21/02/2020
01:25:57
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Le Grand Tour: la menuaille loduarienne

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Le Grand Tour: l'aristocratie sénatoriale à la rencontre de la menuaille loduarienne

"Dame Fortune ! Comme cette femme est musclée !"


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La longue Steiner raskenoise s'arrêta sur le bas côté d'une route marquée par les nids de poule. Les autres véhicules en firent de même. Il y avait une longue rangée de ces voitures noires, entrecoupées jeeps et 4x4 grimés au camouflage de l'armée, une armée différente de celle à laquelle appartenaient les velsniens, qui vivaient au rythme des aléas et infortunes de la voiture de tête. Bernaba di Albirio s'extirpa de celle-ci, les jambes et le ventre en premier, non sans difficulté.

"Putain de de voiture. Elle est trop basse."


Dans son sillage, un homme plus maigre et menu lui suivit. Tous les deux étaient des sommités politiques de leur pays, mais eux deux seuls, ils se comportaient davantage comme de simples randonneurs éprouvés par le trajet. Le Patrice de Velsna se dirigea vers un buisson, avant de descendre sa braguette, sous le regard gêné de ses gardes du corps wanmiriens.

"Oh bordel Matteo, tu peux pas savoir comme ça fait du bien. J'ai eu l'impression que j'allais me pisser dessus depuis qu'on a passé la frontière teylaise ! C'est quoi ce pays où il y a pas de chiottes dans les stations service et où les routes ressemblent à des champs de bettraves..."


Le vainqueur de Dino Scaela le rejoint, et fit de même avec ses besoins sur un buissons adjaçent.

" C'est toi qui a insisté pour venir à Lyonnars, Bernab. Tu te souviens ? Il n'empêche...que penses tu du paysage ? Nous n'avons pas l'ahbitude de ces vallons encaissés au pays."


Albirio remonte sa braguette, et se dessine .un sourire sur son visage, frappé par le soleil matinal, qui se transforme en éclat de rire.

"Ahah ! Tu as raison, c'est bien moi. Toi et ce putain d'Ascone, vous ne pensez qu'en terme de gains politiques, mais il faut aussi vivre pour sa curiosité un peu... Regarde donc devant toi quand tu pisses: des vallées encaissées, des champs de pommes de terre à perte de vue, et je ne sais pas, la terre a une odeur particulière ici. C'est une bonne terre, bien grasse, qui colle aux doigts, bourrée de graines et de charognes. Une terre bien fertile."

"Ne philosophe pas, Bernaba. Je te connais, cela ne te va pas. Tu ne nous as pas fait venir pour admirer la vue. Je sais très bien pourquoi tu veux être ici."


Bernaba le fixa, d'abord d'un air sévère, puis ses traits se relâchèrent, et il lui tapa sur l'épaule en éclatant d'un rire gras.

"Ah ! Matteo...oui d'accord, je suis venu pour autre chose. L'odeur de la fumée, de la merde et de la chair qui se décompose, il y a que ça de vrai ! Je veux visiter ce front ! Cela me rappelle le bon temps, en Achosie du nord. J'ai l'impression que c'est là bas que les choses se passent en ce moment. Imagine la scène: 100 000 loduariens sur un front de plusieurs centaines de kilomètres. C'est pour boire ce genre de choses qu'on est en vie, Matteo, pas pour passer notre temps à glander en écoutant Ascone parler d'optimisation fiscale et d'amitié internationales. J'ai des greffiers sénatoriaux pour ce genre de trucs chiants. Tiens...quand on parle du loup..."

Le regard du Patrice et du sénateur Di Grassi se portèrent vers la source d'un bruit nasillard et plaintif. Le Maître des Balances Rocco Ascone s'extirpa à son tour de son véhicule, manquant de tomber dans une flaque de boue au bord de la route cabossée et usée.

"Bordel de merde !"


Tandis que Di Grassi fit paraître un discret et souriant rictus, Albirio manqua lui, de pouffer de rire devant ce qui était le premier financier de la République embourbé sur le bas côté d'un tronçon routier peu entretenu de Loduarie. Ascone, aussi beau et jeune était il, les traits de son visage n'étaient pas mis en valeur lorsqu'il lutait contre l'envasement de ses propres jambes. Il eprdait facilement son sang-froid, était prompt à des plaintes et à des colères, qu'Albirio qualifiait souvent de caprices d'enfant. Le maître des balances rejoignit tant bien que mal les deux vieux amis, sous le regard amusé de ceux là.

"Dites mes excellences. Je pensais que le Grand tour devait servir à nouer des liens et des partenariats commerciaux, avancer nos pions sur la scène géopolitique de l'Eurysie. Discuter philosophie autour dans des restaurants luxueux et d'un verre de vin. Alors comment se fait-il que dés lors qu'on vous écoute tous deux, je me retrouve les mocassins dans la merde au beau milieu du pays loduarien. Qu'allons nous échanger là bas ? Des betteraves ? Des écrous de vis ?"


Di Grassi lui sourit.

"Tu es trop négatif Rocco. Et je pense que tu as tort."

"Ah bon ? La Loduarie n'achète rien. La Loduarie ne vend rien. La Loduarie n'échange rien. En conséquence, notre voyage ici est inutile."

"La Loduarie échange des choses. Mais ce ne sont pas celles que tu crois: ils échangent des mots, la chose la plus précieuse que nous puissions recevoir. Le commerce n'a jamais été le but du Grand Tour, Rocco. C'est là que tu te trompes. Le commerce n'est qu'un prétexte à beaucoup d'autres choses. Et il se trouve que nous n'avons pas besoin de ce prétexte pour discuter avec les loduariens. Tu verras, ce sont des gens simples avec des objectifs simples, ce devrait être presque reposant, une fois que que cette route sinieuse sera derrière nous."


Le Patrice, derrière les deux hommes, se réavançai, une branche cassée en deux dans la main, synonyme d'un début d'ennui.

" Bon les amoureuses, vous avez fini ? Et si on faisait une pause ici, je pense qu'on va attendre nos hôtes là, la garde wanmirienne a recommandé de ne pas s'aventurer plus en avant et d'attendre notre escorte loduarienne histoire qu'on fasse la route à Lyonnard avec eux. SUKARETTO !"


Un des gardes wanmiriens se présenta avec précipitation, au garde à vous.

"Excellence Patrice ?"

"Va donc nous dresser une table avec une belle nappe, qu'on puisse déjeuner en plein air devant ces putains de champs de patates. Nous voulons du café, beaucoup de café, du vin aussi, pour trois."


" Pour deux." Corrigea Di Grassi.

"Oui, je sais bien que tu bois que de la flotte, c'est pour moi que je demandai pour trois. Sukaretto comprend rien à rien: pour lui un déjeuner pour trois personnes c'est une biscotte servie dans de l'eau croupie. Tu connais les wanmiriens... PAS VRAI SUKARETTO !"

"Et comment, excellence."


Le garde avait l'air triste et fatigué, mais s'exécuta comme toujours. La nappe fut dressée au beau milieu de la clairière, les trois éminents velsniens surveillés par une dizaine de gardes du corps qui veillaient de loin. Mais ce ne fut pas parce qu'ils étaient loin que l'on entendait point Albirio, qui irradiait de ses tirades parmi les hautes herbes, demandant questions et conseils à son vieil ami de toujours, avec qui il avait combattu tant en Achosie que contre les scaeliens. Le Patrice laissait des miettes dans sa barbe quand il mangeait, et avait laissé échappé une goutte de vin qui termina sa course sur son habit, et il avait la mauvaise de parler avec moult choses qui n'avaient pas encore atteintes le fond de son gosier. Un mal élevé qui était devenu Patrice de Velsna.

"Alors Matteo. Que penses tu de cette guerre en Antarès ?"

"Je n'en pense pas grand chose, mon vieil ami."

"Allons. Je sais que c'est faux, tu ne vas pas me la faire à moi hein ! C'est pas à un vieil achosien qu'on apprend à faire des cabanes en merde ! Tu as forcément étudier la question, fais des projections depuis ta petite villa en Achosie du Nord. Aller, parle et conseille donc ton Patrice. Je veux l'une de ces analyses froides et chiantes comme tu sais le faire."


Le stratège s'essuya le contour de sa bouche, et se débarrassa de sa serviette, avant de tourner des pouces sur la table, les yeux dans le blanc de ceux d'Albirio.

" La question est complexe. Sur le terrain, il est évident que si la situation se poursuit, l'armée loduarienne aura détruit les forces antariennes d'ici quelques semaines, dans le cas de figure le plus favorable aux antariens. Les kartiens auront beau intervenir, il sont trop loin, n'ont pas assez d'appuis dans la région et sont tout simplement trop loin du théâtre d'opération pour être efficaces."

"Ils ont pourtant une bonne aviation, la meilleure de tout le monde eurysien. Et les clovaniens, ils sont où dans tout ça ?"

" Ce n'est pas avec des avions de chasse qu'on gagne une guerre Bernaba. C'est en contrôlant un territoire depuis des points d'appuis, en se reposant sur des alliances locales. Les kartiens n'ont rien de tout cela pour le moment. Cela pourrait changer, mais cela n'arrivera pas assez rapidement pour empêcher les loduariens de détruire l'armée antarienne. Si je puis donner un conseil mon ami, il faudra qu'on prévienne sous peu la société des honnêtes cartographes velsniens de revoir leurs plans de la région. Si seulement les kartiens avaient été plus conséquents dans leurs choix d'alliances, on ne parlerait même pas de cette guerre en ce moment. Et il faut reconnaître que les loduariens ont eu le flair, ils ont senti l'odeur de la faiblesse et de la guerre civile chez les antariens."


"Et, tu as des choses à dire sur le pouvoir loduarien actuel ? Lorenzo était un ami, il avait des couilles dures comme du ciment, mais la nouvelle... Peut-on s'y fier ? Quelle idée de donner du pouvoir à une bonne femme..."

"On verra bien. Nous sommes là pour le découvrir après tout. Toujours est-il que ma recommandation quant à la guerre antarienne est la suivante: ne rien faire, et partir du principe que l'Antarès est fini, et que sa cause est perdue."

"Tu n'es pas tenté de délaisser la Loduarie pour Karty ? Même pas un peu ? Ils ont l'argent et ils ont les moyens."

" Il y a une différence entre la Loduarie et Karty, Bernaba. Une différence fondamentale. En cinq ans de traité avec la Loduarie, celui-ci n'a jamais été enfreint, et il a toujours été respecté. Le pouvoir loduarien est stable, il ne change pas, il est constant, comme le courant d'une rivière en été. De l'autre côté, Karty a rompu cinq traités durant la même période, et a connu trois changements de gouvernement. Alors non, il ne sera pas question d'un quelconque renversement d'alliance. Karty a de l'argent, la Loduarie a une parole. Une parole de brute mais une parole tout de même, et c'est exactement ce que nous attendons de ce pays."


Le déjeuner passa, et l'humeur du Patrice se débrida au rythme de l'agrandissement progressif de son tour de ventre. Ce qu'il appelait "déjeuner" ressemblait à un diner bien garni, et Rocco Ascone n'aimait pas de trouver dans sa vue lorsqu'il mangeait, car il en avait toujours dégoût, dont Di Grassi, lui, était habitué de longue date, en sa qualité d'ami d'enfance l'ayant rencontre à leurs seize ans dans la garde civique. Bernaba était excessif en tout ce qui existe, ou du moins tout ce qui paraissait procurer au corps un plaisir éphémère, mais qui finissait bien souvent par l'abimer plus qu'autre chose. Aussi, quand il ne parlait pas de nourriture, il parlait de femmes.

"Rocco. Tu as vu des jolies pouliches depuis qu'on est arrivé dans ce pays ?"

"Pas vraiment, excellence Patrice."

"Je dois avouer que les femmes ici ont des bras plus épais que nos soldats. J'ai l'impression qu'elles sont toutes lavandières ou un truc du genre ! Et toi Matteo ? Des observations aussi pertinentes sur ce sujet que tu en fais sur la guerre ?"


Di Grassi fait un sourire gêné.

"Je suis marié, Bernaba. Tu le sais."


Albirio éclate de rire.

"Et alors ? Moi aussi je suis marié ! Et tu as beau l'être, tu as des yeux et une verge dans le pantalon, non ? Depuis nos seize ans tu as le don de tuer l'ambiance, tu trouves pas ?"

"Si jamais ce serait le cas, et que je verrais une jolie femme, je ne te le dirais pas Bernaba..."


Les trois hommes à table firent silence. Le regard intense que se donnaient les deux amis, et celui, plus las d'Ascone qui avait peine à terminer son verre de vin entre les deux autres. Comme souvent, tout cela se termina par un vif éclat de rire du Patrice.

" Matteo Di Grassi aurait donc des faiblesses ?! Je le savais ! Ta fougue ne se compte pas que sur les champs de bataille donc...je suis presque rassuré."



Les trois hommes restèrent là, en attendant l'arrivée de l'escorte loduarienne...

2006
Les purent voir au loin un petit convoi arriver, constitué en tête d'un véhicule de combat blindé, produisant un bruit monstre au fur et mesure qu'il s'approchait. On sentait qu'il était ancien, mais malgré les apparences, il était là, et toujours aussi imposant, tout aussi insignificant et ancien qu'il était.
À l'arrière, quelques véhicules blindés de moindre importance suivaient, accompagnés de quelques véhicules civils.
Tous, arrivés au niveau de la rame Velsnienne, prirent place sur le côté de la route, nullement affectés par son état. Un homme sorti de la voiture civile qui semblait la plus imposante, en tenue de cérémonie militaire Loduarienne classique.

Il s'approcha de nos Velsniens, pendant que des soldats derrière manœuvraient, et les salua, eux assis à table. Notamment DiGrassi.

Messieurs. Bienvenu en Loduarie.
Je me présente, Colonel Ivan Golkovine, de la section des relations extérieures de L'État-Major de la Nation Communiste de Loduarie. Je serais vôtre hôte pour vos prochaines journées au sein de notre glorieux pays.
Monsieur DiGrassi, nous nous connaissons déjà. Je n'étais qu'un simple commandant à l'époque, mais le conflit que nous avons gagné ensemble et dont le déroulé avait été pensée par ma personne lors d'une simple réunion stratégique m'a permis de gagner mes galons de lieutenant-colonel, puis aujourd'hui de colonel. Je ne serais peut-être plus amené à refaire des missions extérieures, même malgré le contexte en Antares, mais je m'estime heureux d'avoir pu travailler avec vous. Mes étoiles pour le futur sont sécurisées.


Il fit un mouvement vers les véhicules Velsniens.

De ce que je vois vous allez avoir des difficultés à faire la suite de la route dans une telle voiture. Notre pays est certes beau mais il n'est pas parfait, et nous allons devoir traverser des routes d'autant plus accidentées que celle-ci pour arriver à la capitale, où vous serez amenés à rencontrer la Camarade Secrétaire Générale de la Nation.
Je suis déjà surpris que vous ayez réussi à traverser les montagnes de Galaisie avec une telle voiture.
Nous pourrons remorquer vos véhicules les plus en difficulté dans problème. Cependant, je vous invite à quitter votre voiture pour monter dans la mienne, où vous serez bien plus confortablement installés vis à vis de la route. Tout comme nous aurons l'occasion de discuter un peu avant d'arriver à la capitale.
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Le Grand Tour: l'aristocratie sénatoriale à la rencontre de la menuaille loduarienne

"Un petit convoi ? Nous sommes près d'un millier !"


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Vittorio Venezio, l'un des gardes du corps du Patrice de Velsna


L'arrivée des loduariens provoqua, à l'avant du convoi à l'arrêt, la mise en branle des hauts dignitaires suivant le Patrice Albirio. L'accueil loduarien dont la rudesse était connue du Jashuria jusqu'en île celtique, le voici donc, sous les traits d'un militaire de carrière. Il n'est donc point de diplomate qui ait la cravate au lieu du képi, aurait pu se demander certains des greffiers qui s'étaient mis en rangs d'oignons derrière Di Grassi et Albirio. Parmi la petite bande, c'était le capitano Venezio qui avait en mains la sécurité du Patrice durant toute la durée du séjour loduarien. Il était là, sur le bas côté, avec quelques gardes wanmiriens qui faisaient tâche dans le paysage.

Le colonel Colonel Golkovine eu le droit à une salve de salutations militaires conformément à son rang, de leur part, et aussi de celle des deux hauts magistrats de la République, qui avaient en droit à la carrière des armes, dans une cité où la frontière entre armée, citoyenneté et politique était trouble. Le Patrice de Velsna n'attendit pas l'assentiment de sa garde ou de ses conseillers pour se précipiter vers le loduarien et, après le salut militaire de circonstance, lui serrer la main de manière plus chaleureuse et ferme.

"Lieutenant-colonel. C'est un plaisir ! Pile à l'heure à ce que je vois. Vous nous pardonnerez, nous et notre "petit convoi" de mille personnes. La route à partir de la frontière teylaise n'a pas été des plus simples, mais vous savez, si je voulais de la simplicité, j'aurais simplement été manger une glace à Manticore ! Non, je voulais voir cette frontière dont on m'a tant parler. J'aurais bien voulu voir un champ de mine à la frontière teylaise, mais comme vous pouvez le voir, je suis entouré de rabat joies qui "tiennent à ma sécurité". Une autre façon de dire le mot "lopette qui ne connaissent pas le sens du mot divertissement", si vous voulez mon avis."


Il fixe Venzio, le chef de sa garde, dans le blanc des yeux, le regard sévère, avant d'éclater de rire grassement, et de reprendre.

" Si vous tenez à nous faire changer de véhicules, alors faites donc ! Nous ferons tracter les voitures civiles jusqu'à Lyonnars. Mais nous ne sommes pas un petit convoi, nous sommes près d'un millier !"


Alors que les deux grands hommes et leurs gardes se préparent à changer de véhicule, le sénateur Di Grassi s'arrête sur le visage de Golkovine, à qui il s'adresse de manière plus personnelle.

" Je vous reconnais, Lientenant-colonel. Les choses ont bien changé depuis, n'est-ce pas ? Cla fait combien ? Presque six ans ? Il me tarde que vous me racontiez ce que vous avez fait durant tout ce temps, dans les limites de la confidentialité bien entendu. Sachez le, nous avons été forts aise d'apprendre la reprise en main du territoire loduarien par son gouvernement il y a deux ans. L'effondrement de votre régime aurait été une catastrophe géopolitique pour l'occident eurysien: la Loduarie fait partie d'un microcosme qu'il convient de ne pas trop secouer sous peine de provoquer une réaction en chaîne incontrôlée qui serait au désavantage de tout le monde. Mais ne parlons plus de malheurs: nous vous suivons. Son excellence le Patrice a la trempe des soldats, il voudrait bien visiter l'arrière front de l'Antarès avant de repartir. Et j'avoue que moi-même, je suis curieux. En toutes ces années où je n'ai pas vu d'armée loduarienne en action, les tactiques employées par vos forces ont dû connaître une évolution notable qu'il serait intéressant de constater. Une campagne impliquant près de 100 000 soldats, je crois que l'Eurysie n'a plus vu cela depuis un certain temps. Mais bref, nous discuterons de cela sur le trajet, si vous le voulez."


Tandis que certains changeaient de véhicules, ceux qui pouvaient se le permettre parmi les suivants du convoi s'engagèrent derrière le comité d'accueil loduarien. Parmi la suite du Patrice Albirio, le gratin de la société velsnienne, visitant le pays loduarien comme des enfants curieux: greffiers et archivistes sénatoriaux, artistes, architectes, soldats...c'était là comme un Etat qui se déplaçait dans une visite qui ne se reproduirait plus avant de nombreuses années, sans doute. Les loduariens avaient la main...

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Monsieur DiGrassi. Ne vous inquiétez pas, j'ai prévenu les services diplomatiques sur votre personnalité. Les textes laissés sur votre personne par Feu le Camarade Secrétaire Général, Fondateur de la Nation, ont étés pris en compte. Vitre séjour en Loduarie sera intéressant.

Il jeta un coup d'œil à la suite du convoi.

Pour le reste des véhicules, nous allons nous assurer qu'ils puissent continuer sur la route. Les plus sensibles à la route seront gardés et remorqués.

Au même moment, 2 véhicules blindés passèrent à leurs côtés, roulant à pleine vitesse dans les champs sur le côté, remontant le convoi.

Votre convoi ne sera pas abandonné. Nous y veillerons.

Un homme s'approcha, provenant d'un véhicule bien à l'arrière du convoi, en costard usagé, un peu gros, légèrement grisonnant. Il failli trébucher en venant à eux, et remis ses lunettes rondes en place sur son nez. Il arriva au niveau du colonel Golkovine, formant un contraste assez amusant. Le militaire droit et grand face au civil de l'administration petit et gros. La Loduarie avait évolué, et l'ère Lorenzienne était finie, comme ce contraste le prouvait.

Messieurs, soyez les bienvenus en Loduarie, également. Désolé pour mon arrivée tardive, mon véhicule se situe en fin de convoi.
Je suis Maximilien Fauldre, le lecrétaire du cabinet des Affaires Étrangères de la Nation. Je serais l'homme qui va vous accompagner dans votre aventure en Loduarie, la plupart du temps. Le camarade colonel Golkovine se chargera de la partie militaire.


Le dit colonel tira une moue à l'entente de se relégation à un poste aussi insignifiant.

Embarquons donc, j'ai hâte de pouvoir entamer avec vous nos discussions !

Camarade.

Oui, camarade colonel ?

Si je peux me permettre.

Il allait se permettre.

J'apprécierais pouvoir accueillir monsieur DiGrassi dans mon véhicule.

Maximilien paru perplexe l'espace d'une seconde, avant de reprendre ses esprits.

Bien entendu, camarade colonel, bien entendu. Quand à nous, embarquons !


Seuls à l'arrière d'un SUV militaire, blindé, le colonel engagea la conversation avec son seul hôte.

Il est vrai. Cela fait longtemps. 6 ans, pourtant, ce n'est pas si long que cela. Mais il s'est passé tant, monsieur DiGrassi, tant. Il y a une raison pour laquelle j'ai souhaité être seul avec vous néanmoins, dans ce véhicule. Le délégué aux affaires étrangères fait ce qu'il veut au niveau diplomatique, je m'en contre-fiche. Moi, j'ai eu des ordres.
Il y a une raison pour laquelle nous avons invité votre pays à venir sur nos terres.
Cette raison, c'est vous. La Camarade Secrétaire Générale est la digne fille de son père, mais elle ne l'est pas. Elle n'a pas son expérience, son discernement. Ou même la patience de son père. Je peux vous garantir que le Feu Camarade Secrétaire Général était patient. De nos jours, en Loduarie, il se passe de nombreuses choses qui n'auraient jamais eu lieu sous la gouvernance du Feu Camarade Secrétaire Général. Des traditions se sont perdues, des standards ont étés oubliés. La mort du Feu Camarade Secrétaire a laissé l'une des cicatrices les plus profondes dans le visage Loduarien. Il est des rumeurs qui circulent en son sujet. Qu'il n'est pas mort, qu'il subsiste quelque part. Des rapports alarmants de civils qui affirment l'avoir vu rôder dans les rues de Lyonnars, à Astrana. Un rapport nous indique même qu'on l'aurait vu à Velsna.
Ils le considèrent comme un dieu, des lois sont passés sur sa mémoire. La Loduarie ne tient que parce que sa mémoire est intacte. Que parce que son corps est conservé, froid, dans une vitrine, comme on expose un animal.
Il en est qui pensaient que la Loduarie était un colosse aux pieds d'argiles par le passé. Si ils connaissaient le présent, ils verraient à quel point ils ont tord.
La Loduarie a été remanié, certes. Mais elle n'est plus ce qu'elle était. Seule l'armée est inchangée. Mais nous n'avons plus le pouvoir comme nous l'avons eu avant. Les rapaces sont passés avant.


Il regarda par la fenêtre. Ils arrivaient en ville. Au loin, l'on voyait des appartements visiblement abandonné, entourés de barbelés. Les fameux appartements piégés, pouvant contenir 100 000 personnes. Ceux qui avaient servis en 2007, et qui attendaient de pouvoir accomplir leur funeste sort une dernière fois.
Ils passèrent à côté de quelques véhicules positionnés sur la route. Des batteries anti-aériennes et anti-missiles. Le bouclier céleste Loduarien, dernier don du Camarade Secrétaire Général à la Loduarie avant sa mort. Dans la ville, la visibilité sur les affiches de propagande se multipliait. Des représentations du Camarade Secrétaire Général, tel un dieu, aux côtés de sa fille et Feu sa conjointe, la vice amirale Aube Thora et brève Camarade Secrétaire Générale, étaient représentées partout. Une telle chose ne se serait jamais vu il y a 3 ans.

Les temps ont changé, monsieur DiGrassi. La Loduarie n'est plus ce qu'elle était, elle est pire.
Mes ordres, à moi, sont de vous emmener à bon port, de faire que vous rencontriez la Camarade Secrétaire Générale. En personne. Mais j'ai insisté pour pouvoir discuter avec vous pour une raison. La Loduarie change, et vous devez être au courant, je vous fait confiance. Le Feu Camarade Secrétaire Général l'aurait voulu. Ne serait-ce que pour sa fille. Nous aurons à traiter, dans un avenir proche. Au nom de l'armée.


Ils arrivaient dans le centre de Lyonnars.

Nous nous quitterons prochainement, j'ai des choses à faire, notamment pour votre voyage sur la ligne de front. Nous avons déjà beaucoup de choses à gérer, il ne sert à rien pour moi d'aller où vous allez. Je l'ai déjà assez vu. Monsieur DiGrassi, ce fut un honneur.

Le véhicule s'arrêta, les portières furent ouvertes, laissant nos hommes quitter le véhicule. Le colonel Golkovine disparu.

Messieurs, suivez moi !

Ils étaient en face d'un bâtiment imposant, le soleil de face. Une sorte de temple. Et en haut des marches de ce temple, une silhouette se détachait du soleil derrière elle. Elle s'approcha, comme éblouissante, descendant les marches, s'approchant des invités de la Nation Loduarienne.

Messieurs. Bienvenue en Loduarie.

La Camarade Secrétaire Générale de la Nation avait parlé.
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Le Grand Tour: l'aristocratie sénatoriale à la rencontre de la menuaille loduarienne

"La Loduarie est forte, elle survivra comme à chaque fois."


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Matteo Di Grassi (profil)


Le sénateur velsnien vainqueur de la guerre civile leva un sourcil à la demande du colonel: un individu de ce grade voulant s'entretenir seul à seul avec un représentant diplomatique du Gouvernement communal ? Soit, les mœurs loduariennes avaient appris depuis longtemps aux velsniens, et encore plus à Di Grassi, que la courtoisie avait un autre sens dans ces contrées. Il était de bon ton de ne refuser aucun plat, aucune politesse et invitation sur ce territoire, pas tant par peur du danger que par respect manifeste. La seule inquiétude de Di Grassi était de savoir si cette demande était de celles que pouvait se permettre Golkovine, si c'était une lubie d'un homme seul ou s'il agissait là en agent fidèle de son gouvernement. Il répondit avec une de ces enfilades qui lui donnaient un ton calme, et relativement maîtrisé.

"Si c'est là dans vos attributions et les largesses que vous me faites cette invitation, alors je vous suis, colonel. Je me dois cependant de signifier à vos agents que nos gardes du corps suivront son excellence le Patrice. Moi, je n'ai besoin d'escorte. Je ne suis personne après tout. Tout au plus un simple soldat avec un peu plus de grade que vous. Sachez néanmoins que son excellence le Patrice est un ami de longue date, qui n'est pas tant un néophyte que ça dans l'art de faire la guerre. Il est toujours fort intéressé par les affaires de l'armée, et nous avons tous deux eu une longue histoire avec les armes."


Une fois dans l'habitacle, face au regard de Golkovine. Le froid se dissipa. Celui-ci était étrangement confortable pour un véhicule militaire: le vieux général avait perdu l'habitude de monter dans l'un d'entre eux. Il s'attendait peut-être à quelque chose de plus rustre, de plus "primitif" et purement utilitaire dans sa conception. Il n'en était rien, et il savait reconnaître une conception militaire qui prenait en compte les souffrances du soldat, il avait été l'un d'entre eux. Il analysait du regard toute l'étendue de son champ de vision, le visage de son interlocuteur était soucieux de ce qu'il venait de dire, et le sénateur velsnien fut surpris de la somme de tout ce qu'il avait à lui dire.

Di Grassi n'avait guère coutume de montrer émotion facilement, et il écoutait en contemplant les paysages défilant d'usines désaffectées et de cet "immeuble", si particulier. Mais il restait impassible à toute forme d'empathie: après tout, il ne savait pas encore quelles idées l'homme, malgré ce qu'il avait à dire, avait derrière la tête. Quant bien même il en dit déjà beaucoup, peut-être trop pour le soldat qu'il était. Une critique de la secrétaire générale ? Oui en effet, la Loduarie avait changé. Il lui répondit, en évoquant ce simple fait comme la réalité la plus étrange qu'il était en train de vivre en buvant les paroles de Golkovine.

" Vous savez. J'ai beaucoup étudié l'armée loduarienne, et en particulier ce qui lui a permis cette forme...de résilience, on va appeler cela comme ça oui, de la résilience. Au début, je croyais que la Loduarie avait hérité ses structures militaires, sa culture militaire même, d'une tradition quelconque comme il en existe dans beaucoup d'autres pays. A Velsna par exemple, la marine a toujours été une institution. Mais ce n'est pas le schéma qu'il règne en Loduarie. L'armée y est puissante dans ses prérogatives, mais cela n'a pas toujours été le cas. Ne nous voilons pas la face: la Loduarie est un pays où il existe une grande concentration du pouvoir entre les mains du ou de la Secrétaire général. Vous évoluez dans un système politique où il est nécessaire qu'il existe une autorité forte, toutes les institutions loduariennes ont été taillées de cette façon depuis 2001, presque vingt ans désormais. Dans ce contexte, vos inquiétudes sont fondées, et je vous rejoint sur ce point: la Loduarie n'est forte que lorsque le Secrétaire général l'est. Mais ne vous en faites pas: la Loduarie est forte, et elle survivra comme à chaque fois.

Mais d'un autre côté, vous êtes coincé. Le fait est, malgré les rumeurs que vous évoquez, que Lorenzo est bel et bien mort. A mon sens donc, il paraît contre-productif de vous chercher un autre Lorenzo: vous n'en trouverez pas. Ce dont vous disposez, c'est d'une "Camarade Aurore". Elle n'est pas parfaite, de ce que nos rapports et vous mêmes sous entendez, mais en tant que représentant d'une nation étrangère, je la considère comme dirigeante légitime de ce pays, et la personne avec laquelle il est le plus important de s'entretenir ici. Ce n'est pas comme si vous pouviez faire sans pour le moment, alors si je puis vous donner un conseil avant que n'arrivions: servez votre pays sans état d'âme et sans vous poser de questions. Un soldat qui se pose trop de questions, ce n'est jamais bon, autant pour lui-même que pour les autres, cela conduit à avoir des idées noires. Je sais de quoi je parle. Attendez la bonne opportunité pour avancer vos idées propres, mais ne perdez pas votre temps dans la politique. Cela n'en vaut pas la peine."


Di Grassi marque une pause, regardant l'horizon loduarien depuis sa petite fenêtre, avant de reprendre.

En définitive, les loduariens sont maîtres de leur destin, et je n'ai, je pense, pas mon mot à dire là dedans. Il serait déplacé de ma part de vous donner d'autres conseils que ceux dont je vous ai déjà gratifier. Je suis là, de même que son excellence Patrice, pour que nos deux pays aient à traiter du prolongement de nos bons rapports, et pas autre chose.

Le sénateur ne pipa guère mot plus davantage durant le reste du trajet, esquivant tout déclaration d'intention prématurée ou engagement auquel il serait difficile de donner une suite prévisible.



Au terme du voyage, la délégation velsnienne, ou du moins sa tête la plus éminente, celle qui avait à cœur et la légitimité de s'entretenir avec les hommes et les femmes de la nation loduarienne (il ne fallait pas oublier que le Grand Tour était constitué d'une suite de presque mille personnes), fut escorté en ce lieu, au centre de la capitale de cette Loduarie tout juste réunifiée et déjà en guerre contre l'un de ses voisins. La ville rouge, si elle n'accueillait guère beaucoup de visiteurs velsniens, en particulier depuis la mort de Lorenzo, n'avait guère changer grandement dans son atmosphère, certes pesante au début, mais dont l'absence de panneaux publicitaires propres aux nations capitalistes, et polluant le paysage, était presque reposante. Ne pas être harcelé par de l'affichage agressif, cela était une bénédiction pour les yeux et l'esprit des obsrvateurs velsniens, qui vagabondaient et perdaient leurs regards parmi les grands immeubles d'habitation que le régime de Lorenzo avait légué comme héritage à un peuple loduarien qui il y a vingt ans, vivait dans la misère instillée par un régime fasciste. Le moindre mal, voilà comment était interprétée par certains velsniens la figure de Lorenzo. Le régime était ce qu'il était, mais plus ou moins tous les loduariens avaient un accès au logement, à un travail et à des biens de consommation. Ce n'était pas forcément le cas à Velsna.

Entourés de scribes et de greffiers sénatoriaux chargés de garder sur le papier toute la teneur de leur conversation, ainsi qu'une petite partie de leur garde wanmirienne, les deux velsniens s'inclinèrent légèrement, d'abord Bernaba Di Albirio en tant que représentant symbolique de l'Etat velsnien, puis Di Grassi, en sa qualité de sénateur et de "simple collaborateur" de son Patrice et vieil ami de toujours, qui était désormais coiffé de la tiare dogale. Albirio figurait ainsi en grande bombe, dans l'accoutrement traditionnel des patrices de Velsna, qui du reste, n'avait guère l'air aisé à porter, tant par la lourdeur de son apparat que par le manque d'aisance à se déplacer dans cet ensemble sophistiqué de plusiuers couches de robes cérémonielles.

Ce dernier s'avança le premier de quelques pas en direction de la secrétaire général.

"Excellence. Nous remercions de cet accueil. Nous avons à coeur de parler plaisir et affaires, mais avant toute choses, commençons par le plaisir. Sukaretto !"


Le garde wanmirien se rapproche d'Albirio avec un paquet emballé dans un étui de velours, lui-même ficelé par un fil de lin. Il le retire lui-même et sort un sabre de son fourreau, avant de tendre la poignée en direction d'Aurore.

"Excellence secrétaire général. Nous vous avons fait commander un sabre, spécialement conçu pour votre main. Qu'on se le dise: elle est davantage faite pour être présentée qu'utilisée, mais sachez que l'acier qui a été fondu pour faire cette lame provient d'une pièce d'artillerie chandkolzane qui a été capturée par l'armée de notre cité durant la Guerre du Chandekolza de 2016. Il n'en existe que quatre autres identiques, chacune offerte aux commandants de cette campagne dont notre ami ici présent, Matteo. Celle-ci est à vous."


Matteo D Grassi s'avance à son tour, avec une révérence plus rigide.

"Excellence Secrétaire général. Nous avons beaucoup à discuter, j'en suis certain, mais au vu de la situation de votre gouvernement sur la scène internationale, et le fait que vous soyez notre hôte, l'honneur d'ouvrir ces discussions vous revient."


4015
La Loduarie est résiliente, il est vrai. Mais son plus grand ennemi n'a toujours été que elle même. Nous verrons, monsieur DiGrassi, nous verrons. En temps et en heures.


Aurore s'approcha, et se saisit doucement de l'épée qui lui était offerte. Elle l'inspecta, minutieusement, examina son maintien, la répartition du poids. Elle était sans aucun doute belle et élégante, tout autant qu'elle avait de la valeur. Mais elle n'avait pas cette particularité des épées que son père avait forgée, il n'y avait pas la puissance qui allait avec. Néanmoins, elle était suffisante.
Elle la posa dans les mains d'un soldat, qui se chargea de la mettre en sécurité avant de disparaître.

Elle se para de son sourire le plus radieux.
Messieurs, c'est un plaisir et un honneur de pouvoir vous accueillir en ma terre natale, sur laquelle je n'ai remis le pied que très récemment. Il n'y a encore que peu de temps, je foulais les pavés de votre magnifique citée qu'est Velsna, alors mise en sûreté par les forces de mon père après sa triste et violente mort. Il est mort tel qu'il a vécu, au combat, sur le champ d'honneur. Tué par ceux qui étaient nos confrères. Sa mort nous a beaucoup appris, des leçons qu'il aurait néanmoins dû tirer de votre guerre civile il y a de cela quelques années.

Monsieur Di Albirio, monsieur DiGrassi, je vous remercie profondément pour ce cadeau que vous me faites. C'est un vrai honneur, et je note votre volonté de bien faire en m'offrant un objet ayant un lien direct avec les racines de mon père, lui même ayant forgé nombre de lames et couteaux, la lame étant dans le cas présent le résultat d'un tribu de guerre arraché grâce à la sueur et au sang de vos hommes. Puissent-ils se reposer désormais.
J'aimerais désormais vous inviter à me suivre.


Elle se tourna vers DiGrassi.

Un honneur de vous rencontrer enfin, monsieur DiGrassi. Mon père a laissé beaucoup sur vous, et il vous respectait. Je pense pouvoir suivre mon père aveuglément sur ce sujet. Aujourd'hui, vous pourrez lui rendre hommage.

Puis elle se dirigea vers l'entrée du bâtiment devant lequels ils étaient, gravissant les marches, suivis par les Velsniens.
Il approchèrent d'un balcon, avec en contrebas, le visuel sur un cercueil. Des drapeaux Loduariens en berne longeaient ce cercueil, recouvert de fleurs et de symboles de la révolution. Ainsi que d'un carré d'honneur militaire.
La salle était faite de manière à ce qu'on doive baisser la tête pour regarder le cercueil, tandis qu'un tableau du Feu le Camarade Secrétaire Général toisait les différents visiteurs de haut. Le même tableau qui fut une fois donné par un Teylais à Lorenzo il y a tant d'années de cela.

La dernière résidence de mon père, messieurs. J'ai souhaité vous faire passer ici, car j'estime que l'ignorer n'aurait pas mené à grand chose. Pour savoir où l'on va, il faut savoir d'où l'on vient, et mon pays, en ce jour même, ne vient que de mon père. Je pense que vous pourrez donner votre accord à ce sujet.

Un homme vint, portant un coffret. Il se dirigea vers les Velsniens, l'ouvrit, révélant 2 bouteilles.
Une de vin rouge, et une de vodka.

Ces deux bouteilles ont appartenu à mon père. Je vous les offre aujourd'hui, symboliquement. Je n'ai pas la prétention de vous connaître, mais en Loduarie, nous avons une fâcheuse tendance à recevoir nos invités à coup d'alcool. Ces bouteilles, parmi les plus somptueuses et symboliques de Loduarie, sont vôtres.

Plus loin, une table était dressée, avant autant de verres qu'il fallait pour les invités et les hôtes. Aurore se dirigea vers cette table, intimant à ses invités de prendre place aux endroits qui leurs étaient désignés. Tous avaient un verre rempli devant eux, de vodka. À l'exception de la Princesse Rouge, qui elle avait un verre d'eau. Mais cela, ça ne se savait pas.

Nous pouvons désormais initier les hostilités.
La Loduarie vous a invité non pas dans l'objectif de discuter de la pluie et du beau temps, vous devez vous en douter. Je vais laisser la parole au camarade secrétaire aux affaires étrangères.


Maximilien prit la paroles, sortant des dossiers organisés sous forme de feuilles volantes.

Bien, parlons !
Nous avons plusieurs sujets à aborder, concernant aussi bien ceux qui ont étés mis en place par le passé et ceux qui concernent le présent.
Avant toute chose, nous aimerions avoir de nouveaux éléments quand aux zones d'influences qui nous ont étés désignées par le passé lors d'une rencontre que vous avez eu avec le Feu Camarade Secrétaire Général. Des mises à jour, concernant la situation géopolitique mondiale et au vu de nos différentes implications respectives, sont à faire, très certainement.
En second lieu, nous aimerions pouvoir discuter de l'Antares et des éléments qui la compose. Notamment ses alliés, comme la nation Kartienne. Nous aimerions connaître vos positions exactes avant de continuer nos discussions.
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Le Grand Tour: l'aristocratie sénatoriale à la rencontre de la menuaille loduarienne

"Il a l'air presque paisible"


a
Le Mausolée de lolo ?


Indiscutablement, la visite du Mausolée était un signal fort adressé aux visiteurs, les velsniens en avaient conscience. Au choix un aveu de confiance ou une tentative d'impressionner les visiteurs, peut-être les deux. Le cercueil paraissait bien grand par rapport à la taille du corps embaumé de l'ancien Secrétaire général de la Loduarie et le père de la Révolution loduariste de 2001. Di Grassi et Albirio restèrent un temps devant la dépouille. Le Patrice de Velsna, caparaçonné de sa tenue d'apparat colorée qui le gêne fortement. Le Patrice y va de son commentaire.

"Il a l'air presque paisible tu trouves pas ?"


Le sénateur Di Grassi répond, intrigué.

"Il est étrange de penser qu'une seule personne ait pu en partie être responsable de tout ce qu'on a vu ici depuis notre arrivée."

"De quoi ? Les HLM ?"

"Pas seulement, Bernaba. Avoir de l'influence sur le devenir de pans entiers de l'Eurysie, avec des moyens que l'on pourrait qualifier de si modestes, ce n'est pas donné à tout le monde."

"Je ne sais pas, je ne l'ai jamais rencontré, jusqu'à maintenant."

"C'était...intéressant, je dirais. Outre la paranoia, je dirais qu'il avait une vision politique, mais que ses objectifs étaient à la fois trop ambitieux, trop flous et changeants. J'ai dédié un passage de mes mémoires à cette personne, et je puis dire qu'il laissera sans doute un souvenir contrasté à l'Histoire, ni blanc, ni noir. Comme tout, d'ailleurs. Poursuivons donc."

"Ouais, cet endroit est un peu froid, je me les gèle. Sortons."


La visite du Mausolée passée, les deux Hommes, accompagnés de leur petite garde rapprochée s'éloignent de la structure pyramidale. Certains d'entre eux jettent un regard derrière eux, mais pas les deux Hommes. Pas Albirio car ce dernier n'éprouve aucune forme d'association ou d'attachement à la mémoire de cet individu, d'autant qu'il est mauvais pour mesurer l'impact des individus sur l'Histoire. Pas Di Grassi non plus, parce que le passé est le passé, et que Lorenzo a vécu. Ce n'était pas tant un manque de respect qu'une certaine gêne. Les velsniens n'avaient point l'habitude de laisser un cerceuil exposé de la sorte: cela ressemblait là à une simple attraction, un objet de culte. Les velsniens avaient d'autres moyens de commémorer la mort, par des statues, des autels, des lieux où s'arrêter et regarder le ciel. Il avait un goût amer de l'expérience: l'homme méritait mieux que d'être montré à la vue de tous ainsi. Il avait mérité un repos plus intime. Le sénateur marmonna dans sa barbe une maxime velsnienne consacrée à la mort et au deuil, lourde de sens.

"Tu étais comme nous, et nous seront comme toi."

Albirio préférait oublier le concept de mort dans les jeux et les divertissements, Di Grassi lui, était plus hésitant dans son approche du sujet. Il lisait souvent les anciens philosophes velsniens pour comprendre. Il pensait Et après, que restera t-il de nous une fois que nous seront tous comme lui ? . De telles questions recevaient rarement de réponses satisfaisantes.


La délégation accusa la réception des bouteilles. Certains membres dans l'assistance furent surpris que l'ancien secrétaire ait pu avoir le goût des vins, tant son image était associée au whiskey ou à la vodka, dont il était plus coutumier de son vivant. Si il accepta les cadeaux de bon coeur, le sénateur ponctua.

"C'est d'une grande gentilesse. Malheureusement, je ne bois pas. Mais je suis certain que son excellence Parice ici présent, se fera un plaisir de nous aguiller, et donner son opinions sur les goûts de feu votre père. Je voudrais apprécier autant l'alcool que vous tous, mais malheureusement, je n'y arrive pas malgré tous mes efforts."

Il tend les bouteilles à Bernaba, qui s'empresse de lire les étiquettes.

"Du cru de Léandre et de Fortuna ? Eh bien, feu l'ancien secrétaire votre père avait un bon palet, et des goûts nobles. Ce n'est pas le genre de bouteille que l'on vide en une fois. 1999, c'est une année exceptionnelle, peut-être la meilleure des vignobles d'Eurysie du sud. Nous nous ferons une joie d'y aposer la langue tous ensemble !"

Le tempérament des deux hommes était si différent qu'il était difficile de croire qu'ils aient pu s'entendre pour devenirs des amis si proches.

L'heure vont aux discussions graves. Albirio insista pour qu'elle ait lieu autour du vin qu'on avait offert aux velsniens. Il disait souvent: "Il n'est point une discussion fructueuse sans nectar des dieux.". Si bien que l'alcool était une coutume autour de chaque grande discussion avec des étrangers. Aussi, les velsniens se sentaient un peu plus chez eux, de pas grand chose, mais c'était déjà suffisant pour prendre ses aises. Le Patrice Albirio était un soldat, un homme d'action qui n'avait que faire de la grande politique. Il fit un signe de moulinet vers Di Grassi, qui était plus accoutumé à ces exercices. Ce fut donc lui qui gratifia les loduariens de la vision du monde la République, sous la surveillance étroite des greffiers velsniens qui avaient sorti leurs plus belles plumes afin d'immortaliser le moment, que celui-ci serait ranger dans les archives sénatoriales.

"Excellence Secrétaire général. Sur la situation géopolitique, et plus particulièrement la votre, je vais vous donner deux appréciations. Une analyse froide et détachée d'une part, et la position officielle de la Grande République à l'égard de vos manœuvres. Mais avant de commencer, avez vous quelque chose sur lequel je pourrais écrire, un plan de l'Eurysie de l'ouest peut-être. Je voudrais commencer par vous parler de votre campagne en Antarès. Greffier. Apportez moi donc une carte, et un stylo."

L'un des greffiers, tout de rouge vêtu jusqu'au calot, s'empresse de lui apporter ce dont il a besoin. Di Grassi se rapproche alors d'Aurore, devant qui il commence à donner des coups de stylo sur ce petit plan qui faisait la taille d'une feuille A3.

"Premièrement, et si vous permettez, je donnerai mon avis, à la fois de militaire et de politicien sur ce qui s'est déroulé jusqu'à présent en Antarès. Je n'entrerai pas dans le détail de qui est dans son bon droit, cela ne m'intéresse pas. Parlons simplement de stratégie pure. Vous vous êtes lancés dans une campagne contre un adversaire largement prenable seul, tout le monde le sait. Vos forces sont en suffisantes pour occuper durablement ce pays, sans parler d'écraser théoriquement toute résistance. Mais, si je puis me permettre une première observation, votre gouvernement n'a pas été assez prudent sur l'assistance extérieure dont pourrait bénéficier les antariens.

Je ne parle pas des kartiens. Certes, leur intervention peut compliquer les choses, mais ils n'ont guère beaucoup de bombardiers. Ils ont essentiellement des chasseurs, et des missiles. Et des missiles, cela ne se lance qu'une fois. A cet instant, ils n'ont que peu d'appui dans la région et il serait risqué de leur part d'aventurer leur flotte près des côtes: la Gallouèse reste sur la réserve, ils ont tourné le dos au Royaume teylais, l'OND est accaparée par Carnavale et l'ONC se contrefiche de cette affaire. Cependant, vous avez négligé la variable clovanienne. Certes, le pays est silencieux depuis longtemps à votre propos, mais il vous sera toujours hostile par principe. Et si ces derniers mobilisent contre vous et donnent une tête de pont aux kartiens, en l'état actuel des choses, j'ai bien peur que votre guerre prendrait une tournure bien différente, dont l'issue pourrait être plus malheureuse pour vous. L'objectif loduarien, le seul qui compte, est de ne pas perdre le contrôle de la terre, parce que dés qu'une force kartienne aura posé le pied sur la plage, il sera trop tard. "


Le Patrice de Velsna se fendit d'un commentaire supplémentaire. La discussion militaire l'avait réveillé, et de nouveau intéressé à la conversation, lui qui avait peur de la parlote d'ordre politique.

"Excellence secrétaire. Il faut absolument neutraliser leurs bombardiers si jamais ils en obtiennent. Fortifiez votre frontière clovanienne aussi, immédiatement, cela relève de l'urgence absolue."

Di Grassi reprend, le doigt sur la carte.

"Je vais aller droit au but: vous devriez de manière urgence solliciter l'assistance du Kah ou de toute autre puissance du monde socialiste, ou tout autre pays qui aurait un intérêt à voir la Loduarie triompher. Que ce soit un soutien officiel pu officieux, peu importe, parce que la Loduarie a toujours eu ce problème constant qui est son isolement diplomatique. Feu votre père sait de quoi je parle, sans doute. Mais si vous voulez du soutien de leur part, vous devriez faire cesser immédiatement les persécutions contre vos réfugiés kartiens. Personne ne voudra se lier avec des tortionnaires, faites vous leur protecteur à ces populations, et non leur bourreau. Les kah tanais sont des tièdes et des moralistes, ils ne partagent pas le sang chaud que nous avons, nous, les loduariens et les velsniens. Ils ne vous soutiendront que si vous passez pour un bon élève, alors retenez vos chevaux, la bataille de l'opinion publique est importante. Concernant l'Antarès, sortez les caméras et les mouchoirs: les populations locales doivent passer pour des populations libérées auprès de l'opinion publique, et non soumise par la force. Divisez la, récompensez la et démantelez méthodiquement les institutions politiques locales et les solidarités existantes, remplacez les par les vôtres, et vendez cette nouvelle société comme meilleure que ce que les antariens n'ont jamais connu, ce qui est chose aisée à faire je pense."

Le sénateur velsnien marque une pause, et laisse la carte griffonnée, là sur la table, le stylo posé dessus.

"Maintenant que mon analyse est faite, permettez moi d'exprimer la position de notre cité. A l'origine, nous étions venu à vous pour renouveler le traité de non interférence qui avait été signé entre nous et votre père il y a cinq ans. Ce traité a été de notre avis une grande réussite: il a permis à nos deux pays d'éviter les frictions, de ne pas nous tirer dans les pattes, et c'est la position rêvée de notre cité. Celle d'une neutralité respectueuse à votre égard. Et si nous pouvons repartir d'ici avec son renouvellement, nous serons heureux.

Concernant la guerre antarienne, car je pense que c'est là ce qui vous intéresse le plus. Pour être honnête, ce conflit ne nous arrange pas. Il vient secouer un peu plus une Eurysie de l'ouest qui avait retrouvé son calme. Nous ne vous jugeons pas pour l'Antarès, nous nous contrefichons de cela. C'est un pays de barbares incultes dont l'importance géopolitique est négligeable. Pour nous, ce n'est qu'une tâche sur une carte et sa disparition ne nous attristerait en rien.

Non, pour être honnête, nous sommes soucieux de la possibilité d'une défaite loduarienne qui reviendrait rebattre les cartes de l'équilibre régional dans un sens imprévisible qui viendrait bousculer les plans du Sénat velsnien sur le long terme. L'existence de la Loduarie, et d'une Loduarie forte est un prérequis en Eurysie de l'Ouest pour le respect d'une forme de statut quo que nous pensons indispensable. Or, si l'armée loduarienne est détruite, nous pourrons dire adieu à cet équilibre. A cette perspective donc, nous observons avec préoccupation se qui se déroule en Antarès.

Toutefois, nous tenons pareillement à notre position actuelle qui est de ne pas nous mêler de cette affaire directement. Cette guerre est votre guerre, c'est vous qui l'avez déclenché, et malgré notre respect mutuel, il paraît à l'heure actuelle impossible que nous vous gratifions du moindre concours direct et officiel.

Voilà. J'espère que notre position vous a paru claire."


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