01/02/2020
16:47:00
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Grande et Petite Illirée, l'impériale indépendance

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« Monsieur le Premier ministre, les Petits-Illiréens arrivent à l'aéroport. »
Veychter lança un nouveau regard aux documents disposés sur le bois de son bureau, amassés en tas et parterres à l'organisation toute relative. Il était assis sur la chaise droite de son office, accoudé sur la table tandis qu'il baissait les yeux vers une brève de journal dépassant d'une pile. Malgré l'avertissement de son secrétaire, il convint d'en faire la lecture rapide dans une course contre la montre du temps. Il fut aussitôt distrait par une pensée des plus cocasse ; heureusement, il ne recevrait pas le dirigeant petit-illiréen et son acolyte ostraliste dans cette pièce-là du Palais, mais bien dans le bureau dédié à pareilles entrevues. L'embrouillamini ambiant aurait sans aucun doute placé les discussions sous le signe de l'agitation. Il eût en effet été regrettable que de leur donner à voir tous les dossiers, tant sécuritaires que culturels, rédigés par les Services pour la seule lecture des plus pures huilles du nouveau système illiréen. Des caractéristiques liguistiques jusqu'aux plus récents scandales de l'autre côté de la frontière, tout y était consigné pour guider les intéractions que la République se devait d'avoir avec son petit voisin. Le Premier ministre avait consacré le début de sa matinée à la lecteure des pièces les plus importantes, accompagnées de synthèses de l'essentiel. L'agent, toujours stationné à sa porte, semblait s'y impatienter de la distraction du chef de l'Etat ; il s'agitait sur place, les yeux rivés sur la sobre horloge laquée encastrée dans le mur lui faisant face. L'aéroport militaire s'apprêtant à recevoir l'avion ostralite était à une vingtaine de minute en voiture, et l'heure de l'atterrissage approchait à petits pas assurés et implacables. Le jeune homme suivait le mouvement des aiguilles horaires, comme si sa propre carrière dépendait de ces tiges de fer filant sans relache dans leur chute du côté droit du cadrant. Le ministre semblait n'en jamais finir de la lecture de son bout de papier dont l'intitulé même demeurait illisible à cette distance. Enfin, Veychter fit mine de se désintéressé de sa lecture, aussi ôta-t-il ses lunettes et se leva dans l'instant, prêt de suivre le secrétaire, toujours en proie à quelque forme d'agitation, vers sa voiture. « Je suis prêt, Alvin. Ne faisons pas attendre nos amis ostralites. »

Ledit Alvin eût pu jurer que son Premier ministre se moquait de lui, ou bien n'avait-il véritablement pas idée des tracas que sa distraction lui avait causé. Quoi qu'il en fût, le jeune secrétaire n'osa pas formuler oralement ses observations. Il se contenta plus simplement de conduire le dirigeant à travers les longs couloirs du Palais du peuple pour en atteindre les voitures. Bientôt, il referma la portière de l'une d'entre elle puis la regarda emporter le chef de l'Etat au dehors, escorté par une demi-douzaine d'autres véhicules occupés par des agents de la sécurité intérieure. Quand celles-là eurent toutes quitté sa vue, il soupira tout son saoul ; si problème il y avait, ce ne serait désormais plus de sa responsablilité. Veychter, lui, traversa les rues de Tirgon à vive allure, en position médiane de son petit convoi. Il réalisa soudait que, tout accaparé qu'il avait été par son travail de documentation, il n'avait pas songé à consulter les titres de sa propre nation. Il regretta alors de ne pas avoir fait demandé un journal plus tôt, il était trop tard pour faire demi-tour en ce sens, ou même pour s'arrêter en prendre un, bien que cela eût été l'occasion parfaite pour tirer les images nécessaires à la communication du Premier Secrétariat. Tant pis. Le ministre se contenta de sortir son téléphone portable pour lire en diagonale les informations du jour. Sans grande surprise, il ne constata guère de nouveauté, et certainement rien d'alarmant. Soudain, il se retrouva nez-à-nez avec une brève autrement plus intéressante : une date avait été fixée pour le procès des hommes accusés de l'assassinat de l'empereur, plus de trois ans auparavant. Il envoya un message à l'un de ses secrétaires dans l'instant, il voulait être informé de la moindre évolution de ce procès, les accusés devaient être condamnés avant que l'on ne se mette à fouiner sur d'autres pistes. D'autres pistes qui pouvaient mener, à terme, à sa responsabilité dans toute l'affaire. Non, non. Il avait pris soin de laisser tous les indices de la culpabilité de ses hommes de pailles, la justice le servirait, c'était certain. L'arrêt de son véhicule le sorti de ses pensées, ils étaient à l'aéroport. Une fois sorti, un bref regard vers le ciel lui indiqua que l'appareil ostralite était en passe de se poser : il était arrivé à l'heure.

L'avion à terre et ses passagers sortis, le Premier ministre de la République Populaire et Sociale d'Illirée s'avança, les saluant avec un grand sourire. « Bienvenue à Tirgon, j'espère que vous avez eu un bon vol ! Je vous en prie, suivez-moi aux voitures, nous serons vite au travail. »



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Vol jusqu'à La Grande Illirée


Laften regarda sa montre. Il décollait dans cinq heures. Cinq heures. L'aéroport étant situé à une demi-heure de route, il lui faudrait partir au plus tard dans trois heures. Il observa les piles de papiers en tout genre étalés sur son bureau : son poste de Responsable de la Diplomatie n'était pas de tout repos, il était de son devoir de connaître les dernières nouvelles internationales. Il avait effectué des recherches sur ce 'Veychter', qui devait les accueillir. En apparence, il était un personnage presque banal — du moins à l'origine : de classe moyenne, pas particulièrement brillant, au succès modéré, il avait néanmoins réussi à se hisser au poste de directeur des services secrets. Il ne semblait avoir aucun passif, et — en sa qualité d'ancien membre des Services Secrets Ostralites — c'est ce dernier élément qui poussait Laften à rester sur ses gardes. Il avait par ailleurs reçu un rapport des Gardiens — service secret propre à La Petite Illirée — l'informant de l'imminence de ce qui sera sans doute l'un des procès les plus importants de l'Illirée. Mettant ses suspicions de côté, Laften commença à trier les documents les plus importants, jetant des dizaines de journaux venus des quatre coins du globe — journaux qu'il, comme bien souvent, n'avait même pas eu le temps de lire. Quand, enfin, il se retrouva avec un dossier classifiant toutes les informations en sa possession sur la Grande Illirée et un autre contenant des chiffres parmi les plus sensibles de la Région, il se mit en route. Quatre heures. Il commanda au chauffeur de s'arrêter devant le bureau de tabac le plus près et acheta un journal : il aurait pu le lire en ligne, mais il aimait la sensation du papier, et n'utilisait internet que pour les nouvelles importantes. Alors qu'il s'amusait à s'essayer aux sudokus à la fin du journal, Laften réalisa soudain qu'il avait oublié d'appeler des journalistes. Il était trop tard pour mobiliser une équipe entière, mais il pouvait encore appeler un Gardien qu'il chargerait de notifier la séance.

Laften arriva à l'aéroport environ deux heures et demie avant le décollage. Là-bas, il retrouva le type de la Justice qui devait l'accompagner. Ces gars-là lui avaient toujours fait froid dans le dos — pas pour le peu d'émotions qu'ils dégageaient, mais pour l'absence d'informations les concernant. Après de brèves présentations — le type de la Justice ayant dit s'appeler Kreos , il fut temps de prendre place dans l'avion. Celui-ci, conformément aux lois de La Petite Illirée, était le plus sobre possible — du moins pour un avion présidentiel. Il faisait tout au plus seize mètres de long pour une hauteur sous plafond de deux mètres, soit le modèle le plus petit du marché. Quatre places — autres que le pilote et son copilote — étaient disponibles, et s'y assirent Laften, son secrétaire, Kreos et le Gardien. Le vol devait durer deux heures — temps que Laften utilisa pour se reposer et analyser le type de la Justice qu'on lui avait assigné. Kreos était de taille normale, et si sa carrure ne semblait aux premiers abords pas très impressionnante, ses mains laissaient deviner qu'il était bien plus fort que ce qu'il laissait paraître. Hormis ce détail, il ne laissait aucune mimique, aucun moyen d'en apprendre plus sur son caractère, transparaître. Laften se résolut alors à attendre que le temps passe, vérifiant une dernière fois les informations possédées sur la Grande Illirée — ce jusqu'à ce que l'avion atterrisse.

Une fois descendu, Laften le vit enfin : Karl Veychter, Premier ministre de la République Populaire et Sociale d'Illirée. Si, de la même manière qu'avec Kreos, ce seul regard ne lui permit alors pas d'en apprendre plus, il lui permit au moins de confirmer son intelligence, et il se sentit lui-même sondé de l'intérieur lorsque Veychter s'avança et le salua : « Bienvenue à Tirgon, j'espère que vous avez eu un bon vol ! Je vous en prie, suivez-moi aux voitures, nous serons vite au travail. »
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