08/10/2019
15:49:36
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Le Grand Tour: la menuaille loduarienne

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Le Grand Tour: l'aristocratie sénatoriale à la rencontre de la menuaille loduarienne

"Dame Fortune ! Comme cette femme est musclée !"


a


La longue Steiner raskenoise s'arrêta sur le bas côté d'une route marquée par les nids de poule. Les autres véhicules en firent de même. Il y avait une longue rangée de ces voitures noires, entrecoupées jeeps et 4x4 grimés au camouflage de l'armée, une armée différente de celle à laquelle appartenaient les velsniens, qui vivaient au rythme des aléas et infortunes de la voiture de tête. Bernaba di Albirio s'extirpa de celle-ci, les jambes et le ventre en premier, non sans difficulté.

"Putain de de voiture. Elle est trop basse."


Dans son sillage, un homme plus maigre et menu lui suivit. Tous les deux étaient des sommités politiques de leur pays, mais eux deux seuls, ils se comportaient davantage comme de simples randonneurs éprouvés par le trajet. Le Patrice de Velsna se dirigea vers un buisson, avant de descendre sa braguette, sous le regard gêné de ses gardes du corps wanmiriens.

"Oh bordel Matteo, tu peux pas savoir comme ça fait du bien. J'ai eu l'impression que j'allais me pisser dessus depuis qu'on a passé la frontière teylaise ! C'est quoi ce pays où il y a pas de chiottes dans les stations service et où les routes ressemblent à des champs de bettraves..."


Le vainqueur de Dino Scaela le rejoint, et fit de même avec ses besoins sur un buissons adjaçent.

" C'est toi qui a insisté pour venir à Lyonnars, Bernab. Tu te souviens ? Il n'empêche...que penses tu du paysage ? Nous n'avons pas l'ahbitude de ces vallons encaissés au pays."


Albirio remonte sa braguette, et se dessine .un sourire sur son visage, frappé par le soleil matinal, qui se transforme en éclat de rire.

"Ahah ! Tu as raison, c'est bien moi. Toi et ce putain d'Ascone, vous ne pensez qu'en terme de gains politiques, mais il faut aussi vivre pour sa curiosité un peu... Regarde donc devant toi quand tu pisses: des vallées encaissées, des champs de pommes de terre à perte de vue, et je ne sais pas, la terre a une odeur particulière ici. C'est une bonne terre, bien grasse, qui colle aux doigts, bourrée de graines et de charognes. Une terre bien fertile."

"Ne philosophe pas, Bernaba. Je te connais, cela ne te va pas. Tu ne nous as pas fait venir pour admirer la vue. Je sais très bien pourquoi tu veux être ici."


Bernaba le fixa, d'abord d'un air sévère, puis ses traits se relâchèrent, et il lui tapa sur l'épaule en éclatant d'un rire gras.

"Ah ! Matteo...oui d'accord, je suis venu pour autre chose. L'odeur de la fumée, de la merde et de la chair qui se décompose, il y a que ça de vrai ! Je veux visiter ce front ! Cela me rappelle le bon temps, en Achosie du nord. J'ai l'impression que c'est là bas que les choses se passent en ce moment. Imagine la scène: 100 000 loduariens sur un front de plusieurs centaines de kilomètres. C'est pour boire ce genre de choses qu'on est en vie, Matteo, pas pour passer notre temps à glander en écoutant Ascone parler d'optimisation fiscale et d'amitié internationales. J'ai des greffiers sénatoriaux pour ce genre de trucs chiants. Tiens...quand on parle du loup..."

Le regard du Patrice et du sénateur Di Grassi se portèrent vers la source d'un bruit nasillard et plaintif. Le Maître des Balances Rocco Ascone s'extirpa à son tour de son véhicule, manquant de tomber dans une flaque de boue au bord de la route cabossée et usée.

"Bordel de merde !"


Tandis que Di Grassi fit paraître un discret et souriant rictus, Albirio manqua lui, de pouffer de rire devant ce qui était le premier financier de la République embourbé sur le bas côté d'un tronçon routier peu entretenu de Loduarie. Ascone, aussi beau et jeune était il, les traits de son visage n'étaient pas mis en valeur lorsqu'il lutait contre l'envasement de ses propres jambes. Il eprdait facilement son sang-froid, était prompt à des plaintes et à des colères, qu'Albirio qualifiait souvent de caprices d'enfant. Le maître des balances rejoignit tant bien que mal les deux vieux amis, sous le regard amusé de ceux là.

"Dites mes excellences. Je pensais que le Grand tour devait servir à nouer des liens et des partenariats commerciaux, avancer nos pions sur la scène géopolitique de l'Eurysie. Discuter philosophie autour dans des restaurants luxueux et d'un verre de vin. Alors comment se fait-il que dés lors qu'on vous écoute tous deux, je me retrouve les mocassins dans la merde au beau milieu du pays loduarien. Qu'allons nous échanger là bas ? Des betteraves ? Des écrous de vis ?"


Di Grassi lui sourit.

"Tu es trop négatif Rocco. Et je pense que tu as tort."

"Ah bon ? La Loduarie n'achète rien. La Loduarie ne vend rien. La Loduarie n'échange rien. En conséquence, notre voyage ici est inutile."

"La Loduarie échange des choses. Mais ce ne sont pas celles que tu crois: ils échangent des mots, la chose la plus précieuse que nous puissions recevoir. Le commerce n'a jamais été le but du Grand Tour, Rocco. C'est là que tu te trompes. Le commerce n'est qu'un prétexte à beaucoup d'autres choses. Et il se trouve que nous n'avons pas besoin de ce prétexte pour discuter avec les loduariens. Tu verras, ce sont des gens simples avec des objectifs simples, ce devrait être presque reposant, une fois que que cette route sinieuse sera derrière nous."


Le Patrice, derrière les deux hommes, se réavançai, une branche cassée en deux dans la main, synonyme d'un début d'ennui.

" Bon les amoureuses, vous avez fini ? Et si on faisait une pause ici, je pense qu'on va attendre nos hôtes là, la garde wanmirienne a recommandé de ne pas s'aventurer plus en avant et d'attendre notre escorte loduarienne histoire qu'on fasse la route à Lyonnard avec eux. SUKARETTO !"


Un des gardes wanmiriens se présenta avec précipitation, au garde à vous.

"Excellence Patrice ?"

"Va donc nous dresser une table avec une belle nappe, qu'on puisse déjeuner en plein air devant ces putains de champs de patates. Nous voulons du café, beaucoup de café, du vin aussi, pour trois."


" Pour deux." Corrigea Di Grassi.

"Oui, je sais bien que tu bois que de la flotte, c'est pour moi que je demandai pour trois. Sukaretto comprend rien à rien: pour lui un déjeuner pour trois personnes c'est une biscotte servie dans de l'eau croupie. Tu connais les wanmiriens... PAS VRAI SUKARETTO !"

"Et comment, excellence."


Le garde avait l'air triste et fatigué, mais s'exécuta comme toujours. La nappe fut dressée au beau milieu de la clairière, les trois éminents velsniens surveillés par une dizaine de gardes du corps qui veillaient de loin. Mais ce ne fut pas parce qu'ils étaient loin que l'on entendait point Albirio, qui irradiait de ses tirades parmi les hautes herbes, demandant questions et conseils à son vieil ami de toujours, avec qui il avait combattu tant en Achosie que contre les scaeliens. Le Patrice laissait des miettes dans sa barbe quand il mangeait, et avait laissé échappé une goutte de vin qui termina sa course sur son habit, et il avait la mauvaise de parler avec moult choses qui n'avaient pas encore atteintes le fond de son gosier. Un mal élevé qui était devenu Patrice de Velsna.

"Alors Matteo. Que penses tu de cette guerre en Antarès ?"

"Je n'en pense pas grand chose, mon vieil ami."

"Allons. Je sais que c'est faux, tu ne vas pas me la faire à moi hein ! C'est pas à un vieil achosien qu'on apprend à faire des cabanes en merde ! Tu as forcément étudier la question, fais des projections depuis ta petite villa en Achosie du Nord. Aller, parle et conseille donc ton Patrice. Je veux l'une de ces analyses froides et chiantes comme tu sais le faire."


Le stratège s'essuya le contour de sa bouche, et se débarrassa de sa serviette, avant de tourner des pouces sur la table, les yeux dans le blanc de ceux d'Albirio.

" La question est complexe. Sur le terrain, il est évident que si la situation se poursuit, l'armée loduarienne aura détruit les forces antariennes d'ici quelques semaines, dans le cas de figure le plus favorable aux antariens. Les kartiens auront beau intervenir, il sont trop loin, n'ont pas assez d'appuis dans la région et sont tout simplement trop loin du théâtre d'opération pour être efficaces."

"Ils ont pourtant une bonne aviation, la meilleure de tout le monde eurysien. Et les clovaniens, ils sont où dans tout ça ?"

" Ce n'est pas avec des avions de chasse qu'on gagne une guerre Bernaba. C'est en contrôlant un territoire depuis des points d'appuis, en se reposant sur des alliances locales. Les kartiens n'ont rien de tout cela pour le moment. Cela pourrait changer, mais cela n'arrivera pas assez rapidement pour empêcher les loduariens de détruire l'armée antarienne. Si je puis donner un conseil mon ami, il faudra qu'on prévienne sous peu la société des honnêtes cartographes velsniens de revoir leurs plans de la région. Si seulement les kartiens avaient été plus conséquents dans leurs choix d'alliances, on ne parlerait même pas de cette guerre en ce moment. Et il faut reconnaître que les loduariens ont eu le flair, ils ont senti l'odeur de la faiblesse et de la guerre civile chez les antariens."


"Et, tu as des choses à dire sur le pouvoir loduarien actuel ? Lorenzo était un ami, il avait des couilles dures comme du ciment, mais la nouvelle... Peut-on s'y fier ? Quelle idée de donner du pouvoir à une bonne femme..."

"On verra bien. Nous sommes là pour le découvrir après tout. Toujours est-il que ma recommandation quant à la guerre antarienne est la suivante: ne rien faire, et partir du principe que l'Antarès est fini, et que sa cause est perdue."

"Tu n'es pas tenté de délaisser la Loduarie pour Karty ? Même pas un peu ? Ils ont l'argent et ils ont les moyens."

" Il y a une différence entre la Loduarie et Karty, Bernaba. Une différence fondamentale. En cinq ans de traité avec la Loduarie, celui-ci n'a jamais été enfreint, et il a toujours été respecté. Le pouvoir loduarien est stable, il ne change pas, il est constant, comme le courant d'une rivière en été. De l'autre côté, Karty a rompu cinq traités durant la même période, et a connu trois changements de gouvernement. Alors non, il ne sera pas question d'un quelconque renversement d'alliance. Karty a de l'argent, la Loduarie a une parole. Une parole de brute mais une parole tout de même, et c'est exactement ce que nous attendons de ce pays."


Le déjeuner passa, et l'humeur du Patrice se débrida au rythme de l'agrandissement progressif de son tour de ventre. Ce qu'il appelait "déjeuner" ressemblait à un diner bien garni, et Rocco Ascone n'aimait pas de trouver dans sa vue lorsqu'il mangeait, car il en avait toujours dégoût, dont Di Grassi, lui, était habitué de longue date, en sa qualité d'ami d'enfance l'ayant rencontre à leurs seize ans dans la garde civique. Bernaba était excessif en tout ce qui existe, ou du moins tout ce qui paraissait procurer au corps un plaisir éphémère, mais qui finissait bien souvent par l'abimer plus qu'autre chose. Aussi, quand il ne parlait pas de nourriture, il parlait de femmes.

"Rocco. Tu as vu des jolies pouliches depuis qu'on est arrivé dans ce pays ?"

"Pas vraiment, excellence Patrice."

"Je dois avouer que les femmes ici ont des bras plus épais que nos soldats. J'ai l'impression qu'elles sont toutes lavandières ou un truc du genre ! Et toi Matteo ? Des observations aussi pertinentes sur ce sujet que tu en fais sur la guerre ?"


Di Grassi fait un sourire gêné.

"Je suis marié, Bernaba. Tu le sais."


Albirio éclate de rire.

"Et alors ? Moi aussi je suis marié ! Et tu as beau l'être, tu as des yeux et une verge dans le pantalon, non ? Depuis nos seize ans tu as le don de tuer l'ambiance, tu trouves pas ?"

"Si jamais ce serait le cas, et que je verrais une jolie femme, je ne te le dirais pas Bernaba..."


Les trois hommes à table firent silence. Le regard intense que se donnaient les deux amis, et celui, plus las d'Ascone qui avait peine à terminer son verre de vin entre les deux autres. Comme souvent, tout cela se termina par un vif éclat de rire du Patrice.

" Matteo Di Grassi aurait donc des faiblesses ?! Je le savais ! Ta fougue ne se compte pas que sur les champs de bataille donc...je suis presque rassuré."



Les trois hommes restèrent là, en attendant l'arrivée de l'escorte loduarienne...

2006
Les purent voir au loin un petit convoi arriver, constitué en tête d'un véhicule de combat blindé, produisant un bruit monstre au fur et mesure qu'il s'approchait. On sentait qu'il était ancien, mais malgré les apparences, il était là, et toujours aussi imposant, tout aussi insignificant et ancien qu'il était.
À l'arrière, quelques véhicules blindés de moindre importance suivaient, accompagnés de quelques véhicules civils.
Tous, arrivés au niveau de la rame Velsnienne, prirent place sur le côté de la route, nullement affectés par son état. Un homme sorti de la voiture civile qui semblait la plus imposante, en tenue de cérémonie militaire Loduarienne classique.

Il s'approcha de nos Velsniens, pendant que des soldats derrière manœuvraient, et les salua, eux assis à table. Notamment DiGrassi.

Messieurs. Bienvenu en Loduarie.
Je me présente, Colonel Ivan Golkovine, de la section des relations extérieures de L'État-Major de la Nation Communiste de Loduarie. Je serais vôtre hôte pour vos prochaines journées au sein de notre glorieux pays.
Monsieur DiGrassi, nous nous connaissons déjà. Je n'étais qu'un simple commandant à l'époque, mais le conflit que nous avons gagné ensemble et dont le déroulé avait été pensée par ma personne lors d'une simple réunion stratégique m'a permis de gagner mes galons de lieutenant-colonel, puis aujourd'hui de colonel. Je ne serais peut-être plus amené à refaire des missions extérieures, même malgré le contexte en Antares, mais je m'estime heureux d'avoir pu travailler avec vous. Mes étoiles pour le futur sont sécurisées.


Il fit un mouvement vers les véhicules Velsniens.

De ce que je vois vous allez avoir des difficultés à faire la suite de la route dans une telle voiture. Notre pays est certes beau mais il n'est pas parfait, et nous allons devoir traverser des routes d'autant plus accidentées que celle-ci pour arriver à la capitale, où vous serez amenés à rencontrer la Camarade Secrétaire Générale de la Nation.
Je suis déjà surpris que vous ayez réussi à traverser les montagnes de Galaisie avec une telle voiture.
Nous pourrons remorquer vos véhicules les plus en difficulté dans problème. Cependant, je vous invite à quitter votre voiture pour monter dans la mienne, où vous serez bien plus confortablement installés vis à vis de la route. Tout comme nous aurons l'occasion de discuter un peu avant d'arriver à la capitale.
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