01/02/2020
16:55:18
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[Estalie-Karty] Aux frontières du socialisme

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Il y avait trop de fronts. C'était l'intuition que Mila Horny pressentait lorsqu'elle analysait la carte du continent eurysien depuis son bureau de Commissaire aux Relations Extérieures. Les ennemis réels comme potentiels se multipliaient à vue d'oeil et pour cause, selon elle, c'était l'évolution logique des choses. L'Estalie a toujours été agressive depuis 2013, c'est sa ligne de conduite à l'étranger depuis plusieurs années maintenant et bien qu'on puisse supposer que les Estaliens ne se "débrouillent pas trop mal" pour une nation encore isolée et en proie au marasme économique il y a six ou sept ans de cela, selon les dires de son ancienne mentor Volkiava, actuelle Présidente de la Fédération, Horny était de loin beaucoup plus pessimiste que sa prédecesseuse sur le sujet. Il était politiquement impossible de faire marche arrière : l'Estalie était sur la voie de la guerre, elle était structurellement faite pour aller dans ce sens, il faudrait sûrement une seconde Révolution pour l'en faire détourner de ce chemin. Et c'est pas demain la veille que ça se produira. Or, Mila sait aussi que plus l'Estalie étendra son influence, établira des régimes révolutionnaires, consolidera ces derniers et amènera ses armées toujours plus loin en Eurysie et même ailleurs, plus la réaction tentera inévitablement de lui barrer la route. Les exemples fusent dans l'histoire récente estalienne et montrent au fur à mesure que pour chacun de ces cas, la puissance à affronter devient proportionnellement plus importante : d'abord la Kartvélie réactionnaire, puis les révisionnistes en Translavya, puis les réactionnaires de Slaviensk, puis encore les fascistes hotsaliens, puis encore après la toute-puissance onédienne libéralo-capitaliste. Chaque année qui passe, un nouvel ennemi, souvent plus puissant que le précédent et contre lequel la Fédération lutte de toutes ses forces. Tantôt elle temporise pour mieux revenir après, tantôt elle envoie toutes ses forces et risque la vie de milliers de ses enfants dans des pays où l'Estalie n'a souvent jamais mis les pieds du haut de ses 1300 ans d'histoire. Pourtant, elle est là. En Kartvélie, en Retsvinie, en Barvynie, en Kaulthie, en Altrecht, en Translavya, en Hotsaline, jusqu'aux tréfonds de la Ramchourie, elle est là, elle lutte avec le peu de moyens qu'elle dispose parfois face à des ennemis d'une arrogance et d'une force bien supérieure mais elle lutte et elle triomphe. Pourtant, combien de temps avant que l'Estalie ne se prenne le mur ? Combien de temps avant qu'une nouvelle frappe de missiles ne frappent les villes estaliennes et tuent des dizaines de ses camarades ?

Aujourd'hui, le cas qu'elle devait affronter s'avérait plus...simple. Simple car elle devait affronter un ennemi qui avait déjà été affaibli de nombreuses fois avant même qu'elle ne prenne ses fonctions : en Kartvélie, en Retsvinie et au Garmflüßenstein, le Bloc Nationaliste Eurysien n'était pas perçu comme une menace proche et directe, bien que son caractère idéologique fasciste créait de facto une forme d'antagonisme entre l'Estalie et les pays membres de cette organisation. Mais contrairement à des ennemis plus imposants comme l'OND, le Bloc Nationaliste Eurysien ne figurait déjà plus dans la liste des menaces existentielles à la Fédération ; cependant, faiblesse de la menace ne signifie pas absence de nuisance de leur part. L'Eurysie Centrale, les Estaliens le savaient depuis longtemps, est une véritable poudrière. Mistohir est théoriquement toujours en état de guerre contre l'Hotsaline et Teyla, la Kaulthie et l'Altrecht sont toujours sous la menace persistante d'une attaque armée et puis la guerre en Eurysie de l'Ouest ne limite pas ses conséquences à la seule région antarienne car la possible intervention d'autres acteurs dans le conflit peuvent faire porter la guerre jusqu'au sol kartien. L'Eurysie Centrale est cette forme de barrière opaque et illisible qui sépare une Eurysie de l'Ouest divisée en différentes sphères d'influence concurrentes et une Eurysie de l'Est où l'Estalie fait figure d'hegemon difficilement contestable et très conservateur quant aux ingérences sur ce qu'elle considère depuis lors comme son précarré. Bien sûr, personne, pas même au Questan, ne le formule de cette manière et dans les faits, rares sont les ingérences estaliennes dans les pays situés dans la région tant qu'ils ne sont pas ouvertement hostiles à Mistohir, mais Mila se rend bien compte de la position de première parmi les pairs de l'Estalie dans cette région que la Fédération veut préserver absolument, quitte à employer la force si nécessaire. La barrière nord-sud que forment les pays centro-eurysiens entre l'ouest et l'est du continent, c'est une forme de containement que l'Estalie veut conserver le plus intact et contrôlable possible, notamment en évitant que quelques malins décident de s'installer dans cette région comme base d'avant-garde pour frapper au cœur du dispositif estalien. C'est en quoi elle devait travailler aujourd'hui. L'Estalie avait beaucoup trop joué la montre pour prétendre se positionner sur le conflit en Eurysie de l'Ouest et Mila se rendait bien compte que prendre position sur le sujet ne mènerait à rien : il ne satisferait ni les attentes disproportionnées des Loduariens de recevoir une aide que les Estaliens se gardaient bien d'envoyer au casse-pipes et il ne satisferait pas le besoin évident des Kartiens de ne pas finir isolés diplomatiquement en Eurysie après la guerre contre la Loduarie, d'autant quand le soutien de l'OND contre la Loduarie n'a jamais été aussi incertain (ironique venant des plus grands adversaires du secrétaire Lorenzo ?). C'est pour cela que Mila avait en partie jeter le dossier à la poubelle : toute prise de position de Mistohir ne peut, d'un point de vue matériel et politique, être assumé sur la durée, autant choisir la neutralité et observer de loin. Dans ce cas, pourquoi elle devait rencontrer les Kartiens aujourd'hui ? Ah oui, les fascistes.

Elle fit glisser au centre de son bureau le dossier que le SRR lui avait fourni sur la Vahrénie. Toutes les informations compilées dans quelques pages. Pour avoir vu les tonnes de dossiers que le SRR avait fourni sur Karty, la Kaulthie ou encore la Translavya, elle se doutait bien que le SRR se gardait bien encore d'envoyer ses agents là-bas. Pas nécessairement par crainte, les agents du SRR sont des fanatiques prêts à mourir pour la bonne cause et ils ont mis le pied dans des endroits plus dangereux que ça, mais surtout parce que le sort de la Vahrénie a déjà été acté avant même d'avoir eu le temps de se transformer en débat politique. L'invasion militaire pure et simple était vue comme une évidence dans toutes les institutions, d'autant quand les principaux mouvements de résistance du pays ne sont pas franchement alignés sur l'Estalie et ont plus de chances de tomber dans les bras de l'OND plutôt que de rester gentiment neutres. Les libéraux ou les fascistes ? Dans tous les cas, l'option de faire chuter le régime en interne était déjà vu comme une mauvaise idée, au pire comme une perte de temps et de moyens que le SRR pourrait mettre à contribution ailleurs. Sauf que l'Estalie n'est pas la seule à avoir les fasciste en ligne de mire : Karty semble tout aussi inquiète d'avoir un régime eugéniste à leurs frontières et ça peut se comprendre d'une certaine manière.

Le flux de pensées de la Commissaire fut interrompue par le bruit sourd de la porte de son bureau. De celle-ci entra une femme en uniforme, la générale de division Sonia Jankovic, générale de la 6ème Division Mécanisée, les fameux "Sabres de la Liberté", une des meilleures divisions de l'Armée Rouge et à priori une des formations blindées et mécanisées les plus puissantes au monde. C'est également cette division qui avait combattu en Retsvinie les Rimauriens et la Junte de Severopol. C'était en soit la candidate idéale pour parler militairement du sujet : qui de mieux qu'une professionnelle de l'élimination du fascisme pour parler d'une opération militaire antifasciste ? Cela dit, avoir comme binôme une officière supérieure de l'Armée Rouge dans une rencontre diplomatique, ce qui était exceptionnel dans l'histoire de la Commission aux Relations Extérieures, l'a mettait un peu mal à l'aise, la Commissaire a toujours été suspicieuse de l'ingérence militaire dans la diplomatie internationale, une affaire qui a plus que jamais besoin de l'assentiment et de la gouvernance civile afin qu'elle préserve à tout prix la légitimité des institutions fédérales dans leur rôle protecteur de l'ensemble des communes de la Fédération, et non pas comme simple instrument de l'Armée Rouge qui s'en sert bon gré mal gré en fonction de ses impératifs stratégiques. Cependant, on ne lui avait pas envoyé la pire des militaires. Jankovic était une femme calme, assez conciliante et profondément attaché à la Révolution, bien que très cynique sur les bords. Mila aurait pu tomber sur pire, sur un husakiste radical intransigeant du Comité de Défense Internationale typiquement mais de son point de vue, Jankovic était à la limite de l'apolitisme que l'on attend d'un militaire, ce qui avait le don de la rassurer. Mila se releva :

"Générale...
- Oh, je vous en prie, camarade commissaire, restez assise...
- Tout est prêt ?
- La salle où se tient la rencontre est bientôt prête, de ce que j'ai vu.
- Et les Kartiens ?
- On m'a indiqué au téléphone qu'ils seront bientôt là. Leur avion est en train d'atterrir à l'aéroport international et le convoi les amèneront jusqu'au Questan.
- Parfait.
"

Mila se rassoit sur son siège, continuant d'analyser le maigre dossier vahrénien. Sonia s'assoit sur la chaise juste en face.

"Vous êtes confiante, camarade commissaire ?
- Normalement, oui. Les Kartiens ne sont pas les plus têtus sur ce continent. Il y a pire qu'eux.
- Ce n'est pas faux. J'aurais tendance à me méfier, ils ont quand même pactisés avec le Diable une fois, rien n'empêche que cela se reproduise.
- Peut-être mais ils se sont rétractés immédiatement.
- Sous contrainte. Je doute que si la Loduarie mobilisait la majorité de leurs efforts de guerre et que nous étions moins puissants, Karty aurait obtempéré de la même manière.
- Ce n'est pas le moment de s'inventer des scénarios alternatifs, générale. Mon petit doigt me dit que vous n'avez pas non plus envie de vous en faire des ennemis non plus.
- Bien sûr que non, mais de là à s'en faire des alliés.
- Nous verrons bien quelles sont leurs intentions, j'aviserais en fonction. Je compte sur vous pour tout ce qui est...détails militaires.
- C'est mon rôle, bien vu.
"

La Commissaire esquissa un sourire face à la réponse sarcastique de sa collègue. Elle se leva et boucla le dossier vahrénien. Elle reçut une notification sur son téléphone. Les Kartiens seront bientôt là. Elle se dirigea en dehors de son bureau, la générale Jankovic commença à suivre la commissaire jusqu'à l'entrée du Questan, le siège de la Commission aux Relations Extérieures, attendant le convoi qui devait amener les Kartiens de l'aéroport jusqu'au Questan, en plein centre-ville de la capitale estalienne.
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AlinéaPour Karty aussi, il y a trop de fronts. Angèle est bien circonspecte face aux conjonctures qui se présentent à son pays. En premier lieu, évidement, la Loduarie. Jusqu'à lors, la République Fédérale Kartienne, ou ses régimes d'antan, se sont toujours montrés défavorables aux interventions extérieures. La raison est simple mais elle n'a jamais été évoquée, chaque membre de l'appareil étatique -quel qu'il soit- avait toujours été unanime à ce sujet: Le pays n'était pas prêt. En 2014, Karty pouvait être considérée dans la tranche des pays les plus faibles au monde. Aujourd'hui, en 2018, l'un des plus puissants. 4 ans seulement pour se hisser parmi les plus grandes forces du globe. Et les Kartiens sont fiers de ces progrès, pour sûr ils le sont. Mais pour les fins analystes, il y existe quelques ambiguïtés, des revers à la médaille. D'abord, une telle militarisation avait fait réellement défaut à certains secteurs, notamment en ce qui concerne la santé et le domaine spatial. Le grand affût économique a permis la nouvelle constitution, soit la santé pour tous. Pour ce qui est de l'espace, Karty ne paraît tout simplement pas dans la course. Encore faudrait-il avoir la volonté de s'y mettre, nombreux sont les élus à juger un investissement en la matière complétement délusoire, enfantin et insensé: il serait bien servile de trouer les budgets pour une course qui sert irrémédiablement à bien peu de choses, il a mieux fallu investir dans l'économie sociale et solidaire, beaucoup plus concrète. Ensuite, une autre retombée à cette remilitarisation: S'il a fallu seulement 4 années à Karty pour devenir une puissance incontestée, cela ne peut que montrer que l'équilibre mondial n'est qu'une illusion.

Le peuple le sait, les diplomates, philosophes et élus aussi. Et plus encore Angèle Orlovski, la femme ayant particulièrement aidé à la naissance du régime socialiste, dont elle est la représentante. Ainsi, lorsque l'on lui parle de stabilité, d'organisme international, de diplomatie même, il y a toujours ce goût amer. Tout pouvait, et peut encore, s'écrouler à la moindre seconde. 4 ans, c'est ce qu'il a fallu à Karty pour inspirer la crainte. C'est ce même raisonnement qui permet de mesurer l'amplitude de l'aide Kartienne à sa sœur Antarienne. Même si la Loduarie vient à contrôler l'Etoile demain, elle ne pourra asservir son peuple éternellement. Tôt ou tard, la tyran périra, le peuple Antarien se soulèvera, l'aide Kartienne triomphera, la Loduarie s'écroulera. Le camp Antaro-Kartien ne doit gagner qu'une seule fois pour empocher la victoire, à contrario de la Loduarie qui ne doit jamais s'assombrir. C'est pourquoi Volkingrad, en plus de sa diaspora en Antares, de sa considération fraternelle et de ses accords, emploie l'ensemble de ses moyens pour aider l'Etoile. Cette même aide a, cependant, empêché l'ouverture d'autres fronts. Le Dyl'Milath s'est vu exclure de la sphère Kartienne par sécurité, tout comme la Poëtoscovie qui s'est embourbée dans une mauvaise passe, très certainement guère passagère.

Les moyens employés sont grands, Karty est une puissance. Angèle ne doit point perdre de vue ce qui s'apprête à se dérouler, cette entrevue avec les Estaliens. Elle n'est pas dupe, si cette dernière est organisée, c'est en grande partie par la puissance de son pays. L'intérêt Estalien est facilement décelable, répandre la Révolution à travers ciel et obtenir sa sphère d'influence: Kaulthie, Altrecht... La Fédération Estalienne se heurte cependant à Karty, qui ne peut tout simplement pas tomber dans cette sphère puisqu'elle possède la sienne. Il faut donc avoir diplomatie. Au delà du cas de la Vahrénie, les relations Estalo-Kartiennes changeront après cet événement, c'est chose certaine. La République Fédérale va devoir jouer ses cartes finement, comme son homologue Estalienne. Fort heureusement il ne s'agit pas d'un jeu de cartes au pur hasard du tirage, plus une partie d'échecs. Karty peut préparer ses coups en avance, avoir des cartes dans sa manche. Avant même de préparer son jeu, il a fallu décider de la personnalité qui accompagnerait Angèle. Indiscutablement, l'entrevue traitera de sujets militaires sur la Vahrénie. Il faut conséquemment qu'un militaire se joigne, mais qui ? De la Vorna ? De l'état-major ? Du Kray ? De la Kaldrika ? Lorsque cette question se pose, le Gouverneur chargé de représentation se tourne généralement vers la Commissaire à la Défense puisqu'elle est la représentante des armées Kartiennes. Heureuse circonstance, Taliska est indisponible, occupée à la sécurisation de l'arrivée des dignitaires Antariens en Karty. Si le panel de choix peut s'étendre de l'amirauté -avec l'Amiral Kenway- jusqu'aux renseignements -avec Katarzyna notamment-, Angèle a fait le choix de la Générale Ernova: Chargée de coordonner la flotte aérienne de Karty.

«Je m'interroge sur ton choix, Angèle.»
«Lequel ?»
Dit-elle en penchant légèrement sa tête sur le côté, d'un ton interrogateur.
«De m'avoir choisie.»
«Taliska n'était pas disponible.»
«Contente d'être la bouche-trou alors.»
«Ne me fais pas dire ce que je n'ai pas dit...»
«Que peut-on attendre des Estaliens ?»
«Une grande réticence au début, c'est quasiment certain. Ils voient d'un très mauvais œil notre ancien positionnement avec la Vahrénie, je tâcherais de corriger le tir à ce sujet.»
«Et après ?»
«Ils voudront discuter de la Vahrénie, peut-être même d'un plan d'attaque à la vue de leurs écrits. Somme toute la raison de ta présence...»
Un légère pause s'installa dans la conversation, brisée par Angèle.
«Je te remercie d'avoir pu te libérer, la troisième sur la liste était Katarzyna.»
«La folle furieuse de la sécurité intérieure ? Et bien... Tu m'en dois une.»

...
Et les Kartiens arrivèrent en Estalie...
Générale Zorya Ernova
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Questan.
Questan, siège de la Commission aux Relations Extérieures de la Fédération des Peuples Estaliens, Mistohir.


De l'autre côté de la Rue de la Victoire, on pouvait déjà apercevoir le convoi diplomatique qui approchait doucement du portail de l'entrée du Questan. Les Kartiens approchaient, la Commissaire examina sa collègue à ses côtés afin d'y déceler, peut-être, une quelconque intention malveillante de la part de la générale. La rivalité interservices dans ce pays était quasiment une tradition et à vrai dire, se tirer dans les pattes est une prédisposition estalienne plus ancienne que la Révolution de Novembre. Jankovic était peut-être la plus conciliante des officiers supérieurs qu'elle pouvait avoir à ses côtés pour une telle réunion, Mila n'était pas à l'abri que la générale se permette de placer une ou deux phrases diplomatiquement...douteuses. Connaissant le tempérament de tous les élèves de l'Académie Militaire Révolutionnaire, surtout quand ils sont majors de promotion comme Jankovic, on pouvait s'attendre à tout. Argh, et puis merde, c'était son travail de s'assurer que l'Armée Rouge n'empiète pas sur ses prérogatives et reste limité à son strict domaine militaire, elle ne devait pas s'inquiéter autant. Les officiers de l'Armée Rouge sont virulents, certes, mais pas stupides. Il faut qu'elle fasse confiance à sa collègue, avec tout ce que cela implique, son inquiétude face aux affaires internes ne doivent pas empiéter sur sa mission à l'extérieur. Quelle image donnerait-elle de la Fédération, sinon un amas de communes avec un gouvernement fédéral incapable de se faire entendre ?

Le convoi kartien s'arrêta alors en face de l'entrée, en sortit Angèle Orlovski. Prévisible jusqu'à-là, ça prouvait déjà que les Kartiens prenaient la rencontre au sérieux. Puis derrière elle sortit du véhicule une femme en uniforme. Les Kartiens avaient eu la même putain de brillante idée que le Congrès d'accompagner la réunion sous un regard militaire. La Commissaire allait devoir maintenant gérer le tempérament de deux militaires au lieu d'une, en espérant au moins que les militaires kartiens sont un peu plus sobres que ce qui sert dans l'armée de son pays. Mila se tourna vers sa collègue alors que les Kartiennes s'approchaient en marchant :

"Vous savez qui c'est ?
- La Gouverneure ?
- Non, celle à côté.
- Sa tête me dit vaguement quelque chose, je crois l'avoir déjà vue dans les dossiers du SRR, en tout cas de ce qu'ils m'ont laissés entre les mains. Ils sont pas...
- Pas très bavards, oui, j'en sais quelque chose.
"

Finalement, la délégation kartienne arriva à bonne distance, la Commissaire s'approcha à son tour et tendit le bras pour une poignée amicale envers ses homologues centro-eurysiens :

"Mesdames, je vous souhaite la bienvenue en Estalie, je suis la Commissaire aux Relations Extérieures de la Fédération des Peuples Estaliens, je serais votre interlocutrice principale au cours de cette entrevue. Je vous présente à mes côtés la générale Sonia Jankovic, de l'Armée Rouge.
- Mes respects, mesdames.
- Elle se chargera de répondre à toutes les interrogations de nature militaire qui pourraient advenir au cours de cette entrevue. Je vous en prie, nous avons une salle prête pour accueillir la rencontre.
"
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Citoyenne Angèle Orlovski

AlinéaS'il était vrai que la présence de la citoyenne Orlovski témoignait d'une réelle prise au sérieux, la présence militaire Kartienne différait profondément de celle Estalienne. Là où il semblait s'ancrer une sorte de disparité -ou même un affrontement- entre la diplomate et la militaire, les deux Kartiennes travailleront ensemble. Car après tout, c'est bien Angèle qui a choisi qui l'accompagnerait, et non une nomination d'un comité externe. Cependant, dans les deux cas, il s'agissait de traiter l'affaire d'un pur angle militaire, le ton de l'entrevue était donné avant même sa première salutation prononcée. Les membres de l'état-major Kartien sont connus pour être sobres, oui, s'agissant d'un autre défaut de personnalité: L'on les qualifie avant tout de forts pragmatiques. Il y avait donc également une vision diplomatique et une militaire pour la délégation Kartienne, il fallait les concilier. Mais priorité aux ambitions d'Angèle car elle représentait le peuple: Elle communiquera les ambitions, volontés et obligations populaires et politiques.

«C'est un honneur d'être accueilli par Mistohir, dame Horny. Je suis Angèle Orlovski, je serais chargée, tout comme vous, de la représentation diplomatique lors de cette entrevue. La Générale Zorya Ernova traitera des volets militaires lorsqu'ils se présenteront...»

La Générale Kartienne se contenta d'un hochement de tête en guise de salutation, avant d'imiter Angèle en suivant les deux interlocutrices. Une fois toutes installées, les discussions purent commencer: Dame Orlovski laissa la parole aux Estaliens, puisqu'elle se trouvait en Estalie. De surcroît, le cas de la Vahrénie sera le principal sujet, les Estaliens ont été à l'origine des échanges épistolaires.
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Une fois les présentations et les formules de politesse accomplies, les deux délégations entrèrent dans le complexe diplomatique du Questan. Sur le chemin de la salle où devait se situer la rencontre et les choses sérieuses, les Kartiens purent observer les couloirs du complexe qui avaient été visiblement aménagés pour attirer l'œil. Bien que cela faisait un siècle que le Questan n'était plus un musée à l'effigie des combattants morts dans ce même bâtiment durant la Grande Guerre d'Estalie de 1869-1873, le Ministère des Affaires Etrangères qui avait pris place en ces lieux après 1912 puis la Commission aux Relations Extérieures qui l'a succédé n'ont jamais vraiment osés toucher aux quelques oeuvres qui parsemaient les couloirs, que ce soit les peintures en l'honneur des combattants et des partisans estaliens, les photographies contemporaines des soldats et des civils et bien sûr, un nombre important de bannières de régiments kartaliens saisis à l'ennemi où on pouvait discerner, malgré le quasi-siècle et demi qui nous séparait, le sang séché dans le tissu de ces drapeaux qui faisaient autrefois la gloire d'une nation désormais disparue de la carte. Les Estaliens n'avaient pas besoin d'être socialistes à l'époque pour savoir faire la guerre, après tout. Peut-être que c'était le message que voulait donner ces œuvres ? "Ne finissez pas comme les Kartaliens", c'est ce que ce dédale de vieilleries semblait dire aux visiteurs en tout cas. Un avertissement, dans un lieu qui est sensé transpirer la convivialité et la diplomatie. En même temps, qui a envie de finir exposé dans un musée comme un fossile ?

Une fois arrivé dans la salle de réunion, elle aussi richement ornée, la Commissaire et sa collègue s'assoit de leur côté de la table et après que quelques personnes du service diplomatique aient apportés quelques rafraîchissements sur la table et que les Kartiens furent assis, la Commissaire ouvrit à nouveau ses dossiers. Il était temps pour elle de cuisiner ses invitées, après tout elle était là pour ça :

"Très bien, maintenant que nous sommes installées, je pense que l'on peut débuter correctement cette entrevue. En premier lieu et avant toute chose, je souhaite en premier lieu clarifier les choses avec vous, mesdames. En effet, comme nous vous l'avons fait comprendre en amont, l'Estalie n'a été guère très...enthousiaste à l'idée que Karty n'ait signé un accord de non-agression et surtout de protection vis-à-vis de la Vahrénie. Bien que vous soyez revenus sur votre décision, ce dont nous vous remercions sincèrement, je pense que vous êtes conscient que cet accord constitue un précédent qu'il est difficile pour moi ou pour le Congrès d'oublier facilement car cela implique que nous devions considérer votre pays comme pouvant possiblement passer des accords avec des nations ouvertement fascistes, qu'importe les raisons qui sont employées pour le justifier. En d'autres termes, nous avons besoin de garanties et je pense que c'est le point sur lequel nous devons discuter avant d'entamer tout autre sujet, qu'il soit de nature politique, économique ou militaire.

Sur ce point, je souhaiterais donc que nous explicitions ces garanties formellement, afin de nous lier ensemble par un accord diplomatique reconnu qui permettra au Congrès de se calmer les nerfs d'une part et permettra à l'Estalie de vous faire davantage confiance, et non seulement comme une variable inconstante dont il faut plus se méfier que faire confiance. Je pense ne pas être la première à vous faire savoir la réputation de votre pays quant à son...inconstance diplomatique. Je ne vous le reproche pas, chaque nation est souveraine après tout. Cela étant, nous donner des garanties qu'un tel accord aussi outrageant ne se reproduise pas permettrait d'établir un début de relation de confiance à l'Estalie qui permettra à notre gouvernement d'aller au-delà de votre réputation diplomatique ou des aprioris négatifs que mon administration peut avoir sur votre ligne diplomatique, des clichés que j'estime personnellement infondés mais ce n'est pas vraiment à moi de le démontrer.
"

Au moins, elle avait été directe dans son approche, c'est déjà ça. Tandis que la Commissaire énumérait la position diplomatique estalienne, la générale Jankovic était restée immobile, bras croisés et son regard...c'était bien le regard d'une personne infiniment plus méfiante que sa collègue. Si la Commissaire, en bonne diplomate, devait en grande partie reposer sur la bonne foi de son interlocuteur (sans tomber pour autant dans la naïveté), la générale était typiquement la personnification des "aprioris négatifs" auxquels faisait référence la Commissaire. C'est vrai : comment peut-on faire confiance à un pays qui s'est lié aux fascistes ? Le soutien de Karty envers Antares, dont le Concordat comprenait la MIRA, une organisation tout aussi fascisante, était d'autant plus une circonstance aggravante. Rares étaient les Estaliens qui portaient les Loduariens dans leur cœur mais à bien y réfléchir entre les fascistes (et leurs alliés) et les Loduariens, le choix du moindre mal s'imposait et s'orientait souvent, dans l'opinion publique, plus vers Lyonnars que Volkingrad.
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«Il serait véritablement probant de ne pas omettre le contexte géopolitique dans lequel les Accords d'Oberstafel furent entrepris. La Capitole a été plus que clair à ce sujet, il partage votre perception envers ce régime: Tôt ou tard, il devra tomber. Là n'est pas la question. La République Fédérale Kartienne est actuellement en guerre contre la Loduarie 'Communiste'. Cela indique que nos armées sont dores et déjà sollicitées pour une aide que nous jugeons juste, qu'importe les quelques voix malheureusement indignées. Vous qui abordez l'inconstance diplomatique Kartienne, un facteur que nous nous efforçons d'amoindrir au fil du temps, cette dernière aurait été toutefois fort utile en la matière. Les Accords d'Oberstafel servaient à écarter la Vahrénie de toute prise de décision malencontreuse à notre égard. Nous ne discutons pas le caractère putréfié du régime Vahr, nous ne pouvons simplement pas le traiter en de pareils temps lorsque nous sommes en guerre. Notre analyse n'en change pas moins, ce régime doit tomber. Notons que dès lors les Accords d'Oberstafel tombés, la Vahrénie rejoint le Bloc Nationaliste, ce que nous aurions pu éviter par la conservation de ces accords. Cette lecture n'est peut-être pas plaisante mais elle est pragmatique, Commissaire.

Pragmatique... C'est une valeur que nous apprécions à Volkingrad.

La République Fédérale sait ce qu'on peut s'imaginer d'elle, Commissaire. Nous ne sommes pas dupes. Nous savons pertinemment qu'une majorité non négligeable d'Estaliens ne considèrent pas seulement notre action à l'égard de la Vahrénie comme inadmissible, mais perçoivent tout autant notre soutien à l'Antares de la même manière. Commissaire, je n'ai pas la prétention de prétendre à pouvoir changer vos perceptions. Je suis simplement navrée... Non, consternée, d'observer que la propagande Loduarienne trouve des échos à l'étranger. Nous ne soutenons aucunement les rangs de la MIRA, nous la préférons cependant à la dictature Loduarienne. Nos principes socialistes, libertaires ou proches, ne dictent-ils pas la liberté des peuples à se diriger d'eux-mêmes ? N'est-ce pas là le premier crédo Estalien, tout du moins l'un des premiers ? La Loduarie Communiste ne libère aucunement l'Antares, vous le savez. Qui plus est, Commissaire, la République Fédérale Kartienne cherche avant tout à défendre le malheureux peuple de Corvus. La propagande Loduarienne l'omet, mais il s'agit d'un peuple conforté d'une idéologie sociale que nous apprécions à sa juste valeur. Prenez en considération des faits, le manifeste de Ryämö Köwnatör, représentant de la résistance Corvienne. J'ai l'espoir que l'Estalie saura considérer la réelle vision Kartienne.

Nous en revenons à cette inconstance que vous évoquiez: Les Accords d'Oberstafel n'étaient que temporaires. Ces derniers auraient trouvé la valse dès lors le cas de la Loduarie clôturé. Cette inconstance en témoigne, ne trouvez-vous pas, Commissaire ? Nous comprenons votre besoin de garantie à ce sujet, cependant. Les paroles peuvent être truquées mais les faits ne mentent pas, Commissaire. Notre peuple nourrit un ressentiment contre ce pays, notre frontière avec ce pays a été militarisée et, d'autre part, notre présence à cette entrevue témoigne d'une lecture partagée de la situation. Cette militarisation est une garantie seule en elle-même, la Colonelle Ninenko assure en ce moment la garde des provinces de Corbevent, Falkard et Accard. Nous pouvons toutefois aisément convenir d'un 'accord diplomatique' à ce sujet, si ces trois garanties ne suffisent guère. Le cas de la Loduarie reste dans les esprits, Commissaire. Une telle garantie suggérerait que la non-intervention Estalienne ne repose pas simplement sur une parole, au même titre que la nôtre sur le cas Vahr.

Un tel ensemble conforterait effectivement une 'relation de confiance' entre nos deux pays. La République Fédérale Kartienne suggère par ailleurs d'étendre ces potentiels accords, ne reposant pas simplement sur une entente tacite. S'il parait de nombreuses disparités entre nous, Commissaire, il y a aussi des similitudes. Au delà même d'une volonté d'intervention... Conjointe, contre la Vahrénie. Ne pourrions-nous pas envisager un franc partenariat ? Nous ne serons pas grands alliés du jour au lendemain, certes, il nous appartient en conséquence d'établir cette volonté du plus tôt que nous le pouvons. Nous pensons, entre autres, à des accords culturels entre nos académies, nos universités et nos musées. A titre plus personnel, Commissaire, j'ai déjà vu des penseurs Kartien et Estalien entrer en accord, n'est-ce pas ce que le miroir des peuples suggère ?
»

AlinéaEt ainsi s'engagea la rhétorique Kartienne, sous les malversations Vahres et Loduariennes, sous les pièces historiques Kartaliennes, mais surtout sous le regard aiguisé des Estaliens.

Citoyenne Angèle Orlovski
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Tandis que la Commissaire prenait quelques notes durant la réponse donnée par son homologue kartienne, elle jeta un regard du coin de l'oeil à sa collègue militaire. A vrai dire, à partir du moment où le sujet avait dérivé vers l'Antares, Mila savait qu'elle naviguait en terrain sensible et que les "Estaliens" sceptiques de l'aide kartienne en Antares visait spécifiquement les gens comme Jankovic. Mila ne s'inquiétait pas de la réaction de la générale, elle était suffisamment adulte pour ne pas exploser dans une réunion diplomatique professionnelle mais sa posture en bras croisés, son sourcil levé aux mots d'Orlovski et l'index qui tapote nerveusement contre le tissu de son uniforme en dit long sur l'avis de la militaire estalienne sur la question. A la fin de la réponse kartienne, Mila finit de noter les quelques points soulevés par la délégation kartienne, son regard se porta rapidement vers Jankovic avant de lui lancer un léger sourire et de lui parler en moyen-estalien :

"Quelque chose à dire ?
- Ah mais j'ai rien dit. C'est toi la diplomate.
- Tant mieux.
- Tu leur diras qu'ils sont aussi libertaires que moi je suis eurycommuniste.
- T'as pas intérêt.
"

Au moins, c'était pratique, vieille technique diplomatique estalienne, le dialecte moyen-estalien était en quasi-disparition en Estalie mais il était souvent appris par la plupart des cadres de la Commission pour permettre à ces derniers de parler entre eux sans avoir à être compris par leurs interlocuteurs étrangers. D'autant que c'est un dialecte particulièrement difficile à apprendre et à maîtriser, le Ministère des Affaires Etrangères sous la royauté avait eu la brillante idée d'utiliser celui-ci pour transmettre ses informations à ses ambassades à l'étranger, héritage subtil d'une diplomatie royale gérée par des militaires, on s'en doute. Au moins, Mila savait qu'elle n'aurait pas la générale dans les pattes pour répondre, d'autant qu'elle était surtout là pour vérifier les intentions kartiennes et rassurer un Congrès dont la fibre antifasciste avait été quelque peu touchée par l'accord avec la Vahrénie. Les Kartiens ne voyaient pas plus loin que leurs intérêts, et c'était normal en soit, mais la Commissaire devait gérer le front intérieur autant qu'extérieur, encore un des mille milliards de boulots ingrats que donne le fabuleux gouvernement fédéral à ses enfants.

"Je comprends votre point de vue, madame Orlovski et je vous assure que nous ne sommes en aucun cas en train de vous accuser de vous être alliés délibérément à un régime fasciste par proximité idéologique par d'autres raisons qui n'impliquent pas la pure raison d'Etat. Cependant, les preuves de la bonne foi de la Vahrénie quant à son éloignement du Bloc Nationaliste Eurysien sont à mon sens bien faibles. Il n'a suffit que de quelques heures avant que la Vahrénie n'envoie sa demande d'adhésion, rien ne nous prouve que ce choix aurait été identique ou non en cas de conservation de ces mêmes accords. Il n'y a pas, à mon sens, de placer à la tergiversation ou à l'imagination de scénarios alternatifs où ces accords auraient étés conservés jusqu'à que Karty juge bon de les rompre. Comme je vous l'ai déjà notifié par écrit dans les missives officielles de la Commission, un tel accord est aussi et surtout une entrave à notre propre politique internationale. L'Estalie est l'ennemi déclaré de tous les régimes fascistes sur Terre, sans exception. Nombre de chancelleries peuvent contester ce choix, le considérer trop idéologique ou trop subjectif en fonction de l'inspiration de chaque pays pour nous adresser des critiques, mais c'est une ligne qui suit parfaitement la volonté du peuple estalien qui est le seul maître de nos institutions et donc de ses prises de positions. Je ne doute pas du caractère pragmatique de votre administration, en aucun cas, mais il ne s'agit pas là de vous faire la morale en vous disant que ce n'est pas une bonne chose de traiter avec des fascistes, je pense qu'on a dépassé cet âge, mais bien de souligner à notre tour qu'un tel accord entravait toute possibilité d'intervention armée estalienne derrière puisqu'il était indiqué que Karty se tenait responsable de la sécurité de la Vahrénie, cela revenait à considérer Karty comme ennemi potentiel. Vous comprendrez qu'en bonne diplomate, j'ai donc voulu éviter un tel scénario au préalable.

Ensuite, pour le reste, vous le dites vous-mêmes, les faits parlent mieux que les paroles, c'est pour cela qu'un tel accord me semble tout aussi nécessaire afin de le formaliser et de l'officialiser. Je ne remets en aucun cas votre bonne foi en question, votre présence ici en témoigne largement plus que n'importe quel mot, cependant vous devez aussi comprendre les impératifs de la diplomatie internationale qui exige de nous que nos deux Etats soient liés contractuellement par un accord qui explicite nos prises de positions communes et nos responsabilités, tant des vôtres envers nous et que les nôtres envers vous. En somme, simple formalité. Sur la question loduarienne et du conflit en Antares, je ne peux malheureusement pas contrôler ce que mes camarades pensent de votre intervention en Antares, ni de leur avis sur le régime loduarien, antarien ou même le vôtre. Cela étant, la Commission aux Relations Extérieures reste explicite sur le sujet, elle observera une stricte neutralité quant au conflit antarien, tant par la nature délibérément impérialiste de l'agression loduarienne que nous reconnaissons que par les conditions matérielles actuelles qui empêchent l'Estalie de faire plus que de protester. D'autant qu'il convient de soulever une chose, madame Orlovski : oui, nous ne sommes pas dupes que la Loduarie mène une guerre d'agression et a des velléités expansionnistes vis-à-vis du territoire antarien, c'est un fait connu et reconnu de la plupart de la communauté internationale, à l'exception de ces illuminés de loduaristes qui infectent les couloirs de l'UICS. Et bien que j'ai quelques doutes sur la nature profondément socialiste des Corvuns du fait de la publication tout à fait récente du dit manifeste que vous avez cité qui me semble très opportun et le fait que les Corvuns soient majoritairement dirigés par une ancienne famille aristocratique - et Dieu sait que l'on doit toujours prendre l'engagement socialiste de classes sociales naturellement dominantes avec des pincettes ! - je tiens tout de même à vous rappeler que même si Karty prétend soutenir uniquement les Corvuns, elle aide dans les faits le Concordat de Shaula, pas seulement les Corvuns. Vous conviendrez que soutenir le Concordat signifie aussi de soutenir la MIRA qui en fait partie, que ce soit intentionnel ou non. Je pense, madame Orlovski, que nous avons toutes deux suffisamment de recul sur la situation en Antares et que nous sommes suffisamment professionnels pour ne pas s'emporter dans la rhétorique qui fait le fer de lance de votre propagande à l'étranger. Vous attendez de l'Estalie une totale neutralité et vous l'aurez, ne nous emballons pas.

Néanmoins, je comprends votre souhait de vouloir faire en sorte qu'il y ait un minimum de réciprocité entre nous, si vous vous attendez donc à ce que nous ajoutions à nos accords une neutralité estalienne dans la guerre qui vous oppose à la Loduarie, je n'y vois aucune objection, l'Estalie n'a aucun intérêt à vous empêcher de rappeler à l'ordre les Loduariens ni à soutenir les velléités expansionnistes d'un pays dont les partisans locaux ont tirés dans les rues de Mistohir il y a encore quelques années. Cela étant, bien que je suis tout autant favorable à la négociation d'accords culturels et académiques supplémentaires avec Karty, d'autant que comme vous l'avez dit, il existe déjà des échanges intellectuels entre nos deux pays indépendamment de nos politiques, je pense que pour au moins achever l'objet principal de cette entrevue, il convient de décider ici même du sort futur de la Vahrénie. Bien que je comprends que la guerre avec la Loduarie occupe toute votre attention et la majorité de vos moyens armés, j'aimerais connaître la position du gouvernement kartien quant à la Vahrénie après la rupture de vos accords avec ces derniers et jusqu'à où Karty est prêt à collaborer avec l'Estalie pour renverser le régime ; à moins bien sûr, que vous ne souhaitiez rester neutres sur le sujet, ce que je comprendrais tout à fait.
"
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AlinéaEtonnant ou non, la République Fédérale Kartienne possédait la même pratique linguistique que la Fédération Estalienne. Le Karta était auparavant la langue de l'aristocratie, cette dernière ayant été abolie et évincée, puis disparue, ce langage aurait du mourir avec elle. Cependant, les diplomates Kartiens ainsi que les éminents membres de l'état-major sont tenus de savoir parler le Karta, à un minimum sommaire. Quoi de mieux qu'une langue disparue qui n'est plus enseignée pour communiquer sous le nez d'autrui ? Ni Angèle ni la Générale, toutefois, n'émettaient le besoin de communiquer. Non, elles s'étaient comprises. Convaincre les Estaliens au sujet du bienfondé de l'aide Kartienne auprès du Concordat était peine perdue. De surcroît, la diplomate Estalienne avait très justement souligné que cet ensemble relevait de la perception Kartienne, le "fer de lance de la propagande". Il était temps de parler de la Vahrénie.

«Nous semblons nous entendre suffisamment pour dépasser le sujet de l'Antares -ou du Concordat de Shaula- et de la Loduarie, Commissaire. Nous apprécions votre lecture lucide, pragmatique, des conjonctures auxquelles nous faisons face. Nous clarifierons dans le marbre notre parole quant à la Vahrénie, vous conforterez votre non-ingérence à l'égard de la Loduarie: Somme toute un accord trouvé.

Fort bien, nous traiterons de partenariats culturels dans un autre temps. Notre attention est certes grandement tournée vers Margaux, c'est par ailleurs pourquoi nous souhaitons que toute future entreprise contre la Vahrénie se déroule une fois le cas de la Loduarie clôturé, nous sommes cependant en pleine mesure d'imaginer le sort qui lui est 'réservé'. La République Fédérale Kartienne ne restera guère neutre dans cette affaire, à condition d'attendre la fin du conflit armé à l'Ouest rouge: Il serait préférable pour nous d'éviter l'ouverture d'un deuxième front.
»

Angèle laisse un suspens dans l'air. La discussion semblait tourner aux égards militaires, elle fit un signe de main discret vers la Générale Ernova.

«L'ouverture d'un deuxième front est un facteur que toute armée consciente évite, c'est une règle élémentaire. Si le combat de la Fédération Estalienne à l'encontre de la Vahrénie est honorable, il faut regarder la réalité en face Commissaire. Votre pays est puissant, mais il ne pourra que difficilement obtenir une réelle capacité de projection sur la Vahrénie. Votre pays n'est pas frontalier à ce dernier et vous ne possédez pas de projection navale puisque l'Estalie n'est pas bordée de la mer. Là où vous êtes en cette position, notre pays lui est frontalier à la Vahrénie. Vous admettrez que le soutien Kartien en la matière vous serez fort appréciable, si ce n'est pas tout simplement indispensable. Nous combattons à cette heure la Loduarie, elle ne représente cependant pas un danger pour notre force armée. Nos effectifs seront pleinement opérationnels une fois la guerre de l'Ouest rouge terminée, la République Fédérale Kartienne est une puissance militaire, vous le reconnaîtrez par lucidité stratégique. La Vahrénie relève de notre sphère d'influence puisqu'elle nous est frontalière, c'est pourquoi nous vous prêterons main forte. Mieux, il s'agira d'une libération décidée conjointement et non sous votre étendard. Jusqu'où Karty est prête à vous aider ? La Générale se pencha légèrement en avant, fixant d'une mine froidement implacable ses interlocutrices, d'un sérieux presque morbide. Vous disposeriez de notre soutien aérien, Karty est reconnue comme ayant une des premières flottes aériennes mondiales. Vous disposeriez de notre amirauté pour mettre sous blocus la Vahrénie, nous étranglerons les eaux et les airs. Mais avant tout, vous disposeriez des armées Kartiennes, aux côtés de votre armée rouge. Nos soldats marcheront ensemble jusqu'à Kern, capitale fasciste, et plus loin encore.»

La Générale se redressa, sans réellement changer sa posture pour autant. L'ambiance était de plomb, pourtant la Générale allait bien au delà des demandes Estaliennes. Angèle reprit la parole.

«Nous tenons cependant à souligner que notre sol n'accueillera aucun soldat Estalien. Il s'agit d'une volonté populaire émise par tout temps, vous savez sûrement les valeurs de notre peuple... Il ne tolérera pas une seule présence militaire étrangère. Volkingrad vous offre une autre possibilité: L'armée Kartienne marchera depuis son territoire, lorsque l'armée Estalienne prendra position sur le sol du Grammatika. Ce pays, que nous avons libéré des jougs du fascisme, accueillera à bras ouvert vos soldats qui représenteront la chute d'un régime qui le tenait autrefois sous tyrannie.»

Générale Zorya Ernova
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La remarque kartienne sur le plan militaire ne manqua pas de faire lever un sourcil à Jankovic. Cela n'avait pas l'air de perturber tant que ça la Commissaire, elle était consciente que d'un point de vue technique, il était toujours préférable d'amasser le plus d'aide possible lorsque l'on prévoyait une guerre. Elle n'avait aucune expérience militaire mais ça coulait de source pour elle et le fait de combattre ensemble un ennemi commun, il y avait tout à gagner là-dedans, cela permettrait de renforcer les liens diplomatiques estalo-kartiens de manière indéniable. Comment peut-on détester un peuple avec qui on a partagé la même tranchée ? Elle était persuadée de son côté qu'une coopération militaire ne ferait que faciliter la convergence des intérêts géopolitiques estaliens et kartiens et permettrait à terme de faciliter la stabilisation de l'Eurysie Centrale avec un certain soutien. Elle regarda à ses côtés la générale Jankovic, qui semblait beaucoup moins satisfaite de ce qu'elle avait entendue. Mila continua alors, il fallait rendre la posture estalienne officielle la plus détendue possible avant de laisser parler le lion militaire de la pièce.

"Bien entendu, oui, il est logique que toute opération conjointe devra se faire seulement après la guerre contre la Loduarie, cela va de soi. Cela étant, mesdames, je sais qu'à l'heure actuelle, la Commission à la Guerre est déjà dans sa phase préparatoire depuis un moment. Bien que je sais combien une coopération entre nos deux armées serait bénéfique et moins coûteuse, je ne tiens pas à animer des illusions trompeuses : l'Estalie attaquera quoi qu'il arrive, probablement d'ici l'année prochaine. Je ne tiens pas à presser particulièrement quant au cas loduarien, Dieu sait quand cette guerre s'achèvera, mais si celle-ci s'éternise, l'Estalie attaquera seule. Cela étant, la Commission aux Relations Extérieures s'engagera par écrit formel à vous communiquer une alerte quatre-huit heures avant le début des opérations afin de montrer notre bonne foi. Dans ce cas de figure, vous resteriez neutres mais vous serez en tout cas prévenus de nos mouvements et de la non-nécessité de mobiliser vos troupes contre la Vahrénie."
Soudain, Jankovic se redressa sur sa chaise et posa ses mains sur la table et d'un ton d'apparence neutre mais au fond un peu condescendant, elle commença à prendre la suite :

"Je pense que ce que voulait insinuer ma camarade la Commissaire, c'était davantage les modalités de la coopération entre nos deux armées et pas les itinéraires que nous devions prendre, mesdames. Vous aurez peut-être remarqué que la coopération interarmées entre l'Estalie et Karty est proche du néant et bien que je connaisse la propension de votre pays à brandir le souverainisme partout où il peut, une opération militaire conjointe se prépare convenablement avec un état-major conjoint, des unités interarmes qui se complètent, une désignation des secteurs et des cibles à acquérir et un échange systématique des renseignements militaires. Vous vous doutez bien qu'on aura l'air bien bêtes si, faute de renseignements, des Kartiens tirent sur des troupes estaliennes par manque de renseignements ou vice-versa. Quant à ce qui est de l'accès vers Grammatika, je reste très dubitative. La frontière entre ce pays et la Vahrénie est bien montagneuse et y pénétrer et installer une logistique en conséquence dans un pays tampon risque de prendre du temps alors qu'à l'inverse, votre frontière commune avec la Vahrénie est au mieux un boulevard pour une force mécanisée. Bien sûr, les forces mécanisées sont suffisantes pour une cible comme la Vahrénie, bien que l'équipement aligné en lui-même équivaut au mieux à une division chez nous. Cela étant, ce genre d'axes de progression va plus nous gêner qu'autre chose. Quant à nos capacités de projection, je ne m'exprimerais pas, je pense que mon camarade de la 9ème Aéromobile n'aurait pas eu la même réponse, d'autant quand la plupart de ses hommes sont équipés et entraînés aux manœuvres de déploiement aérien, soit, personne ne vous reproche de ne pas avoir lu tous les traités que produit l'Académie Militaire Révolutionnaire. Ensuite, je ne comprends pas exactement pourquoi Karty nous refuse l'accès militaire. Je peux entendre que vous refusiez l'installation de bases militaires étrangères sur votre sol, beaucoup de pays ont cette posture ; cela étant, entre l'implantation militaire étrangère et un accès militaire conditionné et limité dans le temps dans l'objectif d'aller combattre une nation fasciste à vos frontières, il y a un énorme écart. C'est un excès de zèle qui me dépasse en soit."
Il était assez évident que la générale estalienne ne prenait pas très au sérieux son homologue kartienne, pas tant par désaccord ou par xénophobie mais davantage par la différence que pouvait entretenir l'Armée Rouge avec des armées nationales comme Karty. L'expérience militaire kartienne, aux yeux de l'Armée Rouge, n'était pas d'une grande fiabilité. Sur plusieurs années, l'armée kartienne tient pour record une escarmouche aérienne avec la Loduarie et l'invasion d'un pays aux moyens matériels à peine plus élevés que ceux de la Vahrénie actuelle là où les Estaliens comptaient déjà des vétérans de Kartvélie, d'Hotsaline ou de Retsvinie, elle prenait des notes sur les méthodes de déploiement de l'AFRE en Veltava avec qui elle partageait parfois les mêmes cadres, officiers et écoles de formation et entretenaient depuis plusieurs années une coopération militaire intense avec plusieurs pays simultanément. Difficile donc de prendre au sérieux Karty autrement que sur l'aspect purement matériel.
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Riche plateau
Riche plateau, Maximilien Theim, Musée des Beaux Arts de Volkingrad

AlinéaLe Riche plateau est une œuvre Kartienne, réalisée par Maximilien Theim en 1853. Elle rescelle deux grandes idées. D'une part, la démocratisation du jeu des échecs en Karty, extrêmement populaire à l'époque contemporaine. D'autre part, elle cerne l'essor de la bourgeoisie sous le Royaume de Karty, qui ne connaissait auparavant que les grands aristocrates. 1850, c'est la fin de la Révolution Industrielle. Et avec elle, l'avènement des grandes familles industrielles comme les Valaski. Pour la plupart, il s'agit d'anciens maigres hommes d'affaires, notamment des armateurs, qui ont su prendre le bon pli, au bon moment. De grands noms qui s'accaparent les propriétés d'une ancienne noblesse dépourvue de finances, ou bien qui se forgent eux-mêmes leur propre bâtisse: L'exemple du Kremlin. En bref, le développement d'une classe aisée, guère par les titres.

Ce qui liait cette entrevue à cette toile, représentation de toute une époque, c'était l'esprit architectural. L'ancienne bourgeoisie Kartienne ou bien le Questan de Mistohir, dans les deux cas, il s'agissait d'une bâtisse riche, luxueuse, opulente. Cependant, les Kartiens ne se trouvaient pas dans un admirable palais Antérinien, faste monarchique, non, ils étaient en Estalie. Que dire si ce n'était l'hypocrisie, lorsque l'Estalie accueillait dans un lieu digne des pays avec lesquels elle était pourtant en guerre. La citoyenne Orlovski voyait la Générale Ernova se crisper, face à la réponse de la militaire Estalienne. Ses doigts se recroquevillaient, au travers de ses gants d'un blanc neige. Sa tête se penchait légèrement sur la droite, tandis que ses paupières se refermaient à moitié, ses iris s'illuminant d'un gris acier, le regard acéré d'une aigle. Sa bouche sembla s'entrouvrir, pour entamer le début d'une réponse, qui s'annonçait des plus tranchantes. Angèle ne pouvait se résoudre à une crise avec les Estaliens, tout comme eux ne le pouvaient pas avec Karty.

Alors elle se leva.

Au milieu de la majestueuse pièce, sous le regard intrigué des deux Estaliennes, sous celui médusé de la Générale Ernova. Cette dernière avait cessé sa potentielle prise de parole dangereuse, le cou tourné vers Angèle. Désormais sur ses deux pieds, elle quitta le cercle imaginaire, fait de fauteuils et de cette table son diamètre. Le silence se calfeutra, peu à peu. Elle se dirigeait vers une des nombreuses fenêtres de la salle, Mistohir se présentait à elle, à travers ces bouts de verre: Une pays entier centralisé ici, insulte paradoxale pour l'Estalie.

«Rauhoittua.»
Angèle avait prononcé un mot de ce langage inconnu, son regard porté par le paysage urbain qui s'offrait à elle.
«Mistohir est une digne ville, mesdames.»
Elle se tourna à présent vers les trois femmes, les deux Estaliennes plus encore.
«La République Fédérale Kartienne n'est pas votre ennemie. Si toutefois vous la traitez comme telle, elle le deviendra. Vous dites, semble-t-il, que nous ne serions pas préparés à cette entrevue, puisque nous n'aurions pas lu ces documents de vôtre Académie Militaire Révolutionnaire. Vous affirmez que nous, Kartiens, brandissons le souverainisme partout où nous le pouvons, comme s'il s'agissait d'un défaut auquel nous devrions palier. Egalement, vous qualifiez notre refus quant à l'accueil de vos forces un excès de zèle incompréhensible, vous en seriez même dubitative.

Ce souverainisme que nous nous efforçons de défendre nous permet justement de défendre les intérêts de notre prolétariat, quoi de plus beau principe ? Un peuple peut être divisé sur de nombreux facteurs mesdames, vous le savez tout comme moi. Cependant, il semblerait avoir ce consensus en Karty, du plus modeste et admirable ouvrier au haut responsable plus aisé: Tous vous diront quasiment que la souveraineté de leur pays est un principe qui leur est cher. Ainsi, vous pouvez ignorer notre refus vis-à-vis de la présence de vos forces, le qualifier d'excès de zèle. Ou alors, vous pouvez considérer ce que la Présidence Fédérale vous dit de son peuple. A vrai dire, les Kartiens pourraient tolérer une présence militaire, étrangère et temporaire. Oui, s'il s'agit de l'Antares, par exemple. Je pense même pouvoir dire que notre peuple se réjouirait de voir sa sœur, Antarienne, à ses côtés, sur son sol.
»
Elle ponctua chaque micropause par un pas, se redirigeant désormais vers le cercle des trois femmes.
«Cependant, vous l'avez dit vous-même: La coopération interarmées de Karty et de l'Estalie est proche du néant. Le cas échéant d'une présence militaire Estalienne sur notre sol, permettez-moi de profondément douter quant à la réaction de notre population. Nous ne saurons tolérer un quelconque débordement entre vos forces et notre peuple. De même que nous ne réprimerons point ces revendications si elles adviennent, c'est là le chic du régime que nous souhaitons pourtant combattre.»
Puis elle reprit place, invitant d'un geste de main la Générale Ernova à continuer.

«L'état-major Kartien n'a pas affirmé que vous ne seriez pas capable d'obtenir la chute du régime Vahr sans son aide, je ne doute personnellement pas de l'efficacité de vos forces aéroportés. Il appartient toutefois à la lucidité stratégique que de dire qu'avec cette aide, la tâche vous serez réellement des moins ardues. La Fédération Estalienne peut combattre la Vahrénie par les airs seulement, mais ses pertes lui seront plus conséquentes et son opération moins aisée. Il ne s'agit pas d'un territoire sans défenseur. Nous pouvons imaginer une armée Estalo-Kartienne qui marcherait, ensemble, sur le territoire Kartien... Simplement...»

Angèle reprit la parole, s'agissant d'une cause politique.

«Simplement, le peuple Kartien devra accepter votre présence, sans quoi cela ne pourra pas avoir lieu. C'est entre autres la raison pour laquelle nous avions évoqué des partenariats culturels au début de cette entrevue. Pour 'marcher ensemble', encore faudrait-il que nos deux pays soient liés d'une relation plus qualitative qu'une basée sur un simple accord tacite. Dès lors, il pourra être question d'un état-major conjoint, d'unités interarmes, d'échanges de renseignements...»

Citoyenne Angèle Orlovski
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La réponse de la citoyenne d'Orlovski n'avait pas eu le don de vraiment calmer la générale estalienne, les Kartiens découvraient peut-être à leurs dépens que l'Armée Rouge, à l'inverse des cols blancs de la Commission aux Relations Extérieures, n'étaient pas là pour écouter des flagorneries diplomatiques que les chancelleries estaliennes et kartiennes avaient l'habitude de s'envoyer. Grands brûlés pour la plupart, dans un pays où la Révolution est encore récente et la guerre s'en est suivi juste après, il était difficile notamment dans les cercles militaires de ne pas trouver des familles militaires touchées par la perte d'un proche. Mistohir n'était pas forcément le meilleur exemple, la ville était suffisamment imposante et grande démographiquement pour que la joie du boom démographique et les rires d'enfants surpassent les sanglots des veuves et des orphelins. Pas sûr que des villes comme Pendrovac, qui fournit le gros du contingent des unités de montagne qui combattent dans le Saïdan, donne le même avis. Jankovic était à peine plus différente que ses compatriotes tombés ici bas sans être des officiers supérieurs, elle ne pouvait donc s'imaginer une seule seconde devoir se faire prendre de haut par une petite délégation de bureaucrates sociaux-démocrates se donnant des airs libertaires sans avoir ni le goût, ni la couleur, lui expliquant de ses grands airs son modèle d'Etat-nation archaïque, pur nationalisme enroulé sous le terme discursif de souverainisme, tout en se drapant dans le même drapeau rouge dans lequel les prolétaires du monde entier ont versés leur sang, les Estaliens compris. Pure hypocrisie, d'autant pour une élève de l'Académie Militaire dont la formation politique est à peine moins importante que la formation militaire, chaque officier étant formé à comprendre les tenants et les aboutissants de la Grande Guerre Finale dont ils sont les outils, les simples réceptacles humains au nom des peuples du monde entier, quoi qu'en dise leurs dirigeants dévoyés.

"Je peux savoir ce que vous insinuez ? Vous nous prenez pour qui à parler de débordements ? Vous nous prenez pour des sauv-"
Avant même que la générale ne s'engage plus en avant, la Commissaire lui tapota l'épaule, lui bloquant le virulent sermon qui resta bloqué dans la gorge. S'il y avait bien une chose que la Commissaire ne pouvait tolérer, c'est que l'action individuelle d'un seul gradé de l'Armée Rouge n'entache les relations diplomatiques qui ne sont pas de son ressort. Jankovic était là seulement pour détailler la posture militaire et technique estalienne, pas là pour dicter sa loi. Néanmoins, la Commissaire Horny avait conscience que la rencontre tournait un peu en rond et pas de la meilleure des manières, d'autant que les réponses kartiennes incisives et peu ouvertes avaient réussis à faire mettre hors d'elle un officier supérieur de l'Armée Rouge qui n'avait pourtant pas la réputation d'être impulsive, en tout cas si on l'a comparait à ses pairs. Si les Kartiens avaient eu une autre officier en face d'eux, Dieu sait quelle crise diplomatique se serait produit en ce lieu. Heureusement, la Commissaire avait le luxe de détenir l'autorité diplomatique de la Fédération et de représenter la voix d'un des organes fédéraux les plus importants du pays en ce court instant d'entrevue. C'était à elle de modérer le discours. Elle esquissa un léger rire gêné en reprenant Jankovic avant de poursuivre :

"Ahah, ne nous emballons pas. Nous avons nos divergences, c'est une bonne chose, c'est qu'il y a matière à discuter dans ce cas présent. Vous avez raison, l'aide kartienne facilitera de loin les opérations militaires de nos propres forces et je suis persuadée pour ma part qu'une telle coopération rapprochera indubitablement nos deux peuples. Vous êtes d'autant plus attachés à la volonté de votre peuple et à sa perception des choses que de tels partenariats devrait, à mon sens, améliorer la perception commune de nos peuples respectifs et éviter ce genre de...désagréments. Après tout, nos peuples versent leur sang pour la même cause, il n'y a pas de raison que cela rapproche naturellement nos perceptions communes. Loin de croire que la guerre soit un outil de sociabilisation entre peuples, bien sûr, mais il est incontestable que les épreuves difficiles rapprochent, c'est l'esprit de corps !

Pour en revenir sur le concret, madame Orlovski, ce qu'essayait de vous faire comprendre ma camarade, c'est davantage l'aspect pratique de ce que vous proposez. Nous faire passer par Grammatika est déjà mieux que de juste passer par les airs mais comme l'a souligné la générale Jankovic, c'est une zone montagneuse, facile à défendre pour un défenseur. Si la camarade Jankovic ou ses pairs en charge des opérations concluent qu'il vaut mieux passer par les airs que par Grammatika, alors vous conviendrez que toute coopération entre nos deux nations devient une question relativement secondaire. Vous semblez aussi soucieuse des vies estaliennes en nous proposant un chemin "moins ardu", alors je vous invite à reconsidérer cet itinéraire, il n'est pas très pratique et risque de mettre peut-être plus de vies estaliennes qu'elle n'en sauvera, d'où peut-être la raison pour laquelle ma camarade y est fermement opposée, d'autant que la complémentarité de nos forces sauvera aussi certainement des vies kartiennes par la même occasion. C'est du pur gagnant-gagnant. J'ai aussi conscience que cela ne peut se faire sans l'assentiment du peuple kartien, dont la liberté nous est aussi chère qu'à celle de n'importe quel autre peuple, nous sommes tous frères et sœurs d'une même humanité, c'est la ligne que l'Estalie tient en ces lieux et je vous invite, une fois cette entrevue terminée, de vous laisser aller dans les rues de la capitale, vous prendrez un peu de temps avant de tomber sur des Estaliens, ironiquement.
"

La Commissaire s'interrompit un instant, elle sirota une des tasses de thé posée sur la grande table de la salle, elle jeta un coup d'oeil rapide à la générale Jankovic qui semblait s'être calmée quelque peu. C'est bien, la Commissaire ne l'avait pas mise sur la touche et avait pris en considération les réserves de sa collègue, ce qu'elle semble avoir tenu compte. Mila soupira légèrement, dans un souffler léger et inaudible, parfois elle se demande dans quel camp joue certaines institutions de cette Fédération. Elle finit par reprendre :

"La coopération entre Karty et l'Estalie est inexistante, nous sommes aussi d'accord sur ce point, et je ne peux exiger de vous une coopération complète et totale du jour au lendemain en un claquement de doigts. Vous avez cité les accords culturels, sur lesquels nous reviendrons en temps voulu car pour être franche avec vous, si les accords culturels reflètent d'une certaine importance, ce sont des accords qui ont des effets sur des temps longs. Ce n'est pas en soit une mauvaise chose, cela étant, notre sujet de discussion a un horizon temporel assez court. Comme l'a fait remarqué ma camarade, la Vahrénie sera d'ici l'an prochain notre cible, je doute que des accords culturels, même signés aujourd'hui même, ait un quelconque impact dans l'immédiat. En bref, notre proposition est animée par le caractère court-termiste de la question vahrénienne, d'où la proposition de ma camarade d'une coopération entre nos armées. Cette coopération ne pouvant se faire dans l'immédiat de manière aussi absolue, je vous propose que nous nous mettions d'accord sur au moins un embryon, un noyau dur acceptable dans l'immédiat qui permettra d'y ajouter dans les mois et années à venir un plus grand partage de renseignements, de doctrines et de coopération au fur à mesure que nos nations se rapprocheront et que nos...officiers respectifs apprendront à se connaître davantage."
1090
«Nous convenons que de rudes temps rapprochent inéluctablement les nations, qu'il paraît une meilleure option que celle de vous faire passer par le Grammatika, mais aussi et surtout, que nous devons réfléchir dans une vision plus réduite que celle des accords culturels.»

AlinéaAngèle pu se rasseoir auprès de la Générale Ernova, la situation enfin apaisée. Elle cerna simplement une note intérieure, lettre à elle-même et pour les futurs diplomates, les militaires Estaliens sont de vrais têtes brûlées. Elle reprit la parole.

«Nous semblons tomber en accord, en ce sens, sur la liberté de choix du peuple Kartien, ainsi que l'inexistence de partenariats entre nos deux pays. Effectivement, des accords culturels ne pourront être significatifs d'ici l'échéance voulue. La coopération militaire nous est donc la seule véritable clef, vous n'êtes pas sans savoir que le domaine militaire est d'importance pour Volkingrad. Afin de conforter cette acceptation, et d'optimiser cette future opération qui se passerait donc sur notre sol -et non au Grammatika- nous pourrions envisager divers exercices militaires ? Nous serions tout aussi grés de vous écouter quant à cet embryon évoqué, l'Estalie peut aborder la situation d'une vision différente, mais pas moins juste.»

Citoyenne Angèle Orlovski
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On put discerner sur le visage de la Commissaire aux Relations Extérieures un léger sourire teinté d'une forme de soulagement. La pression retombait enfin et on entrait petit à petit dans le sujet consensuel.

"Oui, je pense que des exercices conjoints seraient un bon début. Nous effectuons dékà certains de nos exercices militaires en Kaulthie, en coopération avec l'Armée Communale kaulthe, la Kaulthie est un très bon terrain d'entraînement et je pense que les autorités kaulthes ne seraient pas contre. Bien sûr, le sol estalien vous ait tout aussi ouvert pour accueillir des exercices militaires conjoints. Générale ?
- Oui, bien sûr, les Kah-tanais sont déjà sur place depuis un moment, je pense pas que cela dérange la Commission à la Guerre. De même, je pense que l'état-major sera curieux ce que les Kartiens auront appris de leurs RETEX en Antares. On est jamais avares de leçons étrangères. Tant que j'y suis, il serait mieux d'établir effectivement quelques briques formelles de base. Typiquement, je propose à ce que l'on envoie des attachés militaires dans nos ambassades respectives, pas nécessairement avec un programme avec eux, mais ça permet de créer un canal de communication permanent et un point de contact en cas de crise. Les attachés, c'est sûrement l'unité de base la plus basse hiérarchiquement de toute relation militaire bilatérale et puis ça reste suffisamment sans risques pour ne heurter personne en interne.
"

La générale Jankovic se redresse sur sa chaise à nouveau et continua, les bras croisés, posture toujours fermée qui témoigne encore d'une certaine méfiance malgré la tempérance de la Commissaire :

"Pour le reste, je pense qu'on peut commencer par une coopération fonctionnelle qui va au-delà du militaire, typiquement la recherche, le sauvetage, l'assistance humanitaire et de secours en cas de catastrophe naturelle. Ce n'est pas un domaine qui nécessite que vous nous exposiez votre lecture stratégique, je pense qu'on est tous d'accord pour aider des sinistrés ; mais c'est un bon moyen de construire petit à petit des protocoles de communication partagés, d'avoir des effectifs d'officiers de liaison habitués à travailler ensemble et de créer des procédures d'interopérabilité de base, que nos forces armées n'auront qu'à reprendre en temps voulu.

Enfin, vu que l'on a mentionné l'aspect culturel, je suppose qu'il s'agira sûrement de faire des échanges universitaires, eh bien je ne pense pas trop m'avancer si je vous dis qu'il serait une bonne chose d'effectuer un programme d'échange d'officiers en formation entre nos académies militaires, c'est probablement l'investissement le plus rentable sur la durée, des officiers qui ont fait leurs classes ensemble auront une relation de travail directe et indépendante des aléas politiques, autant dire que ça évitera les tensions armées à l'avenir, en plus de nous assurer que les cadres de nos armées...parlent le même langage. D'autant que l'Académie Militaire Révolutionnaire de Mistohir est naturellement internationaliste, vous ne serez certainement pas les premiers à y faire votre entrée, je pense que cela vous permettra d'autant plus de comprendre la façon dont l'Armée Rouge travaille que nos collègues altrechtois ou kaulthes formés chez nous.
"
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AlinéaLa Générale Zorya Ernova répondit.

«Que ce soit en Kaulthie ou en Estalie, nos soldats pourront s'y entraîner, aux côtés des vôtres.»

Elle reprit la mine sérieuse de tout à l'heure, non celle d'indignation face aux dangereuses circonvolutions pourtant si peu lointaines, mais bien celle qui définissait son sérieux militaire. Si les militaires Estaliens étaient des "têtes brûlées" pour Angèle, il fallait avouer qu'ils étaient tombé sur une Kartienne réellement conciliante en la matière. Zorya était une militaire oui, mais elle savait les enjeux de la diplomatie, à contrario même de la Commissaire à la Défense, qui aurait eu une approche plus... Terre à terre, face aux réponses Estaliennes. Elle se pencha légèrement, pour reprendre.

«Il serait même judicieux de songer à nôtre territoire en réalité. Tout dépend du message que vous souhaitez envoyer. Comme vous l'a évoqué dame Orlovski, la frontière Vahre est militarisée, de notre côté. Nous pourrions envisager des exercices militaires à cette frontière, à moins de vouloir garder un climat plus calme jusqu'à la concrétisation réelle de nos discussions. Auquel cas, nous trouverons des terres aux décors similaires que ceux de la Vahrénie, par concordance.

Pour ce qui est des attachés militaires, nous ne pouvons qu'en convenir: Je peux par ailleurs dores et déjà vous communiquer le nom du principal officier Kartien pour cet échange. Il s'agira du Colonel Orféo Bancarossa. Pareillement pour l'idée d'assistance humanitaire, cela ne posera pas de problème. J'aborde finalement le partage de l'expérience Kartienne pour la guerre de l'Ouest rouge: Nous en convenons également, sous une certaine mesure. En l'état, il s'agirait surtout de l'assaut aérien, que nous pourrons partager: Ce conflit est actuel, certaines mesures de confidentialité s'imposeront, le seul temps que les opérations concernées soient clôturées. L'état-major Kartien souhaiterait, sous la même augure, bénéficier de l'expertise acquise pour l'Hostaline et la Retsvinie.
»

Angèle prit la parole à son tour, pour compléter les quelques aspects manquants.

«Si l'échange d'officiers entre nos académies militaires est une idée probante, et confirmée: Les accords culturels que nous souhaiterons aborder ne seraient pas seulement à l'égard du volet militaire. Cependant, il nous faut d'abord clôturer ce dernier, avant de poursuivre sur d'autres voies. C'est pourquoi la République Fédérale Kartienne souhaiterait aborder ce conflit, à son échelle diplomatique, internationale: Pas seulement entre nos deux pays. La Vahrénie possède des côtes, il nous faudra sans doute y effectuer un blocus ? La marine Kartienne est puissante, mais elle ne siège aucunement parmi les plus qualitatives de ce monde. Par nos relations, nous pourrions sans doute obtenir de l'Empire Confédéral Uni un soutien direct, pour ce blocus. Nous savons les disparités idéologiques entre cet allié Kartien et votre pays, vous admettrez cependant que son régime est un temps soit peu plus convenante que celui de la Vahrénie. Le soutien de l'Empire Confédéral Uni nous permettrait, par ailleurs, d'éviter toute foudre venant de l'Organisation des Nations Commerçantes. Finalement, composerons-nous avec les pays limitrophes à la Vahrénie, diplomatiquement ? Je pense par exemple à la Youslévie et à la Manche Silice.»

Générale Zorya Ernova
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La générale semblait d'être détendue quelque peu, bien que la méfiance naturelle que partage visiblement l'Armée Rouge à l'égard des Kartiens subsiste dans son regard. Cela étant, les propositions kartiennes relevaient du bon sens, il n'y avait pas là de raisons de s'y opposer, la générale s'exprima à nouveau, le ton quelque peu apaisé :

"Dans ce cas, nous sommes d'accord. Sur le principe, nous sommes d'accord avec l'idée qu'il y a plus de bénéfices mutuels à s'entraîner sur votre sol, en prévoyance de la guerre à venir contre la Vahrénie toute proche. Cela étant, je pense que pour limiter les risques, tant que la guerre avec la Loduarie se poursuit, tout entraînement conjoint s'effectuera sur le sol estalien ou kaulthe. Oh, n'y voyez pas une forme de favoritisme, bien sûr, le risque de frappe balistique loduarienne existe toujours, d'autant qu'avec votre blocus aérien vous les mettez progressivement au pied du mur - de quoi alimenter une frappe balistique désespérée - un grand rassemblement de troupes kartiennes pourrait constituer une cible idéale et je ne suis pas certaine que nous avons envie de faire partie des dommages collatéraux. Quant à notre propre partage de connaissances, oui, je suis entièrement d'accord. Dans ces circonstances, bien que la Commission à la Guerre n'ait pas encore choisi à ma connaissance un ou plusieurs attachés à la défense, il est très probable que vous ayez la visite d'un officier de la 9ème Division Aéromobile, au vu de vos futures opérations d'assaut aérien en Loduarie."
Une fois les détails militaires ainsi conclus, la Commissaire aux Relations Extérieures reprit la parole, cette fois-ci d'un air plus sceptique à l'égard de la proposition d'Orlovski. Avait-elle déjà oubliée dans quelle position se trouvait l'Estalie ? Bien sûr, elle avait en face d'elle le bon visage de l'Estalie, celui de l'ouverture diplomatique, du compromis. C'est le rôle de la Commission aux Relations Extérieures, celui d'arrondir les angles et faire oublier au monde que l'idéologie qui sous-tend la Fédération et toutes ses institutions, c'est la haine viscérale du capitalisme et des régimes réactionnaires. Mila Horny, deuxième Commissaire de l'histoire de la Fédération, avait retenu l'erreur de sa prédecesseure, la seule erreur grave, la seule compromission à laquelle l'Estalie ne devait plus se soumettre qui a été de négocier avec Teyla. L'antipode même de Mistohir. Seule erreur au bilan d'une diplomatie estalienne encore balbutiante il y a quelques années, l'actuelle Commissaire était déterminée à ne pas la laisser se reproduire, et cela incluait de ne plus avoir à formellement coopérer avec des régimes aux antipodes même de l'Estalie, d'autant plus quand ça ne l'arrange surtout pas. L'ONC ? Karty avait-elle déjà oublié qu'elle se trouvait au beau milieu de la deuxième puissance de l'Internationale Libertaire ? Demander à l'Estalie de coopérer ouvertement avec l'Antérinie, c'était comme demander au Kah de s'allier à l'Alguarena.

"Madame Orlovski, je me dois d'être clair sur la participation d'autres acteurs. Nous ne sommes pas en soit opposés à une intervention qui dépasse le simple cadre estalo-kartien que nous tentons de mettre en place. Cela étant, vous devez comprendre que l'Estalie cherche à libérer les prolétaires vahréniens. Cela passe par la destruction du régime fasciste, cela va de soi, mais ce n'est que la première étape. Tout bon libertaire vous le dira, la révolution par les armes ne suffit pas, c'est la révolution sociale qui établit en clair une société révolutionnaire pleinement émancipée de ses anciens bourreaux. Nous allier avec les Antériniens reviendrait à faire une compromission tout aussi inutile stratégiquement que politiquement incohérente, et il en va de même pour les autres nations youslève et siliquéenne. L'armée vahrénienne, bien qu'existante, n'ait pas une force militaire de premier ou même de second ordre, compléter nos opérations par un blocus maritime serait un excès de zèle aussi inutile que coûteux.
- D'autant que je rajouterais qu'il suffirait aux forces aériennes de neutraliser les infrastructures portuaires pour empêcher aux troupes survivantes vahréniennes de fuir je-ne-sais-où en Rimaurie...ou vice-versa de permettre aux Rimauriens de débarquer. Au vu de ce qu'on leur a fait subir en Retsvinie, mon petit doigt me dit qu'ils ne sont pas prêts de revenir. Leurs moyens terrestres n'arriveraient pas à frontalement s'opposer aux forces estaliennes et kartiennes combinées, leur aviation n'a pas la projection nécessaire pour se permettre des opérations aériennes offensives en Eurysie Centrale et leur marine doit contourner toute l'Eurysie pour venir jusqu'en Vahrénie, en supposant qu'ils ne se fassent pas intercepter en route par les Velsniens, les Loduariens ou les Fortunéens sur le trajet. D'autant que le Grand Kah continue de rester dans le coin également, je suis sûr que nos camarades kah-tanais seraient ravis de couler un ou deux navires remplis de fascistes à bord.
- Au-delà de la non-nécessité militaire que vient d'aborder ma collègue, je dois aussi vous faire savoir que l'Estalie n'a aucun intérêt à faire des compromis avec l'Antérinie ou avec l'ONC. Inclure l'Antérinie dans ces opérations nous obligerait à lâcher du lest sur l'émancipation des populations locales, nous connaissons suffisamment l'opportunisme des nations onéciennes pour savoir que leur soutien sera forcément monnayé et que ce sera sûrement aux Vahréniens eux-mêmes de régler l'addition. Quant à la Manche-Silice et à la Youslévie, nous les avertirons le moment venu de l'opération en cours, je doute qu'ils envoient leurs troupes défendre un tel régime ; cela étant, nous n'avons non plus aucun intérêt à coopérer avec eux, si ces derniers veulent s'en prendre au régime vahrénien, ils le feront eux-mêmes et avec leurs propres moyens, l'Estalie ne se porte pas garante de leur sécurité ou de la coopération de ses forces armées avec des Etats libéraux, ces mêmes Etats qui ont une tendance structurelle à soutenir le fascisme lorsque cela arrange leurs intérêts politiques, nous n'avons aucune confiance dans la bonne volonté antifasciste de ces pays et je crois que Manticore nous l'a déjà bien démontré il y a deux ans que les élites libérales préféraient toujours choisir la réaction, par pur anticommunisme et par intérêts géopolitiques, plutôt que de soutenir l'émancipation des peuples face à l'oppression de leurs dirigeants. Enfin, sans trop m'avancer, je pense être assez certaine que l'avis du Congrès sur la question est encore plus incisive que la mienne, il y a très peu de chances, au vu du climat politique estalien, que les communes votent favorablement à une coopération ouverte avec l'Antérinie. La coopération avec Karty n'a déjà pas fait que des heureux chez nous et elle réussit davantage à passer par l'aversion commune que la plupart des Estaliens partagent avec vous envers la Loduarie et l'eurycommunisme. Il conviendrait donc de ne pas trop tirer sur la corde.
"
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