notre sens le plus efficace et le plus dissuasif contre les rogue states que sont les puissances unilatérales. Ainsi, naturellement, l'Azur s'est orienté vers une réponse globale, collective et partagée à la colonisation de la Cramoisie ; et ceci, non plus, n'est pas blâmable. Car vous pointez aussi avec justesse les écueils du multilatéralisme : lenteur des prises de décision, lisibilité des déclarations communes, risque d'incohérences entre les partenariats collectifs et des intérêts qui, pris séparément, apparaissent divergents. C'est une difficulté que le Diwan a pourtant choisi de relever. Naturellement, privilégier des actions unilatérales permet d'aller plus vite, et parfois de dire les choses plus clairement.

— On gagnera à renforcer l'unilatéralisme de l'Azur.

La ministre lança un regard à Amra qui venait d'intervenir, avant de reprendre son propos :

— Nous pouvons ainsi entre l'Althalj et l'Azur établir au moins ce gentlewomen's agreement pour reconnaître et accepter que nos façons de faire sont différentes, tout en souhaitant rendre réciproquement notre action plus lisible. En la matière de la Déclaration, puisque vous énoncez que l'irritant est le point numéro 3, je vous propose de comprendre ce qui est problématique, afin que l'Azur ne s'engage pas sur des voies incertaines quand il promeut devant l'Althalj des choses essentielles. Le point numéro 3 de la Déclaration mondiale sur la Cramoisie s'écrit ainsi :

3. L'entité est une menace politique. Elle est une colonie fondée sur un génocide et l'appropriation du territoire au détriment des populations autochtones. Elle est un affront au droit de tous les peuples à l'indépendance et à la sécurité. Elle est une offense faite à l'Afarée, à son histoire, à ses valeurs, et aux objectifs de décolonisation portés par le Pacte afaréen de sécurité.

Vous dites ne pas partager d'objectif de décolonisation. Il semble donc important de clarifier ce que l'Althalj considère au sujet de la colonisation en soit, dans la mesure où au-delà de la question cramoisienne, notre désaccord pourrait toucher à d'autres questions.

— Que faire de la colonisation, sinon lutter contre elle ?

Amra avait passé son bras le long du sofa, sa main gauche tenant ses jambes repliées. Sous son voile brillaient ses yeux noirs.

La ministre s'éclaircit la gorge.

— Au sujet du Pacte afaréen de sécurité, vous pointez une perception de bellicisme. Cependant, je crois nécessaire de redire à quel point le Pacte est une organisation d'Etats qui apportent chacun une représentation différente des choses et des propositions propres. C'est aujourd'hui notre partenaire à tous les deux, le Finejouri, qui en assure la présidence : à moins de considérer que le Royaume est un Etat belliciste, on ne peut généraliser l'attitude certes énergique d'un membre ou d'un autre du Pacte, à l'ensemble de ce collectif. Au contraire, le Pacte ne s'exprime en tant qu'organisation, qu'à travers des textes et des déclarations, non des opérations militaires. En cela, je vous prie, Qaris, de reconnaître la pluralité du Pacte que nous réussissons à faire vivre dans sa pluralité, dans sa diversité, et dans son accalmie vis-à-vis de la situation. Nous n'ignorons pas que des méthodes beaucoup plus expéditives que celles choisies par le Conseil afaréen de sécurité ont été mises sur la table. Qari, vous signalez que le Forum de coopération d'Afarée du nord n'est pas prêt à la coopération avec certains Etats qui promeuvent ces mesures expéditives, et si je lis votre cheminement de pensée avec loyauté, je comprends que c'est le Churaynn qui pose problème.

Lubna laissa la parole à Fatma Ramdhan, qui était contente de la prendre. La secrétaire des oulémas se redressa légèrement.

— De notre point de vue, le Churaynn n'est pas un problème, c'est un symptôme. Premièrement, il s'agit d'un Etat musulman cher à notre coeur. Deuxièmement, c'est l'un des Etats qui manifeste avec la plus grande clarté son refus catégorique de la colonisation de la Kabalie. Et bien que nous ne partagions pas son « style » si je puis dire — le Diwan a observé avec un grand étonnement la conduite du Churaynn vis-à-vis de l'Altrecht, fut un temps lointain, et le Sadr qui en est la figure principale, a de quoi susciter crainte et méfiance, mais aussi curiosité et admiration, selon d'où on le considère — le Churaynn n'en demeure pas moins pour l'Azur un partenaire fiable et opérationnel. Nous ne pouvons pas détacher le Churaynn de l'Afarée, son insertion dans nos schémas de coopération vaut mieux qu'une exclusion stérile à notre sens. Naturellement, d'autres Etats du continent restent frileux, mais le Diwan a bon espoir que le temps facilite la situation et rétablisse des relations appréciables. Cela demande du travail et de la maîtrise, mais l'Afarée a atteint un degré de maturité diplomatique inégalée depuis ces dernières années. Rien n'est perdu. En ce sens, nous croyons fermement qu'il est possible de déminer les désaccords, de poser les choses sur la table, et de travailler à un rapprochement, en gérant la question du Churaynn, et en gérant toutes les questions irritantes entre le Forum et le Pacte. Reste à déterminer si nous en avons la volonté : l'Azur, lui, a cette volonté.

— Tout ceci reste à travailler en détail, mais naturellement, l'Althalj et ses partenaires du Forum ont aussi des exigences légitimes. Ce que nous pouvons faire, c'est un accord global de concessions et de clarifications mutuelles. En dessinant un paysage continental, en traçant des lignes et nous engageant à les respecter, en posant des actes favorables, nous pouvons faire prospérer la confiance mutuelle. Ce qui est vrai pour le Churaynn l'est aussi pour l'Ecarlate.

La fraîcheur des orages fut entrecoupée d'un vent chaud du sud, qui fit souffler les plantes dans les pots et les arbrisseaux cultivés. A l'extérieur, la surface nacrée des feuilles des cultures reflétait l'éclat du soleil mat réapparaissant entre les nuages.


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Si Ecarlate répond positivement, dans des latitudes d'acceptabilité quant aux nombreux points de stabilité, de politique, d'environnement et de justice, quelle sera la posture du PAS vis à vis d'une nation de Kabalie Rouge ?

— Nous ne voyons pas différemment la résolution de la crise avec l'Ecarlate.

Amra reprit la parole.

— La crise n'est pas irrésoluble. Au contraire nous avons, parmi le désarroi et la colère que sème la persistance d'un régime colonial, des motifs d'espoir. La posture du Pacte, elle reste à définir par le Conseil ; mais la posture du Diwan, elle, est celle de l'ouverture, suivant un principe général évident : celui du changement. Ce changement est déjà en cours. Par la grâce de Dieu, les Kabaliens sont aujourd'hui la partie de la population la plus avancée, la plus intelligente, la plus cultivée, la plus diverse et la mieux préparée à la conduite des affaires. Les colons carnavalais n'ont aucune voix au chapitre. Il n'y a que ces actionnaires, qui ponctionnent encore des profits et régimentent la R.A.D., qui demeurent pour nous une ligne rouge : nous n'acceptons pas, depuis le début, cette dépendance de la Kabalie vis-à-vis d'entités carnavalaises. Ce lien devra être coupé car il constitue une laisse attachée au cou non pas des seuls Kabaliens, mais de l'Afarée toute entière.

Le vent faisait s'ébouriffer les tissus, dont les coins froissés se ballotaient comme des petits papillons.

— L'attitude dominatrice de Carnavale n'a pas à prévaloir sur notre continent. La Kabalie rouge vaut mieux que cela et elle est capable de mieux que cela : aujourd'hui, le renouveau kabalien, la réappropriation de leur culture par les habitants, la redéfinition du pays et de ses objectifs sur la base de sa réalité afaréenne, sur la célébration de sa culture nomade, témoignent qu'un changement autonome est possible. Il n'y a qu'à créer les conditions de son épanouissement total. Là-dessus, la religion d'Etat luciférienne, qui prétend s'imposer face aux croyances précoloniales, dont l'islam fait partie, n'est qu'un reliquat autoritaire et colonial inopportun. Il faut que l'Eglise luciférienne soit séparée de tout pouvoir régalien en Kabalie : libres sont ceux qui adhèrent à cette foi de la professer, mais leur vision hégémonique n'a pas le droit de dénaturer la libre aspiration des Kabaliens — et des autres colons qui se trouvent là, victimes de l'Histoire — d'exercer leur foi traditionnelle.

Al-Qasîmi se pencha vers les Althaljires.

— La position de l'Azur n'a rien d'une ingérence, nous constatons avec joie les Kabaliens réaffirmer leur existence et leur identité particulière. Aujourd'hui ils se lancent dans le commerce des dattes et des technologies nomades. Demain, Dieu sait quelles belles surprises ils nous réservent.

Elle ouvrit la paume en direction de la Qari.

— Ce que nous pouvons faire, c'est l'aider à se départir de ses vieux vêtements coloniaux, de ses raideurs, pour que la Kabalie redevienne la Kabalie.

Elle joignit les mains.

— La question cramoisienne n'est qu'une question de retour à la normale après un épisode de violence matérielle et symbolique. Elle peut être résolue sans violence. La mission d'observation que vous conduisez avec le Finejouri va dans ce sens. Cependant, tout ceci n'est pas à prévoir pour l'horizon 2050 : c'est à faire ici et maintenant, dans les délais parfaitement légitimes que tout le monde peut comprendre.

— Nous pouvons définir une perspective et un calendrier, estima Fatma Ramdhan, qui soit compatible avec ce que la R.A.D. peut et veut faire : mais sans perspective réelle et claire, les choses sont floutées, et deviennent suspectes.

— La position est claire ici, conclut Amra. Des négociations, sincères, pacifiques et optimistes, le plus rapidement possible, pour tracer la perspective, la baliser et clôturer la crise. Et tant que nous n'avons pas cette opportunité, l'Azur ne pourra que constater l'approfondissement de la crise, et prendre les mesures nécessaires pour sa propre sécurité. A ce propos, nous restons, avec tranquillité et vigilance, sous la menace du Pape Noir. La main qui peut caresser les roses n'est pas loin du fourreau.

— Il serait plus simple de nous adapter si nous savions plus précisément à quoi nous en tenir au sujet de l'Althalj, de la R.A.D., de la mission d'observation. Des concessions ont déjà été faites et l'Azur est du côté de la solution : nous pouvons vous aider à assouplir les choses. Sans proposition plus concrète, en revanche, nous ne pouvons que travailler sur des scénarios moins compatibles avec votre vision des choses. Le Diwan est en attente d'un plan de sortie réaliste.

Lubna essuya les plis de sa robe du dos de la main.

— Tout ceci pourrait n'être qu'anecdotique, soupira-t-elle. Car je m'apprête à vous proposer dans un détail plus stimulant. Parlons de coopérations, parlons de reconstruction écologique. Nous pensons que l'Althalj a des moyens à faire valoir. L'Azur, lui aussi, innove. La reconstruction écologique, les partenariats économiques, nous pouvons en faire une planche de salut après le génocide. La réconciliation dans l'émulation positive est la meilleure façon de résoudre les problèmes.



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