01/02/2020
16:54:12
Index du forum Continents Eurysie Götterland Armée de Libération Populaire du Götterland

Liste des factions de l'ALPG.

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Factions de l'Armée de Libération Populaire du Götterland :

L'Internationale sera le genre humain !



L'Armée de Libération Populaire du Götterland est une organisation jeune, très jeune. Alors que toutes les mouvances d'extrême gauche ont été radicalement et méthodiquement réprimées pendant des décennies sous le régime impériale et sous tous les régimes républicains, la réunion de l'extrême gauche révolutionnaire autour d'un front populaire s'est construite dans la nécessité et l'urgence et certainement pas dans la réconciliation et l'accord mutuel de chacune des factions qui l'a composent. Reflet des débats et des disputes historiques qui sous-tendent l'histoire des gauches depuis le XIXe siècle, l'ALPG est une forme de contradiction en elle-même, alignant sous le même drapeau eurycommunistes et anarchistes, autoritaristes et libertaires et évidemment, l'ALPG ne serait pas parfaite sans quelques...dérives rouge-brunes qui parsèment une gauche fortement imprégnée par une société götterlandaise majoritairement conservatrice et dont le revirage de la gauche vers la voie révolutionnaire n'a pas suffi à faire enlever à tout le monde, en témoigne le fort conservatisme social qui couve dans toutes les factions à des degrés plus ou moins différents. Chacune de ces factions dispose de sa propre organisation, de ses propres dirigeants, de son histoire propre et de ses objectifs pendant et après la guerre civile, avec ses mécènes et ses détracteurs. Il sera du rôle de ces factions, et sûrement de leurs parrains, d'amener l'une d'elles aux portes du pouvoir absolu de l'ALPG...ou à sa purge si celle-ci devient ingouvernable. Après tout, que ne serait une front populaire de gauche sans des luttes et des massacres fratricides ?


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Parti Eurycommuniste Götterlandais :

PEG.

Loduarisme.
⮕ Eurycommunistes.


Histoire :

Le communisme götterlandais, dans ses premières manifestations, est indissociable de l'histoire plus large du mouvement ouvrier. Il ne s'agissait pas encore d'un courant organisé ni même clairement distinct du socialisme révolutionnaire plus diffus qui animait les sections les plus radicales de la Götterländischer Gewerkschaftsbund dans ses premières années : une conviction partagée que le capitalisme n'était pas simplement injuste mais structurellement voué à l'exploitation et qu'aucune réforme, aussi ambitieuse soit-elle, ne peut corriger un système dont l'exploitation du travail est le principe constitutif. Dans les années 1880 et 1890, les textes qui circulaient dans les milieux ouvriers les plus radicaux du Götterland étaient ceux de penseurs révolutionnaires dont les analyses du capitalisme industriel résonnaient avec une certaine acuité particulière dans les aciéries de Waldenau et les mines de Zollstadt. Ces textes étaient lus clandestinement, discutés dans les arrières-salles de cafés et les caves d'ouvriers, copiés à la main et distribués de main en main dans les usines. La première organisation explicitement communiste au Götterland dont on puisse tracer l'existence avec certitude était la Rote Garde Waltereich (Garde Rouge de Waltereich), un cercle d'une cinquantaine de militants fondé en 1893 dans la capitale par un groupe d'intellectuels et d'ouvriers qualifiés dont plusieurs avaient séjournés à l'étranger et y avaient pris contact avec des réseaux socialistes révolutionnaires. La Rote Garde était davantage un salon politique clandestin qu'une véritable organisation structurée, elle publiait un journal ronéotypé distribué illégalement dans les quartiers ouvriers de la capitale et organisait des conférences clandestines sur les théories révolutionnaires. Le Saint-Empire, qui toléra l'organisation dans ses premières années en la percevant comme une excentricité intellectuelle sans danger, va commencer à la surveiller activement à partir de 1897 lorsque certains de ses membres furent impliqués dans l'organisation de grèves dans les docks de Waltereich la même année.

Au tournant du siècle, plusieurs groupes similaires commencent à émerger dans les villes industrielles du pays, chacun avec ses propres nuances idéologiques, ses propres réseaux et sa propre culture politique, indépendamment de toute forme de coordination nationale inexistante à l'époque. Ce morcellement était à la fois une faiblesse organisationnelle mais aussi une forme de protection relative contre la répression car un mouvement sans centre identifiable était plus difficile à décapiter pour les autorités. La grande grève de 1908 dans les aciéries de Waltereich et de Waldenau vit des militants communistes jouer un rôle actif dans l'organisation des piquets et la formulation des revendications les plus radicales, contribuant ainsi à donner à ce mouvement une dimension qui dépassait la simple négociation salariale pour poser la question de la propriété des moyens de production. Cette radicalisation alarma suffisamment le gouvernement impérial agonisant pour que ses derniers mois soient marqués par une série d'arrestations de militants communistes qui n'empêcha cependant pas la chute du régime mais il va quand même priver le mouvement révolutionnaire de plusieurs de ses cadres expérimentés au moment précis où la situation devenait révolutionnaire. La proclamation de la Première République en 1908 fut vécue par les communistes götterlandais autant comme une trahison que comme une opportunité manquée. Une trahison car c'était l'armée impériale, institution des plus réactionnaires, qui avait finalement renversé le pouvoir impérial en pleine crise de succession non pas pour instaurer la dictature du prolétariat mais pour préserver l'ordre bourgeois contre une potentielle révolution communiste qu'elle prétendait avoir vu venir ; aussi une opportunité manquée car dans le chaos des semaines qui suivent l'effondrement du Saint-Empire, il y eut un bref moment où une insurrection révolutionnaire aurait pu réussir mais le mouvement communiste était alors trop fragmenté et trop peu armé pour exploiter cette fenêtre d'opportunité.

La Première République, dirigée par une junte militaire nationaliste et fermement anticommuniste, interdit rapidement le Parti Communiste Götterlandais (qui tentait péniblement de s'organiser dans les premiers mois qui ont suivis l'assassinat de Walter III) dès 1909, arrêtant des dizaines de ses membres et force les autres à choisir entre l'exil, la clandestinité ou la mort. Cette répression, aussi brutale que méthodique, réalisa paradoxalement ce que des années de propagande n'avaient pas pu accomplir : elle convainquit les militants survivants que la voie légale et parlementaire était une illusion bourgeoise et que seule une organisation clandestine disciplinée et armée pouvait survivre et triompher de la dictature militaire götterlandaise. C'est dans ce contexte que fut fondée en 1910 l'Armée Populaire du Götterland qui avait pour vocation déclarée de renverser la junte par les armes. L'Armée Populaire était une synthèse de différents groupes qui avaient constitué la nébuleuse communiste du Götterland depuis les années 1890, unifiés par la répression dans une organisation centralisée selon les principes marxistes. Ses premières années furent donc celles de la survie, aussi héroïque et douloureuse fut-elle : à chaque répression militaire, des dizaines de cellules disparaissaient, les chefs étaient arrêtés et remplacés aussitôt à tour de bras, les réseaux clandestins maintenaient le lien entre l'Armée Populaire et la classe ouvrière dans les usines et les mines pour éviter la destruction totale de l'organisation. L'Armée Populaire mène pendant toute la période de la Première République une série d'actions révolutionnaires dont l'impact réel reste modeste mais dont la valeur symbolique pour le mouvement était considérable : sabotages industriels dans les aciéries de Waldenau en 1914, attaque de dépôts d'armes dans tout le pays en 1919, organisation de grèves illégales dans les bassins miniers de Zollstadt entre 1922 et 1925, etc. Ces actions lui valurent une répression croissante mais aussi une forme de légende héroïque dans les milieux ouvriers les plus radicaux où l'Armée Populaire était perçue comme l'avant-garde armée de la classe ouvrière götterlandaise. Elle infiltra les syndicaux légaux avec un succès variable pour y maintenir des cellules clandestines qui permettaient de faire passer des mots d'ordres révolutionnaires sous la couverture d'activités syndicales légales. Ce qui est important de noter, et ce que le PEG n'a jamais réussi aujourd'hui à dissimuler dans son récit historique officiel, c'est que l'Armée Populaire du Götterland était une organisation profondément plurielle dans son idéologie. Si l'eurycommunisme était encore en voie de définition théorique et constituait certes le courant dominant, l'Armée Populaire abritait également des anarchistes, des syndicalistes révolutionnaires, des socialistes de diverses obédiences et même quelques nationalistes de gauche dont la présence créait des tensions permanentes sur les questions de discipline et d'autorité au sein de l'Armée Populaire. Cette pluralité originelle n'a jamais été vraiment résolue et on retrouve cette caractéristique encore aujourd'hui dans l'ALPG.

La proclamation de la Seconde République en 1929 fut accueillie par les survivants de l'Armée Populaire avec un mélange de soulagement et de méfiance profonde, à la fois car la Seconde République marque la fin de la répression brutale et a permis la libération de dizaines de militants emprisonnés par la junte militaire mais d'un autre côté, la Seconde République n'était au fond pas moins le résultat d'une révolution bourgeoise que d'une transaction entre l'armée et les libéraux-conservateurs cherchant à moderniser le régime sans en toucher les structures de classe fondamentales, d'autant que la Constitution de 1929 maintient implicitement l'interdiction des partis communistes. L'Armée Populaire resterait donc illégale, quoi qu'il arrive. La question stratégique qui s'imposa immédiatement au mouvement communiste götterlandais dans ce nouveau contexte fut celle que les théoriciens révolutionnaires eurysiens débattaient déjà depuis des décennies sous diverses formes : comment une organisation révolutionnaire devait-elle se positionner face à une démocratie bourgeoise qui lui offre des espaces d'expression et d'action sans pour autant se laisser coopter par ce système dont la vocation est précisément de canaliser les énergies révolutionnaires vers des formes d'action inoffensives ? Ce débat prit au Götterland une acuité particulière car il se superposait à une autre question concrète dans le contexte götterlandais : que faire du SPDG ? Le Parti Social-Démocrate Götterlandais, désormais légal et en pleine reconstruction, attirait naturellement une fraction considérable des militants ouvriers qui avaient survécu à la Première République et qui cherchaient une organisation politique capable d'agir légalement sans les risques de la clandestinité. Plusieurs anciens responsables de l'Armée Populaire rejoignent même le SPDG dans les premiers mois de 1929, convaincus que la social-démocratie représentait, dans les conditions de la Seconde République, la forme la plus avancée d'organisation politique accessible à la classe ouvrière.

La direction survivante de l'Armée Populaire se déchira sur la réponse à apporter à cette hémorragie. Une faction, menée par Friederich Kannberg, ancien typographe devenu l'un des principaux théoriciens socialistes de l'histoire götterlandaise, plaidait pour la dissolution pure et simple de l'Armée Populaire et l'entrée collective dans le SPDG sous la forme d'une tendance organisée qui maintiendrait des positions révolutionnaires depuis l'intérieur du parti légal. Kannberg s'appuyait sur une analyse objective des conditions matérielles : en 1929, la classe ouvrière götterlandaise était épuisée par deux décennies de répression, le mouvement révolutionnaire n'avait plus les effectifs ou l'implantation syndicale nécessaires à une action autonome efficace et le Programme de Bad Walden que le SPDG adopta en 1931 contenait suffisamment d'éléments de rupture avec l'ordre existant pour qu'un travail d'influence interne soit préférable à une marginalisation extérieure. La position de Kannberg était donc celle de l'entrisme à l'état brut. A l'inverse, une autre faction au sein de l'Armée Populaire se réunira autour d'Ernst Graumann, ancien ouvrier de Waldenau qui avait dirigé plusieurs cellules clandestines durant la Première République et qui avait survécu à deux arrestations et à trois ans d'emprisonnement par la junte. Graumann refusait catégoriquement toute forme de dissolution de l'Armée Populaire dans le SPDG qu'il analysait non comme un allié potentiel mais comme le principal obstacle organisationnel à la révolution götterlandaise. Sa critique de la social-démocratie s'appuie sur l'idée que les partis socialistes réformistes, en acceptant le cadre institutionnel et constitutionnel de l'Etat bourgeois, avaient nécessairement renoncé à la perspective révolutionnaire et s'étaient transformés en gestionnaires du capitalisme sous une apparence ouvrière. Le SPDG, qui dans son Programme de Bad Walden acceptait explicitement l'économie de marché capitaliste, n'échappait pas à cette logique. Graumann plaidait pour le maintien d'une organisation révolutionnaire autonome, clandestine si nécessaire, dont la fonction n'était pas de concurrencer le SPDG sur le terrain électoral mais de construire patiemment une avant-garde révolutionnaire qui serait indispensable quand les conditions objectives de la révolution se matérialiseront inévitablement dans un système capitaliste dont les contradictions ne pouvaient que s'approfondir. Le congrès clandestin tenu à Rheinbruck en octobre 1932 trancha en faveur de Graumann par une majorité étroite. Kannberg et ses partisans respectèrent la décision du vote et, conformément à la discipline du mouvement, ne quittèrent pas l'organisation immédiatement mais plusieurs d'entre eux rejoindront quand même le SPDG individuellement dans les mois qui suivront, sans jamais rompre formellement avec l'Armée Populaire, créant une situation hybride de double appartenance que la direction pro-Graumann toléra, faute de pouvoir l'interdire efficacement.

L'Armée Populaire, maintenue dans la clandestinité sous la Seconde République, doit néanmoins s'adapter profondément dans ce nouveau contexte. La répression directe avait disparu mais la surveillance policière des milieux ouvriers radicaux se poursuivait et le gouvernement libéral-conservateur avait clairement signifié qu'il ne tolérerait aucune organisation qui réclamait ouvertement le renversement de la République. Cette contrainte conduit Graumann à développer ce qu'il appelait dans ses textes la stratégie du front légal : des organisations de façade légalement constituées (clubs culturels ouvriers, associations d'éducation populaire, amicales de quartier) qui permettaient au mouvement de maintenir une présence publique, de recruter et de former des militants, sans toutefois exposer l'organisation clandestine elle-même. Cette stratégie fut appliquée avec un succès variable. Dans les bastions sidérurgiques comme Waldenau ou Zollstadt, où la tradition militante était suffisamment forte pour que les militants sachent faire la part des choses entre l'organisation légale de façade et l'organisation révolutionnaire, ces fronts légaux fonctionnèrent efficacement pendant plusieurs années mais dans les villes moyennes ou les régions moins industrialisées, ils se vidaient souvent rapidement de leur substance révolutionnaire pour devenir exactement ce qu'ils prétendaient être, c'est-à-dire de simples associations culturelles.

La question du rapport au Grand Kah s'imposa progressivement comme un axe de structuration idéologique à l'époque. La troisième confédération, combattue âprement par la Première République lors des guerres de réaction, avait suscité une forme de fascination et d'inquiétude dans les milieux révolutionnaires götterlandais puisque la forme socialisante naissante que prenait le Grand Kah différait en grande partie de ce que la ligne marxiste orthodoxe nommait l'eurycommunisme réel et voyait dans le Grand Kah une forme dévoyée des théories socialistes vers un modèle libertaire et petit-bourgeois. C'est dans ce contexte que se forma au sein de l'Armée Populaire, une tendance informelle que ses adversaires internes nommèrent péjorativement les Eurysianistes et qui se désignait eux-mêmes plus sobrement comme la tendance à l'orthodoxie marxiste. Cette tendance, dont la figure de proue intellectuelle était un jeune théoricien autodidacte du nom de Walter Scherbel, défendait la position que toute révolution s'inspirant de près ou de loin à la troisième confédération kah-tanaise renforçait davantage la réaction et les ennemis de la révolution mondiale au lieu de soutenir la libération du prolétariat. La montée des mouvements nationalistes et fascistes dans les années 1930 au Götterland et ailleurs en Eurysie posa également au mouvement communiste götterlandais la question de la politique de front populaire. Graumann proposa en 1935 la constitution d'un front antifasciste large qui devait inclure le SPDG, certaines fédérations syndicales de la VFG et plusieurs partis mineurs centristes et républicains dans le but de constituer une barrière politique capable d'empêcher la prise du pouvoir par les forces nationalistes radicales du Götterland. Cette politique représentait une rupture formelle avec la stratégie d'isolement révolutionnaire que l'APG avait maintenue depuis 1929 et constituait un retournement que Graumann dut défendre avec une énergie considérable contre l'opposition des Eurysianistes qui y voyaient un abandon du principe de la lutte des classes au profit d'une alliance de classe intermédiaire condamnée à renforcer le réformisme social-démocrate. Les contacts établis avec le SPDG dans le cadre de cette politique de front populaire furent d'une fécondité limitée et d'une durée brève. Le SPDG, méfiant envers une organisation qu'il avait toujours considérée comme concurrente et dont la légalité était douteuse, accepta des discussions informelles entre les deux organisations tout en refusant catégoriquement toute association formelle qui aurait pu être utilisé par le gouvernement pour le mettre en cause.

Ernst Graumann meurt d'une crise cardiaque en 1944 à l'âge de 67 ans, laissant derrière lui une organisation épuisée et un mouvement privé de son principal artisan depuis quinze ans. La succession de Graumann fut le premier grand déchirement organisationnel ouvert de l'histoire de l'Armée Populaire. Trois figures se disputent alors le leadership du mouvement dans les mois qui suivent : Heinrich Pflock, qui représentait la continuité graumannienne et son pragmatisme tactique ; Walter Scherbel, théoricien eurysianiste qui revendiquait une légitimité idéologique fondée sur l'orthodoxie marxiste ; et Rosa Gärtner, militante syndicale de Waldenau dont la légitimité reposait sur son implantation dans les réseaux de résistance ouvrière. Ces trois figurent incarnaient des projets politiques différents et suffisamment distincts pour qu'aucune d'elles ne pût s'imposer sans le soutien d'au moins une des deux autres, ce qui conduisit à la formation d'une direction collective informelle dans les dernières années de l'Armée Populaire. C'est sous cette direction collective que la décision de dissoudre l'Armée Populaire fut proclamée en décembre 1950 et effectivement appliquée en 1951. Le contexte avait profondément évolué depuis 1929 : la Seconde République avait maintenu pendant deux décennies un cadre politique stable dans lequel les espaces d'action légale s'étaient progressivement élargis pour les forces syndicales et sociales progressistes, sans que la perspective révolutionnaire ne se matérialisa, la classe ouvrière götterlandaise avait dans son écrasante majorité choisi la voie réformiste du SPDG et de la VFG et avait relégué l'Armée Populaire à une marginalisation militante de plus en plus difficile à nier et surtout, l'échec de toutes les tentatives de construire une organisation révolutionnaire viable dans les conditions de la Seconde République commençait à ressembler à un verdict historique que la seule persévérance obstinée ne pouvait plus dissoudre.

Ce que les historiens götterlandais nomment la traversée du désert entre 1951 et 2010 est une période assez riche et complexe car elle fut le creuset dans lequel l'eurycommunisme götterlandais se reformula théoriquement en profondeur, digéra ses traumatismes de ses échecs passés et produisit les cadres intellectuels et militants qui allaient refonder le mouvement au début des années 2010. L'entrée au SPDG des anciens militants de l'Armée Populaire se fit dans des conditions qui rendaient difficile toute ambition d'y former une tendance révolutionnaire organisée. La direction du SPDG, qui avait accepté ces ralliements avec une certaine bienveillance, avait clairement signifié que tout entrisme organisé serait traité comme une tentative de noyautage et mènerait à des exclusions. Les anciens membres de l'Armée Populaire dont donc adopter une discrétion qui rendait impossible le maintien d'une identité politique collective. Certains s'intégrèrent progressivement à la culture réformiste du SPDG en abandonnant leurs convictions révolutionnaires dans un processus graduel tandis que d'autres maintiennent leurs convictions révolutionnaires mais maintiennent une pratique politique entièrement réformiste dans les faits. D'autres encore, une petite minorité, refusa cette intégration et maintint des liens informels avec les anciens membres de l'Armée Populaire et se retrouvaient dans des cercles de discussion privés où la théorie révolutionnaire continuait à être lue et débattue en dehors de toute structure organisée. C'est dans ces cercles que circula à partir de 1964 les premiers rapports sur les conditions réelles de la République Socialiste de Kartvélie (purges internes, procès politiques) qui provoqua la mort de milliers de militants communistes sincères accusés de déviationnisme. Ces informations, qui filtraient via des contacts avec des partis communistes étrangers, des journalistes ou des dissidents kartvéliens, créèrent une crise existentielle dans les cercles survivants du communisme götterlandais. La réponse à cette crise divisa durablement le désormais petit monde du communisme götterlandais car pour Scherbel, eurysianiste jusqu'à sa mort en 1965, les informations sur les purges et les procès relevaient de la propagande anticommuniste et ne méritaient pas d'être prises au sérieux par des révolutionnaires qui devaient se méfier des sources bourgeoises. Cette position, de plus en plus difficile à tenir à mesure que les témoignages s'accumulaient se précisaient, valut à Scherbel une marginalisation progressive au sein des cercles communistes. Pour Pflock, en revanche, la réalité des dérives kartvéliennes était une occasion non pas d'abandonner le projet eurycommuniste mais de le reformuler plus honnêtement en distinguant ce qui dans le modèle kartvélien relevait de l'adaptation contingent à des conditions précises (sous-développement industriel, encerclement capitaliste) et ce qui relevait de principes universels exportables. Cette distinction constitua le germe de ce qu'on pourrait appeler le premier eurycommunisme critique götterlandais. Le texte fondateur de ce courant fut un essai rédigé par Pflock en 1966 intitulé "La question de la forme et du contenu de la transition révolutionnaire" qui opère une distinction analytique entre le contenu essentiel du projet eurycommuniste (abolition de la propriété privée des moyens de production, planification centralisée de l'économie, dictature du prolétariat comme étape transitoire et rôle du parti d'avant-garde) et les formes historiquement contingentes que ces contenus prennent en Kartvélie et ailleurs. Pour Pflock, les purges, les collectivisations forcées, la brutalité policière sont des formes contingentes imposées par des conditions d'arriération économique et d'encerclement capitaliste que le Götterland, pays capitaliste développé avec une classe ouvrière historiquement organisée ne connaîtrait pas au même degré. Une révolution eurycommuniste götterlandaise pourrait donc maintenir le contenu essentiel de l'eurycommunisme et adopter des formes différentes et plus respectueuses de la tradition démocratique ouvrière du pays sans pour autant constituer une déviation révisionniste. Cet argument, qui ressemblait de manière troublante à ce que les révisionnistes sociaux-démocrates avaient dit plusieurs décennies avant d'aboutir au réformisme pur, était défendu par Pflock avec une certaine précision qui le distinguait d'un simple opportunisme : il ne contestait ni la nécessité de la dictature du prolétariat ou de la collectivisation mais il en contestait surtout la forme policière et brutale qu'elle prenait dans les pays où cela se produisait.

La mort de Heinrich Pflock l'année suivante en 1967 priva le mouvement communiste götterlandais de sa figure théorique la plus créative à un moment où les débats sur la stratégie révolutionnaire dans les pays capitalistes s'approfondissait partout ailleurs. Dans les années 1960, plusieurs écrivains socialistes götterlandais commencent à remettre en question l'applicabilité du modèle eurycommuniste au vu de la situation nationale et cherchent davantage à élaborer des stratégies qui tiendraient compte des spécificités d'une classe ouvrière intégrée dans des systèmes de protection social keynésiens, alphabétisée, disposant du droit de vote et d'organisations syndicales légales puissantes. Ces débats nourrissent une réflexion intense au Götterland et au cours de ces débats s'impose une personnalité majeure du mouvement communiste götterlandais jusqu'aux années 1990 : Gerhard Fels. Ce dernier, né en 1931, fils d'ouvrier dont le père avait été membre de l'Armée Populaire et avait combattu jeune la junte militaire dans les années 1920, il s'inscrivait initialement dans la mouvance intellectuelle issue de Pflock et entreprit rapidement de rédiger une série de textes théoriques sur le corpus théorique eurycommuniste. Le premier de ses textes fut nommé "Capitalisme avancée et stratégie révolutionnaire", rédigé en 1968. Ce texte s'appuyait sur une lecture critique des textes classiques eurycommunistes et des théoriciens de la gauche eurysienne pour développer une thèse selon laquelle que dans les pays capitalistes développés, la domination de la bourgeoisie ne reposait plus principalement sur la coercition directe (armée, police, justice) mais sur une forme de domination culturelle et idéologique que l'ordre existant était naturel, légitime et irremplaçable. Cette domination culturelle, que Fels nomma la domination hégémonique, rendait inefficaces les stratégies révolutionnaires qui reposent exclusivement sur la prise du pouvoir économique et politique car un Etat révolutionnaire qui ne serait pas précédé d'une transformation de la conscience de classe resterait fragile face à la résistance culturelle des classes dominées qui n'auraient pas rompu psychologiquement avec l'ordre bourgeois. La conséquence stratégique que Fels tira de cette analyse était ce qu'il nommait comme une forme de guerre de position : une longue bataille culturelle et idéologique au sein de la société civile (syndicats, universités, mouvements culturels, associations ouvrières) qui doit précéder toute prise du pouvoir politique. Dans les conditions götterlandaises, cela signifie que la tâche prioritaire du mouvement révolutionnaire n'est plus de construire des structures armées clandestines en attendant un Grand Soir illusoire mais de travailler patiemment à la transformation de la conscience de classe ouvrière au sein des organisations dans lesquelles elle vit déjà comme les syndicats de la VFG, les associations culturelles ouvrières ou les lycées professionnels. Cette stratégie implique une présence durable dans le SPDG et dans les syndicats mais non pas sous la forme de l'entrisme kannbergien mais sur celui d'une influence intellectuelle et politique exercée par les militants communistes ouvertement révolutionnaires qui participeraient aux débats de la gauche götterlandaise sans dissimuler leur idéologie. Ce texte fut accueilli dans les cercles intellectuels avec enthousiasme pour la nouvelle génération intellectuelle, notamment pour les partisans des théories pflockiennes, mais aussi avec suspcision, notamment pour la mouvance eurysianiste survivante après la mort de Scherbel qui y voyait comme une forme de révisionnisme qui diluait le projet révolutionnaire dans la patience qui se transformerait inévitablement en renoncement.

Dans les années 1970, une nouvelle grande crise théorique frappa le mouvement communiste götterlandais avec de plus en plus de révélations sur les dérives du régime kartvélien. Pour beaucoup de militants, qui avaient construit une parti de leur identité révolutionnaire sur le modèle eurycommuniste orthodoxe, même dans sa version critique qu'avait développé Fels, la confrontation à cette réalité représentait un défi existentiel. Fels répondit à ce défi dans un texte de 1974 nommé "Sur la question kartvélienne et ses limites pour la stratégie révolutionnaire götterlandaise". Fels y affirma que les dérives du régime kartvélien n'étaient pas des accidents contingents ou des déformations corrigibles d'un modèle fondamentalement sain mais la conséquence d'une série de choix politiques et organisationnels que l'orthodoxie eurycommuniste n'avait pas suffisamment critiqués, notamment la conception du parti d'avant-garde comme instance infaillible par nature et non par démonstration, la confusion entre la discipline de parti nécessaire et le monolithisme intellectuel et la subordination absolue de la vérité empirique aux impératifs de la cohésion idéologique. Il appela à une refondation critique de l'eurycommunisme götterlandais en maintenant le projet politique et économique (socialisation des moyens de production, planification de l'économie, pouvoir aux ouvriers) mais en menant une rupture avec la prétention à l'infaillibilité du parti et avec la répression de la pluralité comme instrument de gouvernement révolutionnaire. Ce texte de 1974 provoqua la première scission idéologique du mouvement communiste post-dissolution. Un groupe d'anciens eurysianistes, attachés à une orthodoxie que le texte de Fels remettait trop profondément en question, fonda le Collectif des Communistes de Waldenau (Kollektiv Waldenauer Kommunisten - KWK). Cependant, si ce collectif maintient la ligne eurysianiste jusqu'à sa dissolution dans les années 1990 (faute de cadres et de militants pour renouveler le collectif), ce collectif reste minoritaire et ne dépassera jamais plus d'une centaine de membres actifs.

L'arrivée au pouvoir du Parti du Progrès en 1979 et le programme de transformations néolibérales qui suivit produiront un effet paradoxal sur les cercles intellectuels communistes : les privatisations, la flexibilisation du marché du travail et le démantèlement progressif de l'Etat-providence que le SPDG avait construit au fil des décennies confirmaient les prévisions théoriques que le mouvement communiste maintenait depuis des années sur l'incapacité structurelle du réformisme social-démocrate à contenir les dynamiques du capital mais elles s'accomplissaient dans un contexte de relative prospérité économique initiale qui rend difficile la mobilisation révolutionnaire d'une classe ouvrière dont les conditions de vie s'amélioraient en apparence, du moins pour sa fraction intégrée dans les secteurs en croissance. Gerhard Fels publia en 1983 ce qui constitue probablement son oeuvre théorique la plus ambitieuse, un essai nommé "Néolibéralisme, hégémonie culturelle et stratégie contre-hégémonique", une analyse du néolibéralisme à la fois politique et économique mais également sous l'angle de vue d'un projet hégémonique qui vise à transformer en profondeur les représentations sociales, les aspirations individuelles et les formes de solidarité collective de la classe ouvrière ; Fels analysait en effet la façon dont la propagande néolibérale du Parti du Progrès réussissait à convaincre des travailleurs objectivement lésés par les réformes de flexibilisation qu'ils en étaient les bénéficiaires en mobilisant les ressorts de l'individualisme, de la méritocratie et de la liberté de consommation comme substituts à la conscience de classe. A cette analyse, Fels y apporte une réponse, il estime qu'il faut établir une contre-hégémonie culturelle, une bataille pour les représentations du monde aussi bien pour les conditions matérielles de vie, une présence dans les espaces culturels, éducatifs et médiatiques afin de former une conscience de classe pour les classes populaires. Gerhard Fels meurt en 1994 d'un cancer du poumon, laissant le monde communiste götterlandais veuf et sans figure principale.

Ce fut la crise économique du début des années 2010 qui fut le catalyseur d'un embryon de parti révolutionnaire. Les fermetures d'usines en cascade, le chômage de masse dans les bastions industriels du sud ainsi que la pauvreté urbaine produisit un terreau de colère et de désespoir sans lequel aucune organisation révolutionnaire ne peut prospérer. Les militants des cercles communistes se retrouvèrent dans un contexte où leur discours résonnait d'une manière qu'ils n'avaient jamais connue de leur vivant. Le Parti Eurycommuniste Götterlandais fut ainsi fondé illégalement en mars 2011, d'abord par un cercle très restreint de militants. Le PEG nait comme une petite organisation de cadres résolus et non comme un mouvement de masse initialement, avec une conviction très eurycommuniste que la qualité de l'organisation et la clarté idéologique importent davantage que le nombre initial de membres. Les fondateurs adoptèrent une structure calquée sur le modèle loduarien : centralisme démocratique, cellules de base organisées par lieu de travail ou de résidence, un Comité Central élu par un Congrès et disposant d'une autorité exécutive complète entre les Congrès et discipline de parti absolue sur les décisions adoptées démocratiquement. Les premières années du PEG furent celles d'une croissance lente mais régulière, la clandestinité imposant de sévères contraintes. Le PEG gagne chaque année plusieurs milliers d'adhérents et suit une croissance de plus en plus rapide à partir de 2013 avec les grèves contre VGW à Zollstadt. La relation avec les syndicats fut dès le début l'axe stratégique central du PEG. Conformément à la doctrine eurycommuniste qui assignait au parti d'avant-garde la mission d'organiser et de diriger la classe ouvrière sans se confondre avec elle, le PEG travailla systématiquement à infiltrer les grandes fédérations industrielles de la VFG en y plaçant des militants disciplinés qui pouvaient exercer une influence sans révéler leur appartenance au parti. Cette stratégie porta ses fruits auprès d'IG Metall principalement dont les sections méridionales deviennent rapidement les bastions de la tendance radicale de la VFG. La fondation de la Ligue d'Emancipation Prolétarienne en 2012 et du Mouvement anti-fasciste en 2016 posa au PEG un autre problème sérieux. La doctrine eurycommuniste, désormais bien ancrée dans l'orthodoxie à la loduarienne, était peu compatible avec une alliance avec des organisations qui contestaient le principe même de parti d'avant-garde : les anarchistes étaient autant des adversaires idéologiques que la bourgeoisie libérale à leurs yeux et la Ligue, avec ses dérives autoritaires, ressemblait surtout à une déviation opportuniste du projet révolutionnaire qu'à un mouvement d'émancipation du prolétariat. Ces réserves furent surmontées par le réalisme politique : en 2017, face à la répression gouvernementale qui frappe les trois mouvements, la survie de chacune dépend de la capacité collective de la gauche révolutionnaire à résister ensemble. La fondation de l'ALPG durant l'été 2017 fut donc acceptée par le PEG comme une alliance de front uni.

Organisation :

L'organisation interne du PEG est calquée, avec quelques adaptations, sur le modèle du parti eurycommuniste tel qu'il a été théorisé par les eurycommunistes et concrétisé dans les structures étatiques loduariennes. Son principe fondateur est le centralisme démocratique, toutes les questions sont débattues librement dans les instances du parti avant que la décision soit prise mais une fois la décision adoptée par vote, elle s'impose à tous les membres sans exception et toute opposition publique à cette décision est considérée comme une violation de la discipline de parti. Ce principe, qui vise à combiner la délibération collective avec l'efficacité d'une action unie, produit en pratique toujours une tension entre la démocratie interne formelle et l'autoritarisme de l'exécutif dans les faits. L'instance théoriquement suprême du PEG est le Congrès, réunion de l'ensemble des délégués élus par les cellules de base, qui se tient en principe tous les deux mais qui ne peut actuellement convoqué à cause de la guerre civile. C'est le Congrès qui fixe la ligne politique générale du parti, qui adopte les modifications aux statuts et élit le Comité Central, l'organe exécutif suprême composé de 51 membres qui se réunissent mensuellement et dispose d'une autorité totale entre deux Congrès. Le Comité Central élit en son sein le Bureau Politique (Politburo) composé de onze membres permanents qui constituent la direction effective du parti et se réunissent plusieurs fois par semaine. Enfin, le Politburo nomme le Secrétaire Général qui est le responsable exécutif suprême du parti, préside de Politburo et engage le parti dans ses prises de positions politiques. En dessous de ces instances, le parti est organisée en cellules de base qui sont le tissu militant concret du PEG. Conformément à la doctrine eurycommuniste, ces cellules sont organisées de préférence en fonction du lieu de travail et non en fonction du lieu de résidence, de manière à ancrer le parti dans la réalité de classe de ses membres et à lui donner une prise sur les dynamiques concrètes de production et d'exploitation. Une cellule d'usine réunit les militants du PEG employés dans la même entreprise ou dans le même secteur industriel, ce qui permet également une action syndicale mieux coordonnée et une surveillance mutuelle de la discipline des militants. Ce n'est seulement dans le cas où les cellules d'usine sont impossibles à constituer (notamment dans le cas des zones rurales) que les cellules territoriales prennent le relais. Chaque cellule élit un secrétaire qui le représente auprès des instances locales, lesquelles transmettent et remontent vers les instances régionales puis le Comité Central.

Militairement, les troupes du PEG sont un amas hétéroclite de milices nommées les Rote Brigaden (Brigades Rouges), théoriquement sous le commandement du Politburo via une commission militaire centrale dont les membres sont désignés par le Politburo et qui doivent coordonner la stratégie et les opérations des différentes brigades. dans les faits, l'autorité de la commission militaire sur les commandants de terrain est très variable et souvent contestée. C'est un conflit larvé entre autorité politique et autonomie militaire qui figure comme une tension particulièrement dangereuse au sein du PEG, notamment avec la faction jacobine qui préconise une subordination beaucoup plus stricte du militaire au politique tandis que les commandants de terrain résistent à cette subordination au nom des réalités tactiques qu'eux seuls connaissent.

Le PEG maintient enfin plusieurs organisations de masse périphériques dont l'objectif est d'élargir son influence au-delà de ses membres formels et d'encadrer idéologiquement des secteurs de la population qui ne rejoindront pas nécessairement le parti mais dont le soutien ou la neutralité reste nécessaire à la révolution. Si ces organisations sont censées être indépendantes du PEG, leur direction est dans les faits composée de membres du parti et leur activité est coordonnée avec la ligne du Politburo. La plus importante de ces organisations est la Ligue de la Jeunesse Communiste (Kommunistische Jugendliga - KJL), principal vivier de recrutement du PEG dans les lycées et les universités. La KJL représente à la fois la force militante la plus enthousiaste et la plus difficile à discipliner du PEG, ses membres jeunes ayant une propension à l'action directe et à la transgression des consignes du parti que les instances dirigeantes observent avec inquiétude. Cette jeunesse militante est aussi le terrain le plus disputé entre les factions internes du parti, chaque courant cherchant à s'y implanter et à y diffuser sa propre vision du projet révolutionnaire.

Figures dominantes :

Antonin Hartmann.

  • Antonin Hartmann (secrétaire du parti) : né en 1962 dans une maison ouvrière du quartier d'Arbeiterviertel à Zollstadt, il est le quatrième enfant d'un père mineur et d'une mère ouvrière dans une conserverie, il grandit dans une famille avec une forte tradition syndicale, son père étant délégué syndical à IG Bergbau. Brillant élève au lycée public de Zollstadt, Hartmann obtient une bourse universitaire qui lui permit d'étudier la philosophie et l'histoire à l'Université de Waltereich à partir de 1980. C'est à ce moment qu'il découvre les textes théoriques de l'eurycommunisme, il prend contact avec les cercles intellectuels communistes et deviendra notamment l'élève de Gerhard Fels entre 1981 et 1985 avant de retourner dans sa ville natale en 1985 où il travaille comme professeur dans un lycée professionnel. Les années enseignantes lui permettent de marquer profondément son style politique car il développe une certaine capacité pédagogique à expliquer des concepts théoriques complexes en des termes simples avec des interlocuteurs qui n'ont aucune formation politique ou philosophique. C'est en grande partie grâce à lui que le PEG est fondé en 2011, c'est lui qui réunit les délégués initiaux du parti, qui rédige le texte des statuts fondateurs et impose la structure du centralisme démocratique strict et s'oppose fermement à certains cofondateurs qui préfèrent un fédéralisme plus souple car selon lui, les organisations révolutionnaires qui n'ont pas la discipline du centralisme démocratique se fragmentent inévitablement à la première crise, la révolution götterlandaise est probablement une des plus exigeantes historiquement, le PEG doit donc s'attendre à repousser le plus loin possible ses limites. Il fut élu secrétaire général dès la fondation du PEG et le demeure depuis. Son style politique mêle souvent rigueur théorique et réalisme tactique. En effet, il connaît mieux que quiconque les textes eurycommunistes et pourtant, il est capable de faire de grandes concessions tactiques avec ses adversaires internes (alors que la bonne foi voudraient lui faire que les jacobins ou les national-communistes ne sont rien d'autres que des révisionnistes) ainsi qu'aux autres mouvements de gauche car Hartmann sait très bien ce que les eurycommunistes disent des anarchistes et pourtant, il a été le plus fervent défenseur de l'alliance avec les libertaires et de l'ALPG en 2017-2018. Il méprise profondément la Ligue d'Emancipation Prolétarienne, qu'il considère comme une déviation opportuniste vers un culte de la personnalité sans fondement théorique sérieux mais il maintient des relations formellement correctes par nécessité et par pression militaire des autres factions qui force l'ALPG à se serrer les coudes. Avec le Mouvement anti-fasciste, sa relation est plus nuancée car il respecte la tradition libertaire dans sa dimension anti-autoritaire mais il reste convaincu qu'une révolution sans avant-garde est condamnée à l'échec et que les libertaires götterlandais le découvriront à leurs dépends si jamais ils parviennent à prendre le pouvoir.

  • August Masur.

  • August Masur (coordinateur et chef du Comité Central, membre du Politburo et bras droit du secrétaire) : Né à Waldenau d'une famille d'enseignants, August est le seul dirigeant national du PEG à ne pas être issu du milieu ouvrier, ce qui a le don de lui faire attirer des remarques acides de la part des jacobins qui y voient la preuve de son opportunisme bourgeois. August Masur est l'homme à tout faire du parti, il est le chef et le coordinateur principal du Comité Central, il est responsable de la discipline interne, des procédures d'admission des nouveaux membres et des sanctions pour violation de la discipline du parti. Principal garant de la ligne eurycommuniste orthodoxe du parti, il a une relation complémentaire et amicale avec Hartmann car là où Hartmann est de nature pédagogue et conciliant, Masur est intransigeant sur les questions de principe et imperméable sur les arguments opportunistes.

Courants internes :

La ligne officielle du PEG est une adaptation de l'eurycommunisme loduarien avec des spécificités götterlandaises. Son point de départ est assez classique et reprend ce qui a été mis en pratique en Loduarie et théorisé notamment par le PEV velsnien : un parti d'avant-garde comme instrument nécessaire de la révolution prolétarienne, le centralisme démocratique comme principe d'organisation pour garantir à la fois la démocratie interne et l'efficacité d'action, la dictature du prolétariat comme étape transitoire à travers le dépérissement de l'Etat pour atteindre une société communiste achevée, une planification centralisée de l'économie comme substitut rationnel à l'anarchie que représente l'économie de marché et enfin la solidarité internationaliste avec les travailleuses et travailleurs du monde entier. Ce que la ligne officielle götterlandaise ajoute, ou plutôt adapte, découle directement des théories felsiennes du siècle dernier car le PEG considère qu'une révolution se déroulant dans un pays capitaliste avancé et développé avec une classe ouvrière historiquement organisée, une tradition démocratique ancienne et une population très urbaine et alphabétisée nécessite que la période transitoire soit plus longue et nécessite à la fois une alliance avec des forces non-eurycommunistes tant que celles-ci ont pour objectif commun de détruire le pouvoir bourgeois et que le parti doit avoir comme principe fondateur de renverser l'hégémonie culturelle au sein d'une population götterlandais encore majoritairement conservatrice et méfiante vis-à-vis du projet communiste.

Ensuite, on retrouve la faction jacobine comme ils se désignent eux-mêmes qui constituent la droite du PEG. Leur critique de la ligne officielle réside principalement sur ce qu'ils perçoivent comme une naïveté dangereuse dans la gestion de la coalition avec les libertaires et un manque de détermination dans la mise en œuvre des mesures révolutionnaires sous contrôle de l'ALPG. Sur le plan théorique, les jacobins se réclament d'une lecture plus stricte du modèle loduarien, insistant sur les éléments que la ligne officielle tend à minimiser selon eux : la nécessité d'une dictature du prolétariat exercée avec fermeté et sans concession, une surveillance massive des populations et une répression des éléments contre-révolutionnaires comme préconditions de la stabilisation révolutionnaire et le rejet de toute concession aux libertés formelles bourgeoises qui ne font qu'offrir des espaces d'organisation aux ennemis de classe. Ce qui rend d'autant plus intéressant la faction jacobine, c'est aussi son rapport aux questions sociales. Contrairement à ce qu'on pourrait attendre d'une faction de gauche, ils défendent le conservatisme social, bien que ce soit selon eux par tactique politique et non par élitisme ou tradition car ils considèrent que le progressisme dans sa forme contemporaine (défense des droits LGBT, féminisme de troisième vague, diversité culturelle, luttes intersectionnelles et antiracistes) est une idéologie fondamentalement bourgeoise et néolibérale instrumentalisée par le Parti du Progrès pour diviser la classe ouvrière en identités multiples et concurrents afin de dissoudre la conscience de classe en une mosaïque d'identités superficielles et ainsi domestiquer les travailleurs et les convaincant que la lutte contre le sexisme ou l'homophobie sont plus urgentes que la lutte anticapitaliste. Le progressisme social est donc, selon l'analyse jacobine, un cheval de Troie de la bourgeoisie au sein du mouvement révolutionnaire et le PEG qui l'embrasse trahit la classe ouvrière au profit des couches moyennes éduquées qui en sont les principales bénéficiaires. Cette posture conservatrice sur les questions sociales n'est pas sans créer des tensions au sein du courant jacobin lui-même, certains membres allant jusqu'à défendre des positions sur la famille traditionnelle, le rôle des genres ou la sexualité en des termes qui auraient plus leur place dans l'Union Chrétienne ou le FRN.

Enfin, la faction national-communiste constitue la faction la plus atypique mais aussi la plus difficile à comprendre pour un observateur extérieur car ils combinent des éléments à priori mutuellement exclusifs : un nationalisme götterlandais assumé et un communisme orthodoxe sur le plan économique, une défense des particularités culturelles et identitaires du peuple götterlandais et un engagement sincère dans les droits des femmes et les minorités sexuelles. Les nationaux-communistes götterlandais se réclament d'une tradition qui tente de synthétiser la révolution sociale avec la libération nationale dans les conditions d'un pays qui n'est pas colonisé au sens classique du terme mais qui, selon leur analyse, a subi une colonisation culturelle et économique de l'intérieur par les élites néolibérales cosmopolites représentées par le Parti du progrès et ses alliés corporatistes. Le Götterland ouvrier et populaire, avec sa culture industrielle, ses dialectes régionaux, ses traditions festives et syndicales, sa gastronimie ouvrière et ses identités locales a été méprisé et détruit par une classe dominante soumise à la mondialisation et au multiculturalisme tout en délocalisant les usines et en remplaçant les communautés ouvrières stables par des travailleurs précaires sans racines. La révolution nationale-communiste entend libérer le peuple götterlandais de cette double domination à la fois économique (point de vue défendue classiquement par le communisme) mais aussi culturelle et identaire dans une dimension que le communisme a tendance à négliger. Cette sensibilité nationale n'implique cependant pas, et c'est ce qui les distingue des national-anarchistes du Mouvement anti-fasciste qu'ils méprisent, un ethnocentrisme ou un rejet des autres peuples. Leur nationalisme est civique et populaire et non ethnique : c'est la communauté des travailleurs götterlandais, peu importe leurs origines, qui constitue le peuple dont ils défendent les intérêts. Le travailleur d'origine océano-afaréenne en outre-mer est aussi götterlandais que son homologue blanc sur le continent eurysien et la révolution nationale-communiste libère les deux au même titre. Cette ouverture théorique à la diversité ethnique s'accompagne d'un engagement sincère pour l'égalité des genres et les droits LGBT qui tranche radicalement avec le conservatisme social des jacobins. Selon eux, la libération de la femme et des minorités sexuelles sont une composante de la libération populaire générale, elle ne peut être séparée de la révolution sociale sans trahir le projet d'émancipation qui en est le fondement.
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Ligue d'Emancipation Prolétarienne :

LEP.

Tout pour le Juche.
⮕ Totalitaristes.


Histoire :

La généalogie intellectuelle de la Ligue d'Emancipation Prolétarienne (LEP) remonte à une figure dont le nom est encore aujourd'hui gravé dans le marbre de l'organisation, bien qu'il resta de son vivant une figure pourtant très marginale dans le paysage de la gauche révolutionnaire götterlandaise : Karl-Heinz Bauer (1942-2008). Cet homme est né à Grünthal dans une famille d'ouvriers textiles et est mort dans le même quartier où il a grandi sans jamais avoir occupé aucun poste d'organisation politique ou publié un seul texte dans la presse de gauche. En effet, l'oeuvre de Bauer est purement clandestine dans sa diffusion, tapée à la machine, en faibles exemplaires et distribuée sous le manteau pendant une trentaine d'années dans les cercles ouvriers de Grünthal et de Waldenau sans jamais avoir pu accéder à la notoriété d'intellectuels götterlandais de gauche comme Gerhard Fels. Cette marginalité n'était pas accidentelle et Bauer ne l'a jamais vécu comme une injustice car c'était à ses yeux la confirmation même de sa thèse centrale qui traversait ses écrits, à savoir que le mouvement révolutionnaire götterlandais avait été capturé par une intelligentsia formée par la bourgeoisie et qui parlait au nom de la classe ouvrière sans l'écouter. L'itinéraire de Bauer avait commencé initialement comme beaucoup de penseurs de la gauche radicale des années 1960 et 1970. Ancien ouvrier qui avait perdu son emploi lors d'une restructuration de son usine, il s'était formé en autodidacte sur les textes du mouvement communisme, d'abord l'enthousiasme initial du converti puis avec une distance critique de plus en plus croissante. Ce qui le séparait progressivement du courant dominant représenté par les héritiers intellectuels de Pflock ou de Fels n'était pas tant un désaccord sur la nécessité de la révolution mais sur sa nature et ses sujets. Dans un premier texte qu'il écrit en 1977 nommé "Qui fait l'histoire ?", Bauer posait une question qui semblait à priori simple mais qui contenait une critique radicale de l'ensemble de la tradition eurycommuniste développée au Götterland qui avait tendance à répondre en dernier ressort le parti d'avant-garde : c'est le parti qui, armé de la théorie scientifique du matérialisme historique, comprend les lois de l'histoire, identifie les conditions de la révolution et guide les masses vers l'accomplissement de cette même révolution. Ce sont les masses elles-mêmes qui sont le moteur matériel mais ce n'est pas le sujet conscient de la révolution, elle nécessite une organisation spécialisée au-dessus d'elle pour exister. Bauer rejette fortement cette réponse.

Sa critique repose sur une distinction philosophique qu'il développe au fil des années : la distinction entre la conscience que les classes dirigeantes ont imposée aux travailleurs à travers des siècles d'exploitation et d'éducation bourgeoise d'une part, et la conscience profonde, organique et révolutionnaire que portent les travailleurs dans leur expérience vécue de la production et de la lutte d'autre part. Les théoriciens eurycommunistes, y compris les critiques felsiens, confondaient à ses yeux ces deux dimensions car voyant la conscience immédiate des travailleurs marquée par l'idéologie bourgeoise, ils concluaient que les travailleurs avaient besoin d'une avant-garde pour leur apporter de l'extérieur la conscience révolutionnaire qu'ils ne pouvaient pas développer eux-mêmes. Cette conclusion était pour Bauer profondément condescendante et théoriquement fausse. Les travailleurs ne manquent pas de conscience révolutionnaire selon lui, ils en ont une qui est enracinée dans l'expérience quotidienne de l'exploitation, dans la solidarité forgée dans les usines et les grèves et dans la mémoire collective des luttes passées, tout ce dont ils manquent, c'est d'une organisation qui exprime cette conscience sans la trahir ou sans la reformuler dans des catégories théoriques importées de l'étranger et qui ne correspondent pas à la réalité götterlandaise. Cette critique de l'eurycommunisme, jusqu'à là assez partielle, s'approfondit dans les années 1980 lorsque Bauer orienta sa réflexion vers la question de la dépendance du mouvement révolutionnaire götterlandais envers des modèles étrangers. Dans un texte de 1985 nommé "La révolution ne s'importe pas", il développa ce qui allait devenir le cœur de sa contribution théorique. Son argument était le suivant : toute révolution qui s'appuie sur un modèle étranger comme référence normative et qui cherche à reproduire dans son propre pays l'expérience d'une révolution survenue dans un autre pays avec des conditions historiques, économiques et culturelles entièrement différentes trahit nécessairement la classe ouvrière pour laquelle elle prétend agir. Cette trahison est à double sens car elle impose aux travailleurs une vision d'eux-mêmes et de leur avenir qui n'est pas la leur mais celle d'autres travailleurs dans d'autres circonstances et elle subordonne ensuite le jugement sur les réalités götterlandaises concrètes à la conformité avec un modèle externe dont la pertinence locale n'a jamais été démontrée. Baueur ne tirait pas pour autant de cette critique une conclusion nationaliste au sens politique classique du terme car il ne proposait pas que la révolution götterlandaise se referme sur elle-même ou rejette la solidarité internationale du mouvement ouvrier, sa conclusion est plus subtile. Chaque révolution doit selon lui être conduite par et pour les travailleurs du pays concerné à partir de leur propre conscience, de leur propre culture et de leur propre vision de ce qu'une vie digne signifie dans leur contexte, la solidarité internationale ne peut s'exercer qu'entre révolutions souveraines, chacune debout sur ses propres bases et non entre une révolution soi-disant modèle et ses pâles imitations provinciales.

La troisième grande contribution théorique de Bauer concernait ensuite la question du leadership révolutionnaire et c'est celle qui a eu les conséquences les plus importantes qui menèrent à la formation de la LEP. Dans un texte de 1994 nommé "La volonté des masses et sa nécessaire unification", Bauer développe une théorie du rapport entre les masses ouvrières et leur direction politique en rompant définitivement avec la conception eurycommuniste du parti d'avant-garde. Sa thèse centrale repose sur l'idée que la volonté révolutionnaire des masses, bien que réelle et profonde comme il l'a déjà souligné dans ses autres textes, est dans sa forme dispersée, fragmentée et donc incapable de se traduire en une action politique efficace par ses propres moyens. Cette impuissance n'est pas due à une insuffisance de conscience de classe comme le croit les eurycommunistes mais à la nature même de la condition prolétarienne, les travailleurs vivent et travaillent dans des unités séparées, sont divisés par les différences de métier, d'entreprise, de quartier, de génération et la fragmentation que le capitalisme impose à la classe ouvrière est précisément ce qui empêche sa volonté collective de s'exprimer de manière unifiée. Pour surmonter cette fragmentation, il faut un foyer d'unification qui ne soit pas extérieur aux masses, comme c'est le cas du parti d'avant-garde, mais qui en soit le produit. Ce foyer, pour Bauer, ne peut venir que de la figure d'un dirigeant issu organiquement des masses, formé par leur expérience et porteur de leur volonté non pas en tant que délégué révocable mais comme leur expression concentrée en un seul individu. Un tel dirigeant n'est pas vraiment au-dessus des masses, il en est même l'incarnation totale et toute forme d'obéissance à celui-ci ne relève pas de la servitude comme auprès d'un monarque mais ce n'est qu'une forme que prend la volonté collective quand elle trouve son expression adéquate. Cette théorie du Grand Dirigeant (Führungskraft) était la plus controversée de ses contributions et c'est ce qui lui valut le peu d'attention qu'il reçut des milieux intellectuels de la gauche götterlandaise, une attention presque exclusivement critique. Les felsiens y voyaient un abandon de toute dimension démocratique dans le projet révolutionnaire et une rationalisation théorique de la dictature personnelle qui sentait bon la dérive à la loduarienne. Bauer répondait que cette critique confondait la démocratie formelle bourgeoise, fondée sur l'agrégation des volontés individuelles atomisées, et la démocratie substantielle prolétarienne qui est fondée sur l'expression unitaire de la volonté collective d'une classe car pour lui, un vote majoritaire entre individus isolés n'exprimait pas la volonté des masses mais seulement une addition de préférences individuelles façonnées par l'idéologie dominante. La volonté des masses, dans sa substance révolutionnaire authentique, s'exprimait dans la figure du dirigeant qui la concentrait et la rendait efficace. Ces textes, lus et discutés chez certains cercles ouvriers et quelques bastions syndicaux méridionaux de la VFG pendant des années, ne formèrent aucune organisation de son vivant, Bauer lui-même ne cherchait pas à créer un parti et refusait explicitement d'en prendre la direction, une attitude qui peut sembler paradoxale venant d'un théoricien qui parle de Grand Dirigeant mais qu'il justifiait par une conviction que le vrai dirigeant ne se désignait pas lui-même mais qu'il émergeait des masses quand les conditions matérielles le requièrent. Il meurt en mars 2008 sans avoir vu son œuvre dépasser le cercle de quelques centaines de lecteurs.

La Ligue d'Emancipation Prolétarienne est fondée en janvier 2012, plusieurs mois après la fondation du PEG, par un groupe d'une vingtaine de militants ouvriers de Grünthal et de Waldenau et qui s'étaient formés théoriquement sur les textes de Bauer et qui rejetaient explicitement de rejoindre le PEG, estimant que le PEG reproduisait structurellement et idéologiquement le défaut fondamental de tous les partis eurycommunistes depuis un siècle, c'est-à-dire à se subordonner à un modèle étranger (ici, le modèle loduarien) et à substituer le parti intellectuellement constitué à la volonté organique des masses ouvrières. Rejoindre le PEG, c'était entrer dans une organisation qui se donnait pour mission d'éclairer le prolétariat götterlandais à la lumière de théories élaborées dans des contextes différents et qui traitait ses cadres dirigeants formés dans les cercles universitaires comme les porteurs légitimes de la conscience de classe que les ouvriers ordinaires ne pouvaient atteindre seuls. Pour les fondateurs de la LEP, c'était justement reproduire la relation coloniale intellectuelle que Bauer avait passé sa vie à critique mais se faisant ici à une échelle nationale plutôt qu'internationale avec une élite intellectuelle qui se donne pour mission de diriger une classe ouvrière dont elle prétend exprimer les intérêts mais dont elle ne partage ni l'expérience, ni le langage. La LEP naissante se donna une structure délibérément différente de celle du PEG. Là où le PEG avait adopté le centralisme démocratique avec ses instances hiérarchisées, la LEP se constitue autour d'un Zentralrat, un conseil central de 21 membres dont l'autorité théorique est collective mais dont les textes fondateurs précisent explicitement qu'elle avait vocation à se concentrer progressivement dans la figure d'un Grand Dirigeant issu du conseil au fur à mesure que la maturité révolutionnaire de l'organisation le permettrait. Cette précision était la marque la plus distinctive de l'héritage bauérien dans la construction organisationnelle car contrairement aux autres formes de gauchisme qui se réclamaient du principe de la démocratie interne, la LEP assume dès le départ que son régime politique idéal n'est pas la délibération collective permanente mais une direction unifiée.

Rick Bruckmann était présent à la réunion fondatrice en qualité de simple membre, sans titre particulier et sans rôle formel dans le Zentralrat initial. Il avait 31 ans, travaillait comme magasinier dans un entrepôt logistique de Grünthal et sa réputation dans les cercles ouvriers bauériens reposait sur sa capacité à expliquer les textes de Bauer devant des audiences ouvrières avec une clarté et une force d'évocation que personne d'autre ne possédait. Ce talent oratoire exceptionnel, combiné à une stature physique imposante et une certaine intuition politique allait le mettre au devant de la scène dans les mois et années qui suivront. Les deux premières années de la LEP furent lentes et difficiles car l'organisation ne comptait pas plus de 200 membres actifs en 2013 avec des ressources financières quasi-nulles et une implication syndicale marginale en comparaison des réseaux du PEG. Ce qui les distinguait cependant, c'était la qualité de leur propagande : les assemblées organisées notamment par Bruckmann dans les cafés ouvriers ou les locaux syndicaux attiraient des dizaines de sympathisants, un chiffre modeste mais respectable en sachant que ces réunions étaient improvisées, Bruckmann y parlait sans notes pendant une à deux heures et il avait souvent tendance à mettre le doigt là où ça faisait mal pour les ouvriers moyens götterlandais : l'humiliation d'être traités comme quantité négligeable par les néolibéraux de Waltereich et par les intellectuels du PEG, la rage devant des usines fermées pendant que les actionnaires s'engrossaient à l'autre bout du monde avec l'argent volé aux honnêtes Götterlandais, la fierté blessée des ouvriers qui savaient travailler dur et se gouverner par eux-mêmes mais à qui toutes les structures politiques existantes disaient qu'ils avaient besoin d'être dirigés par des petits bourgeois et des cols blancs, comme des enfants. En somme, un discours extrêmement populiste mais très efficace. La grande grève de Zollstadt en 2013 contre VGW fut un autre tournant car pendant que la direction nationale de la VFG négociait à Waltereich, Bruckmann était en première ligne auprès des grévistes, harangant ces derniers contre l'idée même de négocier avec els représentants du capital, appelant à une occupation permanente des usines et au refus de tout accord qui ne reconnaîtrait pas le droit des travailleurs à contrôler leur propre lieu de travail. Ces prises de position, bien qu'elles dépassaient de très loin les revendications officielles de la grève et que les responsables syndicaux locaux tentaient de neutraliser de tels propos, ce fut le premier rayonnement public de la LEP auprès du grand public, permettant ainsi à la LEP de tripler ses effectifs en quelques semaines après la grève.

C'est durant la période 2014-2017 que Bruckmann finit de consolider son autorité au sein de la LEP. En effet, en 2014, deux membres fondateurs du Zentralrat, Martin Hocher et Elsa Witt, contestent publiquement la direction que Bruckmann commence à imposer au sein de la Ligue en soutenant que son interprétation de la doctrine bauérienne tendait davantage à un pur culte de la personnalité qui trahit l'esprit des textes de Bauer et qui ne désignaient pas spécifiquement Bruckmann comme un Grand Dirigeant prédestiné mais visaient seulement à poser le principe général de la nécessité d'un tel dirigeant. Cette critique arriva cependant trop tard car Bruckmann avait construit depuis des cellules de base au sein de l'organisation qui lui étaient parfaitement loyales et qui permirent de rendre Hocher et Witt en minorité au Zentralrat sans même avoir eu besoin de les exclure formellement. Mis en minorité sur toutes les décisions importantes, les partisans d'Hocher et de Witt sont progressivement privées de ressources et d'attributions par le reste du Zentralrat fidèle à Bruckmann et leur autorité auprès des militants est sapée par des campagnes d'accusation informelle qui les présentent comme des théoriciens bourgeois qui cherchent à reconstituer un leadership collectif pour maintenir leur propre influence face à la montée d'un dirigeant qui est authentiquement ouvrier. Les deux quittent l'organisation en 2016. Par des mécanismes similaires, d'autres membres initiaux du Zentralrat sont mis en minorité jusqu'à leur retrait définitif de l'organisation, ne laissant plus qu'un cercle restreint informel fidèle à Bruckmann, une sorte de garde personnelle d'une dizaine d'individus issus du milieu ouvrier, formés théoriquement par Bruckmann lui-même et liés à lui par des années de clandestinité commune et une fidélité absolue. C'est ce cercle restreint qui devient de facto le centre du pouvoir de la LEP à partir de 2016, le Zentralrat ne servant plus que comme chambre d'enregistrement dont la fonction principale reste de donner une apparence de délibération collective à des décisions déjà prises en amont par la garde personnelle de Bruckmann. Durant l'été 2017, lorsque l'ALPG est fondée, la LEP rejoint celle-ci avec la ferme intention d'y pratiquer de l'entrisme, estimant que cette alliance temporaire permettra à la LEP d'étendre son influence au-delà de son implantation actuelle et de discréditer les autres mouvements révolutionnaires tenus par les bourgeois.

Organisation :

On retrouve d'abord le Zentralrat qui est l'organe formellement suprême de la LEP, composé depuis 2016 de 15 membres. Les membres du Zentralrat sont en théorie élus par un Congrès général de délégués des cellules de base mais ce Congrès ne s'est réuni que deux fois depuis la fondation et sa composition est dans les faits largement déterminée par les recommandations de Bruckmann. Le Zentralrat délibère sur les questions stratégiques et politiques majeures mais ses décisions reproduisent systématiquement les orientations formulées par Bruckmann. Derrière ce Zentralrat fantoche, le vrai centre du pouvoir se trouve auprès du cercle intérieur de Bruckmann, vulgairement appelé la Führerguarde, composée d'une dizaine de personnes, partagent une fidélité absolue envers Bruckmann ainsi qu'une dépendance croisée dans laquelle chacun a besoin des autres pour maintenir sa position, rendant structurellement impossible une dissolution de l'intérieur. Ce cercle est à la fois le gouvernement effectif de la LEP et son service de sécurité interne, chaque membre étant en charge d'une région ou d'un secteur d'activité et rend compte directement à Bruckmann. Et à personne d'autre.

Les forces armées de la LEP, la Volksbefreiungsarmee (VBA) est organisée selon une armée en vérité plutôt classique, du moins en théorie. La VBA est sous le commandement direct de Bruckmann qui en est formellement le commandant suprême, l'unification du commandement politique et militaire étant l'une des doctrines bauériennes centrales quant à la concentration des pouvoirs. Contrairement aux forces du PEG ou libertaires, la VBA laisse un rôle prépondérant au sein de ses troupes aux Politkommissare, des commissaires politiques dont la fonction est de maintenir la cohésion idéologique de la troupe, d'identifier les signes de démoralisation ou de déviation doctrinale et de rendre compte au commandant supérieur. Ces commissaires constituent un réseau de surveillance interne qui contribue largement à ce que la VBA soit, de très loin, la force la plus disciplinée de toute l'ALPG, bien que la VBA soit touchée par des désertions régulières comme les autres.

L'appareil de propagande de la LEP est de loin le plus développé et sophistiqué de toute l'ALPG qui reflète bien la prise au sérieux du culte de la personnalité dans le Volkssubjektivismus. La section de propagande de la LEP, la Propaganda-Abteilung, emploie des permanents spécialisés dans la production de journaux, d'affiches, de tracts, de radios, de films et de posts sur Internet. La figure de Bruckmann y est omniprésente dans toute cette production. Son portait est affiché partout, ses discours sont retranscrits et publiés sous forme de livrets distribués gratuitement à la population et ses formules percutantes sont reprises en ligne, dans les slogans et sur les affiches. En plus de la propagande, la LEP compte une organisation de jeunesse pour son recrutement, la Junge Volksfront (Jeune Front Propulaire), des jeunes principalement issus des quartiers ouvriers touchés par le chômage et la guerre civile et qui sont soumis à une propagande idéologique massive, une formation paramilitaire et des activités communautaires de solidarité comme la distribution alimentaire, la sécurité de quartier, etc.

Enfin, la LEP dispose d'une section de sécurité interne, le Kontrolldienst, dont l'existence est maintenue secrète et n'est connue que par le cercle intérieur de Bruckmann. La mission du Kontrolldienst est triple : identifier et neutraliser les tentatives d'infiltration, surveiller la loyauté des cadres intermédiaires de l'organisation et intervenir discrètement face aux cas de déviation idéologique grave ou de manifestation d'ambition personnelle susceptible de concurrencer l'autorité de Bruckmann. Les méthodes du Kontrolldienst sont évidemment discutables, celle-ci n'a aucune limite quant aux méthodes employées.

Idéologie :

L'idéologie de la LEP repose sur un corpus théorique que les militants nomment communément le Volkssubjektivismus (littéralement subjectivisme populaire ou philosophie du peuple). Ce terme, issu de Bruckmann lui-même dans un texte de 2013, visait à désigner l'ensemble de l'héritage intellectuel de Bauer reformulé dans un cadre politique bien défini et visait à désigner ce qu'il estimait être une doctrine qui mêlait philosophie de l'histoire, théorie politique et programme révolutionnaire. Bien que ses adversaires du PEG contestent toute forme de cohérence philosophique sérieuse, le Volkssubjektivismus possède une logique interne qui mérite d'être examinée. Le point de départ du Volkssubjektivismus, c'est la critique du matérialisme historique dans sa forme orthodoxe qui prétend identifier dans les conditions matérielles objectives (les forces productives, les rapports de production, la structure économique de la société) comme les déterminants premiers de l'évolution historique et reléguant ainsi la conscience et la volonté humaine dans le rôle des reflets ou des produits de ces mêmes conditions. Pour Bauer, et donc pour Bruckmann, cette primauté du matériel sur le subjectif produit une vision de l'histoire où les humains ne seraient que des objets passifs et non des sujets actifs. Si l'histoire est déterminée par des lois objectives que seuls les théoriciens armés du matérialisme dialectique peuvent identifier et déchiffrer, alors le rôle des masses ouvrières se réduit à suivre les directives de ceux qui comprennent ces lois mieux qu'eux, donc l'avant-garde partisane. Cette conclusion est, dans le cadre du Volkssubjektivismus, l'expression théorique d'un pouvoir politique qui est lui bien concret qui se formalise dans le parti d'avant-garde eurycommuniste qui légitime sa domination sur les masses au nom d'une connaissance scientifique de l'histoire que les masses ne possèderaient pas supposément d'elles-mêmes. La réponse du Volkssubjektivismus à ce problème ne consiste cependant pas à nier l'importance des conditions matérielles mais ils contestent en revanche la priorité absolue qu'on leur accorde dans la détermination de l'évolution historique. Les conditions matérielles définissent le champ du possible mais non ce qui se réalise sur ce même champ, c'est bien la volonté collective des masses et leur conscience de classe, c'est-à-dire leur sentiment identitaire en tant que classe et leur détermination à transformer les rapports de force existants, qui décide sur les possibilités ouvertes par les conditions matérielles se réalisent ou demeurent virtuelles. Cette volonté collective n'est donc pas réductible à un agrégat de volontés individuelles car elle possède une réalité propre qui transcende les individus qui la portent et son intensité détermine le cours de l'histoire dans les situations révolutionnaires. La grande crise économique des années 2010 au Götterland a objectivement créé toutes les conditions matérielles d'une révolution sociale : chômage de masse, pauvreté généralisée, colère accumulée des masses, délégitimation du pouvoir politique ; mais ces conditions n'ont pas automatiquement produit la révolution, en témoigne la séparation du territoire en de très (trop) nombreuses factions idéologiques antagonistes, car la volonté collective des masses ouvrières n'ont pas encore trouvé leur expression unifiée et efficace. C'est ce manque que la LEP et son dirigeant prétendent combler.

La théorie du Führungskraft (Grand Dirigeant) est une contribution très controversée au sein du Volkssubjektivismus et qui distingue le LEP de toutes les autres traditions de la gauche révolutionnaire et qui lui vaut toutes les critiques les plus acerbes en général. Elle procède logiquement des prémisses que Bauer a posé sur la nature de la volonté collective des masses : si cette volonté est réelle mais dispersée et fragmentée par les conditions mêmes de l'existence prolétarienne sous le capitalisme, alors son efficacité révolutionnaire demande une forme d'unification qui ne peut pas se produire spontanément. Une assemblée de travailleurs, aussi résolue et nombreuse soit-elle, ne peut pas délibérer et décider dans les conditions d'urgence d'une révolution, elle ne peut exprimer que des ressentiments ou des aspirations mais pas une stratégie, elle ne peut maintenir une discipline, prendre des décisions rapides et les faire exécuter rapidement et immédiatement. Ces capacités exigent toutes une instance centralisée et unique pour concentrer en elle la volonté collective des masses et la rendre opératoire. Jusqu'à-là, on peut se dire que ça n'est pas plus différent dans sa logique le parti d'avant-garde eurycommuniste mais la conception bauérienne du Führungskraft estime que le parti d'avant-garde est extérieur aux masses dans le sens où il leur apporte quelque chose qu'elles ne possèdent pas (la théorie scientifique de la révolution) en échange d'une discipline organisationnelle et une direction stratégique là où le modèle bauérien se base sur un dirigeant intérieur aux masses, produit par les masses, formé par l'expérience collective des masses et porteur de leur conscience profonde avant tout traitement théorique. Il ne leur apporte pas quelque chose de l'extérieur. La légitimité du Führungskraft repose donc sur sa capacité à incarner authentiquement la volonté collective ouvrière, à la reconnaître, à la formuler et ainsi la mettre en œuvre de manière efficace, et non en se reposant sur une maîtrise théorique quelconque. Cette construction théorique bauérienne implique plusieurs choses : d'abord, le Führungskraft n'est pas révocable par des procédures démocratiques ordinaires car sa légitimité ne vient pas d'un mandat délibératif mais d'une relation organique avec les masses dont il est l'expression car de même que les masses ne peuvent pas décider de révoquer leur propre volonté collective, elles ne peuvent donc pas révoquer leur expression unifiée sans se trahir elles-mêmes ; ensuite, la critique du Führungskraft par ses propres partisans est théoriquement problématique car critiquer l'expression de la volonté collective, c'est se placer en dehors de celle-ci, ce qui revient à se placer du côté des ennemis de classe et des contre-révolutionnaires ; enfin, la pluralité des centres de décision au sein de l'organisation révolutionnaire est considérée comme une faiblesse et non une force car elle fragmente précisément ce que le Führungskraft cherche à unifier.

Le second axe majeur du Volkssubjektivismus est ce que Bauer appelait l'autosuffisance révolutionnaire. Cette doctrine part d'un constat que Bauer formule dans les années 1980 où il estime que toute révolution qui dépend de ressources, de modèles ou de soutiens extérieurs à la nation qui la réalise est une révolution compromise dans son principe même parce que la dépendance produit forcément une subordination qui trahit la souveraineté populaire que la révolution prétend instaurer. Dans le contexte götterlandais, cette dépendance peut prendre plusieurs formes qui se renforcent mutuellement. La dépendance théorique, déjà, incarnée par le rapport doctrinal du PEG envers la Loduarie ou le PEV velsnien et qui adopte comme référence normative une révolution survenue dans un autre pays aux conditions très différentes, le PEG soumet le jugement de la situation götterlandaise à une autorité extérieure et prive le mouvement révolutionnaire d'une autonomie intellectuelle qui lui permettrait de penser ses propres conditions à partir de lui-même. La dépendance économique ensuite car la révolution götterlandaise qui maintien des liens de dépendance économique que le capitalisme néolibéral a tissés entre le Götterland et les marchés internationaux est une révolution formelle incapable de modifier les rapports de force économiques réels parce que le capital étranger continuera toujours d'exercer une pression sur l'économie götterlandaise de la même manière qu'avant la révolution. Enfin, une dépendance militaire car une organisation révolutionnaire qui compte sur un soutien extérieur pour sa défense se met dans une position de vassalité envers ses protecteurs qui l'utiliseront inévitablement à leur propre profit. La conséquence de ce raisonnement est ce que la LEP nomme l'économie nationale ouvrière autocentrée, un modèle économique post-révolutionnaire qui socialiserait les moyens de production sans les soumettre pour autant aux impératifs des échanges internationaux en développant la production nationale dans tous les secteurs stratégiques afin de réduire les dépendances envers l'étranger et traiterait le commerce extérieur comme un supplément optionnel et non comme une nécessité structurelle. Ce programme est économiquement incompatible avec les réalités d'un pays aussi ouvert et intégré aux circuits économiques internationaux comme le Götterland mais le LEP répond que cette incompatibilité est précisément la mesure de l'ampleur du changement qu'impose une vraie révolution. Une révolution qui ne bouleverse pas les structures économiques fondamentales n'est pas une révolution.

Enfin, le troisième axe du Volkssubjektivismus touche à la question de l'identité nationale. La doctrine bauérienne, sur ce point, est assez floue et ses successeurs ne savent aujourd'hui pas trop comment gérer cette question sans se mouiller. Bauer, puis Bruckmann après lui, défendait la thèse que la classe ouvrière götterlandaise n'était pas une abstraction universelle mais une réalité historique et culturelle bien spécifique qui a été façonnée par un siècle industriel, la mémoire des luttes syndicales, la langue, les habitudes de vie, la gastronomie ouvrière, les festivals, les solidarités de quartier et d'usine qui ont construits une culture populaire distincte que le capitalisme libéral du Parti du Progrès a méthodiquement détruite au nom du cosmopolitisme et de la mondialisation. Cette destruction culturelle n'est pas un dommage collatéral de la mondialisation économique mais un instrument de la domination de classe parce qu'une classe ouvrière dépossédée de son identité culturelle est une classe ouvrière dont la conscience collective est dissoute et dont la solidarité est affaiblie, ce qui réduit de fait sa capacité à résister collectivement. Il faut donc réaffirmer l'identité culturelle de la classe ouvrière götterlandaise, bien que cette réaffirmation ne doit pas prendre la forme d'un nationalisme ethnique. Cette doctrine présente pas mal de problèmes dans le discours de la LEP qui ne répond pas à toutes les questions. Par exemple, où s'arrête la défense légitime de la culture ouvrière götterlandaise et où commence le nationalisme exclusif qui définit la classe ouvrière contre les travailleurs immigrés et les minorités linguistiques ? La réponse officielle du LEP sur une forme de nationalisme civique qui est fondé sur l'appartenance à la communauté travailleuse et non sur des origines ethniques est parfois ambiguë puisque Bruckmann évoque régulièrement comme critères la langue, les habitudes de vie ou les traditions, ce qui exclut de fait les minorités linguistiques comme les Anglikaners et les Calmüsers ou encore les Océano-Afaréens en outre-mer. L'anti-cosmopolitisme de la LEP est quant à elle très virulente et vise principalement la gauche progressiste (SPDG et Verts) et dans une moindre mesure, les libertaires. Pour la LEP, le cosmopolitisme n'est pas une valeur universelle humaniste mais une idéologie issue des classes moyennes éduquées qui profitent de la mondialisation et de la mobilité internationale offerte par celle-ci pour projeter leurs conditions de vie particulièrement favorables sur la totalité de la société en ignorant volontairement que pour la grande majorité des travailleurs, mondialisation rime avec délocalisation et précarisation, sans aucune compensation des avantages que les classes mobiles en tirent.

Personnalités :

Le Führungskraft en uniforme, Gloire au Leader Suprême !
Rick Bruckmann, Führungskraft de la Ligue (1980-...).

Rick Bruckmann est né en novembre 1980 dans un quartier ouvrier de Fabrikgasse à Grünthal, benjamin d'une famille nombreuse dont le père était opérateur d'une usine chimique de GCP. Son père, Werner Bruckmann, était un ouvrier ordinaire sans engagement syndical particulier, il se contentait de cotiser à la VFG par habitude mais aux yeux de son fils, il avait une capacité d'endurance physique remarquable et un sens de la dignité ouvrière que Bruckmann estime être la seule leçon politique durable héritée de son père. En 1993, l'usine chimique qui emploie son père ferme suite à une restructuration de GCP. Son père n'avait alors aucun diplôme ou qualification transférable, quatre enfants à nourrir et il devait trouver du travail dans une ville où la quasi-totalité des employeurs industriels étaient en train de fermer, de délocaliser ou de réduire drastiquement leurs effectifs. Il trouva finalement en 1995 un travail dans le nettoyage industriel avec un salaire largement inférieur. Cette période fut vécue par Bruckmann, qui n'avait alors que 12-15 ans, comme une longue descente en enfer. Il quitte l'école à 16 ans en 1996 et passe les six années qui suivent à faire des boulots précaires dans l'entretien industriel, la manutention ou la logistique avec quelques coupures de chômage et une tentative avortée de formation professionnelle en mécanique industrielle qu'il abandonne au bout de huit mois, faute de trouver un employeur disposé à l'embaucher à la fin de son stage. Bruckmann n'est alors pas du tout politisé car comme la plupart des ouvriers, il se sent surtout désabusé par un SPDG et des syndicats qui n'ont plus vraiment l'air de se battre pour les ouvriers précaires comme lui. Ce n'est qu'en 2003 qu'il découvre par l'intermédiaire d'un de ses collègues un des premiers textes de Bauer et il fut immédiatement séduit par l'approche de Bauer avec l'impression de lire autre chose qu'une théorie fumeuse d'un énième universitaire mais de voir sa vie défiler en lisant les pages, comme si le livre s'adressait spécifiquement aux ouvriers eux-mêmes et non à des petits cercles de péteux à lunettes. Il était particulièrement attiré par la théorie du Führungskraft, plus encore que par la critique de l'eurycommunisme de Bauer, non pas car il s'y voyait déjà (à vrai dire, à son jeune âge, il n'avait aucune expérience politique et aucune compétence de direction) mais surtout car elle expliquait beaucoup de choses selon lui, notamment en constatant que dans les grèves ou les usines, les grands moments de force collective ne sont jamais des moments de délibération horizontale mais viennent souvent d'une seule voix courageuse qui s'impose, pas toujours le gaillard le plus éduqué ou intelligent mais qui a au moins le mérite de savoir rassembler par sa clarté et sa résolution. C'est à partir de là qu'il commence ainsi à se former en politique de manière autodidacte. Entre 2004 et 2014, il lit l'ensemble de ce qui lui était accessible sur les textes du mouvement ouvrier et révolutionnaire (pas seulement Bauer), bien qu'il savait bien qu'il n'atteindrait jamais la maîtrise théorique des universitaires eurycommunistes mais il avait une capacité évidente à savoir synthétiser et simplifier des textes et les rendre intelligibles oralement à des travailleurs qui n'avaient souvent ni le temps, ni l'habitude de lire de la théorie politique.
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Mouvement anti-fasciste :

MAF.

Siamo tutti antifascisti !
⮕ Anarchistes.


Histoire :

L'anarchisme et le syndicalisme révolutionnaire apparaissent au Götterland dans les mêmes décennies que le marxisme, portés par les mêmes conditions d'industrialisation brutale et les mêmes réseaux de diffusion des idées révolutionnaires qui circulent en Eurysie au XIXe siècle mais leur rapport aux formes d'organisation et aux stratégies politiques qui en découlent diverge dès l'origine et ainsi structurer un siècle de relations conflictuelles avec leurs homologues eurycommunistes car là où les premiers socialistes scientifiques organisaient leurs cercles clandestins sur le modèle du parti discipliné et cherchaient à constituer une avant-garde théoriquement cohérente, les premiers libertaires se méfiaient déjà de toute forme de centralisation comme d'un germe d'autorité qui reproduira nécessairement la domination contre laquelle ils luttent. Cette méfiance est aussi théorique que pratique car elle s'enracine dans l'organisation ouvrière, dans la manière dont les dirigeants syndicaux trahissent les grèves au profit de négociations dont ils tirent un capital politique personnel et dans la façon dont les partis politiques qui prétendent représenter la classe ouvrière finissent par la représenter devant elle plutôt qu'avec elle. Le principal foyer des idées libertaires au Götterland durant le XIXe siècle fut le mouvement syndicaliste révolutionnaire dont la fraction la plus radicale de la GSB naissante refusait les compromis réformistes et maintenaient l'objectif d'une grève générale expropriatrice comme horizon stratégique dans l'immédiat. Ces syndicalistes révolutionnaires se reconnaissaient dans l'action directe, le fédéralisme syndical et le refus de la délégation politique car selon eux, l'émancipation des travailleurs doit être l'œuvre des travailleurs eux-mêmes, dans leurs organisations de production, par leurs propres moyens et sans passer par l'intermédiaire d'un Etat ou d'un parti qui capturerait inévitablement l'énergie révolutionnaire pour la domestiquer. Le Congrès de Waldenau de 1904 et la Charte qui en résulte représentent à la fois une grande réussite des syndicalistes révolutionnaires et ironiquement, le début de leur marginalisation car la Charte de Waldenau, adoptée à une courte majorité, proclame l'indépendance des syndicats vis-à-vis de tous les partis politiques, y compris le SPDG, affirmant que la grève générale est la principale arme des travailleurs et que l'autogestion des travailleurs était l'objectif final de la Charte. Ces positions, clairement syndicalistes révolutionnaires, peut donner l'illusion qu'ils avaient une hégémonie sur le mouvement ouvrier götterlandais mais dans les faits, les réformistes qui l'avaient acceptée en faisait leur propre interprétation pour ne pas avoir à mener d'actions directes immédiates et rapidement, les années qui suivirent visèrent à vider la Charte de sa substance révolutionnaire en y développant la pratique de la négociation collective et de la co-gestion, pure capitulation aux yeux des syndicalistes révolutionnaires. La grande grève de 1908 fut l'occasion d'une coopération de fait entre les gauches radicales götterlandaises et pour preuve, les syndicalistes révolutionnaires étaient aux premiers rangs de la grève aux côtes de leurs camarades marxistes et la violence de la répression de la police privée de Stahlwerke, qui fit des dizaines de morts dans le camp des grévistes, créa un sentiment d'unité entre libertaires et marxistes.

La proclamation de la Première République en 1908 et la répression militaire qui s'ensuit plaça les libertaires götterlandais face à un dilemme : fallait-il rejoindre l'Armée Populaire du Götterland que constituait alors les communistes pour résister ? Cette question divisa le mouvement libertaire entre ceux qui estimaient que l'urgence révolutionnaire imposait de dépasser provisoirement les divergences idéologiques afin de construire un front uni face à la junte militaire nationaliste et ceux qui estiment que l'Armée Populaire, dans sa conception actuelle en tant qu'organisation centralisée et disciplinée, reproduisait le type de rapport de domination qu'une révolution libertaire chercherait à abolir et que rejoindre cette organisation était donc une trahison des principes anarchistes. Une fraction majoritaire des syndicalistes révolutionnaires et anarchistes rejoignent néanmoins l'Armée Populaire dans ses premières années pour des raisons diverses. Leur présence au sein de l'Armée Populaire fut constamment problématique car si les anarchistes ont autant combattus que leurs camarades communistes et ont menés parmi les actions les plus audacieuses et les plus efficaces de l'organisation, ils contestaient régulièrement les décisions de la direction de l'Armée Populaire sur les méthodes, s'opposaient aux tendances centralisatrices qui se développaient au fur à mesure que les résistants étaient acculés par la répression nationaliste et ils refusaient souvent de subordonner leurs milices à un commandement central. Le théoricien le plus important de l'anarchisme götterlandais de cette période fut Elias Sturm (1876-1937). C'est une figure assez atypique dans le paysage intellectuel de la gauche radicale götterlandaise parce que c'est un des rares penseurs anarchistes à avoir produit une œuvre théorique cohérente et développée qui n'était pas basée que sur des tracts et des discours, alors principal moyen de propagation des idées anarchistes à l'époque. Il a écrit notamment "L'autogestion contre l'Etat", une œuvre écrite en plusieurs volets entre 1905 et 1920 qui constitue la première tentative au Götterland de formulation d'une théorie politique libertaire adaptée au Götterland, là où la plupart de la littérature libertaire de l'époque était eurysienne en partie mais surtout kah-tanaise. Ce qui distingue Sturm de la littérature libertaire kah-tanaise notamment, ce fut son insistance sur la continuité entre la culture ouvrière götterlandaise contemporaine et le projet libertaire : les pratiques de solidarité mutuelle des quartiers ouvriers, les assemblées de section dans les syndicats, les coopératives de consommation, les caisses de secours mutuelles. Tout cela constitue à ses yeux une ébauche de l'autogestion que la révolution libertaire devra étendre à l'ensemble de la vie sociale et économique et non l'imposer de l'extérieur comme un modèle étranger. La relation de Sturm avec l'Armée Populaire était d'ailleurs assez tendue, Sturm refusait d'y adhérer formellement car il considérait que la structure centralisée de l'organisation était incompatible avec ses principes, mais il a maintenu des contacts réguliers avec l'organisation, notamment dans les années 1930 où il a activement soutenu la proposition de Graumann de construire un front antifasciste large. Sa critique de l'eurycommunisme, déjà formulée dans les années 1920, ne portait quant à elle pas sur l'objectif de la socialisation des moyens de production (qui est un objectif commun aux deux courants) mais sur les moyens organisationnels et politiques car Sturm considérait qu'un Etat, même provisoirement révolutionnaire, était une contradiction en soi puisque l'appareil étatique tend mécaniquement à préserver son existence et à étendre ses prérogatives indépendamment de la volonté de ses dirigeants et que la dictature du prolétariat, même transitoire, devient inévitablement permanente dès lors qu'elle est instituée. La fraction libertaire de l'Armée Populaire se détacha progressivement de l'organisation au fur à mesure de sa centralisation jusqu'à disparaître complètement du paysage politique interne de l'organisation au début des années 1930.

La Seconde République fut pour le mouvement libertaire une période paradoxale de semi-légalité qui reproduisait à une échelle réduite les mêmes problèmes que durant la Première République. Si le gouvernement libéral-conservateur était plus laxiste à l'égard des libertaires par rapport aux communistes (leur absence d'organisation centrale et leurs effectifs réduits les rendaient moins menaçants aux yeux des autorités), ils ne disposaient pas non plus d'une reconnaissance formelle et maintenaient une surveillance policière sur les plus radicaux. Les syndicats libertaires ou les associations ouvertement anarchistes pouvaient exister légalement à la condition de ne pas appeler explicitement au renversement de l'ordre constitutionnel, une condition souvent suivie à la lettre par ailleurs. C'est dans ces conditions que se perpétua la tradition intellectuelle libertaire götterlandaise entre les années 1930 et 1960 à travers principalement des cercles d'éducation populaire attachés aux syndicats les plus radicaux de la VFG, quelques journaux anarchistes regroupés autour du réseau des Freie Bildungskreise, etc. Ces cercles n'avaient pas de cohérence organisationnelle, du moins pas autant que leurs contemporains communistes dans la clandestinité, et à vrai dire, ce n'était pas leur but. Ces réseaux avaient une vocation pédagogique et non révolutionnaire dans l'immédiat avec pour idée de former des travailleurs capables de penser leur propre situation et d'organisation leur propre libération. La figure dominante de cette période de latence fut Clara Wend (1901-1971), institutrice originaire de Waltereich qui était devenue une des principales fidèles de Sturm dans les années 1920. Wend n'était cependant pas une théoricienne comme l'avait été Sturm, c'était selon elle une éducatrice dont le rôle était de mettre les textes et les idées libertaires entre les mains des travailleurs. Ce fut d'ailleurs la première figure du mouvement libertaire à formuler explicitement le lien entre anarchisme et féminisme dans son essai de 1938 intitulé "L'autorité dans la famille, l'autorité dans l'usine et l'autorité dans l'Etat, une seule domination". Ce texte reste à ce jour le texte fondateur du courant anarcho-féministe götterlandais. Les années 1960 représentent d'ailleurs un tournant pour le mouvement libertaire au Götterland car ce fut à cette période que les milieux libertaires aborderont davantage les questions de genre et de sexualité, la critique de l'autorité dans la vie quotidienne, l'écologie sous une dimension politique ainsi que le rejet de toute forme d'autorité, même révolutionnaire.

La crise économique des années 2010 produisit un effet similaire aux libertaires que celui produit chez les eurycommunistes à la même période, avec quelques caractéristiques propres car là où la crise avait fourni au futur PEG une confirmation empirique de ses prédictions théoriques sur les contradictions du capitalisme, les libertaires y voyaient une autre opportunité, celle de démontrer l'efficacité pratique des formes d'organisation autonome dans des zones où l'Etat républicain abandonnait les citoyens et où les structures syndicales traditionnelles n'arrivaient plus à encadrer leurs militants. Dans les quartiers ouvriers du Bas-Götterland, des collectifs libertaires commencèrent à organiser des cantines populaires, des jardins communautaires, des systèmes d'échange de proximité dans des quartiers urbains autogérés où le marché, l'Etat et les syndicats n'avaient plus la main. Ces pratiques d'autogestion, bien qu'elles étaient surtout présentées comme moyens de survie dans la période de précarisation provoquée par la crise économique, attestaient de la viabilité pratique de l'organisation horizontale dans des conditions difficiles et a permis la constitution d'une nouvelle génération de militants libertaires. La montée des mouvements nationalistes et néo-nazis à partir de 2012, notamment la Division Massenvernichtung, créa les conditions d'une mobilisation antifasciste qui transcendait alors toute la gauche radicale. Les premières organisations antifascistes naquirent en 2012 comme des structures de défense communautaire pour les quartiers ouvriers menacés par des milices néo-nazies. Ces organisations étaient délibérément cosmopolites dans leur composition : anarchistes, eurycommunistes, syndicalistes, athées, catholiques de gauche et même quelques membres du SPDG et de l'UC qui refusaient l'ultranationalisme et l'extrême droite. Ce non-sectarisme du mouvement commença cependant à s'éroder à partir de 2014-2015 lorsque les libertaires prirent l'ascendant dans la plupart des organisations du mouvement grâce à un avantage organisationnel considérable et une plus grande expérience des militants anarchistes. Les eurycommunistes proches du PEG qui tentèrent dans plusieurs villes de constituer des cellules plus disciplinées au sein des structures antifascistes se heurtèrent à des résistances qui les poussèrent à se retirer d'eux-mêmes. Lorsque le Mouvement anti-fasciste en tant qu'organisation officielle naît en mars 2016, son caractère libertaire dominant est déjà largement visible.

Organisation :

La structure organisationnelle du Mouvement est, conformément aux principes libertaires, la moins formalisée et la plus plurielle de toutes les composantes de l'ALPG. L'organisation ne dispose pas d'organe exécutif ou de secrétaire général, son instance décisionnaire la plus élevée est le conseil des délégués, un organe réunissant des représentants élus par les assemblées générales de chaque collectif membre du mouvement élus par mandat impératif, les délégués ne peuvent prendre aucune décision qui dépasse les instruction explicitement données par l'assemblée qui les mandatent et doivent revenir devant cette assemblée pour tout sujet qui n'a pas été prévu dans leur mandat initial. Cette contrainte rend le conseil des délégués incapable de décider rapidement sur des sujets imprévus mais elle garantit au moins que les décisions prises correspondent effectivement à la volonté des collectifs du mouvement et non à celle d'une direction émancipée de ses mandants. Le conseil des délégués se réunit en principe toutes les deux semaines mais en cas d'urgence, un comité de coordination restreint composé des délégués géographiquement disponibles peut prendre des décisions provisoires qui devront être ratifiées à la prochaine réunion du conseil des délégués au complet. Ce comité de coordination, dont la composition et les attributions ne sont jamais formellement précisées, est en pratique l'organe qui gère les affaires courantes de la coalition et représente le mouvement auprès du reste de l'ALPG, une fonction qui lui confère une certaine autorité de fait que les assemblées de base ne lui ont pas formellement conférée mais qu'elles tolèrent en général, faute d'alternative.

Les milices du mouvement, souvent nommées les Volksverteidigungseinheiten (unités populaires de défense) sont des milices très hétéroclites qui mêlent des milices parfois bien disciplinées et organisées, formées par des militants de la première heure désormais bien formés et commandés, parfois formés dans l'urgence du début du conflit sans aucune expérience militaire et qui fonctionnent en assemblée délibérative pour la moindre décision tactique. La coordination entre les différentes milices passe par des réunions entre commandants qui n'ont pas d'autorité hiérarchique les uns sur les autres, ne pouvant ainsi décider que par consensus, ce qui a un succès très variable en fonction de la qualité des relations personnelles entre les commandants concernés.

Courants internes :

Au sein du mouvement, on retrouve plusieurs courants. Le principal courant, le plus cohérent théoriquement et développé intellectuellement, héritiers directs de Sturm et de Wend, sont les communalistes, directement inspirés du Grand Kah. Ils visent à construire une confédération de communes qui remplacerait l'Etat national götterlandais par un réseau d'unités politiques de base, la commune, gérant de manière autonome l'ensemble de la vie économique et sociale sur leur territoire et se fédérant librement avec les autres communes pour les fonctions qui les dépassent au niveau de la simple commune comme la défense ou la coordination économique à grande échelle. Cette confédération serait techniquement contractuelle et révocable, aucune commune ne pouvant être contrainte de maintenir son appartenance à la confédération contre sa volonté et les décisions communes ne s'imposent aux communes affiliées que sur les domaines où elles ont donnés leur accord explicite aux instances confédérales. La démocratie directe dans les assemblées communales est pour les communalistes la seule forme légitime de décision politique qui réalise concrètement le principe que l'émancipation des travailleurs doit être l'œuvre des travailleurs eux-mêmes. Cette démocratie directe doit aussi s'étendre à la gestion économique, les communes devant organiser leur production et leur distribution selon les décisions collectives de leurs membres et non selon des mécanismes de marché ou des directives issues d'une planification centralisée. Les communalistes götterlandais s'appuient une fois de plus sur le modèle économique kah-tanais pour légitimer leur modèle. La figure intellectuelle dominante du courant communaliste au sein du mouvement est Liam Ferber (1963-...), ancien chercheur en sciences politiques à l'Université de Waltereich dont la carrière académique a été interrompue en 2014 lorsqu'il rejoignit une grève étudiante la même année. Ferber est le traducteur et commentateur principal des textes théoriques communalistes en götterlandais, ayant consacré deux décennies de sa vie à produire des versions localisées des théories kah-tanaises en tenant compte des conditions culturelles et économiques spécifiques du Götterland et synthétisant la pensée kah-tanaise adaptée au Götterland dans son essai "Communes et confédération" de 2009.

Les husakistes constituent le courant le plus militarisé du mouvement. Leur référence est l'expérience estalienne et la doctrine qui en procède, c'est-à-dire l'husakisme ou l'Anarchisme Renouvelé, ils sont mués eux aussi par l'idée de la Grande Guerre Finale, la conviction que la révolution libertaire ne peut pas se stabiliser durablement dans un seul pays tant que le capitalisme et les Etats réactionnaires subsistent ailleurs et que la tâche du mouvement révolutionnaire victorieux est donc non seulement de défendre la révolution chez elle mais aussi d'en exporter activement les conditions aux autres peuples. Cette doctrine implique le maintien temporaire d'un Etat fédéral révolutionnaire doté des capacités militaires nécessaires à cette double mission défensive et offensive, une déviation apparente du principe abolitionniste de l'Etat des anarchistes que les husakistes justifient par la théorie de la déconstruction progressive : les fonctions étatiques doivent être transférées une par une aux instances communales à mesure que celles-ci développent la capacité de les assumer, le strict minimum étatique étant conservé au niveau fédéral aussi longtemps que nécessaire et supprimé dès que possible. Les husakistes affirment que cette position n'est pas un révisionnisme mais une application plus réaliste des idées anarchistes dans des conditions de guerre et d'encerclement capitaliste. Au sein du mouvement, les husakistes sont minoritaires mais ils sont nettement mieux organisés que les autres courants sur le plan organisationnel et militaire.

Enfin, le courant national-anarchiste est le courant le plus controversé du mouvement dont la légitimité de se réclamer libertaire est la plus contestée au sein du mouvement et dont la dynamique de développement est paradoxalement la plus forte dans certains bastions ruraux et des petits villes industrielles déclinantes du Bas-Götterland où ni le communalisme urbain des communalistes, ni l'internationalisme militarisé des husakistes ne trouve un écho suffisant dans une population que la désindustrialisation et l'abandon ont profondément traumatisée. La généalogie intellectuelle du national-anarchisme götterlandais est plus complexe et hétérogène que ses homologues car elle mêle des éléments qui proviennent de sources politiques très différentes entre une tradition ruraliste et communautariste qui a toujours existé en marge du mouvement libertaire götterlandais et qui valorise l'autogestion villageoise comme alternative au capitalisme industriel aussi bien qu'à la planification étatiste, une réappropriation partielle et transformée de certains thèmes du romantisme conservateur götterlandais comme le Heimat, le village et la communauté organique, etc. mais qui sont vidés de leur contenu réactionnaire d'origine et réinvestis dans un cadre libertaire et enfin une critique virulente du cosmopolitisme et de l'internationalisme qui déborde parfois les frontières entre critique de classe de la mondialisation néolibérale et pure xénophobie culturelle. Le fondement théorique du national-anarchisme götterlandais repose sur la conviction que toute révolution authentique doit être enracinée dans les réalités culturelles et communautaires spécifiques du peuple qu'elle prétend émanciper et que les modèles importés de l'étranger comme ceux du Grand Kah ou de l'Estalie sont des cadres abstraits qui ne correspondent pas à l'expérience vécue de la paysannerie et de la classe ouvrière rurale götterlandaise. Cette critique de l'importation idéologique, qu'ils partagent avec Bauer et la Ligue d'Emancipation Prolétarienne, aboutit cependant chez les national-anarchistes à une conclusion inverse car si Bauer conclut à la nécessité d'un grand dirigeant pour concentrer la volonté collective des masses, les national-anarchistes concluent qu'il est nécessaire d'avoir une autogestion radicalement décentralisée autour de communautés rurales organiques qui gèrent elles-mêmes leur vie selon des traditions locales que la modernisation capitaliste a détruites mais pas complètement oblitérées de la mémoire collective. Ce ruralisme est un des éléments à la fois les plus originaux et aussi problématiques de la doctrine national-anarchiste. En effet, les national-anarchistes götterlandais ne voient pas dans l'industrialisation un progrès sur lequel construire mais une rupture catastrophique avec d'autres formes de vie communautaires qui étaient, dans leur lecture du passé idéalisé, plus justes et plus solidaires que n'importe quelle forme de production industrielle, aussi socialisée soit-elle. Leur horizon post-révolutionnaire n'est pas la commune industrielle autogérée des communalistes ou l'Etat transitoire fédéral husakiste mais le village autonome, autosuffisant dans sa production alimentaire et artisanale, organisé selon ses propres traditions de gouvernance communautaire, libéré de toute forme d'autorité extérieure que ce soit un Etat, un marché, un parti ou un syndicat, et fédéré très librement avec les villages voisins pour des besoins explicitement consentis. C'est une vision qui implique donc une désindustrialisation volontaire que les autres courants trouvent irréaliste, voire suicidaire. Ce qui rend le courant problématique au sein du mouvement, c'est pas tant leur ruralisme mais l'articulation de l'identité nationale götterlandaise que les national-anarchistes émettent derrière dans leur projet révolutionnaire. Le national-anarchisme götterlandais affirme que la communauté de base pertinente pour l'autogestion n'est pas la commune définie territorialement de manière abstraite mais la communauté organique définie par une culture et une langue et précisément dans le cas götterlandais, une communauté germanophone et culturellement götterlandaise de souche. Cette formulation, que les national-anarchistes présentent systématiquement comme culturelle et non ethnique, pose quand même des questions sur la place des minorités linguistiques et des immigrés dans ces communautés autogérées. La figure principale du national-anarchisme götterlandais est Leon Esser (1971-...), un homme originaire de Tannenwald, une petite ville de montagne relativement conservatrice et catholique. Issu d'une famille d'horlogers dont l'atelier ferma dans les années 1990 à cause de la concurrence des montres industrielles importées de l'étranger, Esser avait commencé sa vie politique dans les rangs de l'Union Chrétienne avant de glisser progressivement vers une forme d'anarchisme de terroir qui reprit de l'idéologie démocrate chrétienne la valorisation des communautés locales, de l'artisanat et du patrimoine culturel mais en vidant tout son contenu catholique et hiérarchique pour en substituer des principes d'autogestion et de refus d'autorité hiérarchique. Cette trajectoire politique singulière lui confère à parler à des populations conservatrices que les autres courants libertaires ont souvent du mal à atteindre.
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